Le parler populaire des Canadiens français
by N.-E. Dionne · French · Gutenberg #48852 · 1,029,285 chars · public domain (US)
The Project Gutenberg eBook of Le parler populaire des Canadiens français
This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
at www.gutenberg.org. If you are not located in the United States,
you will have to check the laws of the country where you are located
before using this eBook.
Title: Le parler populaire des Canadiens français
Author: N.-E. Dionne
Release date: May 2, 2015 [eBook #48852]
Most recently updated: October 24, 2024
Language: French
Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/48852
Credits: Produced by Marcia Brooks, Hugo Voisard, Christian
Boissonnas and the Online Distributed Proofreading Team
at http://www.pgdp.net (This book was created from images
provided by Bibliothèque et Archives nationales du Québec
(http://www.banq.qc.ca/).)
*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LE PARLER POPULAIRE DES CANADIENS FRANÇAIS ***
LE
PARLER POPULAIRE
DES
CANADIENS FRANÇAIS
LE
PARLER POPULAIRE
DES
CANADIENS FRANÇAIS
OU
LEXIQUE
DES CANADIANISMES, ACADIANISMES, ANGLICISMES, AMÉRICANISMES
MOTS ANGLAIS LES PLUS EN USAGE AU SEIN DES FAMILLES
CANADIENNES ET ACADIENNES FRANÇAISES
COMPRENANT ENVIRON 15,000 MOTS ET EXPRESSIONS
AVEC DE NOMBREUX EXEMPLES POUR MIEUX FAIRE COMPRENDRE LA
PORTÉE DE CHAQUE MOT OU EXPRESSION
PAR
N.-E. DIONNE, M. D., LL. D.
Bibliothécaire de la Législature de la Province de Québec
Professeur d'archéologie à l'Université Laval
Membre de la Société Royale du Canada
AVEC PRÉFACE
PAR M. RAOUL DE LA GRASSERIE
Docteur en droit, juge au Tribunal civil de Nantes, lauréat
de l'Institut de France, auteur de plusieurs ouvrages
sur la linguistique française
QUÉBEC
J.-P. GARNEAU, LIBRAIRE
6, rue de la Fabrique
Agent pour le Canada
NEW YORK
G.-E. STECHERT & CO
129-133: Ouest, 20e rue
Agents pour les Etats-Unis
QUÉBEC
LAFLAMME & PROULX, IMPRIMEURS
1909
PRÉFACE
C'est avec raison qu'après s'être longtemps livré uniquement à l'étude
des langues, on a enfin abordé celle des divers parlers d'un même
langage, des argots, des patois, du langage populaire, soit dans son
vocabulaire, soit dans sa grammaire et sa stylistique, soit enfin
dans son _folk-lore_. Cette discipline nouvelle, malgré ses immenses
progrès, n'en est encore qu'à ses débuts, mais elle mérite d'être
encouragée, car non seulement elle couronne les recherches de la
linguistique, mais elle jette un coup d'œil profond sur la psychologie
humaine la plus latente, celle de l'âme du peuple, non seulement dans
ses traits essentiels et communs, mais avec toutes les modifications
que les races, le sol, le milieu physique ou intellectuel lui ont fait
subir. L'intérêt est plus grand encore lorsqu'il s'agit pour nous,
non d'une simple province, mais d'une partie de la France, détachée
de la mère patrie, à une époque déjà lointaine, par des circonstances
fatales, mais que l'affection et un indestructible souvenir unissent
encore à travers l'Atlantique: nous avons nommé le Canada.
Aussi l'ouvrage de M. Dionne, l'auteur estimé de plusieurs livres
importants, dont l'un nous a déjà fourni l'excellente biographie très
documentée de Samuel Champlain, le fondateur du Canada français, est-il
bien venu et apparaît à son heure, en nous donnant un dictionnaire,
aussi complet que possible, du parler populaire des Canadiens
français, assez développé et illustré par de très nombreux exemples,
pour intéresser, non seulement les Français du Canada, mais aussi leurs
frères fidèles, les Français, savants ou non, de France; car on ne
retrouve pas seulement dans cette œuvre des éléments précieux pour la
science du langage, mais aussi la remembrance de nos patois et de nos
façons de concevoir et de dire, usités depuis longtemps en plusieurs
de nos provinces, notamment dans la Bretagne et la Normandie, et au
prononcé de certains de ces mots, nous sentons résonner en nous l'écho
sympathique de ceux qui nous ont bercés nous-mêmes dans l'enfance, que
nos paysans emploient toujours, et qui font qu'à travers les mers nous
croyons retrouver le même clocher.
La méthode suivie par l'auteur est propre à nous éclairer; car il ne
se borne pas à une sèche nomenclature, mais il illustre presque tous
les mots par des exemples, qui non seulement nous font comprendre,
mais indiquent aussi la portée exacte et nous donnent la sensation
de l'expression. Cela est nécessaire, surtout quand il s'agit d'un
langage populaire, car souvent le mot n'y est pas employé d'une
manière générale, mais seulement dans telle ou telle locution d'une
façon indivisible, ou tout au moins, il ne possède que là une saveur
complète. Puis, il en résulte un argument, la justification de ce que
le mot est réellement usité, que toute création ou emploi subjectif est
écarté, et que nous avons bien affaire au langage vivant et circulant.
Comme dans les parlers du même genre, le parler populaire canadien
présente des caractéristiques qui ressortent de l'ouvrage publié, et
dont nous allons esquisser les plus saillantes.
C'est d'abord et avant tout, le penchant du peuple à matérialiser, pour
les rendre plus sensibles, les idées abstraites ou intellectuelles.
Il le fait sans doute, et là est son défaut, parce qu'il s'élève
difficilement ou ne peut se maintenir longtemps à centaines hauteurs de
l'idée, auxquelles son éducation ne l'a pas préparé; mais il le fait
encore sous l'empire d'un instinct tout autre: celui de sensibiliser
ce qui est trop purement rationnel et cérébral, le cœur devant ainsi
y trouver sa place, et non seulement le cœur lui-même, mais tout ce
qui lui sert d'introducteur: l'ouïe, la vue surtout; il ne suffit
pas de désigner les objets, il faut les voir, les entendre, parfois
les palper, mais surtout les voir. On sait que la langue française
se compose de deux couches superposées, le fonds naturel, celui des
mots d'origine populaire, formés spontanément, par usure d'abord, par
nouvelle intégration ensuite, du latin, et celui des mots d'origine
savante et artificielle, tirés à nouveau du latin par un emprunt
postérieur volontaire. Le peuple ne comprend guère ces derniers, et
comme il exprime ses idées sans leur secours, il faut qu'il se forme
dans ce but un vocabulaire spécial. Il y parvient en employant des
images, partout des images. Celle-ci doivent forcément être empruntées
un monde matériel et visible. Elles ont un immense avantage, celui
de donner au langage une naïveté, une fraîcheur qu'on chercherait
vainement dans le parler plus élevé, et aussi une vivacité de couleurs,
enfin une émotion constante et latente que le langage littéraire
n'obtient par une autre voie que lorsqu'il monte à une très grande
hauteur. Quelquefois, cependant, ces images peuvent trop descendre, et
même simuler le dénigrement en abaissant les idées intellectuelles;
mais si cela se produit souvent dans nos argots, il est juste de dire
que dans le canadien cela est beaucoup plus rare.
Les exemples de cette tendance que nous avons indiquée sont très
nombreux. _Ruse_ est un terme intellectuel, au lieu de dire les
_ruses_, on dira donc les _affûts_, image empruntée à la chasse. Au
lieu du mot _commode_, on emploiera une circonlocution cette fois,
mais combien plus sensible et énergique: _à main_. Travailler beaucoup,
c'est _abattre_ de l'ouvrage. S'attacher fortement à quelqu'un, c'est
_s'achienneter_. _Subitement_ devient _à coup_, c'est-à-dire d'un
seul coup. _Loin_, c'est _à désamain_, c'est-à-dire qui n'est plus
á la portée de la main. _Amadouer_, chercher à concilier quelqu'un,
c'est l'_affiler_, de même qu'on affile, en promenant doucement sur
la main, d'où cette expression: «pour le convaincre, il faut d'abord
l'_affiler_». _Saisir_, c'est _agrafer_ ou _agricher_. _Payer_, c'est
_s'allonger_, cela marque bien l'effort moral et parfois matériel
que cause un paiement. Voici le mot _amancher_, tout matériel, il va
signifier, avec le manche, bien des choses pour lesquelles nous avons
des mots divers et abstraits: _ajuster_, _arranger_, _habiller_, même
_donner un coup_, ou _tromper_. _Adoucir_ a un sens moral, voici son
image sensible et matérielle un peu abaissée: _amollir_. _Battre_,
c'est _aplatir_; cette fois on aperçoit l'homme battu dans la position
que les coups lui ont donnée. _Beaucoup_ était autrefois dans la
langue latine une image; maintenant cette image s'est plus affaiblie,
le Canadien la ressuscite par _à plein_. De même, l'idée _avec force_
se rend par _d'aplomb_. Au lieu de _fournir les preuves_, mots tous
de raison, voici le mot _amener_; _amener_ les preuves, combien plus
énergique, on les voit arriver. _Injurier_, c'est _abîmer_. _Faire
des propositions_, c'est _approcher_. _Se tirer d'embarras_, c'est
_s'arracher_. Le _repos_, c'est l'_arrêt_, matériel et visible:
_arrêtez_ de parler. Ce qui est simplement _ennuyeux_ pour nous
est _assommant_ pour le peuple, on voit tomber alors sous le coup
de l'ennui. _Tout près_, cela s'aperçoit sans doute déjà, mais _à
ras_, cela se voit bien davantage, et c'est plus près encore, on
rase l'objet. La _dépense de travail_, c'est une _attelée_, de même
_maîtriser_ quelqu'un, c'est l'_atteler_; le voilà attaché comme un
bœuf ou un cheval, ou le voit ainsi, on ne le pense plus seulement.
Une _foule_ est une _avalanche_, on sent qu'elle se précipite de
loin. _Appuyer_, c'est _accoter_. Même, lorsque le mot était déjà
matériel, on l'abaisse encore pour avoir une image plus saisissante.
_S'accroupir_ devient _s'accouver_, _tacher_ devient _abîmer_. C'est
là sans doute, en tout pays, la source la plus abondante du parler
populaire; il en est de même au Canada, aussi insistons-nous sur ce
point. L'idée intellectuelle se trouve partout immatérialisée, et
si elle l'est déjà, elle descend encore. Dans tous les cas, c'est
au moyen d'une image sensible que l'on s'exprime. Le glossaire de
M. Dionne en fournit des exemples incessants. Citons encore les
plus frappants. _Crier fort_, c'est _beugler_, de même que _parler_
s'exprime par _chanter_. Une _petite quantité_, c'est _un brin_;
_caduc_ signifie _triste_, et _câiller_ c'est _s'endormir_; en effet
le sang alors se fige, pour ainsi dire, dans les veines. La _bouche_
n'est plus qu'une _boîte_, le _tableau_ qu'un _cadre_, et la _montre_
qu'un _cadran_. Le _bruit_ devient bien terrible, c'est un _carnage_.
Un substantif, _bœuf_, se convertit en adjectif énergique, dans _un
effet bœuf_. _Outrager_ devient _blasphémer_, et être _impatient_,
_bouillir_. La _colère bleue_ est la plus terrible, plus, sans doute,
que si elle n'était que rouge. Le _diable_ apparaît bien plus réel,
si on l'appelle _bourreau_. _Conter des mensonges_, c'est _bourrer_.
_Etre insupportable_ devient visible par cette expression _n'avoir
pas de bout_, de même que _bête au bout_, c'est être _tout a fait
bête_. Quelquefois l'explication semble plus lointaine. Pourquoi une
attaque de folie est-elle une _branche_ de folie? pourquoi _fêter_
s'appelle-t-il _brosser_? On comprend que _s'approcher_ d'un objet
qu'on cherche soit _brûler_, cela se dit aussi en France dans les
petits jeux de salon. Le _mobilier_ est bien un _butin_, surtout pour
ceux qui ont économisé pour l'acheter pièce à pièce. Le _casque_
signifie _tête_, _toupet_, l'image est bien naturelle. Le _char_ semble
très prétentieux, car le langage populaire n'élève pas ainsi les
expressions, sans qu'il y ait ironie, cela s'applique à un _wagon_, à
un _train de chemin de fer_, à un _tramway._ Au contraire, on abaisse
lorsqu'on donne le nom de _charretier_ au _cocher_, de _charriement_,
à la _course_, de _charrier_, à _aller trop vite_, _renvoyer_, ou que
la _fenêtre_ devient un simple _châssis_, comme si elle avait perdu ses
vitres. Le _tapage_ est si fort qu'il devient un _carillon_, ce qui
fait image pour les oreilles.
Certains mots prennent à la fois une foule de sens: _caler_, c'est
_enfoncer_, _devenir chauve_, _perdre de l'argent_, tandis qu'en
français, c'est _céder_, _avoir peur._
Parfois c'est un sens étymologique qui se trouve restitué: _casuel_,
c'est _fragile_, de même _camper_ est _jeter par terre_. _Chaud_,
c'est _cher_, c'est aussi _un peu ivre._ La double analogie est facile
à saisir. Ce qui est trop cher brûle la main indigente qui veut y
toucher. En passant ainsi du matériel à l'intellectuel, il s'opère
souvent des déviations remarquables. _Chétif_ a signifié d'abord en
français _captif_, du latin _captivus_; il a maintenant le sens de
_faible de corps_; en Canada, il passe au sens de _méchant._ De même,
_chavirer_ prend celui de _devenir fou_, car l'intelligence fait
naufrage. _Le circuit_ obtient le sens de _pièce de terre_ qu'il ne
possède pas en français. Comme interversion totale de la signification,
citons: _coquin_, employé dans le sens de _gentil, chouette_ dans celui
_d'amie: ma belle chouette._ Le _chien_ comparaît à son tour pour
fournir des comparaisons vigoureuses, il devient l'adverbe _beaucoup_:
un mal de _chien_, une faim de _chien_, bête en _chien_ (très bête),
avoir du _chien_ dans le corps; la pauvre bête ne se plaint pas d'être
mise ainsi à contribution par l'argot. Le mot _clair_ passe du physique
au moral, lorsqu'il signifie _libéré._ _Au plus tôt_, c'est _au plus
coupant_; _insinuer_, c'est _couler_; _usé_, c'est _cotonné_. Au lieu
d'_interdire_ sa porte, on la _condamne_. La _jambe_ animée descend au
rang de _compas_, simple instrument. La _poitrine_ devient un simple
_coffre_. La _peau_ n'est rien de plus qu'une _couenne_. _Claquer_
forme image pour rendre bien des idées diverses: _courir_, _travailler
vite_, _tromper_, _frapper_; _en quantité_, c'est _à pleine clôture_.
Telle est la force de l'analogie et des images; ce fut ici un puissant
facteur.
Un autre mode de matérialisation très curieux consiste à employer des
prépositions ou des conjonctions exprimant le lieu, pour remplacer
des verbes de sens immatériel et provenant de la couche savante. En
français on dit _prévaloir_, le patois canadien dira _avoir le dessus_;
il remplace _excepté_ par la locution _à part de_; celle-ci, en effet,
tombe sous la vue. La proposition: l'enfant est _à terre_, devient
l'enfant est _à bas_. Dans cet emploi, la préposition _après_ est d'un
grand usage; au lieu de il me _poursuit_ toujours, on dira: il est
toujours _après_ moi; au lieu de escaladons le mur, montons _après_
le mur. On dira encore: il est _après_ travailler, il est _après_
manger. L'adverbe _arrière_ remplace le substantif _retard_, en vertu
du même instinct: il a de l'_arrière_, au lieu de il a du _retard_.
Parfois la particule n'est pas matérialisée, mais on la décompose en
la rapprochant de sa signification primitive, on la retrempe, pour
ainsi dire. _Parce que_ signifiait bien _par le motif que_; mais on en
avait perdu l'analyse, en prononçant cette conjonction d'un trait; le
patois la redivise, inconsciemment sans doute, mais énergiquement, en
disant _à cause que_, de même; _afin_ devient _à seule fin_, de même
encore _puisque_ devient _d'abord que_, _d'abord que tu le veux_. La
préposition _chez_ possède dans notre langue une certaine élégance,
elle est moins naturelle, et le peuple dira _aller au_ médecin, comme
il dit _à soir_ nous irons. La préposition _de_ marque dans la langue
une relation savante, celle du génitif, le patois la remplace par _à_,
lequel a mieux conservé l'emploi local, il dira: le chapeau _à_ Pierre.
Le besoin d'images a fait emprunter certains mots techniques de tel
ou tel métier, notamment à la marine. _Ne rien faire_, c'est _être
à l'ancre_; le _dommage_ de toutes sortes, c'est l'_avarie_; on dit
_amarrer_ ses souliers, au lieu de _les attacher_; _s'habiller_, c'est
_s'agréier_; les engins de pêche, les outils, l'attelage, enfin une
personne désagréable, tout cela c'est _des agrès_.
Ce même instinct porte toujours à analyser les mots d'origine savante,
à les morceler en plusieurs, ces derniers sensibles, et à se servir
dans ce but de termes couramment employés. Nous eu avons déjà des
exemples en français dans les verbes _aller_, _faire_, etc., mais en
patois ce sera plus fréquent. Nous disons, par exemple: il est _vieux_,
il est _très vieux_; pour tout cela le parler populaire canadien
emploiera le mot _âge_, et dira il est _en âge_, il est _à bout d'âge_.
Le mot _cœur_ figurera à son tour. L'adjectif _tout_ est trop abstrait.
Au lieu de _tout le jour_, _toute l'année_, on dira _à cœur de jour_,
_à cœur d'année_. Le mot _air_ remplira à son tour un pareil rôle;
on dira être _en air_, pour être _en verve_; avoir de _l'air_, pour
_se tromper_; perdre son _air_, pour perdre son _aplomb_. Le verbe
_faire_ entre dans les locutions suivantes, où il sert à résoudre et à
disloquer un verbe unique abstrait. C'est ainsi que l'on dit _faire son
affaire_, pour _s'enrichir_; _faire l'affaire_ à quelqu'un, pour _le
punir_; les _affaires_, pour les _effets d'habillement_. De même, le
verbe _aller_: _aller_ sur la soixantaine; _s'en aller_, pour _mourir_;
se _faire aller_, pour _se presser_.
Au point de vue psychologique, les phénomènes que nous venons
d'indiquer ont une grande importance. D'autres n'en possèdent pas
une égale, mais ils ont cet effet de donner à un patois une sorte de
goût de terroir, en variant soit les prépositions employées, soit
les préfixes ou les suffixes qui dérivent des mots. L'oreille est
un peu surprise d'abord et n'y sent qu'une faute; mais ensuite elle
découvre que le mot, dont le sens étymologique s'était émoussé, y
trouve un nouveau ragoût. Citons seulement quelques exemples. Voici
la préposition _avec_, usitée là où le français emploie _par_, _de_,
_dans_, _envers_, _de même_, _sans_, et l'on dit: je vais partir _avec_
les chars; que faire _avec_ cela? je suis quitte _avec_ lui; il est
resté coi, et moi _avec_; partir _avec_ pas le sou. Il en est de même
des suffixes que le langage populaire substitue à ceux du langage
commun et qui peuvent ne pas donner une expression plus vive, mais qui
le modifient et le rajeunissent. C'est ainsi que l'on peut comparer
_abatis_ et _abatages_, _abordage_ et _abordade_, _accablement_
et _accablation_, _acharnement_ et _acharnation_, _admissible_ et
_admettable_. De même, les préfixes sont substitués à d'autres, ou
ajoutés, ou supprimés. On peut comparer dans ce sens: _aconnaître_, au
lieu de _connaître_; _alentir_, au lieu de _ralentir_; _amonter_, au
lieu de _monter_; _amorphose_, au lieu de _métamorphose_; _avention_,
au lieu de _invention_. La nuance est indéfinissable, mais elle est
certaine; au lieu de mots prévus d'avance et indifférents, on a
l'avantage de la surprise.
Mais un procédé qui doit fixer particulièrement notre attention, est un
emploi de ce que Ronsard et du Belley appelaient le _provignement_ et
qu'ils essayaient de mettre en honneur.
On sait qu'en français, tous les verbes ne font pas souche d'adjectifs
et de substantifs correspondants, ni à son tour, le substantif, de
verbes; sauf le cas des parasynthétiques assez nombreux, il faut, si
l'on veut mettre dans la forme substantive un mot d'action, souvent
recourir de nouveau à la source latine, qui donne un vocable éloigné
du premier; par exemple, le verbe _boire_ ne produit pas _boivable_,
ni même _buvable_, mais _potable_. Est-ce bien logique que des sens
analogues emploient des mots tout à fait différents? Lors de la
Renaissance, on avait pensé que non, et qu'il valait mieux recourir
au vieux fonds français et le faire _provigner_, comme l'on fait de
la vigne, c'est-à-dire lui faire pousser des rejetons d'eux-mêmes.
C'est ce que, sans système et par instinct, fait la langue populaire,
notamment celle des Canadiens. C'est ainsi que d'_accommoder_, on fait
_accommodation_; de _bande_, _s'abander_ (aller en bande), d'_aller_,
_allable_, (capable d'aller) et _allant_ (bien disposé). Le mot
_annexe_ est savant, on créera plus simplement _allonge_. La _coutume_
provigne le joli mot d'_accoutumance_. Se _laisser surprendre par la
nuit_, longue et lourde périphrase, cède la place à ce mot pittoresque
dans sa concision, _s'annuiter_. L'_apparence_ devient l'_apercevance_.
_Pareil_ donne _appareiller_, dans le sens d'_égaler_ et de _comparer_.
L'idée _sujet à appel_, n'est plus périphrastique, on ne recule pas
devant le mot _appelable_, pas plus que devant le mot _arregardable_,
pour _qui mérite d'être regardé_. Le substantif _argent_ donne
l'adjectif _argenté_, dans le sens de _riche_; c'est plus saisissant.
_Couvrir en ardoises_, c'est _ardoiser_. Une _grande quantité_, c'est
une _battée_. Un mot fort pittoresque, c'est l'adverbe _chevalement_,
tiré de _cheval_, pour exprimer _terriblement_. Les exemples de ce
procédé abondent, il est des plus heureux. Au verbe _boire_, en
français, correspond le substantif _ivrogne_, la correspondance n'est
pas tout à fait exacte. Grâce au procédé de provignement, le parler
canadien est plus parfait, en créant _buveron_. Une autre expression
très pittoresque, rentrant dans le même procédé, c'est celle de
_chatter_ pour _aimer_, dérivé de _chat_. A remarquer aussi _chérant_,
dérivé de _cher_, et signifiant _celui qui exige un prix trop élevé_.
L'_aurore boréale_ est un _clairon_, dérivé de _clair_, et l_'homme
de cœur_ s'indique énergiquement par l'adjectif _cœureux_, que rien
ne remplace chez nous, car _courageux_ n'a pas la même signification
exacte. _Cabaner_, de _cabane_, signifie _habiller chaudement_, et
_cornailler_ veut dire _lutter_ comme le font les animaux _à coups
de cornes_. On peut citer encore comme construits d'après le même
plan: _contenancer_, pour _appuyer_; _consommages_, pour _déchets_
de _viande_; _comprenage_, pour _entente_; _comprenouère_, pour
_intelligence_, et combien d'autres!
Noterons-nous qu'il existe bon nombre de mots archaïques qui ont
disparu, ou presque, du français? Non, car on le devine, les premiers
colons du Canada les ont apportés de France, à une époque où il en
existait encore des vestiges. On s'attend, en raison de la situation
politique et de l'histoire, à rencontrer beaucoup d'anglicismes. Il y
en a, en effet, et de fort reconnaissables, le texte les indique par
une astérisque; mais ils ont été à peine défigurés, ils ne sont pas
fondus et gardent leur physionomie anglaise. L'auteur fait d'ailleurs
observer avec raison que plusieurs d'entre eux ont eu une singulière
odyssée. Ils étaient venus de France en Angleterre avec les Normands,
de là ils furent importés en Amérique, puis prêtés par les Anglais
d'outre-mer aux Canadiens; on peut dire qu'ils ont fait retour, par
exemple: _bargain_, marché; _bacon_, lard. Mais tous ne sont pas dans
ce cas. Il y a des mots bien saxons, ou ayant adopté un sens nouveau
dans l'emploi anglais. On peut citer: _aft_, à l'arrière; _brain_, le
cerveau; _bar room_, buvette; _average_, la moyenne; _accomplissement_,
qualités; _apologie_, excuse; _applicant_, candidat; _appointement_,
rendez-vous; _appraiser_, évaluer; _anticiper_, prévoir; _bachelier_,
célibataire; _badloque_, malechance; _acte_, loi; _affecter_,
influencer, et beaucoup d'autres dont le glossaire donne une liste
abondante, et dont la plus grand nombre a conservé la forme anglaise,
notamment: _beaver_, castor; _bed_, lit; _best_, le meilleur; _better_,
parier; _black-hole_ (trou-noir), cachot; _brandy_, cognac; _broker_,
courtier; _bun_, brioche; _business_, affaire; _cake_, gâteau;
_cash_, argent comptant; _cheap_, bon marché; _checker_, enregistrer;
_clairance_, quittance; _clairer_, débarrasser; _cleaner_, nettoyer;
_coat_, habit.
Le point de vue phonétique offre à son tour ses particularités. Il faut
remarquer la fréquence de la voyelle _a_, qu'on substitue presque
normalement à l'_e_: _a_, pour _elle_, (a va aller), _couvarte_,
_vardir_, _avarse_, _airrhes_, _alan_, _alarte_, _amant_, pour
l'_aimant_, _amelette_, _apothèque_. Une des consonnes sur deux se
supprime au milieu du mot _abre_ pour _arbre_. Enfin, les consonnes
modifiées: _agurir_ pour _ahurir_, _aiduille_ pour _aiguille_,
_amiquié_ pour _amitié_. Comme partout ailleurs à la campagne, le
vocalisme est plus ouvert et le mot tend à s'abréger.
Telle est, dans son ensemble, la physionomie du parler populaire
des Canadiens français, que nous présente M. Dionne dans son très
intéressant ouvrage. Il faut ajouter à ces traits principaux ce fait
général que parmi ces mots il en existe un grand nombre, soit qui ne
servent plus dans la langue française actuelle, soit dont le sens a été
détourné.
Dans la première catégorie on peut citer: _achaler_, pour importuner;
_chouler_, pour exciter les chiens; _catiché_, pour efféminé; _copper_,
pour payer; _escousse_, pour espace de temps; _esquinter_, pour
fatiguer. C'est là le fonds tout à fait propre et dialectal. Il est
assez riche et, après le sémantiste, intéresse à son tour le linguiste.
Quelques-uns de ces mots sont en usage sur le continent dans le parler
populaire, d'autres sont tout à fait propres au Canadien. Nous ne
pouvons nous empêcher de citer: _baucher_, courir vite, travailler
vite; _bazir_, disparaître; _de becco_, de trop peu; _berlander_,
flâner; _bisquer_, _faire endêver_, contrarier; _bretter_, fureter;
_bringue_, fille nonchalante; _cabas_, tapage; _cabochon_, tête;
_cani_, moisi; _chalin_, éclair de chaleur; _chaloir_, se soucier
(vieux français); _charlander_, ennuyer; _chiâler_, pleurnicher;
_chouenne_, mensonge; _cotir_, pourrir, dépérir; _couette_, petite
queue, touffe, etc.
Dans la seconde catégorie, voici _chrétien_, qui prend le sens d'homme
(comparer le roumain _crastians_), ainsi que _catholique_ dans le sens
d'honnête; _chaud_, pour ivre; _char_, pour wagon; _caboche_, pour
bourgeon; _créature_, pour femme; _espérer_, pour attendre. Un mot a
eu une singulière fortune: _chenu_, dérivé, croit-on, du latin _canus_,
blanc; il signifie en français _excellent_, _fort_, _riche_, et au
contraire, en canadien, _misérable_.
On voit que l'étude du canadien-français apporte une contribution
précieuse à celle des patois et des parlers populaires français. Il y
a là une branche qui s'est détachée des autres et qui a ensuite évolué
à part; cependant ou peut admirer la persistance chez elle des mots et
des caractéristiques emportés de notre continent, et reconnaître encore
à ce trait le Canadien fidèle à son origine.
Nous devons savoir gré à plus d'un titre au savant auteur de cet
ouvrage d'avoir recueilli avec soin et un grand discernement, et
d'avoir fixé désormais dans un véritable monument le vocabulaire du
Canadien français.
Raoul de la GRASSERIE.
OUVRAGES MIS A PROFIT
Les ouvrages, dont suit la liste, sont les seuls que l'auteur de ce
Lexique a consultés. Tous ne lui ont pas été profitables au même
degré. Il va de soi que les glossaires canadiens préparés par Gingras,
Manseau, l'abbé Caron, Dunn, Clapin et Rinfret, pour ne citer que les
principaux, ont plus servi à l'auteur que les dictionnaires publiés en
France. Le _Bulletin du Parler-Français_ lui a été beaucoup plus utile
que les glossaires de Borel, de Favre, de Moisy, de Jaubert et autres
de provenance française, bien que ceux-ci aient été mis à contribution
par l'auteur dans ses études comparatives.
Quoi qu'il en soit, l'auteur exprime toute sa reconnaissance aux
auteurs de tous ces ouvrages de linguistique, quels qu'ils soient, et
plus particulièrement à M. Clapin et aux lexicographes du _Bulletin_.
Que ces messieurs, qui savent ce qu'il en coûte de labeurs pour mener
un dictionnaire à bonne fin, ne soient pas trop sévères à son égard,
et ne lui tiennent pas rigueur parce qu'il a puisé un peu largement
dans leur fonds. Ils comprennent qu'il est bien difficile, sinon
impossible, de faire un pareil ouvrage sans s'inspirer des devanciers.
L'auteur, du reste, n'ambitionne rien de plus que d'apporter son humble
contribution à l'œuvre si généreusement entreprise par la Société du
Parler-Français, qui est d'épurer notre langage en le débarrassant
des trop nombreuses scories qui le déparent ou le défigurent. Cette
œuvre est possible, et elle se fera, sans aucun doute, pour peu que
les hommes instruits la prennent à cœur, et donnent le bon exemple, en
parlant correctement le français; et ils le pourraient faire, s'ils
voulaient s'en donner la peine.
