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Manuel pratique de Jardinage

by Courtois-Gérard · French · Gutenberg #39889 · 704,693 chars · public domain (US)

The Project Gutenberg eBook of Manuel pratique de Jardinage
    
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Title: Manuel pratique de Jardinage

Author: Courtois-Gérard


        
Release date: June 1, 2012 [eBook #39889]

Language: French

Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/39889

Credits: Produced by Laurent Vogel, Christine P. Travers and the
        Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
        (This file was produced from images generously made
        available by the Bibliothèque nationale de France
        (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)


*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL PRATIQUE DE JARDINAGE ***




Produced by Laurent Vogel, Christine P. Travers and the
Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
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  MANUEL PRATIQUE DE JARDINAGE




L'auteur et l'éditeur se réservent le droit de traduire ou de faire
traduire cet ouvrage en toutes langues. Ils poursuivront
conformément à la loi et en vertu des traités internationaux toute
contrefaçon ou traduction faite au mépris de leurs droits.

Le dépôt légal de cet ouvrage a été fait à Paris en temps utile et
toutes les formalités prescrites par les traités sont remplies dans
les divers États avec lesquels il existe des conventions littéraire.

Tout exemplaire du présent ouvrage qui ne porterait pas, comme
ci-dessous, ma griffe, sera réputé contrefait, et les fabricants et
débitants de ces exemplaires seront poursuivis conformément à la
loi.

[Illustration: Signature]

Typ. Rouge frères, Dunon et Fresné, r. du Four-St.-Germ., 43.




  BIBLIOTHÈQUE DES PROFESSIONS INDUSTRIELLES ET AGRICOLES
  Série H. N. 41.

  MANUEL PRATIQUE
  DE
  JARDINAGE

  CONTENANT
  LA MANIÈRE DE CULTIVER SOI-MÊME UN JARDIN
  OU D'EN DIRIGER LA CULTURE

  PAR COURTOIS-GÉRARD
  Marchand grainier, horticulteur.

  SEPTIÈME ÉDITION

  PARIS
  LIBRAIRIE SCIENTIFIQUE, INDUSTRIELLE ET AGRICOLE
  Eugène LACROIX, Éditeur

  LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS
  QUAI MALAQUAIS

  Tous droits réservés.




INTRODUCTION

À LA SEPTIÈME ÉDITION


Les progrès que le temps amène à sa suite, plus rapidement encore
dans la pratique de l'horticulture que dans les autres branches du
travail humain, se sont produits en grand nombre, non-seulement
depuis la première édition du _Manuel de Jardinage_, mais encore
depuis la sixième, à l'épuisement de laquelle celle-ci vient
suppléer. Nous devons donc prévenir que plusieurs parties ont été
remaniées à fond, pour être ramenées au niveau des connaissances
horticoles du moment; toutes les lacunes que le cours des années
pouvait avoir fait naître, ont été soigneusement comblées; nous en
signalerons les principales.

Le calendrier, révisé et refondu, a été augmenté de détails nouveaux
et importants. D'intéressantes et lucides explications complètent
le chapitre du jardin potager. L'article _Assolement_, le premier
qui ait été publié sur le jardinage, peut être consulté avec
avantage par toutes les personnes qui veulent obtenir les récoltes
les plus abondantes qu'un jardin potager bien tenu puisse produire;
car pas un fait avancé par l'auteur n'a été pris en dehors de ce qui
est consacré par la pratique. Dans celui du jardin fruitier, l'on
trouve, outre l'exposé plus développé de quelques opérations, les
listes des arbres fruitiers les plus estimés de chaque série, listes
que les nombreuses conquêtes de la Pomologie viennent incessamment
enrichir, et des données d'une grande utilité pratique pour le
traitement des maladies des arbres.

Mais c'est surtout dans la partie consacrée au jardin d'agrément que se
rencontrent les améliorations les plus remarquables au _Manuel de
Jardinage_, dans sa septième édition, depuis la composition de gazons,
écueil où viennent échouer tant de jardiniers inexpérimentés, jusqu'à la
direction des plantes les plus difficiles à obtenir dans tout l'éclat de
leur beauté.

En effet, il ne suffit point à l'amateur de floriculture
d'entasser, dans les massifs ou dans les plates-bandes de son
parterre, cette infinie variété de belles plantes d'ornement de
chaque saison que tient à sa disposition l'horticulture
contemporaine; il faut surtout que ces plantes croissent et
fleurissent avec tout le charme qui leur est propre; hors de là, au
lieu d'engendrer les plaisirs les plus inoffensifs et les plus
variés, la floriculture n'offre qu'une longue suite de mécomptes et
de déboires.

De nombreux exemples de massifs composés des plantes qui peuvent
avantageusement concourir à l'ornementation des jardins permettront
aux amateurs qui consulteront cet ouvrage de tirer souvent un
meilleur parti des ressources dont ils disposent.

Les livres qui, comme le _Manuel de Jardinage_, aplanissent la
route, mettent l'amateur à même de prévoir les difficultés et de les
vaincre, et lui assurent l'heureux succès de ses amusants travaux:
ces livres sont d'importants services rendus à l'horticulture tout
entière; car, en écartant les obstacles, ils en propagent le goût;
et l'extension du goût de l'horticulture dans tous les rangs sociaux
profite à tout le monde. Quant aux soins donnés à l'exécution
matérielle, en écartant un luxe qui rendrait inutilement trop élevé
le prix d'un ouvrage qui doit par sa nature être à la portée de
tous, ils sont ce qu'ils doivent être, comme dans les éditions
précédentes, au point de vue de la netteté et de la plus scrupuleuse
correction typographique. Cette édition nouvelle du _Manuel de
Jardinage_ réunit, comme on le voit, tout ce qui peut mériter à ce
livre la continuation de la faveur dont il est en possession depuis
sa naissance.




MANUEL PRATIQUE

DE JARDINAGE




CHAPITRE PREMIER.

Disposition générale d'un jardin potager.


Les conseils que nous donnons ici pour l'établissement d'un jardin
pourront paraître superflus aux personnes qui sont forcées
d'accepter des emplacements déterminés, des expositions bâtardes et
des dispositions faites d'avance; mais nous avons cru devoir exposer
les conditions qu'il est essentiel de remplir chaque fois qu'on sera
maître de choisir ou d'aménager son terrain. Quant aux dispositions
intérieures, elles sont calculées pour la plus grande commodité du
travail, et ont pour objet de montrer comment on peut faire succéder
sans interruption les cultures les unes aux autres, ce qui est
très-rare dans les jardins cultivés par les personnes étrangères à
l'horticulture, et ce qui n'exige cependant qu'un peu d'attention et
de pratique, et un livre auquel elles puissent avoir confiance.

Le terrain le plus convenable à la culture est celui qui a 1 mètre
de profondeur de bonne terre, la surface composée de terre franche
et douce, et le sous-sol de sable propre à la végétation. Avec un
terrain de cette nature, du fumier et de l'eau, on est sûr de
cultiver avec succès tous les végétaux qui entrent dans la culture
courante. Nous ne prétendons pas dire que les terrains de nature
différente soient impropres à la végétation; car tous lui
conviennent quand ils sont assez légers pour être perméables à
l'air, sans que l'humidité y séjourne trop longtemps, et qu'ils sont
assez frais cependant pour que les racines aient le temps d'absorber
les fluides nécessaires à leur nutrition. Nous avons simplement
voulu faire connaître les terrains les plus fertiles et ceux dont la
culture récompense le plus amplement le jardinier de ses soins.

Dans le cas où le terrain ne serait pas tel que nous l'indiquons,
des fumiers, des amendements et des labours suppléeront aux qualités
qui lui manquent.

Le potager que nous représentons (fig. 1, à la fin du volume) forme
un parallélogramme de 54 ares 52 centiares; mais cette étendue,
choisie arbitrairement, afin d'avoir des exemples de culture plus
variés, pourra changer sans qu'il y ait la moindre altération dans
l'assolement ou succession de cultures que nous indiquons;
seulement, quand le terrain sera moins grand, on ne fera qu'une
planche de chaque légume, au lieu de deux ou trois. Pour la facilité
du travail, nous avons réuni, autant qu'il était possible, les
cultures de même espèce.

L'assolement devra être conduit de telle sorte qu'une planche ne
produise pas deux années de suite les mêmes légumes.

Il est convenable, sous tous les rapports, que le potager soit clos
de murs au nord, à l'est et à l'ouest; ce qui nous donnera à
l'intérieur les expositions du sud, de l'ouest et de l'est. Au sud
extérieur, on peut à la rigueur remplacer le mur par une haie. Les
murs devront avoir au moins 2m,65 au-dessus de terre, et ils seront
crépis intérieurement. S'ils sont construits en plâtras ou en
pierre, on y pourra palisser les espaliers à la loque; mais s'ils
étaient en moellon dur, il faudrait les faire préalablement garnir
de treillage. Le chaperon sera garni de tuiles formant une saillie
de 0m,12 à 0m,15, pour garantir les fruits contre les fâcheuses
influences des pluies, ce qui permettra également de conserver le
raisin jusqu'à une époque assez avancée.

En y suspendant des toiles ou des paillassons, qu'on tiendra écartés
du mur, on pourra garantir les Pêchers en fleur contre les gelées du
printemps. Les murs du _sud_ seront garnis de Pêchers.

À l'_est_ on plantera de la Vigne, qui sera conduite à la Thomery.

À l'_ouest_ se trouveront des Pêchers, et dans l'intervalle on
plantera des Poiriers.

Au _nord_, les murs seront garnis de Poiriers, et, pour planter à
cette exposition, il faut avoir soin de choisir les variétés les
plus hâtives, afin que les fruits puissent atteindre leur parfaite
maturité.

On peut aussi planter des Pruniers et quelques Cerisiers tardifs,
qui mûrissent à une époque où l'on est ordinairement privé de ces
fruits.

C'est dans un endroit écarté du potager, et le moins en vue, qu'on
creusera un trou pour jeter les sarclures, les épluchures de légumes
et les débris végétaux, qui pourront être employés comme engrais
après leur réduction en terreau.

Un point important à observer dans l'établissement d'un jardin,
c'est la distribution de l'eau. Dans le potager, elle doit avoir
lieu par des conduits souterrains, que l'on fera passer dans les
allées, de telle sorte qu'il soit possible d'y faire les réparations
nécessaires sans déranger les plantations.

L'eau sera reçue dans un ou plusieurs bassins placés au milieu du
jardin, ou, comme nous l'indiquons sur le plan, dans un bassin au
centre n. 62, et dans des tonneaux placés à l'extrémité des
planches n. 8, 9, 24, 25, 34, 35, 50 et 51.

Ces dispositions sont d'autant plus importantes que l'on connaît
l'utilité indispensable des arrosements non-seulement dans les temps
de sécheresse, mais encore pour accélérer la germination des semis
et faciliter la reprise des plants nouvellement repiqués.

L'allée du milieu aura 3 mètres de largeur, l'allée circulaire et
celles de traverse n'en auront que 2.

