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Variétés Historiques et Littéraires (04/10)

by unknown · French · Gutenberg #48401 · 555,069 chars · public domain (US)

The Project Gutenberg eBook of Variétés Historiques et Littéraires (04/10)
    
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Title: Variétés Historiques et Littéraires (04/10)

Editor: Edouard Fournier


        
Release date: March 3, 2015 [eBook #48401]
                Most recently updated: October 24, 2024

Language: French

Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/48401

Credits: Produced by Mireille Harmelin, Guy de Montpellier, Christine
        P. Travers and the Online Distributed Proofreading Team
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*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK VARIÉTÉS HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES (04/10) ***

  VARIÉTÉS

  HISTORIQUES

  ET LITTÉRAIRES


  Recueil de pièces volantes rares et curieuses
  en prose et en vers

  _Revues et annotées_

  PAR

  M. ÉDOUARD FOURNIER

  TOME IV




  A PARIS

  Chez P. JANNET, Libraire

  MDCCCLVI




_Brief Discours pour la reformation des mariages._

_A Paris, de l'imprimerie d'Anthoine du Brueil, rue Saint-Jacques, au
dessus de Saint-Benoist, à la Couronne._

M.DC.XIV. In-8.


Encor que le mariage soit sainct, selon son institution et premiere
origine, voire mesme necessaire pour la multiplication du genre et
societé humaine, si est-ce qu'à la deduction des difficultez quy s'y
rencontrent l'on y trouvera beaucoup plus d'espines que de roses,
et d'amertume que de miel. C'est pourquoy la plus part des sages
de l'antiquité, pour despeindre le mariage, ils representoyent en
leurs hieroglyphiques toutes sortes de gehennes et tortures qu'ils
se pouvoient imaginer, afin que par leurs diverses significations on
fust instruict à eviter les escueilz et perilz quy journellement s'y
rencontrent; ce que le sieur Desportes a bien sceu faire cognoistre
et expliquer en ces Stances du Mariage, où il commence[1]:

  De toutes les fureurs dont nous sommes pressez,
  De tout ce que les cieux, ardemment courroucez,
  Peuvent darder sur nous de tonnerre et d'orage,
  D'angoisses[2], de langueurs, de moeurtre ensanglanté,
  De soucys, de travaux, de faim, de pauvreté,
  Rien n'approche en rigueur la loy de mariage.

          [Note 1: _Les Oeuvres de Philippe Des Portes, abbé de
          Thiron, reveues et corrigées_, Rouen, 1591, in-12, p. 575,
          _Stances du Mariage_.]

          [Note 2: Var.: _d'angoisseuses langueurs_.]

Il vaudroit beaucoup mieux que nostre premier père, lors de sa
creation, fust demeuré en cest estat d'innocence, sans avoir
effrenement desiré une compagne et abandonné en luy-mesme ceste
perfection et prerogative que nostre Dieu luy avoit donnée en sa
creation, et mis en fief comme un tiltre d'aisnesse et premier et
unique en son estre, ce que les anciens appellent androgine, quy est
à dire tout un en sa perfection. Neantmoins, curieux de son malheur
et du nostre, il suscita nostre Dieu de l'assister d'une compagne,
ce quy luy fut accordé, et tirée de soy-mesme, quy nous apporta
pour douaire tous les malheurs du monde dont elle nous a affublez,
punition de Dieu quy envers nous se void journellement executée par
tous les inconvenients quy nous surviennent, tant durant nostre
vie que lors de nostre trepas; le tout prevenu par ceste première
association quy, à nos despens, a porté et porte encore tiltre de
mariage envers les mortels,

  Dure et sauvage loy nos plaisirs meurtrissant[3],
  Quy, fertille, a produit un hydre renaissant
  De mespris, de chagrin, de rancune et d'envie,
  Du repos des humains l'inhumaine poison[4],
  Des corps et des esprits la cruelle prison,
  La source des malheurs, le fiel de nostre vie.

          [Note 3: Cette stance, dans la pièce de Des Portes, suit
          celle qui a été citée tout à l'heure.]

          [Note 4: _Poison_, comme le mot latin _potio_, dont il est
          le dérivé, fut long-temps du féminin. C'est Vaugelas et
          Balzac qui lui assignèrent le genre qu'il a gardé depuis,
          et cela en dépit de Malherbe, et même de Ménage, qui, dans
          ses _Observations sur les poésies_ de ce dernier (Paris,
          1666, p. 451), soutient qu'en vertu de l'étymologie, c'est
          le féminin qui eût dû prévaloir. Le peuple est resté de
          l'avis de Ménage et du latin.]

Pour inscription à ceste loy rigoureuse du mariage, je serois d'advis
qu'elle portast sur le front en belle et grosse lettre: LE BREVIAIRE
DES MALHEUREUX.

  Helas! grand Jupiter, si l'homme avoit erré[5],
  Tu le devois punir d'un mal plus moderé,
  Et plustost l'assommer d'un eclat de tonnerre
  Que le faire languir durement enchaisné,
  Hoste de mille ennuys, au dueil abandonné,
  Travaillant son esprit d'une immortelle guerre.

          [Note 5: C'est la 9e des _Stances_ de Des Portes.]

Depuis que le serpent a mis la curiosité et l'ambition en la teste
de la femme, toutes choses se sont revoltez qui auparavant avoient
esté creez à la submission et hommages deues et acquyses à nostre
premier père et aux siens, c'est-à-dire à la posterité, quy est nous
autres, quy avons herité de la mort par son crime, c'est-à-dire par
la seduction d'Eve, nostre marastre, quy s'est servie de sa fragilité
pour le rendre serf et assugety par ses blandices à toutes les
infirmitez du monde.

  De là le mariage eust son commencement[6],
  Cruel, injurieux[7], plein de commandement,
  Que la liberté fuit comme son adversaire,
  Plaisant à l'abordée à l'oeil doux et riant,
  Mais quy, sous beau semblant, traistre nous va liant
  D'un lien que la mort seulement peut deffaire.

          [Note 6: C'est la 6e stance.]

          [Note 7: Var.: Tyran injurieux.]

Les femmes sont du naturel des sergents: quand elles veulent attraper
quelques uns, elles font bien les douces et traictresses; puis,
estant prins, elles peuvent bien dire: Nous tenons le _couïllaut_
dans nos retz _attrapé_.

Puis, estant logé à la valée de Misère, il doit la foy et hommage en
tiltre de relief à sainct Innocent, à sainct Prix[8], et sainct Mar,
ribon, ribeine, sans pouvoir desdire, où le plus souvent il faut

  Languir toute sa vie en obscure prison[9],
  Passer mille travaux, nourrir en sa maison
  Une femme bien laide et coucher auprès d'elle;
  En avoir une belle et en estre jaloux,
  Craindre tout, l'espier, se gêner de courroux,
  Y a-t-il quelque peine en enfer plus cruelle?

          [Note 8: On disoit alors: «Il est de Saint-Prix, il est
          marié.» (Oudin, _Curiositez françoises_, p. 494.) Quant à
          _saint Mar_, comme on écrit ici, en faisant suivre son nom
          du refrain _ribon_, _ribaine_, on faisoit aussi de lui le
          patron des _maris_, _très marris_, comme dit Molière.]

          [Note 9: La 11e des stances de Des Portes.]

L'on dit ordinairement que là où la vache est liée, il faut qu'elle
broute[10]; ainsi où le pauvre idiot est attrapé, il faut qu'il
demeure en ces liens; il tient beaucoup mieux que par le pié; le
geolier en ces affaires-là s'emprisonne soy-mesme, et, en cette
restrainction, il ne peut trouver de caution quy l'en delibère; tel
octroy est à la mort et à la vie. Quant à ceux quy ont de belles
femmes, sont heureux et ne peuvent pas par elles estre incommodez;
quand une belle femme est bien entretenue, elle est de plus grand
rapport qu'un moulin à vent; comme au contraire, quand elles sont
laides, elles baillent de l'argent pour faire ce qu'on faict de là
les pontz, quy, outre l'injure, fait souvent faire banqueroute au
pauvre malotru confraire de Saint-Prix[11].

          [Note 10: Molière donne une variante de ce proverbe quand
          il dit, dans le _Médecin malgré lui_ (acte 3, scène 3): «Là
          où la chèvre est liée, il faut bien qu'elle y broute.»]

          [Note 11: V. l'avant-dernière note de la page 8.]

Le commun dire est bien veritable, que la femme fait ou ruine le
mesnage, et comme dict le sage en ses problesmes par ces termes: La
meilleure et plus excellente richesse qu'un homme puisse avoir, c'est
de s'allier avec une femme sage et vertueuse, parce qu'après il se
pourra vanter d'avoir en possession un heritage merveilleusement
fertile.

  Escoutez ma parole, ô mortels esgarez[12],
  Quy dans la servitude aveuglement courez,
  Et voyez quelle femme au moins vous devez prendre:
  Si vous l'espousez riche, il vous faut[13] preparer
  De servir, de souffrir, de n'oser murmurer,
  Aveugle en tous ses faictz et sourd pour ne l'entendre.

          [Note 12: C'est la 16e stance de Des Portes.]

          [Note 13: Var.: il se faut.]

Le plus grand malheur que puisse avoir un homme qui desire avoir
l'esprit tranquille et en repos, c'est de prendre une femme qui luy
mettra à tous propos sur le tapis les moyens et commoditez qu'elle
luy aura apporté, afin que, par ces reproches que journellement elle
luy fera, jouer au pair, et tirer au court baston quand besoing en
sera, ce quy contraindra le pauvre Job de faire le muet, comme vous
entendrez cy après en ces vers.

  Desdaigneuse et superbe, elle croit tout savoir[14];
  Son mary n'est qu'un sot trop heureux de l'avoir;
  En ce qu'il entreprend elle est toujours contraire,
  Ses propos sont cuisantz, hautains et rigoureux.
  Le forçat miserable est beaucoup plus heureux
  A la rame et aux fers d'un outrageux corsaire.

          [Note 14: 15e stance de Des Portes.]

C'est de pareilles femmes que l'on tient ce discours: que la
poulle chante ordinairement devant le coq[15]. De mesme, donnez
un pied d'advantage à une femme, elle en prendra dix; c'est ce que
conseilloit un ancien poète:

    Ne souffre jamais pour rien
  De ta femme un pied sur le tien:
    Car après la pauvre beste
  Le voudra mestre sur ta teste.

          [Note 15: Encore un proverbe dont Molière a donné une
          variante, mais cette fois très opposée:

               La poule ne doit pas chanter devant le coq.

                               _Les femmes sçavantes_ (act. V, sc. 3).

          Jehan de Meung avoit dit dans le _Roman de la Rose_:

               C'est chose qui moult me desplaist
               Quand poule parle et coq se taist.]

Et toutefois en ce discours je ne desire pas faire une reigle
generale: car, comme en toutes autres, il y peut avoir quelque
default.

  Si vous la prenez pauvre, avec la pauvreté[16]
  Vous espousez ainsy[17] mainte incommodité,
  La charge des enfants, la peine et l'infortune.
  Le mespris d'un chacun vous fait baisser les yeux;
  Le soin rend vos esprits chagrins et soucieux.
  Avec la pauvreté toute chose importune.

          [Note 16: Stance 17e de Des Portes.]

          [Note 17: Var.: _ainsi_.]

La pauvreté est mère de beaucoup de travaux, de soupçons, de
meffiance; c'est d'elle d'où ce vieux proverbe a prins son estre et
origine, quy dit: necessité contraint la loy; encore que pauvreté ne
soit pas vice[18], mais une espèce de ladrerie, que plusieurs fuyent
comme la peste.

          [Note 18: Ce n'est ainsi qu'un proverbe tronqué: pour qu'il
          soit complet, il faut dire comme on le faisoit au moyen
          âge: _Pauvreté n'est pas vice, mais c'est une sorte de
          ladrerie: chacun la fuit._ Ce qui revient à la variante si
          énergique de Dufresny: _Pauvreté n'est pas vice; c'est
          bien pis._]

  Si vous la prenez belle[19], asseurez-vous aussy[20]
  De n'estre jamais franc de craincte et de soucy.
  L'oeil de vostre voisin comme vous la regarde;
  Un chacun la desire, et vouloir l'empescher,
  C'est esgaler Sysiphe et monter son rocher.
  «Une beauté parfaicte est de mauvaise garde.»

          [Note 19: Var.: _Si vous l'épousez belle._]

          [Note 20: La stance 18e de Des Portes.]

Les belles femmes et les beaux chevaux sont merveilleusement
souhaitez, non seullement pour les plaisirs du monde, mais aussy
(admirez les plus religieux personnages, quy, par ce moyen, ont
subject de louer le Createur) par la perfection de ses creatures tant
recommandables. Toutefois je diray estre un grand soin au maistre
quy les possède, quy, quand mesme ayant en sa puissance tous les
yeux d'Argus, y pourroit bien estre trompé, parce que la garde de
ces creatures là est un peu dangereuse: tant de vieux historiens
tesmoins, quy nous ont laissé leurs fragments par escript, comme la
guerre de Troie et autres, outre les meurtres et querelles quy se
commettent pour cet effect.

  Si vous la prenez laide, adieu toute amitié[21];
  L'esprit, venant du corps, est plain de mauvaistié.
  Vous aurez la maison pour prison tenebreuse;
  Le soleil desormais à vos yeux ne luira;
  Bref, l'on peut bien penser s'elle vous desplaira,
  Puisqu'une femme belle[22] en trois jours est fascheuse.

          [Note 21: La 19e stance de Des Portes.]

          [Note 22: Var.: _Quand la plus belle femme._]

Encore que la femme soit laide, voire mesme contrefaicte en
plusieurs parties de son corps, si dois-tu recognoistre qu'elle est
ta compagne et adjacente à toutes tes entreprises; toutefois je
veux que ce soit une très grande incommodité pour la deffectuosité
quy peut subvenir en la generation des enfants, comme, par example,
estant un jour interrogé Pittacus pourquoy il ne vouloit espouser
aucune femme: Parce, dit-il, que, la prenant belle, elle sera commune
à tous; et si elle est laide, ce sera un martyre à moy seul.

Pour conclusion, je pourrois dire ce qu'a dict le mesme Desportes en
ces stances, quoy que je ne m'y veuille resoudre; et toutefois je
repetteray,

  A l'exemple de luy quy doit estre suivy[23]:
  Tout homme qui se trouve en ses lacs asservy
  Doit par mille plaisirs alleger son martyre,
  Aimer en tous endroitz sans esclaver son coeur,
  Et chasser loing de luy toute jalouse peur.
  Plus un homme est jaloux, plus sa femme on desire.

          [Note 23: Stance 24e de Des Portes.]

Et après, fermant la porte à toutes ses prepositions, fait une grande
admiration en ces termes:

  O supplice infernal en la terre transmis[24]
  Pour gêner les humains! gêne les ennemis
  Et les charge de fers[25], de tourments et de flamme;
  Mais fuy de ma maison, n'approche point de moy:
  Je hay plus que la mort ta rigoureuse loy,
  Aymant mieux espouser un tombeau qu'une femme.

          [Note 24: 25e stance.]

          [Note 25: Var.: _Qu'ils soyent chargez._]

Demosthène disoit que les hommes ayment les femmes pour le plaisir
qu'ils espèrent, sans avoir esgard qu'elles sont ordinairement le
travail de l'esprit et le fleau le plus violent qu'ils puissent avoir.

Quoy que j'ay parlé de mariages en diverses façons, si neantmoins je
cognois que c'est une necessité à la nature humaine pour plusieurs et
diverses raisons, tant pour la generation qu'autres commoditez qu'ils
apportent; mais il faut regarder premierement, pour bien et deuement
choisir une femme, qu'elle soit chaste et vertueuse, venue de bon
lieu, issüe de parents sans reproches, bonne mesnagère, et surtout
mediocre en habitz, parce que la superfluité la rend orgueilleuse et
mescognoissante[26], tout ainsy que ces joüeurs de tragedies, où un
faquin, estant revestu, representera librement le personnage d'un roy
ou empereur en gravité et audace; de mesme elle sera hautaine, et
quelques fois contraincte pour son entretient faire des metamorphoses
domestiques, comme dict un poète françois en ces vers:

  Du temps passé nous lisons que les fées
  Firent changer d'homme en cerf Actéon,
  Et maintenant ceste mutation
  S'exerce encor par des nymphes coiffées.

          [Note 26: C'est un mot perdu et très regrettable.
          Marmontel, qui tenoit pour notre vieille langue, indique
          par cette phrase la demi-teinte d'ingratitude qu'il faut y
          découvrir: «Il ne faut jamais être oublieux au point d'être
          méconnoissant.» (_Mémoires_, Paris, 1804, in-8, t. 2, p.
          97.)]

Ceux quy se veulent marier, il faut qu'ils s'interrogent eux-mesmes
s'ils sont puissans assez pour s'acquitter d'un si pesant fardeau:
car de joüer après à Jan-qui-ne-Peut, le diable seroit bien aux
vasches. Or, pour le bien choisir, je serois de l'avis du sieur
Desportes en ces Stances du Mariage, qui dict:

  Il faut un bon limier, penible et poursuivant[27],
  Nerveux, le rable gros et la narine ouverte,
  Quy roidisse la queue et l'alonge en avant
  Sitost qu'il sent la beste ou qu'il l'a descouverte.

          [Note 27: Cette stance ne se trouve pas dans l'édition de
          Des Portes par Raphael du Petit-Val.]

Non pas des petits darioletz[28] effeminez, à quy leurs femmes sont
contrainctes dire, peu de temps après qu'elles sont mariées: Jan, ne
trouvez pas estrange que, si ne faites mieux qu'avez faict ces jours
passez, je mettray un autre à vostre place. Voilà, en somme, mon amy,
comme il y a beaucoup de cornards par leurs fautes.

          [Note 28: V., sur ce mot et sur ceux de _daron_ et
          _dariolette_, une note de notre tome 3, p. 145.]

Quiconque se veut marier et s'employer à son devoir, il faut qu'il
soit d'un age mediocre, fort et bien sain en tous ses membres, bonne
veüe et point subject à ce reproche, pourtant lunettes, d'estre banni
du bas mestier, comme disoit un jouvenceau de ce temps:

  Veillard quy portez des lunettes,
  Retirez-vous loin des fillettes,
  Et permettez-nous que l'amour
  De chacun se serve à son tour:
  Car, si vous prenez ma maistresse
  Pour vos biens et vostre richesse,
  Cela n'est rien: il faut un poinct
  Pour conserver son embonpoinct.

Voilà en bref ce que je puis dire du mariage, non pas pour l'avoir
esprouvé, car, Dieu mercy, je suis puceau, et si le veux estre tout
le temps de ma vie, afin qu'après ma mort je me voye promener en
terre avec de belles torches blanches, en tesmoignage de ma chasteté:
car je me puis bien vanter d'estre _vierge_, ou jamais vache ne le
fust. Adieu.




_Les Jeux de la Cour._

MDCXX. In-8.


  Cessez de plus jouer à la rejouissance:
  C'est un jeu sans plaisir et quy n'est pas heureux;
  Le reversis n'est bon que pour les amoureux,
  Et la prime pour ceux quy sont pleins de finance[29].
  Le piquet à l'abort m'offence quand j'y pense;
  Au quatorze de may, quy fut si malheureux[30],
  Formant par un grand flux un point de consequence,
  Quy depuis a ruyné et gasté nostre France.

  J'ayme les quatre jeux modernes de la cour:
  Nous y voyons un roy de mains en mains quy court,
  La dame et le valet quy suivent en sequence,
  Les deux roynes au pair, une seule à l'escart[31].
  Les princes joueront à tirer le bon bout.
  Il n'y a apparence de demeurer en cour:
  Car ils sont mal contens[32], et ils ont bien raison,
  Du fredon[33] de trois ases[34] qui pillent et raflent tout.

          [Note 29: Les gens de finance, en effet, _primoient_ tout
          alors.]

          [Note 30: Henri IV avoit été assassiné le 14 mai 1610.]

          [Note 31: La reine-mère, Marie de Médicis, avoit quitté la
          cour depuis 1617.--Le jeu de l'_ecart_, c'est l'_ecarté_.]

          [Note 32: C'est le nom qu'on donnoit à ceux qui tenoient
          pour le parti des princes. V. notre tome 3, p. 353, note 2.]

          [Note 33: Le _fredon_, au jeu de cartes, consistoit à
          avoir trois ou quatre cartes semblables, _rois_, _dames_,
          _valets_ ou _as_.]

          [Note 34: On joue ici sur le vieux mot _ase_, qui signifie
          _âne_. Ces trois _ases_ étoient Luynes et ses deux frères.]

       *       *       *       *       *

_Au Roy._

  On dit que les crapauds armèrent autres foys,
  Avant les fleurs de lys, l'ecusson de nos roys[35],
  Mais qu'en les retournant, un de nos vieux Alcides
  Changea par ces beaux lys ces vilains animaux.
  Ha! sire, je crains bien que par ces parricides
  Vous perdiez ces beaux lys pour garder trois crapaux!

          [Note 35: Pharamond, qui avoit ses campements ordinaires
          dans les marais de la Zélande, du Brabant, etc., portoit
          pour cela, disoit-on, trois crapauds sur son écusson.
          C'est une erreur qu'il est inutile de réfuter. Elle eut
          cours très long-temps et fut cause, selon Favin, que chez
          les Flamands on donna long-temps aux François le surnom
          injurieux de crapauds franchots. (Favin, _Histoire de
          Navarre_, liv. 7, p. 399.)]

       *       *       *       *       *

_Autre._

  Le fils de Cresus, muet du ventre de sa mère,
  Voit l'espée sur son père et recouvre la voix:
  «Cruel, ne le tuez, luy quy m'a donné l'estre!»
      Sire, aujourd'huy faites paroistre
      En mesme peril vostre voix.

       *       *       *       *       *

_A M. le prince de Condé._

  Prince, vous avez eu beaucoup moins de ruines,
  Endurant doucement vostre captivité[36],
  Qu'à faire le magot, estant en liberté,
  D'Arnoux[37], de Cadenet, de Brante et de Luynes.

          [Note 36: La reine, sur le conseil du maréchal d'Ancre,
          avoit fait mettre le prince de Condé à la Bastille le 1er
          septembre 1616.]

          [Note 37: Le père Arnoux étoit confesseur du roi. V. notre
          tome 3, p. 256.]

       *       *       *       *       *

_Responce._

  Pensez-vous, si j'estois vraiment prince du sang,
  Que je voulusse tant m'eslongner de mon rang
  Que d'aimer ces caphars et ceux dont le bas aage
  Se passa soubs l'habit de vallet et de page[38]?
  L'on m'a trop faict savoir que là où la faveur
  Se rencontre, il luy faut faire un temple d'honneur.
  Ce coyon[39], quy estoit porté de sa maistresse,
  Me feit bien eslancer dans une forteresse.
  Il se vantoit encor de me faire juger,
  Non pas prince bastard, mais fils d'un muletier,
  Mes moeurs en faisant foy et mon infame vice;
  Et je serois encor près d'un tel precipice
  Si je n'allois tout doux faisant le grenouillet
  Aux Pères[40], à Luynes, à Brante, à Cadenet.

          [Note 38: Luynes fut d'abord page de la chambre du roi sous
          M. de Bellegarde. (Tallemant, historiette du _connetable de
          Luynes_, édit. in-12, t. 2, p. 39.)]

          [Note 39: Le maréchal d'Ancre, qui passoit pour être
          l'amant de la reine-mère. Nous donnerons dans les prochains
          volumes plus d'une pièce où cette injure toute italienne
          de _coyon_, qui étoit devenue le surnom de Concini, se
          trouvera surabondamment expliquée. V. plus loin le _Songe_.]

          [Note 40: Les PP. Arnoux et Seguirand, confesseurs du roi.
          V. plus haut.]

       *       *       *       *       *

_A la France._

  France, je plains bien vostre sort!
  Car on cognoist vostre impuissance:
  Un coyon vous mit en balance;
  Trois coquins vous mettent à mort.

       *       *       *       *       *

_Quatrain._

  Autant il y a difference
  A surprendre des oysillons[41]
  Et de dresser des bataillons
  Diffèrent ces deux pairs de France.

          [Note 41: «Il (Luynes) aimoit fort les oiseaux et s'y
          entendoit. Il s'attachoit fort au roi, et commença à lui
          plaire en dressant des pies-grièches.» (Tallemant, _loc.
          cit._)]

       *       *       *       *       *

_Le Favory._

  Une personne s'en estonne:
  Le roy m'a voulu faire grand
  Pour monstrer que mon père-grand
  Portoit sur son chef la couronne[42].

          [Note 42: Le grand-père de Luynes, en sa qualité de
          chanoine, portoit en effet la _couronne_, c'est-à-dire la
          tonsure, sur le sommet de la tête. V., sur lui et sur sa
          concubine, Tallemant, _loc. cit._]

       *       *       *       *       *

_Luy-mesme._

  Le duc est un oyseau, moy duc par les oiseaux;
  Le duc est un oiseau servant à la pipée,
  Moy duc pipant du roy l'ame preoccupée.
  Le duc oyseau de nuict, et moy duc aux flambeaux.
  Je suis duc non oyseau; la fortune est muable:
  Fussé-je nay d'un veau, je serois connestable.




_Songe._

1616[43]. In-8.

          [Note 43: Cette pièce est l'une des plus curieuses et des
          plus rares qui aient été faites contre le maréchal d'Ancre.
          Nous ne l'avons pas trouvée indiquée à sa date dans le tome
          1er du _Catalogue de l'histoire de France_.]


    Porté sur les aisles d'un songe
  Dans une ville de Xaintonge[44],
  J'ay veu ce que je vay compter:
  Je vis un homme de la Chine
  Quy, brullé d'encre sur l'eschine[45],
  Se faisoit riche à culetter.

    Il estoit d'assez belle taille,
  De poil tout propre à la bataille
  De ce petit demon d'Amour;
  Sa fraize estoit à l'espagnolle,
  Et sa moustache en banderolle
  Chassoit aux mouches de la cour.

    Ayant près de luy sa Cassandre,
  Il se marchoit en Alexandre,
  Il aboyoit comme un roquet;
  Il chevauchoit sur une mule,
  Et, discourant sur une bulle,
  Il parloit comme un perroquet.

    Il avoit la mine d'un prestre
  Et croy qu'il desire de l'estre
  Pour avoir le couronnement[46];
  Mais, n'estant de trempe assez bonne
  Pour bien porter une couronne,
  Il en porte une à l'instrument.