On trouvera dans ce lexique un certain nombre de mots et d'expressions
qui ont actuellement cours en France, tout aussi librement qu'en
Canada. Ces mots sont généralement tirés du parler populaire et
familier. On en retrouve quelques-uns dans Larousse, mais rarement dans
le dictionnaire de l'Académie. Si l'auteur a tenu à les faire figurer
dans son lexique, c'est dans le but de prouver que le langage du peuple
canadien ne diffère que très peu du langage français.
Quant aux canadianismes et acadianismes proprement dits, on pourra
facilement s'assurer qu'ils ont, pour la plupart, une origine
française: normande, saintongeaise, angevine et percheronne. Ceci
s'explique aisément, car n'oublions pas que nos ancêtres aussi, pour le
plus grand nombre, sont originaires de la Normandie, de la Saintonge,
de l'Anjou et du Perche. Donc, tel père, tel parler. Rien de plus
naturel et de plus logique. Ce qui l'est moins, c'est l'intrusion des
anglicismes et des mots anglais dans nos conversations. C'est à ceux-là
que nous devons faire la guerre, une guerre à mort, sans trêve ni
merci. Que nous adoptions quelques anglicismes, un tout petit nombre,
parce que nous en avons absolument besoin, passe! Mais soyons prudents,
parce qu'il pourrait arriver un jour que notre langage populaire ne
serait plus compréhensible, ni pour les Français ni pour les Anglais.
L'auteur manquerait gravement à son devoir s'il n'adressait pas
ses plus sincères remerciements à M. Raoul de la Grasserie, qui a
bienveillamment consenti à faire la préface de son Lexique. Ou verra,
en la lisant, combien il a eu la main heureuse en s'adressant à
l'éminent juge nantais. Qui, mieux que lui, même en France, eût pu
débrouiller tous les _mystères_ de notre parler, et en tirer des
conclusions aussi nettes et aussi justes? Tous les Canadiens français
qui s'occupent de linguistique, sauront reconnaître et apprécier le
mérite de son œuvre.
BOREL.--_Dictionnaire des fermes du Vieux François ou Trésor des
Recherches et Antiquités Gauloises et Françoises._
BUIES.--_Anglicismes et Canadianismes._
BULLETIN _du Parler-Français au Canada_. De 1902 à 1908. [B. P. F.]
CARON.--_Petit Vocabulaire à l'usage des Canadiens-Français._
CASSELL.--_New French-English and English-French Dictionary._
CLAPIN.--_Dictionnaire Canadien-Français ou Lexique-Glossaire des mois,
etc._ [Cl.]
DE GASPÉ.--_Mémoires._
DE GASPÉ.--_Les Anciens Canadiens._
DE LA GRASSERIE.--_Etude scientifique sur l'Argot et le Parler
Populaire._
DICTIONNAIRE _des Barbarismes et des Solécismes les plus ordinaires en
ce pays, avec le mot propre ou leur signification_. Montréal, 1855.
DIONNE (C.-E.)--_Les Oiseaux de la Province de Québec_.
DUNN.--_Glossaire Franco-Canadien et Vocabulaire de Locutions vicieuses
usitées au Canada._
EDÉLESTAND ET DUMÉRIL.--_Dictionnaire du Patois Normand._
FAUCHER DE SAINT-MAURICE.--_Notes sur la Formation du Franco-Normand et
de l'Anglo-Saxon._
FAVRE.--_Glossaire du Poitou, de la Saintonge et de l'Aunis._
FAVRE.--_Dictionnaire de la Prononciation Française._
FURETIÈRE.--_Dictionnaire universel._
GINGRAS.--_Manuel des expressions vicieuses les plus fréquentes._
GODEFROY.--_Lexique de l'Ancien Français._
HATZFELD ET DARMESTETER.--_Dictionnaire général de la Langue Française
du commencement du XVIIIe siècle jusqu'à nos jours._
HUGUET.--_Petit Glossaire des Classiques Français du XVIIe siècle._
JAUBERT.--_Glossaire du Centre de la France._
JORET.--_Flore populaire de la Normandie._
LACURNE DE SAINTE-PALLAYE.--_Dictionnaire historique à l'Ancien Langage
Français jusqu'à Louis XIV._
LAROUSSE.--_Grand Dictionnaire universel._
LAROUSSE ILLUSTRÉ.--_Nouveau dictionnaire encyclopédique._
LUSIGNAN.--_Fautes à corriger._
MANSEAU.--_Dictionnaire des Locutions vicieuses du Canada._
MARTIN.--_Origine, et explication de 200 Locutions et Proverbes._
MÉLANGES _sur les langues, dialectes et patois._ Paris, 1831.
MÉMORIAL _des Vicissitudes et des Progrès de la Langue Française en
Canada._
MÉNAGE.--_Dictionnaire._
MOISY.--_Dictionnaire du Patois Normand._
MOISY.--_Dictionnaire comparatif anglo-normand._
MONTPETIT.--_Les Poissons d'eau douce._
PROVANCHER.--_La Flore Canadienne._
RECUEIL _des expressions vicieuses et des Anglicismes les plus
fréquents._
RINFRET.--_Dictionnaire de nos fautes contre la Langue Française._
TIMMERMANS.--_Dictionnaire étymologique._ [Tim.]
UN CURÉ DE CAMPAGNE.--_Botanique médicale au presbytère._
VERRIER ET ONILLON.--_Glossaire Etymologique et Historique des Patois
et des Parlers de l'Anjou._
LE PARLER POPULAIRE
DES CANADIENS-FRANÇAIS
A
~A.~
-- _Elle._ Ex. _A_ va aller se promener chez ses parents.
-- _Ce._ Ex. _A_ soir, nous irons au concert.
-- _De._ Ex. Voici le chapeau _à_ Pierre.
-- _E._ Ex. Couv_a_rte, v_a_rdir, al_a_rte, av_a_rse.
-- _Chez._ Ex. Aller _au_ médecin, _au_ prêtre.
~Abajoue~, n. f.
Bajoue, partie de la tête d'un animal qui s'étend depuis l'œil
jusqu'à la mâchoire.
~Abander~, v. a.
-- Réunir en groupe un certain nombre d'individus.
-- Soulever une assemblée en l'ameutant contre soi.
~Abander, (s')~, v. pr.
Se réunir en groupe, en bande. Ex. Ne t'_abande_ pas avec ces mauvais
garnements, c.-à.-d., ne te mêle pas à eux, à leurs jeux.
~Abandonner~, v. a.
Cesser. Ex. J'ai _abandonné_ de fumer.
~A bas~, loc.
A terre. Ex. l'enfant est _à bas_, il vient de tomber de sa chaise.
Dans le vieux français on écrivait _abas_ pour signifier _en bas_,
_ici-bas_.
~Abatages~, n. m. pl.
Abatis, tête, cou, ailerons, pattes de volaille.
~Abatteux d'ouvrage~, loc.
Individu qui taille beaucoup de besogne en un temps donné. En
Normandie on dit un _homme d'abat_, qui travaille vite et beaucoup.
~Abattre~, v. a.
Faire, exécuter. Ex. Voici un ouvrier qui _abat_ beaucoup d'ouvrage
dans une journée. Allusion à ceux qui abattent du bois.
~A belle heure~, loc. adv.
Tardivement, après l'heure voulue. Ex. Tu arrives _à belle heure_,
toi; pourquoi avoir tant retardé?
~Abîmer~, v. a.
--Salir, tacher. Ex. Prenez garde _d'abîmer_ mon habit. En Bretagne,
_abîmer_ comporte une signification identique.
--Injurier. Ex. Je me suis fait _abîmer_ par ce gars-là.
--_Abîmer l'eau_, faire eau. Ex. Ma chaloupe _abîme l'eau_.
~Abîmer (s')~, v. pron.
Se blesser. Ex. Il s'est _abîmé_ les doigts en travaillant au jardin.
~Able.~
La plupart des terminaisons en _able_ se prononcent comme si la
lettre _l_ n'existait pas. Ex. agréabe, aimabe, capabe.
~Aboiteau~, n. c.
Mot de provenance acadienne, qui signifie _digue_. Nous trouvons dans
Littré, (vol. suppl.) «_Aboteau_, barrage, obstacle mis au cours
de l'eau dans la Saintonge. Etymologie: _a_ et _bot_ qui signifie
une digue, suivant le glossaire Aunisien.» La Saintonge, pays natal
de Samuel Champlain, fondateur de Québec, a fourni à l'émigration
française en Acadie un bon nombre de ses enfants. F. Godefroy,
dans son Lexique de l'ancien français, cite le verbe _aboiter_ qui
signifiait _tromper_. Tromper la mer ou un fleuve au moyen d'une
digue, ne serait pas après tout si mal; de là, pourrait-on dire, un
aboiteau. Le mot Saintongeois est _aboteau_, petit batardeau fait
pour retenir l'eau; _d'abotare_ de basse latinité. Du Cange lui donne
un sens juridique: _abotum_, _abotamentum_.
~A bonne heure~, loc. adv.
De bonne heure. Ex. Viens donc aussi _à bonne heure_ que tu pourras.
~Abord~, n. m.
--Grande réunion d'individus arrivant tous ensemble au même lieu.
--Moment, court espace de temps. Ex. Il commence à tonner, ce ne sera
qu'un _abord_.
~Abord (d') que~, loc.
Puisque: Ex. _D'abord que_ tu le veux, je me rends.
~Abordade~, n. m.--Abordage.
~Aborder~, v. a.
--Approcher. Ex. _Aborde_ ici que je te parle.
--Heurter par accident. Ex. Sa voiture a _abordé_ la mienne au coin
de la rue Couillard.
~Abouler~, v. n.
--Aboutir, finir. Ex. _Aboule_ et finissons-en.
--Payer une dette. Ex. Je vais le presser tellement qu'il finira par
_abouler_.
~About~, n. m.
--Extrémité d'un terrain confinant au terrain d'un autre, dans le
sens de la longueur.
--Planche de labour à l'extrémité d'un champ. Autrefois le mot
_habout_ signifiait fond de terre abandonné à un créancier et désigné
par ses tenants et aboutissants, dans la coutume de Lille.
~Abouter~, v. a.
--Joindre par le bout deux choses susceptibles d'être adaptées l'une
à l'autre.
--Confiner. Ex. Ma terre _aboute_ à celle de Mathieu.
--Faire un about.
--Disposer une planche de labour à l'extrémité d'un champ.
~Aboutir~, v. n.
--Finir. Ex. _Aboutis_ donc, tu retardes mon ouvrage.
--Réussir. Ex. Cette affaire a _abouti_ heureusement.
--Avoir le dessus, prévaloir. Ex. Son opinion n'_aboutira_ pas plus
aujourd'hui qu'autrefois.
~A brasse-corps~, loc. adv.
A bras-le-corps. Ex. Allons, les enfants, vous allez _colleter_,
prenez-vous _à brasse-corps_.
~Abre, âbre~, n. m.
Arbre. Ce mot est d'origine normande: «Pour l'amour du buisson va
la brebis à l'_abre_.»--Proverbe du XV^e siècle, cité par Leroux de
Lincy. (_Prov. français_, t. I, p. 97.)
~Abrier~, v. a.
--Abriter. Se dit surtout du fait de couvrir une personne couchée
et qui veut se mettre à l'abri du froid ou de l'air. Dans le sens
propre, _abrier_ signifie se mettre à couvert sous un arbre. (Lac. de
S. Pallaye.)
--Excuser. Ex. Ne cherche pas à l'_abrier_ (ou l'_abriller_), il est
certainement coupable.
~Abrier (s')~, v. pr.--S'envelopper, se couvrir, se mettre à l'abri.
~Abriller~, v. a.--V. Abrier.
~Abriller (s')~, v. pr.--V. S'abrier.
~Abroué~, n. m.
Abreuvoir, mare d'eau. Ex. Va mener le cheval à l'_abroué_.
* ~Abuser~, v. a.--Injurier, dire des paroles dures. Ex. C'est un
polisson qui m'a abusé. (Angl.)
* ~Abutment~, (m. a.)
Culée, arc-boutant, but, borne, contre-fiche.
~Acadien, enne~, adj.
Nom donné à tout Français né dans les Provinces Maritimes, bien que
l'ancienne Acadie ne comprît que la Nouvelle-Ecosse actuelle. Il
se rencontre encore un bon nombre de familles acadiennes dans la
Province de Québec.
~Acagnardi~, part. pas.--Bourru et misanthrope.
~Acagnardir (s')~, v. pr.
Devenir paresseux, bourru, d'humeur acariâtre, misanthrope.
L'Acad. dit _s'acagnarder_, se plaire dans la solitude.
~A cause que~, loc.
Parce que. Ex. Je suis allé me promener _à cause qu_'il faisait beau.
~Accablation~, n.f.
~Accablement.~ Ex. Ces enfants sont insupportables, ils mettent tout
à feu et à sang; quelle _accablation_!
~Accalmir (s')~, v. pron.
Se calmer. Ex. Le temps commence à _s'accalmir_.
~Accaparer (s')~, v. a.
Accaparer. Ex. Il est défendu de _s'accaparer_ le bien d'autrui.
~Accent~, n. m.
Action, ardeur, en parlant d'un cheval. Ex. Mon cheval a un bel
_accent_.
~Acceptance~, n. f.
Acceptation.
~Accommodation~, n. f.
--Confort. Ce steamer manque _d'accommodation_.
--_Train d'accommodation_, train spécial pour accommoder les
voyageurs d'une région restreinte.
--_Billet d'accommodation_, billet de complaisance, qui permet au
voyageur de se promener gratuitement.
~Accomparager~, v. a.
Comparer.
* ~Accomplissements~, m. pl. (Angl.)
Talents, qualités, connaissances en général.
~Accord~, n. m.
Réconciliation. Ex. Pourquoi vous chicaner, il faudra ensuite que
vous fassiez l'_accord_.
~Accordant~, adj.
Conciliant, facile en affaires.
~Accords~, n. m. pl.
Accordailles, fiançailles.
~Accoster~, v. a.
S'approcher de quelqu'un pour lui parler. Ex. Quel ennuyeux, il
_accoste_ tout chacun sur la rue.
~Accoter~, v. n.
--Appuyer, soutenir. Ex. Cet homme jouit de hautes influences, il est
bien _accoté_.
--Egaler. Ex. Cet individu a du talent, il est difficile à _accoter_.
_--Accoter une porte_, la rendre stable au moyen d'un meuble, d'un
morceau de bois, d'une pierre.
~Accoter (s')~, v. pr.
--S'appuyer sur un mur, un meuble, etc., de façon à se trouver à
l'aise et à rester en place pendant un certain temps.
--_S'accoter l'estomac_, bien manger.
~Accotouer~, n. c.--Dossier de chaise.
~Accoupler~, v. a.
Attacher, en parlant des wagons de chemins de fer.
~Accoupleur~, n. m.--Homme d'équipe.
~Accoutumance~, n. f.
--Habitude.
--Caprice, fantaisie. Ex. Ces enfants sont remplis d'_accoutumances_.
Ce mot qui, d'après Vaugelas, était déjà vieilli au XVII^e siècle,
est resté. Nous le trouvons dans Marot, La Fontaine, Montaigne,
Amyot et La Rochefoucauld, de même que dans la dernière édition du
Dictionnaire de l'Académie.
~Accouver (s')~, v. pron.
S'accroupir, comme la poule qui couve.
~Accrapoutir~, v. a.
--Ecraser. Ex. Je vais t'_accrapoutir_ comme une punaise.
--Accroupir. Ex. Regarde Pierre, il est tout _accrapouti_ dans son
banc.
~Accreire~, v. a.
--Accroire. Ex. Tu ne me feras pas _accreire_ cela. Ce mot vient du
roman. En berrichon, _accreire_; en wallon, _acreure_; en provençal,
_acreire_.
--_S'en faire accreire_, se donner de l'importance. Expression
vieillie qui, d'après Hatzfeld, veut dire gagner du crédit, de
l'autorité.
~Accrochat~, n. c.
Crochet ou patère qui sert à suspendre un chapeau, un habit, etc.
~Accrocheter~, v. a.--Accrocher.
~Accrochoir~, n. m.--Même sens qu'accrochat.
~Accrochouer~, n. m.--Accrochoir.
~Accroupiller (s')~, v. pron.
S'accroupir. Ex. _Accroupille_-toi par terre.
~Acculer~, v. a.
Eculer. Ex. Ses souliers sont _acculés_.
~Acculoire~, n. f.
Avaloire, pièce du harnais qui, fixée au brancard, descend derrière
les cuisses du cheval de timon, pour retenir la voiture dans une
descente.
~A celle fin que~, loc.
Afin que. Ex. Je vais aller vous voir _à celle fin que_ vous me
rendiez mes livres.
~Acertainer~, v. a.
Certifier. Mot vieilli, et dont l'usage semble disparu ici.
~Achalage~, n. f.--Ennui, embarras.
~Achalant~, adj.
Fatigant. Ex. Il fait un temps _achalant_.--Un individu _achalant_.
~Achaler~, v. a.
--Blaguer, tromper. Ex. Cet homme s'est fait _achaler_ dans cette
affaire.
--Importuner. Ex. Va-t'en donc, tu m'_achales_.
--Exciter le feu. Ex. Cours donc _achaler_ le poêle.
--Fatiguer, incommoder. Ex. Il fait un temps qui m'_achale_ au point
de me rendre malade.
~Achalerie~, n. f.--Ennui, fatigue.
~Achargnement~, n. m.--Acharnement.
~Achargner~, v. a.--Acharner.
~Achargner (s')~,--S'acharner.
~Acharnation~, n. f.
Acharnement. Ex. Cet homme aime ses enfants, c'est une véritable
_acharnation_ qu'il a pour eux.
~Acharnement~, n. m.
Attachement. Ex. Ma mère avait beaucoup d'_acharnement_ pour ses
enfants.
~Achesser~, v. a.
Assécher. Ex. Mes habits sont mouillés, il faut les faire _achesser_
au soleil.
~Acheter~, v. n.
Devenir père d'un enfant. Ex. Les cloches sonnent un baptême, sais-tu
qui vient _d'acheter_?
~Achienneté, e~, adj.
Expression acadienne pour marquer l'attachement ou mieux
l'_acharnement_. Ex. Cet enfant est _achienneté_ à sa mère.
~Achiffe~, n. f.--Affiche.
~Achigan~, n. m.
--Poisson que la science a rangé dans l'espèce des microptères
Dolomiens. Ainsi appelé, parce qu'il est très commun dans la rivière
Achigan.
--_Manger un achigan_, ne pas faire de points au jeu de whist.
~Achiquette~, n. f.
--Se dit du bois que l'on corde sous forme d'échiquier, c'est-à-dire
en plusieurs carrés.
--_Plancher en achiquette_, parquet posé par carrés.
~A clair (tout)~, loc.
Distinctement. Ex. Je l'ai entendu _tout à clair_.
~Acmoder~, v. a.
Accommoder. Ex. _Acmoder_ du poisson.
~A cœur d'année~, loc. adv.
Toute l'année. Ex. Il me faut endurer ce paresseux-là _à cœur
d'année_.
~A cœur de jour~, loc. adv.
Toute la journée, du matin jusqu'au soir. Ex. Travailler _à cœur de
jour_.
~A cœur jeun~, loc. adv.
A jeun. Ex. Le docteur me fait prendre ses _bolus à cœur jeun_.
~A compte (en)~, loc. adv.
A compte. Ex. J'ai reçu dix piastres _en à compte_. On peut dire:
J'ai reçu un _acompte_ de dix piastres, ou dix piastres _à compte_.
~Aconnaître~, v. a.
Connaître. Ex. Pierre est revenu des Etats; il a eu de la misère à se
faire _aconnaître_.
~Acouillau, acoyau~, n. m.
Coyau, pièce de bois posée sur la base des chevrons et l'angle du
mur, de manière à dépasser la saillie de l'entablement et à former
l'avance de l'égoût du toit.
~A coup, d'à coup~, loc.
Subitement. Ex. Le vent s'est élevé _d'à coup_.
~Acoustique~, n. f.
Récepteur. Cylindre évasé qu'on appuie sur l'oreille pour téléphoner.
~Acquéreuse~, n. f.
Acquéreur. Ce féminin a été rejeté par l'Académie.
~Acquêt~, n. m.
Gain, profit, chance. Ex. Tu as autant d'_acquêt_ de ne pas te mêler
de cette affaire. Mot vieilli, mais français.
~Acte~, n. m.
Loi. Les _Actes_ sont le journal où sont consignés des actes: les
Actes du parlement anglais, les Actes des Apôtres. D'après le B. P.
F., _acte_ pour _loi_ est très approprié.
* ~Acter~, v. n.
Tenir un rôle de théâtre. Ex. Ce Monsieur _acte_ à la perfection.
(Angl.) Autrefois _acter_ se disait pour _dater les actes_.
~A désamain~, loc.
Qui n'est pas à la main. Ex. J'irais bien me loger à Saint-Roch, mais
c'est trop _à désamain_.
~A dire le vrai~, loc.
A vrai dire, pour parler franchement. Ex. _A dire le vrai_, c'est une
grosse besogne que de faire un dictionnaire.
~Admettable~, adj.--Admissible.
~Admission~, n. f.
Aveu. Ex. Le prisonnier a fait l'_admission_ de son crime.
~Adon~, n. m.
--Effet du hasard, de la chance. Ex. Quel _adon_! Que je suis
chanceux! _Adon_ voulait dire autrefois _don_, _présent_.
--Habileté, talent. Ex. C'est un homme qui a de l'_adon_ pour faire
de belles choses, des petits chefs-d'œuvre.
~Adonner~, v. a. et n.
--Etre favorable. Ex. La marée _adonne_, allons à la pêche.
--Jouer une carte de même couleur. Ex. J'ai joué du cœur, _adonne_.
~Adonner (s')~, v. p.
--Convenir. Ex. Cet individu t'_adonne_-t-il, toi?
--Effet du hasard. Ex. Je m'_adonnais_ à passer par chez vous, quand
tu m'as appelé.
--S'accorder, marcher en harmonie. Ex. Ces deux cousins s'_adonnent_
bien ensemble.
* ~Adresser~, v. a.
Porter la parole devant une assemblée. (Angl.)
~Adret, te~, adj.
Adroit. Ex. Ce menuisier est _adret_, ce médecin est _adret_.
S'entend non seulement de la dextérité du manœuvre, mais aussi du
savoir et de l'intelligence.
~Adroisse~, n. f.--Adresse.
~Affaire~, n. f.
--_Faire son affaire_, s'enrichir. Ex. Ce marchand fait son _affaire_.
--_Faire l'affaire à quelqu'un_, le punir, le mettre à la raison.
Ex. Si cet individu revient ici, je lui ferai son _affaire_.
--_Etre d'affaire_, être habile en affaires.
--_Avoir affaire à quelqu'un_ Ex. Si tu ne me payes pas, tu auras
_affaire_ à moi.
--_Pas d'affaire_, non, je ne veux pas.
~Affaires~, n. f. pl.
--Effets, lingerie. Ex. Déménage au plus tôt toutes tes _affaires_.
--_Faire ses affaires_, aller à la garde-robe.
~Affecté, e~, adj.--Prétentieux, vaniteux.
* ~Affecter~, v. a.
Influencer. Ex. Rien ne saurait _affecter_ mon vote à la Chambre, ni
promesses, ni menaces, etc. (Angl.)
~Afficolant~, adj.--Inutile, nuisible. (Expr. acadienne)
~Afficots, Affiquiots~, n. m.
Affiquet, ajustement de femme. Ex. Cette femme a mis tous ses
_afficots_, c.-à.-d. qu'elle _affiche_ toutes ses parures, colliers,
bracelets, épingles, etc.
~Affidavid~, n. m.
Affidavit, déclaration avec serment faite devant une autorité.
~Affiler~, v. a. et n.
--Tailler en pointe, aiguiser. Ex. Mon crayon est mal _affilé_.
--Amadouer. Ex. Pour le convaincre, il faut d'abord l'_affiler_.
--Se préparer. Ex. _Affile_-toi pour partir bientôt.
--Aligner, mettre à la file.
~Affirmative (dans l')~, loc.
--Affirmativement. Ex. Quelle réponse ferez-vous? Je répondrai _dans
l'affirmative_, cela vaudra beaucoup mieux.
~Affligé, e~, adj.
--Malade. Ex. Une personne _affligée_ des yeux, des oreilles.
~Affrancher~, v. a.--Hongrer, procédé qui vient de la Hongrie.
~Affranchir~, v. a.
--Châtrer, hongrer.
--Greffer.
--Civiliser les nations sauvages, les tirer de la barbarie.
~Affranchisseur~, n. m.--Châtreur de bestiaux.
~Affronter~, v. a.
--Tromper impudemment.
--Aborder de front, rencontrer face à face.
~Affûtage~, n. m.--Tir à l'affût.
~Affûteur~, n. m.--Tireur à l'affût.
~Affûts~, n. pl.
Ruses, dissimulation. Ex. Vos _affûts_ me laissent absolument froid,
je saurai m'y soustraire.
~Afistoler~, v. a.
Arranger, se parer, se mettre beau, rafistoler.
--Enjôler.
--Raccommoder.
--Remettre à neuf. Ex. _Afistoler_ un vieil habit.
* ~Aft.~ (m. a.)--A l'arrière. (Terme de marine.)
~Agacer~, v. a.
--Produire sur les dents une sensation désagréable provenant de la
saveur aigre ou acide. Ex. L'alun _agace_ les dents.
--Emousser une scie.
* ~Agate~, (Angl.)
Parisienne ou Sédanaise. 5½ points. (T. d'impr.)
~Age~, n. f.
Age, n. m. Ex. Nous sommes tous deux de _la_ même _âge_.
~Age (à bout d')~, loc.
Très vieux. Ex. Etre rendu _à bout d'âge_.
~Age (être en) ~, loc.
--Avoir atteint la majorité, l'âge de vingt et un ans. Ex. Maintenant
que tu es _en âge_, tu vas jeûner pendant le carême.
~Age (hors d')~, loc.
Très vieux. Se dit surtout des animaux. Ex. Mon cheval blanc est
_hors d'âge_, ménageons-le.
~Agent~, n. m.
--_Agent de station_, chef de gare.
--_Agent de télégraphe_, télégraphiste.
--_Agent des Terres de la Couronne_, officier préposé à la vente des
terres.
--_Agent des passagers_, employé préposé au service des voyageurs.
~Ageter~, v. a.--Acheter.
~Ageteur, euse~, n. m. et adj.--Acheteur.
~Agets, ajets~, n. m. pl.
Les agets sont les douze jours qui commencent avec la Noël pour finir
aux Rois; la température de chacun d'eux sert de pronostic pour les
douze mois de l'année qui va commencer. Ainsi Noël, c'est janvier, le
26 décembre, février, etc., etc.
M. Rivard signale, dans le B. P. F. (v. 2. p. 39-41), que le mot
_aget_ s'emploie différemment dans certaines parties de la province
de Québec: _présage_, _pronostic_, dans la région de St-Hyacinthe;
_êtres d'une maison_, dans la région du Saguenay et dans le comté de
Charlevoix; _comble de la mesure_, dans le comté de Dorchester.
_Aget_ veut dire habitude, manière d'être. On dit _ajeu_ à Caen, et
_agi_ dans le patois de Provence.
~Agever~, v. a.--Achever. Ex. Cette femme est belle _agevée_.
~Agir (en)~, loc.
En user. Ex. Il faudra que tu _en agisses_ bien avec cet homme-là,
c'est-à-dire que tu t'en serves de manière à le satisfaire.
~Agoïen, enne~, n. m. et f.
Acadien. Ex. Ce doit être un _agoïen_ de Madawaska, il parle pas
comme tout le monde.
~Agoniser~, v. a.
Accabler d'injures, agonir. Ex. C'est une mauvaise langue, il m'a
_agonisé_ de bêtises.
~Agoucer~, v. a.
Exciter, irriter. Ex. _N'agouce_ pas le chien, il est malin.
_Agoucer_ paraît être une corruption _d'agacer_.
~Agrafe~, n. f.--Fermoir d'un livre, d'un porte-monnaie.
~Agrafer~, v. c.
--Saisir au passage et retenir. Ex. Cet importun m'a _agrafé_,
c'est-à-dire, il m'a retenu en s'accrochant à mon bras.
--Orthographier. Ex. Un homme qui _agrafe_ mal.
~Agrains~, n. m. pl.
Criblures, résidu de ce qui est passé au crible.
~Agrayer~, v. a.
Gréer, garnir un bâtiment, un mât, de voiles, poulies, cordages.
~Agréient~, n. m.
Ingrédient, ce qui entre dans la composition d'un médicament, d'une
boisson.
~Agrément~, n. m.
Plaisir, joie. Ex. Nous avons eu beaucoup de plaisir, sans compter
_l'agrément_. Vaugelas avait condamné ce mot qui, de son temps,
s'écrivait _agreement_.
~Agrès~, n. m.
--Engins de pêche.
--Outils.
--Personne désagréable.
--Attelage d'un cheval.
~Agréyer~, v. a.--(V. Agrayer).
~Agréyer (s')~, v. pr.--S'habiller en vue d'une promenade.
~Agréyer (se faire)~, loc.--Se faire donner des coups violents.
~Agréiable~, adj.--Agréable.
~Agricher~, v. a.--Saisir, mettre les crocs sur une proie quelconque.
~Agripper~, v. a.--Prendre avidement, accrocher. (Fr. fam.)
~Agripper (s')~, v. pr.--S'agriffer, s'attacher avec les griffes.
~Agrouer (s')~, v. pr.--S'accroupir.
~Aguette (d')~, loc.
En tapinois. Ex. Cette femme marche d'_aguette_. Le vieux français
nous a laissé le mot _agait_, guet, veille, et _aguaiter_, guetter.
~Aguettes (aux)~, loc.
Aux aguets. Ex. Notre servante est toujours _aux aguettes_ pour
renifler nos paroles.
~Agurir~, v. a.--Ahurir, ennuyer, troubler.