Les petites allées pratiquées autour des planches devront avoir
0m,60 de largeur, et seront bordées d'Oseille, de Civette, de
Cresson alénois, de Persil, de Cerfeuil, de Chicorée sauvage, de
Pimprenelle, de Fraisiers, etc.

La largeur des planches sera de 1m,33, avec un sentier de 0m,35
entre chacune, ce qui suffira pour le passage; car le premier rang
de chaque planche doit toujours être au moins à 0m,10 du bord.

Les plates-bandes n. 61 de chaque côté de l'allée du milieu et de
celles de traverse auront 1m,65 de largeur, et seront bordées de
Buis. On y plantera un rang de Poiriers en quenouille, espacés entre
eux d'environ 8 mètres, et un Pommier nain entre chaque Poirier.

Le carré formé par les huit premières planches est destiné à faire
les semis et le repiquage des plantes potagères et des fleurs
nécessaires pour garnir les plates-bandes et les massifs du jardin
d'agrément.

N. 9 à 29 et 30 à 50. Planches à mettre en culture.

N. 51. Emplacement pour faire les couches.

N. 52. Plantation de Groseilliers.

N. 53. Plantation de Framboisiers.

N. 54. Côtière de 2m,75 de largeur à mettre en culture potagère.

N. 55. Plate-bande de 2 mètres de largeur, où l'on plantera un rang
de Rhubarbe anglaise.

N. 56 et 57. Plate-bande de même largeur à mettre en culture.

N. 58. Contre-espalier de Vignes, dont on peut chauffer une partie
chaque année.

N. 59. Plate-bande d'environ 1 mètre de largeur.

N. 60. Rangs de Vignes soutenues par des échalas placés au bout de
chaque planche, et de manière à ne pas obstruer les sentiers.

N. 61. Plate-bande de 1m,65 de largeur.

N. 62. Bassin.

N. 63. Porte pour entrer les fumiers.

N. 64. Allée de communication avec le jardin d'agrément.




CHAPITRE II.

Calendrier.


Nous avons eu en vue, en faisant ce calendrier, d'indiquer d'une
manière à la fois succincte et précise les diverses opérations qui
doivent se succéder sans interruption dans le cours d'une année,
pour que les productions en légumes, fruits et fleurs soient
toujours abondantes, et que jamais le sol ne repose. Pour arriver à
ce résultat, il fallait faire plus qu'énoncer sommairement les
travaux propres à chaque mois; il fallait encore indiquer avec
précision l'époque du semis, celle de la récolte, la place occupée
par chaque genre de culture, et la nature des végétaux qui doivent
succéder à ceux qui ont accompli leur période de végétation.

Nous pensons avoir atteint ce dernier but en renvoyant aux numéros
portés sur le plan (voir pl. 1), ce qui ne laisse pas d'incertitude
sur le choix de l'emplacement à assigner à chaque plante; et comme
les indications du calendrier eussent été insuffisantes sous la
forme que nous leur avons donnée, ou bien qu'elles eussent exigé
des développements que ne comporte pas un tableau synoptique, nous
renvoyons, pour la culture propre à chaque espèce, à l'article
spécial qui y est consacré.

Nous commençons, contrairement à la coutume, l'année par le mois
d'août, parce que c'est à cette époque que commence en effet l'année
horticole, tandis qu'en commençant par le mois de janvier, ainsi que
cela a lieu communément, on sépare les travaux d'automne de ceux de
printemps, avec lesquels ils sont intimement unis, puisqu'ils en
sont la préparation nécessaire.


AOÛT.

  Hauteur moyenne du baromètre, 756 mill. 380[1].
  Température moyenne, maximum + 21°,20.
                       minimum + 16°,46.
  Quantité de pluie, 48 mill. 59.
  État de l'hygromètre, 70°,5.

[Note 1: BOUVART, _Observations météorologiques faites à
l'Observatoire de Paris_.]


TRAVAUX GÉNÉRAUX.--Ce mois est un de ceux qui réclament de la part
du jardinier tous ses soins et son activité. Non-seulement il
entretient, par des arrosements et des bassinages, la végétation des
plantes dont il attend la récolte vers la fin de la saison, mais
encore il s'occupe déjà des semis et des plantations des végétaux
destinés à passer l'hiver et à donner leur produit l'année suivante.


JARDIN POTAGER. _Couches._--Les couches sont peu nécessaires dans ce
mois, et les seuls travaux à faire consistent à planter des
Choux-fleurs sur les couches à Melons, et à faire une meule à
Champignons au n. 8.

_Côtière_ n. 9.--Dans la seconde quinzaine, on plante de la Scarole,
semée en pleine terre dans la seconde quinzaine de juillet.

N. 11. On sème des Mâches.

_Pleine terre_, n. 14.--On sème des Épinards de Hollande.

N. 23. On plante des Choux de Milan, semés en juillet.

N. 32. On sème des Navets.

N. 37. On plante du Céleri turc, semé dans la première quinzaine de
juin.

On sème du Cerfeuil bulbeux et des Radis roses.

Dans la seconde quinzaine, on sème des Oignons blancs, de la Romaine
rouge d'hiver, de la Laitue de la Passion, de la Chicorée de la
Passion, du Cerfeuil, des Choux d'York, coeur-de-boeuf et
pain-de-sucre.

On récolte les graines de Carottes, Laitues, Oignons, Ciboule,
Poireaux, Panais, Persil, Crambé maritime.


JARDIN FRUITIER.--Terminer le palissage des espaliers; supprimer les
branches qui tendraient à s'emporter.

Arroser les Pêchers et découvrir les fruits qui approchent de la
maturité.

Greffer à oeil dormant les arbres fruitiers et les arbres et
arbustes d'ornement.


JARDIN D'AGRÉMENT.--Tous les soins consistent à arroser, ratisser,
biner, couper les gazons, mettre en place les fleurs d'automne,
telles que les Balsamines, Reines-marguerites, Oeillets d'Inde,
etc., si ces travaux n'ont pas encore eu lieu; terminer les
marcottes d'Oeillets.

Greffer les Pivoines en arbre sur des tubercules de Pivoines
herbacées. (Voir page 74, l'article _Greffe_.)

Séparer et replanter les Juliennes doubles, mettre les Oeillets de
semis en planche ou les planter dans les plates-bandes.

Planter les Couronnes impériales et les Lis martagons.

Semer les graines de Pivoines herbacées; ce mode de multiplication
est extrêmement long, et l'on ne sème guère que pour obtenir de
nouvelles variétés.

Semer les Pensées à grandes fleurs, en septembre, on les repique en
pépinière à bonne exposition, pour ne les mettre en place qu'au
printemps; on sème aussi, mais en pots et sous châssis, les
Pélargoniums, les Calcéolaires, les Cinéraires, les Mimulus, les
Giroflées quarantaines.


SERRES.--Vers la fin du mois, rabattre et rempoter les Pélargoniums
et les plantes dont les pots ont été enterrés pendant l'été, afin
qu'elles soient reprises à l'époque où on les rentrera dans la
serre. On fait des boutures de Pélargoniums, de Calcéolaires, de
Chrysanthèmes à fleurs blanches, Cuphéa, Ageratum Mexicanum,
Fuchsia, Véroniques ligneuses, Verveines.


SEPTEMBRE.

  Hauteur moyenne du baromètre, 756 mill. 399.
  Température moyenne, maximum  +17°,87.
                       minimum  +13°,74.
  Quantité de pluie, 57 mill. 26.
  État de l'hygromètre, 75°,2.


TRAVAUX GÉNÉRAUX.--Les travaux de jardinage commencent à diminuer,
car l'année approche de sa fin, et les soins d'entretien exigent
moins d'assiduité. Les arrosements deviennent moins fréquents, et
n'ont plus lieu que le matin; on doit, à cause de la fraîcheur des
nuits, cesser ceux du soir. C'est, en revanche, l'époque des
récoltes; les graines sont mûres ou sur le point de l'être, et il
faut songer à les cueillir. Le jardinier soigneux disposera ses
serres et son fruitier pour rentrer ses fruits, ses légumes et ses
plantes quand le moment sera venu. Il faut aussi faire les
réparations nécessaires aux coffres et aux panneaux, afin qu'ils
soient en état dès que les froids viendront.


JARDIN POTAGER. _Couches_, n. 3.--Dans la seconde quinzaine, on
recharge la couche avec du terreau et on plante de la Laitue gotte,
semée dans la première quinzaine du mois. À l'approche des froids,
on couvre ces Laitues avec des châssis, on donne autant d'air que
possible, afin d'éviter la pourriture; avec des soins, on peut en
conserver jusqu'en décembre.

_Côtière_, n. 10.--Dans la première quinzaine, on plante de la
Laitue de la Passion, de la Chicorée de la Passion et de la Romaine
rouge d'hiver, semées dans le courant d'août.

_Pleine terre._--Dans les premiers jours du mois, on sème des
Choux-fleurs, des Choux d'York et coeur-de-boeuf. On sème de la
Chicorée fine sous cloches, mais à froid. On sème la Pimprenelle,
des Radis roses sur ados, et on continue de semer du Cerfeuil
ordinaire, du Cerfeuil bulbeux, des Mâches et des Épinards. On fait
blanchir des Cardons et du Céleri.

N. 56. On sème de la Carotte hâtive.

N. 41. On sème du Poireau long.

N. 42, 43, 44 et 45. On plante cinq rangs de Fraisiers des quatre
saisons dans chaque planche, et on les met à 0m,35 sur la ligne.

N. 46 et 47. On plante quatre rangs de Fraisiers Queen's seedling,
ou toute autre espèce à gros fruit, dans chaque planche, et on les
met à 0m,50 sur la ligne.

On récolte les graines de Chicorées, Céleri, Betteraves, Poirées,
Choux-fleurs.


JARDIN FRUITIER.--Les travaux de ce mois se bornent à peu de chose.
Néanmoins, on surveille la végétation des Pêchers, afin de maintenir
l'équilibre de la sève. On greffe les arbres qui végétaient trop
vigoureusement dans le cours du mois précédent, et l'on garantit les
fruits contre la voracité des oiseaux et des insectes. On donne le
dernier binage.


JARDIN D'AGRÉMENT.--Mêmes travaux de soins et d'entretien que dans
les mois précédents. C'est l'époque la plus favorable pour semer les
pelouses de gazon, car il reste encore assez de temps pour qu'il
couvre la terre avant l'hiver, et au printemps il est en état de
résister à la sécheresse, qui lui est très-contraire. C'est
également l'époque de tondre les bordures de Buis. Semer les
Clarkias, Collinsias, Coréopsis, Crépis, Énothères, Alyssum
maritimum, Gilias, Mufliers, Némophiles, Oeillets de Chine, Silènes,
Saponaire de Calabre, Thlaspis, etc., et repiquer avant l'hiver les
plants en pépinière, pour ne les mettre en place qu'au printemps.
Semer en pots, que l'on hiverne sous châssis, les Anagallis,
Brachycomes, Centranthus, Eucharidium, Leptosiphon, Nemesia,
Nycterinia, Malopes, Phlox Drummondi, Schizanthus, Trachymènes,
Viscaria.