    Il portoit dessoubs son aisselle
  Le bout d'une vieille escarcelle
  D'où sortoit un fer de cheval,
  Et je cognus à ceste marque
  Que ce n'estoit pas un monarque,
  Mais seulement un mareschal.

    Il parloit de la Normandie[47],
  Mais il aymoit la Picardie[48],
  Comme un pays tout plein d'honneur,
  Et, fuyant le sort de sa vie,
  Il mouroit de rage et d'envie
  Pour estre dict le gouverneur[49].

    Il estoit bon naturaliste:
  Il avoit une longue liste
  Des postures de l'Aretin;
  Il sçavoit toute la caballe,
  Et, monté sur une cavalle,
  Se panadoit en saint Martin.

    Pour lui servir de medecine,
  Il mangeoit la chaude racine
  Du plus friand satyrion;
  Il portoit un livre assez large
  Où l'on voyoit escrit en marge
  Les coyonnades du Coyon[50].

    Sa suitte est de gens d'escritoire
  Quy cachent d'une robbe noire
  Un venin d'infidelité,
  Et quy, comme des chatemites,
  Attrapent les grosses marmittes,
  Et tout cela par charité.

    Vous eussiez veu ceste canaille,
  Baillant comme un huistre à l'ecaille
  Et portant un petit collet,
  Aprendre à ceux de la pratique
  Le secret de la rethorique
  Pour faire un tour de bon vallet.

    Ils babillent comme des pies,
  Ils vollent comme des harpies,
  Ils sautent comme des genetz[51],
  Ils sifflent comme des linottes,
  Ils trottent doux comme bigottes
  Et parlent comme sansonnetz.

    Aussi froidz que saint de caresme,
  Les yeux baissez, la face blesme,
  Leur souche a tousjours le cul net.
  Ce sont des singes de Seville,
  Et comme furets de Castille
  Ils se glissent au cabinet.

    Ainsy suivy de ceste trouppe,
  Il portoit la valise en croupe
  Et la couardise au devant[52].
  C'estoit un second dom Quychotte,
  Accompagné de sa marotte
  Pour battre les moulins à vent.

    Son bouclier estoit fait de carte,
  Sa cuirasse d'un cul de tarte,
  Son casque d'une peau d'ognon;
  Sa lance estoit d'une baguette,
  Son gantelet d'une brayette,
  Et sa masse d'un champignon.

    Il estoit faict en sentinelle;
  Ses brassards estoient de canelle,
  Son pennache de deux harengs,
  Sa visière d'une raquette,
  Son hausse-col d'une etiquette,
  Et sa devise: Je me rends.

    Ce n'estoit que rodomontades,
  Mais en effet les coyonnades
  Servoient de lustre à son bonheur.
  C'estoit un Roland en les rues,
  Pour batailler contre les grues
  Quand ce venoit au point d'honneur.

    Mais je me ris, c'est une fable:
  Il n'est bon qu'à mettre à l'estable,
  Ou bien à battre les carreaux,
  Et, s'il peut servir en bataille,
  C'est peut-estre en homme de paille
  Pour faire peur aux passereaux.

    Et pour ce qu'en bon astrologue,
  Vollant au ciel, il n'epilogue
  Que l'influance des jumeaux,
  Il faut qu'un Jaquemard d'horloge
  Luy quitte la place[53] et le loge:
  Pour faire la guerre aux corbeaux.

    Il donne bien dans la quintaine[54],
  Il y faict du grand capitaine
  Et l'embroche le plus souvent;
  Mais, s'escartant de la carrière,
  Il fait la ronde par derrière
  Pour mieux s'enfoncer au devant.

    On ne parle que de ses gestes:
  Il est mis aux rangs des celestes.
  Sur un autel faict de chardons
  Il se panade en effigie,
  Un catze servant de bougie,
  Et d'encensoir et de pardons.

    Mais cependant que je regarde
  Ce petit homme de moutarde
  Bravant au milieu de la cour,
  Je voy un prince plain de gloire[55],
  Un petit Cæsar en victoire
  Et quy semble un petit Amour.

    La Valeur en fait son image,
  La Fortune luy rend hommage,
  Et Mars lui donne les lauriers;
  C'est le mignon de la Vaillance,
  Le subject de la Bienveillance
  Et l'estonnement des guerriers.

    Esclatant d'un riche equipage,
  La Terreur luy servant de page,
  L'Effroy le suivoit pas à pas;
  Sans luy la terre estoit en poudre,
  Et son bras, comme faict la foudre,
  Portoit l'horreur et le trepas.

  Ce monstre à la teste cornue,
  Quy bravoit avant la venue
  De ce miracle de valeur,
  Plus penaut qu'un loup pris au piège,
  Et plus leger que n'est un liège,
  Évite en courant son malheur.

    Il s'enfuit[56], quittant sa pratique,
  Comme un veau qu'une mouche pique;
  Faisant de l'aveugle et du sourd,
  Et craignant le vert de la sauce,
  Il conchie son haut de chausse,
  Petant comme un roussin quy court.

    Envieux, cesse de le mordre:
  Ce qu'il en faict, c'est qu'il veut l'ordre
  Pour estre au rang des chevaliers:
  Car ainsy, pendant la remise,
  L'enseigne en est à la chemise,
  Et le cordon à ses souliers.

    Mais, las! estant pris à la piste,
  Il jure qu'il est arboriste,
  Et qu'il ne fouille sans raison,
  Et dict, touchant l'architecture,
  Qu'il monte assez bien de nature
  Pour bien bastir une maison.

    Enfin, qu'on luy fasse une grace,
  Qu'on luy permette qu'il embrasse
  Les genoux de ce jeune Mars,
  Qu'il se soumette à sa puissance,
  Et qu'il luy preste obeissance
  Comme à la gloire des Cesars.

    Admis aux yeux de cest Achille,
  Il promet de quitter la ville
  Et de se rendre pellerin,
  S'en allant faire une neufvesne,
  Afin de guerir sa migrenne,
  Au bonhomme sainct Mathurin[57].

    Mais, chacun luy faisant la morgue,
  On le soufflette comme un orgue;
  On espoussette ses habitz,
  L'on se met sur sa friperie[58]
  Comme un gros valet d'ecurie
  Dessus la souppe et le pain bis.

    Ce prince, voyant qu'on le frotte,
  Qu'on le chatouille à coup de motte,
  Et qu'il est dessus demy nu,
  Commande à ses gens qu'on le choie,
  Et puis aussi tost le renvoie
  Plus chargé qu'il n'estoit venu.

    Au cry qu'il fist je me reveille,
  Estonné de ceste merveille
  Et tout esperdu de ce bruit;
  Mais, afin de vous faire rire,
  Icy je l'ay voulu descrire,
  Puisque ce n'est qu'un jeu de nuit.

          [Note 44: Je penserois, d'après ce vers, que cette pièce
          fut faite par quelqu'un de la maison du duc d'Epernon, qui,
          en cette même année, avoit quitté la cour très mécontent
          du maréchal et s'étoit retiré dans son gouvernement de
          Saintonge.]

          [Note 45: Je n'ai pas besoin de faire remarquer l'équivoque
          qui se trouve dans ce vers.]

          [Note 46: La tonsure.]

          [Note 47: Il étoit gouverneur de Normandie.]

          [Note 48: Le marquisat d'Ancre, qu'il avoit acheté, s'y
          trouvoit.]

          [Note 49: Il avoit les gouvernements de Péronne, de Roye,
          de Montdidier, de la citadelle d'Amiens; mais il eût voulu
          avoir celui de toute la province.]

          [Note 50: C'est ainsi qu'on appeloit Concini, par le
          nom qu'il avoit lui-même donné aux Italiens à sa solde,
          _coglioni di mila franchi_, comme il disoit. (Tallemant,
          édit. in-12, tom. 3, p. 190.)]

          [Note 51: Petits chevaux très vifs qu'on faisoit venir
          d'Espagne.]

          [Note 52: Concini n'étoit pas brave. Tallemant le prouve
          par une anecdote très significative. (_Id._, p. 191.)]

          [Note 53: On veut parler ici du petit _clocheteur_ ou
          _crocheteur_ de la Samaritaine, sous le nom duquel se
          publioient libelles et chansons dirigés contre Concini, et
          que pour cela il avoit fait enlever en 1611. V. _Première
          continuation du Mercure françois_, in-8, 1611, p. 37.]

          [Note 54: Poteau fiché en terre contre lequel on s'exerçoit
          à rompre la lance. Souvent il étoit surmonté d'une figure
          qu'on appeloit _le faquin_: de là l'expression _courre le
          faquin_.]

          [Note 55: Le prince de Condé, qui fut si hostile à la
          puissance du maréchal d'Ancre.]

          [Note 56: Concini s'étoit retiré dans son gouvernement
          de Normandie, «et n'osoit revenir, dit le continuateur
          de Mézeray, à cause de la haine que les Parisiens lui
          portoient.» (_Abrégé chronolog. de l'hist. de France_, tom.
          1, p. 186.)]

          [Note 57: Patron des fous.]

          [Note 58: L'hôtel de Concini, rue de Tournon, aujourd'hui
          occupé par la garde de Paris, et la maison de son
          secrétaire, Raphaël Corbinelli, avoient été mis au pillage
          par le peuple pendant trois jours, du 1er au 3 septembre
          1616.]




_Le Tableau des ambitieux de la Cour, nouvellement tracé du pinceau
de la Verité, par maistre Guillaume, à son retour de l'autre
monde_[59].

          [Note 59: Cette pièce n'est autre chose que la satire
          1re de l'_Espadon satirique_, par le sieur d'Esternod
          (Cologne, 1680, in-12, p. 4 et suiv.) C'est une contrefaçon
          flagrante qui donne pleine raison à ce passage des
          _Caquets de l'accouchée_ (voyez notre édition, p. 115):
          «J'ay veu, dit la femme du conseiller, _un Discours du
          Courtisan à la mode_, imprimé il n'y a pas long-temps,
          lequel n'estoit autre chose qu'un extraict ou transcrit de
          l'_Espadon satirique_ mot pour mot, ce qui ne se devroit
          tolerer.» Je croirois volontiers que ce _Discours du
          Courtisan à la mode_, dont il nous a été impossible de
          découvrir un exemplaire, reproduit aussi la satire 1re,
          qui se trouveroit avoir eu ainsi deux contrefaçons pour
          une. Je ne vois, du moins, aucune autre pièce parmi celles
          de l'_Espadon_ qui pût s'accommoder aussi bien du titre
          inventé par le contrefacteur. Le _Tableau des ambitieux_,
          donné ici, est mis sur le compte de maistre Guillaume, le
          fou de cour (V. _Caquets de l'accouchée_, p. 263, note);
          c'étoit assez l'usage quand on ne vouloit pas endosser un
          mauvais écrit ou, comme ici, une mauvaise action. Tout
          l'office du bouffon étoit de vendre sur le Pont-Neuf
          la pièce dont on le faisoit responsable (V. _Journal
          de l'Estoille_, édit. du Panth. litt., t. 2, p. 405).
          Quelquefois on mit sous son nom des choses excellentes.
          La XIVe satire de Regnier, par exemple, parut d'abord
          avec ce titre: _Satire de maître Guillaume contre ceux
          qui déclamoient contre le gouvernement._ (Recueil A-Z, Q,
          207.) Je ne sais si dans ce cas il y eut fraude, mais ici
          elle est évidente, par le soin même qu'on a pris pour la
          cacher. Afin de donner à la pièce l'apparence d'une chose
          nouvelle et tromper au moins le premier coup-d'oeil du
          lecteur, on l'a tronquée au commencement et à la fin. Les
          quatre premiers vers et les quatre derniers de la satire de
          d'Esternod ont été enlevés. Voici les premiers:

               De tant de cavaliers qui vont avec des bottes
               A faute de soliers, et non faute de crottes;
               De tant qui vont de pied à faute de chevaux,
               Cavaliers, postillons, non faute d'animaux.]

M.DC.XXII.


    Les plus sots sont ceux-là qui se ventent sans cesse
  De leurs extractions, sans argent ny noblesse;
  Qui presument, boufis de magnanimité,
  Faire jambes de bois à la necessité.
  Pauvres et glorieux veulent pousser fortune
  A contre-fil du ciel, qui leur porte rancune,
  Font la morgue au destin, et, chetifs obstinez,
  Fourrent jusqu'au retraict leurs satyriques nez.
  Ils font les Rodomonts, les Rogers, les Bravaches,
  Ils arboriseront[60] quatre ou cinq cens pennaches
  Au feste sourcilleux d'un chapeau de cocu,
  Et n'ont pas dans la poche un demy quart d'escu.
  Monsieur, vous plairoit-il me payer? Il replique:
  Je n'ay point de monnoye, au courtaud de boutique;
  Puis, pompeux, se braguant[61] avecques majesté,
  Dira à son valet: Suis-je pas bien botté?
  Fraizé comme Medor, n'ay-je pas bonne grace?
  C'est mon[62], dict le laquay, mais garde la besace,
  De gripper la fortune assez vous essayez;
  Mais tandis les marchands veulent estre payez,
  Et n'y a dans Paris tel courtaud de boutique[63]
  Qui, vous voyant passer, ne vous face la nique,
  Et ne desire bien que tous les courtisans
  Fussent aussi taillez comme les paysans,
  Qui, taillables des grands, n'ont point d'autres querelles
  Que tailles et qu'impots, que guets et que gabelles.
  L'on ne fait rien pour rien, et pour l'odeur du gain
  Le manoeuvre subtil prend l'outil en la main.
  Mais vous, guespes de cour, gloutonnes sans pareilles,
  Vous mangez le travail et le miel des abeilles,
  Et ne ruchez jamais, ny d'esté ny d'hyver.
  Quand ils sont attachez à leurs pièces de fer,
  Et qu'ils ont au costé (comme un pedant sa verge)
  Joyeuse, Durandal, Hauteclaire et Flamberge[64],
  Ils presument qu'ils sont tombez de paradis,
  Ils pissent les ducats pour les maravedis;
  Les simulacres vains des faux dieux de la Chine
  Ne s'oseroient frotter contre leur etamine,
  Et Maugis, le sorcier, prince des Sarrazins,
  Ni le fameux Nembroth, n'est pas de leurs cousins.
  Bragardans en courtaut de cinq cens richetales[65],
  Gringottans leur satin comme ânes leurs cimbales[66],
  Piolez, riolez, fraisez, satinisez,
  Veloutez, damassez et armoirinisez[67],
  Relevant la moustache à coup de mousquetade,
  Vont menaçant le ciel d'une prompte escalade,
  Et de bouleverser, cracque! dans un moment
  Arctos, et Antarctos, et tout le firmament.

  La maison de Cécrops, d'Attée, de Tantale,
  Champignons d'une nuict, leur noblesse n'egale;
  Ils sont, en ligne oblique, issus de l'arc-en-ciel,
  Leur bouche est l'alambic par où coule le miel;
  Leurs discours nectarez sont sacro-saincts oracles,
  Et, demy-dieux çà bas, ne font que des miracles.
  Mais un lion plus tost me sortiroit du cu
  Que de leur vaine bourse un miserable escu;
  Ils blasphèment plus gros dans une hostellerie
  Que le tonnerre affreux de quelque artillerie:
  Chardious! morbious! de po cab-de-bious[68]!
  Est-ce là appresté honnestement pour nous?
  Torchez ceste vaisselle, ostez ce sale linge,
  Il ne vaut seulement pour attifer un singe.
  Fi ce pain de Gonès! apportez du mollet[69],
  Grillez cet haut costé. Sus, à boire! valet;
  Donne moy ce chapon au valet de l'estable,
  Car c'est un Durandal, il est plus dur qu'un diable,
  C'est quelque crocodil! tau, tau! pille, levrier;
  Que ce coc d'inde est flac! va dire au cuisinier
  S'il se dupe de nous, s'il sçait point qui nous sommes,
  Et luy dis si l'on traitte ainsi les gentils hommes.
  L'hoste, qui ne cognoit qu'enigme au tafetas:
  «Gentil homme! Monsieur! je ne le sçavois pas.
  Et, quand vous seriez tel, c'est assez bonne chère,
  Monsieur. Que Dieu pardoin à feu vostre grand-père,
  Il estoit bon marchand; j'achetay du tabit
  Du pauvre sire Jean pour me faire un habit.
  Il m'invita chez luy à curer la machoire;
  Mais là le cuisinier n'empeschoit sa lardoire,
  N'ayant albotté[70] que trois pieds de moutons,
  Et falloit au sortir payer demy teston.
  L'on n'y regarde plus, soit sot ou gentil homme,
  Massette de Regnier, on prend garde à la somme:
  Car, selon que l'on frippe on paye le gibier,
  Le noble tout autant que le plus roturier.
  Quand c'est semblable laine, autant vert comme jaune.
  Ainsi bien manioit vostre grand-père l'aune.»

  A vray dire, ces fats sont quelquefois issus
  D'un esperon, d'un lard, d'un ventre de merlus,
  D'un clistère à bouchon, d'un soulier sans semelle,
  D'une chausse à trois plis, d'un cheval, d'une selle,
  D'un frippier, d'un grateur de papier mal escrit,
  D'un moyne defroqué, d'un juif, d'un ante-christ.
  D'un procureur crotté, d'un pescheur d'escrevice,
  D'un sergent, d'un bourreau, d'un maroufle, d'un suisse,
  Et cependant ils font les beaux, les damerets,
  Et ne pourroient fournir pour deux harencs sorets.
  Mais lisez vos papiers, vos pancartes, vos tittres,
  Et vous vous trouverez tous issus de belistres,
  Mille fois plus petits encor que des cirons
  Et plus nouveaux venus que jeunes potirons;
  Qu'il vous faut humer fraiz comme l'huistre en escaille,
  Et que vostre maison n'est pas une anticaille.
  Venons sur _memento_, nous sommes tous _cinis_,
  Mais d'un _reverteris_ gardez d'estre punis.
  Qui faict plus qu'il ne peut au monde de despence,
  Il a plus qu'il ne veut au monde d'indulgence.
  Pour amortir l'orgueil de mille vanitez,
  Considerons jadis quels nous avons estez,
  Et, faisant à nature une amende honorable,
  Dis, superbe: J'estois vilain au prealable
  Que d'estre gentilhomme; et, puis que de vilain,
  Je me suis anobly du jour au lendemain,
  Du jour au lendemain je peux changer de tittre
  Et de petit seigneur devenir grand belistre,
  Et en siècle d'airain changer le siècle d'or,
  Et devenir soudain de _consule rethor_.
  J'ay veu des pins fort hauts eslever leurs perruques
  Par sus le front d'Iris, et tout d'un coup caduques,
  Arrangez sur la terre, et ne servir qu'au dueil
  D'un cadaver puant pour faire son cercueil;
  J'ay veu de Pharaon les pompeux exercites,
  Et contre Josué les fiers Amalechites
  Gripper, triper, friper; et après un combat
  Je passe de rechef, et _ecce non erat_[71].
  Sur la flotante mer je voyois un navire
  Qui menaçoit la terre et les cieux de son ire;
  Mais, tout soudain rompant le cordage et le mast,
  Je cherche mon navire, et _ecce non erat_.
  J'ay veu ce que j'ay veu, une rase campagne
  Enceinte devenue ainsi qu'une montaigne,
  Qui pour mille geants n'enfanta qu'un seul rat;
  Où est-il? je regarde, et _ecce non erat_.
  Bref que n'ay-je pas veu, que ne contemplé je ores?
  Et avant que mourir que ne verray-je encores?
  Le monde est un theatre où sont representez
  Mille diversitez de foux et d'esventez[72].

  O constante inconstance! ô legère fortune!
  Qui donne à l'un un oeuf, et à l'autre une prune[73];
  Qui fait d'un charpentier un brave mareschal,
  Et qui fait galoper les asnes à cheval;
  Qui fait que les palais deviennent des tavernes,
  Qui, sans miracles, fait que vessies sont lanternes;
  Qui fait que d'un vieil gant les dames de Paris
  Font des gaudemichés, à faute de maris;
  Que le sceptre d'un roy se fait d'un mercier l'aune,
  Que le blanc devient noir et que le noir est jaune;
  Qui change quelquefois les bonnets d'arlequins
  Aux couronnes des grands[74] et les grands en coquins,
  Les marottes en sceptre, en tripes les andouilles,
  Les chapperons en houpe, en glaives les quenouilles,
  Le rosti en bouilli, une fille en garçon,
  Le coutre[75] en bon castor et la buse en faucon!

  Je suis, sans y penser, des stoïques escoles;
  Je croy ce que disoient ces sçavans Picrocoles[76],
  Qui, sans hypothequer cinq cens pieds de mouton
  Où l'on n'en void que quatre, arrestez au _fatum_,
  Disoient de toute chose: Ainsi plaist à Fortune!
  Que si quelqu'un gardoit les brebis à la lune[77],
  Pendillant tout ainsi qu'un bordin vermoulu,
  Ils repliquoient: Ainsi Fortune l'a voulu.
  Si d'autres ils sentoient de qualité fort basse
  Elever jusqu'au ciel leur grand bec de becasse,
  Ils disoient, en voyant tout Croesus dissolu:
  Que voulez-vous? Ainsi Fortune l'a voulu,
  Donnant comme elle veut à chacun sa chacune,
  Car tel ne cherche rien qui rencontre Fortune,
  Et souvent c'est à ceux qui ne la cherchent pas
  Qu'elle fait les doux yeux de ses doubles ducats[78].

  Ha! que si l'alchimie avoit dans sa cabale
  Cette pierre trouvé, qu'on dit philosophale,
  Les doctes porteroient jusques au ciel leur nez,
  Et chimistes, sans plus, se diroient fortunez;
  De Fortune icy-bas l'on ne parleroit mie,
  Ceux là seuls seroient grands qui sçauroient l'alchimie.
  Vous ne verriez alors tant de doctes esprits
  Bottez jusqu'au genouil des crottes de Paris,
  Mal peignez, deschirez, le soulier en pantoufle,
  Les mules aux talons, n'ayant rien que le souffle,
  Et, le fouet en la main, pauvres predestinez,
  Recouvrer au Landy[79] deux carts d'escus rognez,
  Pour se traitter le corps le long d'une semaine,
  _Domine_, sans conter ny l'huile ny la peine,
  Les plumes, le papier, l'ancre de son cornet;
  Un sol pour degresser les cornes du bonnet,
  Deux sols au savetier qui son cuir rapetasse
  Un double au janiteur[80] pour balier la classe,
  Sans conter le barbier, qui luy pend au menton
  Une barbe de bouc, d'Albert[81] et de Platon;
  Un pair de rudiments, un bon Jan Despautaire,
  Et mille autres fatras qui sont dans l'inventaire
  D'un pedant affamé comme un asne baudet,
  Plus amplement à vous _quæ glosa recludet_.

  Mais aujourd'huy l'on tient à mepris la science,
  Et Fortune ne rit sinon à l'ignorance;
  Un homme bien versé, ce n'est rien qu'un pedan;
  Les asnes vont en housse, et tout est à l'encan.
  La vertu sur un pied fait sentinelle à l'erte[82];
  Madame la Faveur tient par tout cour ouverte;
  Et dans les magistrats parents fourrent parents,
  Ainsi que l'on entasse en cacque les harens;
  Suyvant comme poussins sous l'aisle de leur mère,
  Tout va au grand galop par compère et commère;
  Le vieillard Phocion et le docte Caton
  N'y ont pas du credit pour un demy-teston.
  Dans ces jeunes conseils la vieillesse ravasse;
  Quelque riche bedon[83], fol et jeune couillasse;
  S'il a, sans droit, sans loix, quantité de ducas,
  Se fera preposer à dix mille advocats
  Qui auront dans l'esprit la science et l'escole
  De Jason, de Cujas, de Balde, et de Bartole[84];
  L'univers aujourd'huy est sans foy et sans loy,
  La vertu de ce monde est quand l'on a dequoy[85];
  Le sçavoir est un fat, l'argent nous authorise.
  L'on ne peint la vertu avec la barbe grise:
  Son habit est de femme, et jeune est sa beauté;
  Pourquoy les femmes donc n'ont cette dignité,
  Plustost que ces friands, ces obereaux de Beausse[86],
  Qui de l'homme n'ont rien que le simple haut de chausse?
  Que si cela est vray, pensez-vous, courtisans,
  Sans argent ni faveur parvenir de cent ans?
  Pensez-vous, sans argent, noblesse ny doctrine,
  Obtenir des estats pour vostre bonne mine?
  Que, pour friser, porter belle barbe au menton,
  Un banquier vous voulust prester demy-teston?
  Vous estes de grands sots si de ces ombres vaines
  Vous allez repaissant vos travaux et vos peines.
  Pour faire rien de rien, il faudroit estre Dieu;
  Mais vous n'avez argent, ny sçavoir, ni bon lieu.
  Tu viens accompagné des neuf muses d'Homère,
  Mais tu n'apportes rien: rien l'on ne te revère:
  Tu n'es qu'un Triboulet, et quand et quand pour lors
  Avecques tes neuf soeurs tu sortiras dehors.
  Dieu d'amour peut beaucoup, mais monnoye est plus forte;
  L'argent est toujours bon, de quelque lieu qu'il sorte.
  N'espérez seulement un estat de sergent,
  Si, pour vous faire tel, vous n'avez de l'argent;
  Si quartier chez le roy vostre bon heur recouvre,
  Sera au Chastelet plutot que dans le Louvre;
  Alors vous ne vivrez, n'ayant pas le dequoy
  De vous entretenir, sinon du pain du roy:
  Là vous n'aurez besoin de chevaux ny de guides,
  Exempts de guets, d'imposts, de tailles et subsides.
  Tous ces esprits falots, boufis comme balons,
  Qui veulent estre grands[87] de simples pantalons,
  Qui le fient de porc veulent nommer civette,
  Et faire un brodequin d'une simple brayette;
  Qui de l'esclat d'un pet veulent peser un cas,
  Et d'un maravedis faire mille ducats;
  Tous ces dresseurs d'espoirs, ces foux imaginaires,
  Ces courtisans parez comme reliquiaires,
  Ces fraisez, ces Medors, ces petits Adonis,
  Qui portent les rabats bien froncez, bien unis;
  Ces fils gauderonnez[88], d'un patar[89] la douzaine,
  Voyent presque tousjours leur esperance vaine;
  Que celle qu'enfantant se promet un geant
  Ne produira sinon du fumier tout puant,
  Lequel, pour tout guerdon, donnera la repue
  A quelque nez camard qui jà en eternue.
  Avecques leurs espoirs les courtisans sont foux;
  Que bienheureux sont ceux lesquels plantent des choux!
  Car ils ont l'un des pieds, dit Rabelays, en terre,
  Et l'autre en mesme temps ne s'eloigne de guière;
  Il n'est que le plancher des vaches et des boeufs;
  J'ayme mieux qu'un harenc une douzaine d'oeufs,
  Et je m'aymerois mieux passer de molue fraische
  Que d'hazarder mon corps à pratiquer la pesche.
  Ostez-moy cet espoir; car je n'espère rien
  Que d'estre un pauvre Job, sans secours et sans bien;
  Que fortune tousjours, qui de travers m'aguette,
  Ne me voudra jamais baiser à la pincette,
  Et je mourray plustost sur un fumier mauvais
  Que dans quelque cuisine ou dans quelque palais.
  Vous diriez que je suis un baudet et un asne
  D'attaquer de brocards la secte courtisane,
  Veu mesme que je vais, il y a plus d'un an,
  Botté, esperonné, ainsi qu'un courtisan;
  Que c'est estre ignorant, avoir l'ame peu caute,
  Que reprendre l'autruy et ne voir pas sa faute:
  Car de la sapience et le don et l'arrest,
  C'est cognoistre son coeur et sçavoir qui l'on est;
  Il faut avant l'autruy soy mesme se cognoistre,
  Et, comme Lamia, nous ne devons pas estre[90]
  Des taupes dans chez nous et des linx chez l'autruy[91],
  De peur qu'au charlatan, qui ouvre son estuy
  Pour panser l'empesché, et luy-mesme a la perte,
  L'on ne dise: Monsieur, vous n'estes qu'une beste;
  Avant que de donner aux autres guerison,
  Monsieur le charlatan, _medica te ipsum_.
  Il est vray, par ma foi, j'ai suivy ceste vie,
  Mais en après, Messieurs, je n'en ay plus d'envie;
  J'ay franchi ce fossé, et, en sortant du lieu,
  Je n'ai pas oublié mesme à leur dire à Dieu.