~Agurissement~, n. m.--Ahurissement.
~Ahan~, n. m.
Effort qui essouffle le travailleur, le bûcheur.
~Aider à quelqu'un.~
Aider quelqu'un, le secourir, l'assister. _Aider à quelqu'un_
signifie contribuer à son travail.
~Aiduille~, n. f.--Aiguille. Ex. Une _aiduille_ à laine.
~Aiduillée~, n. f.--Aiguillée. Ex. Une _aiduillée_ de fil.
~Aigle pêcheur~, n. m.--Balbuzard (faucon) de la Caroline.
~Aigrefin~, n. m.--Etre faible, de complexion délicate.
~Aigrettes~, n. f. pl.--Fétus du chanvre ou de lin.
~Aiguillettes (en)~, loc.
En pièces. Ex. En voulant réparer un meuble, je l'ai mis en
_aiguillettes_.
~Aillère~, n. f.
--Œillère, dent canine de la mâchoire supérieure.
--Œillère, visière.
~Aillis~, n. m.--Taillis, broussailles.
~Aïol~, n. m.--Aïeul.
~Ain~, n. m.--Haim, hameçon.
~Air~, n. f.
S'emploie souvent au féminin, mais à tort. Ex. L'air est _fine_ ce
matin, il fait un froid de loup.--Jouer une belle _air_ de piano.
~Air~, n. m.
--Erre, allure, train, vitesse. Ex. Si tu veux sauter plus haut,
prend plus d'_air_.
--Arrhes. Ex. Je lui ai donné une piastre d'_air_.
--Souffle. Ex. Impossible d'aller en chaloupe aujourd'hui, il n'y a
pas un _air_ de vent.
--_Etre en air_, être disposé, être en veine. Ex. Je suis _en air_ de
travailler ce matin.
--_Se donner des airs_, affecter certaines prétentions.
--_Vivre de l'air du temps_, vivre de rien ou de peu de chose.
--_Monter en l'air_, monter haut.
--_Etre en l'air_, être très gai.
--_Avoir de l'air_, se tromper. Ex. Quelle heure est-il? Il est
deux heures. T'en _as de l'air_! il est quatre heures.
--_Donner un air d'aller_, donner un élan.
--_Perdre son air_, perdre son aplomb.
--_Faire de l'air_, laisser passer l'air extérieur. Ex. Une croisée
qui _fait de l'air_.
--_Prendre l'air_, laisser passer l'air de l'intérieur à l'extérieur.
Ex. Une pompe qui _prend l'air_.
--_Avoir de faux airs_, ressembler vaguement. Ex. L'enfant a de _faux
airs_ de sa mère.
~Airer~, v. a.
Aérer, ventiler. Ex. _Aire_ le salon comme il faut.
~Airrhes~, n. f. p.
Arrhes, argent donné à l'avance pour assurer l'exécution d'un marché.
~Airs~, n. m. pl.
Etres, aîtres. Ex. Je connais tous les airs de cette maison,
c'est-à-dire la disposition des diverses parties d'une maison.
~Ajambée~, n. f.--Enjambée.
~Ajamber~, v. a.--Enjamber.
~Ajouter à quelqu'un.~
Ex. _Je lui ajoutai_, pour j'ajoutai à ce que je lui ai dit.
~Al, alle~, pron. pers. f.
Elle, devant une voyelle ou une _h_ muette. Ex. _Alle_ est allée à la
messe.
~Alalime~, adv. et adj.
--Unanimement. Ex. Notre candidat a été élu _alalime_.
--Unanime. Ex. Etes-vous _alalimes_ pour régler cette question?
~Alan~, n. m.--Elan.
~Alarte~, adj. f.--Alerte.
* ~Alderman~, (_al-deur-mane_).--(m. a.)
Conseiller municipal.
~Alener~, v. a. et n.
--Anneler, mettre un anneau dans le groin d'un cochon.
--Agneler.
~Alentir~, v. a.
Ralentir. Molière a employé _alentir_.
~Alentir (s')~, v. pr.--Se ralentir.
~Alentour~, adv.
Autour. Ex. Qu'as-tu à rôder _alentour_ de moi? Il ne faut pas
confondre _autour_ avec _alentour_, dit la grammaire.
~Alentours (dans les)~, loc.
Environ. Ex. Mon père a _dans les alentours_ de cinquante ans.
~Algonquin~, n. m.
--Personne d'apparence bizarre, mal vêtue.
--Langage incompréhensible. Ex. Qu'est-ce que tu baragouines?
Parles-tu l'_algonquin_?
~Ali, e~, adj.
Pâte mal cuite. Ex. Ce pain est mal cuit, il est _ali_.
~A lieur de~, loc. adv.
Au lieu de. Ex. Je lui ai recommandé d'aller aux vêpres, _a lieur de_
cela, il est allé au _Nickel_.
~Alimal, alimaux~, n. m.
Animal, animaux.
~Alise~, n. f.--Bourdaine.
~Alitré, e~, adj.
Avivé, légèrement enflammé. Ex. Cet enfant a les joues _alitrées_.
* ~All aboard~ _al-a-bôrde_ (m. a.)
En voiture! En voiture!
~Allable~, adj.
Action d'aller. Ex. Les chemins sont dans un état terrible, ce n'est
pas _allable_.
~Allant~, part. pr. du verbe aller.
Bien ou mal disposé à marcher. Ex. Mon cheval n'est pas _allant_,
aujourd'hui.
~Allant à dire~, loc.
De nature à laisser croire ou entendre. Ex. Il s'est servi d'une
expression _allant à dire_ que j'avais faussé la vérité.
~Allébore~, n. m.--Ellébore.
~Allège~, adj.
Lège, à vide, non chargé. Ex. Ma voiture est _allège, embarque_ tes
valises.
~Allégéance~, n. f.--Allégeance.
~Allégir~, v. a.
Alléger. Ex. Depuis la dernière fois que je me suis pesé, j'ai
_allégi_ de dix livres.
~Allégir (s')~, v. pron.
--Diminuer son fardeau.
--Se soulager. Ex. Je lui ai dit ma façon de penser, cela m'a
beaucoup _allégi_, car j'en avais gros sur le cœur.
~Allégué~, n. m.
Allégation, Employé substantivement, le mot _allégué_ a rencontré
beaucoup d'adversaires, parce qu'il n'est pas reconnu par l'Académie
et qu'il ne se rencontre pas dans les dictionnaires, à l'exception de
Littré. L'usage que nous en faisons en Canada a rendu ce mot presque
indispensable, et _allégué_ restera.
~Allemagne~, n. c.
--_Ecole d'Allemagne_, école normale.
--_Argent d'Allemagne._. Ex Cette cuiller est en argent d'Allemagne;
métal qui vient d'Allemagne.
~Aller~, v. n.
Ce mot s'emploie dans différentes acceptions:
--Ex. _Aller sur la soixantaine_, avoir dépassé cinquante-neuf ans.
--_Aller au prêtre_, requérir ses services.
--_Aller le train de la blanche_, très doucement.
--_Aller piamme-piamme_, aller petit train.
--_Aller au contraire_, contester, contredire.
--_Y aller_, commencer. Ex. _Allons-y_, mon cher, l'ouvrage commande.
--_Aller de trian_, de biais.
~Aller (à)~, loc.
Où aller. Ex. J'ai encore deux places _à aller_.
~Aller (s'en)~, v. pr.
--Arriver. Ex. Il _s'en va_ midi.
--Etre à l'article de la mort. Ex. Je t'assure que notre malade _s'en
va_.
~Aller (se faire)~, loc.
Expédier vite une affaire, un ouvrage quelconque. Ex. Si tu veux
réussir, tu as besoin de te _faire aller_. Expression populaire
employée, en France, pour signifier _berner_.
~Aller d'venir.~
--En sens opposé. Ex. Mon mal part du cou et vient finir dans le bas
du dos, frotte-moi avec du liniment _aller d'venir_.
--Course rapide. Ex. J'arrive du marché, je n'ai fait qu'_aller
d'venir_.
* ~Alley~, (m. a).--Bille en verre de couleur, boulet.
* ~All fours~, _al fôrze_ (m. a.)--Impériale. (T. de jeu de cartes).
~Allonge~, n. f.
Annexe, prolongement apporté à une maison. Ex. Ma maison fait face
à la rue Hébert, mais j'ai fait construire une _allonge_ sur la rue
Laval.
~Allonger (s')~, v. pr.
--Payer. Ex. Il a bien fallu qu'il _s'allongeât_ de cinquante
piastres.
--Se coucher, s'étendre de tout son long. Ex. N'ayant pas de lit pour
m'y coucher, je me suis _allongé_ par terre.
~Allouance~, n. f.
--Concession. Ex. Tu me feras bien une petite _allouance_ de cinq par
cent.
--Réserve, espace de terrain réservé pour les chemins.
~Allumé~, adj.
Légèrement pris de vin. En France, la même expression s'emploie pour
dire _être abreuvé_.
~Allumer~, v. n.
Se reposer. Ex. Pierre, entre donc _allumer_, nous allons rire. Le
mot pipe est évidemment sous-entendu, mais comme la question peut
être aussi bien adressée à un passant qui ne fume jamais, le sens de
_se reposer_ nous paraît le plus rationnel.
~Allure~, n. f.
--Démarche. Ex. Voici une personne de belle _allure_.
--Bon sens, entrain. Ex. Cette chanson n'a pas d'_allure_, cette
danse a beaucoup d'_allure_.
~Almenach~, n. m.
Almanach.
~Alorsse~, adv.--Alors.
~Alouette branle=queue~, n. f.--Maubèche tachetée.
~Alouette des prés~, n. f.--Maubèche à poitrine cendrée.
~Alouette pipi~, n. f.--Farlouse de la Louisiane.
~Alouette solitaire~, n. f.--Chevalier solitaire.
~Alphabette~, n. f.--Alphabet, n. m.
~Alsphate~, n. m.--Asphalte.
~Altérage~, n. m.--Atterrage, rive glacée d'une rivière.
~Altère~, n. f.--Artère.
~Alton (fil d')~, n. m.
Fil de laiton. Autrefois _laton_ ou _leton_ se disait.
~Alumelle~, n. f.
--Lame d'un canif, d'un couteau.
--Surplis sans manche.
~Aluminum~, n. m.--Aluminium.
~A maille et à corde~, loc.
--A bout de ressources. Ex. Ce pauvre diable est rendu _à maille
et à corde_. Clapin cite l'expression _à mâts cordes_ parmi les
canadianismes, pour signifier la même chose.
--Péniblement. Ex. Travailler _à maille et à corde_.
~A main~, loc.--Commode, à la main.
~Amalgamation~, n. f.--Fusion, union.
~Amalgamer~, v. a.
Unir, fondre ensemble. Ex. Ces deux compagnies de chemin de fer vont
être _amalgamées_.
~Amancher~, v. a. et n.
--Ajuster, mettre en ordre. Ex. Cette femme est bien mal _amanchée_.
--Arranger. Ex. C'est une affaire qui a été mal _amanchée_.
--Tromper. Ex. Ce gars-là m'a _amanché_ de la belle façon.
--Emmancher, mettre un manche.
--Donner, flanquer. Ex. Baptiste m'a _amanché_ un coup de poing qui
m'a fait voir trente-six chandelles.
--Aboucher. Ex. _Amancher_ des tuyaux.
~Amancher (s')~, v. pr.
--S'habiller. Ex. Il fait un temps de chien, je ne sais vraiment
comment m'_amancher_.
--Prendre ses mesures. Ex. Je vais m'_amancher_ de telle façon qu'il
n'aura pas le dernier mot.
--S'emmancher. Ex. Je te dis que ça s'_amanche_ pas de même.
~Amanchure~, n. f.
--Manière dont une personne ou une chose sont terminées. Ex. Comme tu
est mal habillé! quelle _amanchure_?
--Affaire mal arrangée et incompréhensible.
--Ouvrage mal fait.
~Amant~, n. m.--Aimant. Ex. Voici de la pierre d'_amant_.
~Amarinades~, n. f.--Marinades, conserves au vinaigre.
~Amarinages~, n. f.--Marinades.
~Amariner~, v. a.
--Mettre des légumes en conserves.
--Semoncer. Ex. Je me suis fait _amariner_ par mon père, qui était de
mauvaise humeur.
~Amarrer~, v. a. et n.
--Attacher. Ex. _Amarrer_ ses souliers.
--Arrêter. Ex. Il y a assez longtemps que nous travaillons,
_amarrons_.
--Joindre les deux bouts. Ex. A force d'économie, j'ai fini par
_amarrer_.
--Avoir égalité de votes. Ex. Nos deux candidats ont _amarré_, ils
ont reçu chacun 2250 votes.
Dans le principe, amarrer signifiait préparer un navire pour la mer,
et plus tard arranger, mettre en ordre.
~Amassis~, n. m.--Ramassis, amas.
~A matin~, loc.
Ce matin. Ex. Crois-tu qu'il fait beau, _à matin_.
~Ambiber~, v. a.--Imbiber.
~Ambine~, n. f.
Lien fait de branches flexibles qui relie les bâtons d'un traîneau.
~Ambitieux, euse~, adj.--Orgueilleux.
~Ambition~, n. f.
--Orgueil.
--Rivaliser. Ex. Ils sont tous deux à l'_ambition_, c'est à qui en
fera le plus.
--Persévérer, être courageux. Ex. C'est un homme qui travaille
d'_ambition_, aussi réussit-il.
~Ambitionner (s')~, v. pr.
S'entêter, s'efforcer plus que de raison. Ex. Plus je travaille, plus
je m'_ambitionne_ pour finir plus vite.
~Amblette~, n. f.
--Hart tordue pour lier les piquets de clôture.
--Carcan de bois qui sert à attacher les bêtes à cornes dans l'étable.
~Ambre~, n. m.--Amble.
~Ambrer~, v. n.--Ambler, aller l'amble.
~Ambreur~, n. m.--Ambleur, cheval qui va l'amble.
~Ame en peine~, n. f.
Individu qui promène son chagrin un peu partout.
~Amelette~, n. f.--Omelette.
~Amen.~
_Jusqu'à amen_, jusqu'à épuisement. Ex. Je lui ai _chanté pouilles
jusqu'à amen_. _Amen_ est un mot hébreu.
~Amendement (en).~
Comme amendement. Ex. Nous proposons _en amendement_ à la motion, les
mots qui suivent.
~Amener~, v. a.
Produire. Ex. Puisque tu prétends cela, _amène_ tes preuves.
~Américain~, n. m. et f.--Citoyen, citoyenne des Etats-Unis.
_Américanisation,_ n. f.
Acte légal qui rend quelqu'un citoyen de la république des Etats-Unis.
~Américaniser~, v. n.
Se faire naturaliser citoyen de la grande république des Etats-Unis.
~Amérique~, n. f.
Pour les Canadiens-Français en général, l'Amérique se confond avec
les Etats-Unis. Partir pour l'Amérique, c'est traverser la ligne
frontière entre le Canada et les E.-U.
~Ames (les)~, n. f. pl.
Les âmes détenues dans le purgatoire. Ex. Je promets, si je réussis,
de faire dire une messe pour les _âmes_.
~Ames (les bonnes)~, n. f. pl.--Les âmes du purgatoire.
~Amet~, n. m.--Lumière, balise, point de repère, jalon.
~Ameuiller~, v. n.
--Se dit d'une vache très avancée dans sa gestation.
--Arriver au but, finir. Ex. _Ameuille_ donc, termine ton ouvrage.
~Ami~, n. m.
--_Amis comme cochons_, amis inséparables, par allusion au cochon de
saint Antoine.
--_Il n'y a pas à dire mon bel ami_, inutile d'hésiter.
~Amiauler~, v. a.--Amadouer.
~Amicablement~, adv.--Amiablement.
~Amiqué~, n. f.--Amitié.
~Amlette~, n. f.
Omelette. Ex. Manger des _amlettes_ au lard.
~Amollir (s')~, v. pr.
S'adoucir. Ex. Le temps s'_amollit_, le froid achève.
~Ammunition~, n. f.
Munition de chasse ou de guerre.
~Amont~, adv.
--Contre. Ex. Ne grimpe pas _amont_ la clôture.
--Parmi. Ex. Il était _amont_ les autres gars.
--Au milieu. Ex. J'ai trouvé un nid d'oiseau _amont_ le blé.
~Amont (d')~, loc.
Auprès de. Ex. Veux-tu bien t'ôter d'_amont_ moi?
~Amonter (s')~, v. pr.
Monter. Ex. Votre billet _s'amonte_ à cinquante piastres.
~Amorphosé~, v. p.
Métamorphosé, absorbé dans ses pensées au point d'être comme
immobilisé. Ex. Remue-toi donc, es-tu _amorphosé_?
~Amouneter~, v. a.
Admonester. Expression plutôt acadienne, signifiant _calmer_.
~Amour~, n. m.
--_Tomber en amour_, devenir amoureux.
--_Etre en amour_, être amoureux.
--_Faire l'amour_, faire la cour à une personne du sexe.
--_Pomme d'amour_, pomme d'api.
~Ampas~, n. m.
--Appât.
--Entraves. Liens fixés aux pieds d'un cheval pour gêner sa marche.
Lampas. Engorgement de la membrane qui tapisse le palais des jeunes
chevaux.
~Ampâter, v. a.~--Amorcer, garnir d'une amorce.
~Ampouille~, n. f.--Ampoule.
~Ampouler~, v. a.--Produire des ampoules, des boursouflures.
~Amusard~, adj. et n.
Homme loquace, qui prend du plaisir à perdre son temps et à faire
perdre le temps des autres, un musard.
~Amusement~ n. f.
Amusement, n. m. Ex. C'est _une belle amusement_.
~Amuser (s')~, v. a.
--S'arrêter en route. Ex. _Amusons-nous_ point, le temps presse.
--_Amuser le temps_, perdre le temps en niaiseries.
~Amuseux~, adj.
--Amuseur, enjôleur.
--Musard, négligent.
~Amusouère~, n. m.--Amusoire, moyen d'amuser.
~Anales~, n. f. pl.
Annales. Ex. Je suis abonné aux _Anales_ de la Bonne Sainte-Anne.
~Anbandon~, n. m.--Abandon.
~Anbandonner~, v. a.--Abandonner.
~Ancanter~, v. a.
Appuyer, donner une position plus stable et plus confortable. Ex. Ne
bouge pas, nous allons t'_ancanter_ avec des oreillers.
~Ancanter (s')~, v. pr.
Se donner une position plus ou moins déclive dans un lit ou un
fauteuil.
~Anchet~, n. m.
--Appât.
--Ver de terre.
~Ancre (à l')~, loc.
Ne rien faire. Ex. Pierre a perdu sa place, le voilà de nouveau _à
l'ancre_.
~Ancre de perle~, n. m.
Nacre de perle. Ex. Un chapelet en _ancre de perle_ a été perdu dans
cette église. Prière de le remettre au bedeau.
~Ancrer~, v. n.--S'asseoir pour longtemps.
~Andille~, n. f.--Anguille.
~Andouille~, n. f.
--Individu mou, sans ossature. Ex. Va travailler, espèce
d'_andouille_.
--_Dépendeux d'andouilles_, v. Dépendeux.
~Ane~, n. m.
--_Faire l'âne pour avoir de l'avoine_, feindre d'ignorer une chose
pour se la faire redire.
--_Agir de bonne foi comme un âne qui pète_, avec la meilleure foi du
monde.
~Ange~, n. m.--Papillon de nuit.
~Ange cornu~, n. m.
Individu, qui sous des apparences angéliques, mérite la défiance.
~Angel's cake~ _endjèle kéke_ (m. a.)--Gâteau des anges.
~Angelu~, n. m.--Angelus.
~Angencement~, n. m.--Agencement.
~Angencer~, v. a.--Agencer.
~Angenouiller (s')~, v. pr.--S'agenouiller.
~Anges (gâteau des)~, n. m.
Gâteau léger, très sucré, sous forme d'anneau.
~Anglaise~, n. f.
_Jouer à l'anglaise_ (Terme de jeu de balle). Frapper la balle d'une
façon particulière et très élégante. Ex. Cet écolier a une belle
_anglaise_.
~Anglification~, n. f.
Fait de devenir anglais. Ex. Il est souvent question au Canada de
l'_anglification_ de la race française.
~Anglifier (s')~, v. pr.
S'angliciser. Ex. Les Canadiens-Français n'ont pas l'air décidés de
_s'anglifier_ de sitôt.
~Anguille=brûle~, n. f.
Cache-tampon. Jeu d'enfants où l'on cache un mouchoir roulé en
tampon, que l'un des joueurs doit chercher et dont il frappe,
lorsqu'il l'a trouvé, ceux qu'il peut atteindre.
~Anguille de roche~, n. f.--Ammodyte d'Amérique.
~Animau~, n. m.--Animal.
~Anis sauvage~, n. m.
Aralie à fleurs en grappe. Racine aussi grosse que le bras,
recommandée comme ingrédient dans la petite bière d'épinette.
~Anmorcer~, v. a.--Amorcer.
~Anmorphoser~, v. a.
Métamorphoser. V. Amorphosé.
~Anmouracher (s')~, v. pr.--S'amouracher.
~Anneau~, n. m.
Rond, coulant. Ex. Passe-moi donc mon _anneau_ de serviette.
~Année de la grande noirceur.~
Il y eut plusieurs _noirceurs_ en Canada, mais la plus célèbre
remonte à l'année 1785 (15 octobre). Ex. Un tel est venu au monde
l'année de la grande noirceur.
~Année du grand choléra.~
Année 1832, qui vit mourir en quatre mois plus de 3500 personnes.
~Année du grand dérangement.~
Année 1755, qui a été témoin de la dispersion de nos frères de
l'Acadie en terre étrangère.
~Année du siège.~
Année 1759. Nos ancêtres faisaient remonter à cette année-là une
foule de choses et d'objets antiques.
~Année fiscale~, n. f.
Exercice financier qui embrasse une période de douze mois. Dans la
Province de Québec, l'année fiscale commence le 1^er jour de juillet.
~Années (les bonnes)~, n. f. pl.
Dicton populaire, qui veut qu'autrefois les récoltes étaient plus
abondantes que celles d'aujourd'hui. Alors c'était l'âge d'or, les
_bonnes années_.
~Annexion~, n. f.
Incorporation des Canadiens au peuple de la république des Etats-Unis.
~Annexionniste~, n. m.
Partisan de l'annexion du Canada aux Etats-Unis.
~Annoncer~, v. n.
Bien paraître. Ex. Cet enfant _annonce_ bien.
~Annuiter (s')~, v. pron.
Se laisser surprendre par la nuit. Expression déjà démodée en France
au XVII^e siècle.
~A noir~, loc.
Entièrement, complètement. Ex. Nous avons vendu nos gants _à noir_.
J'ai _clairé à noir_ toute cette marmaille.
~Anouillère~, adj.
Se dit d'une vache, lorsqu' elle continue de donner du lait sans
avoir de veau. Dans la Vendée, on dit _nolière_. Nous disons aussi
_anoyère_, _ennayère_.
~Anpât~, n. m.--Appât.
~Anpâter~, v. a.--Appâter.
~Anpauvrir~, v. a.--Appauvrir.
~Anpauvrir (s')~, v. pr.
S'appauvrir, perdre sa fortune ou sa santé.
~Anse~, n. m.--Anse, n. f.
~Ansillon~, n. m.
Espèce de col de cornue par où l'anguille fait son chemin pour aller
s'emprisonner dans un coffre de bois.
~Antéchrit~, n. m.--Antéchrist.
* ~Anticipation~, n. f. (Angl.)--Attente.
* ~Anticiper~, v. a. (Angl.)
--Prévoir. Ex. J'_anticipe_ des embarras sans nombre.
--Empiéter. Ex. N'_anticipons_ pas sur nos revenus.
--Espérer. Ex. J'_anticipe_ un grand succès dans cette affaire.
* ~Antimacassar~, n. m. (Angl.)
Dossier ou voile de fauteuil.
~Antiquités~, n. f.
Antiquailles, vieux objets de plus ou moins de valeur.
~Anvaler~, v. a.--Avaler.
* ~Anxieux~, adj. (Angl.)
Désireux. Ex. Je suis _anxieux_ d'aller vous voir.
~Aouène~, n. f.--Avoine.
~Août~, n. m.
Nous entendons souvent dire _a-oût_ pour _oût_. Faute de
prononciation.
~Aparcevance~, n. f.
--Apparence. Ex. La récolte a une belle _aparcevance_.
--Action d'apercevoir. Ex. La première _aparcevance_ que j'en ai eue,
ce fut à l'Auditorium.
~Aparcevoir~, v. a.--Apercevoir.
~Aparçu~, n. m.--Aperçu.
~Aparément~, adv.
Apparemment.
~Apart~, n. m.
Réserve. Ex. Je ferai un _apart_ de cinq piastres pour toi seulement.
~A part de~, loc. adv.
Excepté, à part. Ex. Personne ne viendra au lac, _à part de_ Jean, de
toi et de moi.
~Apartement~, adv.
Apertement, au juste. Ex. Je ne sais pas _apartement_ s'il viendra.
~Apçon~, n. m.--Hameçon.
~Apetisser~, v. a.--Rapetisser.
~A pic~, loc.
Susceptible. Ex. Cette femme est _à pic_, il faut s'en défier.
~Aplatir~, v. a.--Battre, donner une très forte leçon.
~Aplatir (s')~, v. pron.
S'abaisser, s'humilier. Ex. _S'aplatir_ devant les grands de la terre.
~A plein~, loc. adv.
Beaucoup. Ex. Y avait-il beaucoup de monde à l'assemblée? Il y en
avait _à plein_.
~Aplomb~, n. m.
--Avec force. Ex. Je lui ai porté un coup _aplomb_.
--_Perdre son aplomb_, se laisser aller au découragement.
--_Prendre son aplomb_, reprendre ses sens, sortir d'un état de
faiblesse.
~Aplomber (s')~, v. pr.
--Se mettre d'aplomb. Ex. _S'aplomber_ sur sa chaise.
--Prendre ses précautions.
~A poil~, loc. A cru. Ex. Je suis allé à cheval, mais j'étais _à
poil_.
~Apola~, n. f.--Ragoût d'alouettes. Mot sauvage.
~Apologie~, n. f.--_Faire des apologies_, faire excuse.
~Apothèque~, n. f.--Hypothèque.
~Apothéquer~, v. a.--Hypothéquer.
~Apothicaire~, n. m.
Pharmacien. Ex. C'est un compte d'_apothicaire_ que vous m'avez fait,
c'est-à-dire, un compte sur lequel il y aurait beaucoup à rabattre.
~Appareiller~, v. a. et n.
--Préparer, habiller. Ex. Marguerite, _appareille_ le petit pour
sortir.
--Egaler. Ex. Cet homme est difficile à _appareiller_.
--Dresser. Ex. Marie, _appareille_ la table pour le dîner.
--Apparier. Ex. _Appareiller_ une paire de bas, de gants.
--Comparer. Ex. Il n'y a pas moyen de mieux _appareiller_ ce gros
homme qu'à une barrique.
~Appareiller (s')~, v. pron.
Se préparer à partir. Ex. Ma femme, _appareillons-nous_ pour le bal
du Gouverneur.
~Apparence (d')~, loc.
Vraisemblablement, selon les apparences.
~Apparence que~, loc.
D'après l'apparence. Ex. _Apparence_ qu'il va faire beau; il va faire
mauvais, _apparence_.
~Appartement~, n. m.
Pièce. Ex. J'ai une maison à louer; il y a cinq _appartements_, je
puis ne vous en louer qu'un seul.
~Appelable~, adj.
Sujet à appel, en terme de jurisprudence. Ce mot ne se trouve pas
dans le Dictionnaire de l'Académie, ni dans plusieurs autres grands
dictionnaires, cependant le B. P. F. dit qu'il est français (III, p.
30).
~Appeler~, v. a.
--Convoquer.
--Donner. Ex. Monsieur, Jean m'_appelle_ des noms.
~Appelle (qui s')~, loc.
En règle, bien défini. Ex. Pierre a reçu une râclée _qui s'appelle_...
~Appétit~, n. m.
Désir de posséder. Ex. Cet homme est prêt à tout sacrifier pour
l'_appétit_ de quelques piastres.
* ~Applicant~, n. m.
Candidat, solliciteur. Ex. Il y a au moins vingt-cinq _applicants_ à
la charge de gardien de nuit. (Angl.)
* ~Application (faire)~, loc.
Faire une demande. Ex. Je vais _faire application_ pour obtenir la
place de messager. (Angl.)
~Appliquant e~, adj.--Qui exige beaucoup d'application.
~Appliquer~, v. n.--Faire une demande d'emploi. (Angl.)
~Appoint~, n. c.
--L'heure favorable. Ex. Je suis las d'attendre ses _appoints_.
--Avantage. Ex. C'est un grand _appoint_ que la réussite de cette
affaire.
* ~Appointement~, n. m.
--Rendez-vous. Ex. J'ai un _appointement_ avec le ministre des terres
pour deux heures. (Angl.)
--Nomination. Ex. J'ai reçu mon _appointement_ à raison de cent
piastres par mois.
--Commodité. Ex. Attendre les _appointements_ de Pierre et de Jacques.
* ~Appointer~, v. a. (Angl.)
--Nommer. Ex. Le docteur Isambart a été _appointé_ coroner.
--Fixer un rendez-vous. Ex. Je lui ai _appointé_ un jour et une heure
pour une entrevue.
~Apport~, n. m.--Etre à son apport, être à son compte.
* ~Appraiser~, v. a.--Evaluer, estimer. (Angl.)
* ~Appraiseur~, n. m.--Estimateur. (Angl.)
~Approbation, (en)~ loc.
A l'essai, sous condition. Ex. J'ai acheté un chapeau _en
approbation_.
~Approchants (dans les)~, loc.
Approximativement. Ex. Cet animal pèse _dans les approchants_ de
trois cents livres.
~Approche, (faire l')~
Sonder le cœur d'une jeune fille. Ex. Pierre a l'intention de se
marier, il vient de _faire l'approche_ de ma sœur Adèle.
~Approcher~, v. a.
Faire des propositions. Ex. Au sujet de ce que je t'ai communiqué,
as-tu _approché_ ton frère.