Planter aussi les Iris Germanica, semer des Giroflées quarantaines
pour les repiquer sur ados, ou dans des pots, qu'on rentre dès que
le froid se fait sentir. Semer les Renoncules et Anémones en terrine
ou en pleine terre.

Séparer et replanter les Pivoines herbacées, mais de telle sorte que
les bourgeons ne soient recouverts que d'environ 0m,5 ou 0m,3 de
terre.

Planter les Pancratiums Illyricum, les Fumeterres bulbeuses et les
Alstræmerias, qui peuvent supporter la pleine terre; planter aussi
les Jonquilles à 0m,5 ou 0m,6 de profondeur, ainsi que les Muscaris,
les Jacinthes, les Crocus, les Tulipes hâtives et les Narcisses que
l'on veut chauffer pendant l'hiver.

On peut encore faire des boutures de Calcéolaires, Ageratum
Mexicanum, Chrysanthèmes à fleurs blanches, Verveines.


SERRES.--Vers le 15, on rentre les plantes de serre chaude, qui
souffriraient de l'abaissement de la température. On rempote les
plantes de serre tempérée et d'orangerie, afin qu'elles soient
reprises avant qu'on les rentre, et l'on remet les panneaux sur les
serres et sur les bâches.


OCTOBRE.

  Hauteur moyenne du baromètre, 754 mill. 465.
  Température moyenne, maximum +14°,73.
                       minimum + 9°,46.
  Quantité de pluie, 48 mill. 10.
  État de l'hygromètre, 82°,5.


TRAVAUX GÉNÉRAUX.--Commencer les labours d'hiver, les travaux de
plantation et les modifications à faire dans la disposition du
jardin; faire les trous d'arbres, planter même si l'on est pressé.
Séparer les bordures et les touffes des plantes vivaces, élaguer les
arbres rustiques, commencer à tondre les haies, couvrir les plantes
délicates; récolter les graines, les fruits, les légumes. Si l'on a
des terres à remuer pour certaines dispositions du jardin, on peut
commencer. Le soir, on fait des paillassons, afin d'être en mesure
de couvrir les châssis et les serres dans le courant du mois
suivant.


JARDIN POTAGER. _Couches._--On commence à chauffer les Asperges
vertes, et on plante les oeilletons d'Ananas dans des pots
proportionnés à la force de chacun; aussitôt après la plantation, on
enfonce les pots sur une couche, et, à partir de cette époque
jusqu'au printemps, il faut remanier les réchauds tous les mois. Il
faut aussi relever de pleine terre ceux qui ont été plantés l'année
précédente à la même époque, puis les mettre dans la serre.

Dans la première quinzaine, on sème sous cloches et sur ados de la
Laitue petite noire; on élève ces Laitues sans jamais leur donner
d'air. À la même époque, on sème de la Romaine verte maraîchère, et
dans la seconde quinzaine de la Laitue rouge, de la Laitue gotte et
de la Romaine blonde ou grise maraîchère. Lorsque le plant
commencera à avoir quelques feuilles, on placera trois rangs de
cloches sur toute la longueur de l'ados, et l'on repiquera sous
chacune d'elles une trentaine de plants. Pendant la première
huitaine qui suivra la plantation, on donnera un peu d'air au plant
en soulevant les cloches d'environ 0m,3, puis après ce temps, on
augmentera progressivement jusqu'à 0m,8, et il ne faudra rabattre
les cloches que lorsqu'il gèlera à 2 ou 3 degrés. Ce plant, étant
convenablement soigné, servira à faire toutes les plantations qui
auront lieu depuis le mois de décembre jusqu'à la fin de février.

On repique les Choux-fleurs et les Choux cabus hâtifs en pépinière.

N. 6. Vers la fin du mois ou au commencement de novembre, on plante
sur terre, mais sous châssis, de la Chicorée fine semée dans la
première quinzaine de septembre, et deux rangs de Choux-fleurs semés
dans les premiers jours de septembre.

Si, vers la fin du mois, on craignait la gelée, il faudrait mettre
les panneaux sur les Laitues plantées n. 3.

_Pleine terre_, n. 19.--On sème les Épinards pour le printemps. Dans
la seconde quinzaine, on repique au n. 18 de l'Oignon blanc semé
dans la seconde quinzaine du mois d'août, et on sème du Cerfeuil ou
des Mâches dans l'intervalle. On fait les derniers semis de Cerfeuil
bulbeux.

Vers la fin du mois, ou au commencement de novembre, il faut couper
les vieilles tiges d'Asperges, et donner à chaque planche un léger
binage à la fourche, puis étendre un bon paillis de fumier.

On continue de faire blanchir du Céleri et des Cardons.


JARDIN FRUITIER.--Il ne reste plus rien à faire aux arbres jusqu'au
moment de la taille; on peut cependant marquer ceux qu'on se propose
de déplanter pour les lever le mois suivant. C'est l'époque de
cueillir les fruits et de les déposer dans le fruitier, ce qu'il ne
faut faire que par un temps bien sec et au fur et à mesure que les
arbres cessent de végéter.


JARDIN D'AGRÉMENT.--Couper les tiges des plantes vivaces qui ont
cessé de fleurir. Nettoyer les plates-bandes, les fumer et les
labourer avant de mettre en place les plantes qui devront fleurir au
printemps. Ramasser les feuilles qui tombent dans les allées,
auxquelles on donne une dernière façon.

Semer en place des Cynoglosses, Pieds-d'alouette, Pavots, Giroflées
de Mahon, Adonides, etc. Refaire les bordures de Mignardise, de
Buis, de Marjolaine, de Thym et d'Hysope; sevrer les marcottes
d'Oeillets, et les planter en pots ou en pleine terre. Planter les
Jacinthes à 0m,10 de profondeur, et planter en pots celles que l'on
destine à être chauffées. Planter les Iris d'Espagne et
d'Angleterre, à 0m,3 de profondeur; les Crocus en pots, en bordures
ou dans les gazons, où ils produiront au printemps un effet charmant
et seront défleuris avant qu'il soit nécessaire de couper le gazon.
Mettre en terre les Tulipes, à environ 0m,6 de profondeur. Il faut
aussi planter l'Ail doré et les Scilles agréables et d'Italie;
relever de terre les Glaïeuls plantés au printemps.

Dès les premières gelées, il faut relever de terre les Dahlias, les
Érythrines, les Balisiers, et les déposer dans l'orangerie ou dans
une cave bien sèche, pour passer l'hiver; en faire autant de toutes
les plantes de serre qu'on a mises en pleine terre au printemps pour
garnir les massifs et plates-bandes. Il faut les tailler et les
empoter; puis, pour les rétablir, on les met pendant quelque temps
sous un panneau.


SERRES.--Dans la première quinzaine, on rentre les Pélargoniums; et
dans la seconde, à moins de froid prématuré, les Orangers, les
Grenadiers et les Lauriers-roses. Les plantes les plus délicates,
celles qui ont besoin d'air et de lumière, se mettent près du jour,
et les plus rustiques se placent derrière. Lorsque toutes les
plantes sont rentrées, on bine la terre des pots ou des caisses, et
on donne un léger arrosement.


NOVEMBRE.

  Hauteur moyenne du baromètre, 755 mill. 614.
  Température moyenne, maximum + 10°,15.
                       minimum +  4°,74.
  Quantité de pluie, 55 mill. 87.
  État de l'hygromètre, 82°,2.


TRAVAUX GÉNÉRAUX.--On commence les plantations et les labours, ainsi
que le défoncement du terrain qu'on destine à une nouvelle
plantation. On veille à la conservation des végétaux qui craignent
la gelée, et on ramasse les feuilles pour faire les couches et
couvrir les châssis. Lorsqu'on a le choix, les feuilles de Chêne et
de Châtaignier sont celles auxquelles on doit donner la préférence.


JARDIN POTAGER. _Couches._--On continue de chauffer les Asperges
vertes et on commence à chauffer les Asperges blanches. Dans les
premiers jours du mois, on sème sous châssis, mais en pleine terre,
des Pois pour replanter sous châssis. On sème de la Laitue Georges
sous cloches et sur ados, et on traite le plant comme nous l'avons
indiqué pour les Laitues rouges et gottes.

On relève les Romaines vertes pour les replanter immédiatement sous
cloches; mais, cette fois, on n'en met plus que douze ou quinze par
cloche. S'il arrivait que le plant de Romaine blonde ou grise
avançât trop, il faudrait lui faire subir un second repiquage,
comme aux Romaines vertes.

S'il survenait de fortes gelées, il faudrait garnir les cloches qui
couvrent le plant de Laitues et de Romaines avec du vieux fumier
bien sec ou des feuilles, et, pour garnir le derrière de l'ados, on
fera un réchaud que l'on élèvera jusqu'à la superficie des cloches.

On doit augmenter la couverture en raison de l'intensité du froid,
et découvrir les cloches au moment du soleil; mais il est nécessaire
de s'assurer d'abord si le plant n'est pas atteint de la gelée; car
alors il faudrait, au lieu de découvrir, augmenter la couverture et
le laisser dégeler graduellement.

_Pleine terre._--On arrache le Céleri planté au n. 37, pour le
replanter par rangs dans une tranchée; lorsqu'il viendra de fortes
gelées, on le couvrira avec de la litière ou des feuilles, que l'on
retirera lorsque le temps sera devenu plus doux.

N. 31. Vers la fin du mois, on sème des Pois Michaux, et, dans les
intervalles, de la Laitue à couper.

On coupe les montants d'Artichauts et les plus longues feuilles;
puis on les butte, opération qui consiste à relever la terre autour
de chaque touffe, de manière que celle-ci se trouve enterrée presque
jusqu'en haut. Lorsqu'il vient de fortes gelées, on les couvre avec
de la litière ou des feuilles, que l'on écarte quand le temps est
doux.

Afin de ne pas manquer de provisions pendant les gelées, il faut
arracher et mettre en jauge, soit dans la serre à légumes, soit dans
le potager, tous les légumes que la gelée endommagerait ou
empêcherait d'arracher, tels que Carottes, Betteraves, Navets,
Chicorées, Scaroles, Céleris, Cardons. Il faudra couvrir avec de la
paille ou des feuilles ceux que l'on aura enjaugés dans le potager,
comme les Poireaux, les Salsifis, les Scorsonères, les Navets, et
les découvrir toutes les fois que le temps le permettra.

Il faut aussi, dans le courant du mois, arracher les Choux dont les
pommes sont faites, et les mettre en jauge, afin de pouvoir s'en
servir pendant les gelées.

Dans le courant du mois, mais le plus tard possible, on coupe les
têtes de Choux-fleurs, ce qu'il ne faut faire que par un temps bien
sec, et on les dépose dans la serre à légumes, où elles peuvent se
conserver jusqu'en avril.


JARDIN FRUITIER.--Tailler les arbres vieux ou débiles, pour empêcher
que la sève ne monte dans les bourgeons qui doivent être supprimés,
et que l'arbre ne s'épuise. Arracher les arbres qu'on a l'intention
de supprimer.

Commencer les plantations d'arbres fruitiers dans les terres
calcaires, légères ou sablonneuses, où il est toujours préférable de
planter en automne, excepté pour les Mûriers et les Figuiers, qui ne
doivent être plantés qu'au printemps. Il faut aussi planter en pots
les arbres fruitiers que l'on destine à être chauffés l'année
suivante.

