La maison d'un artiste, Tome 1
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Title: La maison d'un artiste, Tome 1
Author: Edmond de Goncourt
Release date: July 3, 2014 [eBook #46183]
Most recently updated: October 24, 2024
Language: French
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*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK LA MAISON D'UN ARTISTE, TOME 1 ***
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LA MAISON
D'UN
ARTISTE
I
EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR, 11, RUE DE GRENELLE
ŒUVRES DE EDMOND ET JULES DE GONCOURT
GONCOURT (EDMOND DE)
=La fille Élisa=, 37e mille 1 vol.
=Les frères Zemganno=, 8e mille 1 vol.
=La Faustin=, 19e mille 1 vol.
=Chérie=, 17e mille 1 vol.
=La Maison d'un artiste au XIXe siècle= 2 vol.
=Les actrices du XVIIIe siècle=: Mme SAINT-HUBERTY 1 vol.
---- Mlle CLAIRON (3e mille) 1 vol.
---- LA GUIMARD 1 vol.
---- SOPHIE ARNOULD 1 vol.
=Les Peintres japonais=: OUTAMARO.--Le Peintre des Maisons
vertes, 4e mille 1 vol.
--HOKOUSAÏ (peintre), (2e mille) 1 vol.
GONCOURT (JULES DE)
=Lettres=, précédées d'une préface de H. CÉARD (3e mille) 1 vol.
GONCOURT (EDMOND ET JULES DE)
=En 18**= 1 vol.
=Germinie Lacerteux= 1 vol.
=Madame Gervaisais= 1 vol.
=Renée Mauperin= 1 vol.
=Manette Salomon= 1 vol.
=Charles Demailly= 1 vol.
=Sœur Philomène= 1 vol.
=Quelques créatures de ce temps= 1 vol.
=Pages retrouvées=, avec une préface de G. GEFFROY (3e mille) 1 vol.
=Idées et sensations= 1 vol.
=Préfaces et manifestes littéraires= (3e mille) 1 vol.
=Théâtre= (HENRIETTE MARÉCHAL.--LA PATRIE EN DANGER) 1 vol.
=Portraits intimes du XVIIIe siècle.= Études nouvelles d'après
les lettres autographes et les documents inédits 1 vol.
=La Femme au XVIIIe siècle= 1 vol.
=La duchesse de Châteauroux et ses sœurs= 1 vol.
=Madame de Pompadour=, nouvelle édition, revue et augmentée
de lettres et documents inédits 1 vol.
=La Du Barry= 1 vol.
=Histoire de Marie-Antoinette= 1 vol.
=Histoire de la Société française pendant la Révolution= 1 vol.
=Histoire de la Société française pendant le Directoire= 1 vol.
=L'Art du XVIIIe Siècle=,
1re série (Watteau.--Chardin.--Boucher.--Latour) 1 vol.
2e série (Greuze.--Les Saint-Aubin.--Gravelot.--Cochin) 1 vol.
3e série (Eisen.--Moreau-Debucourt.--Fragonard.--Prudhon) 1 vol.
=Gavarni.= L'HOMME ET L'ŒUVRE 1 vol.
=Journal des Goncourt.= Mémoires de la vie littéraire
(8e mille) 9 vol.
Paris.--L. MARETHEUX, imprimeur, 1, rue Cassette.--13914.
LA MAISON
D'UN
ARTISTE
PAR
EDMOND DE GONCOURT
TOME PREMIER
NOUVELLE ÉDITION
PARIS
BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIER
EUGÈNE FASQUELLE, ÉDITEUR
11, RUE DE GRENELLE, 11
1898
Tous droits réservés
PRÉFACE
En ce temps où les choses, dont le poète latin a signalé la
mélancolique vie latente, sont associées si largement par la
description littéraire moderne à l'Histoire de l'Humanité, pourquoi
n'écrirait-on pas les mémoires des choses au milieu desquelles s'est
écoulée une existence d'homme?
EDMOND DE GONCOURT
Auteuil, ce 26 Juin 1880.
LA
MAISON D'UN ARTISTE
PRÉAMBULE
Sur le boulevard Montmorency, au n° 53, s'élève une maison portant,
encastré dans son balcon, un profil lauré de Louis XV, en bronze
doré, qui a tout l'air d'être le médaillon, dont était décorée la
tribune de musique de la salle à manger de Luciennes, représenté dans
l'aquarelle de Moreau que l'on voit au Louvre. Cette tête, que quelques
promeneurs regardent d'un œil farouche, n'est point,--ai-je besoin de
le dire?--une affiche des opinions politiques du propriétaire, elle est
tout bonnement l'enseigne d'un des nids les plus pleins de choses du
XVIIIe siècle qui existent à Paris.
La porte noire, que surmonte un élégant dessus de grille de chapelle
jésuite en fer forgé, la porte ouverte, du bas de l'escalier, de
l'entrée du vestibule, du seuil de la maison, le visiteur est accueilli
par des terres cuites, des bronzes, des dessins, des porcelaines du
siècle aimable par excellence, mêlés à des objets de l'Extrême-Orient,
qui se trouvaient faire si bon ménage dans les collections de Madame de
Pompadour et de tous les _curieux_ et les _curiolets_ du temps.
La vie d'aujourd'hui est une vie de combattivité; elle demande dans
toutes les carrières une concentration, un effort, un travail, qui, en
son foyer enferment l'homme, dont l'existence n'est plus extérieure
comme au XVIIIe siècle, n'est plus papillonnante parmi la société
depuis ses dix-sept ans jusqu'à sa mort. De notre temps on va bien
encore dans le monde, mais toute la vie ne s'y dépense plus, et le
_chez-soi_ a cessé d'être l'hôtel garni où l'on ne faisait que coucher.
Dans cette vie assise au coin du feu, renfermée, sédentaire, la
créature humaine, et la première venue, a été poussée à vouloir les
quatre murs de son _home_ agréables, plaisants, amusants aux yeux; et
cet entour et ce décor de son intérieur, elle l'a cherché et trouvé
naturellement dans l'objet d'art pur ou dans l'objet d'art industriel,
plus accessible au goût de tous. Du même coup, ces habitudes moins
mondaines amenaient un amoindrissement du rôle de la femme dans la
pensée masculine; elle n'était plus pour nous l'occupation galante de
toute notre existence, cette occupation qui était autrefois la carrière
du plus grand nombre, et, à la suite de cette modification dans les
mœurs, il arrivait ceci: c'est que l'intérêt de l'homme, s'en allant
de l'être charmant, se reportait en grande partie sur les jolis objets
inanimés dont la passion revêt un peu de la nature et du caractère
de l'amour. Au XVIIIe siècle, il n'y a pas de _bibeloteurs_ jeunes:
c'est là la différence des deux siècles. Pour notre génération, la
_bricabracomanie_ n'est qu'un bouche-trou de la femme qui ne possède
plus l'imagination de l'homme, et j'ai fait à mon égard cette remarque,
que, lorsque par hasard mon cœur s'est trouvé occupé, l'objet d'art ne
m'était de rien.
Oui, cette passion devenue générale, ce plaisir solitaire, auquel se
livre presque toute une nation, doit son développement au vide, à
l'ennui du cœur, et aussi, il faut le reconnaître, à la tristesse
des jours actuels, à l'incertitude des lendemains, à l'enfantement,
les pieds devant, de la société nouvelle, à des soucis et à des
préoccupations qui poussent, comme à la veille d'un déluge, les désirs
et les envies à se donner la jouissance immédiate de tout ce qui les
charme, les séduit, les tente: l'oubli du moment dans l'assouvissement
artistique.
Ce sont ces causes, et incontestablement l'éducation de l'œil des
gens du XIXe siècle, et encore un sentiment tout nouveau, la tendresse
presque humaine pour les _choses_, qui font, à l'heure qu'il est, de
presque tout le monde, des collectionneurs et de moi en particulier le
plus passionné de tous les collectionneurs.
VESTIBULE
Un riant pavé en marbre blanc et en marbre rouge du Languedoc, avec,
pour revêtement aux murs et au plafond, un cuir moderne peuplé de
perroquets fantastiques dorés et peints sur un fond vert d'eau.
Sur ce cuir, dans un désordre cherché, dans un pittoresque
d'antichambre et d'atelier, toutes sortes de choses voyantes et
claquantes, de brillants cuivres découpés, des poteries dorées, des
broderies du Japon et encore des objets bizarres, inattendus, étonnant
par leur originalité, leur exotisme, et vis-à-vis d'un certain nombre
desquels je me fais un peu l'effet du bon Père Buffier quand il disait:
«Voilà des choses que je ne sais pas, il faut que je fasse un livre
dessus.»
Ça, une petite jardinière à suspension, fabriquée d'une coloquinte
excentrique, dont la tige tournante et recroquevillée est une tige de
bronze qui a la flexibilité d'une liane; cette grande planchette fruste
de bois, toute parcourue des tortils d'un feuillage de lierre, exécuté
en nacre et en écaille: le porte-éventail qui tient dans l'appartement
l'éventail ouvert contre le mur; cette petite boule de porcelaine
jaune impérial si délicatement treillagée: la cage au grillon ou à
la mouche bourdonnante, que le Chinois aime suspendre au chevet de
son lit; et cette plaque de faïence figurant une branche de pêcher en
fleur, modelée à jour dans un cadre de bois en forme d'écran, vous
représente la décoration de l'angle religieux et mystique d'une chambre
de prostituée de maison de thé, l'espèce de tableau d'autel devant
lequel elle place une fleur dans un vase.
Des broderies du Japon, ai-je dit plus haut, c'est là, dans leurs
cadres de bambous, la riche, la splendide, l'_éclairante_ décoration
des murs du vestibule et un peu de toute la maison. Ces carrés de soie
brodés appelés _fusha_ ou _foukousa_ font la chatoyante couverture
sous laquelle on a l'habitude, dans l'Empire du Lever du Soleil,
d'envoyer tout présent quelconque, et le plus minime, fût-il même de
deux œufs[1]. Les anciens _foukousas_ fabriqués à Kioto[2] sont des
produits d'un art tout particulier au Japon, et auxquels l'Europe
ne peut rien opposer: de la peinture, de vrais tableaux composés
et exécutés en soie par un brodeur, où sur les fonds aux adorables
nuances, et telles qu'en donne le satin ou le crêpe, un oiseau, un
poisson, une fleur se détache dans le haut relief d'une broderie.
Et rien là dedans du travail d'un art mécanique, du dessin bête de
vieille fille de nos broderies à nous, mais des silhouettes d'êtres
pleins de vie, avec leurs pattes d'oiseau d'un si grand style, avec
leurs nageoires de poisson d'un si puissant contournement. Quelquefois
des parties peintes, peintes à l'encre de Chine, s'associent de la
manière la plus heureuse à la broderie. Je connais, chez Mme Auguste
Sichel, une fusée de fleurs brodée dans un vase en sparterie peint ou
imprimé, qui est bien la plus harmonieuse chose qu'il soit possible
de voir. M. de Nittis a fait un écran, d'un admirable et singulier
carré, où deux grues, brodées en noir sur un fond rose saumoné, ont,
comme accompagnement et adoucissement de la broderie, des demi-teintes
doucement lavées d'encre de Chine sur l'étoffe enchanteresse. Et dans
ce vestibule, il y a, sur un fond lilas, des carpes nageant au milieu
de branchages de presle brodées en or, et dont le ventre apparaît comme
argenté par un reflet de bourbe: un effet obtenu par une réserve au
milieu du fond tout teinté et obscuré d'encre de Chine. Il est même un
certain nombre de foukousas absolument peints. J'ai coloriée, sur un
crêpe gris, dans l'orbe d'un soleil rouge comme du feu, l'échancrure
pittoresque d'un passage de sept grues, exécuté avec la science que les
Japonais possèdent du vol de l'échassier. J'ai encore, jetées sur un
fond maïs, sans aucun détail de terrain, deux grandes grues blanches,
à la petite crête rougie de vermillon, au cou, aux pattes, à la queue,
teintés d'encre de Chine. Et ne vous étonnez pas de rencontrer si
souvent sur les broderies la grue, cet oiseau qui apparaît dans le
haut du ciel aux Japonais comme un messager céleste, et qu'ils saluent
de l'appellation: _O Tsouri Sama_, Sa Seigneurie la Grue.
[1] Il n'est guère besoin de dire que le carré est toujours
rapporté à son maître par le porteur du présent.
[2] Les foukousas modernes seraient aujourd'hui fabriqués à
Togané, d'où on les expédierait à Yedo.
Cependant le foukousa proprement dit est brodé, entièrement brodé,
et semblable à celui-ci qui représente un coq et une poule avec ses
poussins. Voici l'échevèlement du plumage pleureur du coq, le duvetis
de la plume naissante d'un poussin monté sur le dos de sa mère, la
chair caronculeuse des crêtes, et à toutes les pattes, des ongles faits
d'une soie qui joue la corne, de vrais ongles. C'est encore, celui-là,
le planement de deux grues parmi des branches de sapin couvertes de
neige, avec la blancheur vivante de l'animal, si bien différenciée de
la blancheur mate et morte de la neige; ou enfin ce dernier: sur un
fond de soie azur, l'argentement vague et tout lointain du Fusi-yama,
avec au dessous, tout seul dans l'espace et semblant voler dans l'air
célestement bleu des altitudes, un faucon, les ailes déployées.
Et tous les sujets, les Japonais les tentent et les réalisent en
broderie. Ils font le tableau de sainteté, le tableau de genre, que
j'aime moins que le reste,--l'humanité en étant toujours médiocre,--et
le paysage et la caricature. En ce dernier genre, est-il une
composition plus drôlatique que cette troupe de rats costumés en
Japonais, tirant à elle, au bout d'un câble d'or, une immense rave
blanche, au haut de laquelle une rate s'évente voluptueusement?
Une des représentations que les Japonais réussissent le mieux après
les animaux, c'est la représentation de la nature morte. Regardez,
sur ce fond cendre verte, ces trois éventails ouverts imitant trois
éventails en papier doré, avec le relief de leur dessin gaufré, et dans
un coin l'attache d'un petit cornet de papier d'où sort un bouquet de
fleurettes. L'éventail est un objet familier pour lequel l'artiste
de là-bas a une prédilection, et il revient souvent sous l'aiguille
des brodeurs. Voyez cet autre foukousa, où sur un fond rose turc sont
déployés deux éventails blancs brodés de paysages. Il présente, ce
carré, une particularité charmante. Le fond, dont le dessin damassé
figure des bambous, montre ses bambous roses dans la marge, blancs
dans la réserve des deux éventails. Un autre foukousa étale sous vos
yeux, au milieu de pétales de fleurs, des albums avec le fac-similé
de la mosaïque de leurs couvertures et le cordonnet extérieur de
leur reliure; et dans un coin se trouve un râteau en bambou, et dans
l'autre un balai, que tiennent parfois un vieil homme et une vieille
femme, l'Adam et l'Ève du Japon, et qui sont, comme la grue et la
tortue, des porte-bonheur dans les intérieurs. Sur celui-ci pendent
trois _kakemonos_: une branche d'arbuste fleuri, une vue du Fusi-yama,
un personnage saint appuyé sur un cerf blanc. Le foukousa le plus
remarquable de la série est un carré de soie rouge, sur lequel sont
deux coffrets dorés de la plus fine sculpture, d'où se détortillent
de grosses cordelières bleues, se perdant parmi des coquilles à
l'intérieur laqué, et qui, bâillant demi-ouvertes, laissent entrevoir
de minuscules Japonaises dans des jardins roses[3]. C'est dans cette
broderie la plus étonnante imitation à la fois d'une ciselure d'or et
d'un fin ouvrage de laque polychrome; et la soie sous les doigts de ces
merveilleux brodeurs pour cette figuration, et la figuration de tout
au monde, se prête à des travaux à plat, à des travaux de chaînette,
de cordelette, à de petits carrelages, à de petits cloisonnages, à des
entremêlements, à des entre-croisements, à des habiletés de métier
incroyables, qui arrivent au pelage d'un quadrupède, au plumage d'un
oiseau, à l'écaille d'un reptile, au pulpeux, au charnu presque d'une
fleur de magnolia s'entr'ouvrant.
[3] Parmi ces foukousas, il s'en trouve un très curieux, mais
que je crois d'origine chinoise. Sur un fond de soie grège
écrue est représentée une pivoine arborescente au-dessus d'un
rocher en lapis. L'envers des parties brodées est absolument
l'envers du travail des tapisseries des Gobelins.
Toutefois le plus extraordinaire foukousa que je possède, et le plus
beau que je connaisse parmi tous ceux que j'ai vus, représente deux
pigeons, l'un entièrement blanc, l'autre mi-roux, mi-blanc, tous deux
avec des pattes et des yeux roses. Je ne sais pas comment c'est fait,
et par quel artifice des fils de soie arrivent à être de la plume si
réelle, mais la lumière joue sur le plumage des deux pigeons comme sur
un plumage naturel[4].
[4] Ces merveilleuses broderies, M. Réal, lors de son séjour au
Japon en 1867, les payait un dollar pièce.
Un des côtés curieux de cet art industriel dans la reproduction
réaliste de la nature, c'est l'introduction d'éléments de pure
fantaisie, c'est, par exemple, l'emploi de l'or, de cette chose qui
ne se trouve ni dans les végétaux ni dans les animaux, et que les
brodeurs savent si bien marier à de vraies couleurs de nature, si bien
incorporer dans leur brillant trompe-l'œil. Ainsi voici, sur du blanc,
une langouste, dont le fond n'est pas seulement moucheté d'or, mais
dont toute la carapace est éclaboussée de parcelles dorées, qui se font
très bien accepter et imitent, à s'y tromper, la lumière granuleuse
et micacée d'une carapace[5]. Voici encore, sur de la pourpre, une
jonchée de grosses fleurs jaunes où toutes les nervures du feuillage
sont en or, sans que le bouquet perde de sa réalité. Et voilà,--audace
encore plus extraordinaire,--voilà, sur un fond cerise, un pêcher au
tronc rocailleux, coquillageux, tout brodé d'or, et qui, sans que cette
orfèvrerie choque, semble, avec ses petites pousses vertes et ses
fleurettes blanches, un arbuste de métal poussant une végétation de feu
d'artifice.
[5] Cette langouste est signée: _Matsoutani Kitsoubeï_. Les
Japonais seuls ont fait de ces broderies, répétons-le, les
Chinois n'en ont pas fait; et s'il existe quelques carrés
chinois, l'imitation de la nature n'y est jamais rigoureuse.
Mais au fond la qualité supérieure de ces broderies et leur remarquable
originalité, c'est d'être des choses tissées, tenant d'une manière
intime au grand art du dessin, et dans lesquelles les brodeurs
japonais luttent avec les peintres, travaillent à obtenir sur la soie
des effets qui sont du domaine exclusif de la peinture, tentent,--le
croirait-on?--avec l'aiguille à broder, l'ébauche, l'esquisse,
la croquade. Vous trouvez dans des foukousas des parties restées
volontairement à l'état de première idée, au milieu du fini du reste,
des lointains touchés avec quelque chose de la liberté heureuse et
volante d'un pinceau qui pose des tons, sans les assembler, et dans
les ciels, des volées d'oisillons pareils à ces accolades faites en
courant de deux coups d'une plume écrasée. Dans cet ordre de confection
artistique, je possède un carré des plus intéressants. Sur une soie
gros bleu, sillonnée de bandes pourpre, imitant les eaux de la mer
éclairées des derniers feux du soleil couchant, nage, en se jouant,
une bande de cormorans indiqués seulement par des traits brodés,
tantôt en soie noire, tantôt en soie blanche, tantôt en or, avec sur
les têtes une touche de couleur également brodée: un foukousa qui
donne l'illusion d'un croquis d'artiste, où il n'y aurait encore sur
le papier que de vagues contours et des taches. La broderie conçue et
exécutée ainsi n'est plus de l'industrie, mais bien un peu de l'art.
Les beaux foukousas ne sont presque jamais sur ce bleu dur de soie
légère, qui sert de fond aux foukousas modernes: ils s'enlèvent sur
des satins épais comme des cuirs, sur des gros grains teints de bleu
céleste, de vert poreau[6], de ventre de biche, de feuille morte, de
jaune maïs, de rose groseille, etc. Ils ont aussi, en général, au lieu
de leur doublure en crêpe de Chine rouge assez commune, des envers de
soie damassés d'or et d'argent, où parfois se trouvent dans un coin
les armoiries d'un prince. Une remarque curieuse faite par moi sur les
vieilles broderies: les yeux des animaux sont faits en soie. C'est
un point noir dans un ton brun ou bleu,--quelquefois recouvert d'un
morceau de verre dans un petit rond de métal,--mais seulement chez les
plus ordinaires. Les yeux en émail indiquent en général une origine
moderne. Autre remarque: les foukousas que j'ai rencontrés sur fond
noir, soie ou velours, sont toujours d'une qualité exceptionnelle. Les
anciens foukousas portent quelquefois, mais très rarement, la signature
ou le cachet du brodeur. Les deux pigeons sont signés: _Shiko_.
[6] Chez M. Lansyer, qui a une collection de foukousas choisis
avec le goût d'un peintre coloriste, et dont les fonds sont
faits des clartés les plus tendres, on tombe en admiration
devant un foukousa jaune citron, sur lequel le brodeur n'a
pas craint de jeter des grues brodées en or, et l'on retrouve
le même plaisir des yeux devant un autre vol de grues sur un
fond jaune, couleur de la toile non encore blanchie, et toute
sillonnée de raies d'or imitant la chute d'une cascade.
Parmi ces bibelots orientaux, une merveille française, un bas-relief de
Clodion!
Un satyre agenouillé, un seul genou en terre, d'un bras nerveux
entourant les deux jambes d'une bacchante nouées autour de son cou,
est prêt à soulever la folle et jeune rieuse, qui, glissée au bas de
ses reins et mollement renversée en arrière, s'appuie d'une main sur
l'épaule d'un petit faunin, se haussant sur la pointe du pied.
La jeunesse et la gracilité de la fille des bois et des vignes, le
modelage de ses petits seins rigides et de son ventre douillet,
l'ingénu et voluptueux abandon de son attitude, le rythmique agencement
des lignes gracieuses, l'art délicat et spirituel d'esquisse de
la sculpture, le parti tiré de la demi-ronde bosse et de ses
amincissements gradués, la caresse dans la glaise des détails de la
tête, des mains, des mignons petits pieds se raidissant, enfin la
science de cette œuvre facile, qui pourra la bien dire?
Cette terre cuite est une de mes bonnes fortunes des ventes publiques.
L'expert avait inséré dans son catalogue: «Tout ferait supposer que ce
bas-relief est de Clodion s'il n'était pas signé Michel», et encore
il ne disait pas avec une faute d'orthographe. L'expert ignorait que
le vrai nom du sculpteur est Michel, et qu'il n'a jeté ce surnom de
Clodion au bas de ses œuvres qu'à une certaine époque de sa vie.
SALLE A MANGER
Une porte du vestibule ouvre à droite dans la salle à manger: une vraie
boîte comme je les aime, et où ne se voient ni murs ni plafond sous les
tapisseries.
Une suite de panneaux qui décorait autrefois un pavillon de musique
dans un jardin, s'est trouvée, une suite qui recouvre, sans qu'il
y manque un pouce, les quatre parois avec leurs angles coupés. Ces
tapisseries, exécutées sur les dessins de Leprince et de Huet, mettent
contre les murailles un paysage de fantaisie, où se mêle le rustique
théâtral de Boucher aux perspectives de terrasses à balustres de
Lajoue, aux lointains d'île enchantée de Watteau. Et le paysage de
convention est peuplé par une création adorablement mensongère: des
gardeuses de moutons enrubannées, des Tircis poudrés à blanc, des
fileuses de campagne aux _engageantes_ de dentelle, des chasseresses
vêtues de l'habit rouge de Vanloo dans sa partie de chasse, et de
petits paysans faunins chevauchant des chèvres: tout ce monde détaché
d'un _fond blanc_, de ce fond précieux qui est l'enveloppement,
l'atmosphère tendre des jolies tapisseries du XVIIIe siècle, et dans
l'harmonie crémeuse duquel, sous les jeux du jour, le rose, le bleu, le
jaune soufre sont à tout moment sillonnés de l'illumination brillantée
de la soie transperçant la laine. Riants tableaux qu'encadrent, courant
sur un vert, couleur de vieille mousse, des arabesques enguirlandées
de chutes de fleurs et de lambrequins amarante. Au plafond, c'est une
tapisserie d'Aubusson représentant la composition de Lancret gravée
sous le nom de l'ADOLESCENCE. Malheureusement, cette tapisserie
achetée à Munich en 1873, et sans doute prise en quelque château
français pendant la guerre,--et qui n'avait guère moins souffert que la
France,--fut si malheureusement réparée à deux reprises différentes,
qu'il a été nécessaire de prier l'ami Eugène Giraud de la repeindre un
peu,--et peut-être l'a-t-il repeinte avec trop de générosité?
Sur ces murs de peinture tissée qui ne souffrent aucune décoration,
rien que deux grands bras en bronze doré, mettant sur le panneau du
fond leur riche serpentement contourné, et dressant leur feuillage de
rocaille, d'où la bobèche sort et s'épanouit comme l'efflorescence
vigoureuse jaillissant du resserrement et du nœud d'une branche. Un
beau et libre travail de bronze doré, qui n'a dans sa perfection quoi
que ce soit du fini sec, du travail _perlé_ moderne.