                         _A Dieu_[92].

          [Note 60: Arborer.]

          [Note 61: Faisant le _braguard_, le beau, le pimpant.]

          [Note 62: Ou _ça mon_, sorte d'interjection familière très
          employée chez les gens du commun au XVIe et surtout au
          XVIIe siècle. V. Montaigne, liv. 2, chap. 27; Molière, _le
          Bourgeois gentilhomme_, act. 3, sc. 3; et Francion, 1663,
          in-12, p. 55.]

          [Note 63: C'est une expression qui commençoit à avoir
          cours, mais à laquelle on donnoit toujours un sens
          méprisant. Regnier l'emploie ainsi au vers 237 de la satire
          V.]

          [Note 64: _Joyeuse_ étoit l'épée de Charlemagne, d'après
          les romans de chevalerie; _Durandal_, celle de Roland;
          _Haute-Claire_, celle d'Olivier; _Flamberge_, celle de
          Renaud de Montauban.]

          [Note 65: Pour _risdale_, monnaie d'argent allemande.]

          [Note 66: C'est-à-dire leurs sonnettes, _tintinnabula_,
          comme l'âne de la fable de Phèdre.]

          [Note 67: _Armoriés._]

          [Note 68: Jurons gascons dans le genre de ceux qu'on
          rencontre souvent chez Regnier. C'étoient les imprécations
          à la mode.]

          [Note 69: Le pain _mollet_, vendu chez les boulangers
          de luxe ou _de petit pain_, étoit alors le seul qui fût
          recherché des gourmets, au grand dommage des boulangers
          de Gonesse, qui ne faisoient que le pain de ménage. Ils
          prétendirent donc que la pâte en étoit malsaine à cause de
          la levure qu'on y employoit. Il en résulta, en 1668, un
          procès dont j'ai fait l'histoire sous ce titre: _Molière
          et le procès du pain mollet._ (_Revue française_, juillet
          1855.)]

          [Note 70: C'est-à-dire _grapillé_. Au chapitre V de la
          _Prognostication pantagrueline_, _albotteur_ est pris
          dans ce sens: «Les _alleboteurs_, dit Le Duchat, sont de
          pauvres gens qui tracassent les vignes vendangées pour y
          grapiller.»]

          [Note 71: C'est le passage des psaumes si magnifiquement
          paraphrasé par Racine dans le choeur du 3e acte d'Esther:

               J'ai vu l'impie adoré sur la terre
               . . . . . . . . . . . . . . . . . .
               Je n'ai fait que passer, il n'étoit déjà plus.]

          [Note 72: C'est une imitation de ce passage d'Horace, _tota
          vita fabula est_, si bien paraphrasé par J.-B. Rousseau
          dans son épigramme:

               Ce monde-ci n'est qu'une oeuvre comique.
               Où chacun fait des rôles differents...]

          [Note 73: Peut-être y a-t-il là une allusion au maréchal
          d'Ancre, qui, comme époux d'Eléonore Galigaï, se trouvoit
          être le gendre d'un menuisier florentin.]

          [Note 74: _Var._: Aux couronnes des roys et les rois en
          coquins.]

          [Note 75: Il faut lire _la loutre_. On fait encore dans
          quelques provinces des casquettes avec la peau de cet
          animal.]

          [Note 76: Pichrocole est un roi visionnaire inventé par
          Rabelais (liv. I), et qui n'avoit rien de la philosophie
          à la Pangloss que d'Esternod prête ici aux savants qu'il
          baptise de son nom. La Fontaine l'a aussi nommé dans sa
          fable _la Laitière et le Pot au lait_.]

          [Note 77: C'est-à-dire _être pendu_.]

          [Note 78: Cela fait penser aux beaux yeux de la cassette
          d'Harpagon.]

          [Note 79: A l'occasion du Landy, ou foire de l'_Indict_,
          à Saint-Denis, qui étoit, comme on sait, un temps de fête
          pour l'Université, les écoliers faisoient des cadeaux
          à leurs maîtres. C'étoit d'ordinaire «un beau verre de
          cristal plein de dragées» et un citron dans l'écorce duquel
          on avoit fiché quelques écus. V. _Francion_, édit. de 1663,
          p. 160-161.]

          [Note 80: _Portier._ D'Esternod parle ici le langage de
          l'escolier limosin.]

          [Note 81: Maître Albert-le-Grand.]

          [Note 82: Dans cette orthographe primitive du mot _alerte_
          ou trouve son étymologie, qui vient de l'italien _fare all'
          erta_, être au guet. Montaigne écrit: «Se tenir à l'airte.»
          (Liv. 1er, chap. 19.)]

          [Note 83: C'est-à-dire _ventru_. _Bedon_ étoit synonyme de
          _bedaine_.]

          [Note 84: Les lumières du droit. Corneille fait citer
          Balde et Jason par Dorante, à la scène 6 de l'acte 1er du
          _Menteur_.]

          [Note 85: Le _dequoy_ étoit déjà le grand mot, la grande
          chose. «Les courtisans, dit La Boétie, voyent que rien ne
          rend les hommes sujets à la cruauté du tyran que les biens;
          qu'il n'y a aucun crime envers luy digne de mort que le _de
          quoy_.» (_De la servitude volontaire._)]

          [Note 86: On ne tarissoit pas autrefois en proverbes et
          en quolibets à propos des gentillâtres Beaucerons. Dans
          Rabelais (liv. 1er, chap. 17), dans les _Contes d'Eutrapel_
          (fol. 158), dans les _Contes et joyeux devis_ de
          Desperriers (nouvelle 74), dans les _Curiositez françoises_
          d'Oudin (p. 249), partout leur misère est tournée en
          moquerie. Les proverbes qui couroient le plus contre eux
          étoient ceux-ci: _Gentilhomme de Beauce, il est au lit
          pendant qu'on raccommode ses chausses._

               En gentilhomme de la Beauce
               Garder le lit faute de chausse.

          Montfleury donna en 1670, sous ce titre: _Le Gentilhomme de
          Beauce_, une comédie en cinq actes, en vers, dont on devine
          le sujet, et qui est d'un assez bas comique.]

          [Note 87: Var.: _rois_.]

          [Note 88: C'est-à-dire ayant fraise à grands plis, à grands
          _godrons_. V. notre t. 1, p. 164, note.]

          [Note 89: Petite monnaie flamande valant un sou.]

          [Note 90: C'est-à-dire qu'il ne faut pas dévorer ses
          pareils comme la reine de Lybie Lamia, qui, selon Suidas,
          se nourrissoit de chair humaine.]

          [Note 91: On croiroit que La Fontaine se rappeloit ce vers
          de d'Esternod quand il a écrit ceux-ci de sa fable _la
          Besace_:

                                ...Mais parmi les plus fous
               Notre espèce excella: car tout ce que nous sommes,
               _Lynx envers nos pareils et taupes envers nous_,
               Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes.]

          [Note 92: Cet adieu répété manque dans la satire de
          d'Esternod. A la place se trouvent ces quatre vers, qui
          commencent par une allusion à l'_Epistre_ de Marot _au roy
          pour avoir esté desrobé_.

               Comme fit à Marot le valet de Gascongne.
               Mais vous quittez la cour et venez en Bourgogne;
               Sans adieu. Autrement, vos creanciers maris
               Pour estre satisfaicts vous rendroyent à sainct Pris.]




_Lettre d'ecorniflerie et declaration de ceux qui n'en doivent jouyr._

_A Paris, par Pierre Menier, portier de la porte Saint-Victor_[93].
Sans date. In-8.

          [Note 93: Cette pièce est, pour le titre et quelques
          détails, une imitation de la _Lettre de Corniflerie_
          de Jean d'Abundance, imprimée d'abord à la suite des
          _Quinze Signes_ (Voy. Brunet, _Manuel du libraire_, à ce
          mot), puis séparément à Lyon. La _Lettre d'écorniflerie_
          reproduite ici a déjà trouvé place dans le _Recueil de
          pièces joyeuses_, etc., mentionné par Debure dans sa
          _Bibliographie instructive_, t. 2, p. 40, nº 3630. Elle est
          aussi indiquée, mais à tort, comme venant à la suite d'une
          pièce du même genre que nous donnons plus loin.]

       *       *       *       *       *

_Lettre generale autentique et perpetuel privilége d'escorniflerie,
soit pour l'entrée ou issue[94] de quelque repas que ce soit._

          [Note 94: _Issue_ étoit synonyme de dessert.]

Engorgevin[95], par la clemence bacchique roy des Francs Pions[96],
duc des Movinateurs[97], comte de Glace, prince des Morfondus,
marquis de Frimas, archiduc de Gelée, vicomte de Froidure, damoiseau
de Neige, admiral des Gresles, vicomte de Tremblay, baron de Poylen,
capitaine des Paniers Vendangez, grand colonnel des Vents de Bize,
viel caporal de Frepaut, seigneur de Frepillon[98], commandeur des
Escervelez, grand goulpharin de Grève, prevost de la cour de Miracle
et premier messaire de nostre case prochaine;

          [Note 95: Dans la _Lettre de Corniflerie_ de Jean
          d'Abundance, c'est Taste-Vin qui se donne aussi pour roi
          des Pions, duc de Glace, comte de Gelée, etc.]

          [Note 96: Francs buveurs, comme les gaillards _pions_ de
          Rabelais (liv. 2, chap. 27) et ceux que Villon nous montre
          ainsi en enfer, dans son _Grand Testament_:

               Pions y feront mate chere,
               Qui boyvent pourpoinct et chemise,
               Puis que boyture y est si chere.]

          [Note 97: Il faut sans doute lire _popinateur_ (buveur).]

          [Note 98: Dans les rues _Phelypeaux_, ou _Frepaux_, et
          Frepillon se vendoient les vieux meubles et les vieilles
          hardes. V. notre édition des _Caquets de l'accouchée_, p.
          255, et notre tome 3, p. 80.]

A tous nos falotissimes et mirelifiques abbez, amis et confederez,
gaudichonnement fanfruchés, continuels millions de saluts[99], vieux,
s'ils estoient d'or ils vaudroient mieux, pris sur notre espargne, au
four de Vanves.

          [Note 99: Le _salut_ étoit une monnoie d'or avec une image
          de la Vierge recevant la salutation angélique. V. notre
          tome 2, p. 191.]

Sçavoir faisons que pour le bon amour et zèle que tous portent à
nos brocgardissimes et croustelevez cousins, tous bons pilliers
de tavernes, champgaillardiers[100], fins galliers[101], francs
lipeurs, escumeurs de marmites, vendeurs de triacle[102], gueux de
l'hostière[103], friponniers, crieurs de vieux fer, vieux drapeaux;
repetasseurs, chicaneurs, vieux laridons, briphe-miches[104],
froid-aux-dents, porteurs de rogatons[105], raboblineurs[106],
lorpidons[107], garde-clapiers, morte-paye cassez[108], ramonneurs
de cheminée, dégresseurs de vieux chapeaux gras, trousse-lardiers,
rongneux, morpionnaires, chassieux, grateleux, pediculaires,
farcineux, alterez, bauquedenares[109], tatonniers, malotrus,
bailleurs de belles vessies, loqueteurs[110], besaciers, ragoins,
baille-luy-belle, bedondiers[111], vielleurs, emoleurs, beffleurs,
baille-luy-bon-branle, et generallement à tous nos ordinaires sujets
et vassaux, tous bons bigorniers[112], à ceux, pour plusieurs
causes et autres à ce nous mouvans, avons donné et octroyé, donnons
et octroyons ces presentes lettres authentiques perpetuelles et
general privilége d'escorniflerie, duquel leur avons permis et
permettons jouyr et user plainement, paisiblement et franchement
par tous les lieux et endroits de nos royaumes, pays, terres,
seigneuries et dominations sous la souveraineté de nostre tres-fort
et invinciblissime monarque Bacchus, et en ce faisant, pourront
corner au Corne, se saisir de la Croix blanche[113] pour chasser
le Petit Diable[114], assaillir l'une et l'autre Bastille[115],
visiter les beuvettes des Magdelaines[116], flatter et escumer la
Marmitte, demander l'Audience, se ruer sur les Trois Poissons[117],
s'asseoir aux Chaizes, mirer au Miroir, grenouiller aux Grenouilles,
jouer aux Pommes de Pin, se retirer sur le Boeuf, se deffendre au
Pourcelet, heurler après le Loup, ne laissant brusler la Souche, se
conduire aux Torches[118] et Lanternes, prendre plaisir au Cigne
blanc et rouge, s'accomoder avec le Fer de Cheval, se rafraichir
à la Heure[119], parfois à la Corne[120], voguer la Galère[121],
entrer en l'Arche de Noé, contempler la Blanque, se mettre à l'ombre
de l'Orme, prendre l'Escu d'Argent[122] et plusieurs autres lieux
estans en nostre obeyssance, et d'une mesme traitte jouer souvent des
gobelets, desseicher verres, hanaps, taces, couppes, godets; vuider
brocs, barils, flacons, bouteilles, calebasses; alleger quartes,
pintes et chopines; n'espargner vin sec, hypocras, rosette[123],
bastard[124], Romeny, muscadet[125], blanc, clairet et fauveau;
donner cargue à Beaune, Orleans, Ay, Irancy[126], Gascongne, Grèce,
Anjou, Seure, Seurène, Saint-Clou, Argenteuil, Icy et Panorille;
leur defendant très expressement la cervoise, la Belle Guillemette
Tourne-Moulin[127], la tezanne, la godalle[128], la bière, si ce
n'est en cas d'urgente alteration, et d'avoir trop croqué la pie[129]
et trop soufflé en l'encensoir, et non autrement; donnant une allarme
à jambons, andouilles, cervelats, eschignées et semblables vieux
aiguillons.

          [Note 100: Coureurs des mauvais lieux dont étoit remplie la
          rue du Champgaillard. V. notre tome 3, p. 44.]

          [Note 101: Coureurs de galas, hommes de joyeuse humeur.]

          [Note 102: Vendeurs de _thériaque_, la grande panacée
          du moyen âge. _Triacleur_ se disoit encore alors pour
          charlatan. V. Régnier, satire 13, v. 230.]

          [Note 103: Gueux de l'hôpital, selon Oudin, au mot
          _Hostière_ de son _Dict. franç.-espagnol_. Pasquier
          (_Recherches de la France_, liv. 8, ch. 42) et après lui
          Furetière, dans son _Dictionnaire_, prétendent à tort qu'on
          les appeloit ainsi parce qu'ils alloient fleuretant les
          huis des maisons. Rabelais parle des gueux de l'hostière
          (liv. 1er, ch. 1er, et liv. 5, ch. 11).]

          [Note 104: _Grand mangeur de miches._ Je croirois
          volontiers que c'est par ces mots, et non par ceux de
          _brise-miches_, qui n'en sont qu'une altération, qu'on
          désigna d'abord une rue bien connue de Paris, dans le
          quartier Saint-Merry.]

          [Note 105: Vendeurs de reliques et d'oraisons (_rogatum_,
          prière). Rabelais se sert de cette expression, et Henri
          Estienne veut qu'on appelle ainsi les moines, «pour ce que,
          dit-il, ils ne vivent que des aumosnes des gens de bien.»
          (_Apologie pour Hérodote_, t. 1er, p. 536.)]

          [Note 106: Raccommodeurs de souliers et autres
          rapetasseurs. (Est. Pasquier, _Lettres_, liv. 10, lettre
          7.)]

          [Note 107: Lourpidon, vieux sorcier qui joue un rôle dans
          l'_Amadis_.]

          [Note 108: Par _morte-paye_, pour l'homme de guerre, on
          entendoit ce que nous appelons aujourd'hui _demi-solde_.]

          [Note 109: Il faut peut-être lire _poquedenares_, gens peu
          pourvus d'argent.]

          [Note 110: Mendiant couvert de loques. On disoit plutôt
          _loqueteux_.]

          [Note 111: Joueurs de _bedon_, sorte de cornemuse. Dans
          les comptes d'Isabeau de Bavière, on trouve nommés Pierre
          de Ryon et Jehan Chevance en cette qualité. V. Le Roux de
          Lincy, _Femmes célèbres de l'ancienne France_, t. 1er, p.
          637, 641.]

          [Note 112: Ceux qui entendent _bigorne_, c'est-à-dire
          l'argot.]

          [Note 113: Cabaret fréquenté par Chapelle, et qui se
          trouvoit près du cimetière Saint-Jean, dans la petite rue à
          laquelle il avoit donné son nom.]

          [Note 114: Le _Petit-Diable_ étoit près du Palais. V. _Ode
          à tous les cabarets_, dans _le Concert des enfants de
          Bacchus_.]

          [Note 115: L'un des deux cabarets qui s'appeloient
          _Bastille_ se trouvoit encore, en 1788, rue de l'Arbre-Sec,
          près du cul-de-sac qui en a gardé le nom.]

          [Note 116: Taverne qui se trouvoit sans doute près de
          l'église de la Magdelaine en la Cité, non loin, par
          conséquent, de la Pomme-de-Pin, et dont Saint-Amant a parlé
          quand il a dit, dans sa pièce des _Cabarets_:

               Paris, qui prend pour son Helène
               Une petite Madelaine.]

          [Note 117: Il existoit à Paris, au XVIe siècle, deux
          cabarets de ce nom: l'un faubourg Saint-Marceau, dont
          il est parlé dans les _Contes d'Eutrapel_; l'autre près
          du Palais, cité par Larivey à la scène 6, acte 2, de la
          comédie de _la Vesve_.]

          [Note 118: Les _Torches_, mentionnées avec honneur dans
          l'_Ode à tous les cabarets_, se trouvoient au cimetière
          Saint-Jean. En 1690, selon _le Livre commode des adresses_,
          c'est un nommé Martin qui étoit maître de cette taverne.]

          [Note 119: Il y avoit en 1603 un cabaret de _la Hure_ rue
          de la Huchette (_L'Estoille_, édit. Michaut, t. 2, p. 347).]

          [Note 120: Ce cabaret existoit dès le temps d'Erasme dans
          le quartier des Ecoles. On lit dans l'_Ode à tous les
          cabarets_:

               Je prefère au meileur collége
               La _Corne_ en la place Maubert.]

          [Note 121: Il y avoit à Paris plusieurs tavernes de ce nom.
          La meilleure étoit rue Saint-Thomas-du-Louvre.]

          [Note 122: Ce cabaret, qui se trouvoit dans le quartier
          de l'Université, est cité comme l'un des plus fameux dans
          la mazarinade ayant pour titre: _Discours facecieux et
          politique, en vers burlesques, sur toutes les affaires du
          temps_, etc.; Paris, 1649, in-4. C'est le maître de cette
          taverne qui avoit inventé ces soupes nommées à cause de
          lui _soupes à l'écu d'argent_, et dont Boileau a donné la
          recette quand il a dit dans sa 3e satire:

               Que vous semble . . . . du goût de cette soupe?
               Sentez-vous le citron dont on a mis le jus
               Avec un jaune d'oeuf mêlé dans du verjus?]

          [Note 123: Vin de teinture (aligant), selon Cotgrave.]

          [Note 124: Vin de Grèce, célèbre depuis long-temps en
          France, comme on le voit par un passage de Gringore. Sa
          vogue se maintint mieux encore en Angleterre; on en trouve
          la preuve dans les vieux dramatistes anglois. V. aussi le
          _Henri IV_ de Shakspeare.]

          [Note 125: Vin de friandise alors très recherché.
          Courval-Sonnet en parle ainsi dans une de ses satires:

               Les exquis muscadets, appelés vins de couche,
               Sont toujours reservés pour la friande bouche
               De ces bons financiers qui n'espargnent nul prix.]

          [Note 126: Le vin d'Irancy, petite ville à trois lieues
          d'Auxerre, étoit célèbre. Larivey en parle à la scène 6 de
          l'acte 2 de _la Vesve_, et l'Auxerrois Roger de Collerye
          fait dire à _monsieur de Deça_:

               Or il est temps partir d'icy
               Pour aller boire à Irency
               Et engager robe et pourpoint.

          _Les oeuvres de Roger de Collerye_, nouvelle édition,
          donnée par M. Ch. d'Héricault, (_Biblioth. elzevirienne_,
          p. 152.)]

          [Note 127: Sans doute une marchande de _coco_ de ce
          temps-là, portant sur sa fontaine, comme ses confrères
          d'aujourd'hui, un petit moulin de fer blanc toujours ailes
          au vent.]

          [Note 128: De _good ale_ (bonne bière), boisson angloise
          qui avoit été importée chez nous lors de la conquête, et
          qui n'y avoit pas fait fortune. On la renvoyoit volontiers
          à ceux qui l'avoient apportée et aux Flamands. V.
          Froissard, chap. 59, et Marot, _Ballade sur l'arrivée de M.
          d'Alençon en Hainaut_.]

          [Note 129: _Croquer la pie_, boire, sucer le _piot_, être
          bon _pion_. Selon Leroux (_Dict. comique_), _pie_ se disoit
          pour «ivre, saoul, imbu de vin.»]

En outre enjoignons à nos dits sujets que, en cas d'escorniflerie,
autant maistres que valets trinquent (_tanquam sposus_) tant que les
larmes leur en viennent aux yeux, à la mode du bon pion Biffaut et
son valet Riffleandouille[130], qui mieux vaut.

          [Note 130: Ce personnage burlesque figure aussi dans
          l'étrange pièce de Sigongne, _le Ballet des Quolibets,
          dansé au Louvre et à la maison de ville par Monseigneur
          frère du roy, le quatrième janvier 1627_. Seulement
          Rifflandouille n'y est pas valet; il est passé capitaine.]

Et davantage, leur commandons très expressement qu'en quelque part
ou lieu que ce soit, là où ils trouveront aucun de quelque estat ou
qualité qu'ils soient, qui se voudront mesler d'entremettre et user
du dit privilége d'escorniflerie (s'ils n'en ont lettres speciales
et generales, telles et semblables que ces presentes), de ne les en
laisser jouyr, ains les condamner sur le champ en telle amende qu'ils
verront estre à faire par raison.

Et encore par ces dites presentes deffendons generalement à toutes
personnes, tant soient mestoudins[131] ou esvetez, de ne troubler ou
empescher nullement nos dits subjets et vassaux, ny aucuns d'iceux,
en la jouyssance de leur dit present privilége, et, en ce faisant
(pour harnois de gueule), ne prendre n'exiger d'eux aucuns deniers,
or, argent, ny gage quelconque, nonobstant l'ordonnance d'un commun
usage qu'on dict:

  A Paris, à bon usage,
  Qui n'a argent si laisse gage;

et ce sur peine d'encourir nostre perpetuelle disgrace.

          [Note 131: Garçons fringants et bien mis, _mirolets_, selon
          Cotgrave.]

Si donnons en mandement par ces mesmes presentes à nostre
rubicondissime conseiller Magistrum Trigorinus Triory, ou, en son
absence, à son lieutenant, le seigneur d'Ortouaillon, qu'il fasse
ces presentes publier par tous les endroits de nostre obeyssance,
et icelles face observer inviolablement de point en point selon
leur forme et teneur, nonobstant l'amy Baudichon[132], ny Gautier
ou Mitaine, à ce contraires: car tel est nostre plaisante et
envinée volonté. Donné en poste, à nostre chasteau d'Appetit, pres
Longue-Dent, et l'avons fait sceller par nostre grand chancelier de
paste d'eschaudez[133], par faute de cire bleue, et signé par maistre
Cruche Hebriaque[134], nostre grand secretaire et premier chambelan
du Port-au-Foin, baillé l'an entier, au mois qui a si a, le jour si
tu n'en a cherches-en, si tu en trouves si en prend, et au-dessous
la chasser, par nostre greffier Belle-Dare, autrement dit Maunourry;
voulons au surplus foy estre adjoustée au vidimus de ces presentes,
comme au foye d'un canard à la dodine[135], pourveu qu'elles soient
collationnées à l'original d'icelles. Ce fut fait ès presances
de Robinet Trinquet, seigneur de Nifles; Grisard, chastelain de
Tremblemont, controleur Gelard des Mouches Blanches; Floquet-Javelle,
grand escuyer des Mules aux talons, et autres seigneurs des Morfondus.