Si, dans la première quinzaine, on peut disposer de quelques
panneaux, il faudra les placer devant l'espalier de Vigne; par ce
moyen, on peut conserver du Raisin dans toute sa beauté jusqu'en
janvier. Vers la fin du mois, on peut empailler les Figuiers, ou
bien, si les branches sont assez souples pour être abaissées jusqu'à
terre, on les y fixe au moyen de crochets de bois, puis on les
couvre de terre.


JARDIN D'AGRÉMENT.--Découper à la bêche les bordures de gazon.
Arracher les plantes annuelles qui sont défleuries. Labourer les
plates-bandes et les massifs. Diviser et replanter les plantes
vivaces dont les touffes sont devenues trop larges. Mettre les
Giroflées jaunes en place, de même que les Roses trémières, Oeillets
de poëte, Corbeilles d'or, Thlaspis.

Terminer la plantation des Tulipes, des Jacinthes et des Narcisses.
Semer en place les premiers Pois de senteur.

Arracher les Dahlias, dans la seconde quinzaine du mois, si le temps
a été assez favorable pour qu'on les ait laissés en terre jusqu'à
cette époque.

Butter les Rosiers francs de pied, qui souffrent ordinairement de
nos hivers. Commencer les plantations d'arbres et d'arbustes
d'ornement, excepté les arbres résineux, les Catalpas, Magnolias
grandiflora, Tulipiers, qui ne doivent être plantés qu'au printemps.

Lorsqu'il commence à geler, il faut couvrir ou mettre dans la serre
les Oeillets en pots, les Giroflées grosse espèce et Cocardeau.


SERRES.--Tous les soins à donner aux plantes de serre consistent à
renouveler l'air aussi souvent qu'on pourra, entretenir la propreté,
et ne mouiller qu'avec la plus grande réserve.

On commence à couvrir la serre chaude pendant la nuit, et, à partir
de cette époque, on continue jusqu'en avril. Lorsque, le soir, le
temps est clair, le vent à l'est, et que le thermomètre ne marque
pas plus de 3 ou 4 degrés au-dessus de zéro, il faut couvrir tous
les châssis et les serres avec des paillassons.


DÉCEMBRE.

  Hauteur moyenne du baromètre, 754 mill. 953.
  Température moyenne, maximum + 7°,93.
                       minimum + 3°,53.
  Quantité de pluie, 43 mill. 60.
  État de l'hygromètre, 87°,5.


TRAVAUX GÉNÉRAUX.--Les travaux de pleine terre sont fort restreints;
on peut s'occuper du transport des engrais et les étendre sur le
sol dans lequel ils doivent être enfouis. On continue les labours,
si la gelée le permet.

Vers la fin du mois ou au commencement de janvier, on vide les
tranchées des vieilles couches à Melons, afin de pouvoir disposer de
l'emplacement.


JARDIN POTAGER. _Couches._--La cessation des travaux de pleine terre
laisse aux jardiniers le temps de s'occuper de leurs couches, qui
exigent tous leurs soins. Aussitôt que les couches indiquées pour ce
mois sont faites, il faut les couvrir de panneaux, afin que les
fumiers entrent plus promptement en fermentation; et, à moins de
temps contraire, on peut découvrir tous les jours celles sur
lesquelles on a semé ou planté, en ayant soin de couvrir avant la
nuit.

On continue de chauffer les Asperges blanches et vertes. Dans la
première quinzaine, on sème des Raves hâtives, et dans la seconde
quinzaine des Poireaux.

N. 3. Vers le 15 de ce mois, on sème sur couche et sous châssis de
la Carotte courte hâtive, et on plante de la Laitue petite noire
semée dans la première quinzaine d'octobre.

N. 4. Planter des touffes d'Oseille sur couche et sous châssis.

N. 5. Dans la première quinzaine on repique sur terre, mais sous
châssis, des Pois semés dans les premiers jours de novembre.

_Pleine terre._--À l'approche des gelées, on relève les Brocolis en
mottes pour les planter près à près, et assez profondément pour que
la tige soit enterrée jusqu'aux premières feuilles. On lie les
Cardons, on les lève en mottes et on les rentre dans la serre à
légumes. On couvre le Persil avec de la paille ou des feuilles, et
lorsque le temps est doux on découvre un peu les Artichauts; mais il
est prudent de les recouvrir le soir; et, si la gelée augmente, il
faut les recouvrir d'une plus grande quantité de feuilles ou de
litière.

On continue de semer des Pois Michaux, et dans la première quinzaine
on plante au n. 12 des Choux d'York semés dans les premiers jours de
septembre.


JARDIN FRUITIER.--On continue les plantations, et dans les terres
fortes, argileuses ou humides, on fait les trous seulement pour ne
planter qu'en février ou mars. On défonce, on fume et laboure, et
vers la fin du mois on place les serres mobiles sur la Vigne et les
arbres fruitiers en espalier que l'on veut chauffer.


JARDIN D'AGRÉMENT.--Continuer les changements de disposition,
élaguer les arbres, défoncer les parties de vieux gazons que l'on
veut ressemer, réparer les allées dégradées et continuer les
plantations. Dans la deuxième quinzaine, on peut planter les
Renoncules.


SERRES.--Entretenir la température de la serre aux Ananas, garnir
les tablettes de Fraisiers, renouveler l'air dans la serre tempérée
et l'orangerie quand il ne gèle pas, et avoir soin de les refermer
avant la disparition du soleil.

Couvrir de bâches les Camélias, Rhododendrons, Magnolias, et autres
arbustes rustiques. Bien qu'ils puissent rester trois mois sans
lumière et sans aucun soin, il est bon cependant de les visiter
quelquefois pour enlever la moisissure que l'absence d'air peut
produire.


JANVIER.

  Hauteur moyenne du baromètre, 757 mill. 759.
  Température moyenne, maximum + 7°,10.
                       minimum + 4°,41.
  Quantité de pluie, 36 mill. 27.
  État de l'hygromètre, 86°,5.


TRAVAUX GÉNÉRAUX.--Ce mois est ordinairement froid et humide; mais,
lorsque le temps le permet, on continue les défoncements et les
labours qui n'ont pu avoir lieu dans le courant du mois précédent;
et l'on ouvre les fosses à Asperges pour le printemps; on amène
aussi sur le terrain des fumiers destinés à être enterrés; on met en
tas celui qui doit servir à faire les couches, les réchauds, etc.
Lorsque le temps est assez rigoureux pour empêcher les travaux
extérieurs, on fait les réparations nécessaires aux instruments de
jardinage, on nettoie les graines et on prépare tout ce qui sera
nécessaire pour les opérations ultérieures.

Le jardinier qui a des serres et des couches a une occupation
constante, et, à cette époque de l'année, elles exigent tous ses
soins. Si le temps est humide, il faut écarter la litière qui couvre
les Artichauts et les recouvrir dès qu'on craint la retour du froid.


JARDIN POTAGER. _Couches._--Il faut soigner les couches, refaire les
réchauds, remplir ceux qui n'ont pas besoin d'être refaits, de
manière qu'ils soient toujours aussi élevés que la superficie des
panneaux. À moins de temps contraire, on découvre les panneaux tous
les jours, et l'on donne un peu d'air aux plantes, au moment du
soleil, en soulevant les panneaux du côté opposé au vent; il est
prudent de les recouvrir avant qu'il se soit formé du givre sur les
vitres.

On commence à chauffer les Ananas qui sont de force à donner fruit,
on continue de chauffer les Asperges blanches et vertes, et l'on
plante les Pommes de terre Marjolin.

On sème sur couches très-chaudes les premières Chicorées fines, pour
planter sous châssis. On sème également sous châssis du Persil, ou
bien on plante des pieds tout venus.

On continue de planter des touffes d'Oseille. On sème sous cloches
ou sous châssis des Pois hâtifs pour repiquer en pleine terre, et,
vers la fin du mois, on met des châssis sur les Fraisiers de pleine
terre qu'on veut forcer.

N. 4. Dans la seconde quinzaine, on repique sur couche et sous
châssis des Haricots de Hollande semés dans la première quinzaine du
mois.

N. 7. On fait une couche sur laquelle on place trois rangs de
cloches.

On plante sous chaque cloche quatre Laitues petite noire (semée dans
la première quinzaine d'octobre), et au milieu une Romaine verte,
choisie parmi celles qui ont été semées dans les premiers jours
d'octobre.

_Pleine terre._--Les travaux de pleine terre sont peu nombreux;
cependant, si, vers la fin du mois, il ne gèle pas, on peut planter
dans les terres légères, à bonne exposition, des Choux d'York et
coeur-de-boeuf, semés dans les premiers jours de septembre, et de la
Romaine verte, semée dans la première quinzaine d'octobre; puis
parmi le tout on sème de la Carotte hâtive et du Poireau.


JARDIN FRUITIER.--Continuer les plantations, et si le temps le
permet, commencer, quand il ne gèle pas, à tailler les Pommiers et
les Poiriers en espalier et en quenouille, pour continuer jusqu'en
mars, en commençant toujours par les moins vigoureux; enlever le
bois mort et détruire les nids de chenilles. Couper les rameaux
destinés à servir à la greffe, ou faire des boutures et les enterrer
au nord dans du sable, à l'abri de la gelée et des influences
atmosphériques. Lorsque le froid ou d'autres circonstances empêchent
de mettre immédiatement en place les arbres destinés à des
plantations, il faut les disposer en jauge et en couvrir les racines
de manière à les garantir de la gelée.

Émousser les arbres et les passer au lait de chaux, afin de détruire
les lichens et les insectes qui s'attachent sur l'écorce. On doit,
dans le même but, blanchir les murs des arbres en espalier, ce qui
peut avoir lieu au moyen d'une seringue de jardin semblable à celle
que l'on emploie pour bassiner les plantes de serre.

Commencer à chauffer la Vigne, les Cerisiers, les Pêchers, les
Pruniers et les Figuiers.


JARDIN D'AGRÉMENT.--Il y a peu de travaux à faire dans la saison
rigoureuse; cependant, on profite du temps favorable pour faire les
travaux de terrassement, labourer les massifs et enterrer les
feuilles. On peut aussi continuer les plantations.

Dans la seconde quinzaine de ce mois, on peut commencer à semer sur
couche chaude de la Pervenche de Madagascar.


SERRES.--Mettre sous châssis ou dans la serre les Jacinthes en pots,
Narcisses, Tulipes hâtives, Rosiers du Bengale, Lilas, Rhododendrons,
etc., dont on veut avancer la floraison.

Découvrir les serres tous les jours, à moins de temps contraire, et,
au moment du soleil, donner un peu d'air à l'orangerie et à la serre
tempérée; enfin, visiter avec soin les plantes placées dans les
serres, et veiller à ce qu'elles ne soient pas atteintes de la
pourriture.


FÉVRIER.

  Hauteur moyenne du baromètre, 757 mill. 706.
  Température moyenne, maximum + 7°,08.
                       minimum + 0°,94.
  Quantité de pluie, 40 mill. 50.
  État de l'hygromètre, 83°,2.