Le merveilleux art industriel que l'art des Meissonier, des Gouthière,
et de tant de grands inconnus, pétrisseurs de bronze doré, fabricateurs
de ces robustes et élégantes choses qui ont l'air de sculptures
tournées dans un or malléable! Quel assouplissement de la matière
rebelle, et les habiles caresses des ciselets sur cette fonte qui
perd sa rigidité et prend quelque chose de la mollesse de son modèle
en cire! Ces bronzes dorés, j'en possède quelques-uns qui sont de
remarquables échantillons de la large facture de Meissonier, et de la
facture précieuse des bronziers de la fin du siècle. J'ai dans mon
antichambre un portoir, un des plus purs spécimens de cette rocaille,
au départ semblable au dos bombé et sinueux d'un coquillage, et qui
se creuse, et se renfle, et ondule, et serpente, et se branche, et se
termine en des tiges ornementales qui ont pour boutons de fleurs ces
perles longues qu'on dirait les larmes de la sculpture. Et l'or de ce
portoir, si tranquille et si reposé en son éclat sourd, cet or qui a,
pour lui, cette patine que le temps apporte aux vieux métaux! Parmi mes
porcelaines de Chine est une gourde plate en céladon, montée dans le
temps, et dont la monture est une des plus délicates montures du XVIIIe
siècle. La gourde, au socle et au goulot à palmettes, est enguirlandée
du flottement léger, soulevé par parties, et comme battant contre le
vase, de quatre rameaux de branchages étoilés de fleurettes, attachés
en haut sur les côtés par des nœuds de rubans, et s'entrecroisant au
rentrant des deux panses de la gourde. Et là-dessus une dorure mate
imitant le chagriné de la feuille, et au milieu de laquelle brille
seulement le bruni des pétales. Parmi mes bijoux en bronze doré,
n'oublions pas une paire de flambeaux en forme de carquois dont les
perles, les branches de lauriers, un entrelacement de myrte aux grains
brillant dans les intersections des feuilles, les ailettes du carquois,
sont de cette ciselure inimitable, poussée au dernier fini, et qui, en
son net détachement, n'a rien de coupant.
Mais à la description de ces bronzes dorés, il faut joindre la
description des bronzes, où le bronze florentin des corps nus de femmes
et d'hommes et d'enfants s'allie avec tant de goût aux accessoires
dorés. Voici une paire de candélabres, un premier exemplaire des
modèles bien connus de Clodion: le faunin aux pieds de bouc et la
petite fille couronnée de pampres, tous deux si joliment à cheval sur
la double branche du candélabre et semblant s'y balancer. Le beau gras
et le chaud ton obscur du bronze au milieu de l'or du socle, de l'or
de ces deux bras pareils à des thyrses tordus d'où pendillent des
raisins dans de la vigne! L'intelligente entente de l'ornementation,
et le soin et l'amour avec lesquels l'ouvrier du temps a parfait sa
tâche, et le riche objet d'art que sont ces deux candélabres, qui ont
cependant,--signature de l'époque,--de simples écrous en fer pour le
rattachement des pièces! Ces deux candélabres ont pour milieu, sur la
cheminée du petit salon, un Cupidon, dont je ne connais pas de double,
et que je ne sais à quel sculpteur français du XVIIIe siècle attribuer.
Debout, la tête baissée, le corps fléchi en avant, son carquois d'or
tombé sur un socle de marbre blanc, il essaye du bout d'un de ses
doigts le piquant d'une flèche. Un Amour qui n'a rien des rondeurs de
Boucher, mais un Amour élancé à la longueur éphébique de ces génies de
l'Hymen, dressés en haut des lettres de faire part de mariage de la fin
du siècle, un bronze d'un modelage des plus savants et dont les jambes
ont la filée ressentie des jambes d'un bronze italien du XVIe siècle.
Un mobilier des plus simples que le mobilier de la salle à manger:
une table et huit chaises sculptées par Mazaros à ses débuts, et
encore dans les angles coupés deux meubles de deux civilisations bien
différentes.
L'un est une servante en bois de rose, aux angles de bronze doré,
à la galerie de cuivre entourant la tablette de marbre blanc: la
servante sur laquelle successivement ma grand'mère et ma mère se sont
fait apporter leur chocolat. L'autre meuble, c'est un grand écran,
derrière lequel les _daïmios_ se tiennent dissimulés à la porte de
leur habitation: un panneau de trois pieds de hauteur merveilleusement
sculpté sur les deux faces, et dont un côté représente un pêcher en
fleurs, et le revers un rocher fleuri d'iris d'eau.
Sur la cheminée, entre la rocaille argentée de deux flambeaux à trois
branches portant les armes d'un cardinal, luit dans la blancheur
polie du Paros un petit marbre de Falconet: une baigneuse à moitié
accroupie, à moitié agenouillée, et essuyant, de la torsade de ses
cheveux ramenée et épandue sur sa poitrine, une goutte d'eau restée
au bout d'un de ses seins, dans un ramassement du torse, où apparaît,
délicieusement tortillée, la grâce abattue, fluette, allongée de son
petit corps. Une sculpture où il y a du Corrège dans une matière, pour
ainsi dire, voluptueuse, et que la lumière pénètre presque comme de la
chair vivante.
Cette statuette, ces tapisseries éclairées du doux feu des bougies d'un
lustre et de candélabres, alors qu'elles garnissaient notre ancienne
salle à manger de la rue Saint-Georges, ont vu de gais dîners, de gais
soupers. Janin, Gautier, Murger, de Beauvoir, Gavarni qui arrivait
toujours en retard, et à qui on mettait une montre dans son assiette
pour lui reprocher son inexactitude, et encore de très spirituels gens,
pas du tout célèbres, ont été charmants de verve et de gaieté entre
ces tentures. Il y avait en ce temps à la cave un certain Léoville, et
un extraordinaire Saint-Péray, achetés à une vraie vente de diplomate,
qui mettaient les convives en joie et en aimable folie, et avec ces
deux vins nous possédions une cuisinière très forte sur le pudding,
la _pasta frolla_, le _kari_, et nombre de plats étrangers vers la
confection desquels elle était poussée par une vocation bizarre, une
curiosité d'exotisme culinaire. Elle avait, cette espèce d'artiste
passionnée pour son art, une cuisine qui parlait à l'imagination de
l'estomac: qualité rare! Et vraiment l'on faisait, dans notre petit
quatrième, du manger pas ordinaire à Paris. Les Parisiens dînent de
l'architecture des plats montés, du damassé du linge, de l'éclat des
cristaux, des fleurs qui sont sur la table, de la cravate blanche des
domestiques, mais de beurre à 30 sous la livre, mais de vin ordinaire
qui vient de chez le marchand de vins d'à côté; mais de poisson aux
arêtes imprimées en bistre sur les filets, les malheureux ne se
doutent en aucune façon! Il n'y a positivement que les provinciaux
ou les hommes d'origine provinciale pour avoir ce qu'on appelle la
_gueule fine_, et pour aimer la cuisine délicate, la cuisine que font
seulement les femmes. Un gourmand émérite, M. de Montalivet, même en
ses ministères, n'eut jamais de chef. Moi donc, qui suis de la province
que je regarde comme la province des plats cuisinés, fricotés, mijotés
avec le plus d'amour et d'art, j'avais eu l'ambition d'introduire à mes
dîners un peu de vraie cuisine lorraine. Et pour cela j'accomplissais
presque une œuvre méritoire: je faisais venir à mes frais à Paris,
et m'engageais à loger et à nourrir pendant tout le carême, un vieux
cordon bleu des Vosges, ancienne cuisinière d'évêque, demeurée très
dévote et prise de la tentation de faire un carême dans la capitale,
où elle n'était jamais venue. Il s'agissait de la bisque d'écrevisse
et du salmis de bécasse! Me comprenez-vous bien? d'une bisque qui ne
fût pas cette odieuse panade de crevettes et de blé de Turquie colorée
avec quelques gouttes d'une teinture pourpre, mais un vrai beurre
d'écrevisse obtenu avec les coquilles pilées et sur lequel sont étalées
les plus belles queues; d'un salmis de bécasse qui ne fût pas cette
ratatouille avec une liaison rousse, mais un salmis parfumé de baies
de genièvre, dans une vraie sauce de coloriste, une sauce chaudement
noire, où il y a comme des yeux d'huile.
Dans ce temps, il faut le dire, nous étions deux: c'était presque un
ménage qui recevait.... Aujourd'hui la salle à manger d'Auteuil n'est
plus que la salle à manger d'un vieil homme seul, qui aime mieux la
salle à manger des autres.
PETIT SALON
Pauvre petit salon! Que de tristes et anxieuses journées passées entre
ses murs, d'où l'ébranlement du canon faisait tomber les cadres, au
milieu des livres ficelés en paquets, et près de ce feu de bois vert,
le feu parisien des mois de décembre et de janvier 1870-1871!
Ce salon était à la fois ma chambre à coucher, ma cuisine et tout, et
j'y vivais en compagnie d'une poule, la dernière survivante de six
volailles: toutes les provisions que j'avais faites, hélas!--moi qui
mange avec les yeux, et ne pouvais m'habituer au rose noirâtre de la
viande des _tire-fiacres_.
Cette poule ou, pour mieux dire, cette poulette, toute blanche, et
joliment cailloutée, et coquettement huppée, était bien la plus
impudente petite bête que j'aie jamais rencontrée, sautant sur la
table, au moment où on me servait à déjeuner,--quel déjeuner, mon
Dieu!--et de deux coups de bec rapides comme deux éclairs, nettoyant
la moitié du maigre plat. La petite misérable pondait, mais il n'y
eut jamais moyen d'avoir d'elle un œuf; il n'était pas sorti de son
corps qu'il était avalé! Et l'amusant spectacle qu'elle me donna, quand
nous arrivâmes à ce pain qui ressemblait à un cataplasme lardé de
cure-dents. Elle commençait à jongler avec les petits morceaux qu'on
lui jetait, à la fois dédaigneuse et colère, puis elle gémissait, puis
elle pleurait, demeurait _rognonnante_ toute la journée, et ne se
décidait à manger le pain du siège que le soir.
Somme toute, je m'y étais attaché, elle avait des allures si gamines,
des remuements de la huppe si crânes, des familiarités si _drôlettes_,
elle donnait à ses gloussements, à son caquetage un langage si humain;
elle grimpait avec tant de gentillesse le long de mon corps, pour de là
s'élancer sur la cheminée, et donner force coups de bec furibonds à la
glace qui lui montrait une autre elle-même!
Bref, tous les matins, je la peignais au peigne fin... et ne pouvais me
résoudre à la manger.
Cependant les moineaux et même les merles, en oiseaux intelligents,
avaient disparu de Paris, ne s'offrant plus aux coups de fusil; j'avais
dévoré mes poissons rouges; la mairie d'Auteuil venait de nous délivrer
pour moi et ma domestique une petite queue de morue salée qui devait
faire notre nourriture pendant trois jours; le pain était _inavalable_:
il fallut prendre un parti. Je dis à ma domestique de tuer _Blanche_.
Elle ne savait pas, elle n'avait jamais tué d'animaux. Moi pas plus,
et je voulais faire passer de vie à trépas la bestiole sans la faire
souffrir. Longtemps je cherchai le moyen, quand je me rappelai avoir à
la maison un sabre japonais, dont la trempe, m'avait-on dit, valait la
trempe des cimeterres avec lesquels le sultan Saladin coupait en deux
un coussin de plumes.
L'instrument de mort était trouvé, et j'appelais la poulette dans
le jardin. En ce moment, il y avait dans le ciel un ouragan d'obus
prussiens passant au-dessus de la maison pour aller tomber dans le
faubourg Saint-Germain; et la poulette interrogeait le ciel avec
le regard défiant des bêtes du Jardin des Plantes d'alors,--et qui
avaient l'air, du fond de leurs cabanes, de demander si l'orage qui
tonnait là-haut depuis deux mois n'allait pas finir. Il faisait aussi
le terrible froid de ce terrible hiver, et la frileuse hésitait à se
risquer dehors. Enfin la gourmandise triompha, j'avais émietté par
terre un peu d'une galette de vraie farine, cuite le matin, sur les
carreaux de ma cheminée. Je prenais bien mes mesures, et au moment où
elle relevait le cou pour la déglutition d'un morceau un peu plus gros
que les autres, avec mon sabre japonais, je lui détachai la tête aussi
bien qu'aurait pu le faire un bourreau du pays du sabre... mais ne
voilà-t-il pas que la poulette décapitée se met à courir en laissant
derrière elle un sillon rouge sur la neige de l'allée, et à travers le
jardin aux arbustes cristallisés, dans le jour blême de l'heure entre
chien et loup, elle allait toujours sur ses pattes titubantes, battant
frénétiquement des ailes,--une aigrette de gouttelettes de sang,
au-dessus de son col coupé, à la place de tête.
Cet assassinat est un de mes remords, ... d'autant plus que, je dois
l'avouer, elle était horriblement dure, _Blanche_!
* * * * *
Enfin, un jour, de ce petit salon devenu un poulailler sous le siège,
une cible à balles et à obus sous la Commune, il me prit la fantaisie
d'en faire une espèce de musée des dessins de l'école française
recueillis par mon frère et moi depuis longues années. _Faire_ une
pièce dans ma maison: voilà presque toujours, après la publication d'un
livre et avec l'argent qu'il rapporte, la récréation, la récompense
que je me donne. Bien souvent je me suis dit: Si je n'étais pas
littérateur, si je n'avais pas mon pain sur la planche, la profession
que j'aurais choisie, ça aurait été d'être un inventeur d'intérieurs
pour gens riches. J'aurais aimé qu'un banquier, me laissant la bride
sur le cou, me donnât plein pouvoir en un palais qui n'aurait eu que
les quatre murs pour lui en imaginer la décoration et le mobilier
avec ce que je trouverais, rassortirais, commanderais, avec ce que je
découvrirais chez les marchands de vieux, les artistes industriels
modernes ou dans ma cervelle. Mais cette profession n'étant pas encore
la mienne, je travaille pour mon compte dans des conditions plus
modestes. J'ai donc cherché mon nouveau petit salon de façon à faire
ressortir le mieux possible des dessins, et des dessins montés en bleu,
en ces intelligentes montures dont l'honneur de l'invention revient
à Mariette. Après avoir longuement médité, et ainsi qu'on médite un
chapitre de livre, je suis arrivé à la conviction qu'il n'y avait que
le rouge mat et le noir brillant pour faire valoir les dessins anciens.
Et j'ai fait peindre les boiseries, les portes, les corniches en noir,
toutefois au _poli_, et de cette peinture employée pour les panneaux de
voiture, et qui dure trois mois par les ponçages successifs, mais qui a
le mérite d'enfermer les choses dans des compartiments d'ébène. Restait
la tenture et la qualité de son rouge que je voulais mat: c'était là
la difficulté. Je me rappelle un jour, sous le merveilleux plafond de
Baudry, Mme de Païva me disant à propos de la tenture de son salon dont
j'admirais la pourpre profonde:
«Oui... mais voilà l'histoire de ma tenture. J'ai dit au fabricant de
Lyon qui me présentait son plus beau et son plus doux échantillon:
Monsieur, il me faut une étoffe six fois plus épaisse que celle-ci,
pesant six fois plus, vous m'entendez?--Et me faisant apporter un
pèse-lettres, j'ai pesé son échantillon devant lui pour qu'il n'y eût
pas d'erreur.»
--«Mais, Madame, jamais cela ne s'est fait. Et l'homme me regardait
comme une folle.»
--«Eh bien, cela se fera pour la première fois!»
«Je pensais, continua-t-elle, que cette épaisseur qui ferait un cuir
de l'étoffe, apporterait au tissu une qualité de couleur qu'il n'avait
pas, et vous voyez que je ne me suis pas trompée.»
En effet, Mme de Païva avait eu raison, mais la tenture coûta 800,000
francs, et moi je devais trouver quelque chose d'un peu moins cher.
La soie, dans les conditions ordinaires, n'était pas mon affaire;
les étoffes de laine se mangent, deviennent facilement violettes,
vineuses: il n'y a au fond que les étoffes de coton pour garder leur
intense nuance de _géranium_. Et tout fut couvert d'andrinople. Je
risquai même le plafond rouge, une audace! mais qui m'a réussi, et
qui, par l'enveloppement complet des dessins dans une coloration une
et chaude, en fait saillir les blancs et toutes les clartés laiteuses
que tue un plafond de plâtre. Au fond, posons en principe qu'il n'y a
d'appartement harmonieux que ceux où les objets mobiliers se détachent
du contraste et de l'opposition de deux tonalités largement dominantes,
et le rouge et le noir est encore la plus heureuse combinaison qu'un
tapissier ait trouvée comme repoussoir et mise en valeur de ce qui
meuble une chambre.
Les boiseries ainsi peintes, les murs ainsi tendus, on a refait avec
du vieil or la toilette des cadres de chêne sculpté, trouvés en grande
partie chez le vieux Goguet de l'ancienne rue de Childebert, sacristain
de Saint-Germain-des-Prés, je crois bien, à certaines heures, et
brocanteur amoureux de bois doré, le restant de la journée.
Et ce sont sur la rouge muraille, autour des dessins, ces élégants
profils, ces délicats rangs de perles sculptées qui ne sont pas comme
dans les cadres modernes un chapelet de boulettes de pâte enfilées
dans une ficelle, et ces plates bordures aux jolies feuilles d'eau et
surmontées d'un écusson, que surplombe tantôt une coquille au milieu
d'une chute de fleurettes, tantôt un cartouche dans un nœud de ruban
dont les deux bouts retombent de chaque côté.
Là, dans ce petit salon est la plus grande partie de mes dessins,
qui couvrent encore les parois du grand salon, montent et descendent
l'escalier, remplissent les cartons dans cette chambre et cette autre,
et se répandent ainsi par toute la maison.
Cette collection est ma richesse et mon orgueil. Elle témoigne de
ce qu'un pauvre diable avec de la volonté, du temps, et en massant
un rien d'argent sur une seule chose, peut faire. Une collection de
tableaux et très charmante,--elle m'était possible en ce temps;--mais
je sentais qu'avec ma petite fortune, je ne pouvais faire qu'une
collection secondaire, tandis qu'une collection de dessins, il m'était
donné d'en rassembler une qui n'eut pas d'équivalent, qui fut la
première de toutes. Et je puis dire sans fausse modestie que mon
frère et moi l'avons réalisée, cette collection de dessins français
du XVIIIe siècle! Oui, grâce au dédain de l'époque pour cette école,
aux timidités de mes concurrents tous plus riches que moi, et à la
résolution bien arrêtée de ne jamais acheter un tableau quelque bon
marché qu'on me l'offrît, j'ai pu réunir près de quatre cents dessins
montrant l'école française sous toutes ses faces, et presque dans tous
ses spécimens, et des dessins qui sont en général les dessins les plus
importants de chaque Maître, petit ou grand.
Mais vais-je en passer la revue en courant?... Non, j'aime mieux faire
l'honneur de ma collection à mon lecteur, en lui mettant entre les
mains le catalogue inédit précédé d'une préface.
PRÉFACE
Qui se rappelle aujourd'hui la vieille place du Carrousel avec tous ces
cartons bâillant entr'ouverts à la porte de ses centaines d'échoppes?
En 1848, j'y achetais, à seize ans, mon premier dessin, une aquarelle
de Boucher: et elles ne sont pas communes, les aquarelles de Boucher.
Qui se rappelle les cartons bâillant entr'ouverts sous les arcades
de l'Institut, et tout le long des quais, et à l'entrée de cet antre
s'ouvrant sous un jardin, là où s'élève aujourd'hui le _Journal
officiel_? Je trouvai là un jour dans un carton à vingt sous, et
collés sur une même feuille, neuf croquis de Gabriel de Saint-Aubin
pour une illustration du _Zadig_ de Voltaire qui n'a point été gravée.
Qui se rappelle les cartons à la porte des bric-à-brac du boulevard
Beaumarchais et dans le renfoncement de tous les vieux murs délités et
des édifices religieux abandonnés, ainsi qu'autour de cette chapelle
Saint-Nicolas, au haut du faubourg Saint-Honoré, où l'étalagiste fixait
avec un clou ses plus beaux dessins dans la pierre pourrie? Là, pour
une pièce de trois francs, je devenais possesseur d'un de mes jolis
Cochin. Car, en ces années, il y avait des dessins partout, des dessins
mêlés à de la ferraille, des dessins exposés entre des tire-bouchons
sur des bouts de trottoirs, et l'un de mes Watteau me vient d'un
vendeur de flèches de sauvages et de têtes d'Indiens boucanées. Donc
on rencontrait alors des dessins, et des dessins de l'école française
du XVIIIe siècle chez tous les brocanteurs de vieilleries quelconques.
Et j'ai le souvenir lointain d'une regrattière de la rue Jacob à la
cornette lorraine, qui, de sa porte quelquefois, me hélait, lorsque je
me rendais à l'École de Droit, me disant: «Jeune homme, j'ai pour vous
un petit dessin pas cher.» La vieille femme avait flairé un _pays_ à
qui elle aimait à vendre.
Et le beau temps des ventes, de ces ventes de dessins en l'hôtel
Bullion de la place de la Bourse, en l'hôtel de la rue des Jeûneurs,
où dans la solitude de la grande salle, il y avait bien en tout douze
personnes, et où un dessin, adjugé à 25 francs, faisait pousser des oh!
et des ah! comme pour une adjudication de fou, et où l'enchère était
suivie, pendant quelques minutes, de risées, et comme d'éternuments
de mépris, par deux ou trois contempteurs de l'école française
aux chapeaux roux. Je vois, je vois encore une des premières et
malheureuses ventes que faisait, en qualité d'expert, Thoré: vente dans
laquelle une série de préparations de têtes de femmes pastellées par
notre grand La Tour, et qui n'étaient pas encadrées, et qui n'étaient
pas même montées, mais tout bonnement enveloppées de papier de soie
dont on entortille les oranges, atteignaient avec une peine extrême
5 et 6 francs. Pas une ne dépassa ce prix. Et longtemps les ventes
durèrent ainsi, et longtemps mon frère ou moi, un La Bruyère dans notre
poche, pour tromper l'ennui de la vacation, nous allions tour à tour
conquérir à vil prix quelque précieux dessin: un dessin comme «l'Épouse
indiscrète» de Baudouin, ou les «Négrillons heiduques» de Portail.
Mais alors même les ventes n'apportaient à une collection que quelques
dessins. Ce qui la grossissait soudainement, c'étaient les _coups_, ces
acquisitions fortunées d'un marchand arrivant _premier_ après un décès
tout chaud, et lorsqu'on avait la chance de tomber dans l'emménagement
de l'achat. J'ai dans la mémoire une de ces heureuses affaires faites
par Danlos père, et où, pour quelques mille francs, il avait eu un
régiment de cartons, bondés des plus curieux dessins et des plus rares
estampes,--une collection à se vendre maintenant 500,000 francs. Dans
la boutique, une montagne, un entassement de vieux portefeuilles
éventrés, d'où se répandaient sur le plancher des morceaux de papier
montrant des coins de crayonnages adorables; dans l'arrière-boutique,
des amis, des bouteilles, des verres, et la célébration et le joyeux
arrosage du marché fêté à la cantonade.
«Eh!... combien ça, monsieur Danlos?»
Et Danlos, au bout de quelques instants, faisant sa rentrée dans la
boutique, en se grattant la tête de sa casquette violemment remuée sur
son occiput, vous prenait la chose de la main, et la regardant d'un
œil vague, et de côté, tout au bout de son bras tendu à la hauteur de
sa cuisse, vous disait au hasard un prix fort cher... pour le temps,
mais bien bon marché pour aujourd'hui.
Ah! l'heureuse époque pour un collectionneur, que ces années où, du
lever au coucher du jour, il y avait chez les marchands d'estampes dix
jours entiers à regarder des dessins français, et de quoi pour un homme
qui aurait eu plus d'argent que je n'en avais alors dans ma poche, de
quoi en charger un fiacre.
Et les pittoresques silhouettes de marchands, hélas! tous défunts.
Tout d'abord le père Blaisot, le descendant du libraire établi au
XVIIIe siècle sur les marches du grand escalier de Versailles, le doyen
des marchands d'estampes, qui avait eu d'abord la petite boutique de
la rue Guénégaud, puis le long boyau de la rue Taitbout, où furent
exposés tant de beaux et précieux dessins, enfin le grand magasin de
la rue de Rivoli: un petit homme maigre, toujours en cravate blanche,
avec du jovial et du renarré sur la physionomie, et une seule dent
dans la bouche. On le rencontrait trottinant dans tous les quartiers
de Paris, une gravure, un dessin, une toile sous le bras, qu'il vous
mettait sous le nez en pleine rue. Un homme de goût, un connaisseur,
le seul _tenant_ dans sa profession pour l'école française, et le
seul concurrent redoutable dans les ventes d'alors. Au fond bonhomme
sympathique à ses jeunes clients, s'intéressant à leurs collections.
Une des dernières fois que je l'ai vu avant sa mort, c'était le 8
septembre 1870, un jour où j'étais allé voir les travaux du fort de
Montretout. Des 20,000 ouvriers qui devaient remuer la terre, il y
en avait bien en tout deux ou trois cents, mais que regardait, avec
une inquiétude suffisante, le père Blaisot, en cravate blanche, d'une
petite vigne toute chargée de ceps de raisins noirs: une vigne, sa
propriété où était arrêtée la construction de la maison dans laquelle
sa vieillesse voulait respirer l'air pur de la colline, après avoir
respiré tant d'air putride de salles de vente.
Un autre singulier petit homme,--celui-là tout en boule,--était Mayor,
le marchand de dessins anglais, qui, dans sa figure rondelette et
blême, avait deux petits yeux noirs, assez semblables à des pépins,
dans un quartier de poire, et un nez qui était comme une gousse de
piment. Perpétuellement à cheval sur Londres et sur Paris, Mayor avait
ses dessins dans de grandes boîtes, et vous les montrait au fond d'un
appartement aussi sombre que les boutiques des anciens marchands de
drap de Paris. Debout devant vous, il tirait de ses boîtes posées sur
le parquet des dessins qu'il vous présentait, et cela indéfiniment.
Vous aviez beau demander grâce, il allait toujours avec la régularité
mécanique d'un automate, un sourire en fer à cheval d'une caricature du
_Punch_, et un nez qui, par l'afflux du sang à sa tête à tout moment
penchée à terre, passait de la couleur écarlate à la couleur aubergine.
Je soupçonne mon ami Mayor d'avoir parachevé bon nombre de Watteau que
le Maître avait laissés à l'état de croquis.
