Gutenberg · eo1.org

← catalogue

Fierabras

by unknown · French · Gutenberg #44301 · 445,258 chars · public domain (US)

The Project Gutenberg eBook of Fierabras
    
This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
at www.gutenberg.org. If you are not located in the United States,
you will have to check the laws of the country where you are located
before using this eBook.

Title: Fierabras

Compiler: Jehan Bagnyon


        
Release date: November 27, 2013 [eBook #44301]
                Most recently updated: October 23, 2024

Language: French

Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/44301

Credits: Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the Online
        Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
        file was produced from images generously made available
        by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
        http://gallica.bnf.fr)


*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK FIERABRAS ***

Fierabras

[Illustration]

Saint pol docteur de verité nous dit que toutes choses reduites par
escript sont a nostre doctrine escriptes. Et boece fait mencion que
diversement le salut d'ung chascun procede. Puis que ainsi est que la
foy crestienne est assez par les docteurs de sainte eglise corroboree
neantmoins les choses passees diversement a memoire reduites nous
engendrent correction de vie illicite. car les ouvrages des anciens sont
pour nous rendre a vivre en operacion digne de salut en ensuyvant les
bons et en evitant les mauvais/ et aussi en racontant hystoires
haultaines l'entendement commun est mieulx content a retenir pour
l'ymaginacion localle a laquelle il est soubmis. Je dy cecy voulentiers/
car souventesfoys j'ay esté exité de la part de venerable homme messire
henry bolomier chanoine de lausanne pour reduire a son plaisir aucunes
hystoires tant en latin comme en rommant et en autre façon escriptes/
c'estassavoir de celluy trespuissant vertueulx et noble charles le grant
roy de france et empereur de romme filz du grant roy pepin/ et de ses
princes et barons. comme rolant. olivier et autres tant touchant aucunes
oeuvres haultaines par leur grant force et tresardant couraige a
l'exaltacion de la foy chrestiene faites et a la confusion des sarrazins
et mescreans qui est oeuvre bien contemplative a bien vivre. Et pource
que ledit henry bolomier a veu ceste matiere desjoincte sans grant
ordonnance a sa requeste et selon la capacité de mon petit engin et
entendement et selon la matiere que j'en ay peu trouvé j'ay ordonné
celluy livre et peult estre que je eusse esté bien informé a plain que
j'eusse bien mieulx fait. car je n'ay eu intencion de deduire la matiere
que je n'en aie esté informé premierement/ tant par ung livre autentique
qui se dit mirouer historial. comme par les cronicques et aucuns aultres
livres qui font mencion de l'oeuvre suyvant. Et a cause que je puisse
avoir ung petit de fondement honnorable je toucheray du premier roy de
france crestien. Car communement cestuy livre est tout comprins a
l'onneur des françoys et au prouffit d'ung chascun. Et selon le desir du
liseur et de l'escouteur on trouvera assez a plain la matiere de
laquelle on aura desir d'escouter et de oyr sans grant attediacion au
plasir de dieu/ auquel je submetz toute mon intencion de non escripre
chose qui se doie blasmer et qui ne soit a chascun adjutoyre de
saulvement.




Cy commencent les tiltres des chapitres de l'oeuvre suyvamment nombrés
pour trouver plus legierement la matiere dedans comprinse.


Premierement le premier livre contient troys parties par les chapitres
après declairez

La premiere partie du premier livre contient cinq chapitres et parle du
commencement de france et du roy clovys.


Des roys de france payens jusques au roy Clovys premier roy de france
crestien. Le premier chapitre.

Comment le roy clovys payen eut a femme la noble clotildis fille du roy
de bourgoigne et assez merveilleusement. Le .ii. chapitre.

Comment le roy fut admonnesté de la royne clotildis affectueusement
qu'il deust croire en la foy crestienne et autres matieres. Le .iii.
chapitre.

Comment le roy clovys fut victorieux de ses ennemis pource qu'il creut
en jesucrist. Le .iiii. chapitre.

Comment le roy fut baptisé par saint remy/ et en son baptesme fut
apportee miraculeusement la sainte ampoule par l'ange de paradis dont
après tous les roys de france sont oingtz en leur consecracion a reins.
Le .v. chapitre.


La seconde du premier livre contient cincq chapitres et parle du
commencement du roy Pepin et de charlemaigne son filz.


Comment Pepin par sa prudence fut esleu roy de france quant la lignee de
clovys faillit en succession. Le premier chapitre.

Du roy charles après qu'il eut fait beaucoup de constitucions avec le
pape Adrien et comment il fut fait empereur de romme. Le .ii. chapitre.

De la corpulance du roy charles et de la maniere de son vivre. Le .iii.
chapitre.

A quoy le roy charles et ses enfans filz et filles estoient dediqués. Le
.iiii. chapitre.

De l'estude du roy charles et de son vivre et oeuvres caritatives et
autres matieres. Le .v. chapitre.


La tierce partie du premier livre contient trois chapitres et parle
comment par revelacion divine charles delivra la terre hors de la main
des mescreans.


Comment le patriarche iherosolimitan manda a charles qu'il luy donnast
secours après qu'il fut degetté par les turcz. Le premier chapitre.

Comment charles avec grant compaignie s'en alla conquester la terre
sainte et plusieurs matieres. Le .ii. chapitre.

Des reliques que l'empereur charles apporta de constantinoble et de la
terre sainte et des miracles qui y furent faitz. Le .iii. chapitre.

Cy après commencent les tiltres du second livre qui contient troys
parties suyvamment desclarees.


La premiere partie du second livre contient .xvi. chapitres et parle de
la bataille qui fut faite entre olivier et fierabras ung merveilleux
geant.


Comment en ung lieu qui se disoit mormionde charles se tenoit suyvant
guerre contre les paiens après ung petit de prologue. Le premier
chapitre.

De fierabras comment il vint exiter l'excercite de charles. Le .ii.
chapitre.

Comment Richard duc de normandie dist a l'empereur quel homme estoyt
fierabras. Le .iii. chapitre.

La responce que fist Rolant a l'empereur charles son oncle trop subite
et qu'il en fut. Le .iiii. chapitre.

Comment le roy charles et rolant sont par l'acteur reprins et excusez
aulcunement sur le debat devant dit. Le .v. chapitre.

Comment Olivier fut disposé de combattre fierabras nonobstant qu'il
estoit navré après plusieurs parolles Le .vi. chapitre.

Comment Olivier fut detenu par son pere Regnier qu'il n'alast combatre
contre le geant requerant charles dont force fust qu'il y alast. Le
.vii. chapitre.

Comment Olivier parla premierement a Fierabras qui ne tenoit compte de
luy avecques aultres disputations. Le .viii. chapitre.

Comment après plusieurs disputacions olivier aida a armez fierabras et
des neuf espees merveilleuses et comment olivier se nomma par son nom.
Le .ix. chapitre.

Comment olivier et fierabras commencerent a batailler et de la priere de
charles pour olivier et aultres matieres. Le .x. chapitre.

Comment olivier fist priere a dieu quant il se sentit navré. Le .xi.
chapitre.

Comment après grande bataille Olivier print le baulme et en beut a son
aise et puis après qu'il en fist et aussi comment il se trouva a terre
quant son cheval fut occis. Le .xii. chapitre.

Comment olivier et fierabras bataillerent ensemble a pié moult
merveilleusement et la priere que charles fist pour olivier. Le .xiii.
chapitre.

Comment en ceste bataille fierabras fut vaincu par olivier après qu'il
eut recouvré une des espees de fierabras. Le .xiiii. chapitre.

Comment fierabras vaincu creut en dieu et comment fut porté par olivier
et comment olivier fut assailli des sarrazins et tormenté. Le .xv.
chapitre.

Comment olivier fut prins et bendé les yeulx affin qu'il ne peust estre
secouru par les françoys. Le .xvi. chapitre.


La seconde partie du second livre contient .xvii. chapitres. et parle du
torment des pers et barons de france. et comment ceulx qui ne furent
point prins allerent parler a balam l'admiral.


Comment fierabras fut trouvé par l'empereur charles. et puis après
baptisé et guery de ses playes. Le premier chapitre.

Comment olivier et ses compaignons furent presentez a Balam l'admiral et
cruellement passionnez de prison. Le .ii. chapitre.

De la prison ou les françoys furent logez. et comment ilz furent visitez
par la belle floripes fille de l'admiral et de la beaulté d'elle. Le
.iii. chapitre.

Comment les françoys furent mys hors de la prison et visitez par la
noble floripes et de la beaulté de sa chambre. Le .iiii. chapitre.

Comment le roy charles manda a Balam l'admiral sept pers de france qui
n'y vouloyent pas aller. Le .v. chapitre.

Comment aussi l'admiral Balam transmettoyt quinze roys sarrazins a
charles pour ravoir fierabras. lesquelz furent rencontrés par les pers
de france et mys a mort. Le .vi. chapitre.

Du pont merveilleux de mantrible. et du tribut qu'il y falloit paier
pour le passage. et comment a belles parolles les françoys passerent
oultre. Le .vii. chapitre.

Comment les barons de france vindrent parler a l'admiral et quelz
messaiges ilz firent. Le .viii. chapitre.

Comment par le moyen de floripes tous les françoys furent saulvez et
logés ensemble congneuz de par elle et araisonnez et les reliques
monstrees devant eulx et aultres matieres. Le .ix. chapitre.

Comment lucafer nepveu de l'admiral violentement entra en la chambre et
après fut confus et occis par le duc naymes en souflant le charbon. Le
.x. chapitre.

Comment par le conseil de floripes les françoys deslogerent l'admiral de
son palays moult fort a grant bataille. et comment par enchantement une
seinture fut prinse a la fille et qu'il en fut. Le .xi. chapitre.

Comment les barons furent assiegez en celle tour avec floripes et ses
pucelles qui souffrirent grant fain. et comment les dieux par eulx
furent confondus. Le .xii. chapitre.

Comment les pers de france vindrent hors de la tour et grant bataille
firent en laquelle ilz rencontrerent vingt sommiers chargés de viandes.
Le .xiii. chapitre.

Comment Guy de bourgoigne fut prins des sarrazins. batu villainement et
interrogué de l'admiral. et les plaintes que Floripes fist pour luy et
aultres matieres. Le .xiiii. chapitre.

Comment les payens proposerent de pendre Guy de bourgoigne voyans les
françoys qui le secoururent puissamment. Le .xv. chapitre.

Comment les pers de france devantditz furent despourveuz de vivres. et
restaurez et puis assiegez et combatus par les payens. Le .xvi.
chapitre.

Comment la tour fut escartellee par enchantement. et les françoys furent
en grant peril de mort et restaurez par ung assault qu'ilz firent sur
les payens. Le .xvii. chapitre.


Cy après sont les tiltres des chapitres de la tierce partie du second
livre et est divisee en .xvi. chapitres. et parle comme les barons de
france furens secourus et les payens confondus et dechassez.


Du movement des pers de france pour aller denoncer leurs affaires au roy
charles et comment richard de normandie si ordonna pour y aller. Le
premier chapitre.

Comment après que richard fut party le roy clarion trespuissant courut
après luy lequel fut occis par ledit richard valeureusement et autres
matieres. Le .ii. chapitre.

Comment le cheval de richard vint passer par l'excercite de l'admiral et
fut veu et congneu des pers de france tant qu'ilz se pensoyent qu'il fut
mort. et comment le pont de mantrible fut gardé. Le .iii. chapitre.

Comment richard de normandie passa la riviere de flagot miraculeusement
moyennant ung cerf blanc qui se trouva devant luy. Le .iiii. chapitre.

Comment charles fut en propos de s'en retourner sans aller plus avant
par le conseil de ganellon traistre et aultres ses compaignons. Le .v.
chapitre.

Comment après la complainte de charles richard de normandie vint a luy
qui luy raconta les affaires des pers de france et qu'il en fut. Le .vi.
chapitre.

Comment par le moyen et conseil de richard de normandie avecques troys
aultres barons le fort pont de mantrible fut gaigné non pas sans peine
et quel homme estoit Gallafre. Le .vii. chapitre.

Comment par force de mortalité et de bataille charles entra a mantrible
après que gallafre fut mort nonobstant que ganellon traistre luy vouloit
estre contraire et plusieurs aultres matieres. Le .viii. chapitre.

Comment Amiote geante a tout une faulx fit grant devoyr contre les
crestiens et ses deux filz furent baptisez et de l'admiral Ballant quant
il ouyt les nouvelles. Le .ix. chapitre.

Comment les pers de france furent asaillis plus fort que jamais et la
tour quasi mise par terre et reconfortés par les saintes reliques par
eulx adorees et aultres matieres. Le .x. chapitre.

Comment les françoys prindrent nouvelles de l'ost de charles et
l'admiral aussi comment ganellon se porta merveilleusement quant seul
fut envoyé et qu'il fit. Le .xi. chapitre.

Comment charles ordonna .x. batailles et comment ilz firent et comment
ilz furent rencontrés de la puissance de l'admiral ou l'empereur fit
merveilles et aultres matieres. Le .xii. chapitre.

Comment en ceste bataille suyvant sortibrant fut occis par regnier pere
d'olivier et après l'admiral fist merveilles et grant ennuy aux
françoys. Le .xiii. chapitre.

Comment les pers de france qui estoyent en la tour vindrent hors quant
ilz veyrent l'ost et adonc fut prins l'admiral et detenu prisonnier. Le
.xiiii. chapitre.

Comment ballant pour admonicion que on luy fist ne se voulut baptiser
mais fut occis et floripes baptisee. et puis espousee par guy de
bourgoigne et couronee royne et Guy couronné roy d'icelle contree. Le
.xv. chapitre.

Comment floripes donna les reliques a l'empereur. et comment elles
furent esprouvees muraculeusement. et du retour de charles et fin de ce
livre. Le .xvi. chapitre.


En après commence le tiers livre qui contient deux parties divisees par
chapitres suyvamment declairez.

La premiere partie du tiers livre contient .xiiii. chapitres. et parle
des guerres faittes en espaigne et des deux geans merveilleux.


Comment saint jaques apparut a charles et comment moyennent la conduite
des estoilles il alla en galice et quelles cités il subjuga. Le premier
chapitre.

Des cités acquises en espaigne par charles et comment aulcunes parties
luy furent mauldites. Le .ii. chapitre.

De la grande ydole qui estoit en une cité qu'on ne povoit abatre et des
signes et condicions d'elle Le .iii. chapitre.

De l'eglise monseigneur saint jaques de galice et des aultres. Le .iiii.
chapitre.

Comment après que Aigolant le geant eut prins espaigne et mys a mort les
crestiens charles le recouvra et aultres matieres. Le .v. chapitre.

Comment aigolant manda a charles qu'il venist a luy a peu de gens
feablement pour faire juste guerre. et comment charles en abit dissimulé
parla a luy et autres matieres. Le .vi. chapitre.

Comment charles accompaigné de plusieurs gens retourna au lieu devant
dit. et print la cité de agennes et aultres matieres. Le .vii. chapitre.

Des operacions vertueuses que charles fit quant il fut retourné en
france. et quelz barons il avoit en sa compaignie et de leur grant
puissance. Le .viii. chapitre.

Des tresves de charles et D'aigolant et de la mort de ses gens et
pourquoy Aigolant ne se baptisa. Le .ix. chapitre.

De la mort d'aigolant et de ses gens et comment plusieurs crestiens
furent mors par concupiscence d'argent. et des crestiens mors
miraculeusement. Le .x. chapitre.

De ferragus geant merveilleux comment il emportoit les barons de france
sans dangier. et comment après rolant batailla contre luy. Le .xi.
chapitre.

Comment le lendemain rolant et ferragus bataillerent et disputerent de
la foy et par quel moyen ferragus fut occis par rolant. Le .xii.
chapitre.

Comment le roy charles alla a corduble ou le roy du lieu et le roy de
cibille l'attendoyent et de leur destruction. Le .xiii. chapitre.

Comment l'eglise de saint jaques fut sacree par l'arcevesque turpin et
les eglises d'espaigne subjectes a elle et des eglises principales. Le
.xiiii. chapitre.


La seconde partie du tiers livre contient dix chapitres. et parle de la
traison faicte par ganellon et de la mort des pers de france.


Comment la trahison fut composee par ganellon de la mort des crestiens
et comment ganellon est reprins par l'acteur Le premier chapitre.

De la mort du roy marfurius et comment rolant fut navré de quatre lances
mortellement après que toutes ses gens furent mortz. Le .ii. chapitre.

Comment rolant mourut saintement après plusieurs matieres et oraisons
faites a dieu moult devotes et la complainte faite sur son espee
durandal. Le .iii. chapitre.

De la vision de la mort de rolant et de la douleur de charles. et
comment il fut de luy complaint piteusement et aultres matieres. Le
.iiii. chapitre.

Comment on trouva olivier escorché et de la mort des sarrazins et de la
mort de ganellon hideuse. Le .v. chapitre.

Comment après les choses dessusdictes charles rendit graces et louenge a
dieu et a saint denis et des constitucions qu'il fit en france. Le .vi.
chapitre.

Comment charles alla en alemaigne ou il mourut saintement. et de sa mort
denoncee a turpin arcevesque et ensevely imperialement Le .vii.
chapitre.

La capitulacion de l'oeuvre aulcunement faicte. Le .viii. chapitre.

L'excusation du facteur Le dernier chapitre.




Des roys de france payens jusques au roy Clovys premier roy de france
crestien.

Le premier chapitre.


Comme on list es histoires des troyens après la destruction de troye il
eut ung roy moult noble qui se disoit Francus. lequel estoit compaignon
de Eneas. lequel quant il se partit de troye il s'en vint en la region
de france et commença a regner en grant prosperité et pour la grant
felicité de son nom il fist composer une cité a laquelle il mist nom
france. et puis ensuivant toute la region fut appellee france. et puis
quant france fut exaulcee et reduite a majesté royalle priamus fut le
premier qui regna sur les françoys .v. ans. Le .ii. marcurius .xxxiii.
ans Le .iii. pharamondus .xi. ans. Le .iiii. clodius .xviii. ans Le .v.
Meroneus .x. ans L'autre hildericus .xvii. ans. Et le .vii. fut
clodoneus le premier roy crestien. lequel regna sur les françoys après
l'incarnacion de nostreseigneur .cccc.lxxxiiii. ans duquel j'entens a
faire ung petit de mencion sur la conversacion miraculeuse




Comment le roy clovys eut a femme la belle et noble clotildis fille du
roy de bourgoigne

Le .ii. chapitre.

[Illustration]


En celluy temps estoit roy des bourguignons guidengus. lequel avoit
quatre filz de grant eage. dont le premier avoit nom agabondus qui
succeda au royulme: et occist de glayve ung sien frere ja marié nommé
Hispericus qui avoit deux belles filles. et fist noyer sa femme. Et
l'ancienne fille qui avoit nom Trosne bannit de son pays. et l'envoya en
habit dissimulé l'autre avoit nom Clotildis et ceste retint pour sa
beaulté avecques luy en sa maison. Durant cecy le roy clovys payen et
qui ne croit avecques ses subjectz sinon es ydoles. souventesfoys pour
ses affaires envoioit ses messagiers en bourgoigne. Clotildis ceste
belle et noble pucelle souventesfoys veue des messagiers du roy clovys
et regardee moult affectuesement. et pour sa beaulté discrecion les
messagiers du roy clovys la luy notifierent et quant cestuy roy fut
assez informé de la beauté et sagesse de ceste belle pucelle crestienne
il fut moult curieulx de transmettre ses heraultz a agabondus l'oncle de
ceste fille pour l'avoir en mariage. Durant ces jours le roy clovys
avoit avecques luy ung subtil homme qui se disoit aurelianus. lequel du
commandement du roy s'en vint la ou estoit ceste fille et se mist en
habit moult povre et dissimulé. et ses bons habitz il laissa a ses
compaignons au boys et vint moult saintement devant la mere eglise de
celluy lieu le jour d'une bonne feste et se mist ou millieu des povres
pour recepvoir l'aumosne. Quant l'office fut acomply ceste fille
clotildis selon qu'elle avoit de costume au partir de l'eglise commença
a donner l'aumosne aux povres. Quant elle vint a aurelianus elle luy
donna en la main une piece d'or. et celluy comme bien content baisa la
main de la dame. Quant ceste dame fust en sa chambre elle commença a
penser a celluy povre qui luy avoit baisé la main et le transmist querre
par sa servante. Quant il le sceut il vint a elle joyeusement et portoit
en sa main l'aneau du roy clovys. et humblement se tint devant elle La
fille luy commença a dire. Dy moy pourquoy tu dissimules les pouvres
aurelianus respondit. madame saichez pour verité que je suis messagier
du noble roy clovys roy de france qui m'a envoyé a vous. lequel informé
de vostre beaulté et sagesse vous veult avoir a femme pour estre royne.
et luy presenta l'aneau du roy clovys. Laquelle le print et le mist au
tresor de Agabondus son oncle. et dist au messagier qu'elle rendoit
salut au roy: en luy exposant qu'il n'estoit pas chose licite a ung
payen d'avoir a femme une crestienne toutesfois celluy la pria que de
tout cecy ne dist mot et qu'elle ne voulsist faire sinon comme le roy
vouloit. et sur ce point aurelianus le vint denoncer au roy. Purquoy le
roy clovys l'an ensuivant envoya son messagier aurelianus a Agabondus
oncle de clotildis pour l'avoir a femme. quant agabondus sceut
l'intencion du roy clovys. il respondit au messagier. Dy hardiment a ton
sire qu'il pert bien sa peine de vouloir avoir ma niepce a femme. mais
les bourgoignons saiges conseilliers redoubtans la puissance du roy
clovys par bon conseil deliberé ilz cercherent bien les tresors de
agabondus leur roy et ilz vont trouver l'aneau du roy clovys que
clotildis y avoit mis qui estoit escript et pourtrait de son ymage. si
alerent conclure a parfaire la voulenté du roy clovys. et sur ce point
agabondus furieux et plain de ire delivra la belle clotildis a
aurelianus et la mena avec ses gens et grant joye au roy clovys son
seigneur. lequel eut plaisir de veoir celle belle fille et a grant
solemnité par maniere royalle l'espousa selon la coustume de la loy.




Comment le roy clovys fut admonnesté de la royne clotildis
affectueusement qu'il deust croire en la foy crestienne et autres
matieres

Le .iii. chapitre.


La nuyt des nopces a l'eure que le roy et la royne devoyent dormir
ensemble clotildis embrasee de l'amour de dieu par grant congnoissance
de jhesus nostre seigneur alla dire au roy. Mon treschier seigneur je te
requiers qu'il te plaise moy ottroyer une petite demande devant que
j'entre au lit avec toy. le roy dist demande ce que tu vouldras. car
j'en suis bien content. Clotildis luy dist. Premierement je te demande
et requiers et si te admoneste que tu vueilles croire au dieu des cieulx
pere tout puissant celluy qui fist le ciel et la terre et qui t'a creé.
et en jhesucrist son filz le roy des roys qui par sa passion t'a
racheté. et au saint esperit confirmateur et illuminateur de toutes
bonnes operacions procedant du pere et du filz devantditz et sainte
trinité en une seule essence a qui on doit tout honneur et toute creance
Croy en celle sainte eglise et laisse tes ydoles. faites des hommes. et
qui riens ne valent et pense de restaurer les saintes eglises que tu as
fait brusler. Secondement je te requiers que tu vueilles demander ma
part et porcion des biens de mon pere et de ma mere a Agabondus mon
oncle lesquelz il fist mourir faulcement et sans occasion. mais la
vengence je laisse a dieu. Quant elle eut ce dit le roy respondit. Tu
m'as demandé ung point et passaige qui m'est trop difficile a toy
ottroyer que je renonce a mes dieux par lesquelz je me gouverne pour
adorer ton seul dieu duquel tu m'as parlé. Demande moy autre chose. et
de tresbon cueur je le feray. Clotildis respondit. tant qu'il m'est
possible de requerir je te supplie que tu vueilles adorer le dieu du
ciel le formateur de tout a qui seul on doit adoracion. Le roy pour lors
n'en fist autre responce. mais transmist tantost Aurelien son facteur a
Agabondus pour avoir les biens de la royne Clotildis. Et quant Aurelien
eut fait son messaige Agabondus remply de grant ire respondit au
messagier qu'il auroit aussitost tout son royaulme que riens de luy.
Pour celle cause Aurelien luy dist. Le roy clovys mon maistre te mande
par moy que tu luy faces responce sur ma demande. autrement il sera mal
content. Adonc les bourguignons tindrent conseil et dirent a Agabondus
leur roy. Sire roy donnez a vostre niepce de voz biens selon ce que
raison veult. car il est droit. et si congnoissons que ainsi le debvez
faire. et prenez plaisir d'avoir bonnes aliances avec le roy Clovys et
avec toutes ses gens a celle fin qu'ilz ne nous courent dessus. car
celluy peuple est austere et furieux. et que pis est sans avoir memoire
de dieu. Et sur ce point Agabondus contraint au conseil des bourguignons
ses gens donnerent ung grant partie de son tresor a Aurelien messagier
du roy Clovys. Et peu de temps après le noble roy clovys en visitant son
royaulme la royne Clotildis fut enseinte d'enfant. et fit ung filz
lequel elle vouloit baptiser tous les jours requerant le roy qu'il
voulsist croire ainsi comme dessus est dit. mais il n'en vouloit riens
ouyr parler ne faire Quant cestuy filz fut baptisé tantost après il
expira et fut mort dont le roy fut mal content et dist a la royne. Se tu
l'eussez donné et dedicqué a mes dieux il fut vif. La royne respondit
pour ceste cause je ne suis rien perturbee en mon couraige/ mais rens
graces et louenge a dieu mon createur quant il m'a fait si digne qu'il
luy a pleu de prendre en son royaulme le premier fruyt de mon ventre.
après l'an ensuyvant elle eut de rechief ung aultre filz nommé
Lodomitus. lequel quant il fut baptisé il fut malade si fort que on
cuidoit qu'il deust mourir. Et quant le roy le vit ainsi languir tresmal
content dist a la royne. Et comment il n'en sera point aultrement de
cestuy cy fors ainsi comme de l'autre son frere qu'il n'en meure quant
oultre mon vouloir tu en faiz en les baptisant/ donc la royne pour la
crainte du roy pria a dieu devotement pour la santé de son enfant et
tantost il fut guery.