TRAVAUX GÉNÉRAUX.--Terminer tous les labours qui n'ont pu être faits
dans le cours du mois précédent, et achever les travaux que l'hiver
a suspendus; il faut se presser de les finir, pour ne pas être
arrêté quand la végétation recommencera. Toutes les fois que le
temps le permet, donner de l'air aux Artichauts et au Céleri, que
l'on recouvre quand on craint la gelée.


JARDIN POTAGER. _Couches._--Mêmes soins que dans le mois précédent.
On sème les premiers Melons à châssis et les Concombres; on continue
de chauffer les Asperges blanches, de semer de la Chicorée fine, des
Haricots de Hollande pour planter sous châssis, de la Chicorée
sauvage, des Radis roses et des Carottes hâtives sur couche, mais à
l'air libre. On sème du Céleri-rave, des Choux rouges, des Choux de
Milan et de Bruxelles.

Vers la fin du mois, on sème des Aubergines, et on plante, au n. 1,
des Melons cantaloups hâtifs semés dans les premiers jours du mois.

_Côtière._--Dans le cas où l'état de la température n'aurait pas
permis de le faire plus tôt, on plante, au n. 9, de la Romaine
verte, semée dans la première quinzaine d'octobre, et dans la
Romaine on contre-plante des Choux-fleurs, semés dans la première
quinzaine de septembre; puis, parmi le tout, on sème de la Carotte
hâtive et du Poireau.

_Pleine terre._--Les semis recommencent dans ce mois et ont pris de
l'importance; on commence à butter les Crambés pour les faire
blanchir.

N. 15. On sème parmi de la Carotte hâtive et des Radis.

N. 21. On plante des Choux coeur-de-boeuf, semés dans les premiers
jours de septembre, et après la plantation on sème des Épinards
entre les Choux.

N. 22. On plante des Choux d'York, également semés dans les premiers
jours de septembre, et on sème du Cerfeuil ou des Épinards.

N. 34. On sème des Fèves naines hâtives.

N. 48. On sème des Scorsonères.

N. 49. On sème des Salsifis.

Vers la fin du mois ou dans les premiers jours de mars, on sème, au
n. 40, de l'Oignon jaune des Vertus; au n. 14, on repique des Pois
Michaux de Hollande, semés sur couche en janvier ou février, et, au
n. 29, on plante des Pommes de terre Marjolin ou des fines hâtives.


JARDIN FRUITIER.--On commence les plantations dans les terres
fortes, argileuses ou humides; on continue de tailler les Poiriers
et les Pommiers, et on commence à tailler les Abricotiers, Pruniers,
Cerisiers, Pêchers et la Vigne. Tailler les Groseilliers et rabattre
les Framboisiers, pour en obtenir plus de fruits. Émousser les
arbres, et les passer au lait de chaux, quand cette opération n'a
pas été faite à l'époque précédemment indiquée.

Planter les Mûriers, terminer les labours. Mettre stratifier les
Amandes que l'on veut planter au printemps, et semer les Poiriers et
les Pommiers.


JARDIN D'AGRÉMENT.--Labourer les bosquets et les massifs, ainsi que
les emplacements destinés à faire des gazons, que l'on sème à la fin
du mois. Tailler les Rosiers à bois dur, tels que cent-feuilles,
Provins, hybrides non remontants, etc.

Replanter les bordures de Buis, Lavande, Sauge, Hysope, Mignardise,
Pâquerette, etc. Planter les arbres résineux. On peut continuer ces
plantations jusqu'en mars. Semer en place des Pieds-d'alouette, des
Pavots, des Giroflées de Mahon, Thlaspis, Résédas, si l'on n'en a
pas semé durant l'automne. Planter les Renoncules, à 0m,05 de
profondeur. Semer sur couche les Giroflées quarantaines, les
Amarantes, les Pervenches, les Pétunias, Mimulus, Lobélias; presque
toutes les plantes annuelles, excepté celles d'automne; puis, quand
le plant est assez fort, on le repique en pépinière, pour ne le
planter en place qu'en avril et mai.

On fait également sur couche des boutures de Coléus, Lantana,
Lobélia, Héliotropes, Nierembergia, Pétunia, Salvia, Verveines, qui,
convenablement soignées, peuvent être plantées en mai dans le jardin
d'agrément.


SERRES.--Renouveler l'air dans la serre tempérée et l'orangerie,
enlever les feuilles mortes. Biner la terre des pots et les arroser
modérément.


MARS.

  Hauteur moyenne du baromètre, 755 mill. 852.
  Température moyenne, maximum +9°,94.
                       minimum +2°,66.
  Quantité de pluie, 39 mill. 89.
  État de l'hygromètre, 75°,0.


TRAVAUX GÉNÉRAUX.--Les travaux de ce mois sont les premiers de
l'année qui réclament toute l'activité des jardiniers. On doit se
hâter de finir les labours, d'enterrer les fumiers et les engrais et
de refaire partout les bordures. On découvre les végétaux qu'on a
buttés et couverts pour les garantir de la gelée; il faut cependant
encore recouvrir les semis et les plantations d'une petite couche de
terreau ou d'un paillis léger, afin de les mettre à l'abri des
gelées printanières et du hâle, et l'on met en terre les
porte-graines qu'on a conservés en jauge ou dans la serre à légumes.


JARDIN POTAGER. _Couches._--Pendant ce mois, les couches nécessitent
beaucoup de surveillance, car il faut souvent ombrer les châssis
pendant le jour et les couvrir la nuit.

On exhausse les coffres des Choux-fleurs, Haricots, etc., toutes les
fois qu'il est nécessaire; et si, vers la fin du mois, le temps est
favorable, on enlève les panneaux des Choux-fleurs; mais, comme à
cette époque les nuits sont souvent très-froides, il faut, pendant
la nuit et par le mauvais temps, les couvrir avec des paillassons.

On commence à chauffer les Ananas de deuxième saison. On continue de
semer des Melons à châssis, des Concombres, des Aubergines et de la
Chicorée sauvage. On fait des boutures de Patates, et vers la fin du
mois on sème des Tomates et des Piments.

N. 7. Dans la première quinzaine, on plante sous chaque cloche trois
Laitues gottes semées dans la seconde quinzaine d'octobre.

N. 2. Dans la seconde quinzaine, on plante sur couche en tranchée
des Melons semés dans la seconde quinzaine de février, sur lesquels
on rapporte les châssis qui étaient sur les Carottes semées au n. 3.

_Côtière._--On sème un rang de Persil le long du mur.

_Pleine terre._--On plante les pommes de terre et tous les
porte-graines. On sème des Oignons blancs, des Choux pommés de
Saint-Denis, quintal, de Milan et de Bruxelles, des Laitues, des
Romaines, des Panais, du Céleri, de la Poirée blonde, des Épinards,
de la Ciboule, des Pois, des Fèves, des Salsifis, des Scorsonères,
de la Chicorée sauvage, de la Pimprenelle, du Persil et du Cerfeuil.

N. 13. On plante deux rangs de Crambés.

N. 14. Dans la première quinzaine, on sème des Radis roses.

N. 17. On plante de la Romaine blonde semée vers la fin d'octobre.

N. 20. On plante de la Laitue rouge semée vers le 15 octobre, et on
contre-plante des Choux-fleurs semés dans la première quinzaine de
septembre.

N. 25, 26, 27, 28. On plante quatre rangs d'Asperges de Hollande; on
les met à environ 0m,40 de distance sur la ligne.

N. 32. On sème des Pois d'Auvergne et des Pois ridés.

N. 38. On sème du Poireau.

N. 39. On sème de la Carotte demi-longue.

Dans la seconde quinzaine, on sème des Brocolis et des Navets
hâtifs.


JARDIN FRUITIER.--Terminer les plantations, achever la taille des
arbres fruitiers, excepté pour ceux qui sont trop vigoureux;
labourer le pied des arbres en espalier. Greffer la Vigne, et lors
du premier mouvement de la séve pratiquer l'incision transversale,
pour faire développer les branches nécessaires à la charpente des
arbres qu'on veut élever sous une forme régulière.

Planter les Figuiers et découvrir ceux qui sont empaillés; couper le
bois mort et rabattre les branches trop maigres.


JARDIN D'AGRÉMENT.--Outre les travaux indiqués en tête de ce mois,
il faut terminer les plantations d'arbres, d'arbrisseaux et des
plantes vivaces; nettoyer complétement les allées, les sabler.

Découvrir tous les Rosiers qui ont été empaillés ou buttés.

Achever de les tailler, excepté ceux qui auraient souffert du froid;
il faudra attendre pour cela qu'ils aient commencé à végéter, et les
tailler plutôt longs que courts, sauf à les raccourcir une quinzaine
de jours après.

Refaire les bordures de Buis et labourer les massifs de terre de
bruyère.

Semer les pelouses de gazon dans les terrains où l'on n'aura pas pu
semer en automne.

Planter les Renoncules et les Anémones qu'on n'aurait pas encore
plantées.

Planter les Tigridias, à 0m,5 de profondeur, les Glaïeuls, à 0m,10,
et les Lis de Saint-Jacques en pots ou en pleine terre, à 0m,15 de
profondeur.

Séparer et replanter les plantes vivaces. (Voir page 69,
_Multiplication par les racines_.)

Semer les Crépis, Malopes, Lavatères, et du Réséda, que l'on peut
continuer de semer pendant tout l'été.

Semer, pour être repiqués, de la Giroflée jaune, des Oeillets de
Chine, et presque toutes les plantes annuelles que l'on a semées sur
couche précédemment. Semer aussi les Coréopsis et les Thlaspis, si
on ne les a pas semés en automne.

Planter sur couche des Tubéreuses, et mettre les tubercules de
Dahlias sous un châssis, afin de favoriser le développement des
bourgeons.

Semer, sur couche, les Verveines, les Balsamines, Amarantes,
Amarantoïdes, Seneçon des Indes, Zinnias, etc.; et, lorsque le plant
sera assez fort, on le repiquera sur couche en pépinière pour ne
planter en place qu'en mai.

Semer aussi des Cobéas, et, dès qu'ils auront quelques feuilles, on
les repiquera dans de petits pots qu'on laissera sur couche jusqu'à
la fin d'avril ou le commencement de mai, époque où on les mettra en
pleine terre; on peut encore faire des boutures de Coléus, Lantana,
Lobélia, Héliotropes, Nierembergia, Pétunia, Salvia, Verveines,
quand celles qu'on a faites en février ne promettent pas une bonne
reprise.


SERRES.--On n'a plus besoin, dans ce mois, de faire du feu, car le
soleil a pris assez de force pour que ses rayons échauffent
l'atmosphère, et il est même souvent nécessaire d'ombrager les
serres, afin de ne pas laisser brûler les feuilles des plantes. Les
arrosements seront peu à peu plus fréquents et plus abondants. On
nettoie partout, et on seringue les feuilles des plantes aussi
souvent que l'état de la température l'exige.


AVRIL.