Mais parlons un peu du vieux Guichardot, du temps de ma jeunesse, où il
habitait la rue Saint-Thomas du Louvre, en un logis qui était le vrai
cadre de l'original personnage.
Une rue d'ombre et de silence, où rarement s'aventurait le soleil,
où jamais ne passait une voiture. Guichardot avait dans cette rue
une boutique, une espèce de resserre rustique, aux volets clos, et
contre les murs de laquelle montaient jusqu'au plafond des cartons,
des cartons, des cartons comme je n'en ai vu nulle part, et tout
remplis de dessins de toutes les écoles et qu'on n'avait jamais songé à
débrouiller. Là dedans, c'était une odeur de papier moisi, délectable
et prometteuse pour un amateur. Avec une lenteur qui désespérait votre
impatience, Guichardot vous apportait une chaise cassée, puis un carton
qu'il plaçait dans une filtrée de jour venant de la porte de la rue
entre-bâillée, et dénouait longuement, longuement les cordons... Enfin,
au milieu de l'effarement de cloportes fuyant dans tous les sens à
travers les dessins, commençait la séance. Lui, placé derrière vous,
regardait par-dessus votre épaule chaque dessin que vous regardiez,
avec un regard énigmatique de son bon œil. Les heures passaient, une
nuit rembranesque remplissait la boutique, une pénétrante humidité
vous tombait sur les épaules comme une petite pluie invisible, la
fatigue de voir commençait à vous venir... et lorsque vous vous
retourniez, et que vous retrouviez cet œil narquois, et cet autre
bouché par un morceau de taffetas noir, et cette houppelande qui avait
des blanchiments imitant le salpêtre sur un vieux mur, il vous venait
le sentiment d'avoir dans le dos un être fantastique: le gnome des
vieux dessins.
* * * * *
Oui, pour terminer, rien n'était plus facile et à meilleur marché, dans
ce temps, que de faire une collection de dessins français du XVIIIe
siècle: seulement, il y avait dans l'atmosphère un si énorme dédain
pour cette école, les gens que vous connaissiez faisant de la peinture,
vous plaignaient avec des regards si tristes, vous passiez pour un
homme tellement privé de goût par les Dieux, qu'il fallait avoir un
grand mépris de l'opinion des autres, pour la faire, cette collection!
COLLECTIONS DE DESSINS DE GONCOURT
PEINTRES, SCULPTEURS, DESSINATEURS, VIGNETTISTES, ORNEMANISTES,
ARCHITECTES DU XVIIIe SIÈCLE
ANONYME.--Sur un fond d'architecture, entre deux colonnes torses
entourées de guirlandes de fleurs, un voile tendu par deux
amours; en haut, au milieu, un petit cartouche représentant Jésus
amené devant Caïphe; en bas, le lavement des pieds des Apôtres
prenant tout le bas de la feuille de papier.
Dessin à la sanguine et à la pierre d'Italie[7].
[7] A propos de la pierre noire et de la sanguine, ces deux
matières employées par les dessinateurs du XVIIIe siècle, nous
avons une lettre de Watteau qui se plaint de la dureté de la
sanguine, et nous savons qu'il la faisait venir d'Angleterre.
Descamps se plaint également, dans une lettre à Desfriches,
de la pierre noire qu'on achète à Paris, et dit se la faire
envoyer d'Espagne.
Encadrement de page d'un livre religieux, dont le texte devait
être imprimé sur le blanc et le vide du voile.
Manière de Hallé.
H. 34, L. 22.
--Même entourage; en haut, cartouche représentant l'Annonciation;
en bas, le prophète Élie avec un aigle à ses pieds.
Dessin à la sanguine et à la pierre d'Italie.
Même destination que le précédent.
Manière de Hallé.
H. 31, L. 22.
ANONYME.--Sous de grands arbres, au bord d'une rivière, une Diane
dormant nue au milieu de ses nymphes.
Bistre sur crayonnage.
Manière de Callet.
H. 23, L. 26.
ANONYME.--Une femme, un pied sur un banc, et qu'un jeune homme
soulève, l'aidant à atteindre un bouquet de cerises; un homme
couché à terre et regardant sous les jupes de la femme.
Lavis à l'encre de Chine sur trait de plume.
Manière de Queverdo.
H. 21, L. 17.
ANONYME.--Un sultan assis, les jambes croisées sur un divan, une
aigrette de rubis à son turban; derrière lui trois Turcs, dont
l'un fume.
Aquarelle sur trait de plume.
Manière mélangée de Liotard et d'Hilaire.
H. 25, L. 31.
ANONYME.--Zéphyr caressant Flore couchée à terre. Faune
surprenant une nymphe endormie sur son urne.
Dessins sur papier jaune, à la pierre noire estompée, rehaussée
de craie.
Ces deux dessins dont j'ai vu autrefois les tableaux, non signés,
chez Évans, marchand de curiosités, sont faits dans la première
manière de Vien.
H. 9, L. 25.
ANONYME.--Une vue des nouveaux boulevards, pleine de monde qui
regarde un Arlequin, au son d'un violon, balancer un coq sur une
corde.
Encre de Chine, très légèrement lavée d'aquarelle.
École de Huet.
H. 27, L. 34.
ADAM (_Lambert-Sigismond_). Le sculpteur auquel Mariette reproche
«de faire tout en sorte que tout forme trou dans ses ouvrages», le
dessinateur facile et tourmenté.
--Fontaine, au pied formé par deux dauphins rejetant l'eau que
versent, au sommet, deux amours aux extrémités de poissons. Tout
autour du vase, orné de masques, court une frise représentant des
jeux d'amours.
Bistre sur trait de plume.
Signé: _Adam_.
H. 40, L. 25.
AMAND (_Jacques-François_). Un artiste que l'on ne connaît guère que
par la petite eau-forte insérée dans le «Dictionnaire des graveurs» de
Basan, un peintre qui a eu l'ambition de refaire pour son temps, dans
une suite de grands dessins, les intérieurs d'artisans de Bosse qu'il
peuple d'ouvriers à la tournure d'apôtres,--des ressouvenirs de peintre
d'histoire, transportés dans la vie familière du XVIIIe siècle. Deux
des dessins de cette suite, le _Menuisier_ et le _Doreur_, mentionnés
dans le catalogue du graveur Le Bas, se retrouvaient à la vente de M.
Laperlier.
--Dans un atelier aux poutres du plafond soutenues par des
colonnes de pierre, des ouvriers sont occupés à des travaux de
menuiserie. Au premier plan, à gauche, une femme agenouillée
remplit un panier de copeaux[8].
[8] La plupart des dessins de ma collection ont été reproduits
en fac-similé par la maison Braun.
Dessin lavé à l'encre de Chine sur trait de plume.
Signé sur un rabot posé à terre: _Amand_.
Gravé par Chenu et Le Bas de la même grandeur sous le titre:
_l'Atelier du sieur Jadot établi dans l'emplacement de l'ancienne
église de Saint-Nicolas_.
Vente Lebas et Laperlier.
H. 33, L. 44.
AUBRY (_Étienne_). Des dessins dans la manière de Greuze, lavés avec le
bistre de Fragonard, mais qui n'ont pas la fougue du dessin du premier,
ni la chaleur du procédé du dernier; le bistre en les dessins d'Aubry
ne fait que des salissures[9].
[9] J'excepte deux études d'un homme en chapeau rond,
conservées dans les cartons du Louvre, et qu'on pourrait
prendre pour des bistres de Fragonard.
--Dans une chambre de la campagne, une dame faisant embrasser
par un garçonnet en matelot un tout petit enfant, que tient sur
ses genoux une jeune femme; à gauche est assis un gentilhomme
jouant avec une grande canne; à droite, derrière la chaise de
la visiteuse, une vieille paysanne et un vieux paysan se tenant
debout.
Bistre.
Gravé par De Launay, sous le titre: LES ADIEUX A LA NOURRICE. Le
tableau a été exposé au Salon de 1777, et depuis a fait partie de
la collection de M. Boitelle.
Vente Valferdin.
H. 39, L. 48.
--Femme tenant contre elle un enfant effrayé à la vue d'une
souris, que lui montre, dans une souricière, une autre femme
agenouillée.
Bistre.
Portant la marque A G P B, la marque de M. de Bizemont, fondateur
du Musée d'Orléans.
H. 28, L. 24.
BARDIN. Un dessinateur du nu, plus anatomiste et moins conventionnel
que ses contemporains.
--Au milieu de femmes ivres, aux mains garnies de cymbales, un
corybante dansant, en agitant au-dessus de sa tête un tambour de
basque.
Camaïeu de gouache sur papier jaune réservé pour les lumières.
Signé: _Bardin, 1776_.
Vente Tondu.
H. 32, L. 16.
BAUDOUIN (_Pierre-Antoine_). Je ne puis que répéter ce que j'ai déjà
dit: c'est que la gouache de Baudouin n'a rien du petit art fini et
pourléché de Lawreince, mais que ses gouaches sont esquissées dans la
pâte à l'eau, ainsi que Fragonard esquissera, plus tard, ses nudités
dans la pâte à l'huile. Et j'ajouterai que toute gouache finie,
pinochée, qui a perdu le caractère d'esquisse, n'est pas un Baudouin ou
n'est plus un Baudouin. Je vais m'expliquer sur cette dernière phrase.
Il y a un certain nombre de Baudouin qui ont un dessous vrai, mais qui
n'ont que cela, avec une peinturlure bête par dessus, et je citerai la
«Soirée des Thuileries» venant du baron de Saint-Vincent, où il n'y
a plus guère du peintre, à l'heure qu'il est, qu'un peu de la femme
et son gant long; je citerai encore «le Coucher de la mariée» ayant
appartenu à Roqueplan, où la touche de l'artiste n'est plus retrouvable
que sur la garniture de la cheminée. Les gouaches de Baudouin, ces
peintures fragiles, un moment abandonnées à l'humidité des fonds de
magasins et même à la pluie des quais, ont généralement beaucoup
souffert et ont été restaurées pour le goût de ceux qui les achetèrent
bien avant les artistes, pour les vieux _polissons_. Puis au fond il
n'a jamais existé de restaurateur capable de faire revivre l'esprit,
le faire d'ébauche de ces sortes d'ouvrages. Non, disons-le encore,
jamais on ne rencontre chez Baudouin le travail du dessus de tabatière,
le joli peiné de la gouache courante; au contraire, il préfère au
plaisant du métier, aux agréables et fausses colorations du genre,
des couleurs qui visent à la solidité, à l'intensité, à la vérité de
la peinture à l'huile, et les «Soins tardifs», de ma collection,
sont un curieux spécimen du sérieux introduit, dans la gouache, par
l'artiste si maltraité par le vertueux Diderot. Mais s'il y a beaucoup
de Baudouin repeints, il est encore un plus grand nombre de copies
du temps, exécutées dans une coulée sans transparence, sans rupture
de tons, à l'apparence mate et plâtreuse de papier peint, et parmi
lesquels je classerai les gouaches jusqu'ici connues du «Confessionnal»
et du «Catéchisme». Parmi tous les Baudouin que j'ai vus, je ne connais
de Baudouin originaux et sincères, en dehors de ceux catalogués ici,
que sa gouache de réception d'une exécution très faible, le croqueton
du «Fruit de l'Amour secret» gardé dans un carton du Louvre, un second
exemplaire avec différences de «l'Épouse indiscrète» provenant de la
vente du baron Saint-Vincent et possédé par M. Edmond de Rothschild[10].
[10] A la vente Pourtalès, était exposée la gouache de la
composition gravée sous le titre du CURIEUX, mais elle était
exposée au-dessus d'une porte, et il m'a été impossible de la
voir, de manière à la juger.
--Une femme, cachée par un amas de matelas jetés sur un fauteuil,
épiant son mari, qui prend la gorge d'une chambrière, renversée
sur le lit qu'elle était en train de faire.
Gouache.
Gravée en réduction par Simonet, sous le titre: l'ÉPOUSE
INDISCRÈTE. Elle est gravée avec changement: la femme,
agenouillée dans la gravure, est debout dans le dessin.
Provenant de la collection Paignon-Dijonval, dans le catalogue
de laquelle cette composition est cataloguée sous le n° 3542.
H. 33, L. 29.
--Un gouverneur pénétrant avec son élève dans une chambre à
coucher, où se voit, sur un lit, une femme dormant presque nue.
Aquarelle sur trait de plume.
Gravé par de Ghendt en réduction et avec changements dans la
suite des _Quatre parties du Jour_, sous le titre: LE MATIN.
Vente Prault, où cette aquarelle est décrite sous le n° 43, et
seconde vente Tondu.
H. 25, L. 20.
--Une jeune villageoise et son amant surpris dans un grenier, au
milieu de leurs ébats amoureux, par la mère de la jeune fille,
dont la tête apparaît dans l'ouverture d'une trappe.
Gouache.
Gravé par De Launay sous le titre: LES SOINS TARDIFS.
Vente Tondu.
H. 29, L. 22.
--Une femme à sa toilette, dont un coiffeur accommode les
cheveux, pendant qu'une fille de chambre l'éclaire avec une
bougie; un gentilhomme accoudé sur la toilette.
Croquis à la plume, lavé d'aquarelle.
Première idée du sujet gravé par Ponce, sous le titre: LA
TOILETTE, mais différente de la composition définitive.
H. 23, L. 18.
BEUGNET. Un de ces ignorés dessinateurs, dont je crois que toute
l'existence artistique est révélée par «la Marchande de bouquet et la
Marchande de noix à la guinguette», deux estampes mentionnées dans le
catalogue de Paignon-Dijonval, et la présence dans ma collection, de
deux grandes et mauvaises gouaches, très curieuses pour l'iconographie
de la Révolution. L'une d'elles est incontestablement l'_Ile d'Amour_
de Belleville, bal devenu une mairie, et qui avait conservé, dans sa
cour, le kiosque de treillage de mon dessin, existant encore il y a
une vingtaine d'années. Elles ont encore un intérêt, ces deux gouaches
datées de 1793: elles vous donnent la représentation du bonnet rouge
élégant de ces années, du bonnet, pour ainsi dire, des muscadins du
temps, une espèce de bonnet à la houssarde, au gland tombant sur le
côté, bleu de ciel, bordé d'une large bande rouge.
--Un cabaret de la Courtille sous la Terreur.
La façade est surmontée d'un écusson flanqué de drapeaux,
tricolores et couronné d'un bonnet rouge. Aux tables du jardin,
des femmes, des enfants, des civils, des militaires boivent,
mangent, font l'amour. Sous l'ombre de grands arbres, un
orchestre composé d'un violon, d'un cor, d'une basse, fait danser
une contre-danse à quatre couples. Au premier plan est assis
sur une table un militaire, le casque sur la tête, en habit à
parements rouges, en gilet et en culotte jaunes, en bas bleus.
Gouache.
Signé: _Beugnet, 1793_.
H. 35, L. 53.
--L'Ile d'Amour.
Sous un pavillon de treillage surmonté d'un bonnet rouge, un
couple danse. Les tables sont peuplées de femmes au petit bonnet
de linge noué d'un ruban, aux amples fichus croisés sur la
poitrine, et d'hommes poudrés en carmagnole de couleur tendre,
en élégant bonnet rouge. Un homme, tout habillé de rose, donne
le bras à une femme tout habillée de bleu, et qui porte sur la
tête une sorte de chapeau de pierrot, entouré d'une guirlande de
roses. Une femme qui a une ceinture tricolore, s'évente, un pied
posé sur un tabouret, tout en causant avec des gardes nationaux.
Au premier plan, à gauche, dans un appentis, un garçon cabaretier
verse le vin d'un broc dans un litre d'étain.
Gouache.
Signé: _Beugnet, 1793_.
H. 35, L. 53.
BLARENBERGHE (_Louis-Nicolas_). On connaît le faire microscopique de
cet artiste de tabatières et de boîtes. Aurait-il fait parfois des
choses plus larges? Voici un dessin qui a tout l'air d'un Lepaon, et
que je n'aurais jamais songé à attribuer à Blarenberghe, si je n'avais
trouvé chez M. Edmond de Rothschild la gouache terminée et, je crois,
signée. Malgré cela, je n'ai pas une bien entière confiance dans mon
attribution.
--Course de chevaux dans la plaine des Sablons. Au premier plan
des gentilshommes à chevalet des carrosses, dont l'un est attelé
de six chevaux.
Croquis à la plume, lavé à l'encre de Chine, avec les figures de
second plan et le paysage seulement indiqués à la pierre noire.
La gouache de M. Edmond de Rothschild porte la date de 1782.
H. 26, L. 64.
BOILLY (_Louis-Léopold_). Dessinateur, dont les grandes aquarelles
de scènes bourgeoises, aux contours d'une calligraphie facile,
aux colorations par larges teintes plates étendues sur des ombres
uniformément préparées à l'encre de Chine, ne manquent pas d'un
certain effet dû à la simplicité du procédé, de l'effet qu'obtenait
avant lui, dans ses humoristiques lavis en couleur, l'Anglais
Rowlandson.
--Dans une rue de Paris, par une pluie battante, un mari, donnant
la main à deux enfants, et suivi de sa femme et de sa fille, qui
tient un parapluie sur la tête de sa mère en toilette de soirée,
traverse une passerelle jetée sur un ruisseau. A gauche, un homme
du peuple causant avec une cuisinière.
Dessin sur trait de plume, rehaussé d'aquarelle sur lavis d'encre
de Chine.
H. 32, L. 40.
BOISSIEU (_Jean-Jacques de_). Un Hollandais de Lyon retrouvant parfois,
en ses laborieux lavis à l'encre de Chine, les habiles petits coups de
lumière des grands maîtres des Pays-Bas.
--Un groupe d'arbres, éclairés sur leurs cimes, par une lumière
frisante qui vient de la gauche, et projetant leurs ombres à
terre; au fond, un lointain montagneux du Lyonnais.
Lavis à l'encre de Chine.
Signé: _D. B. 1793_.
H. 12, L. 24.
BOQUET. C'est le dessinateur officiel des Menus-Plaisirs,
l'imaginateur, pendant toute la seconde moitié du XVIIIe siècle, de
tous les costumes et travestissements pour les opéras représentés et
les bals de la cour. Un trait de plume ou de crayon à la Eisen, mais
encore plus cursif, balayé de quelques touches à l'aquarelle jetées
à la diable, et voilà sur le papier pour le costumier un ingénieux,
coquet, lumineux habillement. Et ces croquis ont encore, pour
l'histoire du costume au théâtre, de précieuses indications écrites de
la main de Boquet au bas de chacun d'eux. On connaît trois recueils
de ces précieux dessins: l'un qui faisait partie de la collection
d'estampes de M. Devéria, et qui a été acquis avec sa collection par
le cabinet des Estampes, un autre qui a été acheté 5,500 fr. par les
archives de l'Opéra, à la vente du baron Taylor, le troisième qui est
chez moi.
--Sophie Arnould, en costume d'Eucharis dans l'Opéra des
«Caractères de la Folie».
Aquarelle sur plume.
Le dessinateur des Menus a écrit au bas de son croquis: _Mlle
Arnould. Eucharis. 2me entrée. Fond de petit satin rose à bandes
tamponnées, bandes de gaze d'Italie aussy tamponnées bordées de
rézeau d'argent frisé; la gaze d'Italie traversée de bandes de
satin découpées, bouillonnées de nœuds par distance de satin
rose; une frange d'argent avec un rézeau sur la teste; vêtement
de dessous d'argent; mante de satin rose imprimé._
H. 24, L. 15.
--Recueil de 106 costumes et travestissements exécutés pour les
opéras représentés à la cour et les bals de la Reine.
Opéra. Le chant.--Mlle S. Arnould, 3 costumes pour l'opéra
d'Argie.--Mlle Duplant, 1 pour le Prologue des Amours des
Dieux.--Mlle Chevalier, 2 pour Acis et Galatée, etc.--Mlle
Dubois, 2.--M. Pillot, 1 pour les Caractères de la Folie.--M.
Cassaignade, 2 pour le Fragment de l'acte Turc, etc.--M.
Legros, 2 pour Persée, etc.--M. Larrivée, 1 pour les Romans.
La danse.--Mlle Guimard, 8 pour les opéras de Persée d'Azolan
d'Ismenias, etc.--Mlle Lyonnois, 3 pour la pantomime des
Suivantes de la Mode, etc.--Mlle Peslin, 3 pour Tancrède,
Orphée, etc.--Mlle Vestris, 4 pour les Talents Lyriques.--Mlle
Heinel, 1 pour Anacréon.--Mlle Allard, 3.-Mlle Lany, 1 pour
Dardanus.--Mlle Mion, 1.--M. Vestris, 4 pour Cythère assiégée,
etc.--M. Dauberval, 4 pour la Provençale, etc.--M. Lany, 2.--M.
Laval, 1.--M. Léger, 1.--M. Gardel, 1.--M. Dupré, 1. Et encore
des costumes d'acteurs et d'actrices chantant dans les chœurs,
de danseuses et de danseurs, de figurants, de comparses, et
de personnages intitulés «un Ruisseau», «un Plaisir», «un
Monstre né du sang de Méduse»; puis de nombreuses feuilles de
groupements d'acteurs et d'actrices, ou d'actrices seules,
comme la figuration par Mlles Audinot, Duperré, Dervieux, du
groupe des trois Grâces dans l'opéra d'Atalante. Enfin, des
croquis préparatoires de la mise en scène, avec des légendes
ainsi rédigées: «_Un abbé apprenant à jouer de la flûte avec son
maître; le maître est havre sec_ (sic), _l'abbé gros, joufflu,
avec de gros sourcils noirs_.»
Comédie française, Mlle Doligny, 1 pour la Princesse de Navarre.
Bals de la Reine. La comtesse de Boufflers, 1.--Le duc de
Bourbon, 1.--Le duc d'Avray, 1.
Tous ces dessins, sauf deux exécutés à la mine de plomb, sont
croqués à la plume, et le plus souvent, enlevés au pinceau trempé
d'encre de Chine et lavés d'aquarelle.
BOREL (_Antoine_.) Le dessinateur et le vignettiste galant, qui de la
volupté spirituelle de ses maîtres, fait la volupté bête et pataude,
qui est le caractère et la signature de ses dessins et de ses tristes
lavis.
--Un repas dans la campagne, où sur une table dressée sous de
grands arbres, au milieu de paysans auxquels on distribue du vin,
deux gentilshommes trinquent avec de jeunes villageoises.
Dessin à la plume, lavé d'encre de Chine et par dessus
d'aquarelle.
Signé: _Borel_.
H. 22, L. 30.
BOUCHARDON (_Edme_). Le dessinateur que les monteurs de dessins du
temps appelaient _Apeliotès_, dans le cartouche de leur encadrement;
le dessinateur dont de simples contre-épreuves dépassaient 700 livres
à la vente Mariette; le dessinateur à la filée savante du contour, à
l'éphébisme de la ligne dans le nu académique, à la carrure puissante
du trait dans l'habillé de ses _Cris de Paris_; oui, celui-là, si haut
placé par le XVIIIe siècle, et si digne d'estime à toutes les époques,
aurait-on pu penser qu'il tomberait si bas, que le dessin de ma
collection,--et un dessin de cette même vente Mariette,--serait acheté
2 sous par Gavarni, dans sa jeunesse, étalé où? sur le boulevard du
Temple, dans la boue!
--Un monstre ailé, sur des nuages, semant des fleurs.
Sanguine.
Au bas du dessin, de l'écriture de Bouchardon: _le Vent d'orient_.
Il porte la marque de Mariette, et était catalogué sous le n°
1121 de sa collection.
H. 39, L. 28.
BOUCHER (_François_)[11]. Le sentiment et le rendu de la chair de la
femme, de sa vie frémissante, de sa molle volupté, en dessin aussi
bien qu'en peinture, c'est le talent de Boucher et qui n'appartient
qu'à lui seul. A ce don joignez la perception du désordre pittoresque,
du _fouillis_ du paysage, qui fait du peintre de Mme de Pompadour un
révolutionnaire dans la nature académisée et le feuillage à cinq doigts
du XVIIe siècle. Et ce nu féminin et ce rustique de la campagne de
son temps, Boucher le formule sur le papier avec toutes les adresses
et toutes les habiletés imaginables, et vous trouverez, dans ma
collection, des académies de femmes qui vont au maître des maîtres de
la chair, à Rubens, et des paysages matutineux faits d'une caresse
d'estompe d'une modernité qui étonne[12]. Vous y rencontrerez aussi
presque tous ses procédés, même un spécimen de peinture à l'essence sur
papier, et, une chose tout à fait rare, une aquarelle à la tonalité
d'une vieille tapisserie passée. Ils sont nombreux et de belle qualité,
les Boucher, en ma maison d'Auteuil, et cependant il m'en manque un,
auquel je pense de temps en temps, comme on pense à une femme qu'un
rien stupide vous a empêché de posséder. Il y avait en ce temps,
dans la dernière boutique du quai Voltaire qui touche à l'École des
Beaux-Arts, un marchand de tableaux et de dessins, un vieux Hollandais
du nom de Steinhaut, méprisant très fort l'école française, et dans
l'escalier noir duquel j'ai trouvé mon Moreau de «Marie-Antoinette se
rendant à Notre-Dame». Un jour cependant je voyais exposé à son étalage
un Boucher, une merveille, un tout petit portrait de Mme de Pompadour,
miniaturé au pastel, dans un encadrement d'amours et d'attributs d'art
de la plus large facture, pardieu! un Boucher, dont je retrouvais
plus tard la description dans le catalogue de la collection de M.
Sireul, celle que l'expert désignait sous le nom du _Portefeuille de M.