Comment le roy clovys fut victorieux de ses ennemys pource qu'il creust
en jhesucrist.

Le quatriesme chapitre.


Le roy clovys après aulcun temps commença a faire guerre mortelle
encontre les alemans. Et quant ainsi perseveroit les alemans avoient
grant victoire sur les françoys tellement que de malle mort ilz estoyent
gettez par terre. Quant aurelien va veoir le definement des gens du roy
il commença a regarder son seigneur et luy dire. Sire roy vous veez
devant voz yeulx le diffinement mortel de vostre peuple. Je vous
requiers croyez en dieu tout puissant qui a fait le ciel et la terre.
celluy que madame adore et presche a croyre. Quant le roy eut ouy
aurelien ainsi parlé en grant affection il commença a lever les yeulx
encontre le ciel et a plourer moult largement et en grant pitié va dire.
O jhesucrist filz du vray dieu tout puissant. auquel ma femme croit et
lequel de tout son cueur elle presche et notifie estre celluy qui
soubzvient es tribulations et donnez remede a celluy qui a esperance en
toy par tresdevot cueur je te requiers ton aide tellement que je soie
victorieux de mes ennemys par experience presente. je croy en toy et en
ton nom. je me baptiseray. j'ay demandé mes dieux pour moy soubzvenir.
Ilz ne m'ont riens aidé et dy ainsi qu'ilz ne sont de nul confort
remplis quant a ceulx qu'il les requierent il ne savent soubzvenir.
Pourquoy comme vray dieu et seigneur je te requiers comme je ne desire
croire que en toy fermement par ta haulte puissance je demande estre
delivré tant seulement de mes adversaires. Cecy disant a haulte voix les
alemans ses ennemys vaincus et murtris commencerent a fuyr tellement que
leur roy fut mort pourquoy ceulx qui demeurerent se donnerent au roy
clovys et furent ses subjectz. Puis après ceste victoire par la
puissance de dieu obtenue il s'en vint en france et raconta tout a la
royne sa femme comme par invocacion divine et de dieu tout puissant il
avoit obtenu victoire de ses ennemys.




Comment le roy fut baptisé par saint remy et en son baptesme
miraculeusement fut aportee la sainte ampoule par l'ange de paradis dont
après tous les roys de france sont oingtz en leur consecration a reins.

Le .v. chapitre.

[Illustration]


Après que la royne eut ouy le roy qui estoit converti a la foy
crestienne pour la victoire qu'il avoit obtenue elle eut tresgrant joye/
pourquoy tantost manda a saint remy arcevesque de reins moult saint
homme qu'il s'en vint a elle pour prescher au roy son sauvement et la
maniere de la foy crestienne Et quant il fut venu après qu'il fut
informé le roy commença fort a exiter le peuple de france de croire en
jhesucrist. dont le peuple ne fut pas contredisant. car en congnoissant
l'erreur des ydoles ilz commencerent tous a croire en luy et dire. Sire
roy glorieulx meilleur est de relenquir les ydoles pour adorer le dieu
immortel. lequel la royne adore et presche et de cecy faire nous sommes
tous contens. Incontinent tout cecy fut denoncé a saint remy dont il fut
moult joyeulx et vint a eulx diligemment comme le bon pasteur qui prent
grant peine de garder les brebis de son adversaire. et grant desir
devoit avoir de y venir. car son advenement et son preschement fut
commencement de si grant prouffit a devoir faire renaistre le peuple
selon l'ordonnance du saint baptesme. sans lequel nul ne peut entrer en
paradis. pourquoy la necessité du sauvement du roy illuminé de grace.
disposé en creance. conjoint a bonne intencion fit affectueument venir
saint remy. car il pensoit bien que quant le roy seroit baptisé qu'il
croiroit en jesucrist et a ses commandemens que tout le peuple subject a
luy feroyt pareillement. Et quant saint remy fut venu et qu'il eut
communicqué avec le roy en parolles de sauvement commença a faire
ordonner le lieu pour le baptiser. puis a paindre hystoires selon aucuns
poins de nostre foy crestienne moult richement et les places reparer
tres delicieusement. et d'autre part fit ordonner et fonder eglises
autenticquement et composer baptisoires convenablement. Tout cecy
conditionné le roy fut tout prest de recevoir le saint sacrement de
baptesme/ auquel le bon amy de dieu saint remy commença a dire par façon
de maniere. Sire roy il est heure que vous devez de pure intencion
relenquir les dieux auquelz autreffois vous avez donnez creance qui sont
plains de toute vanité et ne sont sinon excercite de damnacion et de
cueur tres humblement devez croire en ung seul dieu tout puissant le
pere le filz et le benoist saint esperit une seule et pure essence/
lequel a creé le ciel et la terre/ et a qui seul on doit foy et creance
et en jhesucrist son filz qui pour la salvacion de humaine creature
voulut prendre humanité convenable pour reparer l'inobedience de nostre
premier pere adam qui fut conceu au ventre de la vierge marie par
l'oeuvre du saint esperit/ qui fut après mys en croix et souffrit mort
doloreuse pour nous racheter/ ensevely ressucité/ et puis il monta en
paradis a la dextre de dieu le pere et qui une fois viendra juger les
vifz et les mors. Aussi creés en sainte eglise catholique nostre mere et
a son ordonnance Et quant saint remy eut assez informé le roy et le
peuple de nostre creance il les baptisa ou nom du pere et du filz et du
saint esperit. Après quant il vint a les oingdre selon la coustume de la
sainte cresme sans ce que nul l'aportast incontinent par le plaisir de
dieu et demonstrance miraculeuse tous estans en ce passaige d'ung moment
et subitement du ciel va descendre une coulombe resplendissant et estoit
toute envolee en l'air. laquelle portoit en son bec la sainte ampoule et
la laissa presentement. en laquelle estoit la sainte cresme dont le roy
clovys fut premierement oingt en grant devocion par saint remy laquelle
ampoule est de present a reins/ dont de la sainte cresme qui est dedans
les roys de france seulement sont oingz une fois en consecracion. En
celluy temps que le roy jadis fut baptisé les seurs du roy et trois
mille hommes de son exercite furent baptisez et puis ensuyvant plus le
peuple de france en grant joye et exaltacion de gloire.




La seconde partie du premier livre contient cincq chapitres. et parle au
commencement du roy pepin et de charlemaigne son filz.




Comment pepin par sa prudence fut esleu roy de france quant la lignee du
roy clovys deffaillit en succession.

Le premier chapitre.

[Illustration]


Le livre precedent fait mencion du roy clovys le premier crestien des
seigneurs de france dont la lignee succeda de hoir en hoir jusques au
vingt et quatriesme roy qui fut le roy pepin d'une autre lignee. et le
roy qui fut le vingt et troisiesme partit du roy clovys et se disoit
Hildericus/ lequel estant devocieux et comtemplatif sans cure de
exerciter oeuvre roialle se mist en religion pour mener vie solitaire.
En celluy temps pepin moult vaillant de sa personne tresnoble tant
seulement prince. Et a cause que tous les roys de france de lignee en
lignee ont succedé de cestuy pepin/ et specialement charlemaigne son
filz/ sur lequel ceste oeuvre est comprinse.

Je veulx icy commencer a dire la matiere de la quelle j'entens
superficialement parler. Et ainsi est que le livre qui se dit mirouer
hystorial comprens que pepin prince une fois envoya ses messagiers a
romme au pape zacharie pour avoir responce sur une demande/
c'estassavoir lequel est mieulx digne d'estre roy ou d'estre dit roy ou
celluy qui pour la paix et union prent grant peine et travail ou celluy
qui est abandonné a nonchalance et a paresse/ et qui est seulement
content du nom d'estre dit roy Quant le pape ouyt la demande il remanda
a pepin que celluy par raison et droite equité se doit appeller roy qui
gouverne et deduit son fait a l'oeuvre publicque et qui la fait
continuelle. Pour laquelle responce et demande les françoys par conseil
approuvé alerent considerer hildericus leur roy devant dit estre
dedicqué en monastere en vie solitaire et contemplative/ et que
nonobstant qu'on ne doit riens inferer contre ceulx qui vivent
solitairement/ et selon dieu si ne appartient il pas a ung roy d'estre
solitaire/ car tel comme est le roy/ tel est le royaulme. Selon comme
salomon dit que la ou le prince est negligent le peuple ne sçait que
faire. et benoiste est la terre qui a le prince noble. Tous ces françoys
eulx estans bien informez des condicions appartenantes a ung roy selon
ung acteur qui dit ainsi. Le prince quant il est ordonné ne doit point
avoir de chevaulx superfluz ne faire son peuple plus subject qu'il ne
doit et ne doit prendre que serviteurs propices sans superfluité/ sans
grant nourricion de chiens ne d'autres bestes inutiles/ mais prendre en
tout mesure Multiplicacion de menestriers/ tabourins/ femmes illicites/
hommes luxurieux evitera et repellera/ et ses subjectz il ne corrompra
point par exemple/ il n'aura point plusieurs femmes/ voulentiers lira
livres/ et aura gens pleins de lettre/ et jugera sans faire a nul
aliance/ et devant toutes choses il adorera dieu et servira/ et ne
prendra voulentiers dons/ et ne doit pas voulentiers changer ses
officiers. Tout cecy bien veu entre eulx pour la conservacion du peuple
entre les mescreans qui estoient pour lors alerent eslire roy de france
ce noble roy pepin et de ce temps le lignage de clovys ne regna plus sur
les françoys/ fut consacré par boniface et par l'auctorité apostolique
par saint estienne avecques ses deux filz Charlemanus. et charles le
grant fut confermé et approuvé. Et ordonna tous les roys de france en
grant benediction a devoir succeder de lignee en lignee plus prochaine
Et donna aussi ledit pape grant malediction a tous les opposans aux
choses dessusdittes/ dont après cestuy roy Pepin fist aussi grant guerre
aux anglois. et la coustume de l'eglise rommaine il ordonna le service
es eglises galiennes et françoises avecques plusieurs autres matieres
merveilleuses/ dont l'onneur a luy et a tresbon droit fut attribué par
victoire obtenue. Et fut ensevely en l'eglise de monseigneur saint Denis
en france. Et laissa ses deux filz dessusditz/ lesquelz il avoit eu de
la royne Berthe fille du grant. Herclin cesar/ dont le lignaige des
rommains/ des germains et des grecz a concurrence/ pourquoy a bon droit
au temps suyvant le roy. Charles fut esleu et fait empereur de romme. Et
regna le dit roy Pepin .xviii. ans en prosperité digne de salvacion. Et
après que le frere dudit Charles eut regné en sa partie du royaulme deux
ans il mourut. et fut tout le gouvernement entierement du royaulme de
france a charles le grant moult puissant et vertueulx en ses faitz comme
après plus a plain se demonstrera




Du roy charles après qu'il eut fait beaucoup de constitucions avecques
le pape Adrien/ et comment il fut fait empereur de romme.

Le .ii. chapitre.

[Illustration]


Cestuy noble charlemaigne aultrement dit charles le grant. lequel pour
la grandeur de son corps puissance et operacions vertueuses par merite
est appellé grant. comme j'ay dit que après la mort de son frere il fut
seul roy de france. Bien peu de temps après que le pape Adrien regnoit
et qu'il faisoit grant diligence de corroborer la foy crestienne en
anichilant les heresies et en constituant ymaiges pour representacion
des sainctz es eglises et plusieurs aultres labeurs meritoires adjointz
es services de dieu et de sainte eglise. Le roy charles contre les
mescreans ne sejournoit point a les confondre ou il eut victoire en
diverses manieres. toutesfois Adrien pape qui estoit bien informé que
cestuy charles estoit une ferme coulonne de la foy et protecteur de
saincte eglise il luy manda qu'il venist a romme et quant il fut a pavye
il y mist le siege ou il sejourna ung peu de temps et puis a peu de gens
s'en partit et vint a romme et la fut receu affectueusement et
devotement visita plusieurs lieux et puis quant il retourna il print
pavye. Et quant il eut fait a son plaisir il retourna a romme et avec le
pape Adrian ilz convoquerent plusieurs evesques abbez en nombre de cent
cincquantetrois ou ilz firent plusieurs constitucions sur le fait de
l'eglise. Et en elle synode pour la grande sanctité de charles le pape
et tous les assistans donnerent droit et pouvoir pour ordonner evesques
et archevesques en tous pays et provinces et tout cela seroit loué et
fait par ledit charles et celluy qui contrediroit et les rebelles il les
anathematisoit et leurs biens estoient confisquez. Cestuy noble roy
charles avec ces deux filz l'ung avoit nom pepin. et l'autre Loys. et
les douze pers de france qui avoient tous promis fidelité l'ung a
l'autre a devoir mourir pour la foy crestienne. en celluy temps firent
plusieurs guerres mortelles tant durant la vie du roy pepin pere du roy
charles comme après que le royaulme de lombardie fut destruit et delivré
des mescreans qui ne se fist pas sans grant travail de venir de france
en lombardie a cause des pays dangereux. Quant tout ce fut bien terminé
a son plaisir il reduist toute ytalie dessoubz le tribut du royaulme de
france tellement que quant ytalie fut destruite il s'en alla a romme
pour rendre louange a dieu plus devotement pour la prosperité de son
intencion mise sur les ennemys de la foy a execucion Et la avec le pape
Adrian il fist beaulcoup de constitutions qui par droicte equité se
devoient observer et après qu'il se trouva a romme ainsi victorieux son
filz Pepin fut ordonné et consacré roy des ytalies et son filz loys fut
ordonné et consacré aussy roy sur acquitaine. Cela fait les romains qui
de grant ancienneté furent de grant portement après que l'empereur fut
par eulx mys a mort. Puis constantin son filz vouloit regner pour
empereur qui ne fut pas au gré des senateurs et aultres rommains
lesquelz estant en celluy point après ce qu'ilz eurent deliberacion de
grant conseil utile allerent comprendre par effect la valeur et noblesse
du roy. Charles qui estoit si parfait en toute noblesse hardiesse
prudence et aultres vertus: comme j'en toucheray après tout a plain par
tel endroit que du consentement de chescun il fut esleu empereur de
romme a grant louenge et exaltation de joye innumerable. et par la main
du pape Leo il fut couronné empereur a tous honneurs qui se peuvent
comprendre et tous par une voix luy donnoient louenge. Et l'appelloient
cesar august. pour une similitude de valeur en contemplant le grant
plaisir qu'ilz avoient fait roy des ytalies.




De la corpulance du roy charles et de sa maniere de vivre.

Le .iii. chapitre.


Charlemaigne après qu'il fut empereur il fit plusieurs oeuvres
merveilleuses et regna empereur treze ans et avoit ja regné sur les
françois trantetrois ans. et au pays de rommenye il edifia plusieurs
citez et restaura bonnes villes et plusieurs aultres choses qu'on ne
pourroit pas bien racompter a cause de la prolixité de ses causes
merveilleuses. toutesfois pour sçavoir quel homme il estoit ses oeuvres
le demonstrent tant qu'il touche l'exercite de sa personne. Turpin saint
homme arcevesque de reins qui regnoit pour lors qui fut souventesfois en
la compagnie de charles dist qu'il estoit homme bien prins de corps et
grant de personne et avoit le regart fier et malicieux. La longueur de
sa personne contenoit. huyt piedz a la mesure de ses piedz qui estoient
longz a merveilles gros et massif estoit des espaules et des reins sans
avoir le ventre que bien a point. les bras et les cuisses il avoit bien
amples. chevalier estoit subtil et tressaige actif et moult fier. et de
tous ses membres estoit resolu en tresgrant force la face avoit desduite
en longueur. et si portoit barbe d'ung pié de long. le nez avoit au bout
sur rotondité. beau rencontre portoit cestuy homme: car il avoit la face
d'ung pié de large. les yeulx avoit comme ung lyon par furieux regart
scintillans comme escharboucle. les sourcilz comme demy pasles. si tost
qu'il regardoit quelcun par ire chescun de luy avoit paour en oeuvrant
les yeulx. la seinture dont il estoit sein estoit de longueur de huyt
piedz sans ce que pendoit en bas. Quant il prenoit son repas de peu de
pain il estoit content. mais quant a la pitance il mangeoit en ung repas
la quarte partie d'ung mouton ou deux gelines ou une grosse oye ou une
bonne jambe de porc. ou ung paon ou une grue ou ung lievre entier
sobrement bevoyt le vin avec ung petit d'eaue dedans. De sa force ce
n'est pas peu de fait. car ung chevalier armé sur son cheval a ung coup
d'espee il fendoit des le hault de la teste jusques au bas. et s'il
tenoit quatre fers de chevaulx venans de la forge sans esprouver guieres
sa force il les estandoit et mettoit en pieces et a une seulle main il
prenoit ung chevalier tout armé luy estant hault jusques a l'endroit de
sa teste le levoit tres ligierement. Et avoit en luy trois choses bien
honnorables. Premierement en dons il estoit tressaige. et a l'exemple de
l'empereur titus de vaspasien. lequel estoit si prodigue qu'il n'estoit
pas tousjours a luy possible de donner ce qu'il promettoit. Et quant on
luy disoit pour quoy il promettoit chose qu'il ne povoit incontinent
donner. celluy respondoit que nul ne doit point partir de devant la face
du prince desolé et marry et sans quelque chose obtenir. Secondement
charles estoit si seur en jugement que personne ne le pouvoit reprendre.
Et aussi piteux et misericors il estoit aux crestiens selon la qualité
de la personne et l'occasion du delict. Et tiercement en parolles il
estoit moult advisé. quant il parloit il pensoit fort a ce qu'il disoit.
et quant on parloit a luy moult fort pensoit la maniere pour comprendre
l'intencion du parlant.




A quoy le roy charles et ses enfans filz et filles estoient dedicqués.

Le .iiii. chapitre.


Dame bertrode mere de charles pleine de grant science en grant
prosperité de vie et en honneur enveillit et finit ses jours et ordonna
ses livres pour exercer les ars liberaulx. dont premierement charles
prenoit peine d'estudier au temps d'enfance. a ses filz et filles
faisoit aprendre science après qu'ilz savoyent leur creance il les
faisoit estudier es sept ars liberaulx. Et quant les filz estoient en
aage pour monter a cheval a la maniere françoise il leur faisoit porter
armes. jouster pour excercer guerre quant besoing seroit. Et quant ilz
ne faisoient cela. il les faisoit chasser a toutes bestes sauvaiges et
aultres esbatemens de chevalier continuellement. Après ses filles
faisoit dedicquer continuellement a filler leurs coguoilles et aultres
oeuvres honnorables. et a celle fin que par paresse et faulte
d'occupacion elles n'eussent occasion de cheoyr en pensement desordonné
pour avoir inclinacion a vice. et quant il n'estoit occupé en matiere
pondereuse il mettoit son temps a escripre quelque chose nouvelle affin
qu'il ne fust point oyseux selon l'espitre de saint pol qui nous
admonneste de faire tousjours quelque bien. pource que nostre ennemy ne
nous tienne en oyseuseté pour faire excercer ses intencions damnables.
En son palais de ais en allemaigne il fist faire une eglise de nostre
dame de merveilleuse beaulté comprinse et moult richement ordonnee.
ouvré et en grand honneur exaulsee en signe de parfait crestien car
selon qu'on ayme le seigneur et qu'on est donné a luy on fait les
oeuvres desideratives a esmouvoir les aultres pour faire au seigneur
comme luy et tellement perseveroit en l'amplificacion de son pays que
des la mort de son pere Pepin il doubla par puissance le royaulme de
france.




De l'estude du roy charles et de son vivre. et de ses oeuvres
caritatives et aultres matieres.

Le .v. chapitre.


Après que charles fut instruit en grammaire et aultres sciences morales
et speculatives tousjours continuoit en icelles. et par ardant desir
frequentoit les livres composez sur la loy crestienne pour estre
protecteur des crestiens et defenseur de l'eglise. laquelle il visitoit
au matin et au vespre et la nuyt souventesfois. et selon les bonnes
festes il ne failloit point a faire grandement son devoir es sacrifices
et oblacions introduittes sur le fait de donner pour l'amour de dieu et
subvenir aux povres c'estoit moult ample chose. car tant seulement il ne
subvenoit pas a son pays de son avoir. mais en plusieurs autres lieux
oultre mer il transmettoit or et argent et vivres selon la necessité du
lieu. comme en surie en egypte. en jherusalem et aultres pays comme
celuy qui disoit. L'or et l'argent n'est point mien. A chascun il
vouloit amytié. de corps il estoit ample et robuste. D'une estature bien
apparoisante. le bout de la teste avoit en rotundité. les cheveux avoit
en reverence et la face joyeuse. la voix clere et de grant force et ne
mengoit pour le plus a son soupper que de quatre metz. sinon de la
venoison rostie/ laquelle sur toutes autres chairs il aimoit et
frequentoit a l'eure de son soupper. Tousjours il avoit liseurs pour
lyre cronicques ou aultres choses contemplatives comme celuy qui veult
aussy bien repaistre l'ame qui est perpetuelle de viandes spirituelles
pour la maintenir en union de grace envers son createur comme de
refectioner le corps pour conserver la vie. et entre les aultres livres
il se delectoit fort es livres de saint Augustin. et specialement en
celluy qui se dit _de civitate dei_. Et ne bevoit point trop souvent.
car a soupper il ne bevoit point plus de trois fois. Au temps d'esté
volentairement après my jour il mengeoit ung peu de fruitz et bevoit une
fois seulement. et puis tout nud se reposoit dormant au lit deux ou
troys heures. et la nuyt il rompoit quatre ou cinq fois le dormir et
aloit parmy sa chambre. Ainsi charles perseverant en felicité royalle et
imperialle envoyoit par tout son empire ses messagiers et grans
conseilliers pour visiter les provinces et bonnes villes pour estre
informé des gouverneurs d'icelles pour faire par tout justice et raison
a chascun. et fist plusieurs constitucions et loix selon les lieux. et
fist commandement de les observer et garder sur peine establie.
Semblablement envoya ledit charles par tout le monde pour sçavoir de
tout le gouvernement. C'est assavoir pour congnoistre les faitz
merveilleux qui se fasoient par le monde et aussi pour aprendre la vie
des sainctz saintes desquelz on fait feste et en fist faire livres pour
estre memoire eternelle et chascun jour mettoit en escript selon ce qui
se faisoit. En telle maniere que selon l'escript pour lors se
trouveroyent plus de troys cens festes de saintz une foys l'an. Pourquoy
luy exercitant ses oeuvres spirituelles il estoit aymé et chier tenu de
chascun En celluy temps Aaron le roy de perse pour la manificence de
charles luy envoya ung elephant bien merveilleux pour ung don bien
singulier et plusieurs aultres choses bien precieuses. Cestuy charles
pour sa grande sainteté et noblesse estoit en telle renommee de honneur
et des vertus que pour lors quant ses messagiers venoient du royaulme de
perse une foys Aaron entre les aultres dons qu'il transmist au noble
empereur Charles il envoya le corps de saint cyprian et de saint
speratus et le chief de saint panthaleon martir en france.




La tierce partie du premier livre contient trois chapitres. et parle
comment par revelacion divine le noble charles delivra la terre saincte
hors de la main des mescreans.




Comment le patriarche Iherosolimitan manda a charles qu'il luy donnast
secours après qu'il eust esté degetté par les turcz.

Le premier chapitre.

[Illustration]


On lit que pour le temps que charles fut empereur de romme le patriarche
de jherusalem fut si fort pressé des payens par mortelle guerre que a
grant peine se pouvoit il saulver. et ainsi il ne sçavoit plus que
faire. il eut en memoire le noble charles et luy informé de sa saincteté
pour benediction luy envoya les clez du sainct sepulchre de
nostreseigneur jhesucrist du lieu de calvaire et de la cité. et avec
cela luy envoya l'estandart de la foy comme a la coulonne de crestienté
et defenseur de saincte eglise. Après cecy le patriarche vint a
constantinoble vers l'empereur constantin et son filz leo. et amena
avecques luy jehan de naples prestre et ung aultre qui se disoit david
archeprestre. lesquelz l'empereur constantin envoya incontinent au noble
charles. et avecques ces deux il ordonna pour y aller deux aultres qui
estoient ebreux. l'ung avoit nom ysaac et l'aultre samuel. et leur donna
une lettre escripte de sa propre main pour porter au roy charles et
avoit ledit constantin en une partie de ladicte lettre ainsi. Une nuyt
me fut advis que je veoye devant mon lit une jeune femme moult belle et
plaisante qui se tenoit droicte et tout bellement me coucha et a doulces
parolles me va dire Constantin quant tu as sceu l'affaire des payens qui
tiennent la terre saincte par grant affection tu as prié dieu pour avoir
aide. Vecy que tu feras/ pourchasse que tu puisse avoir avecques toy
charles le grant roy des galliens qui est protecteur de crestienté et
defenseur de saincte eglise. Et puis me monstra celle dame ung chevalier
armé de tout son corps et de esperons et avoit son escu rouge. et son
espee seinte qui avoit le manche comme de pourpre et tenoit une lance
moult grande et le fer qui estoit en hault souventesfois gettoit en
l'air grans flambes de feu et si tenoit en sa main ung bacinet tout d'or
reluysant moult bien formé de tous ses membres luy commençoient a
blanchir la barbe. puis après avoit escript. O tu august qui jamais ne
refusas de obeir aux commandemens de dieu esjouys toy en jhesucrist et
en ta memoire tousjours rens luy graces: soyes enclos en justice comme
en honneur tu as esté reclamé: ainsi jhesus te doint perseverer et tiens
tousjours les commandemens de dieu dont on doit fondamentalement. Et
selon l'escripture l'empereur constantin en son temps avoit ja degetté
les payens de jherusalem sept fois pourquoy quant il ne peut plus il
envoya ses messagiers au roy charles qui estoit pour lors a paris. Et
quant les messagiers eurent presentees les lettres et il les eut veues
moult griefvement commença a plourer en contemplant la pitié du saint
sepulchre de nostreseigneur ainsi detenu des mescreans. Après cecy il
manda l'arcevesque turpin et luy fit publicquement prescher les
nouvelles piteuses qui estoient presentement venues: lesquelles estre
escoutees tout le peuple y voulut aller




Comment charles a grant compagnie s'en alla conquester la terre saincte
et plusieurs aultres matieres.