  Hauteur moyenne du baromètre, 754 mill. 789.
  Température moyenne, maximum +12°,70.
                       minimum + 5°,59.
  Quantité de pluie, 45 mill. 53.
  État de l'hygromètre, 65°,8.


TRAVAUX GÉNÉRAUX.--On continue les travaux qui n'ont pas été
terminés dans le cours du mois précédent; mais, comme les gelées
sont moins à craindre, on peut faire des semis de toutes sortes.

Sarcler et éclaircir les semis, pailler les plantations pour les
préserver contre le hâle, et, s'il est nécessaire d'arroser, il ne
faut le faire que le matin et dans le jour seulement, à cause de la
fraîcheur des nuits.


JARDIN POTAGER. _Couches._--On sème des Melons pour planter sous
cloches, des Concombres, des Cornichons et des Potirons pour planter
en pleine terre; sous châssis, des Haricots flageolets pour repiquer
également en pleine terre; et sur couche, mais à l'air libre, de la
Chicorée fine et des Choux-fleurs.

N. 3. Dans la première quinzaine, on plante des Melons semés dans la
première quinzaine de mars, sur lesquels on rapporte les châssis qui
étaient sur les Choux-fleurs plantés n. 6.

N. 7. On plante sous cloches deux rangs d'Aubergines semées fin
février.

N. 4. Dans la seconde quinzaine, on fait une couche sourde, et on
plante sous cloches un rang de Melons semés dans la seconde
quinzaine de mars.

N. 8. Vers la fin du mois ou au commencement du mois de mai, on
plante, sur couche sourde, un rang de Patates.

_Plate-bande_, n. 55.--On plante un rang de Rhubarbe anglaise.

_Pleine terre._--On continue de planter des Pommes de terre. On sème
des Choux-fleurs et on continue de semer des Brocolis, des Choux de
Milan, de Bruxelles et de Poméranie, des Pois, des Fèves, des
Carottes, des Radis, des Épinards, des Laitues et des Romaines, du
Céleri à couper, du Persil, du Cerfeuil, de la Pimprenelle, de la
Chicorée sauvage; et, vers la fin du mois, des Choux-fleurs
demi-durs, du Cresson alénois, etc.

N. 30. On plante des Choux de Milan, semés vers la fin de février.

N. 37. On sème de l'Oseille.

N. 50. On plante des Choux quintal semés vers le 15 mars.

N. 51, 52, 53 et 54. On plante deux rangs d'oeilletons d'Artichauts
dans chaque planche; on les met à 1 mètre sur la ligne.


JARDIN FRUITIER.--Achever de tailler les arbres vigoureux et les
Pêchers; garantir par des toiles ou des paillassons les arbres en
fleur, que menacerait la gelée; terminer les labours et les
plantations; faire les boutures et couchages; répandre du paillis
pour empêcher la sécheresse; greffer en fente les Cerisiers,
Pruniers, Poiriers, Pommiers, Mûriers, etc.; repiquer les Amandes
que l'on a mises à stratifier.


JARDIN D'AGRÉMENT.--Planter les Magnolias grandiflora et les
Tulipiers, qui, à cette époque, reprennent beaucoup mieux qu'en tout
autre temps. Terminer les labours et tous les travaux de nettoyage
du jardin d'agrément.

Semer les graines d'arbres résineux; semer les Oeillets; rempoter ou
mettre en pleine terre les marcottes de l'année précédente; semer en
place les Capucines grandes et naines, les Haricots d'Espagne, les
Volubilis, les Lupins annuels, les Belles-de-nuit, les Nigelles,
etc.; et semer, pour être repiqués, les Oeillets d'Inde et les Roses
d'Inde, que l'on peut semer successivement jusqu'en juin; diviser
les touffes de Chrysanthèmes.


SERRES.--Donner de l'air quand le temps le permet, afin de fortifier
les plantes qui bientôt pourront être exposées à l'air libre;
commencer à seringuer les plantes vers le milieu du jour, et donner
des arrosements modérés. Dans la seconde quinzaine, on commence à
sortir les plantes les moins délicates.


MAI.

  Hauteur moyenne du baromètre, 754 mill. 863.
  Température moyenne, maximum +17°,67.
                       minimum +10°,98.
  Quantité de pluie,             56 mill. 80.
  État de l'hygromètre,          70°,0.


TRAVAUX GÉNÉRAUX.--Nous n'entrerons dans aucun détail sur les
opérations horticoles de ce mois, qui sont nombreuses et variées. Le
jardinier a besoin de toute son activité, et chacune des parties du
jardin réclame tous ses soins.


JARDIN POTAGER. _Couches._--On fait une couche de 0m,50 d'épaisseur,
que l'on recouvre de 0m,25 de bonne terre, pour planter les Ananas
en pleine terre, sous châssis.

Dans la première quinzaine, on sème des Cornichons et les derniers
Melons; puis sur couche, mais à l'air libre, de la Chicorée fine, de
la Chicorée de Meaux et de la Scarole; on fait une couche sourde au
n. 5, et on plante sous cloches un rang de Melons semés dans la
première quinzaine d'avril.

Dans la seconde quinzaine, on fait une couche sourde au n. 6, et on
plante un rang de Melons, semés dans la seconde quinzaine d'avril,
sur lesquels on rapporte les cloches qui étaient sur les Aubergines
plantées au n. 7.

_Côtière_, n. 9.--Dans la seconde quinzaine, on plante des
Concombres blancs et des Cornichons verts, semés sur couche en
avril.

N. 11. On sème du Cerfeuil.

N. 10. Dans la seconde quinzaine, on sème des Haricots par touffes
ou en rayons.

_Pleine terre._--On plante les dernières Pommes de terre. On sème
des Cardons, des Choux-raves, du Céleri turc, des Radis noirs, de la
Poirée blonde, du Pourpier doré, et on continue de semer des
Choux-fleurs, des Brocolis, des Choux de Milan, de Bruxelles et de
Poméranie, des Carottes, des Radis, des Épinards, des Laitues et des
Romaines, des Pois, des Fèves, de l'Oseille, du Persil et du
Cresson. Vers le 15, on peut planter des Patates en pleine terre.

Dans les premiers jours du mois, on plante, au n. 15, de la Chicorée
demi-fine semée sur couche dans les premiers jours d'avril.

N. 19. On plante de la Romaine blonde semée dans la seconde
quinzaine d'avril, et vers la fin du mois, on contre-plante des
Choux-fleurs semés sur une vieille couche vers la fin d'avril.

N. 35. On sème de la Chicorée toujours blanche.

N. 33. On sème des Haricots à rames.

N. 23. On sème des Haricots nains.

Dans la seconde quinzaine on plante, au n. 22, de la Laitue grise
semée dans la première quinzaine du mois, et on contre-plante deux
rangs de Tomates semées sur couche vers la fin de mars.

N. 17. On plante de la Chicorée fine semée sur couche vers la fin
d'avril, et on contre-plante quatre rangs de Céleri-rave semé sur
couche en février.

N. 24. On sème deux rangs de Cardons de Tours immédiatement en
place, et on contre-plante trois rangs de Romaine semée dans la
première quinzaine du mois.

N. 41. On plante un rang de Potirons semés sur couche en avril.

N. 36. Vers la fin du mois ou au commencement de juin, on plante
quatre rangs de Choux de Poméranie semés vers la fin d'avril.

N. 51, 52, 53 et 54. On plante entre chaque rang d'Artichauts un
rang de Choux de Bruxelles semés vers la fin d'avril.


JARDIN FRUITIER.--Il faut, outre les travaux généraux, que le
jardinier veille à maintenir l'équilibre entre les différentes
parties de ses arbres et à favoriser leur développement.

On commence l'ébourgeonnement; on donne les premiers binages, et
l'on commence à greffer en écusson à oeil poussant.


JARDIN D'AGRÉMENT.--Planter les derniers Magnolias à feuilles
persistantes.

Dans la seconde quinzaine du mois, planter les Dahlias; mais il n'y
a pas avantage à les planter plus tôt, car il arrive souvent qu'ils
ne donnent plus de fleurs dès le mois de septembre, époque de leur
beauté.

Commencer à faire faucher les gazons, qui, à partir de cette époque,
devront être coupés le plus souvent possible; car, pour avoir de
beaux gazons, il faut éviter de les laisser monter en graines.

C'est le moment de mettre en pleine terre les Érythrines, Balisiers,
Pélargoniums zonale, Héliotropes, Calcéolaires, Coléus, Pétunias,
Verveines, Chrysanthèmes à fleurs blanches, etc.

Tailler les Lilas et les Ribes sanguineum aussitôt qu'ils sont
défleuris, car il n'y a de belles fleurs que sur le jeune bois.

Replanter en bordure les Amaryllis jaunes.

Semer des Giroflées quarantaines, puis des Giroflées grosse espèce,
et que l'on repiquera en pépinière vers la fin de juin; et en
septembre on les relèvera pour les planter en pots.


SERRES.--Sortir les plantes de l'orangerie et une partie des
Pélargoniums (on laissera les plus avancés dans la serre), et au
moment où les premières fleurs commenceront à s'épanouir, on les
rentrera, afin de jouir de toute la beauté de leur floraison, qui se
prolonge pendant tout le mois, et quelquefois pendant la première
quinzaine de juin. Durant le milieu de la journée, il faut étendre
une toile sur la serre, afin de protéger les fleurs contre l'ardeur
du soleil.

Vers le 15, on sort les Orangers, et quelques jours plus tard les
plantes de serre chaude qui peuvent passer dehors quatre mois de
l'année. On procède au rempotage, et on replace dans la serre les
plantes qui ne peuvent pas rester à l'air libre sous le climat de
Paris.

On enlève les châssis des serres tempérées, et on découvre les
bâches à Camélias, Rhododendrons, etc.


JUIN.

  Hauteur moyenne du baromètre, 756 mill. 966.
  Température moyenne, maximum +21°,19.
                       minimum +14°,42.
  Quantité de pluie,            54 mill. 34.
  État de l'hygromètre,         67°,5.


TRAVAUX GÉNÉRAUX.--Nous renvoyons à chacune des parties qui traitent
de la culture propre à ce mois pour tous les travaux à faire.
Maintenir la propreté par des sarclages, des binages et des
ratissages; ne pas ménager les arrosements quand le temps est sec;
faire la chasse aux animaux et aux insectes nuisibles: tels sont les
soins généraux qui appellent l'attention du jardinier.


JARDIN POTAGER. _Couches._--Dans ce mois, on peut se passer de faire
de nouvelles couches, les plantes réussissent bien en pleine terre;
on enlève les coffres et les châssis, et après la récolte des Melons
plantés n. 1, on plante deux rangs de Choux-fleurs semés en mai;
puis de la Chicorée ou de la Scarole semée sur couche dans la
première quinzaine de mai.

_Pleine terre._--On sème de la Chicorée de Meaux et de la Scarole,
de la Raiponce, des Choux de Vaugirard et des Choux-fleurs pour
l'automne, de la Ciboule et du Poireau pour l'hiver.