Boucher_. Je marchandai le dessin au bonhomme Steinhaut: il me disait
qu'il était honteux, qu'il s'était laissé entraîner dans une vente,--je
crois, la vente de M. de Cypierre,--qu'il l'avait payé beaucoup trop
cher, et m'engageait à ne pas acheter son dessin. La nuit, je ne
pouvais dormir et avais tout le temps, dans mes yeux fermés, ledit
Boucher. Le lendemain matin, après avoir réuni les 160 francs demandés
du dessin, je courais quai Voltaire: le Boucher était vendu à un
Anglais, et je sortais de chez mon Hollandais avec l'âpre et l'enragé
désir des choses qui vous sont enlevées. A quelques jours de là,
passant sur le quai, Steinhaut m'appelait du seuil de sa porte, et me
disait que son Anglais était dégoûté du dessin, qu'il me le céderait
au prix qu'il l'avait payé, que c'était convenu, que je n'avais qu'à y
aller un dimanche matin, jour où j'étais sûr de le trouver. Le dimanche
suivant, j'étais de fort bonne heure à l'adresse de l'Anglais. Une
affaire imprévue par hasard l'avait forcé de sortir, et je me trouvais
en présence d'une longue lady. Elle sonnait, on apportait le Boucher,
et je commençais à sortir de mon gilet, avec des doigts tremblants
d'émotion, mes huit louis, quand cette Anglaise, qui semblait avoir
autant de vinaigre dans le caractère que de couperose sur la figure,
s'écria tout à coup: «Mon mari, Monsieur, n'est pas forcé de vendre ce
dessin comme vous semblez le croire?»--«Mais non, Madame, rien dans
mes paroles...»--«Mais si.»--«Mais non.» Et finalement elle se refusa
absolument à me le vendre. Ce n'est pas mon seul _desideratum_, il me
revient en ce moment, dans le souvenir, un dessin de Watteau que moi
seul à la vente, où il se trouvait, savais être la première idée de LA
CONVERSATION, reproduisant le portrait de Watteau et de M. de Julienne,
et encore dans une autre vente un vrai bijou, une gouache de Taunay,
représentant une chasse à courre en habits rouges, sous la feuillée
d'automne d'une forêt, et combien d'autres, hélas!
[11] Je ne reprendrai pas ici l'étude que j'ai faite sur le
dessin de Boucher dans «l'Art du XVIIIe siècle»; j'y renvoie le
lecteur ainsi que pour les procédés du dessin de Watteau, de
Chardin, de La Tour, de Greuze, des Saint-Aubin, de Gravelot,
de Cochin, d'Eisen, de Moreau, de Debucourt, de Fragonard, de
Prud'hon.
[12] Des paysages de Boucher, surtout quelques mines de plomb,
dont j'ai vu deux ou trois échantillons chez la baronne de
Conantre, semblent des mines de plomb de 1830. J'appelle aussi
l'attention sur la ressemblance de certains dessins de Boucher
avec quelques dessins de paysage de Jacques l'aquafortiste.
--Académie de femme nue, vue de dos, hanchant à droite sur
ses pieds entre-croisés; une de ses mains est appuyée sur des
étoffes, que son autre main soulève.
Dessin sur papier jaune, aux trois crayons, rehaussé de pastel.
H. 36, L. 34.
--Académie de femme nue, vue de dos, le talon du pied de derrière
un peu soulevé, et dans le mouvement d'une femme passant une
chemise.
Dessin sur papier gris, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
H. 36, L. 21.
--Académie de femme nue, vue de face, le haut du corps appuyé sur
un piédestal sculpté d'amours, les bras relevés au-dessus de la
tête et la couronnant.
Dessin sur papier gris, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
H. 35, L. 19.
--Académie de femme nue, couchée, vue de dos, le haut du corps un
peu soulevé, une jambe repliée sous l'autre et dont on voit la
plante du pied.
Dessin sur papier jaune relevé de quelques touches de pastel bleu.
H. 28, L. 35.
--L'Adoration des bergers.
Esquisse à l'essence sur papier.
Maquette pour le tableau d'autel de la chapelle du château de
Bellevue.
Portant la marque du chevalier Damery et provenant de la vente
Villenave.
H. 42, L. 28.
--Une jeune fille encore vêtue de sa chemise, du bout de ses
pieds essayant l'eau d'un ruisseau dans lequel elle va se
baigner; elle a le bras passé sur les épaules d'une compagne;
des amours, à mi-jambes dans l'eau, jouent avec un cygne.
Dessin à la pierre d'Italie.
Gravé à l'eau-forte par Huquier sous le titre: VÉNUS AU BAIN, en
tête du _Troisième livre de sujets et pastorales par F. Boucher,
peintre du Roy_; gravé également en fac-similé dans l'œuvre de
Demarteau, n° 345.
H. 22, L. 18.
--Jeune femme vêtue «à l'espagnole», assise sur une chaise aux
pieds contournés; elle a un collier de ruban au cou, et tient, de
la main droite levée en l'air, un éventail.
Dessin sur papier jaune aux trois crayons.
Signé: _Boucher, 1750_.
Ce dessin, provenant de la collection Niel, passait en 1781 à la
vente Sireul, où il était acheté 123 fr. par M. Dulac.
H. 34, L. 24.
--Jeune femme assise dans un fauteuil de profil, tournée à
gauche, la tête vue de trois quarts. Un petit bonnet jeté sur ses
cheveux roulés, elle tient un écran à la main.
Dessin à la pierre d'Italie[13].
[13] Ce dessin, qui n'est pas tout à fait dans le faire connu
de Boucher, est signé pour moi dans la rondeur du dessin de la
main.
Vente Villot.
H. 34, L. 23.
--Un berger agenouillé retirant les bas d'une bergère en chemise
qui va se mettre à l'eau; derrière, une femme qui commence à se
déshabiller.
Dessin sur papier jaune à la pierre d'Italie rehaussé de craie.
H. 26, L. 23.
--Jardinière à mi-corps, un grand chapeau de paille sur le haut
de la tête, et penchée sur un panier qu'elle tient de ses deux
mains.
Dessin sur papier bleu à la pierre d'Italie, rehaussé de pastel.
H. 27, L. 30.
--Bergère assise sous des arbres, et mettant à son chapeau une
rose que lui demande un berger; auprès d'elle, une chèvre et des
moutons.
Aquarelle.
H. 16, L. 21.
--Un vase à l'anse formée par un masque d'où pend une guirlande
de lauriers, sur la panse, un culbutis d'amours, fond de paysage.
Dessin sur papier jaune, à la pierre noire, rehaussé de craie.
Étude pour le vase figurant, dans la composition gravée par
Aliamet, sous le titre de LA BERGÈRE PRÉVOYANTE.
H. 26, L. 18.
--Petite passerelle en bois sur laquelle un enfant regarde un
autre pêchant à la ligne.
Dessin à la pierre noire, au ciel estompé.
Vente Aussant.
H. 31, L. 23.
--Cour de ferme rustique; sous la treille de la porte ouverte,
une mère avec un enfant dans sa jupe, au bas de l'escalier, une
femme soulevant une terrine; au premier plan, un homme assis par
terre à côté d'un âne.
Dessin à la plume, lavé de bistre, sur un frottis de sanguine.
H. 24, L. 21.
--Près d'une chaumière au toit de chaume, une femme en train
de laver dans une auge, sous l'enchevêtrement de petits arbres
s'entre-croisant au-dessus d'un puits.
Dessin sur papier gris, à la pierre noire, rehaussé de craie.
Signé à l'encre sur l'auge: _Boucher_.
H. 24, L. 26.
CARESME (_Philippe._) Un bistreur, un aquarelliste, un gouacheur,
toujours érotique, volontiers obscène, au dessin lourd, à la grâce
_mastoc_, à la sensualité toute matérielle, et dont l'éternelle
bacchanale ressemble à une suite de dessins copiés d'après de mauvais
bas-reliefs de la décadence romaine.
--Des satyres courent dans la campagne, portant à cru sur leurs
épaules des nymphes nues, la coupe à la main. Au premier plan une
nymphe et un satyre sont tombés aux pieds d'un autel, décoré de
têtes de bouc.
Dessin à la plume et au bistre.
Signé: _Ph. Caresme 1780_.
Vente Odiot.
H. 32, L. 53.
CARMONTELLE (_Louis_). «L'homme aux profils», un dessinateur qui
n'est qu'un amateur, un aquarelliste dont les colorations ont quelque
chose des petits tableaux de l'époque, fabriqués en paille colorié;
et cependant, malgré tout ce qui lui fait défaut, Carmontelle est
intéressant, comme un homme qui a fait poser devant lui la société de
son temps, et a recueilli tout ce que donne à un artiste incomplet le
_d'après nature_ du dessin. Il faut avouer que ses croquis au crayon
noir et à la sanguine sont très supérieurs à ses aquarelles.
--Une femme en robe blanche à fleurettes rouges, en mantelet noir
fermé, travaillant les mains couvertes de mitaines. Elle est
enfoncée dans une bergère sur le dossier de laquelle s'appuie un
homme, le chapeau sous le bras, et a en face d'elle une femme en
robe bleue, assise sur le bout d'une chaise et penchée vers elle.
Aquarelle.
J'ai cru longtemps que ces deux femmes étaient Mmes Hérault et de
Séchelles, gravées par Delafosse, mon dessin ayant une certaine
ressemblance avec la gravure, mais un examen plus attentif
m'a convaincu que je m'étais trompé, et que les deux femmes,
représentées ici, n'avaient point été gravées.
H. 26, L. 19.
--Un gentilhomme de profil tourné à gauche, le tricorne sur
l'oreille, la main enfoncée dans la poche de sa veste.
Dessin au crayon noir et à la sanguine.
Au dos, d'une écriture du temps: _M. le chevalier de
Meniglaise_[14].
H. 20, L. 15.
[14] Le chevalier de Menilglaise est un faiseur de romances,
dont plusieurs sont données dans les Chansons de Laborde.
CASANOVA. Dessinateur qui, en ses dessins, a un peu de la _furia_ que
mettait le Bourguignon dans sa peinture militaire.
--Charge de cavalerie sur une batterie d'artillerie; au premier
plan un artilleur, la tête nue, une mèche à la main.
Bistre sur trait de plume.
H. 22, L. 40.
--Près d'un grand arbre, sous lequel est bâti un petit corps de
bâtiment, une pyramide surmontée d'une fleur de lys que des gens
regardent.
Dessin à la pierre d'Italie, lavé de bistre.
Dans la marge, d'une écriture du temps: _Obélisque élevé à
Turenne où il fut tué d'un boulet de canon. Esquisse de Casanova._
H. 39, L. 31.
CHARDIN (_Jean-Simon_). «Chardin, dit Mariette, ne voulait s'aider
d'aucun croquis, d'aucun dessin sur le papier.» Donc les dessins de
Chardin sont de la plus grande rareté, et aucun des dessins très
terminés, que les catalogues de ventes modernes lui attribuent, ne lui
appartiennent. Tout ce qu'on peut espérer rencontrer de sa main, ce
sont de hâtives croquades d'une composition, quelques études dans le
genre de ce fusain représentant une femme le panier au bras, mentionné
dans la collection des dessins de d'Argenville, des études pareilles à
mon «Joueur de boule», à la silhouette flottante et comme estompée par
le pouce du peintre,--une sanguine qui, par parenthèse, est la seule
étude que je connaisse, signée d'une signature authentique.
--Homme coiffé d'un tricorne, de profil, tourné à gauche, une
épaule appuyée à un mur, se disposant à lancer une boule.
Sanguine estompée.
Signé: _J. B. Chardin 1760_.
H. 35, L. 22.
--Un homme montrant la curiosité à deux polissons.
Sanguine avec quelques touches de crayon noir et de craie sur
papier jaunâtre.
Au bas, d'une écriture du temps: _Chardin_, en haut, à droite, de
la main de Chardin: _demain..... Mouffard... chapon p... detin_.
C'est sans doute, rognée par le couteau du monteur Glomy, une
invitation du peintre à un ami, écrite par lui sur son dessin,
pour l'inviter à manger le lendemain un chapon au Plat d'Étain.
Ce dessin passait avec le titre de _la Curiosité_ sous le n° 482
à la vente anonyme du 2 mai 1791.
H. 20, L. 22.
--Un _jaquet_, un petit laquais au grand chapeau aux rebords
retroussés, à la houppelande qui lui tombe sur les talons; il
désigne de son bras droit étendu quelque chose à la cantonade.
Dessin aux trois crayons sur papier jaunâtre.
Ce dessin, dessiné sur le même papier que «la Curiosité» et monté
dans la même monture ancienne, était attribué, par une écriture
du temps, à Chardin.
H. 19, L. 10.
--Une vieille femme assise de face, représentée à mi-corps et
tenant à deux mains un chat sur ses genoux.
Dessin sur papier jaunâtre, à la pierre d'Italie, rehaussé de
craie.
Le dessin portait au dos, d'une écriture du temps, le nom de
Chardin.
Première idée du portrait peint, possédé par Mme la baronne de
Conantre, un des plus beaux portraits du XVIIIe siècle et dans la
facture à la fois blonde et bitumineuse des Chardin de Vienne. On
le dit signé, mais je n'ai pu vérifier la signature.
H. 26, L. 19.
CHASSELAT. Pauvre illustrateur, dont les dessins d'avant la Révolution
sont rares. Ces dessins, qui viennent de chez Masquelier, avaient été
attribués à ce petit maître par M. Villot, qui ignorait que Chasselat
avait légué, à sa mort, tous ses dessins à Masquelier.
--Jeune femme assise de côté dans un fauteuil, la tête de face
tournée à droite, les mains croisées à gauche sur un genou
relevé; coiffure bouffante, robe à manches courtes, fichu sur les
épaules.
Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir, rehaussé de craie.
Vente Villot.
H. 30, L. 18.
--Femme assise sur un fauteuil de face, un pied dont la pointe
est relevée, posé sur un coussin. Coiffure dans laquelle est
piquée une rose, ample fichu, rose au corsage à échelle.
Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir rehaussé de craie.
Vente Villot.
H. 30, L. 20.
COCHIN (_Charles-Nicolas_). Le dessinateur issu de ces générations
d'artistes, que Marolles appelait les _faciles Cochins_, l'homme qui
dessina pendant soixante-sept ans, se reposant le soir des dessins de
commande de la journée par des dessins pour les amis, l'historiographe
au trait des Mariages et des Deuils royaux, le _profileur_ des
célébrités de son temps, l'_estampier_ de tous les livres illustrés
de l'époque, l'alerte crayonneur, dans une silhouette à la Guardi, du
petit gentilhomme cambré, de la petite femme à la jupe ballonnante
d'alors, et auxquels il fait une physionomie avec quatre points
d'encre, le dessinateur à la pierre noire, à la mine de plomb, à la
sanguine, au bistre, à l'encre de Chine, à l'aquarelle! Disons, par
parenthèse, que Cochin est un assez piètre aquarelliste et dont les
grandes aquarelles des Fêtes de cour ne valent pas beaucoup mieux que
des enluminures, et Moreau jeune lui-même n'est guère plus aquarelliste
que Cochin. De vrais peintres à l'eau, de coloristes tripoteurs du
procédé, il n'y a guère parmi tous les artistes français du XVIIIe, que
Baudouin et Gabriel de Saint-Aubin, et encore, dans le paysage, Moreau
l'aîné, dont je me rappelle une petite vue du Pont-Neuf, qui avait tous
les caractères de modernité d'une aquarelle anglaise de 1830.
Dans la série des Cochin qui sont réunis ici, il en est trois, qui sont
de précieux documents pour l'histoire de notre ancienne académie, de
son enseignement: ils nous font assister à une séance du modèle, ils
nous introduisent dans la salle d'un concours.
--Portrait de Fenouillot de Falbaire; il est représenté dans un
petit cadre octogone, surmonté d'un rameau de chêne.
Dessin à la pierre noire.
Signé au-dessous de la tablette: _C. N. Cochin delin. 1787_.
Gravé par Augustin de Saint-Aubin.
H. 14, L. 9.
--Portrait de Mme Dessaux, femme du premier médecin de
l'Hôtel-Dieu de Paris; elle est représentée les cheveux frisés
et hérissés autour de la tête, une large cravate de mousseline
blanche au cou, la poitrine dans un corsage aux gros boutons et
aux revers d'un habit d'homme.
Dessin à la pierre noire.
Signé dans la marge: _C. N. Cochin f. delin. 1788_.
Le nom de Mme Dessaux, ainsi que celui de son mari sur un dessin
qui faisait pendant à celui-ci, était écrit au dos, d'une
écriture du temps.
H. 15, L. 11.
--Portrait de femme, de profil, tournée à gauche; elle est
représentée dans un médaillon, une fanchon de dentelles dans les
cheveux, un collier de fourrure au cou, un mantelet jeté sur son
corsage décolleté.
Dessin à la mine de plomb et à la sanguine.
Signé au-dessous de la tablette: _C. N. Cochin filius 1759_.
H. 17, L. 13.
--Petite société de gentilshommes et de dames parées conversant,
en se promenant dans un parc; à gauche, une femme, vue de dos,
montre en l'air quelque chose du bout de son éventail fermé.
Aquarelle sur trait de plume.
H. 13, L. 20.
--Salle de spectacle de Versailles garnie de ses spectateurs des
loges, du parterre et des musiciens de l'orchestre; le roi est le
seul homme assis au milieu des femmes qui garnissent la première
rangée du balcon.
Lavis à l'encre de Chine.
H. 31, L. 41.
--Dans le décor et la perspective d'un immense palais, quatre
groupes de danseuses et de danseurs, costumés d'une manière
différente, exécutent un ballet.
Aquarelle sur trait de plume.
Signé sur le soubassement d'une colonne: _Cochin f._
Au dos du dessin se trouve écrit de la main du peintre: _Les
Amours de Tempé. Ballet héroïque de quatre entrées 1752, à
Versailles._
H. 41, L. 60.
--Deux compositions allégoriques: «L'une figurant le mausolée
de la Reine de France (Marie Leckzinska) érigé dans l'église
de Saint-Denys le 11 aoust 1768 et représentant la France
désolée, couchée auprès d'un cyprès, à côté du tombeau de la
Reine; l'autre figurant le catafalque de la Reine de France dans
l'église Notre-Dame de Paris le 6 septembre 1768 et représentant
le cercueil de la Reine, entourée des Vertus qui pleurent
pendant que l'Immortalité lui présente une couronne d'étoiles.»
(Catalogue de Cochin fils par Jombert.)
Sanguines.
Le second de ces dessins est signé: _C. N. Cochin filius delin.
1768_.
Tous deux ont été reproduits en fac-similé par Demarteau.
H. 11, L. 22.
--_La Sûreté, le Péril.--La Simplicité, la Ruse ou la
Fourberie.--L'Opinion, l'Entêtement, l'Incertitude._
Les deux premiers dessins à la pierre noire, le troisième à la
sanguine.
Ces trois dessins allégoriques ont été gravés dans l'Iconologie
par Ponce, Gaucher, Leveau.
H. 9, L. 5.
--Au-dessous du cadre d'un médaillon vide, au haut duquel des
amours attachent des guirlandes de fleurs, un génie assis, une
main posée sur un livre; au bas, des amours regardent avec des
loupes, les tiroirs d'un médaillier.
Sanguine.
Signé: _C. N. Cochin del. 1776_.
Gravé par Augustin de Saint-Aubin comme frontispice des «Pierres
gravées» du duc d'Orléans.
Vente d'Augustin de Saint-Aubin, où il était catalogué sous le n°
20.
H. 22, L. 15.
--Sur une estrade, une jeune femme, dans une jupe falbalassée,
un soulier au haut talon appuyé sur un coussin, la tête ceinte
d'une couronne de lauriers, pose assise au milieu d'un cercle
d'élèves-peintres, dessinant le carton sur les genoux. Derrière
la femme, trois professeurs dont le plus rapproché du modèle est
Cochin.
Dessin sur papier jaunâtre à la pierre d'Italie, rehaussé de
craie[15].
[15] Il existe une répétition de ce dessin, mais sans
inscription.
Signé dans la marge: _Dessiné par C. N. Cochin le fils 1761_.
On y lit à côté de la signature: _Concours pour le PRIX de
l'Étude des TÊTES et de l'EXPRESSION fondé à l'Académie royale
de peinture et de sculpture par M. le comte de CAYLUS, honoraire
amateur en 1760_.
Gravé en réduction sous le même titre par Flipart en 1763.
Ce dessin exposé au Salon de 1767, après avoir appartenu à M. de
Caylus, passait chez Chardin où il était vendu sous le n° 48 du
catalogue de sa vente.
H. 30, L. 39.
--Une femme assise, vue de dos, la tête couronnée de roses,
le visage un peu retourné, posant devant trois lignes
d'élèves-peintres assis sur des gradins; au fond un professeur
debout, la main dans son gilet.
Dessin sur papier jaunâtre, à la pierre d'Italie, rehaussé de
craie.
Le même sujet que le précédent, mais moins heureusement composé
et abandonné pour le premier.
H. 31, L. 39.
--Séance du modèle d'homme à l'Académie. Le modèle, allongé
sur la table, soulevé sur une main, et vu de dos, pose devant
les élèves, dont le premier rang est assis à terre, les jambes
croisées à la façon du dessinateur de Chardin.
Croquis à la pierre d'Italie sur papier jaunâtre.
H. 36, L. 53.
COYPEL (_Charles_). Quelque chose de fondu, de nuageux dans ses dessins
qui sent le pastelliste qu'était le peintre Coypel.
--Près d'une colonne d'un palais, sous un pan de draperie relevée
par un gland, une femme dans un costume oriental à l'antique, une
coupe à la main, l'autre tendue vers un plateau qu'apportent deux
suivantes.
Dessin sur papier bleu à la pierre noire estompée avec rehauts de
craie.
Dans le milieu du dessin il semble qu'on distingue les trois
lettres _C O Y_. Est-ce une signature?
H. 36, L. 24.
DANDRÉ-BARDON (_Michel-François_). Un académique, au dessin dégingandé
de la décadence italienne, et qui peuple ses ciels, de génies maniant
la foudre avec les gestes et les emperruquements de danseurs de son
temps.
--Allégorie. Assise sur le fût d'un canon, une femme a les
bras levés, dans un mouvement de reconnaissance, vers un héros
suspendu dans le ciel, un rameau d'olivier à la main, et derrière
lequel s'envolent les génies de la Discorde.
Dessin à la plume, lavé au bistre sur frottis de sanguine, et
rehaussé de blanc de gouache, avec un repentir pour la figure de
la femme.
Signé: _Dandré Bardon_: On lit de l'écriture du peintre, au bas
du dessin: _Louis XV donne la paix à l'Europe en détruisant
par son pouvoir tous les projets de la Discorde_; et sur un
phylactère déployé par un amour dans le dessin: _La paix de 1748_.
Répétition du dessin possédé par le Louvre et venant de chez
Mariette.
H. 29, L. 19.
--Apollon, une main appuyée sur sa lyre et entouré des Muses,
dans une salle fermée par une balustrade, et aux colonnes de
laquelle des amours suspendent des tentures.
Croquis à la plume, lavé de bistre.
Signé: _Dandré Bardon_; et au dos du dessin, de l'écriture du
peintre: _Parnasse pour le fond de la salle du concert de la
ville d'Aix en Provence par M. Dandré Bardon_.
H. 20, L. 49.
DAVID (_Louis_). Parfois, mais rarement, il échappe au semblant d'épure
qu'il trace d'un corps humain; cependant dans un portrait,--le portrait
est au fond son original et grand talent,--David jette, sur un morceau
de papier, modelée dans une encre de Chine brutale et cernée par un
trait dur, une physionomie pleine d'une vie intense.
--Portrait de David. Il s'est représenté en buste, de profil,
tourné à gauche, les bras croisés. Il a au cou une large cravate
blanche, et porte un de ces habits aux amples revers, au haut
collet, un habit de l'époque de la Révolution.
Dessin à l'encre de Chine sur trait de plume.
Signé: _L. David_.
H. 18, L. 18 (ovale).
DEBUCOURT (_Louis-Philibert_). L'habile et charmant graveur en couleur,
aux dessins d'une telle rareté,--du temps qu'il gravait ses femmes
en robe blanche et ses hommes en habit rouge,--que je n'ai jamais pu
en rencontrer un. Je n'ai vu passer sous son nom que des broutilles
fort contestables. M. Jazet lui-même, le descendant de Debucourt, ne
possédait guère qu'une assez ennuyeuse étude de la vieille Annette,
faite pour le médaillon d'Annette et de Lubin. Et, sauf la Fête de la
Fédération, un dessin qui n'est pas terminé,--découvert chez Blaizot
par M. Delbergue-Cormont,--on ne rencontre de Debucourt, que des
dessins de l'époque du Directoire et de l'Empire, dans lesquels survit
bien peu du talent du graveur et du petit peintre de la fin du XVIIIe
siècle.
--Une tabagie, dans laquelle une jeune femme, coiffée d'une
calèche ridicule, et qu'un homme cherche à retenir par la taille,
se bouche le nez avec la serviette d'un garçon, porteur d'un plat
de poisson dont la sauce se répand.
Gouache sur trait de plume.
Ce dessin caricatural a été gravé sans nom de dessinateur, sous
le titre: _les Goûts différens_.
H. 18, L. 29.
--Femme en tunique courte, en jupe transparente, rattachant les
bandelettes de sa chaussure.
Aquarelle gouachée.
Gravé sous le titre: LE PRÉTEXTE (Modes et Manières du jour,
n° 1).
H. 16, L. 10
DESFRICHES. Négociant, amphitryon de Cochin qui vient _riboter_ sous
les chênes verts de sa Cartaudière, collectionneur, artiste, amateur,
inventeur du _papier-tablette_, aujourd'hui papier Pelée, Desfriches
est un agréable paysagiste de la banlieue d'Orléans, avec son branchage
rameux, son feuillage étoilé, ses fonds légers, et ses petites lumières
égratignées au grattoir.
--Un chemin bordé par deux bouquets d'arbres, sous l'un desquels
est une chaumière; au premier plan, un homme soulevant un seau,
causant avec une femme.
Dessin à la pierre noire sur papier-tablette.
Gravé en fac-similé de crayon par Demarteau, sous le n° 223 de
son Œuvre.
H. 15, L. 20.
DESRAIS (_C.-L._). Le premier dessinateur, chez lequel meurt la ligne
rondissante et verveuse de la vignette du XVIIIe siècle dans la ligne
raide et sèche de la vignette de la Révolution et de l'Empire.