~Appropir~, v. a.--Rendre propre.
* ~Appropriation~, n. f.
Argent, crédit voté par les corporations ou les gouvernements. Ex.
Nous serons payés à même les _appropriations_ de l'année courante.
(Angl.)
~Approprier~, v. a.--Affecter à un certain usage. (Angl.)
~Appui de chaise~, n. m.
Tringle en bois fixée au mur pour le protéger contre le frottement
des chaises.
~Apré!~ int.--Juron sans conséquence.
~Après~, prép.
--Poursuivre. Ex. Il est toujours _après_ moi.
--À. Ex. On est _après_ travailler.
--Le long de. Ex. Montons _après_ le mur.
--Sur. Ex. Vous avez de la peinture _après_ votre habit.
Accotons-nous _après_ la clôture.
--Par derrière. Ex. Ferme la porte _après_ toi.
--Présence. Ex. Attends _après_ moi.
--Occupation. Ex. Il est _après_ manger.
Bossuet et Racine ont écrit: Je suis _après_ à conclure. Pendant
qu'on était _après_ à me saigner.
_Après_ vient-il de _pressus_, serré contre, ou du sanscrit _parâ_,
en arrière, et _param_, ensuite?
~Après (d')~, loc.
Selon. Ex. _D'après_ moi, il fera beau demain.
~Après (en)~, loc.--Ensuite. Ex. Ceux-là viendront bien _en après_.
~Après (par)~, loc.
Ensuite, après. Expression française, mais bien vieillie.
~Apse~, n. m.
Asthme. Ex. Je souffre de l'_apse_ depuis deux ans.
~A pu près~, loc. adv.--A peu près, environ.
~A quat'pattissement~, n. m.
Le fait d'être _à quatre pattes_ devant les pouvoirs publics, a fait
naître ce barbarisme qui n'a pas d'égal dans la langue, à l'exception
peut-être du mot _struggleforlifer_ dont les Canadiens-Français ne
sont pas responsables.
~Aquer~, v. a.--Amorcer un hameçon.
~Aquette~, n. m.
--Hoquet.
--Acquet.
~Aragan~, n. m.--V. Ouragan.
~Araignée~, n. f.
--_Avoir une araignée au plafond_, n'être pas sain d'esprit.
Expression correspondante à la locution latine _musca in cerebro_
citée par Du Cange.
--Saxifrage sarmenteux. Plante de serres ou d'appartements, cultivée
dans un pot suspendu.
~A ras~, loc. adv.
Tout près. Ex. Mon verre est plein _à ras_ le bord.--Coupe cette tige
_à ras_ terre.--J'ai coupé la queue de mon chien tout _à ras_ je t'en
prie.
~Arbe~, n. m.--Arbre.
~Arboutant~, n. m.
--Terrain qui aboutit à un autre.
--Propriétaire du terrain.
--Aboutissant d'une terre.
~Arbre de vie~, n. m.
Cèdre blanc, ou thuja d'Occident; se trouve dans la région du lac
Saint-Jean, et sert à la fabrication du bardeau.
~Arcades~, n. f.--Galeries de côté dans une église.
~Arcajou~, n. m.
Acajou. Ex. Tous mes meubles sont en bois d'_arcajou_.
~Arce~, n. f.--v. Arse.
~Arche~, n. f.
Arc de triomphe. Ex. C'est demain la procession du Saint-Sacrement;
on a construit deux _arches_ sur la rue St-Jean.
~Archette~, n. f.--Archet.
~Archibête~, adj.
Très bête. Ex. Pierre est bête, mais Jean est _archibête_.
~Archidiocèse~, n. m.
--Diocèse à la tête duquel se trouve un archevêque.
--Province ecclésiastique sous la juridiction d'un archevêque.
~Arcompter~, v. a.--Recompter, compter de nouveau.
~Arçon~, n. m.--Garçon. Ex. Viens ici, mon petit _arçon_.
~Ardille~, n. f.--Argile. Au moyen âge on disait _ardrille_,
_arsille_.
~Ardilleux~, n. m. et adj.
--Argileux.
--Orgelet, petite tumeur inflammatoire qui se forme au bord des
paupières, en forme de grain d'orge.
--Orgueilleux.
~Ardoiser~, v. a.--Couvrir en ardoise.
~Arèche~, n. f.
--Arète de poisson. Ex. J'étouffe, j'ai avalé une _arèche_.
--Pièce du parement d'un quai.
~Aregnée~, n. f.--Araignée.
~A revoir~, loc.--Au revoir.
~Arganeau~, n. m.
Organeau, anneau de fer où l'on attache un câble.
~Argardable~, adj.--Qui mérite d'être regardé.
~Argardant~, part.--Regardant.
~Argarder~, v. a.--Regarder.
~Argent~, n. m.
--_Jouer à l'argent_, risquer de l'argent au jeu.
--_Argent de papier_, papier monnaie.
--_Argent dur_, monnaie d'argent.
~Argent~, n. f.
Argent, n. m. Ex. Est-ce de la _bonne argent_ que vous avez là?
~Argent mignon~, n. m.--Argent que l'on garde au coffre.
~Argenté~, adj.
Riche. Ex. C'est un homme à l'aise, je t'assure qu'il est _argenté_.
~Argenteries~, n. f. pl.
Argenterie. Ex. Je fais encan, et je vendrai toutes mes
_argenteries_. Louise, frotte donc nos _argenteries_.
~Argents~, n. m. pl.
Argent, fonds, deniers. Ex. Il vit à même les _argents_ du public.
~Argot~, n. m.
--Ergot. Ex. Joseph est monté sur ses _argots_, il devient difficile
de lui parler. _Argot_ et _ergot_ se disaient également bien au XVI^e
siècle.
--Ergot de seigle.
~Argoté~, adj.--Ergoté. Ex. Un coq bien _argoté_.
~Arguer~, v. n.--Argumenter, plaider.
~Arias, arrias~, n. m.
--Embarras, contrariété. Ex. Mes enfants me causent bien du _arias_.
--Attirail. Ex. Emporte tous tes _arias_ avec toi.
--Tumulte. Ex. Entends-tu le tapage des enfants? Quel _arias_
épouvantable!
En France _arias_ s'emploie bien dans le sens de tracas. Ex. _Que
d'arias_! Le vieux français disait _arie_.
~Aridelle~, n. f.--Ridelle.
* ~Arlepape~, n. m. (Angl.)--Hornpipe, danse écossaise.
* ~Arlepatte~, n. m. (Angl.)
Autre corruption du mot anglais _hornpipe_, danse très en vogue
autrefois parmi nos Canadiens.
~Arlevée~, n. f.--Relevée. Ex. J'ai travaillé toute l'_arlevée_.
~Arlovée~, n. f.--V. Arlevée.
~Armanach~, n. m.--Almanach.
_Armette germain,_ adj.
Issu de germain. Corruption de maître germain, cousin germain.
~Armière~, n. f.--Ormière.
~Armise~, n. f.--Remise.
~Armoire montante~, n. f.
Monte-plats ou monte-charge hissant les plats de la cuisine à la
salle à manger.
~Armoniaque~, n. f.
Ammoniaque. Ménage dit: «L'usage veut qu'on dise _armoniac_, les
Italiens disent de même _armoniaco_. Richelet disait, en 1680, _sel
armoniac_.» (Observ. sur la langue française.)
~Arouser~, v. a.--Arroser.
~Arousoir~, n. m.--Arrosoir.
~Arouter~, v. a.--Routiner, former par la routine.
~Arouter (s')~, v. pr.--S'accoutumer, s'habituer.
~Aroutiner~, v. a.--Accoutumer, habituer.
~Aroutiner (s')~, v. pr.
S'habituer, prendre l'habitude de quelque chose.
~Arpentage~, n. m.
Levée des plans. Ex. Pierre va faire l'_arpentage_ de ma terre.
~Arpenteur~, n. m.
Arpenteuse, chenille des phalènes dite _géomètre_. Ces chenilles
dépourvues de pattes au milieu du corps, ne marchent qu'en se
rapprochant les extrémités de manière à se recourber le corps en
forme d'un U renversé.
~Arrache=braquettes~, n. m.
Petit instrument en fer servant à arracher les broquettes.
~Arracher (en)~, loc.
Eprouver de grandes difficultés. Ex. Les nouveaux colons ont une
grosse besogne à remplir, je te prie de croire qu'ils _en arrachent_.
~Arracher (s')~, v. pr.
Se tirer d'embarras. Ex. Il travaille tellement, qu'il finira par
s'_arracher_.
~Arracher (se faire).~
Se faire enlever de force. Ex. Je me suis fait _arracher_ pour
accepter son invitation.
~Arracher (se m').~
Disputer la présence. Ex. On m'invite de droite et de gauche, enfin
on _se m'arrache_.
~Arracheur de dents~, n. m.--Menteur.
~Arracheux bon=temps.~--Roger Bon-Temps. V. ce mot.
~Arrachis~, n. m.
--Arbre arraché.
--Partie de forêt dont les arbres ont été dévastés par un ouragan.
--Branchages employés comme bois de chauffage par les fabricants de
sucre d'érable.
~Arrainement~, n. m.
Mise en accusation, au terme de la cour criminelle. Vieux mot
français introduit, comme bien d'autres, dans la procédure anglaise
au temps de la conquête de l'Angleterre par les Normands. En le
refrancisant, nous ne faisons que prendre notre bien, notre butin,
comme disaient les Normands, et comme nous disons nous-mêmes.
Le verbe _araisnier_, cité par Godefroy, est un ancien mot qui
signifiait adresser la parole, accuser, assigner. C'est bien
l'origine du mot anglais _arraignment_. On avait dans le même temps
le mot _araisnement_, action d'adresser la parole.
~Arrangeant~, adj.
De composition facile. Ex. Un homme bien _arrangeant_.
~Arrangement~, n. m.
--Conciliation. Ex. C'est un homme d'_arrangement_.
--_Arrangement d'hiver, d'été_, service d'hiver, d'été sur les voies
ferrées.
~Arranger~, v. a.
--Réparer. Ex. Fais donc _arranger_ ton habit.
--Mettre quelqu'un à sa place. Ex. Il s'est fait _arranger_ de la
belle façon.
~Arranger (s')~, v. pr.
--Se parer, s'habiller pour sortir. Ex. _Arrange-toi_ de ton mieux
pour aller à l'église.
--Se tirer d'embarras. Ex. _Arrange-toi_ comme tu pourras, je n'y
peux plus rien.
~Arrangeur~, n. m.
Ouvrier qui répare. Ex. Voilà l'_arrangeur_ de parapluies qui passe,
faisons-le entrer. Nous disons aussi, un _arrangeur_ d'horloges, de
montres.
~Arraroute.~--Arrow-root. (Angl.)
~Arrestation~, n. f.
Arrêt. Ex. Le juge a lancé un mandat d'_arrestation_.
~Arrêt~, n. m.
Repos. Ex. Cet homme n'a pas d'_arrêt_, il remue toujours.
~Arrêter~, v. n.
--Attendre. Ex. _Arrête_, je ne serai pas absent bien longtemps.
--Cesser. Ex. _Arrête_ de me _chanter pouilles_.
~Arricot~, n. m.--Pruche. Expression acadienne.
~Arriérages~, n. m. pl.
Arrérages.
~Arrière~, n. m.
Retard. Ex. Ma montre prend de l'_arrière_. Ce locataire a de
l'_arrière_ sur son loyer.
~Arrimer~, v. a.
--Arranger, réparer. Ex. _Arrime_-moi donc le toupet, que j'aie l'air
de quelque chose.
--Battre, malmener. Ex. Je me suis fait _arrimer_ proprement.
--Habiller, accoutrer. Ex. Mon tailleur m'a _arrimé_ de son mieux.
--Avancer, se hâter.
~Arrimer (s')~, v. pr.
--S'habiller. Ex. _Arrimons_-nous de notre mieux avant de partir.
--Se placer, s'installer. Ex. Les sièges sont remplis, tâchons de
nous _arrimer_ autrement.
--Se mettre d'accord. Ex. Nos deux amis finiront par s'_arrimer_, ils
ont trop de bon sens.
~Arisée~, n. f.
Risée. V. ce mot. Le cheval qui se lance avec vitesse, poussé par
son conducteur, prend alors une _arisée_. _Risée_ se dit plutôt
qu'_arisée_, mot cité par Clapin.
~Arriver~, v. n.
--Obtenir une belle position. Ex. Cet homme est enfin _arrivé_ à
force de travail.
--Concorder. Ex. J'ai vérifié les deux comptes, mais ça n'_arrive_
pas.
~Arriver avec quelqu'un.~--L'égaler, lui tenir tête.
~Arroser~, v. a.--_Arroser un marché_, boire en le concluant.
~Arroser (s')~, v. pr.--_S'arroser la luette_, _le gosier_, boire.
* ~Arrow=root~, arorout. (m. a.)
Fécule comestible tirée des racines de la marante, du curcuma, etc.
Mot usité en France.
~Arse~, n. f.
--Espace, place. Ex. Veux-tu me donner plus d'_arse_?--Il n'y a pas
d'_arse_ à se mettre.--Faites de l'_arse_, là-bas.
~Arsoir~, adv.--Hier soir. Marot a écrit _hersoir_.
~Artichoux~, n. m.--Bardane.
~Artifailles~, n. f. pl.--Afficôts. V. ce mot.
~Artisse~, n. m.--Artiste.
~Arupiaux~, n. m. pl.--Erypiaux, oreillons.
~Arvenir~, v. n.--Revenir.
~As de pique~, n. m.
--Propre à rien.
--_Etre planté quelque part comme un as de pique_, se tenir debout de
manière à gêner son voisin.
~A seule fin.~
Afin. Ex. Je t'ai fait demander _à seule fin_ que tu règles ton
compte.
~Asile~, n. m.
Hospice d'aliénés. Ex. Cet homme est fou, mettez-le à l'_asile_.
C'est un _craqué_, il est mûr pour l'_asile_.
~Asparge~, n. f.--Asperge.
~Aspargès~, n. m.--Aspergès.
~Aspect~, n. m.
Apparence. Ex. Les récoltes ont un bel _aspect_.
* ~Aspersions~, n. f. pl.
Attaques malicieuses, diffamation. (Angl.)
~Assaiye~, n. m.
Essai. Ex. Nous allons te mettre à l'_assaiye_.
~Assayer~, v. a.--Essayer.
* ~Assaut~, n. m.--Voie de faits. (Angl.)
~Assavoir~, v. et conj.
--Savoir. Ex. Je vous écris pour vous faire _assavoir_ de mes
nouvelles.
--Savoir. Ex. Ils étaient deux, _assavoir_ Jacques et Jean. Molière
s'est servi de ce mot dans son _Tartufe_:
"Le bal et la grand'bande, assavoir deux musettes."
~Assemblée~, n. f.
Faufilage. Ex. Fais donc une _assemblée_ pour que je puisse terminer
ma couture.
~Assembler~, v. a.
Faufiler, faire une fausse couture à longs points.
~Assermentation~, n. f.
--Prestation du serment.
--Action d'assermenter quelqu'un.
~Assermenter~, v. a.
Attester par serment. Ex. Son témoignage a-t-il été _assermenté_?
~Assesseur~, n. m.--Estimateur officiel.
~Asseyer~, v. a.--Essayer.
~Assez~, adv.
--Tellement. Ex. Ai-je été _assez_ bonasse que je l'ai cru sur parole?
--Assez bon. Ex. Michel est _assez_ poète.
~Assinabe~, n. f.
Grosse pierre employée par les sauvages pour retenir au fond de l'eau
un filet, une seine.
~Assination~, n. f.
Assignation. Ex. Nous allons jouer aux cartes, mais pas
d'_assination_, s'il vous plaît.
~Assiner~, v. n.
Tricher au moyen de signes. Ex. Nous allons jouer au quatre-sept,
mais il est défendu d'_assiner_.
~Assir~, v. a.--Asseoir. Ex. Tais-toi ou je vais t'_assir_.
~Assir (s')~, v. p.
S'asseoir. Ce mot est fort en vogue. Ronsard a dit: "_Assisons_-nous
sur cette molle couche."
~Assistance~, n. f.
Présence. Ex. Je suis allé à la conférence du juge Routhier,
l'_assistance_ de mille personnes rendues pour l'écouter, lui fait
honneur.
~Assistant~, n. m.
--Adjoint. Ex. Je vais de ce pas chez l'_assistant_-commissaire des
terres.
--_Assistant-bibliothécaire_, sous-bibliothécaire.
~Assister (s')~, v. pr.--S'asseoir. Ex. _Assistez-vous_, monsieur.
~Associé~, n. m.--Compagnon, ami.
~Associer avec~, v. a.
S'associer avec.
~Assommant~, adj.
Accablant. Ex. Cet orateur donne des raisons _assommantes_.
~Assommer~, v. a.
Abattre l'esprit. Ex. La perte de sa fortune l'a _assommé_.
~Assouer~, v. a.
Actionner, intenter un procès. Expression acadienne.
~Assumer~, v. a.--Prendre charge. Ex. Il a _assumé_ ma dette.
~Astérique~, n. m.
Astérisque, signe typographique en forme d'étoile * pour indiquer un
renvoi, une lacune, etc.
~Astheure~, loc. adv.
A cette heure, maintenant, à l'heure présente. La Rochefoucauld,
l'homme aux maximes, a écrit: Pour ne vous pas mentir, je me suis
fort tourmenté qu'il serait bon d'être assuré _asteure_ de ces
affaires que d'attendre davantage (Lettres, 24.) La Boétie écrivait
_astheure_. Montaigne a écrit _asture_.
~Astination~, n. f.--Obstination.
~Astiner~, v. n.--Obstiner. Ex. J'_astine_ pas.
~Astiner (s')~, v. pr.--S'opiniâtrer à vouloir faire une chose.
~Atoca~, n. m.--Canneberge à gros fruits.
~Atosset~, n. m.
Nom sauvage d'un poisson que l'on trouve dans les eaux du lac
Saint-Jean.
~Atout~, n. m.
Agréments, qualités extérieures, attraits. Ex. Voilà une femme qui a
beaucoup d'_atout_. En Normandie, le mot _adous_ signifie ornements,
parures.
~A tout de reste~, loc. adv.
Quand même, de toutes ses forces. Ex. Il veut cela _à tout de reste_.
~A toute~, loc. adv.--Aussi bien que possible.
~A toute éreinte~, loc. adv.
De toutes ses forces. Ex. Travailler _à toute éreinte_.
~Attache~, n. f.
--Attachement, affection. Boileau et Racine se sont servi de ce mot
pour exprimer la même idée.
--Lien. Ex. Mets des _attaches_ à ton chapeau.
~Attaque~, n. f.--Jouer à l'_attaque_. V. Tague.
~Attaquer~, v. a.
Meurtrir, dans un état voisin de la corruption. Ex. Cette pomme est
_attaquée_, mets-la de côté.
~Attation~, n. f.
Attention. Ex. Je te dis que le feu d'artifice durant les fêtes de
Champlain a été beau, _attation_!
~Attelage~, n. m.
Harnais. Ex. Mets l'_attelage_ sur le dos du cheval.
~Attelée~, n. f.
Forte dépense de travail. Ex. Puisqu'il y a tant à faire, donnons une
bonne _attelée_.
~Atteler~, v. a.
--Mettre le harnais au dos du cheval. Ex. Baptiste, _attelle_ la
grise sur le _quat'roues_?
--Assujétir quelqu'un, le maîtriser. Ex. En voici un que
j'_attellerai_ au premier jour.
--Mettre dans une impasse, dans de mauvais draps.
~Attelles (dans les)~, n. f. pl.
--Traîner une existence pénible. Ex. Il est dans les _attelles_.
--Faire un grand effort. Ex. Il va falloir tirer dans les _attelles_,
la besogne est raide.
* ~Attendre pour quelqu'un.~
Attendre après quelqu'un. (Angl.)
~Attends bien (t').~
Tu me comprends.
~Attifiaux~, n. m. pl.--Attifets.
~Attigner~, v. n.
Forcer beaucoup.
~Attikkameg~, n. m.
Poisson blanc. Nom d'une ancienne tribu sauvage cantonnée sur la
rivière Saint-Maurice.
~Attirer~, v. n.
Faire suppurer. Ex. Sur ton clou (furoncle), mets un cataplasme de
graine de lin, ça _attire_ bien.
~Attisée~, n. f.
Un bon feu. Ex. Il commence à faire froid, nous allons faire une
petite _attisée_.
~Attorney~, n. m.
Procureur chargé de représenter une partie en justice. Vieux mot
français _atorné_. L'atorné, à Compiègne, est un magistrat élu pour
trois ans à la Saint-Jean-Baptiste.
~Attraper~, v. a.
--Atteindre: Ex. J'ai _attrapé_ mon but.
--Déshonorer.
~Au~, art.
--Le. Ex. Nous partirons _au_ premier de mai.
--De. Ex. Une salade _au_ poulet.
--Du. Ex. Voici le livre _au_ père Lemoine.
~Aubarge~, n. f.--Auberge.
~Aubargiste~, n. m.--Aubergiste.
~Aubel~, n. m.
Aubier. _Aubel_ se disait jadis.
~Aucun~, adj.--Tout, n'importe quel.
~Aucun temps (en)~, loc. adv.
En tout temps. Ex. Tu pourras venir _en aucun temps_.
~Aucun autre~, loc. adv.--Tout autre.
~Audience~, n. f.--Auditoire.
* ~Auditer~, v. a.--Vérifier les comptes. (Angl.)
* ~Auditeur~, n. m.
Celui qui vérifie, examine les comptes. (Angl.)
* ~Audition~, n. f.--Vérification des comptes. (Angl.)
~Auge~, n. m.--Auge, n. f.
~Augmentation~, n. f.--Partie de paroisse nouvellement annexée. Ex.
L'_augmentation_ de Somerset.
~Augurer~, v. n.--Avoir belle ou mauvaise apparence. Ex. Cette
affaire _augure_ mal.
~Auieu de~, loc. adv.--Au lieu de.
~Aujord'hui~, adv.--Aujourd'hui.
~Au jour d'aujourd'hui~, loc. adv.
Aujourd'hui même. Ce mot se décompose en quatre autres, dont deux,
_jour_ et _hui_ ont la même signification.
~Aumone~, n. f.
Aumône. Ex. Faire l'_aumone_ aux pauvres qui passent.
~Aunage~, n. m.
--Aunaie, lieu planté d'aunes.
--Branche d'aune.
~Auparavant~, adv.
Avant. Nous devons nous habiller chaudement _auparavant_ que de nous
mettre en route.
~Auparavant moi~, loc.--Avant moi.
~Au ras.~
V. A ras. On peut dire _au ras de l'eau_, de manière à être de niveau
avec la surface de l'eau.
~Auripiaux~, n. m. pl.--Oreillons.
~Aussi... comme~, loc. adv.
Aussi... que. Ex. Il est _aussi_ instruit _comme_ toi.
~Autant comme~, loc. adv.
Autant que. Ex. J'exigerai _autant comme_ vous.
~Autant comme autant~, loc. adv.
Tant et plus. Ex. Je l'ai réprimandé _autant comme autant_, et rien
n'y fait.
~Autant (en) que~, loc. adv.
Autant que, en tant que. Ex. _En autant que_ je m'en souviens, c'est
vrai.
~Autant dire~, loc.
On peut dire, pour ainsi dire. Ex. _Autant dire_ que ma fortune est
compromise.
~Aute~, adj.
Autre. Ex. C'est une _aute_ paire de manches. On trouve _aute_ dans
l'ancien français.
~Authentiquer~, v. a.--Rendre authentique. Mot vieilli.
~Aux environs~, loc.
Près de. Ex. Il est _aux environs_ de quatre heures.
~Avachi~, n. m.--Paresseux.
~Avachir~, v. n.--Rendre lâche, paresseux.
~Avachir (s')~, v. pr.--Devenir lâche.
~Avalanche~, n. f.
Troupe, ribambelle. Ex. Une _avalanche_ d'enfants à instruire.--As-tu
vu sortir les écoliers du séminaire? Quelle _avalanche_!
~Avalange~, n. f.
Avalanche.
~Avance (à l')~, loc. adv.
D'avance, par anticipation. Ex. Je vais te payer _à l'avance_.
~Avance (d')~, adv.
--Vif, prompt à la besogne. Ex. Cet homme n'est pas _d'avance_.
--Des patates d'_avance_. V. Patates.
~Avancé~, n. m.
Allégation, assertion. Ex. Je vais répondre à tous ses _avancés_.
~Avancer~, v. a.
--Approcher. Ex. _Avance_ donc cette chaise pour que je m'y asseoie.
--Commencer à se corrompre. Ex. Ce bifstek est pas mal _avancé_.
~Avancer à quelqu'un.~
Fournir des fonds. Ex. _Avance_-moi donc cinq piastres, j'en ai un
grand besoin.
~Avances~, n. f.
--Racontars. Ex. Je n'ai que faire de tes _avances_, cela ne prend
pas.
--Arrhes. Si tu veux que je corrige tes épreuves, donne-moi des
_avances_.
~Avant~, adv. et n.
--Profondément. Ex. Creuse _avant_, si tu veux trouver de l'or.
--Aller trop vite. Ex. Ma montre prend de l'_avant_.
~Avant (venir de l').~
Briguer les suffrages. Ex. As-tu entendu dire que notre ami _vient de
l'avant_ pour les Communes.
~Avant (en)~, loc.
--Briller. Ex. Cet élève est _en avant_ de sa classe.
--Prévoir, savoir par avance. Ex. Un tel est _en avant_ de son temps.
~Avant (par)~, loc.
Avant. Ex. Il est venu _par avant_ moi.
~Avant-z-hier~, loc adv.--Avant-hier.
~Avarde~, adj. f.
Avare. Ex. Cette femme est _avarde_.
~Avaricieux, euse~, adj.
Avare qui lésine sur tout.
~Avarie~, n. f.
--Malheur, dommages. Ex. Si nous n'avons pas d'_avarie_, nous serons
bientôt prêts à partir.
--Besoin imprévu. Ex. En tout cas d'_avarie_, emportons nos
parapluies.
~Avarse~, n. f.
Averse. Ex. Il tombe une _avarse_ à boire debout.
~Avé~, prép.--Avec. Ex. Viens _avé_ moi.
~Avec~, prép.
--Par. Ex. Je vais partir _avec_ les chars.
--De. Ex. Que faire _avec_ cela?
--Dans. Ex. Je n'ai rien à voir _avec_ cela.
--Envers. Ex. Je suis quitte _avec_ lui.
--De même. Ex. Il est resté coi, et moi _avec_.
--_Partir avec pas le sou_, sans argent.
~Aveindre~, v. a.
Atteindre difficilement. Ex. Cet objet est très élevé, tout de même
je vais essayer de l'_aveindre_.
~Aveindu~, p. p.
Aveint. Ex. Le docteur a eu de la misère à m'arracher une grosse dent
malade, finalement il l'a _aveindue_.
~Aveine~, n. f.--Avoine.
~Avenant~, adj. part.
Advenant. Ex. _Avenant_ le jour où tu voudras me voir, je serai là.
~Avenante (à l')~, loc. adv.--A l'avenant.
~Avenir~, v. n.--Convenir. Ex. Cet habit lui _avient_.
~A venir jusqu'à~, loc. adv.
Jusqu'à. Ex. Il s'est bien comporté _à venir jusqu'au jour
d'aujourd'hui_.
~Avention~, n. f.
--A merveille. Ex. Cet orateur parle comme une _avention_.
--Dextérité. Ex. Voilà un enfant qui ira loin, il est plein
d'_aventions_.
~Aventionner~, v. a.
Inventer. Ex. Cet ouvrier est très habile, il ne cesse pas
d'_aventionner_ quelque nouvelle machine.
~Aventionner (s')~, v. pr.
Se mettre dans l'idée. Ex. _Aventionne-toi_ pas que tu puisses me
blaguer, je connais tes trucs.
~Avents (les)~, n. m. p.
L'Avent. Ex. Voilà les _Avents_ qui arrivent, l'hiver va commencer.
En France, on dit les _avents_ des grands prédicateurs.
~Aventurer (s')~, v. pr.
Aller loin. Ex. J'arrive du lac à la Galette, je me suis même
_aventuré_ un peu plus loin.
~Avérage~, n. m.
Borne moyenne, vraie et admise. Ex. Ma terre m'a rapporté depuis
trois ans trois cents minots de blé en _avérage_.
~Averdingle~, n. f.
--Avarie.
--Insulte, affront.
~Avèré~, adj.
Avéré, reconnu vrai. Ex. C'est un fait _avèré_ que nous sommes en
temps d'élection.
~Avertisation~, n. f.--Avertissement.
~Aveuc~, prép.--Avec.
~Aviron~, n. m.
Pagaie. L'aviron est une rame d'embarcation; la pagaie se manie sans
qu'on l'appuie à l'embarcation.
~Avis~, n. m.--M'est _avis_, je suis d'_avis_.
* ~Aviser~, v. a.
--Conseiller. Ex. Je vous _aviserais_ de ne pas présenter cette loi
devant les Chambres. (Angl.)
--Regarder. Ex. Examine sérieusement ton affaire, _avise_-la de près.
~Aviseur~, n. m.--Conseiller. (Angl.)
~Avisse~, n. f.--Vis.
~Avisser~, v. a.--Visser.
~Avocasser~, v. a.
Défendre, appuyer une théorie.
Le mot avocasser était l'une des expressions favorites de
Sir George-Etienne Cartier. Nous trouvons dans Godefroy le mot
_avocassage_ pour signifier l'art de plaider, la profession d'avocat,
et _avocacion_, plaidoyer, office d'avocat. L'Académie a admis
_avocasserie_, en 1877, et _avocasser_ est français et signifie
exercer obscurément la profession d'avocat.
~Avoine~, n. f.
_Faire manger de l'avoine à quelqu'un_, le fait d'un jeune homme qui
courtise une jeune fille avec plus d'avantage que tout autre.
~Avoir~, v. aux.
S'emploie dans une foule de locutions assez typiques.
--_Avoir le bras long_, faire sentir son influence très au loin.
--_Avoir du sable dans les yeux_, s'endormir, c'est l'homme au sable
qui passe.