          [Note 132: Personnage d'une très ancienne chanson qu'on
          trouve déjà dans les mystères. L'ami Baudichon étoit si
          bien devenu un type de joyeuseté que l'on disoit, selon
          Cotgrave, _faire le mibaudichon_, ou simplement _faire le
          mib_, pour vivre follement.]

          [Note 133: Ce passage seul suffiroit pour prouver que les
          _échaudés_ ne sont pas une invention du pâtissier Favart,
          père du poète; mais on savoit déjà que, dès le XIIIe
          siècle, on les connoissoit. Ils sont désignés dans une
          charte de cette époque par cette périphrase: _Panes qui
          dicuntur eschaudati._]

          [Note 134: Bonne pour l'ivresse, de _ebrius_, ivre.]

          [Note 135: La _dodine_ étoit une fameuse sauce à l'oignon,
          bonne surtout pour les canards. Rabelais (liv. 4, ch. 32)
          parle déjà de _canars à la dodine_.]

       *       *       *       *       *

_Declaration de ceux qui ne doivent jouyr du privilége et droict
d'escorniflerie._

    Nous n'entendons avecques nous
  Recevoir le vin de Lion,
  Sçavoir: gens plein d'ire et courroux
  De noise et de rebellion,
  Jureurs, faiseurs de millions
  De blasphèmes très execrables;
  Ceux-là, avec Pigmalion,
  S'en voisent boire à tous les diables.

    Le vin de Bone, pareillement,
  N'est receu en nostre banquet.
  Sont vilains qui incessamment
  N'ont que d'ordes vaines caquet,
  Leur langue souillans au bacquet
  D'infections à tous propos.
  Arrière de nostre banquet
  Bouquins de luxure supposts.

    Vuidez d'icy, melancholiques,
  Vieux resveurs farcis de chagrin,
  Frenezieux et fantastiques;
  Vers nous de credit n'avez grain.
  De vous aussi ne voulons brin,
  Qui, tenant du vin de pourceau,
  Vous yvrés et dormez soudain
  Comme porcs après le morceau.

       *       *       *       *       *

_Responce des Lyonnistes, Boucquins et Porcelins._

  La terre les eaux va beuvant,
  L'arbre la boit par la tremine,
  La mer espesse boit le vent
  Et le soleil boit la marine;
  Le soleil est beu de la lune,
  Tout boit à son ordre et compas.
  Suivant ceste reigle commune,
  Pourquoy donc ne boirons-nous pas?

       *       *       *       *       *

_Ceux qui jouyront dudit privilége d'escorniflerie_

  Tous ceux qui ont le vin de singe
  Joyeux, disant le mot,
  Soit d'Oriane ou de Marsinge,
  Sont bien venus en nostre escot;
  Part auront à nostre piot
  Pour leur gaillardise et plaisance,
  Et tous ceux de vin de marmot
  Ne tendans qu'à resjouyssance.




_L'estrange ruse d'un filou habillé en femme, ayant duppé un jeune
homme d'assez bon lieu soubs apparence de mariage._

Sans lieu ni date, in-8.


Il est comme impossible d'esviter les ruses des filoux de Paris, puis
qu'elles sont precautionnées de tant de douceur et de naifveté qu'il
semble n'estre permis à un homme de bon jugement d'en avoir aucune
sorte de doute, la malice des dits filoux estant montée en un point
qui leur faict entreprendre des choses dont l'invention paroist estre
plustost partie d'un cauteleux demon que de l'esprit d'un homme.

Il n'y a pas encores huict jours qu'un jeune homme d'assez bon lieu,
faisant profession de lettres, que par raison secrette je nommeray
Orcandre, estant en chemin pour s'en retourner en son logis, que
l'on dit estre dans la rue Sainct-Jacques, il y auroit rencontré un
filou habillé en femme, merveilleusement bien desguisé, qui, après
une profonde reverence, luy dit (avec une effronterie inconcevable):
Monsieur, je crains que vous n'ayez perdu le souvenir de m'avoir
veuë en la compagnie d'une personne qui vous honore fort. A quoy
Orcandre, après l'avoir attentivement regardée avec beaucoup
d'estonnement, luy respond: Madame, il se peut faire que j'ay eu
l'honneur de vous voir en quelque part; mais il y a donc fort long
temps, puis qu'il ne m'en est resté aucune sorte de memoire.

Sans mentir, luy repart le filou, je suis extremement marrie de quoy
vous ne vous souvenez point d'avoir parlé à moy, et encore plus
de me voir si peu consolée du mal et de la peine que je souffre
depuis un an ou environ qu'il y a de cette veuë, où je me trouvay
si fort touchée de la bonté de vostre humeur que depuis les desirs
d'en gouster les fruicts à mon aise ne m'ont pas seulement gehenné
l'esprit et l'ame, mais mesme m'ont faict mespriser mille rencontres
qui se sont offertes pour me marier avantageusement.

Ces paroles plaines de miel ayant doucement frappé l'oreille
d'Orcandre, et quant et quant les organes de sa voix, il en perdit
comme la parole, se laissant emporter dans l'espoir d'une fortune où
il n'avoit jamais pensé, et qu'il croyoit indubitable.

De quoy le filou s'appercevant, et que son dessein reüssissoit
si bien en ses premiers effects, en continuant sa pointe, dit à
Orcandre: Et quoy! Monsieur, d'où procède le silence que vous gardez
si fort? Est-ce à cause de me voir si hardie à vous descouvrir
ma passion? Si cela est ainsi, representez-vous la nature de la
parfaicte amour, et vous trouverez qu'elle auctorise en tout point la
force de mon courage, qui me faict parler de la façon.

Orcandre ayant un peu repris ses esprits, luy repart qu'il
s'estimeroit heureux si elle ne se mescontoit point et ne le prenoit
pour un autre, et lui tesmoigneroit en toute sorte d'occasion qu'il
estoit personne à aymer parfaictement une femme qui l'obligeroit à
cela par la douceur et par la modestie.

Ceste repartie donnant plainement à cognoistre au filou que
Orcandre avoit desjà un pied dans le piége, il ne s'oublia point de
poursuivre pour attaindre la fin de son dessein, et à cet effet de se
servir particulierement des choses qui pouvoient desgager l'esprit
d'Orcandre de toutes les craintes dont il pouvoit estre touché.

Il luy dit donc que ce n'estoit point en plaine ruë où il falloit
parler d'affaires, et qu'elle seroit très aise que ce fut en quelque
honneste lieu que Orcandre choisiroit chez ses amis, où elle luy
feroit entendre plus particulierement ses intentions, et voir que les
biens dont elle avoit la libre possession et jouissance estoient plus
que suffisans à leur faire gouster les douceurs d'une vie tranquille,
et que mesme elle avoit grande raison de rechercher l'appuy d'un
homme faict comme luy, pour mieux regir et gouverner les effects de
ses negoces.

Ceste proposition parut si douce en l'esprit d'Orcandre, qu'en mesme
temps elle y fut si fort empreinte, qu'il sembloit que ce pauvre
abusé ne respiroit plus qu'un air de langueur en l'attente du jour
qu'on devoit parler plus precisement de cette affaire, et par effect
il luy dict:

Madame, puis qu'il vous plaist me faire le bien et l'honneur de
me rechercher en une chose que je ne crois point meriter, ce sera
donc, si vous l'avez pour agreable, chez ma cousine de Vauguerin,
fort honneste femme et bien congnue pour sa vertu, que nous pourrons
traicter de toutes les conditions necessaires en une semblable
rencontre; là où vous pourrez apprendre que, si la fortune m'a
esté avare de biens, du moins ne l'a-elle pas esté de reputation à
l'endroit de toute la famille dont je suis issu. A quoy le fillou luy
fit responce en ceste sorte:

Vous avez la façon trop aimable, Monsieur, pour estre autre que je ne
me suis imaginée, et je prens le ciel à tesmoin si je desire d'autre
caution pour m'asseurer de vostre vertu et du merite de la maison
de votre naissance. Or, puisque l'heur m'en a voulu de vous avoir
disposé au mesme point où je desirois vous voir, je demeure fort
volontiers d'accord du lieu que vous avez choisi pour conferer nos
volontez avec celles de vos amis et connoissans, et vous prie que ce
soit au plustost, car je crains que la longueur ne donne moyen à mes
parens de destourner une chose que je desire faire malgré eux, et
dont je souhaite pationnement l'arrivée.

Pour esviter d'escrire tant d'autres discours qu'ils eurent ensemble
sur ce subject, je diray seulement qu'il fut resolu que le lendemain,
à deux heures de relevée, on se trouveroit chez la dite de Vauguerin,
cousine d'Orcandre, à quoy il fut satisfaict et de part et d'autre.

Au quel lieu ledit Orcandre avoit assemblé beaucoup de personnes
d'honneur, des connoissans, qui estoient extrêmement aises qu'une si
bonne occasion luy fut escheuë, s'asseurans qu'il la mesnageroit à
son advancement et à la grandeur de sa fortune.

Les compliments de part et d'autre ayant esté parachevez, le filou,
qui n'avoit point oublié de se parer pour rendre sa commedie plus
accomplie, ne manqua point aussi de joindre à cet apas celuy d'un
visage riant, plain de douceur et de bonne grace; et, ayant jugé
qu'il estoit temps de commencer sa harangue trompeuse, il dit:

Messieurs, je m'asseure qu'il n'y a pas un de vous qui ne sçache bien
le subject de cette assemblée, et que les grands discours ne sont pas
tousjours ceux qui advancent les choses, celle-cy particulierement
n'en desirant point de semblable. Je n'ay donc rien à vous dire,
sinon qu'il y a plus d'un an que j'ayme Monsieur que voilà, parlant
d'Orcandre, et que je desire luy en donner une forte preuve par le
lien que je recherche, n'estant pas maintenant à m'informer de ses
biens, et voudrois qu'il eust faict la mesme chose des miens, afin
qu'il vous peut faire entendre luy-mesme en quoy ils consistent; et,
pour vous les exprimer sommairement, je vous diray que je possède par
succession, tant de père que de mère, trois maisons, dont la moindre
est louée six cens livres, des heritages à plus de huict cens livres
de revenu, et environ huict ou neuf mil livres en marchandise qu'on
amène à Paris par batteau; et, s'il y a quelqu'un qui en doute,
je seray très aise qu'on diffère de parachever la chose commencée
jusques à ce que, par une bonne information, on aye receu dans
Melun, lieu de ma naissance et de ma demeure, le tesmoignage des
veritez que je vous dis; ne craignant rien, sinon que, nos desseins
venans à s'esventer, mes parens n'y apportent de l'empeschement à
leur possible, me remettant toutes fois à tout ce qu'on en voudra
faire.

Ce pauvre Orcandre et tous ceux qu'il avoit assemblez furent si fort
esblouys de la naifveté dont le filou desguisoit si bien sa malice
et sa ruse qu'en mesme temps ils dirent tous ensemble qu'il n'estoit
pas besoin de s'informer davantage, craignant de perdre pour vouloir
trop serrer, et mesme que les parens n'empeschassent un effect qu'ils
estimoient estre le plus haut degré où la fortune d'Orcandre pouvoit
jamais monster.

Tellement qu'en mesme temps le filou fut supplié à se resoudre
de faire quelques largesses de ses biens à Orcandre en faveur du
mariage. A quoy ne faisant aucune difficulté: Je luy donne de bon
coeur, dit-il, dix mil livres en consideration de l'amour que je luy
ay porté et luy porte encore plus que jamais.

Cette donnation de vent et de fumée fit naistre des impatiences
nouvelles à Orcandre et à tous ses amis que les choses fussent
promptement faictes, en sorte qu'ils demandèrent au filou s'il
desiroit passer outre; que, pour eux, ils ne demandoient aucun delay.

Le filou, mesnageant ceste chaleur pour le dernier article de son
roolle, leur dict: Messieurs, differons encore quelques jours, afin
que, par la vente que je desire de faire d'un batteau de foin que
j'attends de jour à autre, je puisse avoir en main de quoy rendre
celuy de nos nopces plus solemnel et plus celèbre, ne desirant pas
qu'il en couste à personne qu'à moy.

Ceste dernière ruse fit un puissant effect pour son dessein: car et
Orcandre et tous ceux qu'il avoit assemblez, enivrez de l'esperance
d'une chose dont la feinte estoit si accomplie par les desguisemens
que le filou y praticquoit, lui dirent: Madame, si peu de chose ne
nous doit arrester en si beau chemin; sçachez que vous ne recherchez
pas l'alliance d'un homme qui manque d'amis et de connoissances; nous
nous offrons de luy donner la main en tout ce qui nous sera possible,
et, si nos forces ne s'y trouvoient assez grandes, nous ne craindrons
pas d'y employer encores celles de nos amis, puis que c'est pour une
si bonne oeuvre.

Messieurs, il en sera tout ce qu'il vous plaira, luy repart le
filou, et, en quelque façon que le tout se paracheve, je le tiendrai
tousjours à grand bonheur pour moy.

La partie ayant esté remise au lendemain matin, on ne manqua point de
se trouver, sur les huict heures, chez la dite de Vaugrin, où, les
dernières resolutions du mariage ayant esté prises, et la donnation
de dix mil livres faicte par le filou à Orcandre, en faveur de
nopces, renouvellée par plusieurs fois, il fut deliberé de faire les
fiançailles, pour ne rien obmettre en un si beau dessein.

Les fiançailles estant faictes, le filou se voit importuné de
toutes parts de prendre les presens qu'on luy offroit à la foulle,
les quels il recevoit avec beaucoup de froideur, faisant semblant
d'estre faschée de la despense où l'on se mettoit. Cependant on parle
du disner, qu'on avoit faict apprester au logis d'un de ceux qui
s'estoient tousjours trouvés aux assemblées, et se mit-on en peine
d'avoir un carrosse à prix d'argent pour le reste de la journée,
tellement que, l'heure du disner estant venue, on emmena le fiancé et
la fiancée en grande magnificence dans le dit carrosse, où estoient
aussi tous les connaissans d'Orcandre, ravis du bonheur qui lui
estoit arrivé, et tesmoignoient mesme en avoir quelque sorte d'envie.

Pendant le disner, il ne fut parlé que du negoce que l'on pouvoit
faire par eau; en quoy le filou tesmoignoit par ses discours avoir
une grande experiance, ce qui augmentoit tousjours d'autant plus
l'oppinion de ceux qu'il trompoit si couvertement.

L'après diner fust convertie en visites que l'on fit, par la
commodité du dit carosse de louage; et, sur l'entrée de la nuict,
le fiancé et la fiancée, après avoir pris congé de la compagnie,
s'en retournèrent au logis de la dite de Vaugrin, où le filou,
desirant clorre son dessein par une dernière feinte, fit semblant de
se trouver mal, en attribuant la cause au carrosse, dont il disoit
n'avoir point accoustumé les secousses; et en mesme temps, la bonne
femme de Vaugrin prenant dans l'un de ses coffres la meilleure de
ses robbes et beaucoup d'autres hardes, elle en couvrit ce plus
que hardy filou; ce qui l'ayant mis en bel humeur, il commença de
caresser Orcandre, le priant de ne s'ennuyer pas, et l'asseurer que
le lendemain, après avoir receu de l'eglise ce qu'ils en devoient
esperer en leur mariage, il cueilleroit à son aise les fruicts qu'il
s'en estoit promis; et cependant il entretenoit sa duperie par
quelques baisers, dont il ne luy estoit point chiche.

Le lendemain venu, le filou se leva environ une heure avant le jour,
et, faisant semblant de craindre de n'estre pas assez matinière[136]
pour aller aux espousailles, il esveilla Orcandre et luy dict:
Monsieur, avez-vous oublié ce qui fut resolu hier au soir avec
messieurs vos amis et connoissans? Prenez garde: je m'assure qu'ils
seront bien tost icy. Et ayant dit la mesme chose à la dite de
Vaugrin, pour rendre sa fuitte moins dangereuse, il demanda si l'on
ne pourroit point avoir de la lumière pour s'habiller, afin que ces
messieurs venant ils les trouvassent tous prests. Et la dite de
Vaugrin luy ayant respondu qu'elle alloit se lever, et qu'en après
elle trouveroit bien moyen d'allumer la chandelle, le filou, encores
qu'il sceust bien qu'il ne falloit que sortir la porte de la chambre
pour aller aux aisemens, luy repart: Vrayment, Madame, vous ne me
sçauriez obliger d'avantage qu'en faisant ce que vous dictes: car,
estant extremement pressée, comme je suis, d'aller à la scelle, je
ne puis guères attendre davantage et n'ose en entreprendre le chemin
sans lumière, craignant que les aisemens ne soient fort esloignez
de ceste chambre et de me blesser en la montée, où il faict encore
bien noir. La bonne femme de Vaugrin, ne se deffiant de rien, luy
repart de rechef: Puis que vous estes si pressée, vous n'avez qu'à
ouvrir la porte, dont elle luy donna en mesme temps la clef, et vous
trouverez les aisemens à deux ou trois montées au dessus, sans aucun
danger et sans aucune peine.

          [Note 136: Le mot _matinier_ se disoit alors pour matinal.
          On ne dit plus guère _matinière_ qu'à propos de l'étoile du
          matin.]

Cet insigne filou, qui avoit vestu les habits de la dite de Vaugrin
sur les siens, et avoit les mains pleines de bagues et autres presens
qu'on luy avoit faicts le jour auparavant, qui se montoient à plus de
deux à trois cens livres, ayant ouvert la porte, il prit la fuitte,
et laissa le pauvre Orcandre et la bonne femme de Vaugrin dans des
estonnemens et des desplaisirs incroyables.

Voilà, sans aucun artifice, le recit de ce qui a esté dict et faict
de plus remarquable en ceste rencontre.




_Le Passe-port des bons Beuveurs, envoyé par leur prince pour
conserver ses ordonnances, dedié à ceux quy sont capables d'en jouir.
Ensuitte la lettre generalle d'escorniflerie[137] et l'arrest des
Paresseux._

          [Note 137: Cette suite manque, malgré l'annonce du titre.
          La _Lettre générale d'écorniflerie_ est sans doute la même
          que nous avons donnée dans ce volume. Quant à l'_Arrest des
          paresseux_, nous n'avons pu le retrouver.]

_A Paris._

S. D. In-8.


A tous presens, passez et à venir. De la part de monseigneur,
monseigneur le recteur, vice-recteur, doctorateur, chancelier,
garde des bouteilles, procureur general, controlleur des viandes
et autres subjects du corps chancelant de l'université bachique
establie pour l'erudition de ceux quy aiment à savourer le nectar, et
principallement les enfans de ceste celèbre ville de Paris, soubs la
protection de monseigneur, salut et dilection sempiternelle en celuy
quy _primus plantavit vineam_.

Comme ainsy soit ceux qui font profession de bien laver leurs tripes
du jus quy sort des pipes, comme a fort bien remarqué Bruscambille
sur le quatrième chapitre de l'epitre _Ad ebrios, in vino veritas_,
la verité est dans le vin, comme le vin dans la bouteille, que
nous susdits, desirant satisfaire à ce point assez à la verité,
savoir faisons à tous ceux qu'il appartiendra qu'aujourd'huy
nostre bien-aimé et tous nos consorts, après avoir esté interrogé
sur plusieurs points, ayant beu en prelude à la santé du roy, _à
la Royale_, _à la Ducale_, _à la Turcque_, _à la Grecque_, _à la
Suisse_, _à la Pistache_, _à la Romanesque_, _à la Grimouche_, _à la
Comedienne_, _en Joueur de paume_, _à l'Occasion_, _en Vigneron_,
_en Musicien_, _en Je ne sçay qui intermedium_, _à la Sourdine_, _à
la Bobille_, _en Tirelarigot_[138], _tanquam sponsus_, _sicut terra
sine aqua_, _en Courtier_, _en Epilogue_, etc., etc., etc., etc.,
etc., etc.; après avoir recogneu par amples certificats qu'ils sont
tonsurez et qu'ils peuvent d'un poignet asseuré lever le cul d'une
bouteille; que leurs escripts sçavans leur serviront de commencement
à leur dessert à conter merveilles; qu'ils boivent le vin par les
nazeaux comme l'arc-en-ciel fait des eaux; que jamais le soleil
ne les a veu lever si matin qu'ils n'eussent beu, et qu'au soir
jamais la nuict noire, tant fust-il tard, ne les aye veu sans boire,
ont acquis honorifiquement les degrez de docteurs en la faculté de
l'Université bachique.

          [Note 138: L'expression _boire à tire-larigot_ a donné
          lieu à une foule d'étymologies singulières que nous ne
          répéterons pas ici. Selon nous, elle équivaut à celle-ci:
          _boire à tire gosier_, le vieux mot _larigaude_ signifiant
          en effet _gosier_, d'après le _Dictionnaire des termes du
          vieux françois, ou trésor des recherches et antiquités
          gauloises et françoises_, par Borel.--Quant aux autres
          façons de boire indiquées ici, nous ne savons comment les
          expliquer.]

Voulons et faisons savoir à tous ceux de nostre dicte caballe que,
pour les recompenser de leurs vertus et merites, il leur sera permis
de vivre jusqu'à leur mort, en depit de tous ceux quy y voudront
mettre empeschement, et leur dite mort ne sera qu'un passage
pour aller escorniffler en l'autre monde et _in transmigrationem
Babilonis_, c'est-à-dire qu'ils seront logez par etiquette dans un
merveilleux chasteau, dont la description s'ensuit[139]:

          [Note 139: Cette description est une imitation de celle du
          pays de Coquaigne, telle qu'elle se trouve fort au long
          dans l'un des fabliaux publiés par Méon (t. 4): c'est
          _li Fabliaus de Coquaigne_. Rabelais s'en étoit inspiré
          auparavant pour le curieux tableau qu'il a fait de l'_Ile
          de Papimanie_ (voy. éd. de l'Aulnaye, in-12, t. 2, p. 121),
          et enfin Fénelon devoit un peu plus tard concevoir dans le
          même esprit, et sans doute d'après la même inspiration, sa
          fable de l'_Ile des Plaisirs_.]

Premierement, le pont levis dudict chasteau est faict de pain de
Gonnesse.

Les fossez sont pleins de bons vins muscat, où l'on voit
ordinairement potage gras et espissé à la mode des Suisses, gigots
de moutons, jambons tous en vie quy se jouent dedans en guise de
brochets et de carpes.

Les murailles sont faictes de grosses pièces de boeuf salé entassées
les unes sur les autres en façon de pierres de taille.

Les moulures frisées, corniches et architectures sont composez de
cervelas, andouilles, boudins et saucisses.

La tapisserie qui est dedans ne sont que perdrix rosties, oisons
farcis, pastez chauds, levraux à la sauce douce, poulets fricassez,
salades, grillades, capilotades et carbonades.

La fontaine du lieu est tousjours pleine de hachis et de salmigondis.

Les portes sont composez de belles, bonnes et friandes tartes
attachez avec des gonds de macarons et biscuis.

La court est pavée de toute part de dragées, poix musquez, noix
confites, muscadins et mirobolans.

La couverture est faite d'ecorce de citron, arrangée comme fines
ardoises.

L'arsenac dudict chasteau est remply d'un grand attiral de poilles,
de poillons, bassins, chaudrons, lechefrites, pots, pintes, chopines,
cruches, assiettes, escuelles, plats, cuillers, fourchettes, grils,
cousteaux, chesnets, chandeliers, lampes, broches, marmites, bancs,
tables, tabourets, landiers, chaudières, seaux, nappes, serviettes,
tisons, fagots, busches, bourrées, entonnoirs, verres, tasses,
gondoles et autres menus fatras.

Certifions toutes lesdites choses certaines et veritables; mandons
à tous ceux quy ne le voudront croire d'y aller voir: car tel est
nostre plaisir.

Enjoignons à tous nos ordres fessiers, je veux dire officiers, de
ne jouir de ladicte escorniflerie sans au prealable avoir pris de
nos lettres, et deffendons à tous nos subjects de l'un et l'autre
sexe, de quelque qualité et condition qu'ils soient, de troubler ces
presentes.

Donné en nostre chasteau de Breses, à onze heures du matin, jour
de septembre trente-deuxième, quatre mille quatorze cens quatorze
vingts quatorze ans, quatorze mois, quatorze septmaines, quatorze
jours, quatorze heures, quatorze minutes et quatorze momens après la
creation du monde.

                                   Signé:
                                         BOY-SANS-SOIF,
                                   et HARPINEAU[140], _Secretaire_.

          [Note 140: Ce Harpineau, ou plutôt Herpinot, étoit un
          farceur qui jouoit ses farces aux halles. Nous publierons
          dans nos volumes suivants quelques pièces parues sous son
          nom. M. Leber a parlé de lui dans son livre sur Tabarin:
          _Plaisantes Recherches d'un homme grave sur un farceur._]




_Factum du procez d'entre messire Jean et dame Renée._

                         Quicquid tentabat dicere versus erat.