--Vue de l'intérieur de la salle du Panthéon de la rue de
Chartres. Huit danseurs et danseuses groupés, deux par deux,
dansent l'_Allemande_[16] sous les yeux de nombreux spectateurs,
amassés autour d'eux ou garnissant les deux balcons circulaires
de la coupole.
[16] Desrais a effrontément pillé, dans ce dessin, l'Allemande
du «Bal paré» d'Augustin de Saint-Aubin.
Lavis à l'encre de Chine sur trait de plume avec quelques rehauts
de blanc de gouache. La partie architecturale du dessin n'est
lavée que d'un seul côté.
Gravé par Croisé dans le JOURNAL POLYTYPE _des Sciences et des
Arts_ du 27 octobre 1786.
Vente Lavalette.
H. 20, L. 14.
DUCLOS (_Antoine-Jean_). L'habile graveur qui a produit quelques
dessins à la facture petite et gentillette.
--Un homme dépouillé de son uniforme militaire, et que des
soldats emmènent.
Bistre sur trait de plume.
Signé: _A. J. Duclos invenit 1772_.
En bas, dans la marge, de la main du dessinateur: LE DÉSERTEUR.
_Oui, je déserte!_
H. 15, L. 9.
DUMAS. Architecte dont les dessins d'architecture sont animés de
petites figures gribouillées sans une trop grande maladresse.
--Représentation de la Halle à la marée au moment de la criée.
Aquarelle sur trait de plume.
On lit dans la marge: _Vue en perspective de la Halle à la
marée. Cour des Miracles, commencée en 1785 par les ordres de
monseigneur de Calonne... de messire Charles-Pierre Lenoir,
alors lieutenant-général de police, et finie au mois de juillet
1786, sous les ordres de messire Thiroux de Crosne... par Dumas
architecte_.
H. 35, L. 51.
--Rentrée d'un régiment de gardes françaises dans une grande
caserne, au fronton décoré de fleurs de lys, et au milieu duquel
se voit une tête entourée de rayons. Carrosses, chaises à
porteur, vinaigrette dans laquelle deux Savoyards traînent une
femme.
Aquarelle sur trait de plume.
H. 26, L. 44.
DUPLESSIS-BERTAUX (_Jean_). Le dessinateur que l'Empire appelait
son Callot, le dessinateur au dessin mouvementé, incisif, selon
l'expression de M. Renouvier, qui lui reproche avec justesse le parti
pris de ses corps allongés, de ses bras tendus, du théâtral apporté à
ses petites figures. Je possède un dessin intéressant pour l'histoire
de ses débuts. C'est le n° 368 du cabinet du frère de Mme de Pompadour,
un dessin qu'un catalogue postérieur annonce avec cette mention: _fait
à l'âge de 13 ans_[17], et qui, entièrement exécuté dans la manière de
Callot, dont il copiait alors les estampes, est un des plus curieux
dessins historiques pour l'histoire de Paris du XVIIIe siècle: une
composition énorme représentant en 1762, avec tous ses détails, la
Foire Saint-Ovide.
[17] Les biographes le font naître les uns en 1747, les autres
en 1750.
--La Foire Saint-Ovide.
Vue des boutiques établies autour de la place Vendôme et des
théâtres forains adossés au piédestal de la statue de Louis XIV.
Au milieu du passage des carrosses et de la promenade d'une
escouade du guet, nombre de petites figures, parmi lesquelles
il y a des marchandes de fruits, des vendeurs d'orviétan, des
débitants de moulins à vent pour les enfants. Sur la baraque
la plus en vue, on lit ces trois affiches: _Le sieur Nicolet
fera l'ouverture de son théâtre lundi_.--_Aujourd'hui Arlequin
Racolleur suivi d'un grand ballet pantomime._--_La grande troupe
des sauteurs et voltigeurs de corde, la petite Hollandaise
commencera._ On distingue encore sur d'autres baraques:
_Chassinet joueur du Roy._--_Au Caffé royal._--_Magasin de toutes
sortes de vins de Bourgogne et autres._
Dessin à la plume.
Signé dans la marge: FOIRE SAINT-OVIDE. _Dédié à M. le marquis de
Marigny, conseiller du Roy en ses conseils... Dessiné à la plume
par son très humble et très obéissant serviteur Bertaux 1762_.
Vente du marquis de Menars, n° 368.
H. 41, L. 54.
--Vue d'une fête sous la Révolution. Au fond, derrière des
statues de chevaux cabrés, trois temples, le premier dédié à la
Paix, le second aux Arts, le troisième à l'Industrie. A droite,
en avant d'une espèce de figuration de la Bastille, défile de la
cavalerie; au premier plan des hommes du peuple, des enfants, des
houssards, des femmes en tunique près d'une vendeuse en plein air.
Dessin à la plume trempé dans le bistre et lavé à l'encre de
Chine.
Signé _B. D._ et dans la marge: _Duplessis Bertaux 1794_.
DURAMEAU (_Louis_). Peintre d'histoire qui a souvent cherché dans ses
dessins le rembranesque, faisant choix de papier fauve, chauffé de
sanguine qu'il lavait de bistre, et dont il éclairait les lumières
restreintes, de blanc de gouache. Durameau a fort peu traité de sujets
de la vie contemporaine.
--Une partie de cartes, aux bougies, entre deux gentilshommes et
une dame.
Dessin sur papier rosâtre, lavé de bistre et rehaussé de blanc de
gouache.
Signé: _Du Rameau 1767_.
H. 17, L. 23.
--Scène romaine au lit de mort d'un mourant.
Dessin sur papier brunâtre à la pierre noire, lavé de bistre et
rehaussé de blanc de gouache.
H. 29, L. 22.
--Éole ouvrant l'antre des Vents, qui se précipitent dehors, le
visage gonflé par des souffles faisant une tempête autour d'un
vaisseau: tempête que regarde, flottante dans le ciel, Vénus
descendue de son char attelé de paons.
Dessin au crayon noir et à la sanguine, lavé et rehaussé de
gouache.
Signé: _Du Rameau 1775_.
H. 33, L. 41.
DURAND (_P.-L._). Dessinateur très peu connu. Sans l'indication, au bas
de la gravure de Fessard, de: _P.-L. Durand delineavit_, j'aurais été
tenté d'attribuer ce dessin à un Marillier quelconque.
--Un obélisque sur lequel un amour attache un médaillon de
Marie-Thérèse; une figure allégorique de chaque côté, au bas une
femme pleurant, la tête d'un amour sur son genou, dans le ciel
une Renommée mettant en fuite le Temps. Encadrement composé de
palmes et d'amours, surmonté des armes de Marie-Antoinette.
Lavis à l'encre de Chine.
Le dessin porte dans une tablette: _Filiæ, uxori, matrique
Cæsarum_, et dans la marge: _Galliarum reginæ pietati, Felix
Nogaret Massiliensis et Andegavensis Academiæ socius, inv.
urnam... anno M DCC LXXXI_.
Dessin commémoratif de la mort de Marie-Thérèse, gravé par
Fessard. (Voir la longue description de ce dessin dans
Bachaumont, vol. XVII, p. 249 et 250.)
H. 31, L. 22.
EISEN (_Charles_). Vignettiste inférieur à Gravelot, et trop abondant
et trop facile, mais un dessinateur au contour fluide et joliment
contourné, et qui a fait dans la traduction d'Anacréon et ailleurs,
du nu microscopique que lui seul sait faire: de petites académies de
femmes qui dans le cadre d'un cul-de-lampe, apparaissent, ainsi que de
grandes études de Boucher, vues par le petit bout d'une lorgnette. Il
y a une vingtaine d'années, j'ai acheté chez M. Jaquinot, l'heureux
déterreur connu de tous les amateurs, un album où les imaginations
d'Eisen sont visibles dans leur première conception et leur vague
ébauche: le livre des _Pensées_ de l'artiste, ainsi qu'on s'exprimait
au XVIIIe siècle. Ces croquis, ces pensées étaient les esquisses des
compositions, que l'illustrateur soumettait à l'éditeur, et qui,
acceptées, étaient reprises par lui, dans des dessins finis très
souvent sur peau vélin. Quelques-uns de ces croquis sont curieux, en
ce qu'ils portent en marge les changements demandés par l'éditeur et
quelquefois les explications et les objections du dessinateur. Outre
un certain nombre de croquetons pour les livres illustrés par Eisen, et
parmi lesquels il y en a du format d'une pierre gravée, le livre des
_Pensées_ d'Eisen contenait des projets de décorations pour lambris de
château, la première idée de «la Nuit» et encore la première idée du
seul tableau historique que le vignettiste ait jamais exécuté.
--Recueil de 68 croquis reliés en un volume.
_Pensées_ des contes de La Fontaine suivants: Joconde, les Oies
du frère Philippe, A Femme avare galant Escroc, le Calendrier des
vieillards, On ne s'avise jamais de tout, le Contrat, le Tableau,
le petit Chien, etc., et encore les variantes du Berceau, de
l'Abbesse malade, etc. _Pensées_ pour les Métamorphoses d'Ovide,
la Henriade, les «État actuel de la musique du Roi», etc., etc.
Tous ces dessins sont à la mine de plomb, sauf un seul à la
sanguine.
--Apollon et les Muses dans un vallon, au-dessus duquel piaffe
Pégase.
Dessin lavé à l'encre de Chine sur trait de plume.
Signé: _C. Eisen f._
H. 18, L. 22.
--Vénus entourée de sa cour, descendant sur un nuage, dans les
forges de Vulcain, qui la regarde, une main appuyée sur son
marteau.
Lavis à l'encre de Chine sur trait de plume.
H. 20, L. 16.
--Dans un bosquet près d'une fontaine, Henri IV aux pieds de
Gabrielle d'Estrées, entourée de groupes d'amours jouant avec les
armes du Roi; Sully apparaissant dans le lointain.
Dessin à la plume, avec des parties seulement indiquées à la mine
de plomb.
Croquis du tableau d'Eisen gravé par de Mouchy, sous le titre:
HENRI IV ET GABRIELLE.
H. 18, L. 22.
--Deux enfants en buste, dont l'un a la joue appuyée contre ses
deux mains, posées sur une cage.
Dessin lavé à l'encre de Chine sur trait de plume.
Gravé par Louise Gaillard.
H. 11, L. 19.
--Amours attachant, au milieu des plis de deux drapeaux croisés,
un écusson représentant un coq, la tête levée vers une étoile, et
que surmonte une banderole, où est écrit: _Viget audax_.
Mine de plomb.
Projet de décoration pour lambris, dans la marge duquel on lit de
la main d'Eisen: _Charles Eisen pour les panaux de derrière_.
H. 32, L. 16.
--Dans une chambre à coucher, où se voit un lit à la couverture
faite, une femme assise à sa toilette, et que ses filles de
chambre accommodent pour la nuit, cause retournée avec un homme
en robe de chambre.
Croquis à la mine de plomb.
Première idée de la composition gravée par Patas, sous le titre
de: LA NUIT.
H. 24, L. 19.
--Une femme lisant à sa toilette, qu'un amour derrière son
fauteuil montre du doigt à un jeune homme qui entre. La scène
a un encadrement à cariatides, et au bas des instruments de
musique entourant un médaillon, qui contient ces quatre vers:
_Dans ce moment cher à mon cœur
Qui m'offre tout ce que j'adore,
Ma belle a l'éclat d'une fleur
Que l'amour vient de faire éclore._
Lavis à l'encre de Chine sur trait de plume.
L'encadrement seul a été gravé dans le temps, sans nom de
dessinateur ni de graveur.
H. 20, L. 26.
FRAGONARD (_Honoré_). Des imaginations de poète prenant corps dans
des taches de la plus belle couleur, en des eaux bistrées d'un bistre
chaud, roux, couleur d'écaille.
--Une jeune femme assise de côté et tournée à droite, la tête vue
de trois quarts. Habillée d'une robe ouverte sur la jupe, elle a
la poitrine enveloppée d'un fichu _menteur_, et est coiffée, sur
ses cheveux relevés et bouffants, d'un pouf; ses pieds reposent
sur un coussin.
Dessin estompé sur crayon noir et rehaussé de craie.
Cette étude est le portrait en pied de Rosalie Fragonard, une
fille du peintre morte à ses vingt ans, ainsi que l'atteste
l'authentification faite par son petit-neveu T. Fragonard, le
peintre de la manufacture de Sèvres.
H. 49, L. 35.
--Femme assise sur une chaise de paille de face, la tête de trois
quarts tournée à droite. Elle est vue jusqu'à mi-jambes, les
mains l'une dans l'autre posées sur ses genoux, et a sur sa robe
un mantelet à capuchon bordé d'une large ruche, se croisant sur
sa poitrine.
Sanguine.
Signé: _Frago. 1785_.
Collection Marcille père.
H. 22, L. 17.
--Jeune fille assise par terre, la tête penchée, les bras
abandonnés, les jambes croisées sous elle. Coiffée d'un petit
bonnet, et habillée d'une robe et d'un mantelet[18], elle se
détache d'un drap blanc étendu sur une table à l'effet de faire
ressortir le modèle.
[18] Le mantelet est un des accessoires affectionnés par
Fragonard dans la toilette de ses femmes.
Sanguine.
Signé: _Frago. 1785_.
Collection Marcille père.
H. 22, L. 17.
--Une femme allongée sur un banc de jardin, au dossier à
balustres, une joue appuyée sur sa main droite, ses souliers au
haut talon posés l'un sur l'autre.
Dessin au crayon noir, légèrement lavé d'encre de Chine.
Signé au crayon: _F... g....._.
H. 31, L. 39.
--Dans un hangar, au fond duquel s'élève une presse, et où
travaillent des ouvriers imprimeurs, près d'un gentilhomme qui
parle à un homme mettant en page une feuille d'impression, est
assise une femme, tenant un masque à la main.
Grisaille à l'essence sur papier.
Un catalogue anonyme des premières années de la Révolution donne
cette grisaille comme étant la représentation d'une «Imprimerie
secrète».
H. 32, L. 22.
--Un grand-papa dans un fauteuil, une main appuyée sur une
béquille, sourit à un enfant tenu par sa mère et qui lui tend les
bras; le père est penché derrière le vieillard.
Dessin dans la manière de Greuze, à l'encre de Chine, dessiné et
lavé au pinceau.
H. 32, L. 24.
--Dans un cellier, entourée d'enfants, une jeune fille est en
train de couper du pain dans une grande miche; un petit garçon, à
la courte chemisette, se tient debout devant elle, attendant sa
tartine.
Bistre.
Dessin gravé en réduction par De Launay, sous le titre: _Dites
donc, s'il vous plaît?_
Vente Villot.
H. 32, L. 45.
--Sur le pied d'un lit en désordre, où se voit deux oreillers,
une jeune femme en chemise est assise, une jambe repliée sous
elle, les mains jointes, la tête appuyée au mur; monté sur un
escabeau, son chien la regarde tristement.
Bistre rehaussé de blanc de gouache autour de la tête de la femme.
Première idée du sujet gravé en fac-similé par Saint-Non, et au
burin par Dennel, sous le titre: _S'il m'étoit aussi fidèl_ (sic).
Porte la marque à froid F. R.
H. 27, L. 37.
--Dans une grange, un peintre en train de peindre une jeune
villageoise, et dont le chevalet et la personne sont renversés
par la brusque irruption d'un amoureux qui a jeté le modèle sur
une botte de foin, où il le tient embrassé.
Bistre.
Gravé en fac-similé par Charpentier, sous le titre: LA CULBUTE.
H. 28, L. 40.
--Un vieillard penché sur des sacs d'argent, que ses mains
semblent défendre de la convoitise d'une jeune femme, les
regardant par-dessus son épaule.
Dessin sur papier jaune, au crayon noir, rehaussé de brutales
touches de pastel.
Vente Villot.
H. 20, L. 22 (ovale).
--Un berger et une bergère s'embrassant près d'un abreuvoir; un
taureau les contemple.
Bistre.
H. 23, L. 17.
--Une écurie pleine de l'envolée de volailles, où des jeunes
filles s'amusent d'un âne tout chargé d'enfants, et que tire par
la bride, pour le faire entrer, un jeune garçon.
Aquarelle relevée de plume.
Signé: _Fragonard 1770_.
Gravé deux fois par Saint-Non, en 1762 et en 1770.
H. 18, L. 26.
--Paysage au milieu de rochers au pied d'un arbre tordu par le
vent; un berger, couché à plat ventre, garde des bestiaux; à
droite, une femme tenant sur les bras un marmot et donnant la
main à un autre enfant.
Gouache.
Vente Pérignon.
H. 29, L. 42.
--A l'entrée d'une allée de grands arbres, vue d'une fontaine au
milieu de laquelle s'élève une colonne surmontée d'une statue; à
gauche, une charrette au trot.
Bistre.
H. 16, L. 22.
--Près des remparts d'une ville baignés par une rivière, un petit
aqueduc où une roue fait monter l'eau; à droite, de grands arbres
sous lesquels se promènent des gens; à gauche, une femme chargée
de deux cruches.
Bistre.
H. 19, L. 31.
--Sous l'avance d'une roche, dans un site boisé, des bestiaux
boivent à un abreuvoir.
Bistre.
H. 25, L. 30.
--Un four public rempli de femmes apportant leurs pains à cuire,
et qu'un homme enfourne.
Bistre.
Sur une poutre de la toiture est écrit, de la main de Fragonard:
_Four banal de Négrepelisse, octobre 1773_.
Et au dos du dessin se lit d'une écriture du temps: _Dessin
d'Honoré Fragonard fait dans son voyage d'Italie avec M.
Bergeret. Du cabinet de M. le duc de Chabot._
Dans le journal manuscrit et inédit, qu'a rédigé Bergeret de ce
voyage d'Italie, il fait mention d'un séjour de Fragonard du 12
au 26 octobre 1773, à sa terre de Négrepelisse, près Montauban.
H. 29, L. 37.
--Un escalier de parc italien surmonté de deux statues, et
derrière lesquelles s'entrevoit une fontaine monumentale aux
eaux jaillissantes. Au premier plan, au milieu de gens couchés à
terre, une femme debout tenant une ombrelle.
Sanguine.
H. 22, L. 38.
--Vue de la villa Borghèse, animée de groupes de personnages sous
les pins parasols.
Bistre.
Vente Defer.
H. 25, L. 39.
--Des cascatelles, au haut desquelles se voit entre des arbres
une rotonde à colonnes; au premier plan, contre le piédestal d'un
grand vase où montent des plantes grimpantes, est adossée une
femme qui a près d'elle deux enfants.
Bistre.
Le dessin est signé au dos: _Honoré Fragonard fecit 1788_.
H. 51, L. 37.
--Dans une métairie de la campagne romaine, des enfants dont
l'un est monté sur le dos d'un âne, font manger le baudet dans
un autel antique, devenu une mangeoire, pendant que près d'une
marmite qui bout, montée sur un piédestal, une jeune fille
immobile se tient drapée dans l'attitude d'une statue.
Bistre.
Vente du duc de Chabot.
H. 34, L. 46.
FREUDEBERG (_Sigismond_). Un singe de Moreau jeune, parfois pas trop
maladroit, mais dont la grâce reste en ses meilleures compositions
légèrement allemande. Ces deux dessins de l'illustration du «Monument
du Costume», en compagnie de cinq ou six autres Moreau de la même
suite, étaient passés en Russie: M. Gigoux a eu le bonheur de les
y déterrer, et, si je me souviens bien de ses paroles, au prix
d'une dizaine de francs chacun, Moreau ou Freudeberg,--et seul,
un Freudeberg de cette suite, s'est vendu 5,500 francs à la vente
Mahérault.
--Dans une chambre à coucher, une jeune femme, déjà en bonnet de
nuit, se fait enlever des épaules par une chambrière son caraco,
pendant qu'une autre fille de chambre bassine son lit.
Bistre sur trait de plume.
Gravé sous ce titre: LE COUCHER par Duclos et terminé par Bosse,
dans la «Suite d'Estampes pour servir à l'Histoire des Mœurs et
du Costume des Français dans le XVIIIe siècle».
Vente Gigoux.
H. 28, L. 22.
--Dans un appartement aux lambris délicatement sculptés, une
femme couchée sur un sofa, dormant la tête appuyée sur sa main;
au dehors, par une porte-fenêtre entr'ouverte, on voit une
chambrière lutinée par un gentilhomme, et le repoussant d'une
main posée contre sa bouche.
Bistre sur trait de plume.
Gravé sous ce titre: LE BOUDOIR par Maleuvre, dans la «Suite
d'Estampes pour servir à l'Histoire des Mœurs».
Vente Gigoux.
H. 28, L. 22.
GILLOT (_Charles_). Le maître de Watteau, un grand talent original à
cheval sur l'antiquité et la comédie italienne, un dessinateur élégant
et serpentant, un croqueur à la plume pleine de fantaisie, mais qui
n'a jamais pu, dans ses dessins faits, se dépouiller de la sécheresse
du graveur. Son crayon a quelque chose de la pointe d'un style qui
entrerait dans le papier, et ses sanguines vues à distance apparaissent
comme des contre-épreuves de fines impressions tirées en rouge.
--Au dessous d'une niche, où est placé le buste du dieu Pan,
trois faunesses attirant à elle une panerée de fleurs apportée
par un satyre; à droite, à gauche, des épisodes de bacchanale.
Sanguine.
Gravé par Gillot, sous le titre: FESTE DU DIEU PAN.
H. 15, L. 36.
--Sous un drapeau déployé, marchant en bataillon, une troupe
d'amours, dont chacun porte, sur son petit corps nu, un
accessoire ou un morceau de costume de la Comédie italienne.
Sanguine.
H. 14, L. 21.
GIRODET DE ROUCY TRIOSON (_Anne-Louis_). L'artiste aux dessins si en
faveur sous la Restauration, si dépréciés aujourd'hui.
--Médaillon aux deux têtes accolées, où le peintre s'est
représenté avec sa maîtresse, dessinée les cheveux coupés courts
et coiffée en garçon.
Dessin au crayon noir, rehaussé de craie et de blanc de gouache
qui a noirci.
Au dos du dessin, l'amant a écrit:
_Je n'ai pu de tes traits retracer la douceur
Ni cette grâce enchanteresse
Que leur donnent à la fois ton esprit et ton cœur.
Cependant à mon âme ils sont présents sans cesse,
Et ma main seule est coupable d'erreur.
Mais que du sentiment ce faible et léger gage
Où s'est tracé ton plus fidèle ami
Répète encor après nous, d'âge en âge,
Que mon cœur à ton cœur fut constamment uni_[19].
[19] On a deux pièces de poésie de Girodet imprimées, l'une: «A
sa maîtresse»; l'autre: «Portrait de sa maîtresse»; dans toutes
les deux, il parle «d'une noire chevelure aux anneaux légers,
capricieux».
A bien des années de là, sur le papier jauni, la maîtresse
prenant la plume, écrivait au bas des vers de son amant:
_17 ans après.
Un amour immortel m'entraînait à sa gloire:
J'appris à l'admirer autant qu'à le chérir.
Et c'est pour m'attacher encore à sa mort,
Que j'ai différé de mourir._
Ces quatre lignes sont signées _Julie_, que suit un nom de
famille qui a été gratté.
H. 11, L. 11 (ovale).
BOURGUIGNON _dit_ GRAVELOT (_Hubert-François_). Le grand
vignettiste du XVIIIe siècle, un des plus savants dessinateurs de son
temps[20], et dont le dessin a cette qualité d'être toujours, en les
plus petites choses, un contour flottant et roulant de la forme, et
cela encore très souvent cherché sur la chaleur du fond, sur un frottis
de sanguine,--une des habitudes à laquelle on reconnaît, sur le papier,
les coloristes de l'époque.--Gravelot a enfin une grâce, toujours
appuyée sur l'étude de nature, que n'a pas Eisen, fabriquant trop
souvent sa grâce de _chic_. La vente du général Andreossy, en livrant
aux enchères de grands dessins trouvés par le général pendant son
ambassade en Angleterre, a été une révélation de l'énorme travail de
préparation des petites vignettes de Gravelot. Il les cherchait d'abord
d'après nature, ou d'après des mannequins articulés qu'il avait fait
exécuter à Londres, dans de larges dessins au crayon noir rehaussés de
blanc, et tout semblables à des études de Lancret. Cela fait, il les
mettait au carreau, puis les réduisait en de petits dessins du format
des livres, exécutés à la mine de plomb avec le plus grand fini.
[20] Dans ce siècle-ci, je ne vois guère que Meissonier qui
dessine aussi bien que Gravelot, et j'avancerai même que
certains dessins du maître moderne ont une parenté avec les
dessins du vignettiste du XVIIIe siècle.
En 1809, à la vente Guyot passait le _Portefeuille_ de Gravelot,
le livre de ses croquis. C'est sans doute cette réunion de dessins
retrouvée, par M. Danlos fils, qui a été vendue, il y a deux ou trois
ans, à M. Bocher.
--Jeune homme en costume de cour, saluant, le tricorne à la main;
derrière lui un piédestal, où il y a une femme-sphinx sur le dos
de laquelle est assis un amour.
Dessin à la mine de plomb et à la sanguine.
Vente Andreossy.
H. 24, L. 17.
--Jeune homme en costume de cour, le tricorne sous le bras, une
main étendue en avant; dans le fond, une architecture de palais.
Dessin à la mine de plomb et à la sanguine.
Ce dessin et le précédent sont frottés de sanguine au revers pour
être gravés.
Vente Andreossy.
H. 24, L. 17.
--Dame debout, jouant de l'éventail, tout en s'entretenant avec
un gentilhomme qui a le chapeau sous le bras.
Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir estompé, et rehaussé
de craie.
Vente Andreossy.
H. 42, L. 34.
--Femme en petit bonnet, en manteau de lit, assise près d'une
table de toilette autour de laquelle sont groupées trois
silhouettes de jeunes filles, dont l'une semble tenir à la main
une houppe; à ses pieds est couché à terre un homme, le coude
appuyé sur un tabouret.
Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir, rehaussé de craie.
Vente Andreossy.