--_Avoir du pain sur la planche_, avoir de l'argent de côté.
--_Avoir du chien_, être brave, courageux.
--_Avoir des mots_, se disputer.
--_Avoir mal aux cheveux_, avoir la migraine le lendemain d'une noce.
--_Avoir l'estomac dans les talons_, avoir une grande faim.
--_Avoir les côtes sur le long_, être paresseux.
--_N'avoir pas inventé la poudre_, être imbécile.
--_N'avoir pas inventé les boutons à quatre trous_, même sens.
--_N'avoir pas la langue dans sa poche_, parler beaucoup.
~Avons (j')~, v. aux.
Nous avons, j'ai. Expression très en vogue chez les Acadiens.
~Avous?~ v. aux.
Avez-vous? Dans la farce de Pathelin, nous lisons: _Avous_ mal aux
dents, maistre Pierre?
~Avri~, n. s.--Avril.
~Avril (poisson d').~
_Courir le poisson d'avril_, c'est aller à la recherche d'une chose
qui n'existe pas.
~Ayau~, n. m.--Noyau.
~Ayère~, n. f.
--Œillère, dent.
--Œillère, visière.
~Âzur~, n. m.--Azur. Ex. Bleu comme l'_âzur_.
B
~Babiche~, n. f.
Lanière étroite de cuir, de peau d'anguille, etc. Ex. Fournir
quelqu'un de cuir et de _babiche_.
~Babicher~, v. a.
--Corriger. Ex. Cet écolier s'est fait _babicher_ sérieusement par
son maître.
--Dire des paroles dures.
~Babine~, n. f.--_Avoir la babine dépendue_, pleurer.
~Babines (ruine=)~, n. f.
Petit instrument de musique à bouche dont se servent les enfants pour
s'amuser plutôt que pour en tirer des sons harmonieux. Il s'en trouve
cependant qui parviennent à en tirer des airs connus.
~Bâbord~, n. m.
_Courir de bord et bâbord, de bord à bâbord_, aller d'un côté et de
l'autre.
~Babouin, e~, n. et adj.--Enfant turbulent.
~Baboune~, n. f. (Angl.)
Personne munie de lèvres épaisses, avec toutes les apparences de
l'idiotie. Du mot anglais _baboon_, babouin.
~Bac, bacq~, n. m.
Auge, petite cuvette. Son diminutif _baquet_ est aussi français;
vient de l'allemand _back_, qui signifie toute espèce de vase.
* ~Bachelier~, n. m.
Garçon à marier. Ex. Il y aura à Québec, le 18 du mois courant, un
grand bal donné par les _bacheliers_ de cette ville. Traduction du
mot anglais _batchelor_.
~Bâcher~, v. a.
Travailler sans soin. Ex. Cet ouvrier _bâche_ tout ce qu'il
entreprend.
~Bâcheur~, n. m.--Celui qui bâche de l'ouvrage.
~Bachot~, n. m.--Bateau de rebut.
* ~Back=board~,--_bôrde_, (m. a.)
Attelle avec dossière pour protéger la poitrine.
* ~Back=door~,--_dore_, (m. a.)--Porte de derrière.
* ~Backgammon~,--_gammeune_, (m. a.)
Trictrac, jeu qui se joue avec des dames et des dés, sur un tableau
divisé en deux compartiments.
* ~Back=store~, n. m., (m. a.)
Arrière-magasin, arrière-boutique.
~Bacon~,--_bék-onne_, (n. m.)
Viande de porc fumée et salée. On disait autrefois en France
_baconer_ pour _saler_. _Bacon_ n'est donc pas un mot emprunté à la
langue anglaise. Notre manière de le prononcer lui donne l'apparence
anglaise.
~Bacul~, n. m.
Barre de travers que l'on met en avant d'une charrue ou d'une
voiture, qui forme une croupière aux bêtes de trait. Vient de
_baculus_, bâton.
* ~Badge~, n. f., (m. a.)--Insigne.
* ~Badloque~, n. f. (Angl.)
Malchance, infortune. Ex. Je suis dans la _badloque_. De l'anglais
_bad luck_.
~Badloqué, e~, adj. (Angl.)
Malchancheux. Ex. Il n'y a personne de plus _badloqué_ que moi.
* ~Bâdrage~, n. m. (Angl.)
Ennui, tracas. De l'anglais _bother_, ennui.
* ~Bâdrant~, adj. (Angl.)--Ennuyeux, assommant.
* ~Bâdrement~, n. m. (Angl.)--Même sens que _bâdrage_.
* ~Bâdrer~, v. a. (Angl.)
Ennuyer. Ex. Ne viens pas me _bâdrer_.
* ~Bâdrerie~, n. f. (Angl.)
Même sens que _bâdrement_ et _bâdrage_.
* ~Bâdreux, euse~, n. et adj. (Angl.)
Ennuyeux, importun. Ex. Il y a toujours quelque _bâdreux_ qui vient
me faire perdre mon temps.
~Bafouiller~, v. n.
Bredouiller, parler comme si on avait la bouche pleine. Expression
française, mais familière.
~Backer~, v. n.--V. Baquer.
~Bâfrer~, v. pron.
Manger goulument et avec excès.
* ~Bagage~ (~chambre à~), n. f.
Consigne. De l'anglais _baggage-room_.
* ~Bagage (char à)~, n. m.
Fourgon. De l'anglais _baggage-car_.
* ~Bagamenne~, n. m.
Trictrac. Corruption de l'anglais _backgammon_.
~Bagatelle~, n. f.
Trou-madame.--Jeu qui consiste à faire passer de petites boules
d'ivoire dans des arcades numérotées.
~Bagne!~
Onomatopée en parlant d'une affaire soudaine. Ex. _Bagne!_ il est
tombé à plein ventre par terre.
~Bagosse~, n. m.
--Mauvais whiskey, préparé en cachette.
--Etoffe de poil de bœuf tissée sur de la laine.
--Chose commune en général. (B. P. F.)
~Bagnère~, n. f.--Bannière.
~Bagou~, n. m.
Verbiage, bavardage effronté. Ce mot n'est pas reconnu par l'Académie.
~Bagoulard~, n. m.
Bavard, un homme qui parle beaucoup pour ne dire que des sornettes.
Ne se trouve pas dans le Dict. de l'Acad.
~Bagouler~, v. n.
Bavarder, parler à tort et à travers.
* ~Bague d'engagement~, n. f.--Anneau de fiançailles.
~Baguette~, n. f. et int.
--Interjection d'usage fréquent. Ex. _Baguette!_ que c'est beau!
--Jalon, (terme d'arpentage).
~Baguetter~, v. a.
Poser des baguettes. Oudin et Cotgrave donnent à _baguetter_ le sens
de _frapper avec une baguette_.
~Baguettes de tambour~, n. f. pl.--Jambes frêles.
~Baille~, n. f.
Petite cuve employée dans l'industrie du _sucrier_ ou fabricant de
_sucre d'érable_.
~Bailler~, v. a.
Donner. Ex. _Baille_-moi cette morue. Expression plutôt acadienne.
~Bâille~, n. m.
Bâillement. Ex. J'étais présent quand il est mort, j'ai vu son
dernier _bâille_.
~Bâiller~, v. n.
Bayer. Ex. Il est là qui _bâille_ aux corneilles.
~Bâillette~, n. f.
Bâillement. Ex. Tu t'endors, mon enfant, tu commences à faire des
petites _bâillettes_.
~Bailli~, n. m.
Huissier. Ce mot était en vogue autrefois, et l'on prononçait
_bâilli_.
~Bain~, n. m.
Baignoire. Ex. Va donc chercher le _bain_ pour le nettoyer.
~Baisage~, n. m.--Action de se faire duper, tromper en affaires.
~Baise=la=piastre~, n. m.
Avare, mesquin. Ex. C'est un dur _baise-la-piastre_, il peut tondre
sur un œuf.
~Baiser~, v. n.
--Duper, attraper. Ex. Il s'est fait _baiser_ dans son affaire.
--_Baiser les portes_, sortir, être chassé de la classe, du collège.
~Baissant~, n. m.
Reflux, jusant. Ex. Nous irons nous baigner au commencement du
_baissant_.
~Baissière~, n. f.
Enfoncement dans une terre labourée; l'eau des pluies y est retenue.
~Bal~, n. m.--_Faire le bal_, faire beaucoup de tapage.
~Bal à gueule~, n. m.
Réunion où l'on danse sans musique, au son de la voix, seulement.
~Bal à l'huile~, n. m.
Réunion où il ne se fait d'autre dépense que l'huile qui sert à
éclairer la salle.
~Balader (se)~, v. p.
Marcher en affectant un certain air d'importance. Ex. Voici madame la
Pompadour qui passe, _se balade_-t-elle un peu?
~Baladeuse~, n. f.
Femme ou fille qui se balade à travers les rues.
~Balai (petit)~, n. m.
Vergette. Les Montagnais de Tadoussac appelaient le Père jésuite La
Brosse la _Grande Vergette_: le Père avait dû les inspirer lui-même à
propos de cette appellation.
~Balan~, n. m.
--Hésiter, être en suspens. Ex. Je suis en _balan_ si j'irai passer
l'été à la campagne.
--Manque de solidité.
--Balancement. Ex. Le _balan_ de la branche l'a fait tomber de
l'arbre.
~Balancille~, n. f.--Balançoire.
~Balanciller~, v. n.--Se balancer.
~Balancine~, n. f.
--Balançoire, siège suspendu entre deux cordes et sur lequel on se
balance.
--Bascule, longue pièce de bois mise en équilibre sur un point
d'appui, et sur laquelle se balancent deux personnes placées aux deux
bouts.
~Balanciner~, v. n.--Se balancer.
~Balanner (se)~, v. pron.
Aller et venir pour se faire voir.
~Balcon~, n. m.
Berceau entouré de verdure. Espèce de tonnelle.
~Balestron~, n. m.
Perche qui sert à tendre la voile dans une embarcation.
~Balet~, ~balette~, n. m.
--Branche de cèdre ou d'épinette dont on fait les balais.
--_Aller au balette_, aller couper des branches dans les bois pour en
fabriquer des balais. _Figurément_, aller au diable. Ex. Va-t-en au
_balette_, au plus vite.
--_Fou comme balette_, stupide.
--_Cheveux taillés en balet_, coupés en carré et un peu long sur la
nuque.
~Balier~, v. a.
Balayer. Ex. Marie, _balie_ la _place_, c'est-à-dire le parquet.
Le Dict. de Trévoux dit: «Il ne faut point se servir de ce mot.»
Cependant il a toujours été employé, et il l'est encore à Amiens
ainsi qu'au Canada.
~Balieux~, ~euse~, n. et adj.--Balayeur, balayeuse.
~Balise~, n. f.
--Petit arbre tiré des forêts.
--Erables, sapins, épinettes qui servent à orner les chemins ou les
rues à l'occasion de fêtes publiques.
--Petits arbres plantés dans la neige pour guider les voyageurs.
~Baliser~, v. a.
--Poser des balises le long des chemins et des rues pour une fête
nationale, ou pour l'arrivée d'un évêque en tournée pastorale.
--Indiquer le chemin à suivre en hiver au moyen de balises plantées
dans la neige ou dans la glace.
~Baliures~, n. f. pl.--Balayures, ordures ramassées avec le balai.
* ~Ballast~, n. m. (m. a.)
--Sable ou pierre concassées qui servent à empierrer les chemins.
--Lest d'un navire.
* ~Ballaster~, v. a. (Angl.)
Poser des pierres concassées, du sable, du gravier sur les voies
ferrées pour maintenir les traverses solides.
~Balle~, n. f.--_Partir raide comme une balle_, partir très vite.
~Balleux~, ~euse~, adj.
Personne qui fréquente assidûment les bals.
~Ballon~, n. m.--Vaste jupon bouffant, crinoline.
* ~Balloune~, n. f.--Bulle de savon. Mot anglais, _balloon_.
~Balusse~, n. f.
Balustre, (n. m.) Ex. Allez vous agenouiller à la _balusse_.
S'emploie souvent au féminin, bien que _balustre_ soit masculin.
~Balustre~, n. f.
Balustrade, rangée de balustres unis par une tablette.
~Bambocher~, v. n.
Faire une vie de débauche, de ripaille. L'Académie ne connaît pas le
verbe _bambocher_, mais bien _bamboche_, _bambochade_ et _bambocheur_.
~Bambocheur~, n. et adj.--Qui bamboche.
~Banc~, n. m.
--Magistrature. Ex. L'avocat Désy a été appelé à monter sur le _banc_.
--Cour de justice. Ex. Le _banc_ est au complet. Le petit _banc_.
--Gradin, tabouret, escabeau.
~Banc de brume~, n. m.--Brouillard.
~Banc de neige~, n. m.
Amoncellement de neige occasionné par le vent qui, soulevant la
neige, la transporte comme de la poudre: d'où le mot _poudrerie_. V.
ce mot.
~Banc=lit~, n. m.
Meuble à double usage. Fermé le jour il sert de siège pour s'asseoir;
ouvert la nuit, on y couche comme dans un lit. Le mot anglais _bed_,
d'usage fréquent, sert bien à distinguer le _banc-lit_ de tout autre
meuble.
~Bandage~, n. m.
Embatage, posage d'une bande de fer qui serre une roue pour la tenir
en état.
~Bande~, n. f.
Corps de musique, de musiciens. Quelques-uns récriminent contre
l'emploi du mot _bande_ dans ce sens. Molière a dit: «la bande des
musiciens.» Ce mot a dû être importé de France en Angleterre, comme
l'a prétendu Blain de Saint-Aubin dans l'_Opinion Publique_. Le même
ajoute que ce mot a été emprunté par les Français aux Italiens.
Il paraît certain que _bande_, dans le sens de corps de musique, est
du bon français, mais, comme le mot a vieilli, il vaut peut-être
mieux dire _corps de musique_, comme on dit aujourd'hui en France.
--Bandage herniaire.
--_Avoir de la bande_, se dit d'un bâtiment qui penche d'un côté.
--_Prendre de la bande_, même sens.
~Bandelière~, n. f.--Bandoulière.
~Bander~, v. a.
--Armer. Ex. Ton fusil est-il _bandé_, fais attention?
--Raidir. Ex. _Bande_ bien serrée la corde de ton arbalète.
* ~Bandeur~, n. m. (Angl.)
Moulinet ou bâton sur lequel on passe une corde pour la serrer en
tordant. De l'anglais _binder_.
~Bang!~ int.--Coup. Pif! Paf! Pan! V. Bagne.
* ~Bank-note~, _nôte_, (m. a.) Billet de banque.
* ~Banne~, n. f.
Bande. Ex. Il y aura de la _banne_, ce soir, sur la terrasse
Dufferin. De l'anglais _band_.
~Banneau~, n. m.
--Charrette garnie de planches dont on se sert pour transporter le
charbon, les détritus de la rue et des caves. Diminutif de _banne_.
--Sellette carrée des harnais de travail.
~Banque~, n. f.
--Crête d'un fossé, d'un canal. Ne vient pas de l'anglais _bank_,
quoique les deux mots comportent la même signification.
--Tire-lire des enfants.
~Banqueroute~, n. f.
--_B. honnête_, qui ne nuit pas à la réputation du failli.
--_B. frauduleuse_, punie par la loi.
Le mot _banqueroute_ signifie faillite et, en France, ne comporte pas
de divisions.
* ~Banqueter~, v. a.
Donner un banquet. Ex. Nous allons _banqueter_ notre nouveau maire.
(Angl.) _Banqueter_ signifie prendre part à un banquet.
~Banqueteur~, n. m.
Celui qui aime à fréquenter les banquets. Ce mot était admis jadis.
~Baptême~, n. m.
--Voiture qui transporte à l'église ou qui en ramène le parrain, la
marraine et l'enfant. Ex. As-tu vu passer le beau _baptême_?
--Juron fréquent. Ex. _Baptême_, que tu m'embêtes!
~Baptêmer~, v. n.
--Baptiser.
--Blasphémer.
~Baptêmeux~, n. m.--Qui blasphème à tout propos.
~Baptiser~, v. a.
--Donner des sobriquets.
--Jeter de l'eau à la figure.
--Couper le lait avec de l'eau.
~Baptiste~, n. m.
Nom donné à tout Canadien-Français. Ex. Paie, _Baptiste_!
~Baquer~, v. a. et n.
--Reculer, céder, lâcher. Ex. Nous allons nous entendre pour tâcher
d'arriver au pouvoir, mais ne _baque_ pas.
--Aider. Ex. Je vais te _baquer_, si tu veux me prendre avec toi pour
mener cette affaire à bonne fin.
_Baquer_ n'est pas un anglicisme, comme on l'a écrit. On l'emploie
encore dans l'arrondissement de Valognes (France) comme ici pour
signifier _plier_, _céder_. _Backer_ était français autrefois et
signifiait _reculer_, _céder_. On a écrit que ce mot vient de
l'islandais _bagaz_ qui veut dire _être empêché_, _être changé de
position_.
~Baqueur~, n. m.
--Celui qui aide quelqu'un dans une opération financière ou autre.
--Celui qui recule devant les difficultés.
* ~Bar~, n. f. (m. a.)
--Comptoir de restaurant, de buvette. Ex. Tu me rejoindras à la _bar_
du Frontenac.
--Bar, n. m. En France, le mot _bar_ est masculin et s'emploie dans
le même sens qu'ici.
~Baranguer~, v. n.
Parler à tort et à travers. Expression très usitée autrefois dans la
région de Montréal.
~Barattée~, n. f.
Contenu d'une baratte, avant ou après la confection du beurre. Ex.
J'ai à faire une grosse _barattée_ de beurre.
En France, une barattée désigne le liquide qui reste au fond de la
baratte quand le beurre en a été extrait.
~Barauder~, v. a. et n.
--Aller et venir en tous sens. Ex. Les chemins sont glissants, la
voiture _baraude_ beaucoup.
--Fureter un peu partout, sans s'arrêter nulle part. Ex. Qu'est-ce
que tu _baraudes_ dans le grenier?
--Remuer un objet massif sur son centre ou de côté, pour le changer
de place.
--Flâner, se promener sans but arrêté. Ex. J'ai _baraudé_ dans les
rues toute l'après-midi.
~Barauder (se)~, v. pr.
--Se promener sans but arrêté.
--Marcher en se dandinant.
~Baraudeux, euse~, n.--Baraudeur, euse, qui aime à flâner.
~Barbe de Capucin~, n. f.
Nigelle de Damas, appelée aussi Cheveux de Vénus. Plante d'ornement.
~Barbeau~, n. m.
--Larve d'œstrides. Ex. Mon cheval est malade, il a des _barbeaux_.
--Barbeau de cuisine, le kokerlac, appelé caffard en France.
--Tache d'encre, pâté.
--Poisson dont se sert le pêcheur de morue.
~Barbeau-volant~, n. m.
Hanneton.
~Barbis~, n. f.
Brebis. Ex. C'est la _barbis_ du Bon-Dieu que celui-là.
~Barbotte~, n. f.
--Poisson, genre des silures, qui ne diffère de la barbue que par sa
queue qui est carrée au lieu d'être fourchue.
--Tasse de lait dans laquelle on a mis tremper du pain.
~Barbouiller~, v. a.
Donner des nausées. Ex. Ce fricot me _barbouille_ le cœur, chaque
fois que j'en mange.
~Barbouiller (se)~, v. pr.
Se gâter. Ex. Le temps se _barbouille_, nous aurons de la pluie
bientôt.
~Barbue~, n. f.
Poisson de nos rivières, de la famille des Siluroïdes. Les savants
l'appellent l'_Ictalarus nigricans_.
~Bardasser~, v. n.--V. Berdasser.
~Bardasserie~, n. f.--V. Berdasserie.
~Bardasseux~, n. et adj.--V. Berdasseux.
~Bardassier~, n. et adj.--V. Berdassier.
~Bardatter~, v. a.
--Couvrir de bardeaux.
--Poser des bardeaux. (B. P. F.)
~Bardeau~, n. m.
--Casse de fonte, casseau; réserve dans laquelle on dépose les
caractères d'imprimerie inutiles à raison de leur multiplicité.
--Bérêt d'universitaire.
--_Il lui manque un bardeau_, il a l'esprit faible.
~Bardi=barda~, loc. adv.
V. Berdi-barda.
~Bardoiser~, v. a.--Couvrir de bardeaux.
~Bardoller~, v. a.
Couvrir de bardeaux, dans le langage des Acadiens.
~Barène~, n. f.
Marelle, jeu consistant à sauter à cloche-pied dans un rectangle
tracé sur le sol et partagé en diverses cases, en poussant d'une case
dans l'autre une pierre, un palet.
~Barer~, v. a.
Donner. Ex. Veux-tu me _barer_ quinze centins pour mon porte-monnaie?
~Bargagner~, v. n.--Commercer, trafiquer.
~Bargagneux~, n. et adj.---Qui se livre à toute espèce de négoces.
~Bargaine~, n. m.
Marché. Ex. Je viens de faire un beau _bargaine_. _Bargaigne_, vieux
mot français, signifiait commerce, marché. On trouve _bargaïnne_.
~Bargainer~, v. a. et n.
--Commercer, trafiquer, faire du bargaine en général.
--Echanger. Ex. Veux-tu _bargainer_ ta montre avec la mienne?
~Bargou~, n. m.--Gruau.
~Barguigner~, v. n.
--Hésiter, se décider difficilement. Ex. Il n'y a pas à _barguigner_,
il faut que tu me remettes l'argent que je t'ai prêté.
--Marchander. Moi j'achète sans _barguigner_.
~Bar=keeper~, _kîpeur_, (m. a.)--Cabaretier.
~Barlan~, n. m.
Brelan. Ex. Jouons ce soir au _barlan_ de pommes.
~Barley~, n. m.
Orge mondé ou perlé. Ex. Ce pain est fait de _barley_. _Barley_ n'est
pas la traduction anglaise d'orge perlé. C'est un mot français par
lui-même; on le trouve dans l'ancien langage français.
~Badine~, n. f.--V. Berline.
~Barloque~, n. f.--Breloque. Ex. Une vieille _barloque_.
~Barlot~, n. m.--V. Berlot.
~Barlue~, n. f.--Berlue.
~Barnèche~, n. f.--Barnache, oie marine, à bec court et menu.
~Barniques~, n. f. pl.--V. Berniques.
~Barouche~, n. f.
--Voiture de famille, participant à la fois du caractère du
carrosse et de la malle-poste.
--Vieille voiture.
--Toute chose vieille, hors de service.
~Barouette~, n. f.--Brouette.
~Barouettée~, n. f.--Brouettée.
~Barrabas à la Passion.~
_Etre connu comme Barrabas à la Passion_, être connu de tout le
monde. Dicton conservé par le patois normand.
* ~Barrack~, (m. a.)--Caserne.
~Barre à tonnerre~, n. f.--Paratonnerre.
~Barre du cou~, n. f.
Cou. Ex. Si tu ne te tiens pas tranquille, je vais te casser la
_barre du cou_.
~Barre du jour~, n. f.
Point du jour. Allusion au pâle sillage qui paraît à l'horizon, aux
premiers feux de l'aurore.
~Barreau~, n. m.
Trictrac. Ex. Maintenant que nous sommes tannés de jouer aux dames,
faisons une couple de parties de barreau.
~Barreauter~, v. a.--Poser des barreaux.
~Barreautin~, n. m.
Petit barreau, diminutif de barreau. Barreaux qui unissent la rampe
aux degrés d'un escalier de bois.
* ~Bar=room~, (_roum_) (m. a.)--Buvette, estaminet.
~Barres (jouer aux)~, loc.
Jeu de course pour enfants.
~Barré~, adj.
Tacheté, bigarré. Ex. Voilà une belle vache _barrée_. D'où le nom de
_barrette_ donné souvent aux vaches _barrées_.
* ~Barrenn'se~, n. f--V. Barène. Ex. Jouer à la _barrenn'se_.
~Barrer~, v. a.
Fermer à clef, au moyen d'une serrure ou d'un cadenas. Ex. _Barre_ la
porte, _barre_ la valise, _barre_ la commode, etc.
~Barrettée~, n. f.
Le contenu d'une barrette. Dans certaines églises de campagne, on
faisait autrefois la collecte au moyen d'une barrette.
~Barrique~, n. f.
--Ivrogne invétéré, dont l'haleine rappelle l'odeur qui s'échappe
d'une barrique vide de liqueur forte.
--_Plein comme une barrique_, ivre.
~Barrure~, n. f.
Carré où l'on attache les chevaux et les vaches dans les écuries.
~Bas~, n. m.
Pas, le seuil. Ex. le _bas_ de la porte est tout usé, il faudra y
voir.
~Bas=côté~, n. m.
Appentis, petit bâtiment adossé contre un grand.
~Bas=de=soie~, n. m.--Sobriquet donné aux Irlandais.
~Bas=percé~, n. m.--Dépensier, qui n'a jamais le sou.
~Bas (descendre en)~, loc.
--Aller dans un étage inférieur. Ex. _Descends en bas_ me chercher
mon chapeau.
--Aller dans le bas du fleuve. Ex. Vas-tu _descendre en bas_ dans le
courant de l'été?
~Bascule (donner la)~, loc.
Jeu d'enfants qui consiste à saisir la victime désignée d'avance et
à lui frapper le dos sur un mur autant de fois qu'elle a d'années
révolues. C'est une manière de célébrer les anniversaires de
naissance parmi nos collégiens.
~Basculer~, v. a.
--Renverser un véhicule mobile sur son axe.
--Se faire rouler d'un côté ou d'un autre au milieu d'une foule
remuante.
* ~Baseball~, n. m. _bése-bâle_, (m. a.)
Balle aux champs. Ex. Le jeu de _baseball_ est très en vogue par le
temps qui court.
* ~Basement~, n. m. _bèsemènte_, (m. a.)
Soubassement, sous-sol.
~Basir~, v. n.--Disparaître, être perdu.
* ~Basse=carte~, n. f.
Corruption de l'anglais _post-card_, carte-postale.
~Bassine~, n. f.
Urinal, vase à col relevé où les malades urinent.
~Bassinée~, n. f.
Contenu d'une bassine.
~Bastinguer~, v. a.--Battre.
~Bastonais~, n. m.
Bostonais, citoyen de la ville de Boston. Sous le régime français
les _Bastonais_, c'est-à-dire les Anglais de la Nouvelle-Angleterre,
étaient fort redoutés de nos Canadiens.
* ~Bat~, _batte_, n. m. (m. a.)--Crosse, battoir, bâton, maillet.
~Bataclan~, n. m.
Attirail, ameublement. Ex. Prends ton _bataclan_ et quitte ma maison.
_Bataclan_, d'après Timmermans, voudrait dire moulin faisant claquer
son traquet, dit _batacle_, d'où par métaphore, train, remue-ménage,
branlebas.
* ~Batch~, n. f. (m. a.)--Fournée, tas.
~Batèche~.--Juron très répandu dans le peuple.
~Bâtiments~, n. m. pl.
Ecuries, granges. Ex. Cours vite aux _bâtiments_ atteler la grise.
~Bâtir~, v. a.
Construire pour l'usage de quelqu'un. Ex. C'est l'entrepreneur
Laroche qui va _bâtir_ monsieur Larochelle.
~Bâtir~, v. n.
--Fortement charpenté. Ex. Cet homme est bien _bâti_, il doit être
fort comme un cheval.
--Prendre de l'embonpoint. Ex. As-tu rencontré Henri, il commence à
_bâtir_.
~Bâtir (se)~, v. pron.
Construire une maison, une résidence. Ex. M. le curé va _se bâtir_
pour se mettre chez lui quand il abandonnera sa cure.
~Bâtisse~, n. f.
Bâtiment, édifice. Ex. Les _bâtisses_ du parlement viennent de passer
au feu.
~Bâtisse (jouer à la)~, loc.
Jeu de carte très en vogue chez les tout petits enfants. Ils se
bâtissent en or, en argent, etc., etc.
~Batiste~, n. f.
Lustrine. La batiste est une toile très fine, d'un tissu très serré;
elle diffère de la lustrine, tissu de coton employé pour la doublure
des vêtements.
~Bat=le=diable~, n. m.
Individu plein de ressources et dangereux de toute façon.
~Bâton=bleu~, n. m.--Connétable, suisse.
~Bâton=de=crème~, n. m.--Bâton de sucre.
~Bâton (tour du)~, n. m.
Tour de bâton, profit illicite. D'après Borel, cette expression
serait formée de _bas_ et _ton_, parce que lorsqu'on veut faire un
gain injuste on ne le dit qu'à voix basse (d'un bas ton) à l'oreille
des personnes qu'on met dans ses intérêts.
~Battable~, adj.
Qui peut être surpassé en valeur, en qualité. Ex. Voici un _gas_ qui
n'est pas _battable_.
~Batte=feu~, n. m.
--Briquet.
--Individu remuant.
~Batterie~, n. f.
Partie d'une grange où l'on bat les grains, les céréales au moyen du
fléau.
~Batteur=de=faux~, n. m.
Oiseau qui, à l'époque de la fenaison, fait entendre un chant
comparable au son que retire le faucheur de sa faux en l'aiguisant.
~Battée~, n. f.
--Grande quantité. Ex. Y avait-il beaucoup de monde à l'assemblée?
Oui, il y en avait une _battée_.
--Chaudronnée. Ex. Je viens de terminer une _battée_ de savon, de
sucre.
--Airée, nombre de gerbes qui peuvent être battues d'une seule fois.
~Batteux~, n. m.--Machine pour battre le blé.
~Battois~, n. m. Battoir, instrument avec lequel on bat le linge.
~Battoué~, n. m.--Battoir.
~Battouète~, n. m.--Battoir.
~Battre~, v. a.
--Remuer. Ex. Empêche donc la porte de _battre_ au vent.
--_Battre à plate couture_, remporter une victoire complète.
--_Battre la campagne_, délirer, déraisonner: jeu de phrase pour
_battre la campane_, _carillonner_.
--_Battre le blé_, égrener les épis en les frappant.
--_Battre comme blé_, battre sans se lasser.
--_Battre quatre as_, ne pouvoir être surpassé.
--_Battre la comète_, même sens.
--_Le diable bat sa femme_, le soleil luit à travers un ciel pluvieux.