S. D. In-8.


    De Mesme[141], à toy-mesme semblable
  Pour la justice inviolable,
  Et vous, les anges du conseil
  De vostre Mesme non pareil,
  Il vous faut la verité dire.
    Il est vray que nostre messire,
  Clerc alors, alors escolier,
  Laïque alors et seculier,
  Je ne sçay pas en quelle année,
  Des mains de madame Renée
  A reçeu la somme de tant,
  Mais sans luy demander pourtant.
    Comme il se plaignoit à sa tante,
  Sa compagne, outre son attente,
  Avec des escus intervint,
  Dont il en prit environ vingt.
  Eust-il refusé leur bel offre?
  Elles en ont d'autres au coffre!...
  Les plus reformez sont vaincus
  Par le blond lustre des escus[142].
    Vrai est que par obeissance
  Il leur en fit recognoissance,
  Et vray qu'en l'obligation
  Il a mis la condition
  De ne payer qu'au prealable
  Il n'eust moyen. Au cas semblable,
  Il est très veritable encor
  Que la dame, en livrant cest or,
  L'asseura que de la cedule
  Ne s'ensuivroit poursuite nulle,
  Et qu'elle en soit prise à serment:
  Il ne ment, pour luy, nullement.
  Et toutesfois dame Renée,
  Contre la parole donnée,
  A tout propos, mal à propos,
  Ne le laisse point en repos.
  A peine est-il seur en l'eglise,
  Où les criminels ont franchise[143].
  Elle en veut, il n'a pas de quoy.
  Necessité n'a point de loy.
  Messire Jean est pauvre prestre.
  Riche de rien l'on ne peut estre.
  Il n'a rente ny revenu,
  Gros benefice ny menu;
  Il n'a pas mesme une chapelle:
  Au blanc il est[144], blanc on l'appelle[145]:
  De tout il est destitué:
  Il n'est pas mesme habitué[146].
    Bien est vray que dame Simonne[147]
  A cure pour qui la sermonne;
  Mais ce n'est pour luy ses morceaux,
  C'est aux Angevins et Manceaux:
  Sur Monstreuil Bellay son attente
  Encore incertaine est flotante;
  Sur la Flocelière il ne peut,
  Le marquis toutesfois le veut.
  Dès qu'il aura le benefice,
  Le moindre annuel ou service,
  Il luy promet de s'acquitter.
  Soy-mesme il veut s'executer.
  Si la fortune n'en envoyé,
  Il ne sçait point un autre voye.
  Ses escoliers sont enlevez
  Par les jesuites arrivez.
  Il n'a plus ny landis[148], ny toiles,
  Ny chandelles: il lit aux estoiles.
  Un petit clerc des Bernardins,
  Attentif après ses jardins,
  Perd la memoire de l'année;
  Un autre à demy l'a donnée.
  Celuy qui payoit pour Renaut
  En Champagne a gaigné le haut;
  L'un est allé moisne se rendre,
  L'autre ne veut plus rien apprendre;
  La maille il n'a pas de Maillé,
  D'en avoir il n'est pas taillé.
  Il n'est plus de galand au monde;
  Un autre plus ne le seconde;
  Il n'est plus d'abbé de Tyron[149]
  Qui le retienne en son giron.
  Un seul moyen luy reste à vivre:
  Au libraire il revoit un livre
  Et violente son humeur
  Pour corriger un imprimeur,
  Et c'est où la demanderesse
  Pour avoir de l'argent s'adresse.
    Quel besoin qu'il vint un huyssier
  Encor, appellé Menecier,
  Luy signifier la requeste?
  Il a bien autre affaire en teste:
  Il soigne à la correction
  De l'espineuse impression;
  Il veille après le Sainct-Gregoire[150];
  Il perd le manger et le boire;
  L'Aristophane qu'il traduit
  Interrompt son repos la nuict:
  Liber encor est à la porte,
  Qui de ses feuillages apporte.
  Les escoliers chomment après,
  Et les imprimeurs sont tous prests
  De faire de nouveaux dimanches,
  Donnant au Blanc des formes blanches.
    Colas le Duc, à Laon, d'ailleurs,
  Emporte ses habits meilleurs,
  Et son argent; il le fait courre
  Pour essayer à le recourre;
  Il faut qu'à son autre garçon
  Il face rendre sa leçon;
  Le Clerc le presse de sa rime;
  Il n'a pas encore dit Prime,
  Il n'a pas dit son chapelet,
  Comment aller au Chastelet?
    Sans paroistre à l'heure assignée,
  Il consent que dame Renée
  Se paye sur Pierre le Lon[151].
  Or il est à la paye long.
  Plus, il luy cede une autre somme
  Que luy doit Freval[152], pareil homme,
  Et les mois de son escolier;
  Il l'avoit jà dit à Choulier,
  Qui n'a laissé de le poursuivre;
  Mais sans plaider il ne peut vivre.
    Quand au payement de tous frais,
  Despens, dommages, interests,
  De leurs nullitez il proteste,
  Puisqu'il a rendu manifeste
  A Choulier, et puis au sergent,
  Qu'il cedoit l'arrest de l'argent.
    Quant à l'usuraire demande,
  Elle en devroit payer l'amende.
  Au quatorzième chant royal,
  Tout usurier est desloyal,
  L'on doit fuir sa compagnie:
  Un saint canon l'excommunie.
    Vous avez au bon droit esgard.
  Cependant, Messieurs, Dieu vous gard!
  Vous mesme à nul autre semblable
  Pour la justice inviolable,
  Et vous, les anges du conseil,
  De vostre Mesme nompareil.

                         _Perdere scit, donare nescit._

          [Note 141: Claude de Mesme, comte d'Avaux, alors conseiller
          au grand conseil.]

          [Note 142: Les écus d'or, valant trois livres.]

          [Note 143: La plupart des églises de Paris étaient lieux
          d'asile. L'enclos du Temple, le Louvre, avoient aussi ce
          privilége.]

          [Note 144: «On dit d'un homme: Il est réduit au _bâton
          blanc_, ou absolument réduit au blanc, quand il est devenu
          extrêmement pauvre et misérable...» (Leroux, _Dict.
          comique_.)]

          [Note 145: C'étoit le surnom, et non pas sans doute le
          nom, du pauvre prêtre messire Jean. On lui avoit donné ce
          sobriquet pour faire de lui l'homonyme de Jean le Blanc. La
          plaisanterie étoit assez sacrilége, appliquée à un prêtre:
          car on sait que, dans les pasquils irreligieux, c'est
          l'hostie qu'on personnifioit sous le nom de Jean Le Blanc.
          V. _Légende véritable de Jean le Blanc_, 1677, in-12, pièce
          comprise dans le cabinet jésuitique.]

          [Note 146: On appeloit _habitué_ un prêtre qui s'attachoit
          volontairement au service d'une paroisse et qui y alloit
          dire la messe.]

          [Note 147: Par dame Simonne Messire Jean n'entend-il pas
          parler de l'Eglise, de qui l'on n'obtenoit des bénéfices
          que moyennant finances, ce qui constituoit le crime de
          _simonie_?]

          [Note 148: V., sur ce cadeau qu'à certain jour les
          élèves faisoient aux maîtres, la note d'une des pièces
          précédentes, p. 41.]

          [Note 149: Philippe Desportes, qui, enrichi par la muse,
          avoit sans doute pris en pitié et protégeoit le pauvre
          prêtre poète. Il étoit mort en 1606, c'est-à-dire quelques
          années avant l'époque où cette pièce dut être écrite.]

          [Note 150: Il s'agit ici, sans doute, de l'édition des
          Lettres et autres ouvrages de saint Grégoire de Nysse, que
          le P. Fronton du Duc donna à Paris en 1615, 2 vol. in-fol.]

          [Note 151: Imprimeur parisien, l'un de ceux dont messire
          Jean devoit corriger les épreuves, ainsi qu'il vient de
          le dire. C'est en effet vers cette époque, en 1618, qu'il
          imprimoit. V. La Caille, p. 228.]

          [Note 152: Jean de Fréval, imprimeur du même temps. V. La
          Caille, p. 234.]




_Le Purgatoire des Hommes mariez, avec les peines et les tourmentz
qu'ils endurent incessamment au subject de la malice et mechanceté
des femmes, quy le plus souvent leur sont données pour penitence en
ce monde. Traicté non encore imprimé jusqu'à present, et adressé à
ceux et celles quy ne se comportent en leur mesnage selon les loix de
la raison._

_A Paris, jouxte la coppie imprimée à Lyon, par François Paget,
imprimeur._

M.DC.XIX.

In-8º.


Les anciens payens, bien qu'ilz ne recognoissent le mariage pour un
grand mistère, comme nous, estoient neantmoing en ce subject plus
religieux que nous: car ils estimoient que les mariz estoient les
maistres du corps et de la substance des femmes, pour en disposer à
leurs plaisirs.

Et maintenant l'on voit ordinairement que quelques hommes pensent
prendre des femmes pour en tirer de la compagnie, de l'amitié,
de la consolation en leurs adversitez, et neantmoing, quand ils
mènent leurs femmes en leurs maisons, ils mettent le plus souvent
un enfer pour les tourmenter incessamment et pour combler leur vie
de toutes les misères et tribulations, et ce quy est la cause du
raccourcissement de leurs jours.

Car souventefois il se trouve des femmes quy font honte à des furies
infernales, nées en ce monde pour tourmenter leurs maris; et encore
en ces ames molles d'hommes, quy, trop uxorieux[153] et attendriz
de ce sexe, trouvent estrange que des maris usent quelques fois de
main mise, les quelles à tout le moins doivent recognoistre que les
maris ont autant de puissance sur les femmes que l'esprit sur le
corps en servitude, pour ne perdre la dignité que Dieu luy a donnée,
ce qui occasionne les maris de chastier les femmes quand, au lieu
de fidelles compagnes, elles veulent estre la gêne, la torture et
la croix des maris; que les femmes ostent le ver quy leur ronge les
esprits[154], incessamment plus pernicieux pour elles que ne sont
des lions ou serpens, estant les feux quy leur rongent et devorent
journellement les veines.

          [Note 153: C'est-à-dire trop amoureux de leur femme. C'est
          le mot latin _uxorius_, employé par Horace, liv. 1er, ode
          2, v. 18; par Virgile, _Enéide_, liv. 4, v. 266, etc. Il se
          prenoit, comme ici, presque toujours en mauvaise part, en
          façon de blâme contre les maris trop foibles.]

          [Note 154: On croyoit que certaines maladies cérébrales
          venoient d'un ver logé dans la tête. C'est ce qu'on
          appeloit l'_avertin_ (voy. Des Perriers, _Contes et
          joyeux devis_, nouv. 105 et 125), et ce qu'on nomme
          encore aujourd'hui dans les campagnes le _ver coquin_. On
          attribuoit la même cause et l'on donnoit le même nom à la
          maladie des bêtes à laine que l'on appelle à présent le
          _tournis_. V. Olivier de Serres, _Théâtre d'agriculture_,
          in-4, t. 2, p. 768, 838.]

Les femmes doivent estre tellement conjointes et obtemperées à la
volonté des maris que, quant bien ils les battroient, les affligeant
de paroles fastidieuses et grossières, elles sont toutefois tenues
de fleschir à leurs maris. Sont-ils subjets au vin? La nature
les a conjoinct ensemble. Sont-ils sevères, cruels, fascheux et
implacables? Ce sont neantmoings leurs membres, voire leur chef,
le plus excellent de leurs membres, comme disoit elegamment sainct
Basile (_Homel. 7, Exameron_).

Les esclaves pouvoient entierement changer de maistre, mesme
auparavant le decès des leurs; mais, quant à la femme, elle est serve
pendant que son mary est en vie, et liée à la loy et volonté de son
mary, ce dit sainct Chrysostome (_Inferm._, _de lib. repud._), et
les humeurs fascheuses des maris ne peuvent excuser les femmes de
se separer d'avec eux. Nous voyons qu'en nostre corps nous avons
plusieurs vices et imperfections: l'un est boiteux, l'autre est
tortu, l'autre a la main sèche, et ainsy des autres defaux, et
neantmoing il ne se treuve personne si imparfait qui prenne en haine
sa propre chair; mais un chacun la nourrit et l'entretient. Il ne se
plaint point, il ne coupe point la partie vitieuse, mais la prefère
le plus souvent à celle quy est la meilleure: car elle est à luy.
Aussy ne faut-il pas que les femmes, quy sont mesme chair avec leurs
maris, et quy sont faictes leurs membres par le mariage, se separent
d'avec eux pour quelques causes et imperfections que ce puisse estre;
tant s'en faut qu'elles les puissent trainer en justice comme une
personne estrangère.

Premierement, la loy de Dieu, qui veut que les femmes laissent pères
et mères pour suivre leurs maris (_Genes._, chap. 1), et donne
puissance au mary des voeux de sa femme (_Numer._, chap. 30), qui luy
est subject comme les membres sont à leur chef (_Ester._, cap. 1, 1;
_Corint._, 2 et 1; _Petr._, 3 chap.); c'est pourquoy que la langue
saincte, qui a nommé toute chose selon la vraye nature et proprieté,
appelle le mary Basal, c'est le seigneur et maistre, pour monstrer
que c'est aux maris à commander, et de chastier les femmes quand
elles leur desplaisent et sont desobeissantes à leurs commandements.

Mais, pour abreger les descriptions des femmes, usant des termes
de ce que dit un certain poète, sans toutesfois y mettre au nombre
d'ycelles celles quy ont la prudence et la sagesse en recommandation,
comme estant chose très contraire,

   Le premier père Adam, prestre, par l'Eternel,
  Dès sa creation fut rendu immortel.
  Tout le temps qu'il fut seul, sa vie fut heureuse;
  Mais lorsque de sa chair la femme s'anima,
  Elle ravit son coeur, et luy si fort l'aima
  Qu'il mourust pour l'amour de sa faim malheureuse.

    Ouy, femme, ô que ton coeur est faux et enragé!
  Les plus sainctz et devotz tu as trop outragé;
  Tu as remply les coeurs de rage et de furie.
  Ce grand poète, grand roy, ce grand prophète sainct,
  De la crainte de Dieu ne fut jamais atteinct
  Quand il perdit pour toy son capitaine Urie.

    L'on ne voit animaux soubz la voute des cieux
  Plus cruels et felons et tant pernicieux
  Qu'est ce genre maudit, o très maudites femmes!
  Les dieux, nous punissant, vous logèrent çà bas
  Pour cizailler nos coeurs d'un eternel trepas.
  Des damnez malheureux plus saintes sont les ames.

    Ny du foudre eclatant l'epouvantable bruit,
  Ny les affreux demons quy volent jour et nuit,
  Ny les crins herissez de l'horrible Cerbère,
  Ny du Cocyte creux la rage et le tourment,
  Ny du Père eternel le sainct commandement,
  Ne sçauroit empescher la femme de mal faire.




_Memoire touchant la seigneurie du Pré-aux-Clercs, appartenante à
l'Université de Paris, pour servir d'instruction à ceux qui doivent
entrer dans les charges de l'Université._[155]

_A Paris, chez la veuve de Claude Thiboust et Pierre Esclassan,
libraire-juré et imprimeur ordinaire de l'Université, place de
Cambray, vis-à-vis le collége Royal._

          [Note 155: Ce _Mémoire_, fort rare et fort curieux, est,
          comme on le verra, l'oeuvre d'Edme Pourchot, professeur
          de philosophie au Collége des Grassins, et à plusieurs
          reprises recteur de l'Université de Paris. Il mourut âgé
          de 83 ans, le 22 juin 1734, après avoir mérité de tout
          point ce que dit de lui dans son _Dictionnaire historique_
          l'abbé Ladvocat, qui l'avoit beaucoup connu: «Il fut sept
          fois recteur de l'Université et travailla avec zèle _à la
          défense de ses droits_ et au maintien de sa discipline.»
          Le long travail qui suit, touchant une propriété d'autant
          plus chère et plus précieuse à l'Université qu'elle lui fut
          contestée davantage, est une preuve qu'Edme Pourchot ne
          négligea rien pour être digne du premier de ces éloges. Il
          trouva les principaux éléments de son _Mémoire_ dans celui,
          plus important et plus rare encore, qu'Egasse du Boulay
          avoit publié neuf ans auparavant sous ce titre: _Fondation
          de l'Université de Paris par l'empereur Charlemagne, de la
          propriété et seigneurie du Pré aux Clercs_, 1675, in-4.
          C'est à l'extrême obligeance de M. Le Roux de Lincy que
          nous devons de connoître ce remarquable volume, dont nous
          avons vu dans son cabinet le seul exemplaire connu. Il a
          bien voulu nous permettre, dis-je, de prendre toutes les
          notes qui pouvoient compléter ou éclaircir différents
          passages de la pièce reproduite ici.]

M.DC.XCIV.

In-4.


Anno Domini 1694, die quarta mensis septembris, habita sunt comitia
ordinaria delegatorum Universitatis apud amplissimum D. Rectorem M.
Edmundum POURCHOT, in collegio Mazarinæo, in quibus inter cætera
dixit ampliss. D. Rector sibi semper summopere cordi et curæ
fuisse ne amplius Academiæ bona in incerto essent, sed tuto loco
collocarentur eaque deinceps citra fraudem administrarentur; ideoque
diplomate regio, ad Prætorem urbanum, jurium Academiæ facultatem
conficiendi librum censualem, quo quincunque in dominio academico
seu _Prato Clericorum_, ut vocant, prædia possident, nomen suum
profiterentur, unde acquisivissent, quidve annui census aut reditus
deberent singuli declararent; rem jam ad exitum esse perductam,
paratamque brevem eorum omnium prædiorum simul et possessorum
descriptionem, ex qua, si modo, et olim jam placuit, publici juris
fieret, documentum commode capiant viri Academici; proinde sibi
videri e re esse Academiæ eum typis mandari.

Re in deliberationem missa, audito prius M. Gilberto HEBERT, pro
procuratore generali Universitatis, qui una cum M. Medardo COLLETET,
Academico quæstore, in eam quoque rem incubuerat, omnes sententiam
dixerunt hoc ordine.

M. Petrus GUISCHARD, sacræ Facultatis Theologiæ decanus, dixit summo
se affici gaudio quod tandem absolutum esset illud opus jam diu a se
expectatum, de quo sæpius ad sacrum ordinem retulisset, nec quicquam
morari se quin statim in lucem prodeat.

M. Vincentius COLLESSON, consultissimæ utriusque Juris Facultatis
decanus, idem censuit, addiditque certissimam esse hanc viam
occurrendi fraudibus hactenus in administratione patrimonii Academici
fieri solitis; atque universam Academiam amplissimas teneri agere
gratias iis omnibus qui in id opus, ex quo tantum emolumenti sperare
liceat, aliquid contulerint; maxime ampliss. D. Rectori, auctori et
suasori hujus consilii, quo res Academiæ restituit.

M. Claudius BERGER, saluberrimæ Facultatis Medicinæ decanus, idem
comprobavit, eoque libentius, quod, ubi, primum jam ab octodecim
mensibus sermonem ea de re fecisset ampliss. D. Rector, palam
testatus fuerit nihil posse fieri utilius ut prospiceretur rebus
Academiæ.

M. Joannes-Baptista FRETEAU, honorandæ Gallorum nationis procurator,
gratias quoque habuit ampliss. D. Rectori de suo in rem Academicam
studio, ejus consilium approbavit, et opus, cui etiam ipse
allaboraverat, protinus in lucem edendum, quasi Academiæ utilissimum
futurum, censuit.

M. Guillelmus JOURDAIN, fidelissimæ Picardorum nationis procurator,
in eamdem sententiam abiit.

Idem olim censuerant M. Joannes DESAUTHIEUX, et M. Cornelus NARY:
ille venerandæ Normanorum, hic constantissimæ Germanorum nationis
procurator; quod etiam ab eorum successoribus fuit confirmatum, atque
ita ab ampliss. D. Rectore conclusum.




_Memoire instructif touchant la seigneurie du Pré-aux-Clercs,
appartenante à l'Université de Paris._

La seigneurie que l'Université de Paris possède au fauxbourg
Saint-Germain s'appelle communement le Pré-aux-Clercs, parce
qu'anciennement ce n'estoit qu'un grand pré qui estoit destiné pour
la promenade des ecoliers. Ce pré estoit divisé en deux parties par
un fossé ou cours d'eau de treize à quatorze toises de large, qui
commençoit à la rivière de Seine, et, traversant sur le terrain des
Petits-Augustins, à peu près à l'endroit où est aujourd'huy l'eglise,
alloit se rendre dans les fossez de l'abbaye, proche la poterne qui y
estoit alors; c'est-à-dire que ce cours d'eau repondoit à peu près au
coin de la rue de Saint-Benoist, à l'extremité du jardin de l'abbaye;
on le nommoit la petite Seine[156]. La partie du Pré la plus proche
de la ville, comme plus petite, fut nommée le petit Pré, et celle qui
s'estendoit vers la campagne, comme plus grande, s'appella le grand
Pré-aux-Clercs.

          [Note 156: Du Boulay, dans son grand travail cité plus haut
          (_Fondation de l'Université_, etc., p. 130, 139, etc.),
          explique ainsi les raisons qui, selon lui, obligèrent les
          moitiés à établir par cette tranchée une communication
          entre la Seine et les fossés de leur abbaye: «Ce fut,
          dit-il, sous la date de 1368, par une necessité d'estat qui
          obligea les moines de faire de grands fossez tout autour de
          leur enclos, avec une espèce de citadelle pour y soutenir
          le siége en cas d'attaque par les ennemis, qui estoient
          lors en grand nombre repandus par toute la France, et
          speciallement contre les Anglois, qui vouloient se remparer
          de la Normandie... Pour faire venir l'eau de la rivière
          dans les fossez, on fut obligé de tirer une tranchée au
          travers du pré jusques à la rivière; et la partie d'entre
          ladite tranchée et l'hostel de Nesle fut dès lors appelée
          le _Petit-Pré_, et l'autre au dessus, vers Chaillot, le
          _Grand-Pré_.» Ce passage est fort curieux; mais, comme nous
          le prouverons, du Boulay auroit dû dire que le fossé de la
          petite Seine ne fut pas creusé, mais seulement élargi, en
          1368. D'après l'_Advertissement de M. Oronce Finé_, etc.,
          que du Boulay reproduit plus loin, p. 246, voici quelle
          étoit la situation de cette tranchée, dite la petite Seine:
          «Commençoit lors à l'endroit de deux piliers et colonnes de
          l'encoignure d'icelle abbaye (_Saint-Germain-des-Prés_)...
          et suivoit à droite ligne le fossé d'icelle abbaye qui est
          devant la porte murée jusques à la rivière de Seine...
          l'embouchure duquel fossé estoit sur la rivière de Seine,
          entre la fosse Saint-Bon et le Chemin-Vieux. Laquelle fosse
          Saint-Bon estoit sur le dos de l'embouchure du dit fossé
          du costé du petit Pré, où il n'y avoit qu'un petit sentier
          au long dudit fossé finissant à l'endroit de ladite fosse
          Saint-Bon.» Pour rendre cette description comprehensible
          pour ceux qui ne connoissent que le nouveau Paris, nous
          ajouterons que l'ancienne rue des _Petits-Augustins_
          représentait à peu près, comme direction et comme longueur,
          le cours de la petite Seine. Ce fossé seulement étoit un
          peu plus vers la droite en montant à l'abbaye, de sorte que
          la rue actuelle, en lui supposant un peu plus de largeur,
          pourroit représenter à la fois et la petite Seine, qu'on
          appeloit le Chemin-Creux quand elle étoit à sec, et le
          Haut-Chemin, qui la longeoit. La prise d'eau de cette sorte
          de chenal se trouvoit donc un peu au dessous du pont des
          Arts et du pavillon ouest du palais de l'Institut, tandis
          que son embouchure dans les fossés de l'abbaye avoit
          lieu au point d'intersection de la rue _Jacob_ et de la
          rue _Bonaparte_. Le prolongement de celle-ci jusque vers
          la rue _Taranne_ tient, en effet, la place de celui des
          fossés de l'abbaye qui sembloit être la continuation en
          droite ligne de la petite Seine. M. Berty a rendu cette
          disposition topographique fort claire par le plan annexé
          à son _Etude... sur les deux Prés aux Clercs et la petite
          Seine_ (_Revue archéologique_, 15 octobre 1855). M. Berty
          n'a connu ni le _Mémoire_ que nous publions ni le travail
          de du Boulay; mais, guidé par des documents manuscrits, il
          arrive à peu près aux mêmes conclusions. Il varie seulement
          d'opinion avec du Boulay pour la date où dut être établie
          cette _noue_, comme la petite Seine est appelée dans les
          vieux titres. Il croit avec raison la trouver indiquée déjà
          dans une charte de 1292. Selon lui, on se seroit contenté,
          en 1368, de remanier ce fossé et de l'élargir, et ce
          nouveau travail auroit suffi pour faire désigner, dans un
          acte de cette même année 1368, la petite Seine par le nom
          de _Fossé-Neuf_. Ce qu'on lira plus loin donne en partie
          raison à M. Berty contre du Boulay.]

L'Université tient incontestablement ce patrimoine de la libéralité
de nos rois. L'opinion la plus commune est que l'empereur Charlemagne
le demembra de la couronne sur la fin du huitième siècle, pour le
donner à l'Université, qu'il avoit etablie. Mais, quand mesme elle ne
le tiendroit que de quelqu'un de ses plus proches successeurs, elle
peut toujours se vanter avec asseurance qu'elle n'a point eu d'autres
fondateurs que nos rois, temoin le nom illustre de leur _fille
aînée_, dont ils ont bien voulu l'honorer.

Elle possède donc ce domaine en pleine propriété et seigneurie,
sans aucune servitude, et comme une terre de franc-aleu, et tous
les procès qui luy ont esté faits sur ce sujet en divers temps ont
plutost regardé l'étendue que la propriété du fond[157].

          [Note 157: Nous ne nous étendrons pas ici au sujet du
          plus ou moins d'antiquité et de validité des droits de
          l'Université sur le Pré-aux-Clercs. De tout temps on en
          douta, et ils furent combattus et défendus à outrance.
          Pour qu'on juge pièces en main de cet important procès,
          nous renverrons au _Théâtre des antiquités de Paris_,
          par J. Du Breul, Paris, 1639, in-4, p. 294, et aux
          _Nouvelles annales de Paris_ de T. Duplessis, 1753, in-4,
          p. 211, livres où l'opinion favorable aux prétentions des
          religieux de Saint-Germain-des-Prés est soutenue; pour la
          cause contraire, nous nous en référerons à l'_Histoire
          de l'Université_ de du Boulay, et surtout à son livre
          déjà cité tout à l'heure, et dont l'histoire plus ou
          moins authentique de la donation faite par Charlemagne et
          confirmée par ses successeurs occupe toute la première
          partie. Nous nous contenterons de citer quelques phrases
          assez sceptiques de Sauval sur le même sujet, et d'extraire
          aussi d'un _Discours_ fort rare de P. Ramus, dont nous
          devons la communication à l'obligeance de M. L. de Lincy,
          un passage très curieux et plus positif en faveur de
          l'Université, mais très intéressé à l'être, il est vrai.
          Voici ce que dit Sauval (_Antiquités de Paris_, t. 2, p.
          367): «Pour ce qui est du Pré-aux-Clercs, l'Université le
          fait commencer près de l'abbaye Saint-Germain, et de là, le
          continuant de plus en plus, le conduit si avant qu'il se
          va perdre bien loin dans la campagne, assurant de plus en
          plus, sans autre preuve, qu'elle le tient de la libéralité
          de Charlemagne ou de Charles le Chauve, et que, sous leur
          règne, c'étoit un lieu où les ecoliers s'en alloient
          divertir les jours de congé.» Ramus lui-même, quoique
          défenseur juré des droits de l'Université, n'ose risquer,
          au sujet de la première donation, qu'une affirmation
          timide: «_On dit_, écrit-il, que Charlemagne, fondateur
          de l'Université, luy donna ce pré de grande estendue, qui
          contenoit depuis l'isle Maquerelle, tout du long du rivage
          de Seine, jusques aux rivages de Neelle et muraille de
          la ville et porte des Cordeliers, boucherie et abbaye de
          Saint-Germain, et, de là, qu'il se bornoit à l'alignement
          droict, depuis la chapelle de Saint-Martin-des-Orges
          jusqu'à ladicte isle, et que ce pré estoit divisé par un
          grand chemin qui passoit au travers...» (_Harangue de
          Pierre de la Ramée touchant ce qu'ont faict les deputez
          de l'Université de Paris envers le roy, mise de latin
          en françois_; à Paris, chez André Wechel, 1557, _avec
          privilége du roy_ (donné à Reims l'unziesme de juing 1557),
          in-8 fol. 8.)]