Le .ii. chapitre.


Après ce que j'ay dit devant fut publié le roy fit faire ung edict et
cryer par tout son pay que tout homme qui pourroit porter armes fust
prest d'aller avec luy contre les payens et celluy qui n'y viendroit
seroit obligé a une bonne somme d'argent pour souldoyer ceulx qui
yroient. Estre fait cecy jamais homme pour peu de temps ne veit tant de
gens ensemble comme pour lors furent trouvez. Et quant ils furent tous
partis au nom de dieu plains d'une grant foy en grant esperance de
victoire obtenir dessoubz la conduyte de celluy capitaine de la foy
charlemaigne. Et quant ilz eurent beaucoup chevaché ilz se vont trouver
en ung grant boys qu'on ne pouvoit passer a moins de deux jours encores
a grant peine et charles le pensoit passer en ung jour pourquoy luy et
son excercite entrerent dedens celluy boys qui estoit plain de diverses
bestes sauvaiges comme de grifons ours lyons tigres et aultres bestes.
Quant ilz furent ainsi en ce grant boys et la nuyt survint tous se
trouverent esbahys et perturbez sans scevoir le chemin qu'ilz devoient
tenir. Et commenda ledit charles qu'on regardast on pourroit veoir ne
congnoistre habitacion mais ilz en estoient bien loingz et hors de la
droicte voye et chemin et fut force de leur disposer de dormir en tel
estat. Et quant ilz furent tous appaisez. le roy charles estant en son
dormitoire se confiant de l'aide de nostreseigneur en grant devotion
commença a dire le psaultier. Et quant il vint au point qu'il deust dire
le verset suyvant. _Deduc me domine in semita mandatorum tuorum quia
ipsam volui._ Cecy disant en son oreille vint ung oyseau qui en la
presence de chascun va dire a haulte voix. Ton oraison est escoutee.
dont tous ceulz qui estoient presens furent moult perturbez. et
nonobstant tout cecy le roy continua de dire le psaultier jusques _Educ
de custodia animam meam_. Et tout ainsi qui le disoit l'oyseau commença
plus fort a crier et dire. O françoys que dis tu. o françoys que dis tu.
Et après cecy le roy et sa compagnie vont suyvre celluy oyseau et les
conduisit jusques au sentier qu'ilz avoyent pardu le jour de devant. et
dient aulcuns pelerins que depuis en celle terre sont venuz ses oyseaulx
ainsi faisans. mais quant le noble roy Charles et sa tresgrant puissance
fut près de ses ennemys ilz furent moult perturbez et les seigneurs
crestiens resjoys de sa venue. car sans cesser aulcunement il n'arresta
jusques a tant que il eust recouvré le pays des crestiens expulsé tous
les payens que tant luy redonda a honneur victorieux. Et en retournant
il demanda a l'empereur de constantinoble licence et aux aultres
patriarches et archeprestres devant qu'il en partist l'empereur
constantin le receut par ung jour naturel. Et pour terminacion ledit
empereur pour l'onneur du roy charles le lendemain devant les portes de
la cite fist ordonner plusieurs bestes de diverses manieres et couleurs
grant quantité d'or et d'argent. pierres precieuses tout a bandon affin
qu'il en voulsist prendre pour aulcune remuneracion du grant bien qu'il
avoit fait en leur pays. mais aussi tost que charles sceut le fait il
print conseil a ses gens qu'il devoit faire de prendre de ses dons
precieux et riches ou s'en tourner en france sans prendre riens. Et sur
ce il eut conseil de ses barons qu'il ne print riens pour son labeur.
car il n'avoit riens fait sinon pour l'amour de dieu seulement. Et luy
bien content de ceste responce il commanda que personne sur peine moult
grande ne print riens de joyaulx dessus aprestez.




Des relicques que l'empereur Charles apporta de constantinoble. Et de la
terre sainte et des miracles qui furent faitz.

Le .iii. chapitre.


Quant l'empereur de constantinoble et le patriarche de jerusalem
sceurent que le noble roy Charles ne prendroit riens des biens
dessusditz. il fut admonnesté qu'il print quelque chose d'eulx. Et quant
il fut ainsi contraint il supplya que pour l'amour de dieu on luy
donnast quelque chose des reliques de nostreseigneur et de sa sainte
passion. Cecy estre demandé il fut commandé a jeusner par trois jours a
chascun pour estre plus incliné a devocion et pour visiter les saintes
relicques Et specialement estoient ordonnez douze personnes de grace qui
devoient traictié lesdictes relicques. Quant ce vint au tiers jour le
noble charles par grant contricion se confessa a l'archevesque Ebron
après cecy moult reveramment commencerent a chanter la letanie avecques
aucunes pseaulmes du psaultier. Et la fut le prelat de naples nomme
Daniel qui en grant reverance va ouvrir le coffret ou estoit la
precieuse couronne de nostre seigneur jhesucrist. et va saillir d'icelle
si grant odeur que tous les presens pensoyent estre en paradis.
Adoncques le roy charles plain d'une foy entiere et de creance parfaicte
par contemplatcion se va getter a terre tout estendu et moult fortement
priant nostre seigneur que pour la gloire de son nom nouvellement
renouvelast les miracles de sa sainte passion et glorieuse resurrection.
et aussy tost qu'il eust prié d'ung moment va venir que la couronne
commença a florir et yssoit de celles fleurs ung odeur si tres delicieux
que chascun pensoit que ses vestemens fussent partis de paradis. Puis
après cestuy daniel print ung cousteau bien trenchant bien purifié pour
trencher de la dicte couronne. et en trenchant tousjours de plus en plus
ladicte couronne flourissoit et l'odeur plus abondamment gettoit. et des
fleurs le noble roy charles en mist a part en repositoire. et ung aultre
coffret avoit pour mettre les espines de ladicte couronne et plouroit si
abondamment que quant il cuida donner des fleurs a l'arcevesque Ebron il
retira sa main et pensoit que ledit Ebron les eust en sa main. et elles
estoient en sa main miraculeusement et se tenoient par elles l'espace de
une grant heure. Et puis quant il voulut donner en garde les espines
audit Ebron il veit le coffret en l'air qui estoit plain de odeurs qui
se tenoit de par luy. Puis après en visitant ces fleurs furent tantost
converties en menne. en celle maniere elles sont a saint denys en
france. Et a esté l'oppinion de plusieurs que ce fust de celle manne que
dieu envoya au desert a son peuple. Pour lors furent faittes oeuvres
miraculeuses. car tous malades qui estoient la presens furent gueris de
toutes leurs maladies pour l'odeur des fleurs dessusdictes et le peuple
qui entroit en l'eglise par grant violance des gens crioit.
Veritablement aujourd'uy est jour de salut et resurrection. car pour
l'odeur de ces melodieuses fleurs toute la cité est purifié et remplie
de grace. car trois cens et ung malade par compte fait furent saintz et
gueris. Entre les aultres y avoit ung malade de vingt et quatre ans et
trois nuytz qui estoit aveugle sour et muet. mais au mouvement qu'on
tira l'espine de la couronne de nostre seigneur il print le veoir. quant
la posa il recouvrit l'ouyr. et en flourissant il recouvrit la parolle.
Après cecy ledit daniel print ung clou desquelz le precieulx corps de
nostre seigneur jhesucrist avoit esté percé en sa passion. et en grant
reverence le mist en reliquaire d'allebastre. et en le prenant fut guery
ung jeune enfant qui de sa partie senestre estoit sec et impotent des sa
nativité. et courut hastivement en l'eglise et cria a l'eure de nonne.
et dist que luy estant en estasie fut guery et compta la maniere
comment. Oultre les choses dessusdictes on donna audit charles empereur
ung morseau de ladicte croix. et le saint suaire. et avecques ce la
chemise de nostre dame et le drap ou nostreseigneur jhesucrist fut
envelopé. et aussy les bras de saint Simeon. et tout reveramment en
reliquaires precieux les pendit a son col. et en passant par devant ung
chasteau il y avoit ung enfant mort de nouveau. le roy Charles le toucha
des reliques qu'il portoit. mais tantost il fut ressucité. Et quant il
vint a ais en alemaigne qui estoit une moult belle cité ou ledit Charles
avoit fait son palais moult beau et riche. et une tresdevocieuse
chapelle en l'onneur de nostre dame. la ou il fut ensepvely.
Dernierement furent gueris aveugles. fievreux et sans nombre. et douze
demoniacles. aussy huyt ladres. des paraliticques quinze. des boiteux
quatorze. des noyés trente ressuscistez. de bossus cinquantedeux. des
caducz soixante et cincq. des gouteux plusieurs de ceulx du lieu et des
voisins. Et fut ordonné que au moys de juing a ais la cité tous les ans
on deust venir veoir les devant dictes reliques que le noble roy Charles
avoit apportees de jherusalem et de constantinoble. Et oultre plus fut
estably que ung jour de la sepmaine des jeunes des quatre temps et au
moys de juing se fist celle demonstrance et notification. et en ceste
constitution fut le pape leo. l'arcevesque Turpin. Achiles d'alixandrie
evesque. et Theophile d'anthioche. et plusieurs aultres evesques et
abbez quant la chose fut faicte qui fut oeuvre bien vertueuse et plaine
de salut.




Cy commence le second livre de l'oeuvre presente qui contient trois
parties par chapitres suyvamment declairez.

La premiere partie du second livre contient .xvi. chapitres. et parle de
la bataille faicte par Olivier et Fierabras ung merveilleux geant.




Comment en ung lieu qui se disoit normionde Charles se tenoit suyvant
guerre contre les payens après ung petit de prologue.

Le premier chapitre.


J'ay parlé devant au premier livre superficiallement du premier roy de
france baptisé en descendant selon mon propos jusques au roi Charles du
quel on ne sçauroit pas bonnement raconter la vaillance de luy et de ses
barons qui se dient pers de france. desquelz a leur endroit je feray
mention selon que j'en pourray recevoir en verité. mais ce que j'ay
dessus escript je l'ay prins en ung moult autenticque livre lequel se
nomme mirouel historial. et aussy es cronicques anciennes. et l'ay
tantseulement transporté de latin en françoys. Et la matiere suyvante
que fera le second livre est d'ung rommant fait en l'ancienne façon sans
grant ordonnance. dont j'ay esté insité a le reduire en prose par
chapitres ordonnez. Et ce dit celuy livre selon nes aulcuns fierabras. a
cause que celuy fierabras estoit si merveillex comme j'en feray mention
qui fut vincu par Olivier et en la fin se fist crestien et fut baptisé
et est saint en paradis. Et parle en effaict de celle bataille et des
relicques qui furent conquestees qui avoyent esté prinses a romme. et
estoient en la puissance de l'admiral pere dudit. Fierabras. Parquoy en
cestuy livre ensuyvant je n'entens si non seulement reduire la ryme
ancienne en prose et diviser la matiere par chapitres en la meilleure
ordonnance qu'il me sera possible de faire sans y adjoindre chose que je
ne treuve audit livre Et tout ainsi que je trouveray pareillement le
reduiray. Et cestuy livre est applicqué a l'onneur de Olivier en partie.
nonobstant qu'il ya plusieurs aultres matieres. car j'entens que de
chascun des barons principaulx de l'empereur Charles qui se dient
communement en nombre douze ou treze. et pers de france qui estoient
capitaines de l'excercite et moult fors et vaillans de leurs personnes.
et estoient grans seigneurs et nobles. mais des seigneurs capitaines
vaillans il y en avoit plus de treze selon que je treuve.

Premierement y estoit Rolant conte de cenonia filz de Millon et de dame
Berthe propre seur du roy charlemaigne. Après y estoit Olivier comte
filz de Regnier de gennes. lequel Regnier estoit aussi a l'excercite du
roy Charlemaigne. Après Richart duc de normandie Garin duc de lorraine.
geoffroy seigneur de bourdeloys. Hoel comte de nantes. Ogier le danoys
roy dairie Lambert prince de brucelles Tierry duc d'ardanne Basin de
beauvoys. Guy de bourgoigne. Godefroy roy de frise. Et pareillement y
estoit Ganellon qui fist la trahyson en roncevaulx comme il apert en la
fin du tiers livre Sanson duc de bourgoigne. Aussy y estoit Riol du
mans. Alorry et Guillermet l'escot. Naymes duc de bavieres et plusieurs
aultres qui estoient subjetz a charles. Et nonobstant qu'ilz ne fussent
pas tousjours avecques luy ceulx que j'ay nommez si estoyent ilz
tousjours prestz pour faire son commandement. Et aussy la plus grant
partie des dessus nommez estoyent avecques luy continuellement.




De fierabras et comment il vint exciter l'excercite charlemaigne.

Le .ii. chapitre.

[Illustration]


L'admiral d'espaigne nommé Ballant payen moult grant et puissant de
corps et de gens. avoit ung filz nommé Fierabras le plus merveilleux
geant qui jamais fut de mere né. car de la grosseur et grandeur de son
corps et aussy de sa force il estoit le non pareil lequel estoit roy
d'alixandrie et tenoit dessoubz luy le pays de babylonne jusques a la
mer rouge. et estoit seigneur de rossie et de colloigne. et plus oultre
estoit dessoubz luy jherusalem et detenoit le saint sepulchre de
nostreseigneur jhesucrist et par sa grant puissance entra une foys a
romme ou il fit beaucoup de mal. et emporta la sainte couronne de
nostreseigneur et les saintz cloux et d'aultres relicques assez. dont
cestuy livre fait la fin comment elles furent recouvrees. et se fasoit
appeller fierabras d'alixandrie. lequel après que plusieurs guerres et
batailles furent faictes en normionde entre les payens et l'exercite de
charles. cestuy fierabras moult dissolu vint chevauchant par grant
erreur pour trouver quelque crestin et pour batailler contre luy et s'en
vint es lices du roy charles moult effrayé et eschaufé a devoir
batailler tout armé et bien fourny de glaive et estoit tresmal content
de ce qu'il ne trouvoit personne a qui combatre. et près des lices il va
veoir les armes de l'empereur charles esquelles estoit l'aigle d'or
reluysant. et jura par mahommet son dieu et sa puissance que jamais ne
s'en partyroit qu'il n'eust fait guerre a quelque crestien. Et luy
regardant que nul ne venoit a haulte voix commença a crier. O roy de
paris couart sans hardiesse envoye jouster contre moy aulcuns de tes
barons de france les plus fors et les plus hardis comme rolant olivier
thierry richart de normandie ou ogier le dannois et je te jure mon dieu
mahom que je n'en feray reffus jusques a six ou a sept qu'ilz ne soyent
par moy soubstenus. et se tu me fais refus de ce je te prometz que
devant qu'il soit nuyt tu seras par moy assailly et desconfit et si te
couperay la teste comme meschant sans prouesse quelconques. et puys je
emmeneray avecques moy rolant et olivier malheureux et chetifz. car
oultraigeusement et follement comme maulvais viellard t'es abandonner de
venir en ce pays. dont tu auras cause de t'en briefvement partir. Cecy
dit fierabras s'en alla a l'ombre d'ung arbre et des armes dont il
estoit vestu se desarma et estacha son cheval a ung arbre. Et quant il
fut ainsi a son aise icelluy commença a crier a haulte voix. O
charlemaigne roy de paris ou es tu maintenant que t'ay aujourd'uy tant
appellé. sans plus grande dilation envoye maintenant jouster contre moy.
Olivier duquel tu fais si grant compte. ou rolant ton nepveux valereux.
ou ogier le dannois que j'ay ouy louer. et se d'aventure l'ung de ceulx
n'ose venir seul viennent hardiement les deux ou les trois. ou les
quatre des plus heureux: et qu'ilz soient couraigeux et hardis et bien
armez. et se les quatre ne sont bien hardis viennent cinq. Car jusques a
six des plus valereux de ton exercite je ne refuseray point et ne m'en
pense retourner qu'ils ne soyent confuz et destruitz par moy. Car soyes
seur que il ne me sera ja reprouché que je soye fugitif pour françoys
vivans. J'ay desja mys a mort par la valeur de ma personne dix roys de
grant puissance lesquelz n'ont sceu resister contre ma force nullement.




Comment richard duc de normandie dist a charles quel homme estoit
fierabras.

Le .iii. chapitre.

[Illustration]


Aussi tost que fierabras eust finee sa parolle l'empereur charles qui
bien l'avoit escouté tout esmerveillé de son languaige va demander
Richard de normandie auquel il demanda qui estoit ce turc qui avoit
ainsi a haulte voix crié la valeur de sa personne car ce dist charles je
l'ay bien escouté quant il a dit qu'il ne fauldroit point jusques a six
des plus chevalereux de mon exercite auquel richart duc de normandie va
respondre. Sire roy c'est ung homme riche a merveilles et ung des fors
qui oncques fut né de mere. et si est sarrazin de si grant fierté qu'il
ne prise ne roy ne conte ne aultre personne du monde. Quant charles
l'entendit il commença a haulser la teste et jura saint denys de france
qu'il ne mangeroit jamais ne bevroit que premier n'alast jouster l'ung
des pers de france contre luy et aussi demanda richard comme ce payen ce
nommoit Richard respondit. Sire empereur cestuy payen se nomme fierabras
qui se fait moult redoubter et aussy qui a fait beaucoup de maulx aux
crestiens. qui occist l'apostre. qui pendit les abbez. moynes nonnains.
et a violé eglises. qui desroba la sainte couronne de nostreseigneur. et
plusieurs aultres relicques dont vous prenez grant peine lequel tint
jherusalem en grant subjection. et le saint sepulchre ou dieu fut mis.
Sur ce respondit charles. de ce que tu me dis je suis plus couroucé.
Mais saches de certain que jamais je n'auray joye ne ne sera mon desir
acomply jusques a tant qu'il soit vaincu. Et de fait de luy tous les
françoys furent commeuz et perturbez. et n'y eut celluy qui se
presentast pour y aller. Et quant charles veit que personne ne se
courageoit d'aller combatre celluy geant Fierabras il va dire a Rolant.
Mon cher nepveu je te prie que tu te disposes pour assaillir celluy turc
et que tu y faces ton devoir




La responce faicte per Rolant a l'empereur son oncle trop subite et
qu'il en fut.

Le .iiii. chapitre.


Quant l'empereur charles eut parlé ainsi gracieusement a son neupveu
rolant. follement et sans raison ledit rolant va respondre. Bel oncle ne
m'en parlez jamais. car j'aymeroye trop mieulx que vous fussiez confus
et desmembré que je prinse armes ne cheval pour jouster comme vous
dittes. car le jour dernierement passez que nous fusmes ainsi prez tenuz
des payens cestassavoir plus de cincquante mille. nous aultres jeunes
chevaliers y fismes grant portement et y soustenismes maintz coups
mortelz. dont Olivier mon compaignon en est quasi a mort navré. car se
nous n'eussions secours de nous estoyt fin et destruction entiere. Et
quant nous fusmes au repaire et en nostre logis pour prendre repos le
soyr quant tu fus bien yvre tu te vantas publicquement que les anciens
chevaliers et vieulx que tu avoyes amené avecques toy pour nous faire
aide s'estoient beaucoup mieulx portez en fait d'armes et plus fort
batailé que les jeunes. Et chascun sçait bien comme le soir je fus
affoibly et lassé du travail que je prins celluy jour. mais par l'ame de
mon pere ce fut mal dit a vous et de present on congnoistra comment les
anciens et viellars se porteront. car par celluy dieu a qui tout doit
subjection il n'ya homme jeune en ma compaignie que jamais de moy soit
aimé s'il prent party d'aler jouster contre celuy payen. Aussy tost que
le duc rolant eut finé sa parolle son oncle l'empereur moult indigné
contre luy a grant melancolie de son gantelet dextre qui estoit riche et
bordé d'or va donner au travers du visaige de rolant et l'ataindit
tellement sur le nez que le sang en vint abondamment du coup dont Rolant
par grant fureur mist la main a son espee quant veit son sang. et eust
frappé de Charles s'il ne se fust osté de devant luy. Et quant charles
veit l'intencion de Rolant il fut esbahy a merveilles. et dist O dieu de
paradis qui eust pensé que de rolant mon nepveu je fusse vergoigné qui
nous sommes mis ensemble d'une foy contre noz adversaires. et il me
vient courre dessus d'affection mortelle qui est le plus prochain en
lignaige envers moy qui soit present et qui plus tost me deust secourir
que nul qui soit. Or pleust a celuy dieu qui croix souffrit passion que
en cestuy jour prengne la fin dont il peut estre digne. Cecy dit par
grant fureur demanda les françoys et leur dist. despeschez vous sil le
prenez. car je ne mengeray huy qu'il ne soit livré a mort. Quant les
françois entendirent la parolle de charles pour devoir accomplir son
commandement tous se regarderent l'ung l'autre pour sçavoir qui mettroit
la main a luy le premier. Et quant Rolant veit le fait il se mist ung
petit apart et a tout l'espee en sa main va crier a haulte voix aux
aultres. Si vous estes saiges si vous tenez quoy. car je faiz veu a dieu
que s'il ya homme qui se bouge pour venir a moy que je ne face de sa
teste deux parties. pourquoy il ny eut si hardy qui a malice se bougeast
contre luy et estoient tresmal contens de leur debat. et sur ce le noble
ogier doulcement vint a rolant et luy dist. Sire rolant il me semble que
vous avez le plus grant tort quant vous avez ainsi courroucé l'empereur
vostre oncle. lequel par raison vous devez entre les aultres aimer et
deffendre et aussi supporter. Rolant respondit qui fut ja refroidi de
son ire. Sire ogier je vous prometz qu'a bien peu de fait j'eusse esté
determiné a oultraige sans advis encliné dont je suis mal content.




Comment charles et rolant sont reprins par l'acteur et excusés
aulcunement sur le debat devant dit.

Le .v. chapitre.


Sur le debat de l'empereur et de rolant son nepveu je me veulx ung peu
arrester. Et parle premierement a toy roy charles qui as esté instruit
des ton enfance a toutes sciences plaines de meurs dignes de
commemoration qui sçavois la constance des anciens et la mutabilité des
jeunes gens Pourquoy disoies tu le vespre que les anciens s'estoient
mieulx portez en la guerre de celluy jour que les jeunes chevaliers et
tu sçavois bien que olivier estoit navré pour sa vaillance grandement et
tellement qu'il estoit au lit et puis rolant ton nepveu avoit fait moult
grant portement et se aucunement il a parlé follement tu pouvois bien
supporter son premier mouvement qui n'est pas a la puissance de l'omme.
Se tu eusses bien prins ton advis au dit qui dit. _Vindictam differt
donec pertranseat furor._ Qu'on doit differer la vengeance jusques a
tant que la fureur de l'ire soit passee. Se tu n'eusses point frappé
rolant puis qu'il avoit mal dit: et aussi comme sans avis de discretion
tu le frappas. Semblablement sans advis il tyra son espee contre toy et
se tu n'eusses fait ce tu avois assés temps pour le reprendre de son
offence. Tu as l'ecclesiastique qui dit au dixiesme chapitre. _Nihil
agas in operibus injurie_ Quant on reçoit injure il n'est pas bon de
faire ce qu'on pourroit bien faire Et ainsi est que quant une personne a
bien fait son devoir et que celluy du quel il doit estre aucunement
honnoré est blasme de tant plusfort est indigné et malcontent car son
fait est reputé pour neant ainsi fut fait de rolant qui pensoit plustost
estre loué pour le grant devoir qu'il fit. que ce que l'empereur dist
que les anciens avoient mieulx fait que les jeunes. Mais je vueil
tourner a toy. O roland qui as esté si noble dont vient en toy celle
audacité de parler contre ton oncle qui a tousjours si bien fait que ses
oeuvres sont dignes d'estre remembrees a celluy qui estoit empereur roy
de france et seigneur de si grant craincte et a ton oncle as prins debat
et respondu oultraigeusement: n'estoit il pas raison que tu deusses
souffrir de luy et nompas luy de toy s'il t'a frappé de son gant par
maniere de correction devois tu tirer ton espee sur luy tu n'avois pas
en memoire l'obeissance de ysaac qu'il eut a son pere. Tu n'avois pas
advisé ce que dit l'apostre. _Juvenes servant amicos ad nidumque
timorem._ Vous aultres jeunes gardez vostre couraige et la faveur
d'icelluy sans mettre a excercite. Se l'empereur pour esbatement avoit
loué les anciens il ne disoit pas pourtant que tu ne eusses fait bon
portement. Et saint Pol dist en l'epistre qu'on ne doit point regarder
celluy qui est plus ancien que luy: mais le doit on entretenir et
comporter comme son pere mais le fait est tel que personne ne repute
injure a soy dire estre petit: et nul ne le blesse qu'il ne soit pacient
pourquoy il est bon a chascun de penser et cogiter la chose avant
qu'elle se die et voulentiers il n'en prendra que bien.