H. 28, L. 43.
--Femme couchée dans un lit, dont le pied découvert est manié par
un chirurgien pour une saignée. Par une porte ouverte, une fille
de chambre entre, portant sur un plateau une chocolatière.
Dessin sur papier jaunâtre, au pinceau trempé dans le bistre, sur
estompage de crayon rehaussé de craie.
H. 43, L. 54.
--Deux personnages penchés sur une cuve.
Trait de plume lavé de bistre.
Signé: _H. Grav. delin._
C'est un dessin satirique fait par Gravelot en Angleterre, et
tiré, je crois, du poème d'Hudibras, et qui porte, en haut de
son encadrement rocaille, cette inscription: _The itinerant
Handy-Craftsman or Caleb turn'd Tinker_.
Vente Andreossy.
H. 22, L. 30.
--Une fouille à la porte d'une église d'architecture anglaise,
et qui porte, dans une ogive, la date de 1301; un homme, la
tête découverte, remet une lettre à un vieillard appuyé sur une
canne, en train de surveiller les ouvriers. A gauche, sous un
pigeonnier, sont assis un jeune homme et une jeune fille près
d'un paon qui fait la roue.
Dessin à la plume, lavé d'encre sur papier jaunâtre.
H. 26, L. 22.
--Sur un fond d'architecture gravé, le char de Neptune, précédé
de Vénus portée sur un dauphin et entourée d'amours; sur les deux
rives des Turcs et des Indiens, auxquels des Néréïdes apportent
des produits de l'Océan. Outre la scène principale tout entière
dessinée, il y a, dans la voussure du plafond, des cartouches,
dans les entre-colonnements du palais de théâtre, des niches,
remplies par des écussons et des statues également dessinés.
Lavis à l'encre de Chine.
Dessin pour une Fête de Versailles, qui, après que les figures
ont été dessinées sur le commencement de la gravure, a été
entièrement gravé sous un titre que je ne retrouve plus.
H. 30, L. 48.
--Le Colin-maillard.
Dessin à la sanguine relevé de plume.
Signé deux fois dans la marge: _H. Gravelot inven._
Gravé par Martinet dans une série de quatre vignettes avec des
vers au bas.
H. 18, L. 12.
--Une jeune femme couchée sur un grabat, dont s'approche, suivi
d'un petit garçon, un homme qui fait un geste d'étonnement.
Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir estompé, rehaussé de
craie. Il a été mis au carreau pour la réduction du dessin en
vignette.
C'est le dessin de la vignette gravée par Pasquier, t. Ier, p.
189 de l'_Histoire de Tom Jones_, traduit par M. de la Place,
1751.
Vente Andreossy.
H. 38, L. 46.
GREUZE (_Jean-Baptiste_). A propos du grand dessin, exposé par Greuze
au Salon de 1769, Diderot dit: «Il ne faut à Greuze qu'une matinée
pour faire un dessin comme celui-là.» Oui, Greuze a le jaillissement
du trait comme inspiré et enthousiaste; son lavis semble avoir la
fièvre, et même en ses têtes d'études où il s'astreint à un travail
de hachures, il apporte là dedans une fougue qui n'y laisse rien
de mécanique. Un dessin, catalogué ici, présente un intérêt: c'est
la répétition, pour ainsi dire, du «Coucher» de Vanloo, un dessin
désagréable par la masculinité du torse, mais dont le fier et coloré
modelage des jambes montre le puissant artiste qu'était Greuze à
certaines heures.
--Dans un parc, un jeune homme debout, soutenant de la main
gauche son fusil appuyé sur un banc de pierre, où se repose un
chien, tandis que son bras droit est entouré des deux mains d'une
jeune femme assise, qui appuie amoureusement sa tête contre lui.
Lavis au pinceau à l'encre de Chine.
Étude pour le portrait d'un jeune ménage, peut-être celui des de
La Borde.
H. 38, L. 35.
--Jeune femme au seuil d'une porte, la tête baissée, les bras
pendants; sur ses épaules est jeté un fichu à la large pèlerine.
Dessin au crayon noir et à la sanguine fondus et estompés.
Étude de femme d'après Mme Greuze pour la composition gravée
par Massard, sous le titre: LA DAME BIENFAISANTE. Une étude
semblable, mais à la sanguine seulement, existe au Louvre.
Vente Hope.
H. 49, L. 31.
--Une vieille femme paralytique, qu'un jeune homme approche d'un
fauteuil, en la soutenant filialement sous les bras.
Lavis au pinceau à l'encre de Chine.
H. 31, L. 22.
--Académie de femme nue, vue de dos, la tête retournée par
derrière. Une main appuyée sur un coin de toilette, elle a la
jambe gauche agenouillée sur un fauteuil où est posée sa chemise.
Dessin au crayon noir et à la sanguine fondus et estompés.
Vente de Mlle Caroline Greuze, n° 35.
H. 59, L. 37.
--Trois études d'amours.
Lavis au pinceau à l'encre de Chine sur trait de crayon et
balafré de sanguine.
H. 26, L. 22.
GUÉRIN (_François_). Un académicien de la vieille académie bien peu
connu, et dont les dessins grouillants et tumultueux, lavés de bistre
et sabrés de blanc de gouache, sont un mélange de faire de Boucher,
son maître, et de Gabriel de Saint-Aubin. Ils ne sont pas signés, les
dessins de ma collection, mais j'ai vu en 1860, chez Mallinet, un
dessin du même Maître, et absolument de la même facture, représentant,
dans un atelier plein d'enfants, une femme peignant à un chevalet,
dessin signé _F. G._, les initiales de François Guérin.
--Un marché à la volaille du temps. Allée de boutiques faites de
quatre perches, au haut desquelles est noué, servant de toit,
un vieux morceau de toile, d'où pendent accrochés toutes sortes
de volatiles. Au premier plan du marché, peuplé de vendeuses et
d'acheteuses, une vieille femme agenouillée sort d'un panier,
appelé _couveuse_, un poulet qu'elle met entre les mains d'une
fillette.
Dessin sur papier jaune, au bistre, rehaussé de blanc de gouache.
Portant la marque du chevalier Damery.
H. 23, L. 28.
--Une marchande de marrons en train de renverser le contenu de sa
poêle dans un morceau de couverture; à côté un garde française
embrassant une grisette; dans le fond, une femme jouant du violon
auprès d'un homme qui fait la parade devant les tableaux d'une
baraque.
Dessin sur papier jaune, au bistre, rehaussé de blanc de gouache.
Portant la marque du chevalier Damery.
H. 23, L. 28.
HOIN (_Claude_). Un nom d'artiste complètement sombré, et que seulement
depuis quelques années vient de réapprendre aux amateurs le passage,
dans les ventes d'estampes, de deux ou trois gravures en couleur
d'après ses compositions. Les experts avaient une telle défiance de
l'inconnu de son nom, et cela encore à la vente Tondu, qu'ils livraient
aux enchères ses gouaches, signées en toutes lettres, sous le nom de
Fragonard. Un très habile gouacheur que Hoin, et peut-être l'inventeur
de ces petits zigzags de blanc, employés si joliment par Hall dans
les demi-teintes neutres de ses étoffes, et qui font l'effet de ces
sillons brillants qu'un patin laisse sur la glace. Hoin faisait, par
parenthèse, annoncer que ces coups de blanc étaient exécutés avec le
blanc de zinc, tout nouvellement inventé par le chimiste de Morveau.
Hoin, en définitive, est l'un des quatre ou cinq plus remarquables
gouacheurs du siècle. On ne peut lui reprocher qu'un goût trop prononcé
pour la coloration gorge de pigeon, qui apporte à ses compositions une
harmonie un peu ardoisée.
--Mme Dugazon dans le rôle de Nina. Elle est représentée en
fichu de gaze, en corsage jaune, en robe de mousseline blanche à
dessous rose, courant vers une grille de château, des fleurs dans
les cheveux, un bouquet à la main.
Gouache.
Signé sur une pierre de la grille: _Hoin P. de M._ (peintre de
Monsieur), 1789.
Composition différente de Nina la folle, gravée en couleur par
Janinet en 1787, d'après Hoin.
Vente Tondu.
H. 25, L. 19.
HOUEL (_Jean-Pierre-Louis_). D'élégants dessins de toutes sortes, parmi
lesquels on remarque une série de gouaches représentant des paysages
italiens, où l'artiste cherche à échapper aux tons conventionnels de
ce genre de peinture, pour se rapprocher de la couleur vraie de la
nature.
--Sous les arceaux d'une vieille construction, une écurie où l'on
voit un petit cavalier en selle sur un cheval qui caracole; à
droite, un escalier où monte un homme portant un sac sur son dos.
Bistre sur trait de plume.
Signé: _Houel f. 1764_.
H. 32, L. 27.
--Une colline boisée, surmontée d'une église à campanile entourée
de cyprès; au bas, un lac avec une barque amarrée; à gauche un
homme qui brouette une barrique.
Gouache.
Signé: _Houel f. R. 1772_.
H. 30, L. 47.
HUET (_Jean-Baptiste_). Le copiste, le plagiaire des dessins, des
motifs, des procédés même de Boucher dont il a pris jusqu'aux petits
traits géminés dont le puissant crayonneur accidente, _zèbre_, pour
ainsi dire, le plane de son estompage: travaux que l'on sent chez le
Maître l'œuvre d'une main et qui ne semblent chez son disciple que la
façon d'un outil, d'une mécanique. Déclarons-le bien haut, le joli chez
Boucher a parfois du grandiose, il n'est jamais que joli chez Huet.
--Une bergère, en chapeau de paille, au corsage décolleté et
enrubanné, à la jupe faisant retroussis, les pieds nus, une rose
à la main; derrière elle des moutons couchés à terre.
Pastel.
Signé: _J. B. Hûet, 1788_.
H. 39, L. 28.
--Dans un jardinet fleuri de roses trémières, une jeune femme,
assise près d'une caisse d'orangers, pêche à la ligne; à ses
côtés un petit garçon joue avec un chien.
Aquarelle.
Signé au crayon: _J. B. Hûet, 1783_.
H. 20, L. 29.
--Dans une chambre où les gens sont aveuglés par la fumée d'un
poêle qu'on allume, deux amoureux profitent de l'incident pour
s'embrasser sans être vus[21].
Dessin lavé au bistre sur trait de plume.
Signé: _J. B. Hûet, 1789_.
Gravé en couleur par Delacour, sous le titre: L'HEUREUX ACCIDENT.
H. 24, L. 37.
[21] Un motif en faveur dans ce temps. On trouve dans
le catalogue Paignon-Dijonval une gouache de Debucourt
représentant le même sujet, qui a été encore repris par
Fragonard dans un charmant bistre possédé par M. du Sommerard.
--Marche d'animaux à la Benedette Castiglione, où, dans la
bousculade, un taureau monte sur une vache.
Dessin sur papier jaune, au crayon noir, rehaussé de craie.
Signé à l'encre: _J. B. Hûet, 1771_.
H. 32, L. 43.
--Bâtiments de ferme dans une saulaie, au bord d'un ruisseau où
pêche à la ligne un petit garçon.
Signé: _J. B. Hûet, 1787_.
H. 34, L. 44.
--Cour de ferme, où sur des bottes de foin est assise une jeune
villageoise, adossée à la porte rustique d'un verger, sous
laquelle joue un enfant.
Signé: _J. B. Hûet, 1787_.
H. 34, L. 44.
--Canard prenant son vol.
Aquarelle.
Signé: _C. Huet, 1754_[22].
H. 21, L. 39.
[22] Huet est né en 1745, donc il aurait eu 9 ans quand il
aurait fait ce dessin, en outre ses prénoms sont Jean-Baptiste,
et cependant le dessin est marqué au caractère de ses études,
et de plus la signature est parfaitement de l'écriture du
peintre.
HUEZ. Un sculpteur qui fait des dessins de sculpteur.
--La France, appuyée sur un bouclier fleurdelysé, fait le geste
de bénir une femme, ayant la main sur un aérostat. Dessin au
bistre et à l'encre de Chine sur trait de plume.
Signé: _D'Huez_, qui a écrit dans la marge: _La Physique
présentant la machine aérostatique à la France qui la protège_.
H. 31, L. 24.
JEAURAT (_Edme_). Dessinateur de scènes «du bas peuple» à la façon de
Chardin, mais qui n'a rien de son ampleur magistrale. Ses dessins sont
presque toujours exécutés au crayon noir avec une pierre d'Italie,
presque grise, et très légèrement rehaussés de blancs à peine visibles,
cela sur un papier bleuâtre, en sorte que ses études, aux contours
et aux détails arrêtés par un petit trait sec, apparaissent comme
éclairées par un clair de lune. On remarquera que trois de ces dessins
de Jeaurat, quoique provenant de ventes différentes, portent gravée à
froid une petite ancre: la marque du chevalier Damery. Cet amateur,
dont le nom se trouve au bas d'un certain nombre d'estampes, comme
le nom du possesseur d'une collection considérable de tableaux et
de dessins, fut un homme d'un goût sûr, un _choisisseur_ délicat et
raffiné. Je signale sa marque aux amateurs: elle n'est jamais sur un
dessin médiocre.
--Un homme et une femme du peuple dansant.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Étude des deux figures principales pour le tableau de LA PLACE
DES HALLES, gravé par Aliamet.
Portant la marque du chevalier Damery.
H. 22, L. 27.
--Trois femmes des halles faisant les cornes.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Étude pour LE TRANSPORT DES FILLES DE JOIE A L'HÔPITAL, gravé par
Levasseur.
Portant la marque du chevalier Damery et du peintre Joyant.
H. 22, L. 28.
--Un homme attelé au brancard d'une charrette; en bas, à gauche,
une répétition de la tête coiffée d'un bonnet au lieu d'un
chapeau.
Dessin sur papier gris, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Étude pour LE DÉMÉNAGEMENT DU PEINTRE, gravé par Duflos.
H. 22, L. 19.
--Une femme assise dans un fauteuil, un sac au bras.
Dessin sur papier jaunâtre, à la pierre d'Italie, rehaussé de
craie.
Étude de la femme pour la composition gravée par Balechou, sous
le titre: LE MARI JALOUX.
H. 34, L. 26.
--Un malade assis à une table, comptant les parties de son
apothicaire, un laquais appuyé au dos de sa chaise, une fille de
chambre une seringue à la main.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Portant la marque du chevalier Damery.
H. 24, L. 30.
LAFITTE (_Louis_). L'illustrateur que les éditeurs du Directoire et de
l'Empire acceptèrent pour le continuateur de Moreau, un dessinateur
incorrect et niais, dans l'imagerie duquel la recherche de David
s'allie à des sentimentalités à la Bartolozzi.
--Intérieur d'atelier, à la muraille garnie de plâtres, du
commencement de la Révolution; des élèves dessinent et peignent,
d'autres lisent; un modèle de femme se repose la main sur un
tabouret.
Dessin sur papier jaune, au crayon noir, rehaussé de blanc.
Signé à l'encre: _L. Lafitte, 1790_.
Ce dessin est le n° 98 de la vente Lafitte, 1828, où il est
ainsi décrit dans le catalogue: _Représentation de l'atelier de
Vincent et portraits de plusieurs de ses élèves pendant une heure
d'étude_.
H. 42, L. 54.
LAGRENÉE _dit l'aîné_ (_Louis-Jean-François_). Un peintre et
dessinateur gracieux, faisant de la grâce dans laquelle commence à
apparaître le goût de l'antique et ces profils à la grecque, où le
front passe au nez par une ligne droite sans rentrant.
--Une sultane accroupie à terre, une cuiller à la main, près
d'une petite table basse où sont posées une théière et une tasse;
dans le fond, deux suivantes versant de l'eau dans une bouilloire
posée sur un trépied allumé.
Bistre sur trait de plume, rehaussé de blanc de gouache.
Étude pour un dessus de porte.
H. 11, L. 25.
LA JOUE (_Jacques_). Un artiste au dessin verveux et tordu, et qui,
dans les personnages, semble le dessin d'un grand orfèvre, associant
l'homme à la rocaille de ses créations. Un génie abondant, comme
on disait alors, une imagination meublée de paysages aux arbres
ornementaux, d'architectures ronflantes, de ruines théâtrales.
--Un encadrement portant en haut l'écusson de la maison
d'Orléans, soutenu par deux amours, et descendant des deux côtés
par des chutes de verdure et de treillage à des scènes de chasse
au milieu desquelles se voit dans un cartouche le portrait de
Wouwermans.
Dessin à la plume lavé d'encre de Chine.
Signé: _Lajoue_.
Gravé par Le Parmentier, sous le titre: _Frontispice de l'Œuvre
de Wouwermans_.
H. 34, L. 45.
--Dans une bibliothèque, deux amours dont l'un porte une toque,
une fraise, un manteau, et sur son ventre nu, le baudrier de la
Comédie italienne. Tous deux sont appuyés sur un globe terrestre.
Un amour couronnant un buste encastré dans un obélisque, dont
le soubassement porte les trois fleurs de lys; un second amour
étendant les bras vers le buste.
Lavis à l'encre de Chine.
Tous deux signés: _Lajoue_.
Études pour dessus de portes.
H. 33, L. 32.
--Au pied d'un bouquet d'arbres et d'une fontaine surmontée d'un
groupe d'animaux représentant un cerf forcé, des chasseurs se
reposent couchés à terre; dans le lointain, une chasseresse à
cheval qui a une amie en croupe.
Dessin à la plume lavé d'aquarelle.
H. 23, L. 27.
LANCRET (_Nicolas_). Un dessin descendant de Watteau, mais sans ces
appuiements cassés et ce brisement aigu de la ligne, qui sont le charme
et la signature du grand Maître. En outre, le dessin est plus lourd,
plus rond, plus ramassé, et toujours avec des extrémités balourdes.
Lancret ne _voit pas long_ comme voyait Watteau. Il serait toutefois
injuste de ne pas accorder à Lancret une certaine ampleur décorative
de beaux contours rocailleux, des grâces parfois solides, et, dans le
procédé, la trituration du crayon noir et de la sanguine d'un vrai
coloriste.
--Une femme debout et déclamant, un masque à la main, une autre
assise et chantant, les yeux sur un livre de musique, toutes deux
en robes et en petits toquets garnis de fourrures.
Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir et à la sanguine,
gouaché de blanc.
Ces deux figures se retrouvent dans un tableau de Lancret,
conservé dans les appartements du château de Potsdam.
Vente Villot.
H. 18, L. 30.
--Deux femmes vêtues, comme dans le dessin précédent, de robes
et de toquets à la polonaise. Elles sont debout l'une en face de
l'autre et semblent jouer une scène de théâtre.
Dessin aux trois crayons sur papier chamois.
H. 18, L. 24.
--Deux hommes dans l'attitude de présenter la main à une femme
au bas d'un escalier, trois hommes vus de dos dans l'inclination
d'un salut.
Feuille de croquis au crayon noir et à la sanguine sur papier
blanc.
L'étude de l'homme présentant la main a été employée par Lancret,
avec un changement, dans l'ADOLESCENCE, gravée par de Larmessin.
H. 23, L. 32.
--Un homme de profil tourné à droite dans le mouvement d'ajuster.
Dans le fond, deux répétitions de sa tête coiffée d'une manière
différente.
Dessin sur papier verdâtre rehaussé de blanc.
H. 31, L. 22.
--Un homme couché à terre, vu de dos, la tête de profil tourné à
gauche.
Dessin à la pierre d'Italie, rehaussé de blanc sur papier jaune.
Étude.
H. 22, L. 23.
LANTARA (_Simon Mathurin_). Le peintre, le dessinateur amoureux des
jeux de la lumière dans les vapeurs, dans les nuages, et qui met
toujours un peu des vaporisations d'un clair de lune en ses ciels du
jour.
--Un bord de rivière, ayant à droite un bouquet d'arbres, à
gauche les toits d'un village, dans le fond une tour en ruine.
Au premier plan, un homme dont une bourrasque, qui fait le ciel
nébuleux, enlève le chapeau.
Dessin sur papier bleu au crayon noir estompé avec rehaut de
craie.
H. 25, L. 39.
LA RUE (dit des _Batailles_). Dessinateur au gros et épaté contour
roussâtre, qu'on dirait une cernée faite par la pourriture du papier.
Les dessins de La Rue sont très rares.
--Une course de chevaux dans un site italien.
Dessin au bistre tracé à la plume de roseau et lavé d'une teinte
bleutée.
Vente Peltier.
H. 19, L. 47.
LA TOUR (_Maurice-Quentin de_). Un grand, un très grand pastelliste,
mais avant tout l'homme unique des _préparations_, de ces savantes et
vivantes ébauches de la physionomie humaine, qui peuvent tenir à côté
de n'importe quel portrait de quelque école que ce soit.
--Une femme vue de face, à mi-corps. Poudrée, en coiffure basse
du milieu du siècle, et d'où s'échappe et se déroule, à gauche,
sur sa gorge, une boucle de cheveux appelée _repentir_, elle
porte au cou un collier de ruban bleu, et sa robe décolletée est
une robe de velours bleu garnie de dentelles et de fourrure de
cygne. Derrière elle, le dos d'un fauteuil sculpté se détachant
d'un fond bleuâtre.
Pastel.
H. 54, L. 48.
--Masque de La Tour.
Préparation pastellée sur papier jaunâtre.
Étude pour le portrait de l'artiste du Louvre.
H. 27, L. 17.
--Tête de femme de trois quarts tournée à gauche.
Préparation sur papier jaune, poussée au fini du pastel dans le
visage; les cheveux seulement frottés d'une coloration de poudre,
le cou indiqué par un trait de craie, le fond haché de bleu.
Préparation mise au carreau.
Étude pour le grand portrait en pied de Mme de Pompadour du
Louvre.
H. 36, L. 26 (ovale).
--Tête de femme de trois quarts tournée à gauche.
Préparation sur papier bleu, au crayon noir, rehaussée de craie,
avec de la sanguine seulement sur les lèvres.
Le nom de Mlle _Dangeville_ était écrit, d'une écriture du temps,
sur une bande de papier collé sur le petit cadre noir habituel
aux préparations de La Tour. Il est encore au dos du dessin.
L'authenticité de l'attribution est confirmée par une seconde
étude plus avancée qui figure au Musée de Saint-Quentin sous le
n° 64.
H. 30, L. 20.
--Tête d'homme vu de trois quarts, tourné à droite, un
mazulipatan noué sur la tête.
Préparation sur papier bleu, aux trois crayons, rehaussée de
pastel.
Étude pour le portrait de Dumont le Romain, conservé au Louvre.
H. 30, L. 20.
LAVREINCE (_Nicolas_). Un gouacheur qui n'a rien de la large manière
de Baudouin, mais non sans mérite dans ses compositions d'une
coloration aimable, d'un travail précieux, d'un badinage de pinceau
dans les étoffes, léger, volant, zigzagant, et dans les chairs d'un
fin aiguillage de petits tons délicats. Lavreince est, à l'heure
qu'il est, la coqueluche des amateurs de tabatières, et cette année
un riche carrossier, M. Mülbacher, vient d'acheter 25,000 francs les
deux gouaches de «l'Assemblée au Salon» et de «l'Assemblée au Concert».
Les deux gouaches, cataloguées ici, ont été achetées par moi moins
chèrement chez un coiffeur de la rue de Vaugirard. Le besoin d'amuser,
par quelque chose accroché au mur, l'homme auquel on coupe les cheveux,
dont on racle le menton, a fait de la boutique des coiffeurs de la
banlieue et de la province une des mines où les marchands de Paris et
quelquefois les amateurs ont fait les plus heureuses retrouvailles de
dessins et de gravures du XVIIIe siècle.
--Dans un parc, un homme assis à terre et lisant une brochure,
où se distingue le nom de _Figaro_, à une société parmi laquelle
sont deux femmes debout, abritées sous la même ombrelle; en un
coin, une jeune fille chatouille avec une paille la figure d'un
petit garçon qui dort.
Gouache sur vélin.
Signé: _Lavreince, 1782_.
Gravé de la même grandeur par Gutenberg, sous le titre: LE
MERCURE DE FRANCE. On lit dans l'annonce de la mise en vente de
cette gravure publiée dans le Mercure de France du 27 novembre
1784: «La principale figure est M. de Beaumarchais lisant dans le
_Mercure_ l'extrait du _Figaro_.»
H. 29, L. 34.
--Sous de grands arbres, un homme couché à terre, un coude appuyé
sur un tabouret, jouant de la flûte, un abbé pinçant de la
guitare, une femme jouant de la mandoline; au milieu du groupe,
une autre femme tenant ouvert un livre de musique, sur lequel est
penchée une jeune fille.
Gouache sur vélin.
Signé: _Lavreince_.
Gravé de la même grandeur par C.-N. Varin, sous le titre: LE
CONCERT AGRÉABLE.
Les gouaches du «Mercure de France» et du «Concert agréable»
passaient en 1787 sous le n° 378 à la vente Collet.
H. 29, L. 34.
LE BARBIER (_Jean-Jacques-François_). L'artiste qui déshonore les
Chansons de La Borde par sa collaboration, l'auteur de grands dessins
philosophiques et patriotiques au trait d'un maître d'écriture, lavés
sur des ombres à l'encre de Chine, de la froide aquarelle d'un lavis
d'architecture.
--La Peinture et l'Histoire immortalisant Voltaire dans le temple
de Mémoire, où son portrait est accroché à une colonne par un
amour, et peint par une femme en tunique la palette à la main.
Encadrement fait d'un rameau de laurier enrubanné.
Aquarelle sur trait de plume.
Signé: _Lebarbier l'aîné, 1770_.
H. 44, L. 31 (ovale).
LE BAS (_Jacques-Philippe_). Des dessins en quête de Lancret, et encore
assez souvent de mignards croquetons à la mine de plomb sur peau vélin,
où le sérieux graveur s'amuse à faire de la bergerie galante.
--Autour d'une table dressée sous un arbre, deux femmes et deux
enfants, au milieu desquels un vieillard, le chapeau à la main,
semble dire le _Benedicite_.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie avec rehauts de
craie.
Signé dans la marge: _J. P. Le Bas, 1739_.