On continue de semer des Brocolis, des Choux de Milan et de
Bruxelles, des Carottes hâtives, du Céleri turc, des Radis roses,
des Radis de Madras et des Radis noirs, des Laitues, des Romaines,
des Navets, de l'Oseille, du Pourpier, du Cerfeuil, du Cresson
alénois, des Pois et des Haricots; c'est même le moment de semer
tous ceux que l'on veut mettre en filet.

Dans la première quinzaine, on repique au n. 21 quatre rangs de
Romaines (semées dans la seconde quinzaine de mai), et, dans la
seconde quinzaine, on repique dans la Romaine trois rangs de Poirée
à cardes (semée dans les premiers jours du mois), que l'on met à
0m,50 sur la ligne.

N. 18. On plante quatre rangs de Laitue semée dans la seconde
quinzaine de mai.

N. 31. On sème des Navets.

N. 30. On sème des Haricots.

Dans la seconde quinzaine, on contre-plante dans la Chicorée
plantée n. 15 quatre rangs de Céleri turc semé dans les premiers
jours de mai.

N. 14. On repique quatre rangs de Scarole semée sur couche dans les
premiers jours du mois, et quelques jours plus tard, on
contre-plante des Choux-raves semés vers la fin de mai.

Vers la fin du mois ou dans les premiers jours de juillet, on sème
au n. 29 de la Chicorée de Meaux immédiatement en place.

Dans le courant du mois, on coupe les pétioles de Rhubarbe pour en
faire des confitures.

On récolte les graines de Cerfeuil, de Cresson alénois, de Mâches,
etc.


JARDIN FRUITIER.--On commence le palissage de la Vigne et des arbres
en espalier, pour ne le terminer que vers la fin de la saison.

On continue l'ébourgeonnage, le pincement et la suppression des
bourgeons inutiles, seul moyen d'avoir des arbres toujours beaux et
d'un produit assuré.

On pince le bouton terminal des Figuiers, afin d'en assurer la
fructification. Vers la fin du mois, ou au commencement de juillet,
on taille les Mûriers dont les feuilles ont servi à l'éducation des
vers à soie.


JARDIN D'AGRÉMENT.--On fauche les gazons, on bine les plates-bandes
et les massifs, on arrose les plantes annuelles et vivaces, on met
des tuteurs aux Dahlias, Roses trémières, etc.

Greffer en écusson toutes les variétés de Rosiers.

Tailler dans le courant du mois les Glycines de la Chine, qui
prennent un trop grand développement.

Repiquer en pépinière les Oeillets de semis, rempoter les
Chrysanthèmes plus grandement et les rabattre; relever les Amaryllis
Belladones, et les replanter peu de temps après.

Semer les Roses trémières, Croix-de-Jérusalem, Digitales,
Campanules, Corbeilles d'or, Delphinium, Oeillets de poète, Myosotis
alpestris, Lin vivace, Primevères et toutes les plantes vivaces
propres à garnir le jardin d'agrément.


SERRES.--Sortir les Pélargoniums de la serre aussitôt qu'ils sont
défleuris, les déposer pendant quelques jours à une exposition
ombragée, ensuite les placer dans une position bien aérée; et, pour
que la terre des pots se dessèche moins, on les enterre, à peu près
à moitié. Si l'on ne veut pas enlever les châssis de la serre aux
Pélargoniums, on pourra la regarnir avec des Lauriers-roses doubles,
dont la floraison sera plus belle et plus certaine qu'à l'air libre.


JUILLET.

  Hauteur moyenne du baromètre, 756 mill. 193.
  Température moyenne, maximum +21°,19.
                       minimum +16°,99.
  Quantité de pluie, 47 mill. 21.
  État de l'hygromètre, 68°,2.


TRAVAUX GÉNÉRAUX.--Les mêmes qu'en juin. Redoubler d'activité et de
soins, car toutes les parties du jardinage sont d'une égale
importance, et réclament la sollicitude du jardinier.


JARDIN POTAGER.--_Couches._ Dans la première quinzaine, on enlève le
fumier de la couche n. 2, on remplit la tranchée avec la terre qu'on
en avait tirée, on laboure le tout, et, après avoir dressé le
terrain, on plante des Choux-fleurs semés dans la seconde quinzaine
de juin; puis on contre-plante de la Chicorée ou de la Scarole semée
dans la première quinzaine de juin.

N. 3. Dans la seconde quinzaine, on enlève également le fumier de la
couche, et, comme au n. 2, on remplit la tranchée et on plante des
Choux-fleurs semés dans la première quinzaine du mois; et on
contre-plante de la Chicorée ou de la Scarole semée dans la première
quinzaine du mois.


PLEINE TERRE.--On fait les derniers semis de Choux de Milan,
Carottes, Chicorées, Scaroles, Laitues romaines, et on continue de
semer des Navets, de la Raiponce, des Radis roses, des Radis
queue-de-rat, du Pourpier doré, du Cerfeuil, enfin tout ce qui peut
arriver à maturité avant l'hiver.

N. 18. Dans les premiers jours du mois, on contre-plante dans la
Laitue de la Chicorée ou de la Scarole semée dans la première
quinzaine de juin; puis on plante de chaque côté de la planche un
rang de Choux de Vaugirard semés dans la seconde quinzaine de juin.

N. 20. On sème de la Raiponce. Dans la seconde quinzaine, on plante
au n. 16 quatre rangs de Romaine blonde ou de Laitue semée dans la
première quinzaine du mois, et on contre-plante deux rangs de
Choux-fleurs semés dans la première quinzaine de juin.

On récolte les graines d'Oseille, d'Épinard, de Choux, de Pois, de
Salsifis, de Scorsonère, etc.


JARDIN FRUITIER.--Visiter les espaliers, maintenir l'équilibre entre
les différentes parties des arbres, palisser, ébourgeonner,
découvrir sans les dégarnir les fruits dont on veut accélérer la
maturité.

Pendant les fortes chaleurs, arroser les Pêchers, au pied, et le
soir seringuer les feuilles.

De la fin du mois à la mi-septembre, greffer en écusson à oeil
dormant les Cerisiers, Pruniers, Pêchers, Abricotiers, Poiriers et
Pommiers.


JARDIN D'AGRÉMENT.--Commencer à ébourgeonner les Dahlias; planter
les Lis à 0m,15 ou 0m,20 de profondeur aussitôt qu'ils seront
défleuris.

Retirer les Renoncules, Anémones, Narcisses, Jonquilles, dès que les
feuilles seront desséchées.

Semer les Lupins vivaces aussitôt la maturité des graines; à
l'automne, les repiquer en pots, que l'on mettra dans l'orangerie ou
sous châssis pour passer l'hiver, et au printemps on les met en
pleine terre.

Vers la fin du mois ou au mois d'août, marcotter les Oeillets et
commencer à greffer les Rosiers en écusson à oeil dormant.


SERRES.--Les plantes de serre sont presque toutes dehors et
n'exigent que des arrosements. Il faut donner du grand air à celles
qui sont restées dans la serre, les abriter contre les rayons
solaires et les arroser au besoin.




CHAPITRE III.

Instruments de jardinage.


Tous les instruments indiqués dans ce chapitre sont indispensables
pour cultiver un jardin; et, quoique nous ne cherchions nullement à
constituer en frais ceux qui puiseront des renseignements dans notre
livre, nous leur conseillons de s'en procurer la plus grande partie,
afin de simplifier les opérations.


§ I.--_Outils propres aux labours et plantations._

BÊCHE DE SOISSONS.--La lame est un peu évidée au milieu; elle a
0m,27 de longueur sur 0,20 de largeur en haut, et 0m,16 en bas. Au
lieu d'avoir une douille, la lame est fixée au manche au moyen de
deux chevilles rivées.


BÊCHE DE SENLIS.--Le manche a 1 mètre de longueur, non compris la
partie enfoncée dans la douille; le fer a 0m,30 de hauteur, 0m,22
de largeur en haut et 0m,18 en bas.


BINETTE.--La binette est une petite houe dont la lame n'a guère que
0m,16 de longueur sur 0m,12 de largeur. Elle sert à remuer la terre
entre les plantes dont les rangs sont un peu écartés, ainsi qu'à
faire les trous pour planter les Haricots et les Pommes de terre.


BINETTE À CROC.--Cette binette, dont la lame est double, offre un
tranchant d'un côté et de l'autre deux longues dents.


HOYAU.--Outil destiné à faire les tranchées, arracher les arbres et
préparer au labour à la bêche les terres compactes. Le manche a
0m,76, et la lame, qui forme avec le manche un angle droit, 0m,32.


HOULETTE.--La houlette est une petite bêche dont la lame, longue
d'environ 0m,15, large de 0m,10, est repliée cylindriquement sur ses
côtés: elle est destinée à relever les plantes en mottes.


PIOCHE OU TOURNÉE.--Cet instrument est particulièrement employé pour
les travaux de terrassement; on s'en sert utilement pour faire les
trous et déplanter les gros arbres.


PLANTOIR.--Pour faire un plantoir, on choisit une branche d'arbre
recourbée à son extrémité, puis on effile la partie qui doit être
enfoncée en terre, et pour lui donner plus de durée et de
pénétrabilité, on la fait garnir de fer ou de cuivre.


TRAÇOIR TRIDENT.--L'avantage de cet instrument est d'éviter de
déplacer le cordeau autant de fois qu'il faut de rayons dans une
planche. Pour tracer six rayons, il suffit de tendre deux fois le
cordeau, et pour cinq une seule fois, en le plaçant au milieu de la
planche. On peut faire les rayons plus ou moins écartés, car les
deux branches latérales sont fixées dans le bas au moyen d'une
charnière, et sur la traverse par une petite cheville mobile, qui
permet de les éloigner ou de les rapprocher selon le besoin.


CISEAUX À TONDRE.--Ce sont de grands ciseaux de 0m,40 de longueur,
dont les manches forment avec la lame un angle très-ouvert; ils
servent à tondre les haies, les gazons, les bordures, etc.

Les lames doivent avoir du jeu et ne pas être serrées par un écrou.
Pour s'en servir il faut, au moyen d'efforts en sens opposé, presser
les lames l'une contre l'autre.


RATEAU SIMPLE À DENTS DE FER.--Il sert à nettoyer les allées, à unir
la surface du terrain nouvellement labouré, puis à recouvrir
légèrement les semis. Il faut en avoir au moins deux, l'un d'environ
0m,30, et l'autre de 0m,45.


RATISSOIRE À POUSSER.--Manche, 1m,40 de longueur; lame, 0m,20.


RATISSOIRE À TIRER.--Employée dans les parties où la terre est le
plus dure. La lame, qui a 0m,20 de largeur, est faite avec un
morceau de vieille faux. Le manche a 1m,15 de longueur.


ROULEAU.--Le rouleau est un gros cylindre en fonte ou en pierre,
muni à chaque extrémité d'une oreillette arrondie, tournant comme un
essieu dans une boucle de fer; on l'emploie avec avantage pour
rouler les terres et les gazons.


SARCLOIR.--Cet instrument sert à sarcler entre les plantes qui ne
sont pas semées trop dru. Sa longueur totale est de 0m,25.