Comment olivier fut disposé de combatre Fierabras nonobstant qu'il
estoit navré après plusieurs parolles.

Le .vi. chapitre.

[Illustration]


Moult courroucé estoit charles de roland son nepveu et va dire a ses
pers de france. Seigneurs iré suis en divers pensemens de mon nepveu
roland qui a voulu faire injure a ma personne auquel j'avoye plus de
fiance que en homme vivant Je ne sçay lequel plus parfaitement je doys
aimer ne lequel je dois hair et plus oultre je n'ay personne qui se soit
presenté a jouster contre ce payen qui m'a demandé. Devant luy se leva.
Naimes duc de bavieres qui dist au roy. Sire empereur je vous prie qu'il
vous plaise de vous deporter de ces parolles tout viendra a bon droit:
et ung aultre yra jouster au sarrazin. Mais toutesfois le roy charles
estoit en grant pensement. car personne n'y vouloit aller. Incontinent
les nouvelles de charles et de rolant portees a olivier qui estoit en
ung aultre lieu malade: et sceut comment estoit venu fierabras et que
personne ne s'estoit presenté au roy pour aller jouster contre luy. Et
sur ce le noble olivier remply d'un noble couraige et d'un vouloir
ardant a complaire ouyez les nouvelles de son lict se leva et commença a
estandre ses bras et a sentir s'il seroit possible a luy de porter
armes. Et en cecy faisant ses playes se commencerent a ouvrir et en
saillit le sang de destresse. Et nonobstant tout cecy comme celluy a qui
il n'en chault gueires pour l'amour du roy fit lyer toutes ses playes le
mieulx qu'il peust. et dist a guarin son escuyer qu'il fist apporter ses
armes/ car il se vouloit armer pour aller jouster contre celluy
sarrazin. Auquel garin va dire. Sire olivier en l'onneur de dieu prenés
pitié de vostre personne. car il me semble que voulentairement vous
voulés occir. Olivier luy respondit faictes mon commandement. nul ne
doit tarder cercher son honneur et avancement au nom du seigneur: et a
bon droit je me puis employer a servir mon prince et singulier seigneur:
et puis que je voy que nul françoys ne s'avance je n'y failliray point:
car on dit communement que au besoing lon congnoist son amy. Or tost
apportés moy mes armes sans sejourner. Celluy les apporta et tantost
olivier se fit armer par ledit guerin son escuyer qui luy chauhast ses
chausses son haubergon son heaulme et ses harnoys necessaires il fut
fourny et print olivier son espee qui se disoit haulteclere et la
seindit laquelle espee il amoit moult. Après guerin luy amena son cheval
entre les aultres special qui se nommoit ferrand d'espaigne. Et ainsi
qu'il fut devant luy tout sellé et bridé le joly et gentil olivier va
saillir en la selle sans mettre le pié en l'estrier et mist a son escu
et print en sa main ung espieu bien emolu et agu que guerin luy bailla
qui estoit estaché a dix cloux de fin or et puis frappa son cheval des
esperons si rudement que du sault qu'il fit le cheval ploya tout dessobz
luy. Beau veoir fasoit olivier a cheval a moult fiere contenance. Et
ceulx qui estoient presens fasoient requeste a jhesus nostre redempteur
qu'il l'eust en sa garde car en teluy jour il devoit batailler contre le
plus fort et fier homme payen qui jamais naquist de mere ne qui fust au
monde: cestoit fierabaras d'alixandrie filz de l'amiral ballant
d'espaigne dont après nous verrons au plaisir de dieu la termination.
Après qu'il fut ainsi a cheval en grant point sur son visaige et sur son
corps fist la croix au nom de jhesus et se commenda au vouloir de dieu
que en celuy jour luy fust en confort et en aide selon sa bonne
intencion. Et de tous fut regardé et congneu qu'il avoit le cueur bien
entier au ventre pour faire ung grant portement et chevaucha au lices du
roy charles avec lequel estoit le duc Naymes Guillaume d'estoc Girard de
mondidier Ogier le danoys et des barons de france. et entre les aultres
aussi estoit rolant moult dolent des parolles qu'il avoit heues a son
oncle le roy: car voulentiers eust faicte la bataille se ne fust la
contredicte qu'il avoit devant faicte au roy quant il fut requis. Ainsi
olivier estre venu devant charles moult fut honnoré et prisé et des ungz
et des aultres bien affectueusement regarda et mist ledit olivier bas
son heaulme et regarda au logis du roy et reveramment le va saluer et
dist. Noble empereur puissant et redoubté et mon singulier seigneur
vueillés moy bien escouter. Vous sçavés qu'il ya trois ans passez que je
suys a vostre service et n'ay eu de vos quelconque remuneration ne
gaige. Je vous vous supplie de mon pouvoir que maintenant en ung don
tout me soit reguerdonné. auquel le roy respondit. Olivier noble conte
je jure ma foy que je le feray de bon vouloir et aussitost que nous
serons en france ou en bourgoigne ne chasteau ne cité que vous vouldrés
avoir ne autre chose a moy possible et faisable par moy ne vous sera
contredit Sire roy dist olivier je ne suis a vous demander cela: mais
vous demande et supplie bataille contre celluy payen ainsi desmesuré. et
de ceste heure je vous ottroye tous mes biens et services. et pour
cestuy don soyent quittes. Quant les françoys vont ouyr olivier moult
furent esbahys de sa prouesse et se regardent l'ung l'autre et vont dire
entre eulx. Saincte marie que a trouvé olivier qui est navré a mort et
veult batailler. Charles respondit. Olivier as tu perdu le sens: car tu
congnois bien que d'un fer agu et quarré tu as esté feru et navré
mortellement et tu te veulx abandonner a plus grant dangier mortel
pourquoy pense de t'en retourner et te repose a ton gré: car ne te fie
pas que pour riens que je te laisse aller. Veu que tu n'es pas pour le
present en santé de corps Sur ce point se leverent Ganes et Andrieu les
traistres qui firent la trahyson comme le dernier livre en fera mencion.
Et dist ganelon. Sire roy vous avés ordonné en france que ce que par
deux de nous est jugé se doit tenir: et ainsi est que nous deux jugeons
et ordonnons que Olivier aille faire la bataille pourquoy le roy plein
de maltalent la couleur muee respondit. Ganellon tu es de mauvaise
contree sans parler qui soit honnorable. puis que ainsi est il fera la
bataille et ne peut estre qu'il n'en soit mort: mais je te jure ma
loyaulté que s'il est prins ou mis a mort tout l'or du monde ne te
rachetera point que de malle mort ne te face mourir villainement et ton
lignaige destruiray. Sire empereur dist ganellon dieu et nostre dame
m'en veullent garder. Et puis le traistre va dire comme entre ses dens.
Et a dieu ne plaise que jamais olivier ne puisse retourner qu'il n'ayt
la teste couppee. Et quant l'empereur veit qu'il ne sceut contredire que
olivier ne s'en allast pour batailler a fierabras va dire. Je prie le
dieu du firmament qu'il te doint bien besoigner: et tellement que tu
puisses retourner a joye et puis print son gant dextre et le getta a
olivier. Lequel il receut par grant vouloir en le remerciant
treshumblement et prenant congié de tous moult doulcement




comment olivier fut entretenu de son pere regnier qu'il n'allast
combattre le geant requerant charles que ainsi ne fust dont force lui
fut qu'il y allast.

Le .vii. chapitre.


Quant olivier fut licencié du tout pour aler son chemin regnier de
gennes son pere quant il veit le fait par grant compassion s'en va
mettre aux piedz du roy et dist. Sire roy je vous crye mercy prenés
pitié de mon filz et de moy. je vous dy de moy: car je me voy du tout
desconforté quant je voy que mon enfant va tout a perdicion veu le
dangier ou il est de sa personne. Je vous dis aussi que vous ayés pitié
de son jouvent presumptueulx et de son desir trop couvoiteux et de son
corps navré moult dangereusement. Vous savez bien que ung homme qui est
navré ainsi dangereusement. et aussi qui a perdu son sang ne peut pas
bonnement encores endurer bataille. Mais regnier perdoit bien sa peine
car le roy luy avoit desja donné son gant en signe de licence. Et
nonobstant ces parolles olivier ne doubtoit riens qu'il ne fist son
devoir bien grandement Et de rechief Regnier requist au roy et dist.
Sire roy en l'onneur de celluy qui pour nous voulut pendre en croix ne
permettés point pour le present que mon filz aille jouster. Helas quant
j'auray perdu mon filz en quel lieu pourray je aller vous pourrez bien
aultre trouver pour faire ceste guerre presente. L'empereur Charles
respondit. Regnier vous sçavez bien que je ne puys contredire: car en
signe de licence je luy ay getté mon gant devant mes piedz. dont Olivier
fut content: et va dire a haulte voix devant chascun. Sire roy tous voz
aultres barons ung don par vous me soit donné que je vous requiers:
c'est que se j'ay a nul mesprins ne en fait ne en parolle au nom de dieu
qu'il me soit pardonné. quant les françoys le vont ouyr n'y eut celluy
qui ne plorast tendrement. Et ainsi en prenant chemin a tout son
estandart levé le roy le beneist en faisant le signe de la croix et le
commenda en la grace du pere du filz et du saint esperit.




Comment olivier parla premierement a fierabras qui ne tenoit compte de
luy avecques aultres disputacions.

Le .viii. chapitre.


Olivier se mist en chemin et n'arresta jusques a tant qu'il fut devant
Fierabras. Lequel tout desarmé se gisoit a l'ombre. Et quant olivier
l'eut araisonné le payen tourna sa teste contre luy et ne le daigna a
peine regarder tant peu tenoit compte de luy car il tenoit beaucoup plus
moindre que luy et dist Olivier au sarrazin. Reveille toy. aujourd'uy
m'as tant appellez que je suys venu icy. si te prie que tu me diez ton
nom. Fierabras luy respondit par mahommet mon dieu a qui je doy tout
honneur. je suys le plus riche qui soit au monde né. Fierabras
d'alixandrie me faitz nommer. Je suys celluy pource que tu le saiches
qui fis destruire romme vostre cité: et occis l'apostolle et des aultres
plusieurs. et emportay les relicques que je y peuz trouver. dont vous
prenés grant peine a les recouvrer. Et plus aultre je tiens Jherusalem
celle belle cité. et le sepulchre avec ou vostre dieu fut mis reposer.
Olivier luy respondit. Par ma foy je t'ay bien voulu ouyr dire ce que tu
as dit. Et s'il est verité comme tu l'exposez. saches pour certain que
de present tu te peulx bien dire dolent et malheureux reputer. Or ça
sans plus oultre parler despeche toy soyes armé. vois tu la les françois
qui ne nous font que regarder. ou par le dieu en qui je croy je te
frapperay durement. Quant Fierabras l'ouyt qu'il parloit si hardiement
commença a rire et dist. Je suys bien esbahy donc vient en toy la
presumpcion de parler ainsi hastivement. mais pour verité je ne bougeray
d'icy si sçauray je qui tu es. et quant tu me auras dit ton nom tu me
verras armé. et aussy de quel lignaige tu es party. Olivier luy
respondit. O payen saiches pour verité que avant qu'i soit nuyt tu
sçauras quel je suys. Par moy te mande Charles l'empereur mon redoubté
seigneur qui pour la consecracion de ton corps et a la salvacion de ton
ame tu laisses la creance de ton dieu mahon et aultres ydoles qui ne
sont que abusions et decepcions qui n'ont sens ne raison. ne n'ya
sentement ne bon entendement par quoy on soit encliné de y consentir
aulcunement. et pense d'icy en avant de croire en dieu le tout puissant.
La saincte trinité. le pere. le filz. et le saint esperit. trois
persones en une pure essence. d'une voulenté qui a fait le ciel et la
terre et tout ce qui y habite. qui pour nostre salvacion voulut naistre
de la vierge marie. et quant tu auras celle creance moyen le saint
sacrement de baptesme qui a esté sur ce estably. tu pourras parvenir a
la gloire eternelle. et se tu ne le fais ainsi comme je le te intime. je
suis icy pour te faire batailler. et de deux choses il te fault faire
l'une. Premierement que tu t'en allies hors de ceste terre comme ung
souffreteux sans aultre chose emporter et sans jamais toy y trouver. ou
il te fault venir combattre contre moy pour exaulser ton corps et
soustenir ta loy faulse. Fierabras va respondre. qui que tu soyes tu es
bien oultrecuidé d'avoir intencion de me vouloir batailler. car
seurement tu me vois debout sans armes tu seras bien hardy se de paour
tu ne trembles. mais par le dieu en qui tu crois dy moy quel homme est
charlemaigne car long temps a que je l'ay ouy priser et redoubter en
maintz pays. et plus oultre que je saiche novelles de Rolant et de
olivier: et de Ogier le dannois de Gerard de mondidier. car par verité
je me vouldroye de ceulx acointer. Olivier respondit. payen sur ce que
tu me demandes je te dis que charles l'empereur est si grant maistre
qu'il n'ya homme au monde qui se puisse comparer a luy tant pour la
valeur de sa personne et de ses meurs comme de sa puissance et richesse
innumerable. Au regart de son nepveu Rolant Olivier n'est riens moindre
que luy: des aultres françois soies content. car entre tous les humains
ilz sont vaillans gens. mais ces parolles n'ont point icy lieu. Depesche
toy soies armé. car par le dieu en qui je croy se tu ne t'avance je te
frapperay de ceste espee d'acier. fierabras commença a lever la teste et
dist. par mon dieu mahommet se je ne pensoye avoir deshonneur de me
prendre a toy de ceste heure te copperoye la teste. Olivier respondit je
te prie laisse a plaidier. car avant qu'il soit nuyt tu sauras que je
suis. car de certain j'ay intencion de plonger en ton ventre mon espee
durement. Sur ce fierabras ne sejourna riens tant fut noble et reposa sa
teste sur son escu et dist a olivier duquel il ne tenoit compte. Je te
prie que tu me dies ton nom et ton lignaige. Olivier luy dist Je me
nomme garin. et suis de pierregort filz d'ung homme qui se disoit josué
qui m'en vins l'autre jour en france. ou je fus ainsi adoubé par le
noble roy charles et suis ordonné pour defendre son droit. mesmement
contre toy pourquoy concluons sans plus demourer soies armé et monte a
cheval. car je suis prest de faire la bataille se tu es sy hardy de
m'atendre fierabras estoit la qui ne vouloit consentir a la batalle car
il luy sembloit que c'estoit peu de chose d'olivier pour jouster contre
luy et luy dit Garin je te demande pourquoy n'est venu par deça rolant
ou olivier. ou gerart: ou ogier qui sont de si grant renommee comme j'en
ay ouy parler. car ilz ne tiennent compte de toy. et ne le font sinon
pour mesprisance: mais je suis venu a toy comme celluy qui n'a point
prins regart a leur intencion et feray la bataille se tu me veulx
attendre: mais je te jure saint pierre l'apostre de jhesus que se tu ne
te armes je te frapperay mortellement de ce dart que je tiens en ma
main. Garin respondit fierabras je te veulx bien dire que de ma vie je
ne joustay sinon a roys. a contes ou barons de bien haulte valeur: et tu
es de bien basse main party pour dire que je me prengne a toy trop grant
deshonneur me seroit que tu fusse mis a mort par moy: mais pour le
vouloir que je congnois en toy moult noble. je suis content que tu me
frappes et je me laisseray cheoir a terre et prendras mon cheval et mon
escu. et t'en yras au roy charles et luy diras que tu m'as vaincu. Et se
je fais cecy pour toy ce sera grant amitié. et devras pour le present
estre content Sur ce olivier ne peust avoir pacience qu'il ne luy dist.
Ton fait ne gist sinon en parolles pleines de presumpcion: car je suis
de ceste intencion que devant qu'il soit vespre je te feray vouler la
teste de dessus les espaules. Je ne suis pas lievre ne beste sauvaige
pour me devoir espuenter. Et tu sces le proverbe commun qui dit qu'il
est temps de parler et temps de taire et de l'un et de l'autre on peut
estre fol reputé. Or te despeche de ce que je t'ay dit. ou autrement je
te feray marry. Fierabras respondit. Je ne te prie ne te demande fors
que tu me transmettes rolant ou olivier. ou l'un des autres. et se les
deux ne sont hardys viennent les troys ou les quatre. car par ma foy ilz
ne seront point refusez. Disans ces parolles olivier qui estoit navré
des le jour devant ses playes se commencerent a ouvrir par la force de
chevaucher. et seigna tellement que fierabras veit saillir le sang par
dessus le genol de olivier. et luy demanda dont luy sailloit le sang qui
luy venoit par dessus et couroit par terre. Olivier luy respondit qu'il
n'estoit point navré. mais que son cheval estoit dur a l'esperon.
pourquoy il estoit ainsi ensanglanté. Fierabras se print garde que ce
n'estoit point du cheval et respondit Certes garin vous avez menty: car
vous estes au corps blessé. et je le congnois au sang qui vous a desja
surmonté le genoil: mais vecy que je te feray il y a deux barilz penduz
a la selle de mon cheval qui sont pleins de baulme que j'ay conquis en
jherusalem et est celluy dont vostre dieu fut enbaulmé le jour qu'il fut
descendu de la croix et mis au sepulchre. despeche toy et en va boire et
je te prometz que incontinent seras guery. et te pourras deffendre trop
mieulx et sans dangier. Olivier luy respondit qu'il n'en feroit riens.
et qu'il parloit d'une grant folie. Dont fierabras respondit qu'il
estoit bien fol et sans raison et que a bon droit s'en pourroit
repentir.




Comment après pluseurs disputacions olivier aida a armer fierabras et
des neuf espees merveilleuses. Et comment olivier se nomma a fierabras
par son droit nom.

Le .ix. chapitre.


Quant fierabras eut beaucoup demouré sans se lever pour olivier il se
assist et puis dist. Garin je te demande que tu me dies sans celer de
qu'elle force est rolant et olivier qui tant sont redoubtez des payens
et de quelle grandeur. Olivier luy respondit. Regarde ma grandeur et ma
semblance et tu pourras legierement apparcepvoir quel homme est Olivier.
car il n'est point plus grant que je suis. Rolant tant qu'il touche au
corps est ung petit moindre: mais de couraige il est si treshardy de
corps combatant qu'il n'ya son pareil vivant au monde: car il ne se
combat a homme du monde qu'il ne soit par luy vaincu. Par la foy que je
doy a appollin et a tarvagant va respondre fierabras tu me dis chose
dont je suis esbahy: car s'ilz estoient telz quattre comme tu me compte
je ne les vouldroie point refuser. ne les lasseroye qu'ilz ne fussent
tous occis et mis a mort a mon espee trenchant. Olivier ne pouvoit
prendre pacience aux dilations de fierabras mais le vouloit frapper
pourquoy fierabras luy dist Tu ne veulx point prendre pitié de ta
personne mais par mon dieu mahon se je me lieve et que je monte a cheval
charles ton roy ne tous tes dieux ne te deffendroient que tu ne soyes
incontinent occis: car seullement se tu me voys devant toy de pié tu
seras bien couraigeux se de grant peur tu ne trembles. Olivier respondit
Trop longuement tu te vantes de faire chose que tu ne verras jour de ta
vie et myeulx te vault a mesure parler: car trop aultrement a bon droit
te pourroit venir le meschief. De cecy fierabras fut fort despiteux et
se leva debout grant fierté lequel payen avoit par commune estimation
quinze piedz de long et s'il se voulut baptiser et croire en jhesucrist.
jamais ne fut veu homme de sa valeur et despuis qu'il fut a pié moult
luy faisoit mal qu'il n'avoit quelque vaillant homme pour jouster contre
luy et dist a olivier. Par ma verité il me prent grant pitié de ton
affaire pour la noblesse du couraige que je te congnois. Je suis content
pour le present que tu t'en tournes et m'envoyes rolant ou ogier ou
gerard de mondidier. Et expressement di a olivier que je ne partiray de
ceste place que je ne l'aye conquis Olivier ne peut plus attendre: car
ce ne fust pour son honneur il eust frappé plusieursfois tout desarmé.
Et quant il vit l'effort ledit fierabras appella olivier et luy pria
qu'il luy aidast a armer. Olivier dist s'il s'oseroit fier en luy
Fierabras respondit aide moy hardiement: car je te jure que jour de ma
vie ne seray traistre a personne vivant. Et sur ces parolles olivier
mist diligence de l'armer. Et print premierement ung cuyr de capadoce et
le vestit puis sa cotte et son hauberion d'acier bien bouclé et poly et
son heaume affiché et garny de pierres precieuses richement et l'estacha
seurement: mais bien considere la façon de ce payen et de ce crestien
fut si grant courtoisie et loyaulté entre ceulx qui estoient assemblez
pour faire guerre mortelle ensemble et ilz se fasoient service bien
singulier. Premierement le payen avoit grant pitié de destruire olivier:
car il n'estoit point son per au regard de sa personne et d'aultre part
quant il le veit ainsy playé et descendre de son sang a terre il luy
volut donner du baulme precieux Semblablement quant olivier le trouva
desarmé il l'eust occis sans grans peine s'il eust voulu. Et puis a la
fin il fut si loyal qu'il le arma pour batailler contre luy. Grant
loyaulté de noblesse povoit avoir entre eulx deux qui estoient de foy et
de creance contraires. et je croy que dieu seroit bien content s'il
avoit telle confiance entre les crestiens et si pleine de toute noblesse
naturelle. mais pour desduire la matiere presente quant fierabras fut
bien armé. il mercya fort olivier et puis seint son espee nommee
plorance. et en l'arçon de sa selle en avoit aultres deux dont l'une se
nommoit baptisme. et l'autre graban. lesquelles estoyent faictes
tellement qu'il n'estoit harnoys qui les peust desrompre ne gaster. Et
qui demanderoit la maniere comment elles furent faictes ne par qui selon
que j'ay trouvé par escript Une foys furent troys freres d'un pere
engendrez. desquelz l'un avoit nom galant. munificans fut le second et
le tiers se disoit anisiax. Ces trois freres firent .ix. espees chascun
trois. anisiax tiers nommé fit l'espee nommee baptisme qui avoit le
pommeau d'or bien point. et aussi fist plorance et graban lesquelles
avoit fierabras comme j'ay dit. Munificans l'autre frere fit l'autre
espee qui se disoit durandal. laquelle rolant eut l'autre se disoit
sauvaigine. et la tierce cortan que ogier le dannoys eut. Et gallant
l'autre frere fit celle qui nommoit flamberge l'autre haulte clere et
l'autre joyeuse que charlemagne avoit pour grant especialité. et ces
trois freres nommez furent les favres et ouvriers desdictes espees. Et
en ce point fierabras monta a cheval et mist près de luy ses deux barilz
plains de baulme et puis pendit a son col son escu pesant et bandé de
fer et d'acier par merveilleuse force et avoit en painture au milieu
dudit escu le dieu appolin. Et après qu'il se fut recommandé a luy il
print son espieu agu et mortellement enferré. Grant merveilles fut de la
corpulance de ce sarrazin qui estoit sur son cheval nommé ferrant
d'espaigne bien dru et pommelé qui avoit une condition specialle. Car
quant son maistre en bataillant mettoit a terre son adversaire: celluy
cheval faisoit plus grant guerre sans comparaison que son maistre. Et
ainsi eulx estant a cheval fierabras va dire a olivier. O garin gracieux
je te admonneste que pour la courtoisie que tu m'as faicte tu t'en
veulle retourner sans point faire bataille. car il me prent pitié de ton
valeureux couraige. Olivier respondit tousjours de grande follie t'es
entreprins: car je n'en feray riens au dangier d'estre desmembré. Et ne
suis point celluy a qui tu faces paour. car a l'aide de jhesus
aujourd'huy par moy tu seras rendu ou vif ou mort a charles l'empereur.
Quant olivier eut parlé fierabras fut fort merveilleux de cestuy homme
qui ne se vouloit desvier pour menasses qu'il luy fist qu'il ne
bataillast: si luy va dire. Tu es crestien et as grant foy aux misteres
par vous ordonnez: mais je te conjure que par les fons ou tu a esté lavé
et par la foy que tu as donnee a la croix ou ton dieu fut pendu et
clavellé. Et aussi par la loyaulté que tu dois a charles et a rolant et
aux aultres pers de france dys moy la verité de ton droit nom et de ton
lignaige. Olivier va respondre Certes payen celluy qui t'a induit a moy
parler tellement t'a bien aprins: car plus haultement ne puis estre
adjuré. pourquoy saiches que je suis Olivier filz de regnier conte de
gennes le plus especial compaignon de rolant et suis l'ung des douze
pers. Par verité dist fierabras je me suis bien pensé que tu estois
aultre que tu ne m'avois dit veu ton ardant couraige et que je ne t'ay
peu faire paour sur le fait de bataille. Et comment sire olivier vous
estes au corps navré et grant deshonneur me seroit se je vous avoye
bataillé et deffait quant a ung homme mort je me seroye prins pourquoy
tournez arriere nous avons fait pour le present. car pour tout l'or du
monde je ne me feroye telle vergongne que a vous deusse jouster. Sire
respondist olivier certainement si ferés. car par ma teste quant nous
serons ensemble vous n'aurez ja cause de vous truffer de moy si vous
pensez que je ne suis homme mort et puis l'admonnesta en ceste maniere
doulcement. O payen devant que nous procedons plus oultre tout
premierement je te admonneste que tu veuilles croire en dieu de paradis
le tout puissant qui t'a fait et formé a qui toutes choses doivent
honneur et creance singuliere: car celluy qui n'y prent advis est né en
la malleure et laisse mahon et tes dieux plains d'abus et de deceptions
et te dispose pour baptiser et tu auras pour grant amy charles et pour
compaignon especial rolant le veleureux. Et plus oultre jour de ma vie
je ne cesseray de t'acompaigner. Ferabras luy respondit de grant folie
t'avises: car pour riens en vostre dieu je ne croiroie ne mahon
n'abandonneroye. mais aujourd'uy se tu es amy de Rolant comme tu es:
jamais si desplaisant ne fut homme comme pour toy je le feray.