Ceux qui ont le plus souvent inquiété l'Université pour raison de
ce bien ont esté messieurs les abbés et religieux de l'abbaye de
Saint-Germain-des-Prez, parceque, leurs murailles touchant, pour
ainsi dire, au grand et petit Pré-aux-Clercs, ils le trouvoient
fort à leur bienseance, et ils auroient bien voulu l'incorporer à
leur domaine, ou du moins en empieter la meilleure partie; mais les
ecoliers y alloient trop frequemment pour ne pas s'appercevoir des
entreprises qu'ils y auroient pu faire; c'est ce qui engageoit ces
religieux à leur susciter tous les jours de nouvelles querelles,
afin de les degouter tout-à-fait de cette promenade et pouvoir plus
aisement s'etendre sur l'un et l'autre pré, ou s'en emparer dans la
suite, comme d'un bien abandonné.

En l'année 1254, messire Raoul d'Aubusson, chanoine d'Evreux, ayant
acheté de ces messieurs de l'abbaye une pièce de terre de 160 pieds
en quarré, moyennant 4 sols de redevance annuelle, cette place[158]
luy parut tout-à-fait propre à faire un chemin commode aux ecoliers
pour aller à leur pré, et, jugeant que c'estoit le veritable moyen
de leur oster le pretexte de se quereller avec les domestiques de
l'abbaye, il en disposa quatre ans après en faveur de l'Université.

          [Note 158: Cette place, dite d'Aubusson, estoit
          située entre les rues que l'on nomme aujourd'huy rues
          Neuve-des-Fossez et des Mauvais-Garçons (_note de
          l'auteur_). Elle se trouvait donc un peu plus haut que le
          carrefour Buci, entre la rue des _Fossés-Saint-Germain_
          ou de _l'Ancienne-Comédie_ et la rue _Grégoire-de-Tours_,
          pour substituer le nom tout moderne de cette rue à celui
          des _Mauvais-Garçons_, que les écoliers, ses passants
          ordinaires, lui avoient si bien mérité autrefois, comme on
          le voit par un très curieux passage du volume de du Boulay,
          p. 183. Ces 160 pieds, selon le même du Boulay (p. 47),
          partoient de la porte Saint-Germain ou des Cordeliers,
          longeoient le mur en dehors jusqu'à la porte de Buci, et de
          là gagnoient le pré «par derrière les jardins de l'hostel
          de Nesle, où sont aujourd'huy plusieurs tripots et jeux de
          courte paume.» V. encore p. 394.]

Cette pièce de terre fut dans la suite l'origine et la source, ou
du moins le pretexte, de bien des chicanes et des troubles; car
messieurs de l'abbaye, fachés de la voir au pouvoir de l'Université,
n'oublièrent rien pour la luy oster, et, ne pouvant en venir à
bout par les voyes de droit, parce qu'ils l'avoient alienée sans
contrainte, ils mirent en usage les voyes de fait, jusques là mesme
que, dans une querelle qui s'emeut en l'année 1278[159] entre les
ecoliers et les domestiques des moines, il y eut deux ecoliers de
tués, sans compter un grand nombre de blessez dangereusement[160]; de
quoy l'Université ayant porté ses plaintes devant Philippe-le-Hardy,
lors regnant, ce prince, après avoir fait soigneusement informer de
la verité, rendit, au mois de juillet de cette année 1278, un arrest
celèbre par lequel il ordonna, entr'autres choses, qu'il seroit fondé
deux chapelles aux depens de l'abbaye, l'une dans la vieille chapelle
de Saint-Martin-des-Orges, joignant les murailles de l'abbaye, et
l'autre dans l'eglise du Val-des-Ecoliers, où les deux qui avoient
esté tuez estoient inhumez; lesquelles deux chapelles seroient
rentées de 20 livres parisis chacune, et que, vacance avenant,
les chapellenies d'icelles seroient à la nomination du recteur de
l'Université[161].

          [Note 159: V. sur cette querelle, qu'il place en 1277,
          Félibien, t. 1er, p. 436.]

          [Note 160: «Gerard de Moret, abbé de Saint-Germain, dit
          Piganiol, qui résume le plus brièvement cette affaire,
          ayant fait batir sur le propre fonds de l'abbaye quelques
          murailles et autres edifices aboutissant sur le chemin qui
          conduit au Pré-aux-Clercs, les ecoliers trouvèrent mauvais
          qu'on eût rendu ce chemin plus etroit, et demolirent les
          batiments qui avoient été construits. Estienne de Pontoise,
          religieux et prevôt de l'abbaye, à la tête de leurs
          domestiques, alla aussitôt sur le lieu pour faire cesser ce
          desordre; mais ils l'augmentèrent, au lieu de l'apaiser.
          Gerard Dolé et le fils de Pierre le Scelleur, escoliers,
          furent tués, et il y en eut plusieurs de blessés. Dolé fut
          inhumé dans l'eglise du Val-des-Escoliers, et le Scelleur
          dans l'ancienne chapelle de Saint-Martin-des-Orges.»
          (Piganiol, t. 8, p. 88.)--Du Boulay, dans son _Hist. de
          l'Université_, donne de très longs et très curieux détails
          sur cette rixe, t. 3, p. 490.]

          [Note 161: V. Egasse du Boulay, _Fondation de
          l'Université_, etc., p. 173.--D'après l'_Avertissement_
          d'Oronce Finé, reproduit par du Boulay, p. 240, cette
          chapelle de _Saint-Martin-des-Orges_, qui, selon D.
          Bouillart, se trouvoit vers l'angle du jardin de l'abbaye
          sur le Pré-aux-Clercs, c'est-à-dire, par conséquent, tout
          près de l'embouchure de la petite Seine dans les fossés
          (voy. plus haut), auroit été différente de la chapelle de
          _Saint-Martin-le-Vieux_, et n'auroit dû sa fondation qu'à
          la circonstance relatée ici. C'est une double erreur.]

Cependant, comme l'Université vit qu'il luy seroit assez difficile de
se conserver cette place d'Aubusson, messieurs de l'abbaye temoignant
trop d'empressement pour la r'avoir, elle aima mieux la leur ceder,
à la charge neanmoins qu'ils y souffriroient un grand chemin de 18
pieds de large, pour que les ecoliers pussent aller commodement au
Pré-aux-Clercs; et comme le chemin creux ou cours d'eau[162] qui
faisoit la separation du grand et petit pré pouvoit encore donner
occasion à quelque nouvelle querelle et qu'il accommodoit fort
messieurs de l'abbaye, parce qu'outre qu'il conduisoit l'eau dans
leurs fossez, il estoit encore fort poissonneux, l'Université, par la
transaction qu'elle passa alors avec eux, eut la facilité de le leur
abandonner avec le droit de pêche, qui luy appartenoit comme seigneur
du lieu, le tout moyennant 14 livres de rente annuelle, ce qu'ils
acceptèrent avec joie, et firent mesme confirmer par lettres-patentes
du roi Philippe le Hardy.

          [Note 162: C'est ce passage qui donne pleine raison à M.
          Berty pour son opinion mentionnée plus haut à propos de
          l'existence de la petite Seine avant 1368.]

L'Université, pensant avoir acquis la paix par la cession qu'elle
venoit de faire à messieurs de l'abbaye de la place d'Aubusson et
du fossé de separation d'entre le grand et le petit pré, crut ne
devoir plus songer qu'à l'entretenir religieusement; mais elle se
vit bientost tombée dans de nouveaux troubles: car, quoy qu'il fût
specialement porté par la transaction qui avoit esté faite que les
ecoliers auroient sur cette place d'Aubusson un chemin libre de la
largeur de 18 pieds, pour aller au Pré-aux-Clercs, cela n'empêcha
pas qu'on ne les insultât toutes les fois qu'ils y passoient, et que
mesme on ne les maltraitât. L'Université eut beau deputer de ses
officiers vers l'abbaye, elle n'en eut pas plus de satisfaction; et
comme elle apprehendoit avec assez de raison qu'il n'arrivât encore
quelque affaire pareille à celle de l'année 1278, elle s'adressa au
pape, qui nomma, par son rescrit du 15 juin 1317, les evêques de
Senlis et de Noyon, pour informer des voyes de fait que l'Université
alleguoit avoir esté pratiquées ou du moins autorisées par les
religieux contre ses supposts et ecoliers[163].

          [Note 163: Ceux-ci, du reste, avoient bien su rendre
          violences pour violences. V. Félibien, t. 2, p. 539, et le
          travail de M. Berty, p. 388.]

Messieurs de l'abbaye ne se trouvèrent pas dans la disposition de se
soumettre à la jurisdiction des commissaires nommez par le pape, et,
pour l'eluder avec plus de pretexte, ils soutinrent que la justice
sur le Pré-aux-Cleres leur appartenoit, et qu'elle leur avoit esté
usurpée par l'Université; sur quoy, ayant presenté leur requeste à
la cour, ils eurent l'adresse de la faire sequestrer par arrest du 2
may 1318, pendant la contestation (_debato durante_).

Enfin, après vingt-sept années de chicane, l'Université, fatiguée
de tant de traverses pour un terrain qui luy estoit infructueux,
et voulant acheter la paix à quelque prix que ce fût, souscrivit
à une nouvelle transaction avec les dits religieux, par laquelle
elle leur ceda de nouveau la place d'Aubusson avec le fossé ou
bras d'eau de la rivière de Seine, et les religieux payèrent de
leur part à l'Université la somme de 200 livres parisis pour les
arrerages qui pouvoient estre dus de la rente de 14 livres qu'ils
s'estoient obligez de leur payer cinquante-trois ans auparavant,
lors de la première transaction qu'ils passèrent avec elle; et,
pour mieulx confirmer cette paix et pour avoir mieulx l'amour et
la faveur de l'Université, les dits religieux perpetuellement
donnèrent, delaissèrent et transportèrent tout ce qu'à eux appartient
ou appartenir pourroit au temps advenir à la dite Université ès
patronages des eglises, c'est à sçavoir de Saint-André-des-Arcs et de
Saint-Cosme et Saint-Damien à Paris, ce qu'ils firent approuver par
une bulle de Clément VI l'an 1345.

En 1368, les religieux, ayant eu ordre de fortifier leur abbaye et
d'abattre les maisons qui en estoient proches, pour en faire une
espèce de citadelle qui pût resister aux incursions des Anglois, la
chapelle de Saint-Martin-des-Orges[164] avec la maison du chapelain,
qui estoient sur le fonds de l'Université, se trouvant estre du
nombre de celles qu'il falloit demolir, ils donnèrent à l'Université,
par forme de dedommagement tant du patronage de cette chapelle que de
la maison du chapelain, le patronage qui leur appartenoit de la cure
de Saint-Germain[165]-le-Vieil, avec 8 livres de rente, à prendre
en une de 10 livres qui leur estoit due sur une maison sise dans la
ville près du couvent des Augustins; et, comme ils avoient encore
besoin de terrain pour élargir leurs fossez et faire des tranchées,
l'Université leur accorda deux arpens dix verges de terre à prendre
dans l'un et l'autre pré, et eux s'obligèrent de luy en rendre deux
arpens et demi joignant le petit pré vers la rivière.

          [Note 164: On comprend, d'après la situation de cette
          chapelle à l'angle des fossés de l'abbaye et de la petite
          Seine, qu'elle dut être démolie quand on voulut leur donner
          plus de largeur.]

          [Note 165: Cette petite église, qui avoit servi de refuge
          aux religieux de Saint-Germain-des-Prés à l'époque
          des Normands, étoit située rue du Marché-Neuf, en la
          Cité. C'est la similitude de son nom avec celui de
          Saint-Martin-le-Vieil qui a fait l'erreur d'Oronce Finé
          dont j'ai parlé plus haut, et dans laquelle il persévère
          quand il dit: «Il est vraisemblable que laditte chapelle
          fondée à Saint-Martin-des-Orges fut translatée à laditte
          chapelle vieille de Saint-Martin, à cause de la susdite
          demoliture d'icelle chapelle de Saint-Martin desdits
          Orges.»]

Les choses demeurèrent paisibles, du moins en apparence, jusques vers
l'année 1538, que, Paris commençant à s'augmenter et à s'aggrandir,
les religieux de l'abbaye alienoient tous les jours de leur fonds,
qu'ils donnoient à cens et rentes; et, comme il estoit contigu au
Pré-aux-Clercs, il leur estoit fort facile d'en demembrer toujours
quelque morceau, l'Université ne pouvant pas, à cause de ses
occupations continuelles, estre toujours presente ny aller toiser les
places que messieurs de l'abbaye vendoient aux particuliers.

Cependant, comme sur la fin de l'année 1539 l'Université s'apperçut
que le petit Pré-aux-Clercs, outre qu'il diminuoit tous les jours,
ne luy estoit qu'à charge, elle fut conseillée de le bailler aussi
à cens et rentes pour y bastir des maisons[166], ce qu'elle a aussi
fait dans la suite d'une bonne partie du grand Pré.

          [Note 166: Du Boulay, dans son volume cité, p. 336,
          s'explique avec plus de détails sur les causes qui
          amenèrent cette résolution de l'Université: «Les procez
          continuels qu'elle avoit tantost contre les moines, tantost
          contre les particuliers qui remplissoient d'immondices
          une partie du petit Pré, et la peine qu'elle avoit aussi,
          outre la depense continuelle où elle se trouvoit engagée,
          pour faire oster le gravois et autres choses que l'on y
          dechargeoit nuitamment, luy ayant fait prendre resolution,
          en l'an 1537 et 1538, de bailler ledit petit Pré à cens
          et rente, au lieu de le faire entourer de fossés et de
          murailles, ce qui eust encore cousté beaucoup, elle
          fit faire les publications et solennitez en tel cas
          requises...» Plus haut il avoit dit (p. 148): «Cette terre
          étant ainsi exposée au pillage de toutes parts, elle prit
          resolution, vers l'an 1538, de vendre du moins le petit
          Pré, comme le plus exposé à l'usurpation et à la decharge
          des gravois et immondices du faubourg et de la ville.»]

Mais, pour plus aisement concevoir comment ce domaine, qui de son
origine n'estoit qu'une grande place vague et infructueuse, a changé
de nature dans la suite des temps, nous le diviserons en trois
parties par rapport aux trois differens temps qu'il a esté donné à
cens et rentes par l'Université, tant pour empescher les usurpations
qui se faisoient journellement que pour en retirer quelque profit.

La première partie sera composée de ce qui est communement appellé
petit Pré-aux-Clercs, donné à cens et rentes par l'Université à
M. Pierre le Clerc, vice-gerent du conservateur des privileges
apostoliques de l'Université, par contract du dernier mars 1543, à la
charge de 2 sols parisis de cens et de 18 livres de rente par arpent,
aux droits duquel l'Université a esté subrogée dans la suite au moyen
d'un acte passé par le dit le Clerc le 17 aoust 1548, qu'il confirma
par un contract de retrocession du 31 octobre 1552.

La seconde partie fera mention des six arpens de terre dependans
du grand Pré, donnez à cens et rentes par l'Université à la reine
Marguerite par contract du dernier juillet 1606, contre lequel
l'Université s'estant pourveue aussi bien que contre l'arrest du
parlement qui l'avoit homologué, intervint arrest contradictoire de
la dite cour, le 23 octobre 1622, par lequel il fut ordonné que, sans
s'arrester au dit contract du dernier juillet 1606, ny à l'arrest
d'homologation d'iceluy, les baux faits par la dite reine Marguerite
ou par les Augustins, ses donataires, retourneroient au profit de
l'Université.

Et la troisième partie consistera au surplus du dit grand
Pré-aux-Clercs, donné à différens particuliers aussi à cens et
rentes, depuis le 31 aoust 1639 jusqu'à présent.

       *       *       *       *       *

PREMIÈRE PARTIE,

_Contenant l'alienation du petit Pré-aux-Clercs_.

Ce fut en l'année 1540 que l'Université passa un premier contrat
d'alienation du petit Pré à M. Pierre Le Clerc, vice-gerant du
conservateur des priviléges apostoliques de la dite Université; mais
la minute et la grosse de ce contrat s'estant trouvées adirées, et le
dit Le Clerc ayant esté troublé, l'Université luy fit un nouveau bail
le 31 mars 1543[167], à la charge du cens et de 18 livres de rente
par arpent.

          [Note 167: Huit jours après la signature de ce nouveau
          bail, le recteur élevoit déjà une plainte contre le Clerc
          pour divers griefs: 1º parcequ'il ne se trouvoit aucune
          minute du contrat passé avec lui en 1540; 2º parcequ'il
          n'avoit encore rien payé; 3º parcequ'il n'avoit pas encore
          commencé à bâtir, ainsi qu'il s'y étoit obligé.--Le
          Clerc se défendit de son mieux et donna sans doute de
          bonnes raisons, puisque, malgré les plaintes du recteur,
          l'assemblée ordonna «que le second contrat confirmatif
          du premier seroit exécuté.» Si Le Clerc n'avoit pas bâti
          depuis 1540, c'est qu'il avoit trouvé des obstacles de la
          part de M. Claude Barbier, de la part surtout du cardinal
          de Tournon, _qui_, comme il l'allégua dans sa réponse
          aux plaintes du recteur, _qui eum oedificare impeduit_.
          «Afin de se mettre en garde à l'avenir contre de pareils
          empêchements, afin surtout de se prémunir contre ceux
          que pouvoient lui susciter les moines de Saint-Germain,
          «il representa, dit du Boulay, qui s'en étonne, que
          pour la sûreté de son contract il etoit à propos de le
          faire confirmer par le pape ou par des commissaires à ce
          deleguez.» L'Université prétendit que le pape n'avoit là
          rien à voir; mais Le Clerc, qui tenoit toujours à une
          sanction ecclésiastique, «ne laissa pas de presenter son
          contract aux grands vicaires de l'evesque de Paris.» Le
          4 octobre suivant il avoit obtenu l'homologation et la
          ratification qu'il demandoit. V. du Boulay, p. 157-159.]

Ce nouveau preneur commença d'abord par disposer de partie du dit
petit Pré-aux-Clercs en faveur de plusieurs particuliers, à la charge
du cens envers l'Université et d'une rente applicable à son profit à
proportion de la quantité de terre qu'il donnoit.

Ce procedé fit murmurer quelques officiers de l'Université, et, pour
les appaiser, le dit Le Clerc passa un acte le 17 avril 1548, qui
fut suivy d'un contrat d'abandon du dernier octobre 1552, au profit
de l'Université, de tous les emolumens qu'il auroit pu retirer de
ses sous-baux[168], à la charge par l'Université de les entretenir;
et par le mesme contrat le dit Le Clerc se reserva une place qu'il
avoit fait enclorre de murs, à la charge du cens tel qu'il plairoit à
l'Université.

          [Note 168: Ramus, qui avoit certainement figuré parmi les
          mécontents dont il vient d'être parlé, ne dut pas être
          encore satisfait de l'abandon que Le Clerc consent ici.
          Ses prétentions, toujours fort intéressées, comme on va
          le voir, alloient plus loin: «Le petit Pré, dit-il dans
          sa _Harangue_ de 1557 (fol. 9), est tout construict et
          basty de beaucoup de belles maisons que ce seroit grand
          dommage d'abattre; pourquoy l'Université requiert que le
          revenu de chasque année de ces edifices, qui sont tenuz par
          quelques particuliers, s'employe aux gages des lecteurs
          des quatre facultez, de théologie, de droict, de médecine
          et des arts liberaux.» Or, Ramus étoit un de ces lecteurs
          royaux.--En faisant et surtout en confirmant par l'acte de
          1562 l'abandon mentionné ici, Le Clerc cédoit non seulement
          aux murmures d'une partie des maîtres et des écoliers,
          mais aussi à leurs violences. A plusieurs reprises, et
          principalement en 1548, le Pré avoit été envahi par
          ceux des écoles, qui avoient toujours été contraires à
          l'aliénation du terrain et aux constructions qui menaçoient
          de couvrir tout le champ de leurs promenades et de leurs
          jeux. «En juillet 1548, dit du Boulay (p. 166), ils
          s'avisèrent de desmolir quelques maisons, tant de celles
          qui estoient desjà basties que de celles qu'on bastissoit,
          et mesme mirent le feu à quelques unes.» V. aussi Du
          Breul, p. 294. On comprend alors que Le Clerc eût certain
          empressement à se défaire de terrains dont la possession
          étoit aussi périlleuse. En 1552, les écoliers firent pis
          encore, et c'est ce qui dut engager Le Clerc à renouveler
          sa demande de rétrocession, et l'Université à n'y pas
          être contraire. Profitant de ce qu'après la retraite de
          Charpentier, le 14 mars 1555, l'Université se trouvoit sans
          recteur, et étant d'ailleurs excités par Pierre Ramus et
          par Pierre Galland, celui-là, comme huguenot, les animant
          surtout contre les religieux de Saint-Germain et leurs
          continuels empiétements, celui-ci les lançant de préférence
          contre les habitations dont on encombroit le Pré, tous
          les mutins des écoles vinrent s'en prendre à la fois aux
          moines de Saint-Germain et aux propriétaires des maisons du
          grand et du petit Pré-aux-Clercs. Cette sorte d'invasion se
          trouve décrite avec tous ses ravages par Félibien (t. 2,
          p. 1025) et par du Boulay (p. 167). J. Du Bellay l'a aussi
          racontée dans ce passage de sa _Satyre de Maistre Pierre
          du Cuignet sur la petromachie de l'Université de Paris_,
          déjà citée par M. Ch. Vaddington dans son excellente Vie de
          Ramus:

               Venez tous esteindre le feu
               Que ces Pierres ont excité
               Parmi nostre Université.
               Qui, n'estant d'un recteur guidée,
               Semble une jument desbridée,
               Ou une barque vagabonde
               Laissée à la merci de l'onde.
               Le Pré-aux-Clercs en est temoing
               Où il n'y a si petit coing
               De muraille qu'à coup de pierre
               On ne fasse broncher par terre,
               Lapidant les champ fructueux
               Et les beaux logis somptueux,
               Ausquels la pierreuse tempeste
               Gresle sans fin dessus la teste.

          La grande affaire de l'Université, c'étoit de s'opposer
          aux usurpations des moines de Saint-Germain; mais pour
          cela il ne lui falloit pas moins que l'accord et l'appui
          de tous ses membres. Afin de se les rallier, elle leur fit
          une concession: elle souscrivit à la demande de Le Clerc,
          reprit ses terrains; et, quoique Ramus fût, au sujet des
          maisons déjà construites et louées, de l'avis émis plus
          haut, elle n'hésita pas à décider qu'on en feroit table
          rase. «L'Université, dit du Boulay (p. 167), se trouva fort
          embarrassée dans cette conjoncture d'affaires, et se vit
          obligée de defaire ce qu'elle avoit fait, c'est-à-dire de
          consentir la demolition des maisons qu'elle avoit stipulé
          de faire bastir par le contract faict avec Le Clerc, afin
          de reunir par ce moyen tous les esprits à combattre contre
          les ennemis communs.»]

       *       *       *       *       *

_Sous-Baux faits par le sieur Le Clerc._

Le premier, d'un morceau de terre propre à faire maison, par contrat
du 4 octobre 1543, à M. Martin Fretté, clerc au greffe criminel de la
Cour, moyennant 10 deniers parisis de cens, 10 livres tournois de
rente.

Le deuxième, du 9 des dits mois et an, d'une autre petite portion de
terre, à Nicolas Delamarre, moyennant 1 denier de cens et 2 sols de
rente.

Le troisième, du 5 janvier 1544, à Guillaume Maillard, libraire,
d'une pièce de terre contenant 142 toises, moyennant 4 deniers
parisis de cens et 17 livres 15 sols de rente.

Le quatrième, du dit jour 5 janvier 1544, à Husson Frerot, doreur sur
fer, d'une pièce de terre contenant 146 toises, moyennant 4 deniers
de cens et 25 livres 10 sols de rente.

Le cinquième, des dits jour et an, à Richard Carré, brodeur, d'une
pièce de terre contenant 138 toises, moyennant 4 deniers parisis de
cens et 24 livres de rente.

Le sixième, du 18 juin 1545, à Nicolas Baujouen, aussi brodeur, d'une
pièce de terre contenant 157 toises, moyennant 4 deniers parisis de
cens et 15 livres 14 sols de rente.

Le huitième, des mesmes jour et an, à Jean Dupont, sergent à verge
au Chastelet, d'une pièce de terre contenant 168 toises, moyennant 4
deniers parisis de cens et 16 livres 16 sols de rente.

Le neuvième et dernier, du 7 may 1546, à Jean Courjon, marchand
mercier, d'une pièce de terre contenant 380 toises, moyennant 8
deniers de cens et 25 livres de rente.

De manière que le dit sieur Le Clerc avoit disposé de 15 à 16 cens
toises de terre du dit petit Pré avant la retrocession qu'il en fit
après à l'Université, sans y comprendre le jardin qu'il se reserva,
sur lesquelles places sont aujourd'huy baties plusieurs maisons dans
les rues du Colombier et des Marais, dans l'ordre et ainsi qu'il va
estre expliqué.


_Première maison, rue du Colombier_[169].

          [Note 169: On l'avoit d'abord appelée le _chemin aux
          clercs_; puis le voisinage d'un _colombier_ dépendant
          de l'abbaye lui avoit fait donner le nom qu'elle porte
          ici. (V. Sauval, t. 1, p. 127; Jaillot, _Quartier
          Saint-Germain_, p. 26.) Elle alloit de la rue de Seine à
          celle des Petits-Augustins. «C'est maintenant, dit M. J.
          Pichon, une portion de la rue Jacob, par suite de cette
          manie qu'ont messieurs de la préfecture de changer tous les
          noms des rues, souvent aux dépens du bon sens et toujours à
          ceux de l'histoire.» (_Notices biographiques et littéraires
          sur la vie et les ouvrages de Jean Vauquelin de la Fresnaye
          et Nicolas Vauquelin des Yveteaux..._ Paris, 1846, in-8,
          p. 41, note.) Nous aurons plus loin à citer souvent cette
          curieuse brochure.]