~Battre (se)~, v. pron.
--_Se battre la gueule_, se dit d'un individu qui discourt longuement
et à tue-tête. On devrait dire _se battre de gueule_.
--_Se battre les flancs_, cherche à se donner du courage.
~Battu~, part. pas. de battre.
--Etre malade. Ex. Cet homme est _battu_ du rhumatisme.
--Etre surpassé en qualité. Ex. Ici l'on vend des huîtres qui ne sont
pas _battues_.
~Batture~, n. f.
--Rivage laissé à découvert à la marée basse. Ex. La _batture_ aux
loups-marins.
--Glace formée sur les rives du fleuve.
~Bauche~, n. f.
--Course très vive. Ex. Mon cheval a fait dix lieues d'une seule
_bauche_.
--Travail rapide, dans un temps limité.
--Course entre hommes. Ex. Veux-tu tirer une _bauche_ avec moi.
~Baucher~, v. n.
--Courir vite. Ex. Nos chevaux ont lutté de vitesse, je t'assure que
ça _bauchait_.
--Travailler vite.
--Courir pour s'amuser. Ex. Veux-tu que nous _bauchions_ tous deux?
~Baudet~, n. m.
Lit de sangle. Ex. De mon temps, au collège, nous couchions sur des
_baudets_.
~Baume~, n. m.
Pimprenelle, plante aromatique qui croît sur le bord des chemins.
~Baume du Canada~, n. m.
Baumier de Giléad; c'est la gomme de sapin, dont on faisait autrefois
une térébenthine en usage dans la peinture et le vernis.
~Bavaloise~, n. f.
Pont de culotte, dite à la bavaloise ou bavaroise. Ce mot indiquerait
que la mode en a été empruntée à la Bavière. _Bavaroise_ se dit
également.
~Bavardement~, n. m.--Bavardage.
~Bavassage~, n. m.--Bavardage.
~Bavassement~, n. m.
--Bavardage. Ex. Encore une affaire qui va soulever des
_bavassements_ à n'en plus finir.
--Propos désobligeants.
~Bavasser~, v. n.
--Bavarder. Ex. Quel homme dangereux? Il _bavasse_ à la grande
journée.
--Dénoncer, faire des rapports. Ex. Cet écolier passe son temps à
_bavasser_ au maître.
~Bavasserie~, n. f.
--Bavarderie.
--Rapport, dénonciation.
~Bavasseux, euse~, n. et adj.
--Bavard, qui aime à parler.
--Rapporteur.
~Baver sur quelqu'un~, loc.
--Dire du mal de quelqu'un.
~Bavures~, n. f. pl.--Bave, matières vomies.
* ~Bay rhum~, n. m., _bé-rome_, (m. a.)
Lotion alcoolique pour les cheveux.
* ~Bay=window~, (m. a.)--V. Bow-window.
~Bazir~, v. n.--Disparaître. Expression acadienne.
* ~Beam~, _bîme_, (m. a.)--Poutre.
* ~Bean~, _bîne_, (m. a.)
Haricot. Ex. Aimes-tu les _beans_, toi? Oui, les _beans_ au lard.
* ~Beater~, _bîter_, v. a. (Angl.)--Surpasser, l'emporter. V. Biter.
~Béatis~, n. m. pl.
Béatilles. Petits morceaux de viande, rejetés dans l'apprêt des mets,
et dont tire parti une économie bien entendue.
~Beauté (une)~, n. f.
--Beaucoup mieux. Ex. Pierre écrit _une beauté_ mieux que Jean.
--Un grand nombre. Ex. Y avait-il beaucoup de monde au concert? Il y
en avait _une beauté_.
* ~Beaver~, n. m., _biveur_. (Angl.)
Chapeau de castor, haut de forme.
~Bébelle~, n. f.
--Jouets d'enfants. Ex. Voici le jour de l'an qui approche, nous
allons visiter un magasin de _bébelles_.
--Histoires. Ex. Ne me fais pas de _bébelles_.
~Bébelleries~, n. f. pl.--Jouets d'enfant.
~Bec~, n. m.
Gibier. Expression usitée par les chasseurs pour déplorer l'absence
du gibier. Ex. Pas un _bec_ aujourd'hui.
--_Donner un bec_, un baiser.
--_Taire son bec_, cesser de parler.
--_Se rincer le bec_, le gosier.
--_Cela m'a passé devant le bec_, cela m'a été refusé, j'ai manqué
l'occasion.
--_Un chapeau à bec_, chapeau fermé.
--_S'affiler le bec pour parler_, se préparer à faire un discours.
--_Faire le gros bec_, montrer de la répugnance à faire une chose.
--_Tomber le bec à l'eau_, rater une affaire.
--_Avoir du bec_, de la jasette.
--_Avoir le bec carré_, avoir de la difficulté à parler, à raison du
froid qui a raidi les muscles de la mâchoire.
~Bec de corneille~, n. m.
Petite moule comestible, de forme allongée, et dont la coquille
ressemble au bec de la corneille, d'où son nom.
~Becco (de)~, adv.
De trop peu, de moins qu'il ne faut. Ex. Voici un bas _de becco_,
dépareillé. Locution très usitée dans le comté de Kamouraska; vient
du Perche. On entend dire souvent _de bécotte_, et _beccotte_, un bas
_bécotte_.
~Bec=fin~, n. m.
Personne qui fait la grimace sur tous les mets qu'on lui sert.
~Bec=sucré~, n. m.
--Bouche mielleuse.
--Personne qui aime beaucoup le sucre.
~Bèché~, adj.--Eclos. Ex. Mes poulets sont tous _bèchés_.
~Bécher~, v. a.--Becqueter.
~Bèchetée~, n. f.--Le contenu d'une bèche.
~Bêcher~, v. n.
Tomber la tête la première. Ex. Prends garde de _bêcher_ en courant
trop vite.
* ~Bécouite~, n. m. (Angl.)--De l'anglais _buckwheat_, sarrasin.
~Becquer~, v. a.--Becqueter. Ex. _Becque_-moi, mon petit.
~Bec=scie~, n. m.--Harle d'Amérique.
* ~Bed~, n. m., (m. a.)
Banc-lit. Ex. Toi, tu coucheras ce soir dans le _bed_. V. Banc-lit.
~Béda~, n. m.--Cochon mâle. Expression acadienne.
~Bédainer~, v. n.--Bedonner, prendre du ventre.
~Bedonner~, v. n.--Prendre du ventre. Français familier.
~Bédame, bindame.~
Mais. Ex. Aimes-tu cela? _Bindame_, ça dépend.
~Bédâne~, n. m.
Bec-d'âne, outil tranchant de charron, de menuisier, pour creuser des
mortaises.
* ~Bedder~, v. a. (Angl.)
--Poser. Ex. _Bedder_ une vitre.
--Asseoir, fixer. Ex. _Bedder_ une pierre sur son lit de mortier. (B.
P. F.)
~Bedeau~, n. m.
--_Faire quelque chose en bedeau_, travailler avec soin.
--_Le trou du bedeau_, la fosse dans un cimetière.
* ~Bee~, _bi_, n. m. (m. a.)
Corvée. Ex. Faisons un _bee_ pour éplucher du blé d'Inde.
~Béguer~, v. a.--Bégayer.
~Bégueux~, n. m. et adj.--Bégayeux.
~Beigne~, n. m.--Beignet.
~Beignet~, adj. et n.
Benet, homme peu intelligent. Ex. Les _Beignets_ de Sainte-Rose.
Sobriquet tombé en désuétude.
~Belle (en)~, loc.
--_Avoir en belle_, avoir beau jeu, être situé favorablement pour
faire une chose. Ex. Tu as _en belle_, sauve-toi.
--_Prendre son en belle_, saisir l'occasion favorable. Ex. Je saurai
bien prendre mon _en belle_, quand l'occasion se présentera.
Nous disons encore _attendre son en belle_, pour signifier la même
chose. M. Chauveau, dans les Notes qui suivent ses _Légendes_,
écrit: «_Embellie_ est un terme de marine, c'est un changement
favorable dans le temps, dans l'atmosphère; on profite d'une
_embellie_ pour mettre à la voile. De là peut-être l'avoir _embelle_
ou avoir _embelle_.» Il est plus rationnel de croire que, dans, le
cas présent, _belle_ est substitué à _beau_, _avoir belle_ pour
_avoir beau_.
~Belle (avoir)~ loc.--Avoir beau.
~Belle (faire la)~, loc.
Enfant que l'on fait tenir debout avant qu'il ait appris à marcher.
Se dit aussi d'un chien que l'on fait asseoir sur son train de
derrière.
~Belle (paru)~, loc.
Echappé belle. Ex. Je l'ai _paru belle_.
~Belle=Angélique~, n. f.
Plante aromatique cultivée dans nos jardins.
~Belle heure~, loc.
Longtemps. Ex. Il y a _belle heure_ que je suis arrivé.
~Belle heure (à)~, loc.
Heure indue. Ex. Tu arrives _à belle heure_, toi.
~Béloné~, n. m.--Gros saucisson.
~Beluet~, n. m.--Bluet.
~Belzamine~, n. f.--Balsamine.
~Ben~, adv.
Bien. Ex. Nous sommes _ben_ ici, restons-y.
~Bénane~, n. f.--Banane.
~Bénifice~, n. m.--Bénéfice.
~Béniquer~, n. m.--Bénitier.
~Bénissoué~, n. m.
Goupillon. Ex. M. le curé nous a bénis avec son _bénissoué_.
~Ber, bers~, n. m.
Berceau. Quelques-uns ont cru que le mot _ber_ était une corruption
de l'anglais _bar_. Le D^r Devron a écrit dans les Comptes rendus
de l'Athénée Louisianais (janvier 1888), que ce mot est usité en
Louisiane dans le sens de berceau, et il cite les Mémoires de la Mère
Tranchepain, l'une des premières religieuses ursulines fixées à la
Nouvelle-Orléans, pour faire voir qu'elle a été importée de France.
Le docteur écrit _ber_ et non pas _bers_. Cependant on trouve _bers_
dans le Roman de la Rose pour signifier _berceau_.
~Berçante~, n. f.--Berceuse.
~Berceau~, n. m.
--Partie d'une charretée de foin, du fond de la charrette à la
hauteur des ridelles.
--Tonnelle en verdure. Ex. Allons nous mettre à l'ombre dans le
_berceau_, au fond du jardin.
~Berceuse~, n. f.
Chaise berceuse. Ex. La _berceuse_ de ma grand'mère.
~Berdas~, n. m.
--Nettoyage, ménage de maison. Ex. As-tu fait ton _berdas_, ce matin?
--Bruit, tapage. Ex. Quel _berdas_ est ça! j'ai la tête cassée.
--Série confuse. Ex. J'ai fait des _berdas_ de rêves la nuit dernière.
Le mot _berdas_, d'après M. de Gerville, veut dire _bavardage_.
Il existait pendant les anciens Etats de Rennes une société où se
réunissaient tous les nobles des deux sexes pour causer et parler
politique, d'où est venu le mot _berdasse_.
~Berdassement~, n. m.--Bruit ennuyeux.
~Berdasser~, v. a. et n.
--Faire le ménage. Ex. J'ai une servante qui n'est bonne qu'à
_berdasser_, elle ne sait pas faire la cuisine.
--Vaquer à des travaux de peu d'importance. Ex. Quand tu auras fini
de _berdasser_, nous nous mettrons à l'ouvrage.
--Se faire secouer. Ex. J'arrive de Lorette, je me suis fait
_berdasser_ dans des chemins affreux.
--Inquiéter, tracasser. Ex. J'ai quelque chose qui me _berdasse_.
--Disputer. Ex. Si je peux lui mettre la main sur le corps, je vas le
_berdasser_ à mon goût.
--Faire du bruit. Ex. Achève donc de _berdasser_, tu me fatigues.
~Berdasserie~, n. f.
V. Berdassement.
~Berdasseux~, adj. et n.
V. Berdassier.
~Berdassier~, n. et adj.
--Celui qui fait plus de bruit que de besogne.
--Celui qui fait toute espèce de métiers.
--Celui qui se mêle des affaires des autres.
--Chicanier.
~Berdi-Berda~, n. m.
--Grand bruit. Ex. Quel _berdi-berda_! On ne se comprend plus.
--Désordre. Ex. J'ai eu beau chercher dans ma valise, je ne trouve
rien, c'est un _berdi-berda_ où une chatte perdrait ses petits.
~Berdouiller~, v. a.
Bredouiller. Ex. Qu'est-ce que tu _berdouilles_ là?
~Bergamaux~, n. m. pl.
Lisières d'écorces de bouleau.
~Berlan~, n. m.--Brelan.
~Berlander~, v. n.
--Flâner, fainéanter. Ex. Qu'est-ce que tu _berlandes_ là?
--Dire des balivernes. Ex. _Berlander_ du matin au soir.
--Hésiter. Ex. Il n'y a pas à _berlander_, il faut s'exécuter.
~Berlandeux~, n. et adj.
--Fainéant.
--Indécis.
~Berline~, n. f.
Voiture propre aux boulangers pour transporter leurs pains.
~Berloque~, n. f.
Breloque. S'entend ordinairement d'une montre de peu de valeur.
~Berlot~, n. m.--Voiture d'hiver plus légère que la carriole.
~Berniques~, n. f. pl.--Lunettes, bésicles.
~Berouette~, n. f.--Brouette.
~Bérouettée~, n. f.--Brouettée, la charge d'une brouette.
~Bertelles~, n. f. pl.--Bretelles.
~Bésique~, n. m.
Bésigue, jeu de cartes qui se joue à deux, trois ou quatre joueurs,
avec deux, trois ou quatre jeux de trente-deux cartes.
~Besoin (de)~, loc.
Besoin. Ex. Prête-moi ton canif, j'en ai _de besoin_.
~Besoin (pour son)~, loc.
Pour son usage. Ex. C'est vrai que j'ai beaucoup de papier, mais j'en
ai _pour mon besoin_ seulement.
~Besson, ne~, n. et adj.
Jumeau, jumelle. Le Dict. de l'Académie dit que ce mot a vieilli,
mais il s'emploie toujours, en France comme en Canada.
* ~Best~, adj. (m. a.)
Le meilleur. Ex. Nous sommes quatre bons joueurs, mais c'est toi,
Louis, qui est le _best_.
~Bestage~, n. m.--Habitude de bester.
~Bester~, v. n.
Avoir beaucoup d'affection pour une personne du même sexe que soi.
(B. P. F.)
~Besteux~, adj.--Qui a l'habitude de bester.
~Bêtas, bêtasse~, adj.
Bête, imbécile. Ex. Un gros _bêtas_.
Bêtassement, adv.--Bêtement.
~Bête~, n. f.
--_Bête comme ses pieds_, très bête.
--_Bête à manger de l'herbe_, très bête.
--_Bête à coucher dehors_, sot.
--_Une bonne bête_, un bonasse.
--_Bête comme un chou_, imbécile.
--_Rester bête_, éprouver une surprise qui donne un air bête.
--_Faire la bête_, simuler le manque d'intelligence.
~Bêtement~, adv.
Très, beaucoup. Ex. Je me suis coupé _bêtement_.
~Bête puante~, n. f.
Moufette. C'est l'enfant du diable mentionné par nos premiers
missionnaires.
~Bétille~, n. f.--Béquille.
~Bêtise~, n. f.
--Sottise. Ex. Ne fais pas la _bêtise_ d'aller sur l'eau par un temps
pareil.
--Insulte. Ex. Il m'a chanté un tas de _bêtises_.
~Bêtiser~, v. n.--Dire des bêtises.
~Bêtiseux~, n. et adj.
Homme qui tient des propos plutôt malséants.
~Bétôt~, adv.--Bientôt. Ex. Tu viendras _bétôt_.
~Bette~, n. f.
Betterave. Ex. Des _bettes_ à vache, des _bettes_ rouges.
* ~Better~, v. a. (Angl.)
Parier, gager. Ex. Je _bette_ avec toi cinq piastres contre une.
~Beu~, n. m.
Bœuf. Ex. Des souliers de _beu_. Ma foi de _beu_.
~Beugler~, v. n.
Chanter très fort. Ex. Nous avons un chantre à l'église qui chante
bien, mais il _beugle_ beaucoup trop.
~Beurdas~, n. m.--Berdas. V. ce mot.
~Beurdasser~, v. n.--Berdasser.
* ~Beurneur~, n. m. (Angl.)--Brûleur, bec de lampe.
~Beurre de mai~, n. m.
Beurre fabriqué en mai. Ce beurre aurait, dit-on, la propriété de
guérir les plaies, les ulcères. En France, on prépare ce beurre avec
du sel, on l'étend sur un morceau de toile qui prend alors le nom de
_toile de mai_, et que l'on conserve toute l'année. La même coutume
existe ici.
~Beurrée~, n. f.
Tranche de pain recouverte de beurre, de confitures, etc. Ex.
Une _beurrée_ de beurre (pléonasme), une _beurrée_ de confitures
(impropre).
~Beurrer~, v. a.
--Flatter. Ex. Tu n' as pas besoin de vouloir me _beurrer_, tu
n'obtiendras rien de moi.
--Tacher. Ex. J'ai tout le visage _beurré_ de sirop.
--Etendre sur un corps quelconque une substance grasse. Ex. _Beurrer_
de la graisse ou du beurre sur du pain.
~Beurrerie~, n. f.--Fabrique de beurre.
~Beurrette~, n. f.--Petite beurrée.
~Biais (sur le)~, loc. adv.
En biais, d'une manière oblique. Ex. Tu poseras cette étoffe _sur le
biais_.
~Bibelot~, n. m.
Amas confus d'objets réunis ensemble. Ex. Quel tas de _bibelots_?
Débarasse-moi de cela au plus vite.
~Bibelotage~, n. m.
Action d'amasser des bibelots. Ex. Cesse donc de faire du
_bibelotage_, tu t'encombres inutilement.
~Bibite~, n. f.
--Insectes et petits animaux de rang inférieur. Ex. Cette maison
fourmille de _bibites_. Avoir des _bibites_ dans les cheveux.
--Froid. Ex. J'ai la _bibite_ aux doigts.
--Individu suspect. Ex. Je t'assure que c'est une vilaine _bibite_
que ce garçon.
~Biblothécaire~, n. m.--Bibliothécaire.
~Biblothèque~, n. f.--Bibliothèque.
~Bic en blanc (de)~, loc. adv.--De but en blanc.
~Bicher~, v. a.--Embrasser.
~Bicler~, v. a.--Regarder du coin de l'œil.
~Bicleux, euse~, n.--Qui bicle.
* ~Bicouite~, (Angl.)--De l'anglais _buckwheat_, sarrasin.
~Bidette~, n. m.--Flandrin.
~Bien~, adv. et n.
--Correct sous tous rapports. Ex. Tu connais Moïse, n'est-ce pas que
c'est un homme _bien_?
--Juste. Ex. L'horloge est-elle _bien_?
~Bière (petite)~, n. f.
Chose de peu de valeur. Ex. Ce gars ne vaut pas grand'chose, en somme
c'est de la _petite bière_.
* ~Bifsteck~, n. m. (Angl.)
_Bifteck_. Tranche de bœuf grillée ou cuite à la poêle.
~Biger~, v. a.--Embrasser, baiser. (B. P. F.)
* ~Bigne! bagne!~
Pif, paf; onomotapée exprimant un bruit éclatant. _Bang_ est anglais.
~Bigre~, n. m.
Bougre. Ex. Quel _bigre_ d'enfant! il mérite le fouet. _Bigre!_ c'est
sérieux!
~Bigrement~, adv.
Bougrement, extrêmement. Ex. Cet homme est _bigrement_ fort.
~Bijouetter~, v. a.
--Biseauter. Ex. Nous mettrons des vitres _bijouettées_ à la porte.
--Bécheveter, mettre tête-bêche.
~Bijouettre~, v. a.--Bécheveter. (B. P. F.)
~Bileux, euse~, adj.--Bilieux.
~Bill~, n. m.
--Projet de loi. Ex. J'ai un _bill_ à présenter à la chambre.
--Compte, note. Ex. Prépare ton _bill_, si tu veux être payé.
--Billet de banque. Ex. Un _bill_ de cinquante piastres.
--Affiche, pancarte. Ex. _Poster_ un _bill_.
--Menu, _bill of fare_.
--Connaissement, _bill of lading_.
--Acte d'accusation, _true bill_.
--Lettre de change, _bill of exchange_.
--Billet à vue, _bill at sight_.
~Bille de billard~, n. f.--Tête chauve.
~Bille de bois~, n. f.--Bûche de bois.
* ~Biller~, v. a. (Angl.)
Poser un bulletin d'expédition. Ex. Voulez-vous _biller_ ma valise
pour Cacouna?
--Facturer. Ex. _Biller_ des caisses de marchandises.
~Billet promissoire~, n. m.--Billet à terme.
~Billotte~, n. m.
--Billot.
--Bille, pièce de bois rond d'une longueur régulière, qui sert à
hacher la viande.
--_Etre prêt à mettre son cou sur le billotte_, être sûr d'une chose
au point de risquer sa tête.
~Bin~, adv.--Bien.
~Biner~, v. n.
Lâcher prise, renoncer à une affaire.
~Bindame oui, bindame non.~
Expression qui indique une grande hésitation à répondre à une
question. Ex. As-tu fait cela? _Bindame oui, bindame non._
~Binette~, n. f.
Tête, visage. Ex. Quelle drôle de _binette_? Binet était un
perruquier célèbre au XVII^e siècle.
~Binheureux~, adj.--Bienheureux.
~Bisc=en=coin (de)~, adv.
De travers, de biais. Ex. Ne me regarde pas de _bisc-en-coin_. En
France on trouve _bisacoin_, _bicacoin_, en zigzag.
~Biorque~, n. m.--Couac. V. ce mot.
~Birgitté, e~, adj.
Brigitté. Ex. Un chapelet _birgitté_.
~Biscotin~, n. m.--Petit biscuit.
~Biscuit de matelot~, n. m.--Biscuit de mer.
~Biscuit (faire le)~, loc.
Réduire à l'impuissance. Ex. Laisse-moi, je vais lui _faire son
biscuit_ en pas grand temps.
* ~Bisdille~, n. f.
Maldonne. Corruption du mot anglais _misdeal_. V. Misdille.
~Bisque~, n. f.
Farine de blé délayée avec de l'eau, et mangée cuite, forme un plat
très peu appétissant. Il y a, en France, une _bisque_ qui est un
potage fait avec du coulis d'écrevisses.
~Bisque en coin (de)~, loc.--D'un coin à l'autre.
~Bisquer~, v. a.--Faire endêver.
~Bistringue~, n. f.
Bastringue. Ex. Danser la _bistringue_.
* ~Bit~, n. f., (m. a.)
Morceau, peu. Ex. Tu veux du pain, tu n'en auras pas une _bit_.
* ~Biter~, v. a. (Angl.)
Surpasser. Ex. Hein, mon cher, cela te _bite_.
* ~Bitters~,--_teursse_, n. m., (m. a.)
Bitter. Ex. Je viens de prendre un bon _bitters_.
* ~Black=ball~, n. m., (m. a.)
Cirage en boule ou en boîte. Nous disons aussi _black-bol_.
* ~Black and tan~, _annd-tanne_, (m. a.)
Chien à peau noire et brune. Ex. Que voilà un beau petit _black and
tan_!
~Blackbouler~, v. a.
--Rouler. Ex. Cet individu s'est fait _blackbouler_ comme il méritait.
--Bloquer. Ex. Je me suis fait _blackbouler_ à mon examen de terme
par le docteur Sanguinet.
* ~Blackeye~, _aïe_, (m. a.)
Œil poché. Ex. Tu as le tour des yeux noirs, as-tu reçu une _black
eye_?
* ~Blackguard~, _blaggarde_, (m. a.)--Polisson, voyou.
* ~Black=hole~, _hôle_, (m. a.)
Cachot. Ex. Coucher au _black-hole_.
* ~Black=moon~, _moune_, n. f., (m. a.)
A l'anglaise (T. de jeu de balle). Cet écolier a une belle
_black-moon_.
~Blague~, n. f.
Bavardage de fanfaron. Ex. Ce que tu me dis là, ça sent la _blague_.
L'origine semble venir du fait que la blague des fumeurs a souvent
l'air d'une bourse bien garnie. Cependant elle ne renferme que du
tabac.
~Blaguer le service~, loc.
--Ne pas s'occuper d'une affaire, bien qu'on s'en soit chargé.
--Fausser la vérité.
~Blanc~, n. m.
--Document qui renferme des phrases imprimées et des parties non
imprimées qu'il faut remplir à la plume. Ex. _Blanc_ de billet,
_blanc_ de chèque. (Angl.)
--_Mettre du blanc_, augmenter le nombre des interlignes, (terme
d'imprimerie).
~Blanc de cirusse~, n. m.--Blanc de céruse.
~Blanc d'Espagne~, n. m.--Craie.
~Blanc=mange~, n. m.--Blanc-manger.
~Blanchissoir~, n. m.
Espèce de pinceau dont on se sert pour blanchir les murs des maisons
et des granges avec de la chaux.
~Blanchissoué~, n. m.--Blanchissoir.
* ~Blank~, (m. a.)--Formule en blanc.
~Blasphémer~, v. a.
Outrager. Ex. Ce misérable m'a _blasphémé_.
~Blé d'Inde~, n. m.
--Maïs. Ex. Un épi de _blé d'Inde_.
--Réprimande sévère. Ex. Je lui ai fait manger un bon _blé d'Inde_.
--Affront, insulte.
~Blémichon~, n. m.--Petit garçon très pâle.
~Bleu~, n. m. et adj.
--Ecchymose.
--Indigo. Ex. Veux-tu passer ce linge au _bleu_.
--Partisan d'une fraction politique dite des bleus, des
conservateurs.
--Flambé, coulé. Ex. Notre ancien maire est coulé, il est _bleu_
comme la poule à Simon.
--Terrible. Ex. Jean a eu une colère _bleue_. Pierre a eu une peur
_bleue_.
~Bleuet~, n. m.--Bluet.
~Bleusir~, v. a.--Bleuir, faire devenir bleu.
~Bleuvir~, v. a.--Bleuir.
* ~Blind~, _blaïnn'de_, (m. a.)--Abat-jour, persienne.
~Blinder~, v. n.
Protéger. Ex. Je suis _blindé_ contre toutes les attaques qui
pourraient m'être adressées.
* ~Blizzard~, n. m. (m. a.)
Forte tempête de vent et de neige.
~Bloc~, n. m.
--Pâté, îlot. Ex. Un _bloc_ de maisons.
--Glaçon. Ex. Un _bloc_ de glace.
* ~Blocade~, n. f. (Angl.)--Action de bloquer.
~Blond~, adj.
Bai-clair. Ex. Mon cheval est d'un beau _blond_. As-tu rencontré le
_blond_ à François Laroute?
~Blonde~, n. f.
Jeune fille courtisée. Ex. Ce soir je vais aller voir ma _blonde_.
Ce mot s'emploie sans distinction de la couleur des cheveux ou de la
peau de la jeune fille. Il existe une chanson où, après avoir fait le
portrait d'une _brune_, l'amoureux ajoute qu'il en fera une _blonde_.
~Blondet~, adj.--Diminutif de blond.
~Blondiner~, v. n.--Blondir.
* ~Blood~, n. m. (_bleude_), (m. a.)
Homme courageux, sur lequel on peut compter. Ex. Qu'est-ce que tu
penses d'un tel? Un tel, mais c'est un vrai _blood_.
~Bloquer~, v. a. et n.
--Enrayer. Ex. Nous étions à deux milles de la ville, lorsqu'une de
nos roues a _bloqué_.
--Subir un échec. Ex. Imagine-toi donc que je viens de _bloquer_ mon
examen de baccalauréat.
--Arrêter par la neige. Ex. Un train _bloqué_.
--Se dit du fait de remplacer provisoirement une lettre pour éviter
le _parcourement_. Nos imprimeurs se servent également du mot _virer_.
* ~Blotting~, n. m. (m. a.)--Papier buvard.
* ~Bloumersses~, n. m. pl. (Angl.)--Pantalons de femmes et d'enfants
durant la saison d'hiver.
~Blouse~, n. f.
--Veston, par-dessus.
--Réprimande.
* ~Blue book~, n. m. (_blou bouc_), (m. a.)
Livre bleu, qui contient les documents parlementaires. Le mot
bleu vient de ce qu'en Angleterre, les livres qui contiennent les
documents diplomatiques portent une couverture bleue.
* ~Blue nose~, (_blou nôse_), (m. a.)
Habitant des Provinces Maritimes d'origine anglaise ou écossaise.
~Bluet~, n. m.
Airelle du Canada. Fruit à confitures très commun dans la Province
de Québec. La croquette et la pomme de terre sont deux variétés
d'airelle. V. ces mots.
* ~Bluff~, n. m., _bloff_, (m. a.)
--Parole ou action propre à intimider ou à provoquer l'illusion.
--Poker. Ex. Jouons au _bluff_.
* ~Bluffer~, v. a. (Angl.)--Illusionner.
* ~Bluffeur~, n. m. (Angl.)--Qui bluffe.
~Bob (passer au)~, loc.
Infliger une leçon sévère. Le mot anglais _bob_ dans cette
locution, signifie _coup_, _tape_.
* ~Bodkin~, (_bode-kine_), n. m., (m. a.)
Pointe. Outil dont se servent les imprimeurs pour la correction.
~Bœuf~, empl. adj.
Complet, parfait. Ex. Il a eu un succès _bœuf_.
~Bœuf de garde~, n. m.
Taureau. Expression acadienne.
~Bœuf de soupe~, n. m.--Bouilli.
~Bogane~, n. f.--Ruisseau, flaque d'eau.
~Boile~, n. f.--Cuveau pour laver le linge.
~Bois~, n. m.
Corps. Ex. C'est un monsieur qui porte bien son _bois_.
--_De quel bois cet homme se chauffe-t-il?_ Quelle espèce d'homme
est-ce?
~Bois (aller au)~, loc.
Aller chercher du bois dans la forêt. Ex. Mon père est parti ce matin
pour _aller au bois_, il reviendra rien qu'à soir.