Comment olivier et fierabras commencerent a batailler: et de la priere
de charles pour olivier et aultres matieres.

Le .x. chapitre.

[Illustration]


Fierabras et olivier en grant point l'ung contre l'autre a cheval devant
que Fierabras voulsist laisser courre son cheval il dist a olivier. Mon
amy je te prie que tu boyves de mes barrilz. et par la vertu du baulme
que est dedens incontinent seras guery. et aussi tu te pourras trop
mieulx defendre contre moy. a dieu ne plaise dist olivier que par
beuvraige soyez conquis de moy Mais a bataille franche et harnoys
fourby. et cecy estre dit laisserent courre leurs chevaulx d'ung grant
couraige pour jouster a oultrance comme vous l'orrez cy après: car pour
deux champions jamais ne fut cogneue bataille si aspre ne si
oultrageuse. Et ainsi comme ilz voyent l'ung contre l'autre les françois
qui estoyent en leur logis avoient grant paour qu'il ne mesprint a
olivier. et entre les aultres l'empereur Charles en plorant va dire. O
benoist jhesus je te requier que a cestuy coup tu ayez pitié de olivier
mon baron par maniere que je le revoye vif et en santé et puis vint en
sa chapelle son visaige couvert de son manteau et s'enclina contre la
croix et embrasse le crucefix en disant. mon dieu duquel je voy la
remembrance vueillez faire aide a olivier qui pour l'exaltation de la
foy crestienne est en dangier. Ainsi en contemplant fierabras et olivier
se donnent si grans coups sur leurs escus que les fers de leur lances
sont par force ployez et entrez dedans. dont le feu partit de toutes
pars et les boys des lances tronsonnez et fenduz s'en va en l'air. les
resnes des brides des chevaulx leur vont hors des mains. Tous deux
furent si estourdiz et les yeulx eurent si troublez que d'une grant
piece ne sceurent de quel cousté ilz estoyent tournez. et après que tous
deux furent rassis fierabras trait florence qui luy pendoit au cousté.
Olivier print haulteclere reluisant a merveilles et vint sur fierabras
et au hault de son heaulme luy donna si grant coup que les fleurs et
pierres precieuses dont il estoit moult anobly fist voler a terre. et de
ce coup en descendant bas luy entama l'espaule. mais le cuir de capadoce
le saulva et le payen fut frappé si durement qu'il eut les deux piedz
hors des etriez et son cheval luy eschappa. et a bien peu qu'il ne
versa. dont les françois vont dire tous a une voix. sainte marie quel
coup a donné olivier a ce payen voire respond Rolant merveilleusement
l'a assené. Or plust a dieu de paradis dist Rolant gentil compaignon
olivier que je ne suis ores dessoubz ton escu. car de moy ou du payen
brefment se verroit la fin. Auquel l'empereur respond. Ha maulvais glout
je t'ay bien ouy parler felon couart. il n'est pas temps que tu le dies.
car du commencement tu n'y voulsis aller: dont maintesfois par moy te
sera reproché. Sur ce rolant ne respond aultre chose si non qu'il en
fist sa voulenté. Fierabras tout estourdy et remply d'une grant ire pour
le coup qu'il avoit receu a son espee nommee florance vint de course sur
olivier et luy donna sur son heaulme si asprement qu'il luy fist tourner
la teste et son haulbert luy desmailla tellement que plus de .v. cens
mailles du coup luy trencha et son cheval mallement navra et l'esperon
du pié luy coupa et une partie de la cuisse dont le sang courut a terre
treshabondamment. et l'espee de fierabras fut toute ensanglantee.
pourquoy de ce coup fut le conte olivier si ployé et si commeu que a
bien peu de fait ne fut rué par terre se ne eust esté la selle de son
cheval. car il fut fort ployé par derriere. et son cheval de ce qu'il
fut trenché commença fort a clacher et quant il fut retourné a haulte
voix commença a crier. O sire dieu mon createur le mal coup que j'ay
receu vierge marie mere de jhesus prenés pitié de moy. car trop
fierement trenche l'espee de ce payen. donnés moy grace que je le puisse
avoir et leva son espee et en fist sur luy le signe de la croix. Puis
fierabras luy dist. Olivier par mahon mon dieu a cestuy coup je t'ay
fait paour et tu peulx bien sentir de quoy je sçay jouer. et n'ay point
de merveilles se tu te commandes a ton dieu. mais je suis mal content de
ce que je t'ay ployé trop a coup. toutesfois soies sur que jamais soleil
tu ne verras mucer. car tu commences ja a changer couleur et maniere.
Toutesfois je suis content que tu t'en ailles. et sera bien pour toy le
meilleur avant que tu congnoisses ma force plus planiere. Car je te
admonneste d'une chose que quant je voy mon sang yssir hors de mon
corps. adonc double ma vertu et ma force. et je congnois que charles ne
t'aime gueres quant il t'envoye a moy. s'il t'eust logé en ung blanc lit
tu y fusses beaucoup mieulx que d'estre venu batailler a moy. Quant
olivier le va ouyr remply d'un fervent couraige commença a lever la
teste et dist ainsi O payen desmesuré tout le jour tu te vantes de me
mettre a fin de mes jours je prie a dieu tout puissant qu'il en vueille
bien resjouyr mon couraige garde toy bien je te deffie nous avons trop
plaidoyé. Sur ces parolles ce sont courus dessus si merveilleusement se
frapperent sur leurs heaulmes. tellement que boucles: croches: pierres
precieuses: orfaveries: fleurs. sont couppees et volees par terre. Le
feu en yssoit largement. grant bruyt faisoient ces espees sur leurs
harnois. Cecy faisant charles estoit la en grant meditation et cogitoit
que la querelle de olivier estoit juste et que dieu le devoit preserver.
Et quant il pensoet que olivier pourroit mourir comme impacient. d'une
parfaitte foy va dire. O glorieux dieu pour lequel nous prenons tant de
peine vueillés conserver olivier qu'il ne soit mort ne qu'il ne soit
prins. car je jure l'ame de mon pere que s'il est pour le present de ce
payen occis que jamais au pais de france en eglise qui soit ne sera
clerc ne prestre habitué ne revestu. mais feray ardoir monasteres.
eglises. autelz et crucefix. Helas ce dist le duc naymes. sire roy
laissez ces parolles oyseuses et priés dieu pour olivier qu'il luy soit
en aide par sa sainte merce. Cecy disant tousjours perseveroient les
champions a frapper l'un sur l'autre par tel endroit que fierabras a son
espee luy rompit le cercle de son heaulme. et le fit cheoir sur son
visaige. son cheval fust mort s'il n'est saulté oultre. Et fut navré
Olivier au corps et speciallement en la poitrine. Et avoit desja tant
perdu de son sang que moult en estoit affoibly. donc ce ne fut pas
merveilles veu qu'il avoit resisté au plus terrible homme qui de mere
nasquit oncques.




Comment olivier fit priere a dieu quant il se sentit navré.

Le .xi. chapitre.


Olivier le noble conte estant en ceste melencolie des grandes playes
qu'il avoit au corps pour son reconfort en disant en ceste maniere. O
dieu glorieux cause et commencement de tout ce qui est dessus et
dessoubz le firmament. par vostre seul plaisir formastes nostre premier
pere adam. et pour sa compaignie luy donnastes eve. moyen lesquelz
humaine generation se contient. Tous fruitz leur abandonnastes fors
seulement d'ung. duquel eve moyen le serpent en fit mengier a adam. dont
ilz en perdirent paradis. Et par la sedution des ennemis d'enfer
plusieurs ont estez deceuz et damnez. dont vous eustes pitié de la
perdition du monde. et venistes prendre chair humaine au ventre de la
benoiste vierge marie par la nonciation du saint ange gabriel. et
nasquistes comment il vous pleut. Et bien petit après. les trois roys
vous vindrent adorer et faire obeissance. D'or d'ensens. et de mirre
vous firent les presens. Puis après le roy herodes vous cuidant faire
mourir. fist mourir maintz enfans qui sont ores en joye permanable. Et
quant vous fustes en aage pour vous determiner vous allastes par le
monde en preschant voz amis. dont après par envie les juifz desloyaulx
vous pendirent en la croix. en laquelle existant longis le chevalier
vous perça vostre costé par l'induction des juifz. Et quant il creut en
vous qu'il eut lavé ses yeulx de vostre precieux sang il veit beau et
cler. et vous cria mercy dont il eut salvement. Puis par voz amys vous
fustes mys au saint sepulchre et le tiers jour après vous
ressuscitastes. et reprinstes la vie et descendistes en enfer. et mistes
hors adam et Eve et tous ceulx qui estoyent dignes d'avoir paradis. Et
au jour de vostre merveilleuse ascention vous montastes es cieulx devant
tous voz apostres. Ainsi mon dieu mon createur comme tout cecy est
verité et je le croy fermement soyez a mon confort contre ce mescreant
que je le puisse vaincre par maniere qu'il soit saulvé. Et cecy estre
dit se seigna de son espee en faisant le signe de la croix au nom de
dieu et de la sainte trinité. et frappa le cheval sur l'esperance de
l'aide de dieu. et fierabras luy va dire en riant. Olivier bel amy je te
prie que tu ne me vueilles celer qu'elle est l'oraison que tu as dicte
maintenant voulentiers l'ay escoutee par mon dieu talvagant. Or pleust a
dieu de paradis dist olivier que vous fussiez en celle grace que vous y
creussez ainsi fermement que je fais. car je vous jure que je vous
aymeroie autant que je fais rolant. Et fierabras luy respondit. Par mon
dieu mahon et talvagant presentement parles d'une folie moult grande.




Comment après grant bataille Olivier conquist le baulme et en beut a son
aise. et qu'il en fist. après comment il se trouva a terre quant
Fierabras eut occis son cheval.

Le .xii. chapitre.


Fierabras courroucé des parolles de olivier par grant ire luy dist.
garde toy de moy. car je te deffie A moy l'auras dist olivier et a dieu
me commande. Et se vont rencontrer par si dure maniere qu'on veoit le
feu habondamment par leurs harnoys. leurs chevaulx plaioyent dessoubz
eulx et la terre trembloit de ce bruit en la prarie de mormionde.
Fierabras print l'espee en la main et frappa olivier dont fut mallement
navré en la poictrine soubz la mammelle et de ce coup luy tournerent les
ieulx en le teste et eut la face moult muee Et haultement s'escria dieu
et la vierge marie qu'ilz luy voulsissent garantir l'ame. Fierabras par
grant couvoitise luy va dire. Olivier entens a moy descens bas seurement
et va prendre du baulme et en boy a ton aise: et tantost tu seras guery.
et te pourras mieulx defendre encontre moy. et recouvreras force
nouvelle. mais olivier pour riens ne l'eust fait s'il eust deu mourir.
car d'armes loyalles il le vouloit avoir. Et prestement vindrent l'ung
contre l'autre. et adonc se frapperent tellement que fierabras fut navré
dangereusement. car l'espee de olivier luy entra dedens la cuysse bien
demy pié de parfont. et du sang qui en yssoit l'erbe en estoit toute
arrousee. et quant il se veit ainsi navré il beut de son baulme par
lequel il fut tantost guery dont olivier fut moult doulant de ce qu'il
ne pouvoit mettre fin en ce payen. Et les françoys qui les veoyent
feirent a dieu grande priere qu'il voulsist conserver en ce jour olivier
et especiallement charlemaigne qui entre les aultres pluschier le
tenoit. mais quant olivier veit le payen guery et pour le baulme ainsi
consolé. se confiant de l'aide de dieu vint a luy et le frappa sur le
heaulme si durement que le coup descendit sur la selle. et trencha la
cordelle a laquelle les barilz estoient estachez. et le cheval de
fierabras eut paour de celluy coup et fist une petite course par le
plaisir de dieu dont olivier avant que le payen s'en print garde
s'enclina contre terre et leva les barilz et en beut a son aise et
largement. et tantost il fut guery et reconfermé en force nouvelle. et
se pensa que se d'aventure fierabras estoit plus navré par luy et ne
pouvoit jamais ravoir ses barilz que en la fin il luy en pourroit mal
venir. pour quoy luy estant près d'une grande riviere print les barilz
et les getta dedens. lesquelz furent tantost enfondrez. Et comme on lit
a toutes les festes de saint jehan ces deux barilz se demonstrent dessus
l'eaue evidamment. Quant fierabras veit que ces deux barilz estoient
perduz a peu de fait qu'il ne perdit le sens. et par grant reprouche
dist a olivier O mauvais homme que tu es m'as tu perdu mes barilz qui
valoient mieulx que tout l'or de crestienté. mais je te prometz que
avant qu'il soit vespre. ilz te seront bien chiers venduz/ car je ne
cesseray jusques a ce que tu ayes le chief couppé. Et ce disant vint
contre luy: mais olivier qui ne le doubta plus tant comme par avant le
vint attendre puis qu'il le pouvoit a son aise eviter. et quant il le
veit venir il mist a la deffense de son chief son escu pour eviter le
coup. toutesfois fierabras conceut olivier si asprement que son heaulme
en fut demaillé. et ne fut point navré et descendit bas le coup si
impetueusement qu'il trencha le col du cheval d'olivier et cheut bas a
terre et se trouva. olivier tout de pié. mais grant miracle fut du
cheval de fierabras qui ne fist semblant de courre sur luy comme il
avoit aprins selon que devant j'en ay parlé mais se tint quoy oultre sa
propre acoustumance.




Comment fierabras et olivier bataillerent ensemble a piedz
merveilleusement. et la pierre que charles fist pour olivier.

Le .xiii. chapitre.

[Illustration]


Moult furent dolens les françoys quant ilz veirent olivier a pié et se
vouloyent armer pour le secourir. mais charles n'y voulut pas consentir
pour maintenir son honneur et sa loyaulté. et mist ledit charles les
deux genoulx a terre. et fist priere a dieu qu'il fust en confort a
olivier qui estoit ainsi de cheval despourveu. Quant olivier se veit
ainsi de pié moult fut dolent. et vint a quatre pas de fierabras et luy
dist. O roy d'alixandrie envers moy t'es vaillamment porté. aujourd'uy
au matin tu t'es tant prisé et as dit que se cincq chevaliers venoyent a
toy que tu le vouloyes attendre et conquester. et tu sçays que le roy
qui occist cheval doit partie avoir en l'eritage Fierabras respondit. je
sçay que tu as dit verité. mais je ne l'ay pas fait de mon gré.
toutesfois affin que tu ne soyes mal content de moy je descendray a
terre/ et te donneray mon cheval pommelé et tu seras bien monté/ et
sachez que jamais jour de ma vie je ne fus si esbahy comme quant il t'a
veu a terre qu'il ne t'a estranglé: car jamais je ne mys homme a terre
et il fust present qu'il ne fust tantost par luy occis et mis a mort.
Olivier respondit. je te prometz que je ne prendray ja ton cheval que
premierement ne soit par moy conquesté et gaigné justement. Sur cecy
fierabras fut tant noble que pour la vaillance de olivier va dire certes
pour la noblesse que je congnois en toy. je vueil faire ce que jamais ne
fis pour homme et mist piedz a terre. et fut content de batailler a luy
a piedz pource qu'il avoit point de cheval qui fust sien. et estoit
ledit fierabras plus hault que olivier d'ung grant pié. et joustoyent de
pié l'ung contre l'autre d'un accort si merveilleusement que ce fut
grant chose que tous deux ne demourerent au champ tous pasmez du travail
qu'il vont la prendre. Ainsi continua celle bataille qui ne povoit
prendre fin entre eulx. Pluseurs parolles et reprouches se disoyent l'un
a l'autre. mais le noble empereur charles tout cecy voyant grant pitié
luy print d'olivier. dont le conte Regnier qui estoit pere de olivier
moult doulant de son filz vint aux piez de charles et dit. O noble
empereur en l'onneur de dieu prens remors de mon filz que je voy en
moment de mourir. aumoins fay priere a Jhesus le createur qu'il luy soit
en aide par maniere que je le puisse revoir près de moy en santé.
Incontinent charles va dire. Sire dieu se vous permettez que olivier
soit vaincu. et que mon droit pour le present soit ainsi avillé je fais
promesses que tout crestienté sera destruite. je ne laisseray en france
eglise ne monastere. ymage ne aultel. Et puis se mist a deux genoulx a
terre et pria en ceste maniere. Mon createur qui pour nostre salvacion
naquistes de la vierge marie comme bien je le croy et de vostre
glorieuse naissance tout le monde fut enluminé. qui alastes par le monde
et y fustes plus de trentedeux ans passez. et fistes au commencement
Adam et Eve desquelz nous sommes venuz. et fut en paradis terrestre lieu
moult delectable: et leurs furent par vous tous fruitz abandonnez
excepté seulement le fruit de vie comme vous pleust l'ordonner. duquel
Adam mangea et fut desobeissant. Pourquoy a la reparacion de son meffait
et pour le racheter de captivité eternelle et nous aussi vous fustes
content de prendre mort en l'abre de la croix après que par judas le
traistre vous fustes vendu .xxx. deniers sans plus. Et ung jour de
vendredi ainsi fustes pené. et les mains et les piedz mortellement
clouez et couronné d'une moult aspre couronne d'espines. Et puis longis
vous frappa au cousté qui jamais n'avoit veu. et après qu'il mist sur
ses yeulx de vostre sang precieulx il veit clerement. et puis
descendites es enfers et en mittes hors voz amys. Et en la fin devant
tous voz apostres. montastes es cieulx. Et laissates vostre lieutenant
saint pierre. et ordonnastes baptesme pour nous regenerer et faire
crestiens pour avoir sauvement. Sire comme tout cecy est vray et je le
croy fermement. aujourd'uy soyés en aide a olivier pour le present qu'il
ne soit mort ne vaincu: Cecy disant devotement en son secret tantost si
luy apparust ung ange que dieu de paradis luy envoya. et dist l'ange a
charles O empereur de noblesse saches de vray que je suis icy envoyé de
par dieu te dire que tu ne te doubtes riens de olivier. car sans faulte
il gaignera la bataille quoy qu'il tarde et sera par luy le sarrazin
vaincu Cecy dit l'ange s'en alla et charles par glorieuse meditacion
remercia dieu devotement. Toutesfois après plusieurs batailles entre
fierabras et olivier faictes et grans menasses. Fierabras par grant
fureur voulut frapper olivier oultre mesure. mais olivier qui veit le
coup venir se desavança par telle maniere qu'il donna deux mauvais coupz
a fierabras. Pourquoy le payen fut si induré de maltalent sur olivier et
olivier sur luy que tous deux furent tresactifz de non jamais se
departir jusques a tant que l'ung fust vaincu et destruit. Et pour celle
fois olivier fut si fort affoibly que la main ou il tenoit son espee luy
vint toute endormie et enflee pour la peine qu'il avoit de frapper. et
lui desirant frapper son ennemy a oultrance son espee voula loing de luy
plus d'une toise. dont il fut moult esmeu et determiné. et ce n'estoit
point merveille. et moult courageusement courut prendre son espee. et
mist sur sa teste son escu pour le preserver. mais nonobstant le payen
le frappa deux fois si puissamment qu'il luy mist son escu en pluseurs
parties. et son haulbert fut moult fort cassé et se trouva tout estourdy
pour celle fois. et doubta si fort le payen qu'il n'osa prendre son
espee. Et moult subitement les françois qui veirent ainsi olivier
despourveu furent armez. et en propos de courre sur le sarrazin pour
secourir olivier mais Charles ne voulut point que homme y alast leur
disant que dieu estoit assez puissant pour le maintenir en son bon
droit. car s'il n'eust contredit plus de .xiiii. mille hommes estoyent
desja tous prestz pour y aler. et nonobstant de tout cecy le payen n'en
fist que rire et dist a olivier. Pour verité j'ay obtenu sur toy ung
petit de mon intencion. mais pourquoy n'oses tu prendre ton espee. et je
congnois de present que tu es assez vaincu puis que tu te acouardis. tu
ne te sçauroye baisser pour demy le tresor du monde. et je suis bien
content de te faire une pache. Regnie la foy que tu tiens. le baptesme
ou tu as esté lavé. et le dieu ou tu croys pour lequel tu as prins tant
de peine. croy en mon dieu mahon plein de bonté et je te lairray vivre.
Et plus oultre je seray bien content de te donner ma seur a femme en
laquelle tu seras richement marié c'est floripes l'une des plus belle de
mere nee. puis tantost conquerrons france avant que l'an soit passé. et
de l'ung des royaulmes je te feray roy couronné. Olivier luy respondit.
Payen tu me parle d'une grande folie: car a dieu ne plaise que jamais
soye de telle intencion de laisser mon dieu qui m'a fait creé et formé
et les saintz sacremens qui ont esté establis pour mon saulvement pour
croire en mahom et en tes dieux pleins d'abusion qui n'ont force ne
vertu sinon cause de damnacion. Fierabras luy dist. Par mon dieu mahon
tu es tousjours bien obstiné pour peine ne pour tourment on ne te peut
desvier. et d'une chose plus grande tu te peulx bien vanter que jamais
de personne ne fus si travaillé ne si agravé comme je suis de toy et tu
t'en dois bien louer. je suis content prens ton espee hardiment et
seurement: car sans glave competent tu ne peulx valoir plus que une
femme. Olivier respondit. Payen je ne sçauroy dire que tu ne me
presentes service et bonté: mais pour la valeur de dix mille mars d'or
je ne le feroye nompas pour mourir: car se j'avoye moyen toy mon espee
par ta courtoisie: et il advenoit que tu fusses dessoubz ma puissance et
tu me demandoies amitié et je te mettoye a mort ce seroit vileté a moy
et reprouche. Et de present ma mort et ma vie soyent en la volenté de
dieu mon createur auquel je me suis donné: mais je gaigneray mon espee
ou tu le comparras et deusse cy mourir autre chose n'en auras Par ma foy
dist fierabras tu es bien oultrecuidé et glorieux pourquoy soyes seur
que briefvement seras confus desconfis et matté.




Comment en ceste bataille fierabras fut vaincu par olivier après que il
eut recouvree l'une des espees de fierabras

Le .xiiii. chapitre.


Quant fierabras va ouyr que olivier estoit si fier de fait et de
couraige grant merveille s'en donna: car il n'avoit voulu son espee:
mais la vouloit a juste guerre conquester pourquoy le payen vint
desmesurement contre luy et tenoit en sa main plorance son espee: alors
ce ne fut pas merveille se olivier eust paour de attendre son contraire:
luy estant despourveu de glave et de son escu qui estoit cassé rompu et
en deux parties divisé: mais comme il pleut a dieu il regarda au cousté
de luy et veit le cheval de fierabras dont a l'arçon de sa selle
estoyent les deux autres espees dont j'ay dessus parlé et tantost s'en y
courut olivier moult abillement et print une des espees dessusdittes qui
se disoit baptisme qui avoit le talliant moult large et reluysant a
merveilles et puis s'en vint contre le payen et mist devant luy de son
escu ce qu'il en povoit avoir. Et quant il fut près du payen il commença
a dire. O roy d'alixandrie il est maintenant temps de compter: car je
suis de present pourveu de vostre espee de laquelle je vous feray mal
content et gardez vous bien de moy: car je vous deffie. Adonc quant
fierabras le veit et l'eut ainsi ouy parler tantost il commença a muer
la couleur et dit. o baptisme bonne espee maintz jours je t'ay gardee
pour l'une des bonnes espees que jamais pendit au cousté de moy ne de
homme qui oncques fut vivant. et puis regarda olivier en disant. Par mon
dieu mahon je te cognois de grant fierté se tu veulx: pren ton espee et
me laisse la mienne: et puis ferons comme nous avons commencé. Par mon
chief dist olivier ce ne sera ja fait a mon gré: car avant que je face
pache a toy je esproveray ceste espee sur ta personne: garde toy bien de
moy car trop avons sermonné. Cecy disant et aultre chose comme ung lyon
qui est affamé vint olivier contre fierabras le payen et frappa
premierement son adversaire. mais ne le peust point attindre sur la
teste qu'il ne rencontrast premierement l'escu du payen lequel il cassa
et rompit mallement par telle façon que la moytié volla a ses piedz dont
Fierabras redoubta moult celluy cop: car oultre tout l'espee de ce coup
entra près d'ung piez dedens la terre. Adonc benist olivier celluy qui
l'espee avoit forgee et trempee. Et après plusieurs menasses rigoreuse
ilz furent en partie descouvers de leurs heaulmes. Et quant olivier veit
le payen fierabras au visaige fier et courageux il va dire. O sire dieu
de paradis createur du ciel et de la terre que celluy payen est preux et
plain de cruaulté. Or fut il vray que maintenant le tenist charles a son
povoir et qu'il se voulsit baptiser rolant et moy serions ses
compaignons privez. Glorieuse vierge marie mere de dieu priés nostre
seigneur jhesucrist vostre enfant qu'il doint grace a cestuy payen qu'il
croye en la foy chrestienne car par luy moult pourroit estre exaulcee.
Fierabras respondit en ceste maniere. Olivier laisse ces parolles. dy
moy se tu veulx plus batailler ou que tu as entreprins. Ouy dist olivier
garde toi de moy: car je te deffie. Et se coururent sus et fut
premierement frappé olivier sus son escu par telle fierté et rudesse que
au près du poing luy fut mis en pieces son escu et fut grant merveille
qu'il ne fut coppé. Pourquoy ledit Fierabras luy dist ainsi qu'il
l'avoit mys en terme par telle maniere qu'il n'avoit plus guaires a
vivre en ce monde. Olivier ne dist mot: mais s'en vint a son espee
contre le payen fierabras moult furieusement Adonc le payen qui veit le
cop venir getta son escu contre olivier pourquoy il fut tantost
esquartellé et furent tous deux si estourdis que les yeulx en la teste
si leur furent tous de douleur troublez et firent faillir le feu des
espees et escutz moult abondamment. Et ainsi en frappant fierabras dist
au noble olivier en ceste maniere. Ores est il l'eure que jamais n'auras
aide de ton dieu jhesus en qui tu croys que tantost ne soyes mort puis
que tu te sens vaincu. Et olivier respondit Jhesus est bien puissant
pour monstrer sa puissance: mais tantost tu congnoistras que mahon et
tavergant ne te pourront aider: ne estre si grant que tu ne soyes mort
je t'en feray tantost congnoissance. Et sur ce vindrent l'ung sur
l'autre et olivier fut frappé sur son heaulme tout auprès de la chair
par tel endroit que tout ce qu'il conceut trencha et passa oultre et dit
a olivier: Je te jure mon dieu mahon que je t'ay bien conceu et feru: ne
jamais ne verras charles ne rolant de ce tu es bien seur. Olivier
respondit. O fierabras de alexandrie ne soyes si esperdu: car avant que
je parte de toy je te tiendray mort ou vaincu: et dieu m'en ottroye ce
que j'ay si souventesfois desiré. Et sur ce frapperent si
merveilleusement l'un sur l'autre que les corps de tous deux tressuerent
d'angoisse et peine. Fierabras frappa olivier sur son heaulme si
durement que jusques a la chair il mist tout bas et se dieu n'y eust
ouvré il estoit mort a celle foys. pourquoy olivier comme homme enraigé
vint contre le payen et le payen leva hault son escu tant qu'il fut tout
descouvert dessoubz les bras et eut desarmez les flans. Olivier fut
saige et print garde au fait et bien tost. et frappa fierabras aux flans
puissamment et tellement qu'il luy mist l'espee dedans l'un des flans
bien perfont et fut son espee fort ensanglantee. Ainsi fut navré que a
peu que les boyaulx de son ventre ne tombirent par terre. Car en celluy
cop olivier employa toute sa puissance pour le mettre a fin: car
longuement l'avoit combatu et luy fit prendre fin.