La première maison où se trouve aujourd'huy commencer la censive de
l'Université est la sixième que l'on rencontre à main droite dans
la rue du Colombier, y entrant par la rue de Seine, la gauche et
le commencement de la dite rue estant aujourd'huy de la censive de
l'Abbaye.

Cette maison est bastie sur 64 toises de terre, faisant partie de
138, que M. Pierre Le Clerc donna à cens et rente, par contrat du 5
janvier 1544, à Richard Carré, brodeur, moyennant 4 deniers parisis
de cens et 24 livres de rente, laquelle, par acte du 3 juillet au
dit an, ayant esté reduite à 17 livres 5 sols, il en fut le dit jour
racheté 13 livres 15 sols, et le surplus, montant à 3 livres 10 sols,
declaré non rachetable[170].

          [Note 170: Dans le volume de du Boulay, la transaction de
          Le Clerc avec Carré est seule mentionnée (p. 163). Il n'y
          est point parlé des contrats qui suivirent et qui sont
          analysés ici. De même pour les autres maisons. Du Boulay se
          contente de relater en peu de mots les actes conclus entre
          Le Clerc et les premiers cessionnaires.]

Ces 64 toises de terre furent vendues par le dit Carré au sieur
Adam Godard, marchand au Palais, par contract du 28 aoust 1554; sur
lesquelles ayant fait bastir une maison avec cour et jardin, il la
revendit, par contract du 29 janvier 1556, à François Desprez, commis
à relier les livres de la chambre des comptes[171], et à Catherine
Longis, sa femmes[172].

          [Note 171: Il seroit curieux d'avoir la minute de ce
          contrat et de voir si François Desprez y a signé. Selon les
          exigences singulières de son emploi de relieur à la chambre
          des comptes, il n'auroit pas dû pouvoir le faire. On sait,
          en effet, d'après Pasquier (_Recherches de la France_, liv.
          2, chap. 5), et d'après un document inédit publié par M.
          L. Lalanne dans ses _Curiosités bibliographiques_, p. 309,
          que, suivant une mesure prise en 1492, lors de la réception
          de Guillaume Oger, le «relieur de la dite chambre devoit
          affirmer qu'il ne savoit _lire ne escrire_.» Et cela,
          dit Pasquier, «afin qu'il ne descouvrist les secrets des
          comptes.»]

          [Note 172: Elle étoit sans doute fille ou soeur du libraire
          Jean Longis, dont la Caille a parlé dans son _Histoire de
          l'imprimerie et de la librairie_ (in-4, p. 97), sous la
          date de 1528 à 1541, et qui, d'après un acte que cite du
          Boulay (p. 398), possédoit lui-même dans ces environs «un
          quartier six perches de terre, pris en une pièce assise
          près le petit Pré-aux-Clercs, tenant d'une part à la grande
          rue allant de l'Abbaye, pardessus les fossez, à la rivière
          de Seine, et d'autre part audit petit Pré.»]

La dite veuve Desprez, après la mort de son mary, donna, par contrat
du 29 janvier 1557, en contr'échange de la moitié de la dite maison
(l'autre luy appartenant, à cause de la communauté), à Nicolas
Bonfils, à cause de Michelle Desprez, sa femme, et à Raoul Brojard,
à cause de Nicole Desprez, aussi sa femme, filles et heritières du
dit defunt et d'elle, une rente sur la ville, au moyen de quoy la
totalité de la dite maison luy appartint[173].

          [Note 173: «Il est à remarquer que derrière cette maison
          il y a un petit bassement construit sur 5 toises de terre
          en quarré, que le dit Carré vendit à Louis Lemaignan, par
          contrat du 2 novembre 1543, que le dit Lemaignan vendit
          depuis à M. Charlet, auditeur des comptes, et qui furent
          par luy depuis vendues, le 24 janvier 1564, à Helie de
          la Faye, duquel M. Jean Petit, procureur, les acquit
          conjointement avec une maison sise rue de Seine, par
          contract du ........ août 1573. Elles sont chargées d'un
          denier de cens...» (_Note de l'auteur._)]

La dite veuve Desprez epousa en secondes noces Christophe Godin,
chirurgien, dont elle eut Jean et Catherine Godin, lesquels, après
sa mort, echangèrent, par contract du 23 juillet 1597, la susdite
maison, avec Jean Petit, procureur au parlement, contre 600 livres
comptans et 100 livres de rente sur un particulier.

Le dit M. Petit racheta, le 22 avril 1598, la rente de 35 sols dont
la dite maison estoit chargée.

Le 8 juillet 1624, damoiselle Anne Petit, sa fille et heritière,
veuve de M. Jerôme Godefroy, procureur au parlement, vendit la dite
maison à M. Michel Pousteau, aussi procureur.

Le 17 septembre 1643, le dit Pousteau la vendit à damoiselle
Marguerite Rollot, veuve de Georges de Bourges, et depuis de Vincent
de la Prime, avocat, dont elle eut Charles de la Prime, sur qui la
dite maison ayant esté saisie reellement, elle fut adjugée, par
sentence du nouveau Chastelet du 14 septembre 1675, à Guillaume de
Voulges, marchand, qui en passa titre nouvel le 6 novembre suivant.

Jeanne Varet, veuve de Guillaume de Voulges, a passé titre nouvel par
devant Baglan et son confrère, notaires à Paris, le 11 septembre 1694.


_Deuxième maison._

Cette maison, joignant la precedente, est bastie sur 69 toises de
terre, faisant moitié des 138 mentionnées en l'article precedent,
données au dit Carré par Le Clerc.

M. Marin Duhuval, prestre habitué à Saint-André-des-Arts, les acquit
du dit Carré, par contract du 22 aoust 1545.

Il y fit bastir une maison, laquelle ses heritiers vendirent après
sa mort à messire Jean de Feu[174], conseiller au parlement, par
contract du ........, chargée de 35 sols de rente et de 4 deniers
parisis de cens envers l'Université.

          [Note 174: Il comptoit parmi les plus fameux du Parlement.
          «Avant que le marchand y entrast, est-il dit dans
          _l'Anti-Caquet de l'accouchée_, il y avoit trop de gravité.
          On ne pouvoit, au temps passé, approcher ses conseillers,
          Saint-Valerien, la Roche-Tomas, Vignolle, Ruelle, Regnard,
          _Feu_, et un tas d'autres des parlements et chambre des
          comptes, dont la race est noble jusques à la quatrième
          generation.» (_Les Caquets de l'accouchée_, notre édit., p.
          254.) Il fut l'un de ceux que les seize proscrivirent au
          mois d'avril 1591. (L'Estoille, édit. Michaud, p. 47.)]

Les heritiers du dit sieur de Feu vendirent, par contract du 16
may 1634, la susdite maison à M. Pierre Hardy, controlleur des
fortifications de Picardie, et à damoiselle Marie Barret, sa femme.

La dite maison ayant depuis esté saisie reellement sur les dits
sieur et damoiselle Barret, elle fut sur eux vendue et adjugée, par
sentence des requestes du Palais du 30 may 1646, à M. Claude Noël,
receveur general des finances en Berry, lequel en passa aussitost
declaration au profit de messire Nicolas-Jean Chevalier, seigneur de
Breteville[175], conseiller au grand conseil.

          [Note 175: C'est le même que nous avons rencontré dans le
          _Caquet de l'accouchée_. Il étoit alors devenu président et
          jouoit un grand rôle. V. notre édition, p. 27, note.]

Les heritiers et creanciers du dit sieur de Breteville ont vendu
depuis la dite maison à Gilles Dupont, marchand, par contract du
8 juillet 1671, lequel en a fait declaration au profit de Charles
Gohier, secretaire du roy, par acte du 30 decembre 1675. Le dit sieur
Charles Gohier a passé titre nouvel par devant Baglan, notaire, le
25 octobre 1694.


_Troisième maison._

Cette maison est bastie sur 142 toises de terre bailliées à cens et
rentes le 5 janvier 1544, par le dit sieur Le Clerc, à Guillaume
Maillard, marchand libraire et doreur de livres, moyennant 4 deniers
parisis de cens et 24 livres 10 sols de rente, reduite après à 17
livres 15 sols, dont il en pourroit estre racheté 14 livres 5 sols.

Jean Bonamy, aussi libraire, ayant acquis les droits du dit Maillard,
passa au dit Le Clerc titre nouvel des dites 142 toises de terre le
19 aoust 1545.

Les heritiers du dit Bonamy vendirent par contract du ...........
à messire Jean De Feu, conseiller au parlement, la maison bastie
sur la dite place, chargée seulement de 3 livres 10 sols de rente
et de 4 deniers parisis de cens envers l'Université, dont ses
heritiers passèrent titre nouvel le 1er septembre 1631.

Ces mesmes heritiers vendirent, par contract du 16 may 1634, la dite
maison avec ses appartenances, à M. Pierre Hardy, controleur des
fortifications de Picardie, et à damoiselle Marie Barret, sa femme.

Elle fut dans la suite, conjointement avec la precedente, sur eux
saisie réellement, et enfin adjugée au dit M. Noël, qui en passa
declaration au profit du dit sieur de Breteville.

Gilles Dupont, marchand, qui avoit acquis des heritiers du dit sieur
de Breteville la precedente maison, acheta encore celle-cy par le
mesme contract.

Elle appartient presentement au dit sieur Charles Gohier, secretaire
du Roy, qui a passé titre nouvel pardevant Baglan, notaire, le 25
octobre 1695.


_Quatrième maison._

Cette maison est batie sur partie de 146 toises de terre données à
cens et rentes, par contract du 5 janvier 1544, par le dit sieur Le
Clerc, à Husson Frerot, doreur sur fer[176], moyennant 4 deniers
parisis de cens et 25 livres de rente, reduite après à 18 livres. M.
René Reignier, ayant acquis les droits du dit Frerot, fit bastir deux
maisons sur la dite place, et, après sa mort, Marguerite Lespicier,
sa veuve, ayant fait saisir reellement la dite maison sur M. Pageot,
tuteur des enfans mineurs du dit défunt Reignier et d'elle, par
sentence des requestes du palais du 31 mars 1628, elle fut adjugée à
M. Athanase Amy, avocat en la Cour, chargée de 9 livres de rentes et
de 4 deniers parisis de cens envers l'Université. Le dit sieur Amy en
passa titre nouvel le 25 juillet 1631; damoiselle Marie Prevost, sa
veuve, en passa encore titre nouvel le 21 decembre 1661, et depuis
les heritiers des dits sieurs et damoiselle Amy en ont passé titre
nouvel pardevant Baglan, le 26 may 1695, savoir: M. Athanase Amy,
prestre; M. Gilles Amy, avocat en parlement; damoiselle Magdelaine
Rousseaux, veuve de Bon Charles Amy, bourgeois de Paris.

          [Note 176: Comme celle des brodeurs, dont il sera parlé
          plus loin, la confrérie des doreurs sur métaux étoit de
          création récente. Elle ne devoit même être tout à fait
          constituée que par règlement de Charles IX, en 1573. Chose
          nouvelle, elle prenoit pied dans les quartiers nouveaux,
          où elle n'avoit pas à craindre le contact hostile des
          communautés plus anciennes. Il paroît qu'elle fut nombreuse
          dans ces parages, car elle avoit choisi pour paroisse
          l'église voisine des Grands-Augustins. V. _Mélanges d'une
          grande bibliothèque_, ch. 5, p. 68, et _Guide du corps des
          marchands_, 1766, in-8, p. 232.]


_Cinquième maison._

Cette maison est batie sur l'autre moitié des dites 146 toises de
terre mentionnées en l'article precedent; elle fut vendue par le
sieur Reignier, comme estant aux droits du dit Frerot, à M. Estienne
Bonnetz, procureur en la Cour, chargée de 4 deniers parisis de cens
et de 9 livres de rente, par contract du 4 aoust 1607.

Le dit sieur Bonnet, mariant Marguerite Bonnet, sa fille, avec M.
Pierre Calluze, principal commis au greffe criminel de la Cour, luy
donne la dite maison par son contract de mariage du 7 octobre 1629.

La dite veuve Calluze, après la mort de son mary, vendit la dite
maison à M. Henry Mouche, avocat, par contract du 25 janvier 1658;
le dit sieur Mouche, par son codicille du 27 aoust 1678, passé par
devant Savigny, notaire, substitua à M. Theodore Raffou, son neveu,
la dite maison, chargée de 2 deniers de cens et 9 livres tournois de
rente foncière; le dit sieur Raffou a passé titre nouvel pardevant
Baglan, notaire, le 6 may 1695.


_Sixième et septième maison._

Ces deux maisons, qui en faisoient autrefois trois, sont basties sur
157 toises de terre données à cens et rente par le dit Le Clerc à
Robert Sourdeaux, praticien, par contract du 18 juin 1545, moyennant
10 deniers parisis de cens et 15 livres 14 sols de rente foncière.

Le 27 janvier 1547, le dit Sourdeau echangea la dite place avec M.
Jean Mallet, prestre habitué de Saint-André-des-Arcs.

André Mallet, son frère et heritier, vendit les trois maisons basties
sur la dite place à M. Ambroise Amy, procureur, par contract du 20
decembre 1559, lesquelles il fit après reduire en deux.

M. Athanase Amy, aussi procureur en la dite Cour, fils et heritier du
dit defunt, eut les dites deux maisons.

Elles echurent après en partage à M. Ambroise et Jean Amy, auxquels
M. Guillaume Amy, substitut de M. le procureur general du parlement,
ayant succedé, il en a fait donation entre vifs, par contract passé
pardevant Garnier, notaire, et son confrère, le 30 mars 1689, à
damoiselles Jeanne et Marie-Magdelaine Amy, soeurs, lesquelles en ont
depuis vendu une, sçavoir:

La sixième, à M. Jean Prarcos, avocat en la Cour, le 28 may 1687, par
contract passé par devant Le Roy et Taboüé, notaires, de laquelle le
dit Prarcos en a passé titre nouvel par devant Lorimier, notaire, le
1er janvier 1692.

La septième appartient aujourd'huy à damoiselle Jeanne Amy, fille
majeure, comme donataire du dit Guillaume Amy, laquelle en a passé
titre nouvel le dit jour, premier janvier 1692, pardevant Lorimier,
notaire.


_Huitième et neuvième maison._

Ces deux maisons sont basties sur 168 toises de terre baillées à
cens et rente par le dit le Clerc à Jean Dupons, sergent à verge au
Chastelet de Paris, par contract du 18 juin 1545, à la charge de 16
livres 16 sols de rente et quatre deniers parisis de cens.

Le 13 mai 1582, Louis et Marie Dupont, enfans et heritiers du dit
Jean Dupont, vendirent à M. Guillaume Guyon, procureur en la cour, la
susdite place.

Le 17 mai 1605, Nicole Hardricourt, veuve du dit Guyon, vendit
conjointement avec ses enfans une maison bastie sur partie de la dite
place à M. Estienne Tricot.

Le 10 juin 1619, Barbe Guyon, veuve de Louis de Vezines, et
Magdeleine Guyon, sa soeur, filles et heritières du dit feu Guyon,
vendirent par echange à M. Jean Boyer et à Marthe le Prestre, sa
femme, les deux tiers à elles appartenant sur une autre maison bastie
sur le restant de la dite place.

Les 21 janvier 1631 et 28 decembre 1635, Philippes Demontgé,
tailleur, et Jeanne Dubreuil sa femme, acquirent de Hugues Macquerel
et de Barbe Lebassy l'autre tiers de la dite maison.

Les 7 aoust et 7 octobre 1645, Charles Tricot, secrétaire de la
chambre du Roy, fils et heritier du dit Estienne Tricot, et les dits
Demontgé et sa femme vendirent à messire Charles Loiseau, conseiller
en la Cour des aydes, les dites deux maisons basties sur les dites
168 toises de terre, dont il passa titre nouvel le 27 novembre au
dit an.

M. Charles Loiseau, conseiller en la cour, fils et heritier du dit
feu sieur Loiseau, a passé titre nouvel et reconnoissance pardevant
Baglan et son confrère, notaires à Paris, le 29 juillet 1694, au
terrier de l'Université.


_Dixième maison._

Cette maison est bastie sur la petite place et jardin que le dit
sieur Le Clerc s'estoit reservée par le contract de retrocession
qu'il fit à l'Université, le dernier octobre 1552, du bail qu'elle
luy avoit fait de tout le petit Pré-aux-Clercs, moyennant deux sols
parisis de cens.

Monsieur le cardinal de Givry acquit des héritiers du dit Le Clerc la
dite place et jardin, et les vendit à M. Guillaume Lusson, docteur en
la faculté de médecine, par contract du 9 avril 1604, dont messire
Guillaume Lusson, son fils, president en la Cour des monnoyes, passa
titre nouvel le 2 may 1646.

Le dit sieur Loiseau, conseiller en la Cour des aydes, a, depuis,
acquis cette maison des heritiers du dit sieur Lusson, par contract
du 23 septembre 1658.

M. Charles Loiseau, conseiller en la Cour, fils et heritier de M.
Charles Loiseau, conseiller en la Cour des aydes, en a passé titre
nouvel, et ensemble des deux precedentes maisons, pardevant le dit
Baglan, notaire, le 29 juillet 1674.


_Onzième et douzième maison._

Ces deux maisons sont basties sur 380 toises de terre, données à
cens et rente, le 7 mars 1546, par le dit sieur Le Clerc à Jean
Courjon, bourgeois de Paris, moyennant 8 deniers parisis de cens et
25 livres de rente.

Le 24 janvier 1547, Jean Beddon, ayant les droits cedez du dit
Courjon, racheta 19 livres de la sus dite rente, laquelle fut, par ce
moyen, reduite à 6 livres.

Le 2 aoust 1582, François Coquet, sieur de Pontchartrain, et
damoiselle Heleine de Servient, son epouse, acquirent de Jeanne
Beddon, fille et heritière du dit Beddon, une grande maison sur
partie des dits 380 toises.

Le 12 novembre au dit an, les dits sieur et damoiselle de
Pontchartrain echangèrent la dite maison et le restant des dites 380
toises avec Jean Honore, sieur de Bagis.

Damoiselle Marie Honoré, sa fille et heritière, epouse de M. Claude
Thiballier, ecuyer, sieur d'Anglurre, en passa titre nouvel le 11
novembre 1645.

Dame Marie Thiballier, fille et heritière du dit feu sieur Thiballier
et de la dite dame Marie Honoré, ayant acquis du sieur François
Thiballier, son frère, la dite maison et place, comme luy estant
eschue en partage, elle la fit abattre, et en fit construire deux
neuves au lieu d'icelle.

Elle en vendit une[177], le 16 may 1665, à M. Georges Baudouin,
controlleur de la maison du roy, sur lequel l'Université l'ayant fait
saisir reellement, faute de payement des lods et ventes, elle fut
adjugée par sentence des requestes du palais du 18 aoust 1666, à M.
Guillaume Le Juge, secretaire du Roy, et à damoiselle Marie Haslé,
veuve de Michel Petit, controlleur des decimes, dont la dite veuve
Le Juge et les heritiers de la dite damoiselle Haslé, veuve Petit,
ont passé titre nouvel le 17 mars 1688, pardevant Baglan et Le Sec de
Launay, notaires.

          [Note 177: Cette maison a son entrée par la rue des Marais,
          derrière celle qui appartient aujourd'huy à M. Thuault,
          procureur en la Cour. (_Note de l'auteur._)]

Et à l'egard de l'autre maison, ayant esté saisie reellement sur la
dite dame Thiballier, elle fut adjugée par sentence des requestes du
palais du dernier fevrier 1672, à M. Jacques Pannart, avocat, qui en
passa declaration au profit de M. Jean Thuault, procureur en la Cour,
le ......... juin 1695.

Le dit M. Thuault, par sentence des requestes du palais du ..........
aoust 1694, a esté condamné, de son consentement, à payer seulement
10 deniers de cens, la dite sentence portant au surplus titre nouvel.

Et a le dit sieur Thuault passé titre nouvel, le 28 juin 1695,
pardevant Baglan et son compagnon[178], notaires.

          [Note 178: Les notaires ne s'appeloient pas autrement entre
          eux. Celui des _Femmes savantes_ (act. V, sc. 3), refusant
          d'introduire dans son acte les termes pédantesques que
          désire Philaminte, lui dit:

               ... Si j'allois, madame, accorder vos demandes,
               Je me ferois siffler de tous _mes compagnons_.]


_Treizième et quatorzième maison._

Ces deux maisons sont basties sur 59 perches de terre, données à
cens et rente par l'Université à Alexandre Papin, par contract du 21
fevrier 1565, moyennant 12 livres de rente et deux sols parisis de
cens.

Le 25 fevrier 1584, le dit sieur Papin vendit à Christophle
Lemercier, masson[179], les dites 59 perches de terre, à la charge
du cens et de la rente envers l'Université; sur lesquelles le dit
Lemercier fit bastir une maison, qui est la quatorzième, faisant
l'encoignure des rues Jacob et des Petits-Augustins.

          [Note 179: Peut-être est-ce le père de Jacques Lemercier,
          né en 1590, et qui construisit la Sorbonne, le palais
          Cardinal, l'Oratoire et Saint-Roch.]

Le 11 novembre 1584, le dit Lemercier en vendit la moitié à Baptiste
Androuet, sieur du Cerceau[180], architecte du roy.

          [Note 180: La Croix du Maine, dans sa _Bibliothèque
          françoise_ (1584, in-fol., p. 175), explique ainsi comment
          il ne faut pas voir ici autre chose qu'un surnom donné au
          célèbre architecte: «Jaques Androuet, Parisien, surnommé
          du Cerceau, qui est à dire cercle, lequel nom il a retenu
          pour avoir un cerceau ou cercle pendu à sa maison, pour la
          remarquer et y servir d'enseigne (ce que je dis en passant,
          pour ceux qui ignoreroyent la cause de ce surnom).»]

Le 23 mars 1602, Marguerite Raguidier, sa veuve, la revendit à
Jacques Androuet, aussi sieur du Cerceau[181].

          [Note 181: Ce passage nous a fort embarrassé. Baptiste du
          Cerceau, qualifié ici architecte du roi, est celui que
          l'Estoille appelle du Cerceau le jeune, et qui, suivant
          le même écrivain, donna le plan et dirigea les premières
          constructions du Pont-Neuf. Lorsque après sa mort,
          dont nous trouvons pour la première fois ici une date
          approximative, sa veuve, Marguerite Raguidier, vendit sa
          maison du Pré-aux-Clercs, quel est le Jacques Androuet
          qui l'acheta? Est-ce un frère du défunt, qui seroit
          resté inconnu jusqu'ici, ou bien est-ce le père même de
          Baptiste, le célèbre architecte protestant? Cette dernière
          opinion est la plus probable, d'autant plus qu'elle
          s'accorde jusqu'à un certain point avec ce que l'Estoille
          a dit de la maison possédée par Androuet le père dans le
          Pré-aux-Clercs. Voici ce qu'il écrit à la date du mois de
          décembre 1585: «André (_Androuet_) du Cerceau, architecte
          du roy, homme excellent et singulier en son art.... aima
          mieux enfin quitter et l'amitié du roy et ses biens que de
          retourner à la messe. Et, après avoir laissé là sa maison
          qu'il avoit nouvellement bastie avec un grand artifice et
          plaisir au commencement du Pré-aux-Clercs, et qui fut toute
          ruinée sur lui, prist congé de Sa Majesté, la suppliant ne
          trouver mauvais qu'il demeurast aussi fidèle au service de
          Dieu, qui estoit son grand maistre, comme il avoit toujours
          esté au sien, en quoi il persevereroit jusqu'à la fin de sa
          vie.» Jacques du Cerceau fut donc propriétaire d'une maison
          au _commencement du Pré-aux-Clercs_. L'Estoile et notre
          _Memoire_ sont d'accord sur ce point. En décembre 1585 il
          la quitte, toujours d'après l'Estoile. Or c'est ici qu'il
          se trouve en contradiction avec notre _Memoire_, d'après
          lequel la maison acquise par Baptiste en 1584 n'auroit
          été cédée par sa veuve à Jacques du Cerceau qu'en mars
          1602. N'y auroit-il pas, dans le _Memoire_ de Pourchot,
          une erreur dans la manière dont les noms sont placés, et
          ne pourroit-on pas tout concilier en substituant l'un à
          l'autre, en faisant de Jacques le premier propriétaire
          et de Baptiste le second acquéreur, chose d'autant plus
          rationnelle que Jacques est le père et Baptiste le fils?
          L'auteur des _Architectes françois du XVIe siècle_,
          M. Callet, avoit eu en main un manuscrit «échappé de
          l'incendie de la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés»,
          et concernant, d'après ce qu'il en dit, les titres de
          propriété de la maison de du Cerceau; il s'y trouvoit même
          annexé une vue et un plan de cette belle demeure, qu'il
          reproduisit l'un et l'autre dans son ouvrage (2e édit., p.
          95). Les détails trop succincts que donné M. Callet, et
          qu'il lui eût été si facile de rendre complets avec les
          pièces alors à sa disposition, confirment à peu près ce
          que nous venons d'avancer. Suivant lui, Jacques du Cerceau
          eût laissé deux fois sa maison à son fils Baptiste: la
          première en 1585, lors de son exil volontaire, rappelé
          par l'Estoille; la seconde lorsqu'il partit pour Turin,
          où, toujours d'après M. Callet, il serait mort en 1592.
          Resterait à savoir comment il se fit que, cette dernière
          date étant admise et notre hypothèse maintenue, la maison
          ne passa aux mains de son nouveau propriétaire qu'en 1602,
          et pourquoi la transmission si directe du père au fils
          n'eut pas lieu, et pourquoi enfin c'est la veuve qui fut
          investie du droit d'aliéner la maison. Ces questions sont
          encore plus inextricables pour nous que les autres.--Le
          médecin des Fougerais, qui, comme mari de la fille de du
          Cerceau, se trouva propriétaire de cette maison, n'est
          autre que celui dont Molière s'est moqué dans _l'Amour
          médecin_, sous le nom de Desfonandrès, _tueur d'hommes_. V.
          Cizeron-Rival, p. 25.]