~Bois barré~, n. m.--Erable jaspé, appelé aussi bois noir.
~Bois blanc~, n. m.
Tilleul d'Amérique. Le bois blanc désigne d'une manière générale tous
les bois à fibre blanche, comme le tremble, le peuplier, etc.
~Bois-Brûlé~, n. m.
Métis de sauvage et de blanc, habitant le Nord-Ouest du Canada.
~Bois debout~, n. m.
Terre boisée. Ex. Je viens d'acheter une terre en _bois debout_.
~Bois de calumet~, n. m.
Cornouiller à feuilles arrondies. Les sauvages se servent de la tige
pour faire des tuyaux de calumet, après en avoir enlevé la moelle.
~Bois de Calvaire~, n. m.
Bois précieux. Ex. Cet individu n'est certainement pas du _bois de
Calvaire_, c'est-à-dire qu'il est loin d'être un homme de valeur.
~Bois de corde~, n. m.
Bois de chauffage. Ex. J'ai acheté tout mon _bois de corde_, j'en
ai pour l'hiver. Autrefois, en France, pour mesurer le bois, on
plantait quatre pieux en formant un carré de huit pieds de côté; et
comme les dimensions de cette mesure se prenaient avec une corde, on
appela _corde_ la quantité de bois qu'elle pouvait contenir, _bois de
corde_, le bois de chauffage qui se débitait à la dite mesure. Telle
est l'origine de l'expression _bois de corde_.
~Bois de fer~, n. m.
Bois très dur dont on se sert pour faire des essieux, des outils. On
le rencontre au Cap Tourmente, près de Québec.
~Bois de lune~, n. m.
--Arbustes coupés la nuit, dans les bois autour de Québec, par des
maraudeurs.
--_Se chauffer avec du bois de lune_, avec du bois volé durant la
nuit.
~Bois de Mai~, n. m.
Aubépine commune, utilisée pour les haies. On l'appelle encore _Epine
blanche_.
~Bois de Malte~, n. m.
Aulne blanche.
~Bois de plomb~, n. m.
Appelé aussi bois-cuir. Arbrisseau commun dans Nicolet.
~Bois des Iles~, n. m.
Bois de Campêche, employé pour teindre en rouge.
~Bois d'orignal~, n. m.--Viorne.
~Bois de poêle~, n. m.--Bois de chauffage.
~Bois franc~, n. m.
--Bois dur, y compris l'érable, l'orme, le merisier, le noyer, etc.
--Bois des arbres à feuilles caduques.
~Bois francs~, n. m. pl.
--Forêts de bois durs.
--Région appelée aussi _Cantons de l'Est_, où le bois franc est en
abondance.
~Bois mou~, n. m.
--Bois blanc, tendre, léger, comme l'épinette, le sapin, etc.
--Bois des arbres à feuilles persistantes.
~Boisage~, n. m.--Boiserie.
~Boisées~, n. f. pl.
Arborescences qui se forment sur les vitres congelées à l'intérieur
des habitations.
~Boisson~, n. f.
--Liqueur forte. Ex. C'est un ivrogne, il prend de la _boisson à cœur
de jour_.
--_Etre en boisson_, être pris de boisson.
~Boisson forte~, n. f.
Boisson enivrante, qui n'est pas le vin, ni la bière, ni même les
élixirs.
~Boisure~, n. f.--Boiserie.
~Boitasser~, v. n.--Boiter légèrement.
~Boîte~, n. f.
--Bouche. Ex. Veux-tu fermer ta _boîte_?
--Banc des jurés. Ex. Les douze petits _jurés_ étaient dans leur
_boîte_.
--Banc des accusés.
--Banc des témoins.
--Etui. Ex. Boîte de pipe.
--Chenil. Ex. Boîte à chiens.
--Avertisseur. Ex. Boîte d'alarme.
--Panier. Ex. Boîte à ouvrage.
--Case. Ex. Boîte postale.
--Caisse. Ex. Boîte d'horloge.
~Boiter tout bas~, loc.--Boiter beaucoup.
~Boiteux d'ermite~, n. m.
Boiteux. Ex. «Où vas-tu, _boiteux d'ermite_?» Souvenir de _Giroflé
Girofla_.
~Boitte~, n. f.--V. Bouette.
~Boitter~, v. a.
Amorcer. Ex. Nous allons _boitter_ nos hameçons.
~Boiture~, n. f.
--Boiterie, claudication d'un animal.
--Boitement, action de boiter.
~Bol~, n. f.
--Bol, n. m. Ex. Une _bol_ à lait.
--_Bol à thé_, tasse à thé.
--_Bol à lait_, écuelle.
--Cuvette.
~Bolée~, n. f.--Contenu d'un bol.
* ~Bôlt~, _bôlte_, (m. a.)--Boulon, course.
* ~Bôlter~, v. a. (Angl.)
--Abandonner son poste. Ex. Mon député a _bôlté_ sur la question Riel.
--Se hâter, courir, travailler vite.
* ~Bôlteur~, adj. (Angl.)
Député qui lâche ses amis politiques sur une question vitale. Ex. Ne
me parlez pas de Sam MaClure, c'est un _bôlteur_.
~Bolus~, n. f.
Pilule. E. Un docteur à _bolus_.
~Bombarde~, n. f.--Guimbarde.
~Bombarder~, v. a.
Faire une réputation. Ex. On l'a _bombardé_ grand homme sans trop de
raison.
~Bombe~, n. f.
--Bouilloire. Le corps de la bouilloire ressemble assez à une bombe,
et le bec à celui d'un canard. Il est naturel qu'à Québec, ville
militaire--que les bombes n'ont pas épargnée--on ait été frappé de la
première ressemblance. Dans la région de Montréal, on dit _canard_
pour bouilloire.
--Bonde d'un tonneau.
~Bombée~, n. f.
Le contenu d'une bombe. Ex. Une _bombée_ d'eau bouillante.
* ~Bôme~, n. m. (Angl.)
Estacade flottante.
~Bommer~, v. n. (Angl.)
--Flâner. Ex. Cesse donc de _bommer_, tu perds ton temps.
--Faire la vie. Ex. Si tu continues à _bommer_, tu vas ruiner ta
santé.
--Faire un usage immodéré de liqueurs fortes.
* ~Bommeur~, n. m. (Angl.)
--Flâneur.
--Viveur.
--Buveur de spiritueux.
~Bon~, adj. et n. m.
--Fort, robuste, vigoureux. Ex. C'est un _bon_ homme.
--Avantages, réduction de prix. Ex. Si tu acceptes mon marché, je te
ferai du _bon_.
~Bon pour~, loc.
Solvable. Ex. Jean me doit deux cents piastres, mais il est _bon
pour_.
~Bon (plus)~, adj.--Meilleur.
~Bondance.~--Interjection pour exprimer l'étonnement.
~Bon=Dieu~, n. m.
--Dieu, l'Etre Suprême.
--Papillon de nuit.
--_La Brebis du Bon-Dieu_, personne douce et patiente.
--_Manger le Bon-Dieu_, être très dévôt.
--_Rendu devant le Bon-Dieu_, disparu. Ex. Dis-moi ce que tu as
fait de ta belle canne à pommeau d'or.--Ne m'en parle pas, elle est
_rendue devant le Bon-Dieu_.
~Bonguienne.~--Interjection pour exprimer la surprise.
~Bonheurement~, adv.--Par bonheur, heureusement.
~Bonhomme~, n. m.
--Vieillard, père de famille affligé de vieillesse. Ex. Voilà le
_bonhomme_ Latulippe qui passe, c'est un bon _bonhomme_.
--Bouillon-blanc.
--_Petit bonhomme vit encore._ Jeu de société. En prononçant ces
mots, on se passe un petit morceau de papier enflammé, ou une
allumette, et celui ou celle dans la main de qui le feu s'éteint,
doit donner un gage. Ce même jeu a commencé par s'appeler _souffler
le charbon_.
~Bonhomme de chemin~, n. m.
Tranquillement. Ex. Aller son petit _bonhomme de chemin_.
~Bonjour~, int. et n. m.
--Exclamation. Ex. _Bonjour!_ qu'il fait beau!
--Individu quelconque. Ex. Ces _bonjours-là_ m'embêtent.
--Simple comme _bonjour_, de facile compréhension.
~Bon sang.~--Vraiment, en vérité. Ex. _Bon sang de la vie._
~Bon sens (sans)~, loc. adv.
Beaucoup. Ex. Il y a du poisson _sans bon sens_ dans les trois petits
lacs, nous en avons pris une _cochonnerie_.
~Bonne~, n. et adj.
--Employé elliptiquement pour _bon_, dans le but d'exprimer sa
satisfaction. Ex. Comme de _bonne_.
--Petit bateau à fond plat.
--Bon. Ex. Cette fleur sent _bonne_.
~Bonnefemme~, n. f.
Vieille femme. Exprime l'idée de chef de famille plutôt sur l'âge.
* ~Boomerang~, n. m., (m. a.)
Sorte de fronde dont se servent les enfants pour tuer les oiseaux.
~Bonnement~, adv.
Au juste, précisément. Ex. Je ne sais pas _bonnement_ si je t'ai
informé de cela.
~Bonnes (être dans ses)~, loc.
De bonne humeur. Rabelais a dit:
«Notre maistre _est en ses bonnes_,
Nous ferons tantôt une bonne chière,
Tout ira par escuelles.»
~Bonnet~, n. m.
--_Avoir la tête pris du bonnet_, être prompt à se mettre en colère.
--_Triste comme un bonnet de nuit_, bien triste.
--_Jeter son bonnet par-dessus les moulins_, ne plus garder de
retenue.
--_Bonnet blanc, blanc bonnet_, la même chose.
~Bonnet carré~, n. m.--Barrette, bonnet de prêtre.
~Bonneter~, v. a.
Flatter. Ex. A quoi sert d'aller le _bonneter_, tu n'obtiendras rien
de plus.
~Bonnette~, n. m.--Bonnet.
~Bonté~, n. f.
--Exclamation. Ex. _Bonté_, que voilà du bon thé!
--_Bonté divine_, même sens.
Bonté divine!
J'ai cassé ma terrine.
Divine bonté!
Ma terrine est cassée.
~Bonus~, n. m.
Gratification offerte à des employés en sus de leur salaire. Ex.
Penses-tu que nous aurons un _bonus_ au jour de l'an.
* ~Booby~, _boubé_ (m. a.)
_Booby-price_, prix accordé au jeu de _euchre_ à celui qui arrive bon
dernier. _Booby_ veut dire _nigaud_.
~Bord~, n. m.
--Côté. Ex. Je vais me promener sur la rue, viens-tu de mon _bord_?
--Bas-côté d'une maison.
--De part en part. Ex. J'ai traversé la rivière de _bord en bord_.
--Dans. Ex. Embarquons à _bord_ du train.
--_Ouvriers de bord_, débardeurs.
~Bord et babord~, loc.
De tous côtés. Ex. Jean court de _bord et babord_.
~Bordage~, n. m.
Bord d'une rivière en hiver, quand la glace forme comme une bordure.
~Bordas~, n. m.--V. Berdas.
~Bordasser~, v. n.--V. Berdasser.
~Bordasserie~, n. f.--V. Berdasserie.
~Bordasseux~, n. et adj.--V. Berdasseux.
~Bordassier~, n. et adj.--V. Berdassier.
~Bordée~, n. f.
--Chute. Ex. Nous allons avoir une grosse _bordée_ de neige.
--Série. Ex. J'ai reçu une _bordée_ de coups de canne.
~Border~, v. a.--Ourler.
~Bordi=bordas~, n. m.--V. Berdi-berdas.
~Bordouiller~, v. a.--Bredouiller.
~Bordure~, n. f.
Passementerie qui sert à border un vêtement.
~Borgnesse~, adj.--Femme borgne.
* ~Borneur~, n. m. (Angl).
Bec-de-lampe.
~Boss~, n. m.
Maître, bourgeois, patron, chef d'usine, directeur, propriétaire.
~Bosse~, n. f.
--Enivrement. Ex. Il s'est flanqué une _bosse_ numéro un.
--Coup. Ex. Je lui ai flanqué des _bosses_ à tout casser.
--Porte-feuille.
~Bosser~, v. a.
--Bossuer. Ex. J'ai _bossé_ mon _castor_ en entrant dans le bateau.
--Conduire, diriger des travaux. (Angl).
~Bosser, (se)~, v. pron.
Se bosseler. Ex. Mon chapeau _s'est bossé_ en tombant.
~Bossuse~, n. f. et adj.
Bossue. Ex. Cette femme est _bossuse_. Se dit surtout dans la région
de Montréal.
~Botte~, n. f.
_Tomber en botte_, arriver à la ruine, se briser, s'ébarouir. Ex.
Tout _tombe en botte_ chez nous depuis que j'en suis parti. La
tinette de beurre menace de _tomber en botte_.
~Botter~, v. n.
--Accumuler de la neige ou de la boue aux pieds du cheval. Ex. Le
cheval _botte_.
--Rogner des pièces de bois. (Angl.)
--Adhérer, coller à la chaussure. Ex. La neige _botte_.
~Botteur~, n. m. (Angl.):--Celui qui rogne des pièces de bois.
~Bottes malouines~, n. f. pl.
Bottes à l'écuyère. Souvenir de Saint-Malo.
~Bottes sauvages~, n. f. pl.--Bottes molles, sans semelles.
~Boucan~, n. m.
--Petite cabane où l'on fait boucaner la viande.
--Mauvais lieu.
--Morceau de bois placé en arrière du chaudron à sucre pour protéger
le feu contre le vent.
~Boucane~, n. f.
--Fumée. Ex. La maison est remplie de _boucane_, c'est le tuyau qui a
besoin d'être vidé.
--Vapeur d'eau. Ex. Vois-tu la _boucane_ là-bas, c'est un bateau qui
arrive d'Angleterre.
~Boucane (être à la)~, loc.
Etre suspendu sous l'impulsion d'une personne assise à l'extrémité
d'une balançoire spéciale tenue en équilibre sur un pivot et qui
s'abaisse alternativement d'un côté en s'élevant de l'autre.
~Boucaner~, v. n.
Fumer. Ex. La cheminée _boucane_.
~Boucanerie~, n. f.
Etablissement où l'on expose des viandes ou des poissons pour les
faire fumer.
~Boucaneux~, adj.--Brumeux.
~Boucanière~, n. f.--Boucan.
~Boucaud~, adj.--Bouscaud.
~Boucharde~, n. f.
--Outil d'acier à l'usage des tailleurs de pierre.
--Marteau dentelé et brételé, à l'usage des mêmes.
~Bouché (être)~, loc.
Etre imbécile. Ex. Cet individu _est bouché_ par les deux bouts.
~Bouchefroutte~, n. m.
Diable. Ex. As-tu rencontré _Bouchefroutte_? Expression dont on se
sert lorsqu'on s'adresse à une personne de mauvaise humeur.
~Boucher~, v. a.
--Réduire à _quia_ par des paroles dures. Ex. Il a voulu m'insulter,
mais je te l'ai _bouché_ proprement.
--Faire taire, fermer la bouche. Ex. Si tu ne te tais pas, je vais te
_boucher_.
~Boucher un trou~, loc.
Donner un acompte sur une dette.
~Boucherie (faire)~, loc.
Tuer un bœuf ou un porc, l'épiler, l'ouvrir, le dépecer. Ex.
Maintenant que les froids sont commencés, nous allons _faire
boucherie_.
~Bouche=trou~, n. m.
Qui remplit une lacune. Ex. C'est un _gas_ qui n'est bon qu'à servir
de _bouche-trou_.
~Bouchon (mettre un)~, loc.
Faire taire. Ex. Si tu ne te fermes pas le bec, je vais te _mettre un
bouchon_.
~Bouchonner~, v. a.
Faire son ouvrage à moitié. Ex. Cet individu _bouchonne_ tout ce
qu'il fait.
~Bouchure~, n. f.
Clôture. Mot usité sur l'île du Prince Edouard.
~Boucle~, n. f.
Nœud. Ex. Fais donc une _boucle_ à ma cravate.
~Boucler~, v. n.
--Se dit de la mer montante lorsqu'elle entoure des rochers ou des
îlots qu'on peut atteindre à pied sec, à marée basse. Ex. Voilà
l'heure où la mer _boucle_.
--Conclure. Ex. Notre affaire n'est pas encore _bouclée_.
~Boucoup~, adv.
Beaucoup. Ex. J'ai _boucoup_ à faire pour arriver à la fin de mon
dictionnaire.
~Bouctouches~, n. f. pl.
Huîtres récoltées à Bouctouche, dans le Nouveau-Brunswick.
~Boudin (faire du)~, loc.
Bouder. Ex. Mon petit, cesse donc de _faire du boudin_.
~Boudinerie~, n. f.--Viande hachée, boudin.
* ~Boudlage~, n. m. (Angl.)
Commission ou revenu extraordinaire que l'on obtient par des procédés
illicites.
~Boudle~, n. m. (Angl.)
Pot-de-vin accordé à un personnage influent dans le but de faire
réussir une affaire, d'obtenir un contrat.
* ~Boudler~, v. n. (Angl.)--Faire du boudlage.
* ~Boudleur~, n. m. (Angl.)
Entremetteur qui fait accorder un contrat moyennant un pot-de-vin
fixé d'avance et qui ne doit pas apparaître au contrat.
~Boudrier~, n. m.--Baudrier.
~Bouer (se)~, v. pr.--Se crotter.
~Bouette~, n. f.
--Mélange de son et d'eau donné en pâture aux animaux de la ferme.
Dans le Perche, cette expression ne s'applique qu'à la mangeaille
des pourceaux. Le vrai sens de _bouette_ est appât pour la pêche de
la morue.
--Boue. Ex. Marcher dans la _bouette_.
--Neige fondante.
--Neige accumulée en masses molles à la surface des rivières.
~Bouetter~, v. a.
Donner un repas de bouette aux gros animaux.
~Bouffée~, n. f.--Accès. Ex. Pierre travaille par _bouffées_.
~Bouffer de rire~, loc.
Pouffer. Cependant, on dit bien _bouffer de colère_.
~Bouffie~, n. f.
--Bulle. Ex. Une _bouffie_ de savon.
--Boursouflure. Ex. Il s'est brûlé, il a de grosses _bouffies_.
~Bouffre~, n. m. et interj.
Bougre. Ex. Quel _bouffre_ d'enfant! Si je te poigne, mon petit
_bouffre_, tu te feras arranger.
~Bouffrèse~, n. f. Bougresse. Ex. Oh! la _bouffrèse_ de femme, elle
devient de plus en plus insupportable.
~Boufiole~, n. f.
--Ampoule, cloche, boursouflure.
--Bulle d'air ou de vapeur, sur les liquides en ébullition ou en
fermentation. (B. P. F.)
~Bouger (ne pas)~, loc.
Se détromper. Ex. _Bougez pas_, l'ami, vous êtes à côté de la coche.
~Bougon~, n. m.
--Bout d'homme.
--Pipe dont le tuyau est très court.
~Bougonner~, v. n.
Gronder entre ses dents. Mot français vieilli, qui, en patois
normand, signifie _travailler mal_, _chiffonner_.
~Bougonneux~, n. et adj.--Qui bougonne à tout propos.
~Bougrant~, adj.
Ennuyeux, fâcheux. Ex. C'est-y pas _bougrant_ que de se voir pris
dans cette sale affaire!
~Bougre=à=bougre (être)~, loc.--A couteaux-tirés. (B. P. F.)
~Bougrement~, adv.
Beaucoup, très. Ex. C'est _bougrement_ ennuyeux que ce temps de pluie.
~Bougrer~, v. a.
--Jeter. Ex. _Bougre_-moi ça à l'eau.
--Donner. Ex. Je vais te _bougrer_ une tape. _Bougre_-moi la paix.
_Bougre_-moi patience.
~Bougrer (se)~, v. pron.
Se moquer. Ex. Je _me bougre_ pas mal de toi.
~Bougrèse~, n. f.
--Bougresse.
--Grand, fort, sérieux. Ex. J'ai une _bougrèse_ d'envie de te
flanquer une _gnole_.
~Bougrine~, n. f.
Vêtement de dessus sans forme particulière. Ex. Qu'est-ce que tu as
de l'air, avec cette vieille _bougrine_ sur le dos!
~Bouille~, 3^e pers. s. ind. prés.
Bout. Ex. L'eau _bouille_ à gros bouillons dans la bombe.
~Bouillie~, n. f.
--_Bouillie pour les chats_, travail inutile, peine sans profit.
--_Bouillie sans sel_, mets mal apprêté.
--_Ramener la peau par-dessus la bouillie_, donner des arguments qui
ont été plusieurs fois répétés.
~Bouillir~, v. n.
Etre affecté par l'impatience. Ex. Pendant qu'il parlait, je
_bouillais_.
~Bouilloire~, n. f.--Chaudière à vapeur.
~Bouillon blanc~, n. m.
Molène commune dont les fleurs teignent en jaune.
~Boujour~, n. m.--Bonjour.
~Boulâcrer~, v. a.
Bousculer. Ex. Je n'ai pas envie de me faire _boulâcrer_ plus
longtemps.
--Exécuter un ouvrage sans soin.
--Bousiller.
~Boulâcreux (euse)~, n. et adj.
Celui ou celle qui boulâcre.
~Boulanger~, v. a.
Presser avec la main ou avec les coudes. Ex. Se faire _boulanger_ le
dos, la poitrine au milieu d'une foule de personnes.
~Boulant~, adj.
Enneigé. Ex. Les chemins sont _boulants_, aujourd'hui.
~Boule~, n. f.
--Tête. Ex. Perds-tu la _boule_?
--Position de fortune. Ex. Il a une belle _boule_ en mains.
~Boule=de=cire~, n. f.--Symphorine à grappes.
~Boule=de=neige~, n. f.
--Viorne stérile.
--Faire _boule-de-neige_, profiter, s'accroître. Ex. Le peu d'argent
que j'ai finira par faire _boule-de-neige_.
~Bouleau blanc~, n. m.--Bouleau à papier.
~Bouleau rouge~, n. m.--Bouleau à feuilles de peuplier.
~Bouler~, v. a.
--Rouler en boule. Vient du mot _débouler_.
--Maltraiter.
* ~Boulezaille~, n. f. (Angl.)
Bonbon en forme d'œil de bœuf. De l'anglais _bull's eye_.
~Boulettes~, n. f. pl.
Sottises. Ex. Cet écolier n'est bon qu'à faire des _boulettes_.
~Boulin~, n. m.--Tronçon d'arbre employé pour le clôturage.
~Boulinant~, adj.
Synonyme de _boulant_, enneigé. Ex. Les chemins sont _boulinants_, la
neige est très légère et très molle.
~Boulotte~, n. f.
Doigt de gant ou linge que l'on met à un doigt malade, appelé par les
enfants _catiche_. Les Acadiens emploient encore le mot _doyon_ pour
signifier la même chose.--Voir ce mot.
* ~Boume~, n. m.
Valeur factice et exagérée. Ex. Nous allons être témoins d'un
_boume_ dans les chemins de fer, dans les banques. (Américanisme).
* ~Boumer~, v. n.
Donner une valeur factice et exagérée à des actions de compagnies
industrielles et autres. (Amér.)
~Bouque~, n. f.--Boucle.
~Bouquer~, v. n.--Montrer de l'humeur.
~Bouquet~, n. m.
--Fleur, plante cultivée pour sa fleur. Ex. Je vais semer beaucoup de
_bouquets_ ce printemps.
--Tête d'arbre, de sapin ou d'épinette plantée au faîte d'une maison
dont la charpente vient d'être posée.
~Bouquette (avoir, tenir le)~, loc.
L'emporter sur les autres par son adresse, sa beauté ou toute autre
qualité. Ex. Ces trois sœurs sont très jolies filles, mais l'aînée
_tient le bouquette_. Elles ont bien chanté toutes trois, hier soir,
mais c'est mademoiselle Domisol qui a eu le _bouquette_.
~Bouquineux~, adj.--Bouquineur.
~Boura~, n. m.--Borax.
~Bouragan~, n. m.--Bouracan.
~Bourbassière~, n. f.--Bourbier.
~Bourdaine~, n. f.
--Alise. Baie du bourdainier. Viorne nue.
--_Courir la bourdaine_, aller en bande, garçons et filles, cueillir
des fruits.
~Bourdainier~, n. m.--Alisier.
~Bourdalou~, n. m.--Vase de nuit.
~Bourdé~, adj.
Gravé. Ex. Mes bottines sont en cuir _bourdé_, c'est-à-dire à grains
plus ou moins soulevés. Dans le vieux français, _bourdé_ voulait dire
_embourbé_.
~Bourdignons~, n. m. pl.--V. Bourguignons.
~Bourgeois~, n. m.
--Caractères d'imprimerie de neuf points.
--Homme riche, censé vivre de ses rentes. Ex. Le voilà devenu un gros
_bourgeois_, il est bien chanceux.
~Bourgeoiserie~, n. f.
Bourgeoisie.
~Bourgeronner~, v. n.
Bourgeonner, pousser des bourgeons. Ex. Un nez tout _bourgeonné_.
~Bourgot~, n. m.
--Porte-voix à coquille. On appelle _burgau_ une grosse coquille dont
on tire une nacre grossière.
--Trompette droite, qui sert à donner des signaux.--Autrefois lorsque
le service de la poste se faisait par des postillons qui parcouraient
nos campagnes, ils étaient munis de bourgots de fer-blanc.
~Bourgotter~, v. n.
--Parler ou crier dans un porte-voix.
--Sonner de la trompette.
~Bourguignons~, n. m. pl.
--Mottes de terre durcies par la gelée.
--Morceaux de glace pris d'un pain.
~Bourlette~, n. f.--Ciboulette.
~Bournichon~, n. m.--Petit homme.
~Bourrasse~, n. f.--Bourrasque.
~Bourrasser~, v. a.
--Bousculer, brusquer. Ex. Cesse donc de _bourrasser_ tes petites
sœurs.
--Faire des reproches.
~Bourrasseux~, adj.
Homme d'une humeur difficile qui brusque tout le monde.
~Bourreau~, n. m.
--Diable. Ex. Que le _bourreau_ t'emporte! J'ai eu une peur du
_bourreau_.
--_Payer en bourreau_, payer d'avance. Bon moyen, paraît-il, pour
être mal servi.
~Bourreau d'ouvrage~, n. m.--Homme qui travaille beaucoup.
~Bourreau des arbres~, n. m.
Célastre du Canada. Plante grimpante qui s'enroule si étroitement
autour des arbres qu'elle les fait périr.
~Bourrée~, n. f.
--Travail forcé et rapide. Ex. Il va falloir donner une dure
_bourrée_, si nous voulons finir d'entrer notre avoine!
--Réprimande, mercuriale. Ex. Je lui ai donné une _bourrée_ dont il
ne perdra pas le souvenir.
--Beaucoup, grande quantité. Ex. Une _bourrée_ de coups, de monde.
--Accès. Ex. Pierre travaille bien, mais toujours par _bourrée_.
~Bourrelet de gomme~, n. m.
Morceau de gomme durcie que l'on détache des épinettes et que les
enfants mâchent avec plaisir.
~Bourrer~, v. a.
Conter des blagues. Ex. Je l'ai _bourré_ dans les grands prix, il a
paru croire tout ce que je lui ai dit.
~Bourreur~, n. m.
Ouvrier qui rembourre les sofas, les chaises.
~Bourrichon~, n. m.
Petit bonhomme. Ex. Sauve-toi, mon petit _bourrichon_. Vient de
_burrichon_, roitelet, dans le patois du Mans et de l'Anjou.
~Bourriers~, n. m. pl.
Balayures, ordures. Ce mot vient de _bourriers_, pailles qui se
mêlent dans le blé battu; du latin _burra_, employé par Ausone pour
signifier des riens. Par extension, _ordures_, mot usité en Bretagne.
~Bourrique~, n. f.
--Ignorant.
--_Catholique comme une bourrique_, catholique à gros grains.
~Bourrolle~, n. f.
Espèce de boîte à forme d'amphore sans anse, ouverte aux deux bouts,
dont l'un, le petit, débouche dans un coffre où l'anguille va se
prendre, et l'autre, le grand, est le récipient de l'anguille qui
s'y introduit pour être rejetée dans le coffre par le courant. La
bourrolle est fabriquée au moyen de petites harts bien entrelacées et
très étroitement serrées les unes contre les autres.
~Bourrure~, n. f.
--Bourrage. Ex. La _bourrure_ du harnais est finie, il va nous en
falloir un autre.
--Rembourrement. Ex. C'est un bon homme pour travailler à la
_bourrure_.
~Bourse~, n. f.
Crête-de-coq, dont les feuilles teignent en jaune.
~Boursiller~, v. n.
--Economiser. Ex. Pour arriver à joindre les deux bouts, il vous
faudra _boursiller_ plus que de raison.
~Boursoufle~, n. f.
Boursouflure. Ex. J'ai une grosse _boursoufle_ sur le bras, c'est un
bourdon qui m'a piqué.
~Bouscailler~, v. a.--Bousculer.
~Bouscaner~, v. a.--Bousculer.
~Bouscaud~, n. m.
--Lourdaud, homme gros, trapu. Ex. C'est un gros _bouscaud_.
--Butor, grossier.
Bœuf ou vache sans cornes.
--Courtaud.
~Bousculage~, n. m.--Action de bousculer.
~Bousiat~, n. m.--Homme malpropre.
~Bousillage~, n. m.
Ouvrage mal fait. Ex. Quel _bousillage_!
~Bousiller~, v. a. et n.
--Remplir les interstices entre les pièces de bois des pans, avec de
la bouse.
--Corriger, arranger, mettre en bon ordre.
--Travailler vite et mal.
~Bouskey~, n. m.--Whiskey marchand.
~Boussole (perdre la)~, loc.--Devenir fou.
~Bout~, n. m.
Mot employé dans différentes acceptions, que les dictionnaires ne
mentionnent pas toujours.
--_Bout-ci bout-là_, en désordre, pêle-mêle.
--_Un bout de temps_, un certain temps.
--_Un petit bout de temps_, un court espace de temps.
--_Prendre quelqu'un par le bon bout_, savoir arriver auprès de lui.
--_Mettre les deux bouts ensemble, joindre les deux bouts_, ne pas
s'endetter.