Comment fierabras vaincu creut en dieu. et comment il fut porté par
olivier et comment il fut assailly des sarrazins et tormenté.

Le .xv. chapitre.

[Illustration]


Après que le payen fut frappé et navré mortellement comme j'ay dit et
luy voyant qu'il ne povoit plus resister contre olivier par la vertu de
dieu il fut illuminé tellement qu'il eut congnoissance de l'erreur des
payens et leva les yeulx contre le ciel et commença a escrier la grace
de la saincte trinité: et puis regarda olivier et dist. O noble olivier
et vaillant chevalier en l'onneur de dieu que tu croys auquel je consens
je te crye mercy et te requiers que je ne meure pas jusques je soye
baptisé et rendu vaincu a charles qui tant est redoubté car je croiray
en la foy crestienne et rendray les relicques dont vous estes assemblez
et pour lesquelles vous prenés tant de peine et je te jure que se par
ton deffault je meurs sarrazin: de mon damnement je te feray culpable.
et se tu ne me prens en ta garde je pers mon sang tu me verras mourir
devant tes yeulx: pourquoy en l'onneur de dieu aye pitié de moy. Olivier
eut telle compassion de luy pour son mal moult fermement ploura et puis
le coucha a l'ombre dessoubz ung arbre et puis luy benda ses playes
mortelles et les luy benda par telle maniere qu'il ne perdoit plus son
sang si habondamment et puis luy pria le payen qu'il luy pleust de le
porter. car luymesmes ne s'en pourroit aller: mais quant olivier veit
qu'il estoit moult pesant luy dist qu'il estoit a luy impossible.
Fierabras moult s'esforça et vint près de luy et dist. O noble olivier
en l'onneur de dieu meines moy a charles avant que je meure. car je suis
près de ma fin tout mon corps saigne prens celluy cheval et monte dessus
et viens près de moy se je puis traverser devant toy sur l'arçon de la
selle tu me pourras mener et tiens mon espee et la metz a ton cousté si
en auras quatre que lon ne sauroit payer et te despaische: car
aujourd'uy au matin j'ay laissé en ce boys que tu voys la près de nous
cincquante mille hommes qui sont tous mes subjetz et leur ay dit que nul
ne bougast jusques je fusses retourné de la bataille. Quant olivier
l'eut entendu il en fut tout effroié. mais nonobstant dist il. Sire roy
puis qu'il vous plaist j'en suis content et monta au travers sur le
cheval comme il estoit dit et se mist a chemin en grant douleur. et
subitement va partir de celuy boys ou estoient les subjectz de Fierabras
ung moult fier payen nomme Brullant de mommiere. Sortibrant de
conimbres. Le roy de mantrible. Le roy maradas / et bien cincquante
mille après. Quant olivier le veit venir il commença a frapper de
l'esperon son cheval. mais sa charge estoit si pesante qu'il ne pouvoit
aller selon que les ennemys venoient a luy. quant les françoys veirent
venir payens en si grant nombre moult habilement furent armez et entre
les aultres Rolant Gerard de mondidier Guillaume l'estoc. Naymes de
bavyeres. Ogier. Richard de normandie. Guy de bourgoigne. Geoffroy
l'angevin et semblablement Regnier de gennes pere de olivier ne faillit
point. Olivier regarda aval le pré et veit venir les aultres. Brullant
de mommiere qui estoit monté sur ung cheval qui couroit comme ung lievre
et fasoit moult grant bruyt entre les aultres. car il sembloit que ce
fust fouldre et tempeste. et en sa main portoit ung dart a grant fer
d'acier quarré et agu qui estoit tout envenymé du sang d'ung crapault et
estoit fort dangereux: Quant olivier le veit il fut tout esbahy et dist
a Fierabras. Sire roy il fault que vous descendiés plus ne vous puis
conduyre dont je suys desplaisant. et je congnois qu'il me convient
estre oppressé vous le veez. et s'ilz me peuvent attaindre je seray mis
a mort. ne jamais charles ne me verra qui luy sera grant desconfort.
tantost Fierabras crya a haulte voix O noble olivier me voulés vous
laisser. vous m'avés conquis a vous me suis donné et rendu. ce ne seroit
pas noblement fait a vous de me regnyer. Helas povre dolent et chetif
que je suis se je meurs payen que deviendray je vierge marie mere de
dieu prenés pitié de moy indigne que je suis de me trouver a vous puis
dist a olivier. O noble conte je suis conquis par toy et ay promis que
je me feray baptiser. se tu me laisse tu te peulx bien peu priser
encores vois je que ne suis ne frappé ne vaincu. Olivier respondit.
Fierabras tu parles en chevalier. mais je voue dieu et la court
celestielle que je ne te laisseray si auray je bataille pour toy et
deffendray tant que je seray en vie tu t'y peulx bien fier et sur ce il
print le haubert du sarrazin et de ce qu'il se peust mieulx armer
prestement s'abilla et mist a sa teste ung chappeau de fin acier. et
tint son espee traicte nommee haulteclere de laquelle il se sçavoit bien
aider. et sur cecy tantost vint Brullant a tout son faulx dart et si
attaint olivier en la poictrine et luy donna ung mauvais coup tellement
que celluy faulx dart se rompit. adonc dist Fierabras. Sire olivier vous
avés assés fait pour moy. car vous en estes navré. descendés moy et me
mettés a part hors du chemin affin que je ne soye foulé des sarrazins
prins ne gasté. De cecy eut grant compassion olivier. et mist le payen a
l'ombre d'ung pin loing de la voye. Et quant il s'en voulut fouyr il
veit entour luy bien dix mille sarrazins et va dire. Helas bon jhesus
mon createur tu scés mon intencion. je te requiers que tu me donne grace
que je ne meure point pour le present jusques a ce que pour l'exaltation
de la sainte foy me trouve avec rolant mon compaignon. et au nom de
jhesus trait haulteclere et se mist en chemin et le premier qu'il
rencontra ce fut le filz du plus grant que y fust. et luy donna tel coup
qu'il le fendit jusques a la poictrine bien avant et cheut mort. et
olivier fut abille et print son escu tout neuf. car en la bataille
devant faicte il avoit perdu le sien. et aussi il eut sa lance et laissa
courre son cheval et se mesla parmy ces mescreans. et va ataindre du
premier coup clorgis et le frape jusques au cueur dont fut la mort et en
se retournant trois sarrazins a occis et couroyent devant luy comme les
brebis devant le loup qui est affamé. Sur ce vindrent sur luy maradas.
turgis. fortibrant de conimbres et le roy margaris et le crierent a
haute voix tous ensemble. par mahon nostre dieu françois de nous
n'eschapperas garde toy bien. car par nous tu mourras. et sur ce olivier
vint aux ennemis et frappa et les mist a mort. Et ces sarrazins
fraperent dessus luy dont ce fut merveilles qu'il ne fut deschappelé et
vaincu. mais a force de coupz et de trait son cheval luy fut occis
dessoubz luy. et luy estant a terre a force le plus tost qu'il peust se
leva sus et tout dempié mist devant luy l'escu qu'il avoit conquesté et
tint haulteclere qui estoit tout son confort pour le devoir secourir.
Tousjours celluy qu'il en attaignoit tresbuschoit bas et estoit mis a
mort. On ne list point en livre que oncques homme desja navré comme il
estoit fist si grant portement.




Comment olivier fut prins et bendé les yeulx piteusement qu'il ne peust
estre secouru par les françois.

Le .xvi. chapitre.

[Illustration]


Olivier retourna tout seul et de pié entre ces sarrazins esquelz il fit
grant resistance et merveilleuse: mais ne luy fut pas chose possible que
il peut eschapper de leurs mains. car a glayves a espees et a faulx
dartz de fer le vont tant presser que son escu fut percé en plus de
trente lieux et quant son haubert fut aussi percé. cassé et rompu. de
quatre faulx dartz agus le vont percer au corps mortellement parquoy
force luy fut qu'il cheust a terre et le prindrent moult
oultrageusement. et puis luy ont bendé les yeulx et conceuz
estroictement qu'il ne veoit riens. ne ne sçavoit ou il estoit. et le
monterent sur ung bon cheval et l'estacherent bien seurement. Et quant
cestuy vaillant olivier fut ainsi despourveu de toute adjutoire. de
toute clarté. de toute esperance. de tout confort. que sans le dire se
peut entendre. luy estant en celle desplaisance. car il ne sçavoit qu'on
alloit faire de luy a haulte voix par une compassion de cueur va dire. O
charlemaigne roy de noblesse. empereur de valeur ou es tu maintenant. et
sçay tu point ou je suis voy tu riens que je fais. te souvient il de
moy. noble compaignon rolant es tu bien endormy. suis je sourt ou
comment je ne puis ouyr. Est il homme crestien qui s'en peust souvenir.
Cecy et aultres plaintes faisant le roy maradas luy dist. Françoys
quelque tu soyes tu parles de folie. car je ne mengeray que tu ne soyes
pendu Ces sarrazins s'en coururent a tout olivier les yeulx bendez. les
mains liees bien estroictement en la garde de quatre faulx tyrans. Et
specialement sur ce vindrent rolant. tierry. et tous les pers et charles
aussy. mais ce fut bien tart pour saulver olivier a grans crys
requierent dieu et tous les saintz de paradis. et avec parolles
malicieuses rolant frappa corsuble en la poictrine. Gerard de mondidier
vint contre turgis. ogier fier athennas et richard de normandie. guy de
bourgoigne brullant. Il n'y eut celluy des pers de france n'ait mis bas
son homme. et firent si grant desconfite de ses sarrazins qu'ilz
estoient tous empechez d'eulx tenir a aller oultre. mais les aultres
payens qui conduisoient olivier alloyent tousjours oultre. Et a celle
bataille fut occis guillaume gautier et assez des françoys moult
valeureuses gens et plusieurs menues gens des françoys. Et misdrent par
terre gerad de mondidier le filz au duc tyerry. Guillaume l'estoc. et
geoffroy l'engevin. et puis diligenment les lierent a cheval. et
chevaucherent moult hastivement. mais quant charles les veit ainsi
emmener. a bien peu qu'il ne perdit le sens et a haulte voix crya
sauvegarde secours a ses barons. o chevaliers desloyaulx que vous estes
tardifz. s'ilz emmaine les contes ja bien ne vous en viendra. Quant les
françoys ouyrent charles ainsi esmeu comme enragés frapperent des
esperons et les vindrent attendre au bas d'une montee. et se trouva
rolant des premiers qui tint son espee durandal traicte pour se venger
fierement et celluy qu'il attaignoit estoit bien seur de passer par la
mort. car il estoit tout enragé de ce qu'on emmenoit son compaignon
olivier. et va attaindre lampatris et le fendit jusques au millieu du
corps. Et en celle heure fit grant portement rolant. mais a cause de la
multitude des payens ilz ne peurent passer oultre pour secourir les
barons prisonniers. et les dechasserent plus de cinq lieues de long et
si ne les sceurent approcher. Et furent pour lors plusieurs bons
chevaulx mors morfonduz et lassez. Et nonobstant rolant jura que jamais
ne tourneroit jusques a tant que les barons de france fussent ostez de
la main de leurs ennemis. mais il ne se peust faire. car la nuyt survint
et ne sçavoient ou aller. Les sarrazins qui estoient devant vont
tousjours fuyant a leur plaisir. Cecy voiant charles ne sceut plus qu'il
deust dire ne faire. car il doubtoit que les payens n'eussent fait agait
et arriere garde pour les laisser enclorre. Et par ainsi leur fut force
laisser les champs et en grant desplaisance d'angoisse se vont tous
mettre a eulx en retourner.




La seconde partie du second livre contient .xvii. chapitres et parle du
torment des barons de france. et comment ceulx qui ne furent point prins
allerent parler a Ballant l'admiral d'espaigne.




Comment fierabras fut trouvé par charles l'empereur. et puis baptisé et
guery de ses playes.

Le premier chapitre.


Après que charles congneut qu'il ne povoit ravoir olivier ne les aultres
prisonniers. force luy fut de retourner avec ses gens. car la nuyt leur
fut pour lors nuysable. et ainsi en retournant vont trouver Fierabras
dessoubz ung arbre languissant. auquel le roy va dire. O payen
malheureux je te doy bien hayr. car par toy sont mes hommes prisonniers
et perdus. Tu m'as osté olivier l'un des bien aymez que j'eusse entre
tous les humains celluy qui a esté singulier a maintenir mon honneur. et
par toy en la fin en lieu de joye me rens douleur quant fierabras
l'entendit ung grant soupir va getter et dire. O riche empereur et noble
le plus puissant des humains. en l'onneur de dieu je te crye mercy
pardonne moy. Il est vray que olivier m'a conquis ja ne le celeray et
luy ay promis que je me feray crestien j'ay laissé tous mes dieux et
n'en fais plus compte et me rens a jhesus le createur du monde. et te
requier de rechief que je soye baptisé. et se je estoie de mes playes
guery. je exaulceroie de mon povoir la foy crestiene et seryont fais
plusieurs crestiens moyen moy. Je rendray le saint sepulchre et les
reliques saintes dont vous prenez tant de peine. Et si vous fais serment
par le dieu que je croy que je suis plus dolent du noble olivier qui est
prins pour prisonnier que je ne suis de mon corps qui est navré
mortellement. et se dieu plaist nous l'aurons une foys. Pourquoy
concluons que je soye crestien se je meurs sarrazin il vous sera
reprouche. et charles qui en eut compassion le fit porter en son logis
par ses barons. Quant ilz le veirent ainsi membré il furent tous esbahis
de la grandeur et grosseur de luy: car quant il fut desarmé c'estoit ung
des beaulx hommes qui fust jamais veu et tous les françoys donnerent
grant honneur a olivier qui avoit combatu ung tel homme. Et ainsi qu'il
fut devestu ses playes se vont ouvrir et commencerent a seigner dont le
cueur luy faillit et cheut tout paulmé Mais rolant le retint Et tantost
furent les fons aprestés. et incontinent on manda l'arcevesque Turpin et
naymon qui estoient moult joyeulx de ce que celluy payen devoit estre
crestien. Et après que le baptesme fut apresté les sarrazins luy misrent
aultre nom. et fut nommé florent. mais tant comme il vesquit fierabras
s'appella. Et la fut mis en ung lit moult honnorable. et en la fin de
ses jours fut saint et fist plusieurs miracles. Et se dit ores saint
Florent de roye. Et puis tantost l'empereur le fist visiter par les
medecins bien expers. et cercherent en toutes ses playes les plus
mortelles. et comment il pleust a dieu ilz ne trouverent point les
boyaulx entamés Pourquoy les medecins furent seurs de le rendre bien
guary devant deux moys advenir. En faisant celle visitacion l'empereur
estoit present et dist a fierabras. Si devant toy tu veois Olivier et
les aultres prisonniers nous serions bien contens. Et se tenoit charles
assis couroucé et marri moult fort pensant sur les barons plus qu'il
n'en faisoit semblant.




Comment olivier et ses compaignons furent presentés a Balam l'admiral et
cruellement passionnez de prison.

Le .ii. chapitre.

[Illustration]


Les sarrazins après qu'ilz eurent les barons de france dessus nommés
pour prisonniers ilz n'arresterent de courre jusques qu'ilz fussent en
une riche cité qui se disoit aigremoire. et a l'entree de la cité ilz
vont sonner trompettes faisant grant bruit. Quant Balam l'admiral pere
de Fierabras les veit venir il s'en vint au devant d'eulx et se mist
près de brullant de mommiere. auquel l'admiral va dire. O brullant mon
amy comptez nous des nouvelles comment se portent mes affaires. avez
vous prins l'empereur charles que tant se fait redoubter. et ces pers de
france sont ilz point desconfitz. Brullant luy va dire. O sire admiral
les nouvelles que je vous apporte sont beaucoup moindres que vous ne
dittes. De par le roy charles nous avons a peu esté deffaitz et
desconfitz. car sa puissance est chose merveilleuse. Fierabras vostre
filz est avec luy vaincu par l'ung de ses barons et c'est fait crestien.
et a esté prins vaincu. Et en loyalle bataille sans faire traison. Et
quant l'admiral l'eut entendu tout transy va cheoir a terre. et avant
qu'il peust retourner en sa memoire il demoura une grant piece de la
douleur qu'il eut de son filz. Et quant il fut relevé il va crier a
haulte voix O dolent malheureux que je suis povre chetif que doys je
devenir. O fierabras mon fils treschier ou estes vous allé dont vient
cestuy meffaict de quoy vous fustes prins qui jamais en bataille ne
fustes lassé ne reprins. O la maulvaise nouvelle qu'on m'a comptee de
vous. s'il s'est fait crestien dolant suis de sa vie j'aymaisse mieulx
qu'il eust esté desmembré et mys a mort. et sur ce comme tout scandalizé
cheut a terre et va crier. O brullant de mommiere qu'est devenu le roy
si noble de cordube et mon nepveu bruchard et nugis de pramelle. puis
mon filz fierabras le conduiseur de tout s'il est vray qu'il soit perdu
je fendray la cervelle a mahommet le dieu qui m'a promis tant de biens a
qui je me suis donné et rendu: Ce disant comme tout enraigé se tormenta
briefvement sur la terre. et quant l'admiral fut ung peu refroidi de son
mal. il demanda a brullant lequel estoit le chevalier qui avoit vaincu
fierabras son filz brullant respondit. Sire admiral vostre filz a esté
conquis par cestuy damoyseau en luy demonstrant olivier qui estoit beau
et bien formé et membré: lequel eut entre les aultres les ieulx bendez.
Or tost ce dist l'admiral d'espaigne despeschez vous amenez le moy.
jamais ne boyray ne mangeray qu'il ne soit desmembré. Quant les françoys
vont entendre qu'on vouloit faire mourir olivier qui estoit tout leur
confort se vont prendre a plourer griefvement et olivier qui les
entendit les reconforta en leur disant par maniere que les sarrazins ne
sçavoient qu'ilz disoient. Messeigneurs et mes freres vous sçavez nostre
necessité se l'admiral ballant peult sçavoir que nous soions des pers de
france nostre vie est terminee. car pour nul riens ne prendroit pitié de
nous que ne mourions pourquoy je vous prie que nous nous disions aultre
comme je commenceray auquel olivier tous les aultres françoys qui
estoient prisonniers vont consentir et dirent qu'il ne feroient si non
ce qu'il leur conseilleroit. après que l'admiral l'eut commandé venir
devant luy les payens le vont desarmer et luy destacherent les mains et
desbenderent les yeulx dont il estoit moult grevé et dangereusement
navré. Et tantost L'admiral furieusement luy demanda Françoys garde toy
bien que tu me dies verité: comment te nommes tu ne me cele pas. Olivier
va respondre et dire Sire je me nomme enginees filz a ung vassal de
povre lignaige et m'en partis une foys et fus né en lorraine: si vins
une foys a la court de charles l'empereur qui me donna armes après que
je fus adoubé et aussi mes compaignons que vous veez devant vous sont
povres chevaliers adventuriers et avons prins peine de servir nostre roy
affin que par nostre service nous puissions estre avancez et avoir
quelque bon guerdon. O mahon va dire l'admiral or suis je bien trompé:
je cuydoie par mon dieu avoir cincq vaillans contes des plus grans de
france et avoir le royaulme de france par le moyen de ses barons. Et
tantost appella barcabas son chamberlant et luy dist. Despeschés vous
prenez moy ces françois: faictes les despoiller et a ce pillier estacher
durement et puis me faictes apporter mes dars de fer bien eschauffez et
enrougis et a ces françois les feray frapper et tirer a mon plaisir. Sur
ce se leva brullant et dist. Sire admiral je vous prie que pour le
present vous ne fasiés ceste entreprinse car ce ne seroit pas bien fait.
vous voyés qu'il est vespre et trop tard pour faire justice et en
pourriez bien estre blasmé: veu que vostre seigneurie et voz barons ne
sont point cy presens pourquoy je vous supplye que pour meshuy vous ne
leur facés riens jusques demain que chascun le sçaura et vostre jugement
sera mieulx approuvé: car je sçay bien qu'ilz ont ja deservy la mort
evidente. Et d'autre part se charles vous vouloit rendre monseigneur
Fierabras vostre filz de bon gré vous luy pourriez semblablement
remettre les françoys que vous avez. Pour l'amour de vous dist l'admiral
j'en suis content et demande brutamont qui estoit garde de la prison et
luy recommanda les françoys moult grandement et qu'il fust bien seur
d'eulx et qui les mist en lieu pour apprendre comment ilz avoient ouvré
follement d'eulx mettre en sa main.




De la prison ou les françoys furent visitez par la belle floripes fille
de l'admiral et de la beaulté d'elle.

Le .iii. chapitre.