H. 27, L. 32.
--Jeune villageoise marchant avec un enfant, les pieds dans l'eau
d'un ruisseau; au fond, deux femmes chargeant un cheval.
Croquis à la mine de plomb sur peau vélin.
H. 17, L. 23.
LEMOINE. Ce pastelliste, ce dessinateur[23], cet auteur du joli profil
de la Saint-Huberty, gravé par Janinet dans les «Costumes des grands
théâtres de Paris» est aujourd'hui complètement oublié,--et l'homme et
l'œuvre,--et ses dessins, qui ne sont presque jamais signés, donnent
lieu aux attributions les plus extravagantes. Cependant le portraitiste
a laissé des dessins qui méritent la restitution de son nom au bas de
leur nuageuse indication. Ce sont des bustes de femmes, des femmes en
pied dessinées avec des ombres et des lumières, sans l'arrêt, pour
ainsi dire, d'un contour. Baignées de lueurs diffuses, ces femmes sont
flottantes dans le fusinage, seulement fortifié çà et là de quelques
accentuations de sauce. Des images troubles délicieusement vagues, qui
demandent une grande intelligence de la lumière, et qui se rapprochent,
avec un peu moins de légèreté, de l'estompage gris de quelques rares
études d'Honoré Fragonard.
[23] Il était aussi peintre et aurait peint le plafond du
théâtre de Rouen, dont il était originaire.
--Une femme posée à contre-jour devant une fenêtre, entre une
toilette et un pupitre à musique. Elle est assise les jambes
croisées, une main tenant un livre dans le creux de sa jupe.
Vêtue d'une blanche toilette de linon, elle porte sur la tête un
chapeau de paille enrubanné, au rebord abaissé sur les yeux.
Dessin estompé à la sauce.
H. 45, L. 38.
LEMOYNE (_François_). Un grand dessinateur incorrect, le précurseur de
Boucher, et qui a gardé dans ses corps de femmes et leurs airs de tête
un peu de la grâce du Parmesan et de la manière de Véronèse.
--Une jeune fille en chemise, assise sur un tertre, la jambe
droite allongée en avant, dans le mouvement d'une femme qui va se
laver les pieds.
Dessin sur papier bleu, à la pierre noire, rehaussé de craie.
Portant les marques des collections Lempereur et Desperret.
H. 38, L. 26.
LEMPEREUR (_Jean-Baptiste-Denis_). Un graveur auquel, sans qu'il
soit nommé, l'œuvre gravé de Watelet doit beaucoup, et un agréable
paysagiste en ses moments de loisir. De l'aimable banlieue de Paris,
il a laissé des sanguines d'un _croquant_ particulier, des aquarelles
lavées des eaux de la pâle et blonde aquarelle de Boucher, des paysages
au crayon noir dont l'estompage, mélangé de craie et d'un rien de
sanguine, semble le procédé moderne de Clerget.
--Un escalier, surmonté de deux sphinx à tête et à gorge de
femme, posés à l'entrée d'une terrasse à balustres menant à une
habitation sous de grands arbres; en bas, un homme qui pousse une
brouette.
Sanguine.
Signé: _Lempereur, 1773_.
Au dos du dessin était écrit: _Vue d'un jardin à
Fontenay-aux-Roses_.
H. 30, L. 37.
--Une cour de ferme, où sur la droite est un hangar fait de
troncs d'arbres et de branchages, au fond un homme assis sur une
auge.
Aquarelle sur trait de plume.
Signé: _Lempereur f., 1772_.
Dans la marge de l'ancienne monture, de l'écriture du paysagiste:
_A Aulnay près Sceaux_.
H. 22, L. 29.
--Une chaumière au toit défoncé dans un bouquet d'arbres.
Dessin au crayon noir estompé, mélangé de craie et de sanguine.
Signé: _Lempereur, 1773_.
Dans la marge: _A Aulnay près Sceaux_.
H. 20, L. 31.
LEPAON (_Jean-Baptiste_). De jolis petits soldats, de jolis petits
canons, de jolis petits campements, de jolis petits sièges: ce sont là
les dessins de cet artiste, qui s'engagea pour voir la guerre de près,
et qui n'en a jamais été que l'enjoliveur et le bistreur coquet. Parmi
les dessins de Lepaon qui figurent ici, il en est un curieux. C'est une
grande aquarelle qui détruit l'assertion de Brunn Neergaard, avançant
dans le _Moniteur_ du 29 août 1806[24] que Lepaon n'a jamais fait
d'aquarelle. Puis cette aquarelle représente l'équipage de chasse de la
maison de Condé, dont Lepaon était le peintre officiel, et où parmi les
piqueurs et au milieu des chevaux et des chiens figurent les princes
de Conti et de Condé. Du reste, le dessin est assez mauvais, pas assez
cependant, pour que le marchand qui le possédait, ait cru devoir me le
donner par-dessus le marché pour envelopper une gravure qu'il m'avait
vendue.
[24] L'article de Brunn-Neergaard était fait sur le livre:
_l'Art du dessin en France depuis son rétablissement jusqu'à
nos jours_, par le docteur Fiorillo, Gœttingue 1806, un volume
allemand qui, je crois bien, n'a jamais été traduit.
--Opérations d'un siège avec la vue du camp assiégeant, de ses
tranchées, de ses batteries. Au premier plan, une femme se
promène, une ombrelle à la main, au bras d'un officier, tandis
qu'un peintre, un genou posé à terre, fait un croquis.
Dessin au bistre sur trait de plume.
H. 19, L. 48.
--Halte de cavalerie dans un village; au premier plan, un
cavalier, descendu de cheval, prend un sac des mains d'une
vieille femme.
Bistre sur trait de plume.
H. 29, L. 39.
--Un hallali à Chantilly. Un piqueur sonnant de la trompe à
cheval, valets de chiens se reposant couchés à terre, chiens se
désaltérant à une mare. Sur la droite, en habits rouges à collets
et à revers de velours noir, le prince de Conti et le prince de
Condé causent ensemble.
Aquarelle.
Signé: _Lepan_ (sic) _fecit 1769_.
H. 41, L. 56.
LÉPICIÉ (_Nicolas-Bernard_). Du petit, du très petit Chardin, dans
un dessin cependant serré, détaillé, étudié à la pointe d'une pierre
d'Italie très grise, sur du papier jaune, avec des rehauts de craie et
de sanguine, qui font des études d'après nature de Lépicié, de tièdes
et de blondes préparations pour sa claire peinture.
--Dans un intérieur rustique, Lépicié, assis, prend un verre de
vin sur une table, ayant entre ses jambes un enfant qui mange un
morceau de pain.
Dessin terminé au crayon noir, rehaussé de craie et de sanguine.
Signé: _Lépicié_.
C'est le dessin du tableau qui figurait dans la galerie Boitelle.
H. 45, L. 38.
LEPRINCE (_Jean-Baptiste_). L'esprit, le ragoût, la couleur de Boucher
transportés dans des dessins, dans des lavis, presque tous consacrés à
la reproduction de sujets russes. Le dessin des «Joueurs de tonneau»
a son histoire: acheté par le marchand de gravures Dauvin, chez le
peintre Decamps, il avait fait presque les frais de la composition d'un
de ses tableaux.
--Une jeune femme en costume russe, un oiseau posé sur un doigt
de sa main.
Sanguine.
Gravé en fac-similé dans l'œuvre de Demarteau, sous le n° 537.
H. 33, L. 22.
--Dans un riche intérieur, une femme en costume russe
jouant de la guitare, pendant qu'une petite esclave pose un
rafraîchissement sur une table.
Aquarelle.
Gravé en couleur par Marin, sous le titre: THE PLEASURES OF
SOLITUDE, et publié à Londres.
H. 23, L. 15.
--Dans un paysage russe, un pont élevé sur de hauts piliers
menant à la porte d'une ville fortifiée.
Bistre.
Signé: _B. Le Prince_.
H. 24, L. 26.
--A la porte d'une chaumière, cinq paysans jouant au tonneau;
dans le fond, un homme prenant une femme par la taille.
Bistre.
H. 27, L. 35.
--Dans un caback, une guinguette des environs de Moscou, devant
une estrade où des gens boivent et fument, un couple de Russes
exécute la danse nationale, aux sons d'un orchestre monté sur des
tonneaux.
Lavis d'encre de Chine sur frottis de sanguine.
Signé: _Le Prince, 1778_.
Gravé par Leprince, sous le titre: LA DANSE RUSSE.
H. 32, L. 57.
LESUEUR (_Louis_). Dessinateur-paysagiste qui raye et griffonne ses
lavis de fins traits de plume, ressemblant à l'égratignure d'une
aiguille sur du cuivre.
--Cour de ferme devant la porte de laquelle un âne chargé de
paniers se met au pas, suivi de la fermière.
Bistre retouché de plume.
Signé: _L. Lesueur, 1782_.
H. 13, L. 21.
LIOTARD (_Jean-Étienne_). L'artiste excentrique et cosmopolite, le
pastelliste de «la Chocolatière» dont les trois crayons ont une
certaine ressemblance avec les trois crayons de Portail, et dont, par
un hasard inexplicable, on ne connaît guère que des contre-épreuves. Je
crois que la femme de ma collection est de la suite de ces costumes de
femmes de tous les pays contre-épreuvées, que possède le cabinet des
Estampes.
--Femme de profil tournée à droite, la tête vue de trois quarts.
Habillée d'une robe semée de pois sur laquelle est jeté un
mantelet à capuchon, elle tient ses mains dans un petit manchon
de soie au rebord de fourrure.
Contre-épreuve d'un dessin à la pierre d'Italie et à la sanguine.
H. 30, L. 20.
LOUTHERBOURG (_Philippe-Jacques_). Tantôt imitant le faire de Leprince,
tantôt le faire des maîtres flamands, et, dans cette dernière
imitation, se servant d'un papier rugueux assez semblable au papier
préparé pour la peinture à l'huile, et sur lequel, les lavis au bistre
prennent le caractère d'esquisses brossées au bitume.
--Réjouissances publiques, où des _pifferari_ font danser des
marionnettes; sur une fontaine décorative est écrit de la main du
peintre: _Il nous est rendu_.
Bistre sur trait de plume.
Signé au pinceau: _Loutherbourg_.
Vente Tondu.
H. 27, L. 36.
--Repos de pâtres italiens sous un grand arbre; à droite, un
homme, monté sur une mule caparaçonnée, boit à une gourde, la
tête renversée en arrière.
Bistre avec rehauts de blanc de gouache sur un papier préparé, à
la nuance verdâtre.
H. 33, L. 43.
MACHY (_Pierre-Antoine de_). Devant les aquarelles de cet homme, dont
la peinture rappelle un peu la peinture de Guardi, un étonnement vous
prend à les trouver si sales, et peuplées de personnages qui annoncent
les bonshommes de Béricourt.
--La colonnade du Louvre en perspective, au fond le palais
Mazarin et l'Hôtel des Monnaies, à droite les maisons qui
masquaient la façade de Saint-Germain-l'Auxerrois[25]. De
nombreux personnages sur la petite place, un arracheur de dents,
un marchand de mort aux rats, un porteur d'eau, des marchandes à
éventaires, des promeneurs.
Aquarelle.
H. 33, L. 63.
[25] On rencontre, du même artiste, de nombreux croquis de la
démolition de ces maisons.
MALLET (_Jean-Baptiste_). Le dernier représentant de la gouache, de cet
art tout XVIIIe siècle, et qui ne survécut pas à la monarchie. Aussi
les gouaches de Mallet, passé la Révolution, sont aigres, ses chairs
de femmes briquées, l'ensemble du travail pénible. Et il arrive un
moment où Mallet laisse le faire et le badinage de l'ancienne gouache
française, pour une gouache qu'il touche avec les petites lumières
carrées de la peinture de Téniers, appliquée à des sujets français
qu'il habille à la hollandaise.
--Dans une chambre, décorée à la mode du Directoire, et que des
objets de peinture, posés sur un secrétaire, disent la chambre
d'un peintre, un jeune homme verse une tasse de thé à son modèle,
une femme en chemise assise sur ses genoux, tandis qu'une autre
femme, debout devant le groupe, remue une cuiller dans la tasse
qu'elle tient à la main.
Gouache.
Signé sur un carton: _Malet f._[26].
H. 22, L. 29.
[26] Je n'ai pas besoin de dire que les fautes d'orthographe
sont fréquentes dans les signatures parfaitement authentiques
des peintres du XVIIIe siècle.
--Un antiquaire assis dans une galerie, où se voient des statues,
des bustes, des vases, des lampes, une momie; une jeune femme,
qu'un jeune homme tient par la taille, regarde avec lui dans le
tiroir d'un médaillier.
Aquarelle sur trait de plume, relevée de gouache.
Dessin du tableau exposé au Salon de l'an IX.
H. 22, L. 32.
--Dans l'encadrement d'une fenêtre soutenue au milieu par une
statuette d'Amour, et où monte une vigne, une femme, en costume
flamand, fait pisser, dans un vase de bronze, un petit enfant à
la brassière écourtée.
Gouache.
Signé au pinceau dans la muraille: _Mallet_.
H. 23, L. 17.
MARILLIER (_Clément-Pierre_). Ce vignettiste, que les bibliophiles
sont en train de faire l'égal des premiers dans son genre, commence la
série des illustrateurs qui n'ont plus le dessin du peintre, ainsi que
l'avaient Gravelot, Moreau, Eisen, et ne peuvent sortir du petit dessin
pinoché du graveur. Dans ses compositions les plus réussies, Marillier
ne s'élève jamais au delà de la gentillesse.
--Une jeune femme alitée dans sa chambre à coucher et à laquelle
une fille de chambre apporte une tasse de tisane; à son chevet
est assis un gentilhomme.
Dessin à la plume lavé de bistre.
Signé dans la marge: _C. P. Marillier inv. 1775_.
Gravé par de Longueil pour les œuvres d'Arnaud de Baculard.
H. 6, L. 9.
--Une jeune femme, qu'une fille de chambre habille devant un
miroir tenu par une autre chambrière; un rustaud, le chapeau à la
main, est en train de saluer la femme.
Bistre.
Signé dans la marge: _C. P. Marillier inv. 1775_.
Gravé par Delaunay pour le conte de PAULINE ET SUZETTE, _anecdote
française_.
H. 6, L. 9.
--Dans un cadre, un enfant nu couché aux pieds de deux bornes,
au-dessus un miroir entouré de rayons, au-dessous une épée
suspendue dans une couronne de laurier.
Lavis à l'encre de Chine.
Signé: _C. P. Marillier inv. 1779_.
Gravé par Texier pour le cul-de-lampe de VALMIERS, _anecdote_.
H. 11, L. 8.
MASSÉ (_Jean-Baptiste_). Un portraitiste faisant revivre dans les
petits portraits qu'il fait de ses contemporains, le sourire de
l'époque. Il est miniaturiste de son métier, et ses dessins, lumineux
et roses sur papier jaune, ont quelque chose de l'ébauche sur l'ivoire
d'une miniature.
Buste d'un homme de cour poudré, un large nœud de ruban noir au
cou.
Dessin sur papier jaune, au crayon noir estompé avec rehauts de
craie et de sanguine, et encore avec un léger lavis d'aquarelle
sur la figure.
Signé dans l'encadrement: _J.-B. Massé fecit_.
H. 17, L. 13 (ovale).
MEISSONNIER (_Juste-Aurèle_). L'ornemaniste au beau dessin turgide,
amendé toutefois, en sa correcte exubérance, des extravagances et des
écarts de goût du Borromini,--le créateur de la rocaille française.
--Candélabre à cinq lumières, imaginé dans le serpentement et
l'entre-croisement de branchages; un aigle dans la niche, formée
en bas par les tortils de la rocaille, un amour soutenant la plus
haute girandole.
Dessin au crayon noir et à la plume et à l'encre de Chine, lavé
d'une teinte jaune. Il a été mis au carreau.
Gravé dans l'Œuvre de Meissonnier sous le titre: _Projet d'un
grand Chandelier pour le Roi_.
H. 29, L. 19.
MONNET (_Charles_). Peintre d'histoire et dessinateur possédant le
dessin courant du temps.
--Le Dauphin, la Dauphine travaillant à un métier de tapisserie,
entourés de leurs enfants (Louis XVI, Louis XVIII, Charles X).
Lavis d'encre de Chine sur trait de plume.
On lit au dos du dessin, d'une écriture du temps: «_M. le
Dauphin, Mme la Dauphine, les trois princes, M. le duc de la
Vauguyon et le Père Berthier, composition originale de Monnet,
peintre du Roi. J'en ai trois autres du même sujet par le même
avec différences._» Un de ces trois autres projets, en hauteur et
au bistre, existe au revers du dessin.
Ce dessin du tableau exposé au Salon de 1771, réduit à la
dimension d'une vignette, a été gravé sous le titre: _Quelle
école pour les pères!_ dans «le Vicomte de Valmont ou les
Égarements de la Raison», vol. IV.
Vente Monmerqué.
H. 38, L. 41.
--Télémaque embrassant l'Amour dans les bras d'Eucharis; au fond,
danse de nymphes.
Gouache sur vélin.
Dessin original[27] faisant partie de l'illustration de
l'exemplaire du «Télémaque» de Didot in-4°, imprimé sur peau
vélin que j'ai possédé.
H. 20, L. 14.
[27] Les dessins au trait, lavés de bistre, tels qu'ils sont
gravés, sont de Monnet; mais je doute que les miniatures finies
soient du peintre. Les peintres d'alors, à l'imitation de
Boucher, de Fragonard, avaient des femmes artistes, des femmes
miniaturistes, qu'ils faisaient souvent travailler sous leur
nom.
MOREAU _le jeune_ (_Jean-Michel_). L'habile ordonnateur et metteur
en scène des assemblées de gentilshommes et de grandes dames parées,
des Sacres, des Revues, des Bals de cour, des Feux d'artifices, le
dessinateur sans pareil des intérieurs et des élégances de la vie de
son temps. J'ai eu la bonne fortune d'acquérir son plus beau dessin
et je vais raconter l'histoire de ce dessin. Dans la vie de Le Bas
d'après des notes manuscrites de l'expert Joullain, chargé de la
vente du graveur, mon frère et moi avons dit qu'il avait été commandé
par Le Bas à Moreau: «M. Moreau jeune avait fait prix avec M. Le Bas
pour ce dessin à 600 livres payées comptant, et deux douzaines de la
planche qui devait être gravée d'après ce dessin, dont moitié desdites
épreuves avant et moitié après la lettre. Il a exigé de la succession
de M. Le Bas pour indemnité de ces épreuves la somme de 480 livres. Il
avait reçu 600 livres; total 1,080 livres.» A cette vente Le Bas, en
1783, le dessin payé 1,080 livres se vendait seulement 610, et était
acheté par le libraire Lamy qui l'acquérait pour le faire graver[28].
Des mains de Lamy où passait le dessin? On ne le savait, et on le
croyait perdu, lorsqu'il se retrouvait, en 1859, en la possession
d'un petit chemisier du quartier des Halles, dont la femme, de bonne
famille, était la fille d'une personne qui, je crois, avait été
attachée au service du comte de Bordeaux. Le dessin était offert au
Musée, et successivement à tous les riches amateurs de Paris, au prix
de 1,000 francs. M. Reiset m'indiquait l'existence du dessin. J'allais
le voir et étais très tenté, mais je me trouvais n'avoir devers moi que
quelques centaines de francs et ne pouvais en offrir que quatre cents
francs. J'étais refusé, et n'y pensais plus quand, à quelques semaines
de là, un soir on sonna chez moi. J'allais ouvrir et me trouvais en
face d'une jeune femme, portant sur son bras un enfant, et tenant de sa
main libre une grande chose enveloppée dans une serviette. C'était la
Revue du Roi. J'avoue que, quand je regarde mon Moreau aujourd'hui, je
ressens comme un remords d'avoir eu à offrir si peu d'argent à cette
pauvre femme si touchante dans son sacrifice, où l'on sentait la gêne
d'affaires embarrassées.
[28] Voir plus loin, aux lettres de peintres, le traité pour
la gravure de ce dessin entre l'éditeur Lamy et le graveur
Malbeste.
--Petite fille endormie dans son lit. Elle est représentée de
profil tournée à gauche, ses deux bras reposant sur le drap que
soulève une de ses jambes relevée.
La même petite fille endormie tournée de l'autre côté. Elle a
la tête soulevée et enfoncée dans l'oreiller, et les deux bras
étendus et croisés devant elle.
Dessins lavés d'encre de Chine sur trait de plume.
--Deux études, très probablement faites par le père, d'après la
petite fille, devenue depuis la mère d'Horace Vernet.
H. 10, L. 15.
--Vieille femme assise, les bras croisés, un mantelet de soie
noire sur les épaules; à côté d'elle, un chat sur une table. Le
mur du fond est décoré de quelques estampes encadrées, parmi
lesquelles on remarque _la Tête d'expression_, gravée par Cochin,
et une marine d'après Vernet, à laquelle la mère de Cochin a
travaillé. Serait-ce le portrait de Madeleine Horthemels?
Dessin lavé au bistre sur trait de plume.
H. 19, L. 16.
--Le roi Louis XV à cheval, son livret en main, passant la revue
de sa Maison militaire, qui défile dans le fond; au premier plan
nombreux carrosses sur lesquels sont montées des chambrières dont
les jupes s'envolent sous un coup de vent.
Dessin lavé à l'encre de Chine sur trait de plume.
Signé: _J. M. Moreau le Jeune 1769_.
Ce dessin, exposé au Salon de 1781, a été gravé de la même
grandeur par Malbeste, sous le titre: LA REVUE DU ROI A LA PLAINE
DES SABLONS.
Vente Le Bas.
H. 35, L. 74.
--Dans la basilique de Reims, le roi Louis XVI prêtant entre les
mains de l'archevêque «le serment du royaume».
Dessin lavé de bistre sur trait de plume.
Signé: _J. M. Moreau le Jeune, 1775_.
Première idée de la scène gravée avec changement et ampliation à
droite, sous le titre: LE SACRE DE LOUIS XVI, _dessiné d'après
nature et gravé par J. M. Moreau le Jeune, dessinateur et graveur
du cabinet du Roi, 1779_.
H. 37, L. 49.
--La reine Marie-Antoinette allant, le 21 janvier 1782, rendre
grâce à Notre-Dame et à Sainte-Geneviève pour la naissance du
Dauphin. Partie de la Muette, ayant pris ses voitures au rond
du Cours-la-Reine, elle passe sur la place Louis XV, dans un
carrosse attelé de huit chevaux blancs, et suivi des cent-gardes
du corps du Roi. Le dessin est pris de la terrasse du palais
Bourbon, où des curieux pressés contre la balustrade regardent le
défilé et la foule immense de l'autre côté de la Seine. Dans le
coin, à gauche, le prince de Condé et le duc de Bourbon causent,
les mains dans des manchons, avec un groupe de femmes.
Dessin lavé à l'aquarelle sur trait de plume.
Ce dessin, qui faisait partie des dessins commandés à Moreau
pour perpétuer le souvenir des journées des 21 et 23 janvier
1782, n'a point été gravé. Est-ce le dessin lavé offrant une vue
perspective de la place Louis XV prise de la terrasse du palais
Bourbon, que Thierry place dans le boudoir du palais?
H. 45, L. 105.
--Diane,--Iphigénie,--Oreste,--Thoas,--Garde de Thoas,--Scythe.
Dessins à l'aquarelle sur trait de plume.
Signés tous les six: _J. M. Moreau le Jeune, 1781_.
Recueil des costumes commandés par l'Académie royale de musique
à Moreau, pour monter l'opéra d'«Iphigénie en Tauride», dont la
première représentation eut lieu le 23 janvier 1781.
H. 23, L. 16.
--Un pont en bois jeté sur une petite île et reliant les deux
rives d'une rivière ombragée d'arbres, où se tiennent des
pêcheurs à la ligne.
Dessin à l'encre de Chine.
H. 26, L. 35.
MOREAU _l'aîné_ (_Louis_). Un des gouacheurs les plus habiles, les
plus légers, les plus pimpants, et le paysagiste qui, pour moi, a
seul rendu la gaieté et le riant de la campagne parisienne. Les deux
gouaches de ma collection sont de la plus belle qualité du Maître. Le
jour où je les vis à l'exposition du boulevard des Italiens en 1860,
ce fut chez moi un désir fou de les posséder. Et ce désir était de
temps en temps réveillé par une vente que faisait, par-ci par là, leur
possesseur, le miniaturiste Carrier: une vente où les gouaches désirées
n'apparaissaient jamais. J'en étais venu à des vœux homicides, et
étais presque tenté d'imiter ce monsieur, auquel un de mes oncles avait
enlevé aux enchères une paire de cornets de Chine d'un rouge très
laid, mais introuvable; pendant plusieurs années, il vint tous les ans
s'informer chez le concierge si mon oncle était encore vivant. Enfin M.
Carrier mourait en 1875, et les aquarelles étaient vendues; mais cette
fois, au lieu de les acheter 2 ou 300 francs, leur valeur en 1860,
j'étais forcé de les payer 1,325 francs.
--Entrée d'un parc auquel mènent cinq marches, à gauche une
rangée de caisses et de pots de fleurs. Dame, une ombrelle à la
main, dont un serviteur porte la traîne.
Gouache.
Signé: _L. M. 1780_.
Vente Carrier.
H. 29, L. 23 (ovale).
--Intérieur de parc, où, sous un arbre penché, se voit le départ
d'une rampe d'escalier, surmontée d'une pomme de pin en pierre.
Bergère assise, une houlette en travers des genoux; un berger lui
offre un bouquet de fleurs.
Gouache.
Signé: _L. M. 1780_.
Vente Carrier.
H. 29, L. 22 (ovale).
--Jardin chinois, où s'élève au milieu des arbres une pagode à
clochetons; une gondole à l'ancre dans une pièce d'eau. A droite,
au premier plan, un gentilhomme donne des ordres à un jardinier;
à gauche, un homme, une bêche à la main, est assis sur un rouleau
à fouler le gazon.
Aquarelle légèrement gouachée.