--_Tourner un objet bout pour bout_, changer sa situation d'une façon
opposée.
--_Au bout la fin y sera_, il faudra bien que cela finisse un jour.
--_Au bout le bout_, quand ce sera fini, on n'en parlera plus.
--_C'est le bout du monde_, c'est la fin.
--_Cet enfant n'a pas de bout_, il est insupportable et incorrigible,
d'une façon inexprimable.
--_Bête au bout_, absolument bête.
--_De bout en bout_, d'un bout à l'autre.
--_Etre rendu au bout_, être épuisé.
--_Il y a un bout à tout_, toute chose a une fin.
~Bout=de=canot~ n. m.
Chacun des deux rameurs qui se placent aux deux bouts d'un canot
d'écorce pour le diriger.
~Boute=feu~, n. m.
Boute-en-train, celui qui met en gaieté tous ceux avec lesquels il se
trouve.
_Bouteille_, n. f.
--Burette. Ex. La _bouteille_ à l'huile, au vinaigre.
--Flacon. Ex. La _bouteille_ d'odeur, de parfum.
--Vin, liqueurs. Ex. Ce garçon caresse un peu trop la _bouteille_.
~Bouteillée~, n. f.--Le contenu d'une bouteille.
~Bouteiller~, v. a.--Mettre en bouteilles.
~Bouteillerie~, n. f.
Vieux mot français signifiant _échansonnerie_, ou mieux
_boutillerie_, redevance en grains. Ex. Saint-Denis de la
_Bouteillerie_, paroisse du comté de Kamouraska.
~Boutique~, n. f.
Maison mal tenue. Ex. Quelle sale _boutique_!
~Bouton~, n. m.
--Fruit de l'aigremoine qui s'attache à la laine des moutons en
automne et s'enlève très difficilement.
--Petite inflammation commune aux serins à une certaine époque de
l'année.
~Bouton d'or~, n. m.
Renoncule à fleurs jaunes dont nos campagnes regorgent.
~Bouton, (dernier).~
A bout de ressources. Ex. Pierre est rendu au _dernier bouton_, il
est ruiné.
~Boutte~, n. m.--Bout.
* ~Bow=window~, n. m., (_winn'do_), (m. a.)
Fenêtre en saillie, en rotonde.
~Boxer~, v. a.--Emprisonner.
~Boxon~, n. m.--Mauvais lieu.
~Boyard, boïard~, n. m.--Civière à porter le bois, la pierre, etc.
~Boyau~, n. m.
--_Avoir toujours un boyau de vide_, avoir toujours faim.
--_Les boyaux me crient_, avoir des borborygmes.
--_Avoir des boyaux de père_, éprouver de la tendresse pour ses
enfants.
* ~Bracket~, _brakète_, (m. a.)
Petite console, applique, étagère.
~Braguet, breguet, brayet~, n. m.--Caleçon de laine.
~Braguette~, n. f.
Fente de devant d'une culotte. En France, on appelle culottes à
_braguette_ celles qui n'ont pas de pont. En Bretagne, _bragez_ a la
même signification.
~Brai~, n. m.--Poix des cordonniers.
~Braid~, _bréde_, (m. a.)--Soutache, passementerie.
* ~Braider~, v. a. (Ang.)--Poser du braid.
~Brâillade~, n. f.--Action générale de brailler.
~Brâillage~, n. m---Même sens que _brâillade_.
~Brâillard~, e, adj.
--Qui braille, qui pleure. Ex. Un enfant _brâillard_.
--Qui implore du patronage auprès des gouvernements.
~Brâillard de la Madeleine~, loc.
Expression appliquée aux enfants qui pleurent à tout propos. Par
allusion aux gémissements proférés dans les environs de la rivière
Madeleine, suivant une légende populaire rapportée par l'abbé Ferland.
~Brâiller~, v. n.--Pleurer.
* ~Brain~, _braine_, (m. a.)
Cerveau. Ex. Celui-là, je l'ai sur le _brain_, il me fatigue.
* ~Braker~, _bréquer_. (Angl.)
--Serrer les freins dans un train de chemin de fer.
--Réprimer quelqu'un.
* ~Brakes~, _bréques_, (m. a.)--Freins.
* ~Brakesman~, _bréke's manne_ (m. a.)--Serre-frein.
~Brancard~, n. m.
--Morceau de sucre d'érable à forme carrée. Ex. Un _brancard_ de
sucre.
--Cartes qui restent sur le tapis après la donne aux joueurs. Ex.
Qu'as-tu besoin de regarder dans le _brancard_?
~Branche~, n. f.
--Division. Ex. Va au département des terres, _branche_ des
arpentages.
--Attaque. Ex. Jean a eu une _branche_ de folie; Joseph a une
_branche_ de fièvre.
--Ami. Ex. Bonjour, ma vieille _branche_.
~Branché~, adj.
Diplômé, porteur de certificat. Ex. Un pilote _branché_.
~Brancher (se)~, v. pr.
Brancher. Ex. Les petits oiseaux commencent à _se brancher_.
~Branchu (canard)~, n. m.
Canard sauvage remarquable par la beauté de son plumage.
~Brandiller~, v. a.
Brandir. Ex. Ne _brandille_ pas ainsi ce bâton.
~Brandy~, n. m., _branndé_.
--Cognac. Vieux mot français qui signifiait _allumé_, _enflammé_. «Et
le feu soit si brandy. » (D'Argentré, Coutume de Bretagne, p. 1051).
--Danse. Ex. Nous allons danser un _brandy_.
~Branle~, n. m.
--Tapage. Ex. Mener un _branle_ terrible.
--_Ni foutre ni branle_, absolument rien.
~Branler~, v. a.--_Branler dans le manche_, hésiter.
~Branlette~, n. f.
Oscillation de la tête. Ex. Ce vieillard commence à avoir la
_branlette_.
~Braque~, n. m.--Imbécile. Ex. Il est fou comme _braque_.
~Braquer~, v. a.--Abandonner. Ex. Il m'a _braqué_ là.
~Braquer,(se)~, v. pr.
Se fixer. Ex. Il s'est _braqué_ sur une chaise, et il s'y est
installé.
~Braquette~, n. f.
--Broquette.
--Petite console, applique. (Angl.)
~Braquetter~, v. a.--Poser des broquettes.
~Bras~, n. m.
--_Avoir le bras long_, être influent.
--_Par dessus bras_, bras dessus bras dessous.
--_Bras d'escalier_, rampe.
--_Aimer gros comme le bras_, aimer beaucoup.
--_Frapper à bout de bras_, du bout du bras.
~Brasse~, n. f.
--_Travailler à la brasse_, _journée de brasse_, corvée de bras.
~Brasse-corps (à)~, loc. adv.
A bras le corps. Ex. Se prendre à _brasse-corps_ pour lutter de force
et d'agilité.
~Brassée~, n. f.
Ribambelle d'enfants. Ex. Voilà Victoire qui passe avec sa _brassée_.
~Brasseur~, n. m.
Phoque du Groënland qui entre dans le fleuve Saint-Laurent en hiver.
~Brâssage~, n. m.
Action de secouer, d'agiter quelque chose.
~Brâsse~, n. f.
Main, au jeu de cartes. Ex. A qui la _brâsse_?
~Brâssée~, n. f.
Chaudronnée. Ex. Une _brâssée_ de savon, de sirop, de sucre.
~Brâssement~, n. m--Remuement, brassage.
~Brâsser~, v. a.
--Mêler. Ex. Allons, _brâsse_ les cartes.
--Disputer. Ex. Je viens de me faire _brâsser_ de la belle façon. Je
me suis fait _brâsser_ le corps.
~Brâsseur~, adj.--Celui qui, aux cartes, tient la donne.
~Braver~, v. n.
Faire le brave. Ex. Il fait cela pour _braver_.
~Braverie~, n. f.--Bravade.
~Braye~, n. f.
--Broie ou macque. Instrument pour broyer le lin et le chanvre,
composé de deux bois retenus par une de leurs extrémités, et
s'enclavant l'une dans l'autre à la manière d'une mortaise.
--Femme qui marchande sans acheter. Ex. Voilà encore une _braye_ qui
vient nous ennuyer avec ses marchandages.
~Brayer~, v. a.
--Broyer. Ex. C'est aujourd'hui que nous allons _brayer_ le lin.
--Aller d'un magasin à l'autre sans faire d'achat.
~Brayeur~, adj.--Celui qui braye.
* ~Brécer~, v. n. (Angl.)
Poser un bandage de fer sur la coque à l'intérieur d'un vaisseau.
~Brèche~, n. f.
--Dent perdue. Ex. Cet enfant a plusieurs _brèches_ dans la bouche.
--Brèche-dent. Ex. Cette femme serait plus jolie, si elle n'était
_brèche_.
~Bréché~, adj.--Ebréché. Ex. Mon couteau est tout _bréché_.
~Bredasser~, v. a.--V. Berdasser.
~Bredasserie~, n. f.--V. Berdasserie.
~Bredassier~, adj.--V. Berdassier.
~Bref~, n. m.
Mandat, ordonnance, ordre. Ex. _Bref_ de sommation, _bref_
d'exécution, _bref_ d'arrestation.
~Brégade~, n. f.--Brigade.
~Brelander~, v. a.--Raconter les choses à sa façon.
~Brelingant~, n. m.
Mot cité par Lacurne de Sainte-Pallaye, que nous retrouvons en pleine
vigueur dans le comté de Kamouraska. Employé par les mères de famille
pour inviter leurs enfants à prendre des positions plus décentes.
~Breloque~, n. f.--Vieille montre.
~Brenante (à la)~, loc.--A la brune.
* ~Bréque~, n. m. (Angl.)--Frein.
* ~Bréquer~, v. a. (Angl.)--Serrer les freins.
~Bretter~, v. n.
--Fureter. Ex. Veux-tu me dire ce que tu _brettes_ là?
--Perdre son temps à des bagatelles.
--Faucher. (Expression acadienne). D'après Oudin, _bretter_
signifiait _jouer_ ou _faire des armes_.
~Bretteux~, adj.
--Qui furette.
--Qui perd son temps. Ex. Avance donc à quelque chose, espèce de
_bretteux_?
--Faucheur.
~Breumasser~, v. n.--Brumasser.
~Breume~, n. f.--Brume.
~Breunante~, n. f.--Brune.
~Breune~, n. f.--Brune.
~Bréviaire~, n. m.--_Dire son bréviaire_, lire son bréviaire.
* ~Brevier~, _brevière_, (m. a.)--Petit texte, 8 points (T. d'impr.)
~Brick~, (m. a.)
--Brave garçon. Ex. Toi, tu es un _brick_, donne-moi la main.
--_Brick bâtard_, toute espèce de voiture sans caractère particulier,
démodée et vieillie.
~Bricoles~, n. f. pl.
--Bretelles de pantalons. En France, la bricole est une bande de cuir
qui se met aux sabots au-dessus du cou-de-pied.
~Brigade~, n. f.
Troupe de gens réunis ensemble. Ex. Y avait-il beaucoup de personnes
qui marchaient dans la procession?--Oui, il y en avait une _brigade_.
* ~Brigade du feu.~ n. f.--Corps des pompiers. (Angl.)
~Brigand~, n. m.--Enfant terrible.
~Brimbale~, n. f.
--Perche en bascule pour tirer l'eau du puits.
--Crémaillère.
~Brimbalement~, n. m.--Bruit, désordre.
~Brin~, n. m.
--Peu, petite quantité. Ex. Tu n'en auras pas un _brin_.
--Grain. Ex. Un _brin_ de pluie.
--Bran. Ex. Du _brin_ de scie.
~Brindezingues~, n. f. pl.
Pris de boisson. Ex. En voilà encore un qui est dans les
_brindezingues_.
* ~Brinn'che~, n. f.
Bien-aimée, préférée. Ex. Celle-là est ma _brinn'che_.
~Bringue~, n. f.
--Fille nonchalante. Ex. C'est une grande _bringue_.
--Pièces. Ex. Mettre un objet en _bringues_.
~Bringuer.~--S'amuser, courir, gambader.
* ~Briquade~, n. f. (Angl.)--Briqueterie.
* ~Briquaille~, n. f. (Angl.)--Briqueterie.
~Brique~, n. f.
--Morceau taillé en carré. Ex. Une _brique_ de lard, de la _brique_ à
couteaux.
--_Brique réfractaire_, brique à feu. (Angl.)
--_Aller à la brique_, aller travailler dans les briqueteries. (Angl.)
~Briqueler~, v. a.--Briqueter.
* ~Briqueleur~, n. m. (Angl.)
Briqueteur, ouvrier et marchand.
* ~Briquer~, v. a. (Angl.)
Briqueter, paver, garnir de briques.
~Briquerie~, n. f.
Briqueterie. _Briquerie_ se disait autrefois pour exprimer la même
chose.
~Brisable~, adj.--Fragile.
~Brise~, n. f.
_Partir tout d'une brise_, partir à la course.
~Brise-fer~, n. m.
--Qui brise tout ce qu'il touche.
--Qui use beaucoup, _usurier_. Ex. Cet enfant ne peut rien conserver,
c'est un _brise-fer_.
~Brisse~, n. f.--Brisque. Ex. Jouer à la _brisse_.
~Broc~, n. m.--Fourche en fer à quatre cornes.
~Broche~, n. f.
--Aiguille. Ex. Apporte-moi mes _broches_ pour que j'achève de
tricoter mes bas.
--Bois pour enfiler le poisson que l'on prend à la ligne.
--Fil de fer. Ex. Clôture en _broche_.
--Epingle. Ex. _Broche_ à cheveux.
--_Jeu de broches_, cinq aiguilles.
~Broche (faire de la)~, loc.--Faire l'amour.
~Broche (travailler à la)~, loc.--Exécuter à la hâte.
~Brocher~, v. n.--Faire l'amour.
~Brochet~, n. m.
Bréchet. Ex. Il n'a pas épais de lard sur le _brochet_. Le _bréchet_
est la partie saillante en avant du sternum des oiseaux.
~Brochetée~, n. f.
--Brochette. Ex. J'ai pris une belle _brochetée_ de poissons.
--Fourchée, la quantité de foin ou de paille que l'on enlève avec un
_broc_. Ex. Prends la fourche et envoie-moi une _brochetée_ de foin.
--Grande quantité.
~Brodure~, n. f.--Broderie.
* ~Brôker~, n. m., _brôkeur_, (m. a.)--Courtier.
~Bronches~, n. f. pl.
Bronchite. Ex. Es-tu encore malade, moi j'ai les _bronches_.
~Bronchique~, adj.
Atteint de bronchite. Ex. Pierre est malade, je crois qu'il est
_bronchique_.
~Bronze~, n. m.
Bronche. Ex. Louis a une maladie de _bronze_.
~Broque~, n. m.--Tire-fiente, fourche à fumier.
~Brosse~, n. f.
--Fête. Ex. Notre ami vient de sortir d'une _brosse qui s'appelle_.
--_Prendre une brosse_, faire la fête.
~Brosser~, v. a.
--Fêter. Ex. Cesse donc de _brosser_.
--_Brosser le chien_, faire la fête.
--Battre.
~Brosser (se)~, v. pron.
--Se battre.
--_Se brosser le ventre_, se passer de tout.
~Brosseur~, n. m.
Celui qui fait souvent des brosses, qui boit à intervalles assez
réguliers beaucoup de liqueurs enivrantes, et qui recommence au
moment où on le croirait corrigé de sa manie, un dipsomane enfin.
~Brou~, n. f.
--Ecume, mousse. Ex. P'tit Pierre vient de tomber de son mal, il a la
_brou_ à la bouche.
--Bave à la gueule des animaux.
--Savonnure. Ex. Voilà du savon qui fait une belle _brou_.
~Brouasser~, v. n.--Bruiner.
~Brouch'ter~, v. a.--Travailler à la hâte et sans précaution.
~Brouch'teux, euse~, n. et adj.--Qui brouch'te.
~Brouch'te-brouch'te~, adv.
Ex. Cet ouvrier travaille _brouch'te-brouch'te_, c'est-à-dire, il
travaille sans soin et hâtivement.
~Brouillasser~.--Bruiner.
~Brouille~, n. m.
Brouille, n. f. Ex. Il va y avoir du _brouille_ dans cette discussion.
~Brouillon~, adj.
Fougueux. Ex. J'ai un cheval qui est pas mal _brouillon_.
~Brousse-poil (à)~, loc.
A rebrousse-poil. Ex. Ce gas-là n'est pas facile à mener, il faut
toujours le prendre _à brousse-poil_.
~Brouscailler~, v. a.--Brusquer.
~Brûlade~, n. f.--Brûlement, action de brûler.
~Brûlé~, n. m.
Forêt, ou bois ou région rasée par le feu. Ex. La paroisse du
Grand-_Brûlé_.
~Brûle-gueule~, n. m.--Pipe à tuyau très court.
~Brûler~, v. a.
--Dépasser. Ex. Il m'a _brûlé_ le long de la route.
--S'approcher d'un objet caché que l'on cherche. Ex. Tu _brûles_,
c'est-à-dire tu t'approches. (Terme de jeu.)
~Brûlette~, n. f.
Ciboulette, ail civette.
* ~Brûleur~, n. m. (Angl.)--Bec-de-lampe.
~Brûlot~, n. m.
Espèce de cousin qui brûle la peau en la touchant de son dard. Genre
simule.
~Brûlure~, n. f.
Ex. Ce mets est excellent pour la _brûlure_, c'est-à-dire qu'il est
absolument bon.
~Brumasser~, v. n.--Bruiner.
~Brun~, adj. et n. f.
--Bai brun. Ex. Un cheval _brun_.
--Brune. Ex. Se promener à la _brun_.
~Brunante (à la)~, loc.
A la brune. Cette expression n'est pas française, mais pourrait
l'être sans inconvénient. Faucher de St-Maurice en a fait le titre
d'un de ses ouvrages.
~Brusquailler~, v. a.--Brusquer.
~Brusse~, adj.--Brusque.
~Bubule~, n. m.--Feu. (Langage enfantin.)
~Bubusse~, n. m.
Lait donné aux petits enfants. Ex. Prends ton _bubusse_, mon petit.
~Buc en blanc (de)~, loc.--De but en blanc.
~Bûchage~, n. m.
--Débitage du bois en bûches.
--Coupe du bois, abattis.
~Bûche~, n. f.
Stupide. Ex. C'est une _bûche_, il ne comprend rien, il a la tête
dure.
~Bûcher~, v. a.
Travailler fort. Ex. L'ouvrage est ardu, mais je vais _bûcher_ assez
fort que j'en viendrai bien à bout.
~Bûcheux~, n. et adj.
--Bûcheur, travailleur.
--Bûcheron.
* ~Buck=board~, n. m., _beuke bôrde_, (m. a.)--Barouche.
* ~Buckwheat~, n. m., _beukouit_, (m. a.)--Sarrasin, blé noir.
* ~Buggy~, n. m., _beugghé_, (m. a.)--Phaéton.
* ~Bugle~, _bioug'l_, (m. a.)--Cor de chasse.
* ~Bull's eye~, n. f., (m. a.)--V. Boulezaille.
* ~Bully~, _boullé_, (m. a.)--Fier-â-bras. Ex. Un _bully_ d'élection.
* ~Bun~, n. f., _bonne_, (m. a.)--Brioche.
~Bureau~, n. m.
--Commode.
--Etablissement public. Ex. _Bureau_ de santé, _bureau_ d'hygiène.
* ~Business~, _biznesse_, (m. a.)
Rond en affaires. Ex. J'aime à faire des affaires avec ce marchand,
il est _business_.
* ~Bus~, _beuce_ (m. a.)
Abréviation de _omnibus_, voiture publique qui transporte les
voyageurs hors de la ville, et s'arrête en route au gré de chacun.
* ~Bustle~, n. m. _beussl_, (m. a.)
Tournure. Ex. Madame a mis son _bustle_.
* ~Busy body~, _bizzé bodé_, (m. a.)
Officieux. Ex. Ce n'est qu'un _busy body_.
~Buteux, euse~, adj.--Qui bute. Ex. Un cheval _buteux_.
~Butin~, n. m.
--Marchandises.
--Mobilier. Ex. Quand je déménagerai, je ne négligerai rien de mon
_butin_.
--Linge et vêtements. Ex. Emporte tout le _butin_ que tu as à te
mettre sur le dos.
--Bonne personne. Ex. Cette fille-là, c'est du _butin_.
~Butte (une)~, n. f.
Beaucoup, en quantité. Ex. Y avait-il beaucoup de monde à
l'assemblée? Oui, il y en avait _une butte_.
* ~Buttercup~, _beutteurkeupe_ (m. a.)--Bouton d'or.
~Butteux, euse~, adj.
Couvert de buttes. Ex. Le chemin est devenu _butteux_ depuis les
dernières gelées.
~Button~, n. m.
Petite colline. Ex. La paroisse du _Button_.
~Buvable~, adj.
Potable. Ex. Cette eau-là n'est pas _buvable_.
~Buvasser~, v. n.--Boire sans cesse.
~Buvasserie~, n. f.--Action de boire outre mesure.
~Buvasseux~, adj.--Qui est dans l'habitude de boire.
~Buveron~, n. m.
--Biberon. Ex. Cet enfant de deux ans est encore au _buveron_.
--Ivrogne. Ex. Çà, c'est un bon _buveron_.
C
~Ça~, pron.
--Il. Ex. _Ça_ gèle fort ce matin.
--Celui-ci, celui-là, cette personne. Ex. _Ça_ parle sans savoir ce
que _ça_ dit. C'est _ça_ qui est farceur.
--Cela, cette chose-là. Ex. _Ça_ m'embête gros.
--_Ça y est-il? Ça y est._ En es-tu?--Oui, c'est convenu.
--_Il a de ça_, il a de la fortune.
--_Quoique ça_, malgré cela.
* ~Cab~, n. m., (m. a.)
Cabriolet de place, à deux ou quatre roues. Le véritable _cab_ est
conduit par un cocher qui a son siège en arrière. Quelqu'un faisait
remarquer la forme extraordinaire de ce véhicule importé d'Angleterre
en France. Un plaisant répondit: «C'est afin que de l'intérieur le
supérieur ne puisse voir le postérieur de son inférieur placé à
l'extérieur.»
~Cabalable~, adj.
Qui peut être cabalé. Ex. Il y a sept _bleus_ dans cette paroisse qui
ne sont pas _cabalables_.
~Cabalage~, n. m.
Cabale. Ex. Dans la paroisse de Beaumont, il n'y a pas de _cabalage_
possible.
~Cabale~, n. f.
Propagande en vue d'une élection quelconque, politique, municipale,
etc.
~Cabaler~, v. a. et n.
--Solliciter des votes en faveur d'un candidat briguant les suffrages
d'une communauté électorale. Ex. A force de le _cabaler_, j'ai réussi
à le faire voter pour mon candidat.
--Travailler à obtenir des suffrages, faire de la propagande d'une
manière générale. Ex. J'ai tellement _cabalé_ dans ma paroisse, que
j'ai pu obtenir une majorité pour notre candidat.
~Cabane~, n. f.
Etal de boucher, de fruitier, de regrattier.
~Cabane à morue~, n. f.
Petite construction en bois placée sur la glace des rivières où le
pêcheur s'installe pour pêcher la petite morue.
~Cabane à sucre~, n. f.
Maisonnette érigée au milieu d'une sucrerie pour y fabriquer le sucre
d'érable, tout en s'y mettant à l'abri. D'où l'expression _tire de
cabane_, assez souvent employée par les amateurs.
~Cabané~, adj.--Enfoncé. Ex. Il a les yeux _cabanés_.
~Cabaneau~, n. m.
Petite armoire pratiquée dans un mur sous l'escalier de service ou
sous le rebord d'une fenêtre, de manière à ce qu'on ne l'aperçoive
même pas.
~Cabaner~, v. n.
--Habiller chaudement. Ex. Aie le soin de te tenir la tête et le cou
bien _cabanés_, car il fait une tempête.
--S'arrêter en route pour se mettre à l'abri.
~Cabaner (se)~, v. pron.
--S'installer chez soi. Ex. Je vais quitter mon bureau à quatre
heures, et puis j'irai me _cabaner_ chez moi jusqu'à demain matin.
--Devenir casanier. Ex. Plus je vieillis, plus je cherche à me
_cabaner_.
--S'assombrir. Ex. Le temps se _cabane_, nous allons avoir quelque
orage.
~Cabanes~, n. f. pl.--Latrines.
~Cabarouet~, n. m.
--Haquet. Long camion qui sert à transporter les barils, les grosses
caisses, le _truck_ des Anglais.
--Cabriolet. Petite voiture à deux roues, suspendue sur des baguettes
de bois, ou sur des ressorts, et à un siège, ou encore une voiture à
deux roues, avec quatre poteaux, comme nous en voyons sur nos marchés.
~Cabas~, n. m.
Bruit, fracas, tapage. Ex. Allons, les enfants, ne faites pas tant de
_cabas_? En France, ce mot veut dire _tromperie_, ou s'applique à un
meuble lourd et grossier. Dans l'Anjou, c'est un manteau.
~Cabasser~, v. n.
--Faire du cabas, du bruit.
--Fatiguer, abattre. Ex. Cette fille me paraît bien _cabassée_.
--Secouer fortement. Ex. Je me suis fait terriblement _cabasser_ dans
la voiture à Marois.
~Cabinet~, n. m.
Chambre à coucher, à la campagne. Ex. Monsieur, passez dans le
_cabinet_ du fond, c'est là votre chambre à coucher. Nous prononçons
souvent _cabinette_.
~Câblegramme~, n. m.--Câblogramme.
~Caboche~, n. f.
--Capsule de certaines plantes. Ex. Une _caboche_ de pavot.
--Tête. Ex. Je me suis _sonné_ la _caboche_ en tombant.
~Cabochon~, n. m.
--Caboche, tête. Ex. Ce que je te dis là, fourre-moi ça dans ton
_cabochon_.
--Bosses, proéminences quelconques.
--Nœud de bois, loupe.
--Ouvrier maladroit.
--Imbécile.
~Cabousse~, n. f.
--Appartement ou pièce attenante à un édifice, servant de dépense.
~Caca~, n. m. et adj.
--Immondice de toute nature. Ex. Ne touche pas à cela, c'est du
_caca_.
--Immangeable. Ex. Ne mets pas cela dans ta bouche, c'est _caca_.
--Méchant. Ex. C'est _caca_ ce que tu as fait là, mon petit.
~Cacasser~, v. n.
--Croasser.
--Caqueter, en parlant de la poule.
--Bavarder.
~Cache~, n. f.
Cachette, ou lieu secret connu seulement des trappeurs du
Nord-Ouest. Dans ces caches, ils déposaient ce qu'ils possédaient de
plus précieux.
~Cache la Belle=Bergère.~
Jeu de société qui consiste à se passer de l'un à l'autre un bijou
ou un objet que l'un des joueurs, placé au centre, doit saisir au
passage. La personne prise en possession du bijou doit payer un gage.
~Cache=mainettes~, n. f.
Tablier muni de poches dans lesquelles les femmes peuvent introduire
leurs mains tout entières.
~Cache petit=pot.~
Jeu d'enfant, où il est question de trouver un objet caché dans la
main de l'un des joueurs réunis en cercle. Le chercheur est debout,
au centre.
~Cacher~, v. a.
--Mettre des couvertures sur une personne couchée pour la mettre à
l'abri du froid.
--Cacher les fautes de quelqu'un.
~Cacheter~, v. a.
Jeter des couvertures sur quelqu'un pour le protéger contre le froid.
~Cachette~, n. f.
Cache-cache, jeu d'enfants, dans lequel tous les joueurs se cachent,
à l'exception d'un seul, qui cherche à découvrir les cachettes des
autres.
~Cachette (à la)~, loc. adv.
En cachette. Ex. Lire des romans _à la cachette_ du maître. Tu as
fait cela _à la cachette_ de moi.
~Cadran~, n. m.
Montre. Ex. Ton _cadran_ est dérangé.
~Cadre~, n. m.
Tableau, dessin, gravure encadrés. Ex. Voici un beau _cadre_.
Métonymie, le contenant employé au lieu du contenu. Se dit très
souvent en France.
~Caduc (la)~, n. f.
L'aqueduc. Ex. Va donc voir si la _caduc_ marche.
~Caduc~, adj.
Triste, abattu. Ex. Cette femme est bien _caduque_ depuis que son
mari est mort.
~Cafière~, n. f.
Cafetière, vase qui sert à faire ou à verser le café.
~Cage~, n. f.
--Train de bois, composé de billots liés ensemble pour former un
radeau.
--Planches ou madriers mis en pile et croisés à angles droits avec de
nombreux interstices, pour être séchés au soleil.
~Cageage~, n. m.
Tous les travaux particuliers à la mise en train des billots en
flotte.
~Cager~, v. a.
--Former une cage avec des billots liés les uns aux autres pour en
permettre le transport.
--Empiler des planches ou des madriers pour les faire sécher au grand
air et au soleil.
~Cageu~, n. m.
Pièces de bois attachées les unes aux autres et mises en flotte
pour être transportées d'un lieu à un autre. Ce mot peut venir de
_cajeutes_, vieux mot français employé pour désigner les lits de
vaisseaux; du hollandais _kajuit_.
~Cageur~, n. m.--Employé sur une cage.
~Cagouette~, n. m.--Gorge. V. Gagouette.
~Cahot~, n. m.
Ce mot, qui est français, s'emploie surtout pour marquer les
inégalités qui se produisent dans nos chemins d'hiver par les
amoncellements de neige. On le trouve dans la fameuse chanson:
...C'est la faute à Papineau
Si nous avons des _cahots_.
~Câille~, adj.
Mélange de blanc et de noir. Ex. Marie, va _tirer_ la grande vache
_câille_. Thérèse a les yeux _câilles_.
~Câiller~, v. n.
Se laisser aller au sommeil. Ex. Mon petit Jean, tu t'endors, tu
commences à _câiller_. En Anjou, _câille_ se dit pour sommeil profond.
~Câilles~, n. f. pl.
Caillebottes, masse de lait caillé. Ex. Vivre aux _câilles_ et
Showing first 200,000 characters. Full text: gutenberg.org/ebooks/48852