[Illustration]


Après que ballant l'admiral eut dist que les françoys fussent mis en
griefve prison brutamont le chartrier vint descendre olivier et les
aultres ses compaignons en une prison moult dangereuse qui estoit tant
estroicte en terre qu'on ne veoit clarté quelconcques: en laquelle
estoient mis et nourriz serpens crapaulx et aultres bestes venimeuses et
detestables. auquel lieu estoient toutes punaisies et y passoit ung
ruisseau de la mer sallee qui avoit son entree sans conduit par lequel
l'eaue peust partir qu'elle ne fust bien hault selon l'eure que la
marine croist. Et avant que le maistre de la prison s'en allast il leur
desbenda les yeulx et ferma les partuis dessus eulx et eulx estans en ce
travail et punaisie tantost l'eau y vint si treshabondamment que les
povres françoys furent en l'eau jusques aux espaules dont les playes
d'olivier se commencerent a ouvrir et la douleur a cause de l'eaue
sallee luy tresperçoit le cueur vous pouvés penser l'angoisse
especiallement d'olivier qui estoit navré mortellement en plusieurs
lieux qui avoit grant necessité de remede et il fut mis an lieu auquel
toutes ses douleurs furent renouvellees et ses plaies ouvertes car
tantost se sentit baigné tantost va cheoir tout pasmé et fut mort a
l'eure se ne fust Guerard de mondidier lequel le soubstint et vous me
pourriez demander comment ilz ne furent noyez voyant que l'eaue
croissoit tousjours vous devez sçavoir que en celle prison d'aventure
avoit deux gros pilliers bien de quinze piez de hault sur lesquelz ilz
vont monter a grant force Olivier qui ne se pouvoit gueres aider. Et
quant olivier fut la assis par grant angoisse de ce se va complaindre et
dire O pouvre homme malheureux soubmis a faulce fortune. O reignier mon
chier pere pour dieu que faictes vous sçavez vous ou je suis: pensez
vous que je fais congnoissez vous mon dueil jamais ne me verrez. Cecy
disant et aultres parolles de desolacion. Guerard de mondidier
respondit. Sire olivier ne vous deconfortez plus car a tel chevalier que
vous estes n'appartient de ce plaindre: resjouissons nous en dieu duquel
fust maintenant le plaisir que nous qui sommes ceans fussions lassus
tous armez avec chascun son espee car je prometz a dieu que tout avant
que nul de nous fust avallé seans vaincu des sarrazins j'en y mettroye
troys cens ou plus Les françoys dessusditz estans sur les pilliers de
marbres devant ditz. Cecy disant et aultres choses Floripes fille. de
l'admiral et seur de Fierabras les escoutoit et eut grant compassion des
complaintes que Olivier faisoit Ceste fille qui estoit jeune non mariee
estoit moult bien comprinse de corps par longueur moderee. blanche comme
la rose du moy de may les cheveulx avoit reluysans comme le fin or. et
dessoubz avoit sa face terminee en ung petit de longueur des yeulx qui
estoyent rians et clers comme de faulcon mué. estincellans comme deux
estoilles. Le visaige avoit devisé moult esgallement pour son nez qui
estoit moult seant. les deux sourcilz qui estoyent dessus apparans
faisoyent obumbracion sur les yeulx. joues rondes blanches comme la
fleur du lys. ung petit tissues de rougeur. et dessoubz le nez estoit la
bouche rondete eslevee en competant espace jusques au menton
proporcionnee au demourant. la teste et petites espaules droictes et
bien esgalles. et devant dessus la seinture estoit eslevee de la façon
de deux pommes rondes droictes comme le bout d'une montaignette. Et elle
estoit habillé d'une robe de pouppre merveilleusement riche trespainte
d'estoilles de fin or. laquelle fut faicte d'une fee et estoit de telle
vertu que personne qui l'auroit ne pourroit estre empoisonné de herbe ou
venin. Et estoit floripes si belle a tous et ses habillemens que se une
personne eust jeuné troys ou quatre jours sans menger et il la veoit il
estoit remply et saoulé. Et plus oultre elle portoit ung manteau qui
avoit esté fait en l'isle de corlcos la ou jason print la toison d'or
comme on list en la destruction de troyes. lequel manteau estoit
semblablement fait d'une fee et avoit si grant odeur que c'estoit
merveilles pourquoy de la beaulté de celle damoiselle chascun
s'esmerveilloit. et avoit comme j'ay dit devant bien ouy parler les
françois en prison. et specialement de Olivier duquel elle eut grant
pitié et va partir de sa chambre avec douze pucelles ses subjectes et
entra premierement en la salle commune ou estoyent les payens moult
desolez de Fierbras qui estoit prins et de pluseurs aultres grans
seigneurs qui estoyent mors. Et quant la fille eut demandé des
nouvelles. ilz luy vont dire que Fierbras son frere estoit prins et
vaincu pourquoy tantost elle fist ung grant cry et souspira d'angoisse
dont pour elle tout le dueil fut entre eulx renouvellé. Et quant elle
eut cessé ung petit de plourer elle demanda tantost a Brutamont qui sont
ceulx que j'ay ouy parler en la prison qui si fort se deulent. Ma dame
respondit le portier ilz sont françoys hommes de Charles le roy de
france. lesquelz ne cesserent jamais de destruire nostre loy et mettre a
mort noz gens. vituperer nostre creance et anichiller noz dieux. et sont
ceulx qui ont aidé a occir Fierabras vostre frere entre lesquelz il y en
a ung de grant valeur qui est l'ung des bien faitz homme qui jamais fut
congneu. et a esté si trespuissant qu'il a conquis en bataille loyalle
Fierabras Tantost floripes eut envie de les ouyr parler. et dist a
Brutamont je vueil parler a eulx vien moy ouvrir la prison: car je vueil
sçavoir de leur fait. Brutamont va respondre et dist. Ma dame vous me
pardonnerez. il ne se peut faire que vous y allez pour l'inhonnesteté du
lieu. et il ne vous appartient pas: et d'aultre part vostre pere m'a
deffendu que personne n'aproche de la prison. je me remembre que souvent
par femmes plusieurs preudommes j'ay veu vergoignez et deceuz. Quant
Floripes l'entendit elle cuida perdre le sens et luy dist. O maulvais
glout despiteux me dois tu mettre ce langaige devant. je te prometz que
je t'en feray payer briesment. et demanda son chamberlam lequel luy
bailla ung baston. et fist semblant la fille de ouvrir la prison. et
Brutamont la voulut contredire et subitement elle cecy voyant luy donna
si grant coup au visaige que les deux yeulx luy fist voler hors de la
teste: et puis après qu'il fut a terre elle le fist mourir et puis le
getta sans ce qu'il fust sceu de nul des payens dedens la prison. dont
les françoys qui estoyent dedens furent tous esperdus quant il vont ouyr
cheoir et pensoient que ce fust le dyable qui les voulsist tempter et
decepvoir. Puis tantost floripes fist alumer ung grande torche de cire
et se fist ouvrir la prison. et mist devant elle la lumiere pour veoir
les prisonniers. et près d'ung pillier leur va dire. O seigneurs
respondés moy. qui estez vous et comment vous nommez vous. ne le me
celés pas. Olivier respond et dist. Ma belle dame nous sommes de france
et hommes de charlemaigne. et avons esté amenez a l'admiral qui nous a
en ceste creuse prison ordonnez. et mieulx nous vauldroit qu'il nous
fist desmembrer et mourir que de demourer en cestuy lieu. Floripes la
courtoise nonobstant qu'elle ne fust pas crestienne si avoit elle grant
noblesse. et leur va dire. Je vous prometz que je vous mettray dehors
seulement que vous me promettez et jurez que vous m'ayderés a ce que
vous diray Olivier respondit cecy. Ma dame je vous asseure que vous nous
trouverés trestous telz par effaictz comme a la bouche. ne jamais ne
fusmez aultres ne aussi ne serons encores. Et soyés seure que ne vous
fauldrons tant que nous ayons vie au corps seulement que nous soyons
fournis d'armes et puis estre lassus pour nous mesler avec les sarrazins
j'en feray une grant desconfite. Vassal dist la fille vous vous pourriés
bien trop vanter encores estes vous leans et bien loing d'estre dehors
et vous menassez les aultres qui sont a leur liberté. Mieulx vault soy
bien taire que follement parler. Richard de normandie dist a la dame.
Madamoiselle je vous diray ung mot. celluy qui est detenu et empesché
chante moult voulentiers pour oblier son mal et sa melancolie. Et
floripes regarda Richard le gracieux qui excusa olivier de ce que il
parloit trop hardiement. mais ce ne fut pas grant merveille. car de joye
que olivier eut quant la fille luy dist qu'ilz seroient mys hors. il
pensoit ja estre hors et armé en sa franche voulenté. mais ceste fille
va dire a Richard. pour verité sire vous vous sçavez bien louer et
vostre compaignon excuser prestement. et je croy fermement que vous
sçauriés bien jouer avec pucelles en quelque chambre dessoubz courtines
seulet a seullette. pour vous bien deporter en amours vous sçavez la
maniere Guillaume l'estoc respondit et dist par mon ame ma dame vous
dictes verité de luy et avez bien deviné. et d'icy a troys cens lieues
on ne trouveroit le pareil.




Comment les françoys furent mis hors de prison et visitez par la noble
pucelle Floripes et la beaulté de sa chambre.

Le .iiii. chapitre.


Quant floripes la belle eut parlé a son plaisir aux barons prisonniers
elle demanda son chamberlam et luy fist aporter une corde et ung baston
lié au travers. puis la descendit dedens. et quant les françoys veirent
le fait vont monter dessus. premierement Olivier. et puis la fille et
son chamberlan le vont tirer a grant force et puis legierement monterent
les aultres et puis les mena par une vielle porte et secrete. et sans ce
que nul le sceust des payens ils vont entrer en la chambre de floripes
dont l'entree estoit faicte merveilleusement selon l'oeuvre sarrazine.
dessus la maistresse porte par beaulz ars estoyent faitz les cieulx. les
estoilles. le soleil. la lune. le temps d'esté et d'yver. boys.
montaignes. oyseaulx. bestes. poissons. y estoyent paintz de toutes
especes et figures par merveilleuse façon. et selon les escriptures le
filz matusale la fist faire et estoit celle chambre sur une roche noire
toute environnee de la mer. et en ung des quarrés de la maison avoit ung
pretoire merveilleusement bel ou jamais fleurs ne fruitz ne failloyent.
et de la toutes maladies fors de celle de la mort on trouvoit confort et
bon adjutoire. La dedens vient et croist la mandegloire. et avec la
belle floripes en la salle estoyent ses dames. Claremondine. florette
florimonde. et plusieurs aultres belles pucelles et sa maistresse qui se
disoit maragonde laquelle dist a floripes. Je vueil mourir se je ne
congnois ces françoys Celluy bel escuyer que vous veez c'est Olivier qui
est filz a Regnier de gennes et frere a Adam l'une des belles qui soit
nee. et est celluy qui a vincu Fierabras ton frere. Et celluy est
Guerard de mondidier. et l'autre est Guillaume l'estoc. et le camus qui
est par dela est geoffroy l'angevin. mais je prie a mahon mon dieu qu'il
me mauldie se jamais menge ne boy que premier ne l'aye compté a vostre
pere monseigneur l'admiral. Floripes mua tout le sens quant elle ouyt
ces parolles et moult secretement elle retint son ire contre elle. et va
demander celle femme au près d'une fenestre. et puis luy donna si grant
coup qu'elle la mist a terre. et elle demanda son varlet lequel vint a
elle presentement et vont bouter celle femme en la mer. car floripes
redoubtoit fort son pere. Et quant la ville tomboyt floripes luy dist.
Or alez vielle despiteuse vous avez vostre guerdon je suis bien seure
maintenant que les françoys qui sont icy ne seront jamais par vous
encombrez ne en dangier. Et de cecy les barons vont faire grant joye. et
tantost floripes vint aux françoys et les baisa moult doulcement. et
veit olivier qui estoit tout ensanglanté. et congneut qu'il estoit navré
et dist. Sire olivier ne vous doubtez. car je vous rendray tantost en
bonne santé. et s'en vint a la mandegloire et en print ung petit. Et
tantost que Olivier en eut usé il fut reduyt en bonne santé. Les barons
estans en celle noble chambre tantost furent assis a table et bien
pourveux de tous vivres et de viandes delicieuses desquelles ilz avoyent
bien mestier a cause de la fain que desja avoyent enduré. Au departir du
mengier ilz eurent les baingz eschauffez esquelz ils se vont tous
refaire. et au partir chascun fut affeublé d'ung manteau de paille et
bordé d'or. Et dist la belle floripes Seigneurs barons vous sçavez
comment me suis mise en dangier pour vous mettre hors de la prison
mortelle et estes ceans a seurté: mais se d'avanture quelc'un nous avoit
ouy nous serions trestous mal venuz et ne suis en aultre doubte Olivier
qui est icy present a vaincu mon frere. auquel naturellement je devoye
faire opprobre et reprehension je vous congnois bien tous n'en soyés de
riens esbahys et vous sçavez que vous m'avez promis que mon secret
seroit celé entre vous et tous luy vont promettre de faire sa voulenté
de leur pouvoir Et puis dist floripes Seigneurs je vous diray. Il ya ung
chevalier en france que j'ay long temps aymé qui se nomme Guy de
bourgoigne qui est plus beau que ne sçauroie dire. et est du parentaige
a charlemaigne et de rolant le trespuissant. une fois que j'estoye a
romme je le veis de celle heure je luy donnay mon cueur quant mon pere
l'admiral destruist la cité de romme lucafart de bendas qui estoit moult
redoubté entre les payens et ledit guy de bourgoigne jousterent
ensemble. mais ledit guy le mist a terre dessoubz son cheval. ainsi que
moult me pleut. et prins si en gré la vaillance de luy que despuis que
le veis si vaillant je l'ay eu en mon cueur tellement que se je ne l'ay
a mary jamais ne seray mariee. Et pour l'amour de luy je me vouldroye
baptiser et croyre au dieu des crestiens. A celle parolle les françoys
furent moult joyeux et vont rendre graces a dieu de la voulenté de ceste
belle pucelle et dist girard. Ma dame je vous jure que se nous estions
armez maintenant et nous fussions en la salle des payens nous en ferions
grande desconfite. mais floripes fut saige et dist. Seigneurs pensons
saigement a noz affaires. et puis que vous estes a seurté prenez ung
petit de repos. Veez cy six pucelles de grande noblesse. chascun de vous
prengne la sienne pour mieulx desduyre le temps et se reposer et preigne
desbatement: et je vous regarderay s'il vous vient a plaisir. car quant
est de moy je n'ay que faire de homme qui vive que de guy de bourgoigne
a qui j'ay donné mon cueur. toutesfois a bien considerer en cestuy
chapitre grant oeuvre. fut comprinse. Quant premierement floripes la
courtoise. qui estoit payenne eut desir de parler aux françoys et cecy
touche bien la voulenté des femmes pour sçavoir des nouvelles. mais en
tant qui touche l'oeuvre qu'elle fit contre le maistre et garde de la
prison. et comment ilz furent mis dehors ce fut oeuvre divine bien
approuvee et grant dommaige eust esté se ces barons fussent demourez
dedens. mais la foy des personnes fait grant allegement de tourment car
les saintz de paradis par sainte foy ont obtenu paradis et plusieurs
terriennes victoires de leurs ennemis. Et a bon droit celluy qui
bataille pour la foy. et il advient qu'il soit detenu. la misericorde de
dieu luy est prouchaine pour le delivrer. La cause pourquoy ilz furent
delivrez de prison elle estoit de loing venue: c'est de rome pour guy de
bourgoigne que avoit en amour. et estoit contente de se baptiser et
croire en dieu pour avoir a mary Guy de bourgoigne pourquoy on peult
comprendre comme amour en ceste damoiselle estoit enserree et comprinse
de longue amour et affection: laquelle fut cause de saulver les
prisonniers qui estoyent comme j'ay dit en grant dangier.




Comment le roy charles manda a Ballant l'admiral sept pers de france qui
n'y vouloyent pas aller.

Le .v. chapitre.

[Illustration]


Le duc de gennes pere d'olivier qui ne povoit dormir ne boire ne menger
pour la douleur qu'il avoit de son filz. quant il ne peust plus endurer
il s'en vint au roy charles et luy dist. Sire empereur pour la sainte
amour de dieu que il vous plaise prendre pitié de moy. vous sçavés ma
douleur. doy je perdre mon filz olivier. et pour lequel je suis en
angoisse continuellement se je n'en ay aultres nouvelles je mourray
devant deux jours de melencolie. ou il m'est force de me mettre a chemin
pour y aller. Quant charles l'entendit moult fut esmeu et plain de
compassion pour la melancolie de regnier et demanda Rolant et luy dist
Beau nepveu Rolant entendés a moy demain bien matin il vous fault aller
a aigremoire et dictes a ballant l'admiral sans riens celer qu'il vous
rende la couronne de jhesucrist et les aultres reliques. pour lesquelles
j'ay prins grant peine. et puis luy demandés mes barons qu'il tient
prisonniers. et s'il vous contredit dictes luy que je feray trainer
villainement et puis après pendre par le col les yeulx bendés comme
larron prouvé. Quant il eut dit Rolant respondit. Sire roy et bel oncle
prenez mercy de moy. Je suis bien seur que se je y voys veritablement
que jamais ne me verrés. Le duc naymes fut la qui dist. Sire empereur
regardez que vous voulez faire. Rolant est vostre nepveu vous sçavez de
quelle valeur il est. s'il va la ou vous dictes jamais n'en reviendra.
Et charles respondit. Et je vous jure sire naymes que vous irés avecques
luy et porterés mes lettres que je mande a l'admiral. Cecy estre dit
basin de genevoys vint devant et dist. Et comment voulez vous ainsi
perdre voz chevaliers je suis certain que s'ilz y vont comme vous l'avés
dit ung seul jamais n'en retournera. Charles jura les deux yeulx de sa
teste que basin iroit avec les deux aultres et par ainsi seront trois.
Tierry le duc d'ardaigne dit comme les aultres pourquoy il fut ordonné
pour y aller. Ogier le dannoys semblablement parla qu'on n'y deust point
aller mais avec les aultres il fut ordonné pour y aller Richart de
normandie s'en vint a l'empereur et dist. Sire roy je suis esbahy
comment il ne vous prent pitié de voz chevaliers que sachamment vous
voulés faire mourir je sçay bien que se celle part vont vous les avez
perduz. Par le dieu en qui je croy dist charles vous irés entre les
aultres et serez six pour pourter mes lettres a ballam que j'ay tant en
hayne et puis regarde guy de bourgoigne et luy dist venez a moy. vous
estes mon cousin et mon parent de moy prisé et aymé: vous serez le
septiesme pour faire mon messaige a l'admiral d'espaigne. Et luy dirés
qu'il propose de soy baptiser et qu'il tiengne de de moy son royaulme
ses villes et citez et aussi qu'il me rende les reliques dont je prens
tant grant peine et travail. Et s'il vous contredit dittes luy que je le
fray pendre et estrangler et mourir villainement. Helas dist guy de
bourgoigne empereur treschier je congnois a ceste fois que vous me
voulés perdre. Se je y vois jamais je n'en reviendray j'en suis bien
seur. Et sur ce le souleil coucha et fut encliné vers la nuyt et vont
soupper. Et le matin aussi tost que le soleil fut levé les sept barons
dessus nommés vindrent devant charles. Et va dire naymes de bavieres.
Empereur de noblesse redoubté en tous lieux nous sommes icy pour obeyr a
ton commandement. Nous te prions que nous donnes licence et congié pour
partir. et s'il ya personne en ceste presence ne en tout l'exercite qui
nous ait mesfait: nous luy pardonnons et semblablement se nous avons
offencé a nulluy en l'onneur de dieu qu'il nous soit pardonné. A ces
parolles les françoys qui estoyent presens de pitié commencerent a
plourer et dist charles aux barons. Mes princes et barons treschiers et
tresbiens amez a dieu de paradis je vous commande: et du merite de la
saincte passion et au glorieux vaisseau de la croix qu'il vous soit en
aide. Et a chemin se mirent hastivement eulx transportans en estrange
pays.




Comment l'admiral transmettoit quinze roys sarrazins a l'empereur pour
ravoir fierabras lesquelz furent rencontrez par les pers de france et
mis a mort.

Le .vi. chapitre.

[Illustration]


En aigremoire pour lors estoit Balam l'admiral doulent et courroucé et
avoit mandé venir vers luy .xv. roys sarrazins pour avoir conseil.
lesquelz il attendoit. Et quant il furent venus Maradas le plus fier des
xv. parla premierement et dist a Balam. Sire admiral pourquoy sommes
nous mandez a toy Balam respondit et dist. Seigneurs je vous diray la
verité. charlemaigne de france me requiert grand folie car il veult que
je soye subject a luy et que je tiengne mes pays de luy: mais cecy ne se
fera point et il est bien fol a mon semblant de pancer en ces folyes
pour son meilleur preigne plaisir a dormir et en chambres reposer son
corps et prier dieu en ses eglises et qu'il mange ce qu'il a: toutesfois
je conseille que vous aillés a luy a mormionde ou il a son logis et que
je luy mande le viellart rassoté que il croye en mahon nostre dieu sans
prendre dilation et il fera que saige: et oultre plus qu'il me rende mon
filz fierabras pour lequel je suis detenu en douleur et d'aultre part
veulx qu'il tiengne de moy france et toute sa region: et que s'il ne le
fait comme vous deviserez je le iray querir atout cent mille hommes
armez. et se d'aventure en vostre chemin vous trouvés homme crestien
couppez luy la teste sans avoir mercy. Quant l'admiral eut ce dit
Maradas respondit. Sire admiral je congnois que vous nous voulés
affoller: car les françois sont moult felons et se nous disons ce que
vous avés proposé de nous sera fin: car tantost serons desmembrez: mais
ne croyés point que je die cecy pour obvier a vostre commandement ne que
je soye celluy qui n'y veulle aller: car j'ay ce couraige que se
d'aventure je me mesle parmy ces crestiens j'en mettray a mort dix avant
que je soye lassé. Et se je ne faiz comme je l'ay dit je vueil que me
facez copper la teste. ses compaignons dirent que chascun d'eulx feroit
bien autant que Maradas: pourquoy sans aultre chose deliberer ilz
monterent sur gros chevaulx sejournez a grosses lances pennons levez
puissantement se sont mys a chemin et n'arresterent jusques au pont de
mantrible et le plustost qu'ilz peurent sont passez oultre. et les
françoys devant nommez vont rencontrer les sarrazins. et premierement
les veit venir le duc naymes qui va dire. O sire dieu de paradis quelle
entreprise ont fait les sarrazins les veez vous venir contre nous a
grant puissance avisons que nous pourrons faire rolant va dire.
seigneurs ne vous doubtez riens regardez ilz ne sont ne vingt ne trente
allons tout droit a eulx: les aulcuns furent de son oppinion et vont
oultre roydement de la partie des payens fut maradas puissant et bien
armé qui va dire aux françoys et comment que vous soiés maulditz estes
vous crestiens. Le duc naymes respondit quelque tu soyes tu parlles
villainement vasal et ung petit trop follement. nous sommes hommes de
charles l'empereur redoubté et allons de par luy faire ung message a
ballant l'admiral. Maradas luy dist vous estes en dengier vous voulez
vous deffendre ou faire aultrement. Naymes respondit. nous nous voulons
deffendre a l'aide de jhesus nostre createur. Maradas va dire. lequel de
vous oseroit a moy jouster. Je suis tout prest dist naymes. Maradas
respondit tu es bien presumptueulx. car se j'en avoye telz dix comme tu
es a mon espee je les vouldroie confondre et leurs testes porter a
l'admiral sans gueires me lasser. envoye moy pour jouster quelque abile
chevalier. car tu es trop vieillart et chenu pour te prendre a moy et
puis dist a ses compaignons attendez moy. personne de vous ne se bouge
car seulet je les vueil conquerre. et puis les presenteray a ballant
l'admiral. Quant rolant l'eut escouté il cuida perdre le sens et puis
dist a maradas. tu as follement parlé et pensé chose ou ja ne te verras
avant qu'il soit vespre tu sçauras que nous sçavons faire garde toy de
moy. car tu es deffié. Cecy disant frappa son cheval de l'esperon
asprement et se rencontrerent si durement a tout les espieux quarrez et
agus que ce fut grant merveilles que tous deux ne sont mors De ce coup
leurs haubertz furent cassez si asprement et feruz durement sur leurs
heaulmes richement oeuvrés Rolant tout furieux tint durandal et attaint
maradas fort sur son heaulme et le descercla et divisa. et puis par
grant force recouvra son coup sur la teste nue et luy fendit jusques au
dessoubz de la cervella et tout mort le renversa a terre. Quant les
aultres veirent le roy maradas mort que le roy vouloit emporter sa
teste. ilz regarderent l'ung l'autre comme tous esperdus et prindrent
conclusion de vouloir prendre vengence des françoys et coururent sur
rolant pour le mettre a mort. mais trop merveilleusement se deffendit Et
sur ce l'une des parties vint sur l'autre. Et se tindrent en bataille si
rudement et especiallement les françoys contre les payens que tous
furent mors et occis. Et ne fut saulvé des quinze sinon ung qui s'en
fouit quant il veit les aultres mourir et s'en vint denoncer comment ils
estoient destruitz par les françoys. et ne cessa celluy qui se saulva de
fuyr jusques il fut en la maison de l'admiral. auquel ledit admiral va
dire. Sire roy vous estes bien hatif au retourner. dictes moy maintenant
comment vous avez fait. L'autre luy dist. Sire admiral par mahon il va
tresmal oultre le pont de mantrible nous avons rencontré sept gloutons
qui sont tous enragez. et sont des hommes du roy charles. et dirent
qu'ilz vous venoyent faire ung messaige par luy. et puis sont courus
dessus nous et ont fait si grand devoir contre nous que tous sont mors
sinon moy qui suis eschappé a grant peine pour le vous venir denoncer.
Quant l'admiral l'entendit bien peu qu'il ne mourut tant fut doulent de
la mort de ses roys dessusditz.




Du pont merveilleux de mantrible du tribut qui y failloyt payer pour y
passer et comment par belles parolles les françoys passerent oultre.

Le .vii. chapitre.