Damoiselle Marie Androuet, sa fille et heritière, epousa Elie Beddée,
sieur des Fougerais, docteur en medecine.

Et damoiselle Marie Beddée, leur fille, veuve de M. André Colombet,
possède aujourd'huy la dite maison, qui est la quatorzième, et elle
en a passé titre nouvel pardevant Baglan, notaire, le 6 juillet 1687.

Le 11 juillet en l'an 1602, Marin Bricard et Antoinette Delaistre, sa
femme, veuve auparavant du dit Lemercier, vendirent l'autre moitié
de la dite place à M. Jean Beddée, sieur de la Gourmandière, avocat
au parlement, sur laquelle il fit bastir une maison, qui est la
treizième, de laquelle David et Elie Beddée, ses enfans et donataires
universels, passèrent titre nouvel le 29 aoust 1669.

M. Alexandre Simon Bolé, seigneur de Champlay, a acquis, par contract
du 29 fevrier 1669, la dite maison de Benjamin Beddée.

M. Louis Jules Bolé, marquis de Champlay[182], marechal des camps et
armées du roy, fils unique et seul heritier du dit feu sieur Bolé et
donataire entre vifs de dame Marguerite Lemaçon, sa mère, possède
aujourd'huy la dite maison, lequel a esté condamné, par sentence
du Chastelet du 9 fevrier 1695, à passer titre nouvel à la dite
Université.

          [Note 182: Louis de Champlais, qui devint marquis par suite
          de l'érection de la baronnie de Courcelles en marquisat
          (1667). Son fils devint le mari de cette fameuse marquise
          de Courcelles dont M. P. Pougin a publié avec tant de soin
          les _Mémoires_ dans la _Bibliothèque elzevirienne_.]


_Rue des Marais_[183].

          [Note 183: On trouve la première mention de cette rue
          en 1540, selon La Tynna, en 1543, selon M. Berty (_Rev.
          archéolog._, octobre 1855, p. 391). La Tynna veut qu'elle
          doive son nom aux _marais_ qui l'infectaient, et M. Berty,
          au contraire, lui donne pour parrain un certain Nicolas
          Marets, «qui, en 1529, possédoit une pièce de terre d'un
          arpent et demi et quinze perches, s'étendant le long du
          chemin creux, entre le petit Pré-aux-Clercs et la Seine.»
          L'opinion de La Tynna est la meilleure. Elle se trouve
          confirmée par ce passage du mémoire de du Boullay, p. 68:
          «Le costé de la rivière, y est-il dit, n'etoit pas haut
          comme il l'est à present, et ainsi beaucoup plus sujet
          aux inondations, pour si peu que la rivière fut grosse;
          et, parce que l'on y portoit et deschargeoit la plupart
          des gravois et immondices de la ville, il s'y faisoit des
          bourbiers et des marecages qui ne se dessechoient que dans
          les grandes chaleurs, et c'est assurement de là que la rue
          des Marais porte le nom qu'elle porte.»]

Il n'y avoit anciennement dans cette rue qu'une grande maison et
jardin, bastie sur deux places données à cens et rentes par le dit
sieur Le Clerc, par contracts des 4 et 9 octobre 1543, à Mathurin
Fretté[184] et à Nicolas de la Marre, à la charge de 6 livres de
rente et de 2 sols parisis de cens.

          [Note 184: Ce Martin, et non pas Mathurin Fretté, eut
          une grande part, en 1559, aux premières mesures prises
          contre les Huguenots, en raison même de la position de
          sa maison, qui le faisoit le voisin d'un grand nombre
          d'entre eux: car ils affluoient, comme on sait, dans le
          Faubourg-Saint-Germain, et surtout dans cette rue des
          Marais, «que nous autres, dit d'Aubigné, appelons le
          Petit-Genève». (_Le baron de Foeneste_, liv. 3, chap.
          13.)--Fretté étoit donc en lieu commode pour les bien
          épier, et sa qualité de _clerc au greffe criminel de la
          cour du parlement_ ne répugnoit pas à cet emploi. Regnier
          de la Planche (_Hist. de l'estat de France_, etc., in-8, t.
          1, p. 51) le donne même pour «caut et rusé en ces matières,
          s'il en fut oncques. Aussi, dit-il, estoit-il dressé de
          la main du feu president Lizet, en sorte que, quand on
          ne pouvoit tirer tesmoignage et confession suffisante
          des accusez de ce crime (de religion), on mettoit ce
          fin Freté aux cachots avec eux, lequel savoit si bien
          contrefaire l'Evangeliste que le plus subtil avisé tomboit
          dans ses filets.» Ce qu'on cherchoit surtout, c'étoit à
          surprendre quelques uns des Huguenots «mangeant de la
          chair aux jours defendus». On savoit qu'en cette même
          rue des Marais un nommé Le Visconte, dont nous n'avons
          pu retrouver la maison, «retiroit coustumierement pour
          cela les allans et venans de la religion». Ses voisins,
          et Fretté tout le premier, l'avoient dénoncé. C'est donc
          chez les _accusateurs_, et nommément chez notre clerc du
          greffe, qu'on résolut «de dresser des embûches un jour de
          vendredy..... Freté, dit Regnier de la Planche, alleché de
          la depouille de ses voisins pour les avoir de longtemps
          remarquez, retire chez soy quarante ou cinquante sergentz
          en sa part, qui estoyent entrés à la file. Et sur les onze
          heures estans arrivés Thomas Bragelonne, surnommé le Camus,
          conseiller au Chatelet..., avec deux ou trois commissaires
          des plus envenimez contre cette doctrine, la maison du
          Viconte fut incontinent environnée et rudement assaillie.»
          La lutte fut longue; «Bragelonne et ses commissaires furent
          en grand danger d'estre tuez.» Si bien que ceux qu'on
          vouloit prendre «eurent loisir de se sauver, et les autres
          de la religion des maisons prochaines eurent aussi temps
          de se retirer, quittant leurs maisons à la merci des juges
          et sergens, qui y trouvèrent richesses d'or et d'argent
          monnoyé, principalement chez ce Viconte, où ses hostes
          avoient laissé leur argent en garde.» La Planche cite parmi
          ceux de cette rue qui avoient aussi quitté la place un
          gentilhomme nommé La Fredonnière.]

Ces deux places furent, quelque peu de temps après, acquises par
Thomas de Burgensis, qui y fit bastir la dite maison, qui avoit deux
corps de logis en aile avec cour au milieu et jardin au derrière,
dont Jeanne de Burgensis, sa fille, veuve de Hierome Berzeau,
herita, et dont elle fit ensuite donation entre vifs, par acte du 5
septembre 1576, à Hierome de Berzeau, sieur de la Marcillière, son
fils.

Le 2 juillet 1583, Guillaume Taveau, bourgeois de Paris, fondé de
procuration du dit sieur de la Marcillière du 25 juin precedent,
vendit la dite maison à Jean Robineau, sieur de Croissy-sur-Seine,
secretaire du roy.

Le 11 janvier 1602, le dit sieur Robineau vendit la susdite maison à
Claude Lebret.

Le 28 mars 1607, le dit Lebret la revendit à M. Nicolas le Vauquelin,
seigneur des Yveteaux et de Sacy, conseiller d'estat, laquelle il fit
decreter sur le dit Lebret, et s'en rendit adjudicataire par sentence
du Chastelet du 19 septembre au dit an.

Le dit sieur des Yveteaux la donna à M. Nicolas le Vauquelin,
seigneur de Sacy, son neveu, et à dame Marguerite Dupuis, son epouse,
en faveur de leur contract de mariage du 17 octobre 1644.

Le dit sieur de Sacy, tant en son nom, comme donataire du dit sieur
des Yveteaux, son oncle, de la moitié de la dite maison, que comme
tuteur de damoiselle Charlotte Gabrielle le Vauquelin, sa fille
et de la dite defunte dame Marguerite Dupuis, vendit la totalité
d'icelle, par contract d'echange du 30 decembre 1658, à M. Jacques
Lemaçon, seigneur de la Fontaine, intendant et controlleur general
des gabelles de France.

Le dit sieur de la Fontaine fit après construire trois maisons au
lieu de celle qu'il avoit acquise du dit sieur de Sacy, et, depuis,
ses creanciers ayant vendu ses biens, les dites trois maisons ont
esté partagées en sept, desquelles:


_Première maison._

La première, ayant face sur la rue des Petits-Augustins, bastie
sur .... toises de terre, appartient à M. Edme Robert, cy-devant
intendant et tresorier de feu Son Altesse Royale Mademoiselle de
Montpensier, lesquelles il a acquises de Pierre Sinson, charpentier,
et de Marie Bequet, sa femme, sous le nom de Martin de la Croix, par
contract du 6 mars 1672, dont il a passé titre nouvel le 13 février
1691, pardevant Baglan, notaire.

Au derrière de laquelle maison il y a joint vingt-quatre toises et
demie de terre qu'il a acquises des heritiers de feu M. le president
Le Boulanger, par contract du .............., qui les avoit acquises
de M. le president Thevenin ou de ses heritiers, à qui dame Claude de
la Roue de Gallardon les avoit vendues, laquelle les avoit acquises
de Gabriel Montagne, par contract du 14 mai 1606, qui les avoit aussi
acquises de Nicolas Beaujouen, lequel les avoit pris à cens et rentes
du dit sieur Le Clerc, par contract du 18 juin 1645[185], moyennant 8
deniers de cens et 49 sols de rente.

          [Note 185: Cette petite portion de terre cédée par Le Clerc
          à Baujouen étoit une de celles sur lesquelles on n'avoit
          pas construit, «à cause, dit du Boullay, p. 260, que l'on
          apprehendoit les desordres et insultes des escoliers.» Les
          mêmes craintes étoient préjudiciables aux maisons bâties.
          «Et ceux mesmes, dit encore du Boullay, qui y avoient des
          maisons ne trouvoient pas bien souvent à qui les louer, et
          ainsi l'Université ne pouvoit estre payée de ces cens et
          rentes.»]


_Seconde maison._

La seconde, faisant face sur la rue des Augustins, joignant la
precedente, avec issue à porte cochère dans la rue des Marais, bastie
sur.... toises de terre, a esté acquise par M. Jean de Joncoux,
avocat au parlement, de M. Jacques Lemaçon, seigneur de la Fontaine,
par contract passé pardevant Plastrier, notaire, le 10 juin 1659.


_Troisième maison._

Cette maison, qui est bastie sur 161 toises de terre, a esté acquise
par le mesme sieur de Joncoux, du dit sieur de la Fontaine, par
contract du dernier septembre 1672, passé pardevant le dit Plastrier,
notaire, lesquelles deux maisons ont esté vendues par damoiselle
Françoise Marguerite de Joncoux[186], fille majeure, seule et unique
heritière du dit M. Jean de Joncoux, à M. Jean Chastelier, avocat en
parlement, par contract passé pardevant Couvreur et son compagnon,
notaires, le 24 may 1695, lequel sieur Chastelier en a passé titre
nouvel pardevant Baglan, notaire, le 7 juin 1695.

          [Note 186: Françoise Marguerite Joncoux, fille du
          gentilhomme auvergnat qui vient d'être nommé, et de qui
          elle tenoit la maison de la rue des Marais désignée ici,
          s'est distinguée parmi les écrivains jansénistes. C'est
          elle qui a traduit les notes de Wendrock (Nicole) sur les
          _Provinciales_. Elle étoit née en 1668, et mourut le 27
          septembre 1715.]


_Quatrième maison._

Cette maison appartient aux sieurs Le Doux, procureur au Chastelet,
et Domillier, comme l'ayant acquise de M. Charles Sinson, avocat en
la cour, et autres, par contract passé pardevant Lebeuf et Boindin,
notaires, le 2 septembre 1688.


_Cinquième maison._

La cinquième maison, bastie sur.... toises de terre, appartenante à
M. François Commeau, avocat, comme l'ayant acquise des creanciers et
directeurs des creanciers du dit sieur de La Fontaine, par contrat
passé pardevant Baglan et son confrère, notaires, le 31 janvier 1682.


_Sixième maison._

La sixième maison, bastie sur.... toises de terre, acquises par M.
Antoine de Massanes, secretaire du roy, des creanciers et directeur
des creanciers du sieur de La Fontaine, par contrat passé par devant
Prieur et Baglan, notaires, le 17 janvier 1682.

M. Thomas Hardy, ecuyer, seigneur de Beaulieu, oncle et tuteur
d'Auguste et de Jacques de Massanes, enfans et heritiers de M.
Antoine de Massanes, ecuyer, lequel estoit fils et heritier du dit
sieur de Massanes, secretaire du roy, en a passé titre nouvel le 20
février 1691 par devant Baglan, notaire.


_Septième et dernière maison._

La septième et dernière maison, bastie sur.... toises de terre,
acquises par M. Augustin de Louvancourt, conseiller du roy, maistre
ordinaire en sa chambre des comptes, et l'un des quatre secretaires
d'icelle[187], des creanciers et directeurs des creanciers du
dit sieur de La Fontaine, par contrat passé par devant Dettoyes
et Baglan, notaires, le 27 février 1682, dont le dit sieur de
Louvancourt a passé titre nouvel par devant Barbar et Baglan,
notaires, le 20 fevrier 1691.

          [Note 187: Il avoit pour fille Mlle Marie de Louvencourt,
          qui eut une sorte de réputation poétique vers 1680. On
          trouve de ses vers dans la _Nouvelle Pandore_ de M. de
          Vertron et dans les _Entretiens de morale_ de Mlle de
          Scudéry.]

Toutes ces sept maisons, basties sur les dites places données à cens
et rentes aus dits Fretté et Delamarre par le dit Le Clerc, ne sont
aujourd'huy chargées que de 2 sols 6 deniers de cens, la rente de 6
livres ayant esté rachetée par le dit sieur Hercules de Vauquelin,
par quittance passée par devant Baglan et son collègue, notaires, le
8 mars 1690.


SECONDE PARTIE,

_Concernant les six arpens de terre dependans du grand Pré donnés à
cens et rente à la reine Marguerite par contract du dernier juillet
1606_

On a dejà dit, dans la division de ce memoire, que, l'Université
s'etant pourveüe contre le contrat de bail à cens et rente qu'elle
avoit fait à la reine Marguerite de 6 arpens de terre dependans
du grand Pré[188], parcequ'ils ne luy produisoient que 60 livres
de rente, pendant que les Augustins reformés, qu'on nomme
Petits-Augustins, à qui cette reine les avoit donnez[189], en
retiroient près de 2000 livres annuellement, il intervint arrest
contradictoire, le 23 decembre 1622, entre l'Université, les
Augustins, comme donataires de la dite reine, et les particuliers
ausquels il avoit esté fait des sous-baux[190]; par lequel arrest il
est porté que les rentes constituées sur les places dependantes des
dits six arpens données à cens et rentes par les dits Augustins ou la
dite reine tourneroient au profit de l'Université, desquels sous-baux
suit la teneur.

          [Note 188: «La reine Marguerite, duchesse de Valois...,
          traitta avec l'Université, en l'an 1606, pour 6 arpens
          de terre sciz au petit Pré, à la charge de 12 _deniers
          parisis de cens et de 10 livres de rente foncière pour
          chaque arpent, lods et ventes, saisines et amendes_, le cas
          avenant, qu'elle reconnoist, par le contract du 31 juillet
          au dit an, appartenir à la dite l'université _en plein
          fief, à cause des dons et liberalitez des roys de France_;
          lequel contract fut homologué par arrest du 5 septembre
          1609....» (Du Boullay, p. 341.)]

          [Note 189: Une première donation aux Augustins déchaussés
          avoit eu lieu en 1608, par suite d'un voeu fait par
          la reine, «à l'imitation du patriarche Jacob», lequel
          consistoit en deux points: «le premier, de donner à Dieu la
          dîme de tout son bien; le second, d'édifier un autel...,
          lequel sera appelé l'_autel Jacob_, qui sera composé d'une
          grande eglise pour celebrer le divin service de l'office
          ordinaire qu'on a accoustumé dire et chanter...» L'église,
          qui n'étoit d'abord qu'une chapelle ronde, fut construite.
          V. _Suppl._ à du Breul, p. 72, et le Plan de Mérian. Le nom
          de la rue voisine garda le souvenir du voeu singulier fait
          par la reine au patriarche _Jacob_. Les pères Mathieu et
          François Amyot reçurent cette magnifique donation au nom
          de l'ordre des Augustins déchaussés. La reine avoit fait
          préalablement accorder par le roi au père Amyot un brevet
          lui permettant «de recevoir et occuper tous biens,... et
          bastir convents de son ordre en tous lieux et endroits de
          son royaume.» (L'Estoile, 16 juin 1607, édit. Michaud,
          t. 2, p. 429.)--Par malheur, les Augustins déchaussés ne
          satisfirent pas la reine, qui vouloit des «religieux qui
          chantassent à nottes». Elle les congédia en 1612, pour
          prendre des moines chantant mieux. Ce furent les Augustins
          réformés, ou _Petits-Augustins_. Les Augustins deschaux,
          ou _Petits-Pères_, s'en allèrent au faubourg Montmartre,
          où ils consacrèrent, sur un terrain dépendant de la
          Grange-Batelière, une église à Notre-Dame-des-Victoires.
          (_Suppl._ à du Breul, _ibid._).]

          [Note 190: Le 15 avril 1614, l'Université avoit déjà
          obtenu du roi des lettres de rescision annulant le contrat
          qu'elle avoit fait avec la reine Marguerite. Elle s'étoit
          fondée, dans cette demande d'annulation, sur ce que les 6
          arpents concédés à la reine «pour employer à son plaisir et
          contentement particulier, et pour le seul usage d'icelle
          dame et de son hostel», avoient été détournés de cette
          destination à ce point que «mesme ont esté faits des
          baux à personnes particulières, lesquelles maintenant y
          batissent». (Du Boulay, p. 300.)]


_Sous-baux faits par la reine Marguerite ou par les Augustins, ses
donataires._

Le premier, par contrat passé pardevant Guillard et Bontemps,
notaires au Chastelet, le 12 février 1611, à M. Nicolas Le Prestre,
sieur de la Chevalerie, secretaire de la chambre du roy, de 396
toises de terre, y compris 176 toises, à cause de 4 toises de face
sur 44 de longueur, qui luy furent delaissées franches et quittes,
à la charge par luy de faire faire à ses propres frais et depens, à
l'endroit où estoit l'egout, une voute et arcade de maçonnerie de 6
pieds de large sur hauteur competente, pour le passage des eaux et
immondices du fauxbourg[191], après lequel fait il pourroit appliquer
à son profit et à tel usage qu'il jugeroit à propos le surplus des
dites 176 toises de terre, ou mesme celles sur ledit egout; et à
l'egard des 220 toises faisant le surplus des dites 396 toises
mentionnées au dit contrat, il payeroit aus dits religieux 88 livres
de rente, et à l'Université 12 deniers parisis de cens.

          [Note 191: Cet égout, construit suivant les conditions
          imposées ici, passoit sous une partie des jardins de des
          Yveteaux, dont il sera parlé tout à l'heure. V. Félibien,
          _Preuves_, t. 2, p. 136.--Il étoit d'autant plus nécessaire
          de le voûter que la peste, dont ces cloaques étaient
          un foyer permanent, avoit dernièrement sévi dans ces
          quartiers. L'Estoille dit, sous la date du 6 septembre
          1606: «La peste est au logis de la reine Marguerite, dont
          deux ou trois de ses officiers meurent, et entr'autres
          un miserablement dans une pauvre mazure, près les Frati
          ignoranti, la fait retirer à Issy, au logis de la Haye,
          se voiant, à raison de cette maladie, abandonnée de ses
          officiers et gentilshommes.»]

Le deuxième, par contrat passé pardevant les mesmes notaires le 12
juillet 1613, par les dits Augustins au dit sieur de la Chevalerie,
de 750 toises de terre, moyennant 225 livres de rente.

Le troisième, par contrat passé pardevant les mesmes notaires, le 8
janvier 1618, par les dits Augustins au dit sieur de la Chevalerie,
de 180 toises, moyennant 48 livres de rente.

Le quatrième, par contract passé par devant les mesmes notaires le
12 juillet 1613, par les dits Augustins, à Jean Clergerie, marchand
au Palais, de 200 toises de terre, moyennant 60 livres de rente et 2
deniers de cens.

Le cinquième, par contract passé par devant les mesmes notaires le
dit jour 12 juillet 1613, par les dits Augustins, à Alphonse Mesnard,
marbrier, de 103 toises, moyennant 31 livres de rente.

Le sixième, par contrat passé par devant les mesmes notaires le dit
jour 12 juillet 1613, par les dits Augustins, à Jacques Prudhomme,
boulanger, de 100 toises de terre, moyennant 30 livres de rente et 1
denier de cens.

Le septième, par contract passé par devant les mesmes notaires le 12
avril 1613, par les dits Augustins, à Guillaume Lelamer, orfévre,
qui en passa déclaration au profit de René Lebreton et de François
Percheron, de 300 toises de terre, moyennant 90 livres de rente et 3
deniers de cens.

Le huitième, par contract passé par devant les mesmes notaires le 12
avril 1613, par les dits Augustins, à Simon Devaux, parfumeur[192],
de 300 toises de terre, moyennant 90 livres de rente et 3 deniers de
cens.

          [Note 192: Les modes italiennes importées par les Médicis
          avoient donné une grande extension au commerce des parfums,
          et l'on avoit pu s'y enrichir à Paris. C'est ce que fit
          le sieur Devaux, à qui nous voyons acheter ici 300 toises
          de terrain. Il avoit sa boutique près la Magdeleine,
          c'est-à-dire à la descente du pont Notre-Dame, non loin
          de celle où le parfumeur milanois René, qu'on accusoit
          d'avoir empoisonné Jeanne d'Albret dans une paire de gants
          parfumés, avoit tenu son commerce. L'Estoille nous parle
          de Devaux à propos d'un cabinet qu'il eût bien voulu lui
          vendre. «Homme des plus curieux de Paris, il avoit, dit-il,
          le bruict d'être fort riche et aisé.» (Mardi, 7 octobre,
          1608. Edit. Michaud, t. 2 p. 476.)]

Le neuvième, par contrat passé par devant les mesmes notaires le 18
avril 1613, par les dits Augustins, à Jacques Rousseau, brodeur[193],
de 100 toises de terre, moyennant 30 livres de rente et 1 denier de
cens.

          [Note 193: C'est le troisième brodeur que nous rencontrons
          dans ce quartier. Félibien nous en nomme encore un autre
          (_Preuves_, t. 2, p. 136). Il sembleroit par là que cette
          corporation, alors nouvelle, puisque ses statuts ne datent
          que de 1648, y comptoit, comme celle des doreurs (V.
          plus haut), un assez grand nombre de ses membres. Ce qui
          l'indiqueroit encore mieux, c'est qu'elle avoit pris pour
          paroisse l'église voisine des Grands-Augustins. (_Le Guide
          du corps des marchands_, 1766, in-8, p. 180.) Un peu plus
          tard il s'en porta un certain nombre vers la rue de Sèvres,
          dans la _nouvelle rue de Sèvres_, qui, à cause d'eux, prit,
          en 1676, le nom de rue des Brodeurs.]

Le dixième, par contract passé par devant les mesmes notaires le 10
avril 1613, par les dits Augustins, à Jean Dubut, de 100 toises de
terre, moyennant 30 livres de rente et 1 denier de cens.

Le onzième, par contract passé par devant les mesmes notaires par les
dits Augustins, le 13 avril 1613, à Mathieu Ladant, de 100 toises de
terre, moyennant 30 livres de rente et 1 denier de cens.

Le douzième, par contrat passé par devant les mesmes notaires par les
dits Augustins, le 18 may 1613, à Mathieu Hautecloche, de 100 toises
de terre, moyennant 30 livres de rente et 1 denier de cens.

Le treizième, par contract passé pardevant les mesmes notaires par
les dits Augustins, le 18 may 1613, à Pierre Hanon, de 150 toises de
terre, moyennant 45 livres de rente et 4 deniers de cens.

Le quatorzième, par contract passé pardevant les mesmes notaires par
les dits Augustins, à Philippe Bacot, peintre[194], le 24 octobre
1613, de 199 toises de terre, moyennant 59 livres 14 sols de rente et
2 deniers de cens.

          [Note 194: Peintre artisan, sans doute, car nous ne
          connoissons pas d'artiste de ce nom.]

Le quinzième, par contract passé pardevant les mesmes notaires par
les dits Augustins, au dit Pierre Hanon, le 12 juillet 1613, de 205
toises de terre, moyennant 61 livres de rente et 10 deniers de cens.

Le seizième, par contract passé pardevant les mesmes notaires par les
dits Augustins, à Jean Hovalet, le dit jour 12 juillet 1613, de 105
toises de terre, moyennant 31 livres 15 sols de rente et 1 denier de
cens.

Le dix-septième, par contract passé pardevant les mesmes notaires,
par les dits Augustins, à Pasquier Ruelle, boulanger, le dit jour 12
juillet 1613, de 108 toises de terre, moyennant 31 livres 3 sols 6
deniers de rente et 2 deniers de cens.

Le dix-huitième, par contract passé pardevant les mesmes notaires,
par les dits Augustins, le dit jour 12 juillet 1613, de 100 toises et
demie, à Hubert-le-Sueur, moyennant 33 livres 3 sols de rente.

Le dix-neuvième, par contract passé pardevant les mesmes notaires,
le 9 octobre 1613, par les dits Augustins, à Nicolas Dehene, de 117
toises et demie, moyennant 35 livres 5 deniers de rente.

Le vingtième, par contract passé pardevant les mesmes notaires, le 12
juillet 1613, par les dits Augustins, aux religieux de la Charité,
de 1275 toises de terre, moyennant 382 livres 14 sols de rente et 12
deniers parisis de cens par arpent[195].

          [Note 195: Les frères de la congrégation de Jean de
          Dieu, ou de _la Charité_, s'étoient d'abord établis, par
          la protection de Marie de Médicis, qui en avoit fait
          venir cinq de Florence, sur l'emplacement pris un peu
          plus tard par les Augustins réformés. C'est lors de la
          grande fondation religieuse de la reine Marguerite, et
          à la prière même de cette princesse, qu'ils avoient dû
       

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