H. 39, L. 32 (ovale).
NATOIRE (_Charles_). Le Boucher de la seconde moitié du siècle, mais
n'ayant de son prédécesseur, et de seconde main encore, que la pratique
et la convention, et rien de ce que Boucher avait vu de la nature, même
avec ses yeux du XVIIIe siècle.
Toutefois il y a, dans l'œuvre de Natoire, des paysages romains,
amusants, spirituellement décoratifs, faits d'un rien d'aquarelle et de
gouache jeté sur une feuille de papier bleu couverte d'un croquis à la
plume: des dessins que le peintre aimait, collectionnait, et dont on
vendait une suite de 160 à sa mort.
--Dessin allégorique pour la naissance d'un dauphin de France. Un
génie dans une draperie fleurdelysée, présentant un nouveau-né
à l'Olympe trônant sur les nuages, sous les yeux d'une femme
assise, au manteau doublé d'hermine, et entourée des Muses. Au
premier plan, à droite, les nymphes de la Seine offrant des
fleurs, à gauche, une caverne où rentrent les génies de la
Discorde, au milieu des amours jouant avec des globes terrestres
et des télescopes.
Aquarelle sur crayonnage.
H. 43, L. 69.
--Deux figures de femmes couchées sur les nuages et représentant:
le Printemps, l'Été.
Lavis au bistre sur papier bleu avec rehauts de blanc de
gouache[29].
Ces deux dessins ont été exécutés pour des plafonds.
H. 20, L. 25.
[29] Ces deux dessins sont d'une manière un peu différente de
la manière de Natoire, d'un faire plus italien, mais je les
tiens pour de parfaits Natoire. Reconnaître un dessin écrit
avec l'écriture de tous les jours d'un peintre, ce n'est pas
absolument difficile pour un amateur qui vit dans les dessins;
mais reconnaître un dessin, où le maître a modifié sa manière,
a varié ses procédés: voilà quelle doit être l'ambition du
connaisseur!
--La Muse de la musique entourée d'amours, une main sur une lyre,
l'autre soutenant la bande d'une partition qu'un amour déroule
dans le ciel.
Dessin sur papier bleu à la pierre d'Italie rehaussé de craie.
Dessin d'un dessus de porte.
H. 21, L. 29.
--Vue de la villa d'Este. Au premier plan une femme agenouillée
donnant à boire à des chèvres, et sur le piédestal d'une louve
allaitant Rémus et Romulus, un homme jouant de la guitare.
Croquis à la plume lavé d'aquarelle et de gouache sur papier bleu.
Signé: _Villa d'Est. magio 1766 C. N._
H. 30, L. 47.
NATTIER (_Jean-Marc_). Le portraitiste auquel est attribué un certain
nombre d'études rapides, enlevées d'une manière similaire, mais dont
on n'a pas retrouvé, que je sache encore, la peinture ou la gravure
d'aucun de ces jets sur le papier[30]. A ces études de portraits se
trouve réunie dans ma collection, une grande machine décorative, une de
ces compositions avec lesquelles Nattier, qui se levait de fort bonne
heure, amusait ses matinées avant l'arrivée de ses modèles du grand
monde.
[30] Cependant on parle d'une étude faite dans ces conditions,
et où Nattier a écrit sur le dessin, avec son orthographe
singulière: _Madame de Pris--filles de M. de Pleneuse--estant
jeune, lorsque j'ay--fait toute la famille de--M. de Pleneuse_.
--Une femme à mi-corps, assise de face sur une chaise, le haut du
corps un peu penché à droite, en train de faire de la frivolité.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Vente Villot[31].
H. 33, L. 30.
[31] Catalogué sous le nom de Roslin.
--Un homme à mi-corps, de profil, tourné à droite, la tête
retournée et vue de trois quarts, un carton sur les genoux, à la
main un compas avec lequel il trace une figure géométrique.
Dessin sur papier bleu à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Vente Villot.
H. 30, L. 25.
--Triomphe d'Amphitrite; au-dessus de la conque traînée sur les
eaux, une grande voile déployée dans le ciel que soulèvent et
tendent des amours.
Lavis d'encre de Chine sur trait de plume, avec dans certaines
parties des rehauts de blanc de gouache. Le dessin a été mis au
carreau.
Signé au dos du dessin: _J. M. Nattier invenit et delineavit
1758_, et, d'une écriture du temps, au crayon: _Peint en 1759_.
Vente Peltier.
H. 29, L. 52.
NORBLIN (_Jean-Pierre de la Gourdaine_). Un faiseur de taches à l'encre
de Chine, à l'imitation des taches au bistre faites par Fragonard;
un crayonneur gras et croquant à la mine de plomb, à l'imitation des
crayonnages de Fragonard à la sanguine.
--Un cabaret où un homme cherche à embrasser une femme qui se
défend.
Une course à la bague dans la campagne, où l'on voit au premier
plan un homme caracolant, armé d'une lance.
Deux croquetons à la mine de plomb.
H. 10, L. 17.
--La Main-chaude. Sous de grands arbres, au milieu d'une
nombreuse compagnie, une jeune fille frappant dans la main posée
sur le dos d'un homme, dont la tête est cachée dans les jupes
d'une femme.
Lavis à l'encre de Chine sur trait de plume, en forme d'écran.
H. 29, L. 27.
--Le Jeu de bascule. Sous de grands arbres, des jeunes filles et
des jeunes gens se balançant sur un tronc d'arbre basculant.
Lavis à l'encre de Chine sur trait de plume, en forme d'écran.
H. 29, L. 27.
OLIVIER (_Michel-Barthélemy_). Des dessins non signés, que les
marchands ont offerts pendant longtemps aux amateurs, sous des
attributions absurdes, et que les amateurs n'achetaient pas, les
croyant fabriqués par un faussaire: ces dessins ayant quelque chose
d'une modernité suspecte. Enfin, il y a une quinzaine d'années, dans
une vente, je crois, d'un descendant d'Olivier, arrivait aux enchères
un lot de ses eaux-fortes et de ses dessins, dont quelques-uns étaient
la première idée de quelques-unes des eaux-fortes. Ce jour-là on était
fixé sur ces dessins inconnus, on avait à faire à Olivier, le peintre
officiel du prince de Conti, l'auteur des curieux tableaux du _Thé à
l'anglaise dans le salon des Quatre-Glaces au Temple_, de la _Fête dans
le Bois de Cassan à l'Ile-Adam_. Les dessins d'Olivier sont de petits,
petits, petits dessins, à la recherche d'intentions spirituelles, et
s'appliquant à rappeler dans le mélange de la sanguine, du crayon noir,
de la craie, l'esprit et la couleur des dessins de l'école de Watteau.
Quelquefois même des touches de pastel viennent s'ajouter aux trois
crayons et agrémenter les études du peintre galant du Temple, d'un
coloriage léger et gai. Très souvent aussi, à l'imitation de Watteau,
le sujet principal est accompagné du crayonnage d'une tête, d'un bras,
d'une main, d'un croqueton qui fait contraste avec l'étude terminée.
--Deux femmes de profil, tournées à gauche, se promenant. Elles
sont habillées en grand habit avec des plumes dans les cheveux;
l'une d'elles tient à la main un éventail fermé. Sur le fond est
jetée une étude de tête.
Dessin aux trois crayons sur papier chamois.
H. 24, L. 17.
--Femme assise à terre, coiffée d'un papillon, elle est entourée
d'études de bras et de mains.
Sanguine; trois des études de bras et de mains sont à la pierre
d'Italie.
H. 15, L. 20.
--Femme assise, les jambes allongées, une main tendue et montrant
quelque chose dans le lointain.
Dessin sur papier gris, à la pierre d'Italie et à la sanguine
rehaussé de pastel.
H. 13, L. 21.
--Rose endormie, couchée sur une chaise longue, un livre tombé
de ses mains; du dessous de ses jupes remontées, son petit chien
_toutou_ aboie après un garçonnet penché sur le dossier et
regardant les mollets de la belle.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, frotté de sanguine
et rehaussé de blanc.
Ce dessin, en hauteur, a été gravé en largeur avec de nombreux
changements et l'introduction d'une fille de chambre, sous le
titre: _le Sommeil interrompu_. Il ne porte ni nom de dessinateur
ni nom de graveur, dans sa marge qu'emplissent vingt-cinq vers.
H. 32, L. 26.
OUDRY (_Jean-Baptiste_). On disait, de son temps, Oudry encore plus
attaché à ses dessins qu'à ses tableaux, et que, de ses dessins, il
composait des portefeuilles de cinquante morceaux variés, de manière
que celui qui en possédait un seul, avait un échantillon de tous les
genres embrassés par le peintre. En effet, l'illustrateur des Fables
de la Fontaine est universel, mais plus particulièrement paysagiste
et avant tout animalier. Dans ses dessins d'animaux presque toujours
exécutés sur papier bleu, à la pierre noire avec rehauts de craie, il
apporte une habileté dont le seul défaut est peut-être la constante
égalité, le faire uniformément semblable, une perfection qui vous
laisse sans surprise. Ses dessins aux beaux écrasements de crayon noir
dans l'ombre, aux détails simplifiés dans les clairs,--et tout lumineux
des lumières posées par l'homme qui peignait des oiseaux blancs sur
fond blanc,--arrivent à une unité d'effet extraordinaire et sous des
apparences faciles, à ce résumé concret de l'objet représenté que
donne seul un savoir énorme. Et les heureux et magistraux dessins qu'a
laissés ce dessinateur toujours occupé à crayonner, ce dessinateur
«des perdrix au plumage bizarre, des cerfs à tête singulière» tués
par le Roi, ce dessinateur de tous les animaux inconnus et étranges
arrivant à la ménagerie de Versailles. Ce sont de pittoresques
accumulis de poissons qui lui faisaient faire, au dire des «Mémoires
des Académiciens», dix voyages à Dieppe pour les dessiner dans toute
leur fraîcheur; ce sont de ces _buffets_ ou de ces dispositions de
deux pièces de gibier, accrochées à un clou au-dessus d'une tablette
garnie de victuailles ou d'accessoires, d'une touche de crayon qu'on
supposerait être celle de Chardin; ce sont de savantes études de
chiens, de la grosse bête chassée par la vénerie royale, etc. Et même
le paysagiste n'est pas à dédaigner: ses dessins de grands parcs avec
un bout d'escalier, avec un angle de terrasse à balustres, se font
remarquer tout de suite par une connaissance de l'anatomie de l'arbre,
une science de ses embranchements, et encore par un éclairage du
dessous des grandes futaies qui n'appartiennent qu'à Oudry.
A propos des dessins à la sanguine d'animaux d'Oudry, on doit se défier
de certains dessins un peu dans sa manière, mais d'un crayonnage plus
maigre, et qui sont du nommé Dugommer; quant à ses paysages à la pierre
d'Italie, sur papier bleu, il faut prendre garde à quelques dessins de
Pierre, moins libres cependant que ceux d'Oudry, mais qui a travaillé
d'après nature à Arcueil, dans l'ancien parc du prince de Guise, et
reproduit les mêmes motifs que son confrère. Enfin il ne faut pas
craindre d'acheter des paysages d'Oudry dans lesquels se promènent des
personnages de l'Empire: un marchand du commencement du siècle qui en
possédait un certain nombre, ayant eu, pour les vendre, l'idée de faire
peupler leur vide et leur solitude, par un artiste contemporain dont on
m'a dit le nom que j'ai oublié.
--Un chien barbet surprenant un cygne sur ses œufs.
Dessin sur papier bleu, lavé à l'encre de Chine, rehaussé de
gouache.
Signé: _Oudry fecit pour présent_.
Dessin du tableau exposé au Salon de 1742 et peint pour la salle
à manger de M. Bernard l'aîné.
H. 35, L. 40.
--Attaque d'un loup par trois dogues.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de blanc
et de quelques touches de pastel.
H. 44, L. 27.
--Dans l'angle ruineux d'un parapet donnant sur la mer, un
amoncellement de poissons surmontés d'un congre et d'une anguille
de mer ficelés à un clou; sur le parapet, un perroquet.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Signé à la plume: _Oudry, 1740_.
Vente Andreossy.
H. 31, L. 43.
--Un baquet débordant de poissons de mer répandus à terre; sur un
bout de mât où sèche un filet, un perroquet.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Signé à la plume: _Oudry, 1740_.
Vente Andreossy.
H. 31, L. 40.
--Un canard et un lièvre accrochés à un clou; en bas, des
bouteilles, du pain, du fromage.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Dessin du tableau peint pour le dessus de cheminée de M. Jombert,
libraire, et exposé au Salon de 1742.
H. 39, L. 22.
--Dans une niche de buffet, un faisan et un lièvre accrochés
à un clou; sur la tablette, gigot, volaille piquée, cardons,
bouteilles et panier.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Signé: _J. B. Oudry, 1743_.
Dessin du tableau fait pour la salle à manger de M. Roettiers,
orfèvre du Roi, et exposé au Salon de 1753. Il y a quelques
changements dans les accessoires.
H. 35, L. 26.
--Un chien à côté d'un tabouret de canne où sont posés une
musette, des estampes, un livre.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Dessin du tableau pour devant de cheminée exposé au Salon de 1742
et acquis par M. Watelet. Le tableau est aujourd'hui au château
de Jeand'heurs appartenant à M. Léon Rattier.
H. 24, L. 33.
--Vue d'un parc terminé par une terrasse à balustres donnant sur
une rivière.
Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de craie.
Signé: _J. B. Oudry, 1744_.
Vente Guichardot.
H. 32, L. 53.
PAJOU (_Augustin_). Un sculpteur qui dessine avec le pittoresque, le
_brio_ d'un dessinateur de profession. Ses dessins, qui ne sont pas
très communs, sont généralement lavés d'un chaud bistre sur un trait de
plume.
--Projet d'une fontaine à têtes de béliers et à godrons,
surmontée d'un cygne, et dont la panse, où deux amours
s'embrassent, est soutenue par deux satyres. Le socle est formé
par trois cariatides à queue de serpent.
Bistre sur trait de plume.
Signé: _Pajou_.
Vente Tondu.
H. 32, L. 18.
--Projet de brûle-parfum, au couronnement formé d'un amour et de
deux satyres.
Bistre sur trait de plume avec rehauts de blanc de gouache.
H. 14, L. 18.
--Dans un fronton, accoudées à un écusson vide et couronné de
fleurs de lys, les figures de la Prudence et de la Libéralité.
Sanguine.
Ce dessin, très terminé, est le projet définitif, et tel qu'il a
été exécuté, du fronton du pavillon de droite du Palais-Royal,
sur la place.
H. 22, L. 59.
PARIZEAU (_Ph.-L._). Des dessins de paysage où tout est gracieux: les
arbres, les bêtes, les paysans.
--Une chaumière, où une femme, assise dans la baie de la porte,
est entourée de petits enfants jouant sur le seuil.
Sanguine.
Signé sur le mur de la chaumière: _Ph. L. Parizeau_, 1775, _près
Longjumeau_.
Étude par Parizeau, dans un voyage avec Wille, et dont Wille
donne les étapes dans ses «Mémoires», à la date du 3 septembre
1775.
H. 18, L. 43.
PARROCEL (_Charles_). Le peintre de l'entrée de l'Ambassadeur turc, le
coloriste, dont les yeux semblent avoir toujours gardé la mémoire de
ces tableaux de Bourguignon faits sur cuir doré, et où l'or, épargné
par la peinture, faisait les cuirasses; le dessinateur dont la plume et
la sanguine ont une sorte de _furia_, le croqueur instantané habitué à
saisir le galop d'un cheval, et qui, en ses hâtifs et cursifs et carrés
dessins, rencontra quelquefois de petits cavaliers au torse superbe,
aux pans d'habits renflés, qui ont quelque chose du crayonnage de
Watteau.
--La course de la bague, avec la _tête du pistolet_, _la tête de
l'épée_, _la tête de lance_, _la tête de Méduse_, etc.
Sanguine.
Gravé à l'eau-forte par Parrocel, en réduction et avec quelques
petits changements dans «l'École de cavalerie» par M. de la
Guerinière, vol. Ier, p. 30.
Vente Le Bas, où ce dessin était catalogué sous le n° 37.
H. 26, L. 46.
--Un palefrenier étrillant un cheval.--Une échoppe de
regrattier.--Un maréchal-ferrant travaillant la mâchoire d'un
cheval.
Lavis d'encre de Chine sur trait de plume.
Ces trois dessins sont gravés dans une suite d'après le Maître.
H.17, L. 13.
PATER (_Jean-Baptiste_). En dépit de la disproportion des parties d'un
corps, d'un dégingandement parfois singulier de ses figures dessinées,
Pater est le dessinateur qui approche le plus de son Maître. Il ne vous
trompera pas avec un de ses trois crayons,--là Watteau défie tout le
monde;--mais le plus fin connaisseur pourra être pris à un croquis,
à un croqueton à la sanguine, tant l'élève s'est assimilé le jet et
le ressentiment du contour de Watteau. Disons ici que c'est tout à
fait une rareté que de rencontrer un dessin qui soit la première idée
presque complète d'un tableau de Pater; on ne connaît guère de lui
que des études de figures isolées. Sous le nom de Pater je catalogue,
avec une espèce de certitude, un lavis dont pour moi le pointillage
du pinceau a la plus grande analogie avec le faire du crayonnage du
dessinateur; toutefois, pour affirmer d'une manière positive mon
attribution, il aurait fallu voir des lavis de ce maître parfaitement
authentiques, et je n'en connais pas.
--Un couple assis sur un tertre et devisant; dans le fond, à
gauche, un galant dont la tête n'est indiquée que par un ovale,
caressant la gorge d'une femme qui se défend.
Dessin aux trois crayons sur papier chamois.
Première idée du tableau gravé par Filleul, sous le titre:
L'AMOUR ET LE BADINAGE.
H. 25, L. 31.
--Près d'une niche, à la sculpture rocaille, et d'où tombe un
filet d'eau, un négrillon pose un déjeuner de porcelaine sur un
guéridon, placé devant une dame à l'ample robe. A côté de la
femme se tient debout, le bras appuyé au piédestal d'un grand
vase, un homme en robe de chambre un bonnet de coton à fontange
sur la tête; plus loin un gentilhomme, son chapeau sur la cuisse,
est assis sur un tabouret.
Dessin à l'encre de Chine, dessiné et lavé au pinceau sur papier
bleu.
Vente Thibaudeau, où il était catalogué sous le nom d'Eisen père.
H. 27, L. 38.
PERRONEAU (_Jean-Baptiste_). Un grand pastelliste injustement sacrifié
par Diderot à La Tour, et dont la préparation de Laurent Cars, au
Louvre, donne la plus haute idée. Perroneau est plus naturellement
coloriste que La Tour; il est, dans sa peinture de poussière colorée,
tout plein de tons clairs, frais, presque humides. Certes son heureux
rival a une science anatomique et physiognomique d'un visage bien
supérieure à la sienne, mais trop souvent ses tons sont fatigués, ne se
montrent plus entiers, et jamais, au grand jamais, il ne s'est élevé à
ces clartés d'une figure faites de la pose franche de touches de bleu,
de vert, balafrés de rose, et qui ont la plus grande parenté avec la
couleur à l'huile des portraits de Reynolds, des portraitistes anglais
de la fin du XVIIIe siècle.
--Louis Claude, comte de Goyon de Vaudurant, sous-gouverneur de
Bretagne, coiffé à l'oiseau royal; il est en habit de velours
noir, jabot de dentelle, gilet de soie à fleurettes traversé par
le cordon rouge de commandeur de l'ordre de Saint-Louis.
Pastel sur peau vélin.
Provient de la collection du docteur Aussant de Rennes, où il
était attribué à La Tour. Ce pastel, qui a tous les caractères
du faire de Perroneau, n'a pu être exécuté par La Tour qui, déjà
un peu fou, ne travaillait plus à l'époque, où M. de Goyon était
nommé commandeur de l'ordre de Saint-Louis.
H. 71, L. 58.
PIERRE (_Jean-Baptiste Marie_). Le remplaçant et le continuateur de
Boucher, un dessinateur dont les dedans sont un peu vides, mais un
contourneur élégant et joliment maniéré de l'humanité de son temps.
Ses femmes nues sont très désirables avec leur petite gorge drue, leur
corps allongé dans la rondeur, leur derrière en poire, et l'élève de
Natoire n'est point encore trop maladroit au tortillage d'une toilette
d'homme ou de femme de son temps. Ce dessin du «Peintre sicilien»
catalogué plus bas, je me vois toujours l'achetant, au temps des
ventes fastes et secourables aux désargentés, en cette vieille maison
du fond de la rue de Vaugirard, cette maison toute bondée de dessins
et de gravures, et où les lots de choses d'art semblaient ne pouvoir
s'épuiser: la maison de Villenave. Je le payais, mon Pierre, je
crois, quelque chose comme 7 francs, et je l'achetais aux côtés de M.
Reiset, qui, encore plus heureux que moi, acquérait là, pour moins de
cent francs, deux Watteau qui sont aujourd'hui deux des joyaux de la
collection du duc d'Aumale.
--Le gentilhomme Adraste aux genoux de l'esclave grecque dont il
vient d'ébaucher le portrait.
Dessin sur papier blanc à l'encre de Chine, rehaussé de blanc de
gouache.
Signé dans le dos d'une chaise: _Pierre_.
Dans la marge du dessin est écrit: LE SICILIEN. _Eh bien, allez,
oui, j'y consens._
H. 22, L. 27.
--La Folie faisant fuir la Religion. En bas, un prêtre renversé,
un soldat se tordant les mains, un laboureur levant les bras au
ciel, un magistrat à genoux regardant la Religion s'envoler.
Allégorie satirique contre la philosophie et l'irréligion du
ministère Maurepas, Sartine, Miromesnil.
Dessin lavé à l'encre de Chine relevé de plume.
Signé au crayon dans la marge de l'ancienne monture: _Pierre, le
merc(redi) 1er février 1775_.
H. 32, L. 27.
--Une jeune femme vue de dos, peignant un paysage posé sur un
chevalet.
Sanguine.
Signé à l'encre: _Pierre_.
H. 23, L. 18.
PILLEMENT (_Jean_). Un chinoiseur faisant de la chinoiserie rococo au
goût du temps, et de petits paysages proprets avec un crayon taillé
menu, menu, menu.
--Un pont à l'arche de pierre rompue et remplacée par une
passerelle en bois; au premier plan, un homme monté sur un âne
qu'il pousse à coups de bâton.
Dessin à la pierre noire.
Signé: _J. Pillement, 1769_.
H. 16, L. 23.
--Une masure au bord d'une rivière; sur une estacade une femme
qui file debout, la quenouille à la main.
Dessin à la pierre noire.
H. 16, L. 23.
PORTAIL (_Jacques-André_). Des deux crayons ayant l'air de dessins de
la vieillesse de Watteau--qui n'en eut pas,--des dessins hésitants,
tâtonnés, et comme tracés par des doigts un peu tremblants, et jamais,
sans cette belle audace même dans la maladresse, qu'ont parfois
et Pater et Lancret; des dessins cependant tout pleins, dans une
interprétation ingénue et plaisamment maladroite, de la physionomie
du XVIIIe siècle. Longtemps ces deux crayons se vendaient sans
qualification. Ce n'est qu'en 1851, à la vente du baron de Silvestre,
que l'apparition d'une dizaine de ces dessins, sauvés des soixante-neuf
ramassés par son grand-père, le Maître à dessiner des enfants de
France, réapprenait aux amateurs et aux marchands le nom du _bonhomme_
Portail. On remarquera qu'en général les dessins de Portail sont
seulement à la sanguine et à la pierre noire sans mélange de craie.
Indépendamment de ces deux crayons, Portail, dont le titre était
«peintre de fleurs», a exécuté, à l'aquarelle et à la gouache, de
nombreuses et savantes études de fleurs, de plantes même de légumes,
dont quelques-unes, indépendamment d'une série de miniatures, passaient
à la vente de M. de Menars. Elles sont la plupart, maintenant, je
crois, en la possession du marquis de Chennevières.
--Portrait du peintre, en buste, vu de trois quarts et tourné à
gauche, la tête un peu soulevée, une joue appuyée sur sa main
droite.
Dessin à la pierre noire et à la sanguine avec quelques touches
de lavis à l'encre de Chine.
Une inscription d'une écriture du temps porte dans la marge:
_Dessiné par M. Portail, de l'Académie royale de peinture et
sculpture, premier dessinateur du cabinet du Roi, garde des plans
et tableaux de la couronne_.
Vente Aussant.
H. 22, L. 17.
--Deux négrillons en costume de porte-queues de robes, et coiffés
du casque à la moresque orné de panaches; ils sont accoudés à une
table de toilette, sur laquelle il y a posés un pot à l'eau et
une cuvette.
Dessin à la sanguine et à la pierre noire.
H. 27, L. 25.
--Une dame en grands paniers, assise dans une chaise, une canne à
la main, causant, la tête retournée, avec un gentilhomme appuyé
au dossier.
Dessin à la sanguine et à la pierre noire.
Collection Niel.
H. 30, L. 24.
--Un jeune homme assis, jouant de la flûte, auquel un autre
homme, appuyé au dossier de sa chaise, présente la partition.
Dessin à la sanguine et à la pierre noire.
H. 26, L. 22.
--Jeune fille, vue à mi-corps, en déshabillé et regardant dans
son corset qu'elle soulève de ses deux mains.
Dessin à la sanguine et à la pierre noire.
Étude pour la miniature portant le n° 329 du marquis de Menars,
ainsi décrite: «Une jeune fille assise et en déshabillé. Elle
ouvre sa chemise et paraît y regarder attentivement.»
H. 26, L. 19.
PRUD'HON (_Pierre-Paul_). Le dernier dessinateur de la grâce.
--Accroupie sur ses pieds, un ruban lui servant de guides,
Psyché est traînée par l'Amour à genoux et dont les mains sont
enchaînées derrière le dos.
Dessin à la pierre d'Italie sur papier jaunâtre.
Ce dessin est le modèle du bras de fauteuil pour l'ameublement de
l'impératrice Marie-Louise, fondu par Thomire.
Porte la marque
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