[Illustration]


Quant les françoys dessusditz eurent mis a mort les sarrazins ilz en
furent tous travaillés et lassés. et s'en vont reposer en ung pré
verdoient et puis dist le duc naymes. Mes seigneurs je conseille que
nous nous en retournons a charles et luy dirons comment nous avons fait.
et je sçay bien qu'il sera bien content quant il verra nostre
governement. Adonc rolant va respondre. et comment sire duc naymes
parlés vous du retourner. n'en parlés plus. car entre tant qu'il plaira
a dieu que je pourray tenir durandal en ma main je ne me pense retourner
si aurons nous parlé a ballant l'admiral comment qu'il soit et feront
une chose dont chascun parlera nous prendrons de ces testes chascun la
sienne et la presenterons a l'admiral. Naymes luy dist. Sire rolant il
me semble que vous soyés hors du sens: car se cecy se fasoit nous
serions tantost occis. Tierry et les aultres furent de l'oppinion de
rolant et prindrent chascun une teste et se mirent au chemin. Le duc
naymes fut le premier qui va regarder le pont de mantrible merveilleux
comme vous orrez et dist a ses compaignons. Seigneurs entendés dela le
pont est aigremoire ou nous devons trouver l'admiral. Ogier le dannois
dist. Il nous convient premier passer le pont moult dangereux il ya
trente arches de marbres bien spacieuses qui sont fondees a plomb et
cyment et a grandes barres de fer: sur lequel pont sont grosses tours et
beaulx pilliers richement ordonnez et les meurs sont de grant force: car
au plus bas on peult bien dix toises mesurer. de la largeur du pont vous
la pouvez bien comprendre. car vingt chevaliers y pouvoient bien aller
bras a bras a leur aise et y est le pont pour lever qui descend a dix
grosses chaynes de fer et en hault ung aigle d'or moult reluysant et
apparent comme le soleil tellement qu'il semble que ce soit feu alumé et
la veoit on d'une grande lieue reluyre et la riviere qui passe par
dessoubz se nomme flagot et a plus de quinze piedz mesurez jusques aux
arcz du pont et court si impetueusement qui sembloit ung quarreau
d'arbaleste tellement qui n'est navyre ne engin moyennant lesquelz on
peust passer celle riviere pour son impetueuseté. et si vous dis plus
oultre Le pont est gardé d'ung geant de par l'admiral qui se nomme
galaffre l'ung des terribles des humains et tient une grosse hache
d'acier pour consumer celluy qui fera oultre sa voulenté: et plus oultre
il est de necessité qui vouldra parler a l'admiral il convient passer
par luy. Seigneurs va respondre rolant. Ne vous doubtez de riens je vous
en prie ne vous chaille de passer par le pont car je vous jure que tant
comme il plaira a dieu de me garder mon corps et que je pourray tenir
durandal en ma main je ne doubteray payen la valeur d'ung denier quel
qu'il soit. Et par le dieu qui pendit en croix je frapperay le portier
s'il se met devant moy quoy qu'il en doyve advenir. Le duc naymes de
bavieres le print et dist. Sire rolant vous ne parlés pas saigement: il
n'est pas bon de donner ung coup pour en retourner quinze: laisse moy
faire. car au plaisir de dieu et de ses sainctz je leur diray tant de
menssonges et d'aultres choses que nous passerons oultre sans dangier.
Quant les françoys furent devant le pont le portier print cent
chevaliers et le vint avaller avec gisarmes. et aultres glayves de
deffence. Le premier qui se mist devant ce fut le duc naymes a tout ses
cheveulx meslez car il estoit eagé plus que nulz des aultres. Tantost le
portier passa oultre et print naymes par la main et puis luy dist.
Respondés moy ou voulés vous aller. Naymes respondit. je vous diray la
verité. Nous sommes hommes de charles le noble empereur et allons a
aigremoire faire messaige a ballant l'admiral: mais certainement il a
bien acquité son pays de faulces gens: car n'a pas long temps que sur
les champs nous trouvasmes quinze gloutons lesquelz sans raison nous
vouloient oster noz chevaulz et nostre vie toutesfois nous les avons
gouvernez par maniere que veez cy les testes: regardez bien quelz ilz
sont se vous ne m'en croyez. Quant le portier l'eut ouy a bien peu de
fait qu'il ne perdit le sens et dist a naymes. Vassal entendez moy. car
il vous fault paier le passaige du pont devant toutes choses. Le duc
naymes luy dist. demandés moy ce qu'il vous fault et nous vous
contenterons. Par mahon dist le portier ce n'est pas peu de fait. car je
vous demande premierement trente couples de chiens: puis cent pucelles
chastes et de bonnes meurs et cent faulcons muez: après il vous fault
cent palefrois en bon point et pour chascun pié de cheval ung marc d'or
affiné: et finablement il nous convient avoir quatre sommiers chargez
d'or et d'argent: pour ainsi vous sçavez ce qu'il vous fault ou vous ne
debvez point icy estre venuz. Et celluy qui ne peult donner le tribut
luy convient laisser sa teste sans aultre excusation. Le duc naymes ne
fut point esbahy nonobstant qu'il congneust l'occasion que le portier
queroit qu'il deusse mourir a cause qu'il n'estoit pas possible de payer
ce qu'il avoit devisé. et respondit au portier en ceste maniere. Sire
portier se je ne vous doys plus que vous avez devisé je vous feray
content avant que midy soit sonné. Après nous vient nostre bagage et
harnoys a plus de nombre de cent mille ou il ya pucelles belles et
gentes faucons et chiens a grant planté de haubertz heaulmes et bons
escutz il ya sans nombre et plusieurs aultres bagues nobles et riches
prenez ce qu'il vous plaira a vostre volenté. Le portier se pensa qu'il
dist verité et fut bien content et lacha ce pont et puis passerent
oultre legierement. Rolant qui ce ouyoit ne se pouvoit tenir de rire et
dist. En verité sire duc naymes vous avez bien parlé. car par voz
mensonges nous passerons le pont: et alloit rolant tout derriere les
aultres. Et quant ilz furent ung petit avant sur le pont rolant va
rencontrer ung turc et puis dist a son couraige. Ha sire dieu de paradis
laisse moy faire chose dont tu soyes honnoré et tout bien en puisse
advenir et sans dire mot a ses compaignons il descendit de dessus le
cheval puis print celluy turc par le millieu du corps et le getta
hastivement en la riviere Le duc naymes regarda derriere luy et veit
cheoir le turc que rolant mist dedens et fut moult courroucé et dist.
Sire dieu de paradis je croy que le dyable est au corps de rolant car il
n'a point de pacience en luy et se dieu ne nous aide il nous fera occir
et villainement mourir. car rolant estoit si fier de couraige que il ne
regardoit ne le temps ne le lieu pour soy gouverner mais vouloit ouvrer
de fait a son ennemy quelque par que il le peust trouver: car il estoit
couraigeux a merveilles.




Comment les barons de france vindrent parler a ballam et quel messaige
ilz luy firent.

Le .viii. chapitre.

[Illustration]


Les barons dessus nommez quant ilz eurent passé le pont et ilz furent
près de aigremoire ou Ballam se tenoit vont entrer aval la ville en
grant ordonnance et a contenance de toute fierté et noblesse Et veoyent
par les rues les faulcons et autres oyseaux de proye sur les perches
grans beufz escorchez. gros porcz estranglez. et rencontrerent ung
sarrazin et luy ont demandé ou se tenoit l'admiral Ballam. Et il leur
monstra qu'il estoit dessoubz ung arbre a l'ombre. Et quant ilz furent a
terre le duc Naymes dist Mes beaulx seigneurs je porteray la lettre et
parleray premierement et vous après Rolant fut la qui se presenta et
vouloit a force qu'il deust parler premierement. et le duc Naymes dist.
Ne dittes mot. car vous estes demy forcenné sans avoir attrempance. Se
dieu ne nous fait grant grace vous nous ferez trestous mourir avant que
le jour soit passé. Et sur ce ilz vont entrer. et devant l'admiral se
vont tous presenter sans reverence quelconque. et parla premierement le
duc Naymes de baviere et dist en ceste maniere. Le createur de tout le
monde a qui tant seulement on doit creance entiere et honneur sault et
garde le noble roy Charlemaigne puissant fort et saige empereur. Rolant.
Olivier et tous les autres pers de france. et confonde des la croix du
chief jusques au plantes des piedz l'admiral present tant a esté mal
pourveu de subjectz. Devant hyer dela le pont de mantrible nous
trouvasmes .xv. gloutons sarrazins sur les champs qui nous vouloyent
tollir noz chevaulx et faire villannye. mais la mercy dieu de paradis
ilz ont comparé grandement. Nous en portons cy les testes. Jamais ne les
doubterons. Quant ballam l'admiral entendit ce langaige a bien peu de
fait qu'il ne enraiga. Et la devant vint le roy qui eschappa. duquel
j'ay parlé dessus. et dist a l'admiral Ballam en ceste maniere.
Treschier sire pensés de vous venger. Ce sont les sept gloutons desquelz
je vous ay parlé qui ont occis et fait mourir voz roys et fait telle
vilité. L'admiral respondit. Laisse les ester pour le present. et puis
après dist au duc Naymes qu'il finist son message. et le duc naymes
respondit qu'il le feroit voulentiers. et dist en ceste maniere. Le
grant noble roy de france redoubté te mande de par nous que tu luy
rendes la couronne dont le benoist saulveur jhesucrist fut couronné. et
les aultres reliques pour les quelles il a prins tant de peine. et puis
ses chevaliers que tu tiens pour prisonniers follement. et se tu ne fais
comme je t'ay devisé Charles te fera pendre par le col en ung gibet et
estrangler moult villainement. et te emmenera premierement en dextre
comme on fait ung viel matin enchainé. et ne trouvera ne bouillon ne
fange qu'il ne te face passer. Ballam l'admiral remply d'une intencion
moult oultrageuse dist au duc Naymes vous m'avez laidoyé et grandement
oultragé et vous ay voulentiers ouy parler. Alez vous en seoir près de
ce pillier si parleront les aultres que je n'ay pas escoutez. Mahommet
me mauldie mon dieu a qui je suis totalement donné se jamais jour de ma
vie je menge ne boy que premier ne vous face de dessus les espaulles la
teste voller. Le duc naymes dist. S'il plaist a dieu le createur et a sa
mere vous aurés dit mensonge. Après parla le duc Richard de normandie et
dist. Entens a moy Admiral. Charles le roy a la barbe flourie te mande
par moy que tu te faces baptiser pour amender ta vie tresmaulvaise. et
luy transmetz les reliques que tu as en ta puissance. et puis luy rens
ses nobles chevaliers que tu sans cause ne raison pour prisonniers
detiens Et se tu ne le fais comme tu as ouy Charles te fera pendre par
le col en ung gibet et estrangler moult villainement je le te dy sans
celer. et n'aura jamais mercy de toy. L'admiral le cuida congnoistre et
luy va dire en ceste maniere Mahommet en qui je croy te mauldie si bien
resemble tu Richard de normandie qui m'a occis mon treschier oncle
Corsuble. Or pleust il a mahom qu'il fust icy a ceste heure devant moy.
jamais ne mengeroit tant qu'il seroit en vie. vat'en seoir avec ton
compaignon jusques a tant j'aie esté a ces aultres qui n'ont point
encores parlé a moy Cecy estre dit Basin de gennevoys se leva de piez et
dist. Ballant admiral Charles le noble roy sur tous les humains redoubté
te mande que tu luy rendes les reliques desquelles on t'a parlé par
devant ou aultrement il te fera pendre et estrangler comme larron
prouvé. Quant il eut ce dit il s'en alla seoir avecques les aultres et
puis se leva tierry le duc d'ardaine qui fit faulx semblant de chere et
de maniere. Quant l'admiral ballant veit qu'il avoit le regart si hideux
il fut moult esbahy. et cuida que ce fust ung dyable. Puis luy dist
ledit tierry. Entens a moy admiral et retiens bien mes parolles. Charles
le noble empereur redoubté te mande que tu luy envoyes les reliques que
tu emportas de romme Et aussi luy envoye prestement et quittez ses
barons. lesquelz tu as a ton pouvoir. aultrement soyes seur qu'il te
fera desmembrer et pendre moult villainement par le col L'admiral
respondit et dist vassal je te prie ne me cele pas de dire verité. Quel
homme est charlemaigne et de quelle force. lequel j'ay tant ouy louer et
vanter. Adoncques le noble duc tierry respondit. Je te dis admiral et
faitz assavoir pour verité que charles est preux et saige. courtoys et
debonnayre et soyes seur que s'il estoit icy a son excercite moult tost
et moult asprement il te donneroit sur le visaige. Et d'aultre part de
tes dieux il ne tient compte aussi peu que d'ung vieil chien mort ou
d'une pomme pourrie. Incontinent l'admiral ballant se print a rire de
felonnie. Et puis dist a tierry Mon amy par la foy que tu dois a ta vie
dy moy la verité. Se a ceste heure presente j'estoye en ta bonne
voulenté et subjection comme tu es en la mienne. par ta foy que feroies
tu de moy ne le me cele pas. Par ma foy ce dist adoncques. Tierre je
n'en mentiray point. Cestes je te feroye pendre par ton col et
estrangler villainement en ung gibet avant qu'il fust nuyt Vassal dist
l'admiral tu as dit grant folie. Car par mahommet mon dieu ainsi feray
je de toy comme tu as dit de moy. Vat'en seoir avec tes compaignons.
Puis après le bon ogier le dannoys vint de piez devant l'admiral ballant
et luy dist O admiral d'espaigne entens que te mande Charles le plus
noble de tous les humains et riche sans comparaison. Rens luy les
reliques que tu as emportees ou aultrement il te fera desmembrer et
mourir honteusement. L'admiral le fit seoir avecques les aultres. Cecy
estre dit rolant couraigeux vint devant Ballam l'admiral sans luy faire
honneur ne reverence et luy dist. Sarrazin malheureux entens a mes
parolles. Charles le noble roy et empereur redoubté te mande par moy que
tu croyes en dieu jhesucrist le createur de tout le monde et en la
glorieuse vierge marie sa mere. et te fais baptiser. et pense de rendre
les reliques que tu occupes et retiens oultre son vouloir et faiz que
ses barons luy soyent renduz saintz et en bon point. se tu oeuvres
aultrement. Charles le valeureux te fera pendre comme ung larron. Lors
l'admiral ballant luy dist vous m'avez laidoyé et blasmé
orguilleusement. mais je jure par mahom mon dieu et talvagant que je ne
mengeray jamais jusques vous soiés tous penduz et estranglez. Adonc
rolant respondit pour verité sarrazin se tu attendoyes jusques a celle
heure que tu le deusses faire ce seroit trop jeusne a toy tu ne le feras
pas ainsi. je ne te doubte pas la valeur de ung viel chien mort et noyé
guy de bourgoigne vint après devant l'admiral et luy dist en ceste
maniere. Charles l'empereur te mande que tu luy faces grant obeissance
et restitues les reliques et aussi ses barons et tu feras que saige. Et
se tu me veulx croire je te vueil bien conseiller. Croy en dieu
jhesucrist tout puissant sans fin et sans commencement. et se tu croys
mon conseil tu pourras estre en sa grace. et voicy que tu feras oste ta
robe. tes chausses. tes souliers de dessus ton corps et te metz en
chemise et porte sur ton corps une selle de cheval et n'arrestes jusques
a tant que tu soyes devant la face de charles et humblement presente toy
a luy et crye mercy a dieu le createur tout puissant de tes erreurs et
oultrages et luy crye mercy en l'onneur de dieu tout puissant. et se tu
ne fais comme je t'ay dit. il te fera pendre ou noyer et honteusement
mourir. L'admiral fut plus determiné et forcenné qu'il n'avoit esté
paravant. Et demanda Brullant de mommiere. Sortibrant de conimbres et
des aultres de son conseil et leur demanda conseil sur les choses
dessusdictes et tantost Sortibrant luy dist. Sire admiral je vous
conseille que tantost ilz soyent desmembrés et occis. et puis par vostre
force pourrés aller et chevaucher par tout et viendrez a mormionde ou
charles est pensif. et se vous le pouvez prendre vous le ferés mourir.
puis descrendrés en france et vous serez couronné roy par mahon dist
Ballant vous avez bien dist. or soit fait a vostre devis. allés en la
prison et amenés les aultres leurs compaignons pour faire selon
l'entreprise et ainsy comme j'ay dit l'admiral fut intencionné de faire
des françoys dessus nommez selon que devant est devisé.




Comment par le moyen de floripes les françoys furent logez et saulvez et
congneuz par elle et arraisonnez et les reliques monstrees devant eulx
et aultres matieres.

Le .ix. chapitre.

[Illustration]


Floripes la courtoise après qu'elle eut bien escouté secretement tout le
debat devant dit. elle vint hors de sa chambre et salua son pere et
demanda qui sont ces chevaliers assiz cy apart. L'admiral respondit et
dist Ma fille ilz sont natifz de france. lesquelz m'ont dit parolles de
grant importance plaines de reproches. et m'ont vituperé et offendu
grandement plus que je ne vous sçauroye dire. quel conseil me donnez
vous que je doy faire d'eulx. La fille dist. Je vous diray mon pere que
vous ferez d'eulx: c'est que sans gueire tarder vous leur facés les
testes copper et oster les mains et ardoir en ung feu dehors vostre
cité. car ilz ont deservy. Ma fille dist l'admiral vous avez bien dit et
ainsy sera il fait. alez en la chartre et me amenez les aultres. Mon
pere dist la fille il est temps de disner. et se vous voulés commencer a
faire justice vous ne pourrés menger qu'il ne soit midy passé. car ceste
fille ne queroit aultre chose sinon occasion par belles parolles
consonantes a la voulenté de son pere pour mettre les françoys ensemble
avec ceulx qui desja estoient prisonniers. et puis dist a son pere:
Donnez moy ces françoys je les feray garder et après vostre disner vous
en ferés justice et seront voz gens ensemble. A laquelle l'admiral va
consentir. et fut content que sa fille les eust en garde. toutesfois.
Sortibrant qui sçavoit bien la mutabilité des femmes et l'inconstance va
dire a ballam. Sire admiral ce n'est chose convenable que sur ce fait
vous doiez fier en femme a cause de leur mutabilité. et vous en avez
beaucoup ouy dire de exemples et congneu la verité comment plusieurs ont
esté deceuz par femmes. Moult fort fut mal content Floripes des parolles
de Sortibrant et dist. Filz de putain et traistre desloyal parjure se je
ne pensoye estre plus oultre blasmee de me prendre a toy je te donneroye
tel sur le visaige que le sang aval en viendroit habondamment. Et après
ces parolles l'admiral fut content de ce debat. et sur ce elle print les
françoys et les mena en sa chambre sans arrester. En alant par la voye
le duc Naymes va dire. Helas dieu de paradis roy de gloire eternelle
quel est celuy qui jamais veit plus belle dame en sa vie. Moult bien
seroit inspiré de la grace de dieu celluy qu'elle auroit en son couraige
en amour. Rolant en fut mal content et dist a Naymes quelz cent mille
diables vous font parler d'amours. il est bien temps de dire telle
chose. Le duc Naymes dist ainsi. Sire Rolant ne vous desplaise point.
Car une fois je fus amoureux. La fille leur dist qu'ilz n'estoient point
assemblez pour pladoyer l'ung contre l'autre. Et aussi tost qu'ilz
furent dedens la chambre la fille fist tresbien serrer les portes. et
tantost Rolant et Olivier se vont congnoistre. et se vont baiser et
acoller de franc cueur en plorant moult tendrement. et les aultres
semblablement. et dist Rolant. Helas Olivier mon feal compaignon comment
vous va despuis que je ne vous veis. Tresbien dist Olivier. Et
demanderent l'ung a l'autre de leurs faitz des pays des seigneurs et des
nouvelles presentes. Vous pouvez penser jasoit ce qu'ilz se trouvassent
entre ces pers de france s'ilz ne sçavoient ilz riens l'ung de l'autre
tant qu'ilz se soient trouvez ensemble en bon point moyennant floripes
qui fit grant secours a crestienté quant par elle et moyennant sa
discrecion les capitaines de la foy crestienne tant qu'il touche
l'excercite de bataille a destruire les mescreans se sont trouvez
ensemble a seureté qui estoient en la main premierement venuz de leurs
ennemys mortelz. Mais c'est grant science de obvier a la volenté de
femme quant par effect elle mist son entente a une chose qui son cueur
directement tyra et ne regarda point la fin de son intencion sinon
seulement qu'elle la puisse terminer. Il ne chailloit a floripes sinon
qu'elle peust avoir aulcunement nouvelles certaines de guy de bourgoigne
auquel elle avoit donné son cueur. et estoit bien contente de soy faire
crestienne pour l'amour de luy. Ceste fille quant elle veit ces barons
ensemble elle leur dist. Seigneurs je vueil que tous vous me promettés
la foy de loyaulté que vous m'ayderés de ce que je vous demanderay et
loyallement envers moy vous porterés. Tresvolentiers respondit le duc
naymes et aussi vous nous asseurés que nous serons ceans a seureté sans
nous doubter de homme vivant. Elle en fut contente et eulx contens et
promettirent fidelité l'ung a l'autre. Cecy estre fait la fille vint au
duc naymes pour sçavoir quel il estoit et luy demanda son nom. Le duc
luy dist. Ma dame je suis appellé naymes de bavieres homme et
conseillier prochain de l'empereur redoubté. Helas ce dist la fille. par
vous est vostre roy dolent. Après vint a richard et luy demanda comment
on l'appelloit. Il luy respondit. Ma dame je suis richard de normandie.
La fille luy respondit. Mahommet te mauldie: tu mys a mort une foys
corsuble mon oncle. mais pour l'amour des aultres compaignons tu n'auras
aultre dangier. Floripes après vint a rolant et luy demanda quel est ton
nom. Je suis nomme roland dist il filz au duc millon et suis nepveu a
charles filz de sa propre seur. tantost la fille luy cria mercy et se
getta a ses piedz et roland doulcement la leva. Après la fille leur
dist. Vous sçavez que m'avés promis. Je vous diray mon intencion. Il est
vray que j'ayme ung chevalier de france sur tous ceulx du monde qui se
nomme guy de bourgoigne duquel j'aurois volentiers nouvelles. Roland
dist. Je vous jure mon chief qu'il est devant voz yeulx que entre vous
et luy n'a pas quatre piez mesurez. Seigneurs dist floripes je vous prie
que je le congnoisse et qu'on le me donne car de luy est mon plaisir.
roland va dire. Sire gui de bourgoigne venés a la pucelle recepvez la
joyeusement. Guy de bourgoigne va dire. A dieu ne plaise que je preigne
femme que ne me soit donnee de par charles l'empereur. Quant floripes
l'entendit le sens eut tout mué et jura mahon son dieu que s'il
contredisoit a la prendre qu'elle les feroit trestous mourir. Roland
enhorta guy qu'il deust faire sa volenté. Et sur ce il s'avança et
firent convenance. Et dist la fille. Le dieu des crestiens en puisse
avoir louenge. Car j'ay devant mes yeulx le plusgrant desir que jamais
fut desiré de mon cueur. pour luy je croiray en jhesucrist et me feray
baptiser et puis s'approcha de luy pour luy traicter ung petit le desir
de son cueur et ne l'osa baiser en la bouche sinon es joues et au menton
pour cause qu'elle estoit payenne Adonc floripes joyeusement et par
grant amour s'en vin avec ung escrin et si l'ovrit devant les barons et
estendit ung beau drap de soye et desploya les reliques dont j'ay parlé
dessus et y avoit de la glorieuse couronne de quoy jhesucrist fut
couronné a sa passion. les saintz cloux dont il fut percé piez et mains
Et dit a rolant veez icy le tresor que vous avez tant desiré. Quant les
françoys furent ainsi devant les reliques de joye ilz vont tous plourer.
l'ung après l'autre les vont baiser a genoulz moult humblement et puis
furent retournez comme par avant estoyent poseez.




Comment lucafar nepveu de l'admiral violantement entra en la chambre et
après fut mys a mort par le duc naymes

Le .x. chapitre.


Ballant l'admiral estant courroucé luy estant a table ung payen moult
fier et orgueilleux especial amy de l'admiral qui se disoit Lucafar de
bendas dist a l'admiral affectueusement. Sire admiral est ce vray ce que
j'ay ouy dire que fierabras vostre filz soit prins le meilleur chevalier
qui jamais fut au monde. L'admiral dist. Par ma loy je ne le vous
celleray my ung françois l'a conquist lequel mahon mauldie Brullant de
mommiere y fit grant deffence et le roy de sulye: et firent bon
portement tant qu'ilz nous amenerent cincq des gloutons de france hommes
de charles qui sont en chartre et puis de present nous en avons sept
autres qui sont venuz pour messagiers de la partie dudit charles
lesquelz m'ont moult fort blasmé et vituperé grandement vituperans la
loy et mesprisans mes dieux. Floripes ma fille les conduit en prison.
Sire dist lucafar vous faictes grant follie les femmes pour peu de fait
sont changeez de fait et de pensement: toutesfois pour conduyre le fait
plus seurement s'il vous plaist je m'en iray a eulx et sçauray qu'ilz
sont et qu'ilz veullent dire. Allez dist l'admiral vous dittes tresbien
et faictes retourner ma fille avec vous. Sur ce Lucafar moult orguilleux
remply d'une grant fierté vint a la chambre ou estoit la fille et les
françoys et sans demander a ouvrir la porte il leva le pié destre et
tellement frappa la porte que les gons et serrueres allerent par terre.
Quant floripes le vit elle fut toute esperdue. Et tantost demanda rolant
et dist. Noble chevalier je suis mal contente de la violance et
semblablement de la grande injure qu'on m'a faicte. c'est celluy qu'on
me garde pour mary oultre ma volenté je vous requiers en tant que vous
me vouldriez faire plaisir que vous pensez de venger cestuy deshoneur:
car je me plains sans trop faire mal semblant Rolant dist ne vous
doubtez de riens: car avant qu'il parte de ceans il congnoistra qu'il a
mal fait. et vous prometz que jamais n'acheta serrure du pris de celle
qu'il a rompue devant vous Sur cecy lucafar entra leans et regarda les
françoys tous armez sans ce qu'il se doubtast riens d'eulx et vint
premierement au duc naymes qui estoit desarmé et nue la teste. et sans
aultre deliberacion print par la barbe ledit Naymes et le tyra a soy si
rebellement que a peu qu'il ne le versa a plat a terre. et puis luy dist
dont es tu viellart ne le me cele mye. Le duc naymes respondit. Pepin je
suis de baviere et est mien le pays et suis homme de charlemaigne
conseillier especial. et tous ces barons qui sont cy en presence sont
tous contes et grans seigneurs et sommes venus denoncer ung messaige a
l'admiral de la part dudit charles l'empereur redoubté. et pour la cause
que nous n'avons party a son intencion il nous a fait prisonniers ceans.
toutesfois ostez la main de dessus moy. car vous m'avés assez tenu. et
soies seur que je ne te diray pas encores du tout mon intencion Le payen
respondit j'en suis bien content. ta folie te soit pardonnee. mais je te
demande par ta loyaulté quelz gens sont ilz en france et de quelle
entreprinse. et de quelz jeux sçavent ilz user. que font ilz en vostre
royaulme. En verité dist le duc naymes quant le roy a disné celluy qui
veult s'en va esbatre la ou luy plaist. les aultres vont a cheval jouer.
les aultres es

Showing first 200,000 characters. Full text: gutenberg.org/ebooks/44301