§ II.--_Outils propres aux transports._

BROUETTE À COFFRE.--Les proportions d'une brouette sont: longueur,
1m,50 à 1m,60; largeur du coffre, 0m,50 à 0m,55; écartement des bras
à leur extrémité, 0m,65; diamètre extérieur de la roue, 0m,48.


CROCHET POUR LE TRANSPORT DES CAISSES.--Ces crochets sont en fer, et
l'une des extrémités forme une boucle dans laquelle on passe un
brancard de 2 mètres de longueur; à l'aide de ces crochets, deux
hommes transportent facilement des caisses très-pesantes.


DIABLE.--Cet appareil est indispensable pour entrer et sortir les
caisses qu'il est impossible de transporter avec les crochets. Pour
les enlever, on approche l'appareil de manière à engager les
mentonnets sous la caisse; on cale les roues, et l'on appuie sur la
flèche de manière que la caisse se trouve placée obliquement; on
peut alors la diriger facilement partout où l'on veut.


FOURCHE ORDINAIRE.--Cet instrument sert à faire les couches, à
transporter les fumiers et à herser les planches du potager.


HOTTEREAU (on prononce HOTTRIAU).--Il sert au transport des fumiers
et du terreau. Dans les jardins maraîchers, il remplace la brouette.


PELLE DE BOIS.--Comme cet instrument est à peu près partout le même,
nous croyons inutile d'en donner les proportions; il sert à enlever
les terres et terreaux, à les amonceler, etc.


§ III.--_Instruments servant aux arrosements._

ARROSOIR À POMME.--Cet instrument, qui doit être en cuivre pour
avoir plus de durée, contient environ dix litres d'eau.


ARROSOIR À BEC pour mouiller dans les serres. Il doit être au moins
un tiers plus petit que l'arrosoir à pomme.

Pour arroser les semis et les boutures, on met la pomme à la place
du bec de prolongement.


POMPE À MAIN ET À JET CONTINU, de M. Petit.--Cet instrument, qui
lance l'eau à 5 et 6 mètres de hauteur, sert à arroser les arbres
trop élevés pour qu'on puisse se servir de la seringue.


SERINGUE pour laver la tête des arbres et les plantes d'orangerie et
de serre. Sa longueur totale est de 0m,50.


§ IV.--_Instruments propres à la taille et à l'élagage des arbres._

CROISSANT.--On se sert de cet instrument, dont la lame est placée à
l'extrémité d'un manche plus ou moins long, pour élaguer les arbres
et écheniller; mais on lui substitue avec avantage pour ce dernier
objet l'échenilloir, dont la manoeuvre est bien moins fatigante.


COUPE-BOURGEONS.--Espèce de sécateur à lames courbes, qui sert à
ébourgeonner et facilite cette opération.


ÉCHENILLOIR.--On peut, dans certaines circonstances, remplacer cet
instrument par le croissant; mais celui-ci est toujours moins
commode.


SÉCATEUR.--Le choix de cet instrument est d'une grande importance;
car s'il est mal fabriqué, il écorche les branches et nuit à la
végétation de l'arbre. Son avantage sur la serpette est de faciliter
la taille; mais il ne peut lutter dans toutes les circonstances avec
ce dernier instrument, qui fait toujours des plaies plus nettes.


SCIE À MAIN, destinée à enlever les branches qu'on ne peut couper au
sécateur. Sa longueur totale est de 0m,25.


ÉGOHINE, servant à couper les branches dans les endroits où la scie
à main ne peut passer.


SERPETTE.--On en fait de différentes dimensions; mais les plus
généralement employées ont un manche d'environ 0m,12, de longueur,
et la lame de 0m,08 à 0m,09.


SERPE.--Elle sert à abattre les grosses branches, faire les pointes
des pieux et des tuteurs, etc.




CHAPITRE IV.

Défoncements et Labours.


Lorsqu'on établit un jardin neuf, il faut commencer par se rendre
compte de l'état et de la profondeur du terrain, ce qui est
essentiel surtout si l'on a des plantations d'arbres à opérer.

Si la couche supérieure de terre est mauvaise ou depuis
très-longtemps en culture, et que la fertilité se trouve épuisée, il
faut faire défoncer.

Si, comme il arrive souvent, le terrain est couvert d'herbes
élevées, il faut les arracher, les réunir en tas et les brûler,
quand elles sont assez sèches. On en étendra les cendres sur le
terrain après le défoncement, que l'on fera en automne ou en hiver
de la manière suivante: À une des extrémités du terrain, l'on
ouvrira une tranchée de 1m,60 à 2 mètres de largeur (appelée jauge).
Assez ordinairement, il suffit d'enlever deux fers de bêche, et l'on
pioche le fond de la tranchée avant de la remplir. Il y a des
terrains où il faut cependant défoncer beaucoup plus profondément.
On divisera le terrain en deux, trois ou quatre parties, selon le
nombre d'ouvriers. On déposera la terre de la première tranchée au
bout où l'on doit terminer, ce qui servira à combler le vide de la
dernière. On remplacera successivement chaque tranchée par une autre
de même longueur, en ayant soin de mettre la terre du fond à la
superficie.

Il faudra enlever les parties de mauvaise terre et les pierres, que
l'on mettra dans les grandes allées, dont on enlèvera toute la bonne
terre.

Le défoncement terminé, on donnera un bon coup de fourche pour
briser les mottes de terre et unir la superficie du terrain; puis on
passera le râteau pour enlever les pierres, qui serviront encore à
remplir les allées.

1. _Labours._--Dans les terres légères, on fera annuellement un
profond labour pendant les belles journées d'hiver; quant aux terres
compactes et humides, il faudra en automne les relever par chaînes,
c'est-à-dire enlever la terre de la surface du sol, et la réunir en
monticules, ou mieux en lignes parallèles. Les gelées les
ressuieront, et au printemps elles seront beaucoup plus faciles à
cultiver.

Dans les jardins, les labeurs se font à la bêche. Avant de
commencer, on enlèvera de la terre de manière à former une jauge
d'un bon fer de bêche de profondeur (0m,25 à 0m,30 environ), de
0m,30 à 0m,35 de largeur, et de la longueur du travers d'une planche
pour un homme seul.

Si l'on doit labourer deux planches à côté l'une de l'autre, on
déposera la terre de la jauge sur celle d'à côté et sur le même
bout.

Si l'on n'en a qu'une, on la déposera au bout où l'on doit terminer,
de manière à avoir de quoi remplir la dernière jauge. Comme c'est
aussi à cette époque qu'on enterre le fumier, l'on devra auparavant
l'étendre bien également sur tout le terrain, ce qui permet souvent
de labourer par les gelées; sans cette précaution, le froid
durcirait la surface du sol et empêcherait tout travail.

On labourera à reculons en prenant la terre par bêchée, que l'on
replacera sur l'autre bord de la jauge, en la retournant chaque fois
de manière que celle du fond se trouve en dessus, puis on poussera
du fumier dans chaque jauge, en ayant soin de ne pas l'enterrer trop
profondément, afin qu'il se trouve à la portée des racines. On
brisera bien les mottes de terre avec la bêche, et l'on jettera de
côté les pierres que l'on rencontrera.

Il faut surtout avoir soin, en labourant, de mettre la terre des
sentiers dans la planche, car elle aura eu une année de repos. Pour
les labours d'hiver, il ne faut pas trop unir la superficie du
terrain; seulement, quand il faudra planter ou semer, on l'égalisera
à la fourche.

On procédera pour toute l'étendue du jardin comme nous l'indiquons,
en maintenant toujours une jauge de même largeur.

En labourant au pied des arbres, on ne saurait prendre trop de
précautions pour ne pas en blesser les racines.

Toutes les fois que l'on voudra faire succéder une culture à une
autre, il faudra labourer le terrain, mais pas aussi profondément
qu'en hiver, et avoir soin d'arracher auparavant les mauvaises
herbes, dont les graines germeraient promptement une fois enterrées.
Dans les terrains extrêmement maigres, où il est toujours nécessaire
de mettre quelque engrais, il ne faut l'employer que très-consommé.

2. _Sarclage._--Le sarclage consiste à faire disparaître du sol les
plantes et les mauvaises herbes étrangères à la culture. Cette
opération se fait à la main, et exige une certaine pratique afin de
distinguer au premier coup d'oeil les plantes qu'il faut enlever de
celles qui doivent être conservées. On conçoit que ce travail doit
offrir beaucoup de difficultés lorsque la terre est sèche: c'est
pourquoi, dans ce cas, il faut avoir soin de bassiner, une heure au
moins avant de commencer cette opération, les planches qui ont
besoin d'être sarclées.

3. _Binage._--Le binage est une opération non moins nécessaire aux
plantes potagères que le sarclage; elle a lieu à l'aide de la
binette, et, suivant le besoin, avec la lame ou avec les dents.

Le binage a pour but de diviser la surface du sol, afin de rendre la
terre perméable aux influences atmosphériques et aux arrosements.
Dans quelques circonstances (par exemple, pour les plantes
repiquées), le binage peut remplacer le sarclage, et quelquefois
alors on peut, au lieu de la binette, employer la ratissoire.




CHAPITRE V.

Fumier et Engrais.


Nous n'aurons à parler que des engrais les plus communs; les autres,
tels que la raclure de corne, le noir animal, le sang desséché, la
poudre d'os, le guano et l'engrais perazoté, n'étant guère employés
que dans la grande culture.

Ceux que nous conseillons, et qu'il est le plus facile de se
procurer, sont les débris végétaux en état de décomposition. On peut
se servir encore de la vase des étangs et des balayures des rues,
qui sont également de bons engrais, mais seulement après être
restées longtemps en tas, avoir été remuées plusieurs fois pendant
l'hiver et mûries par les influences de l'atmosphère. Le marc des
Raisins et des Poires à cidre est aussi très-bon, quand il est resté
assez longtemps en tas pour qu'on n'ait plus à craindre que les
graines germent une fois en terre.

La fiente du pigeon ou colombine et celle de poule ne devront être
employées que très-sèches et réduites en poussière, et, comme la
poudrette, semées légèrement à la volée, et cela seulement dans les
terres fortes. Ces fumiers ne peuvent être employés que dans des
circonstances souvent fort limitées, tandis que ceux qui proviennent
de la litière mêlée à l'urine et aux excréments d'animaux
domestiques se trouvent partout en abondance; ils présentent entre
eux des différences que nous allons signaler. Les fumiers les plus
chauds sont ceux de _cheval_, de _mulet_, d'_âne_ et de _mouton_;
les plus compactes et les plus froids sont ceux de _boeuf_, de
_vache_ et de _porc_.

Quel que soit le fumier que l'on emploie, nous pensons qu'il ne doit
être enterré qu'après sa fermentation, sans attendre cependant qu'il
soit entièrement consommé; frais, il n'agit pas comme engrais, mais
comme amendement; aussi, dans les terres fortes, humides et froides,
qu'il est nécessaire de diviser, on n'emploiera jamais que des
fumiers non consommés. Un autre inconvénient de ces fumiers est de
renfermer encore des graines dont la fermentation n'a pu détruire le
principe germinatif et qui couvrent promptement le sol de mauvaises
herbes.

Pour les terres légères et brûlantes, qu'il est nécessaire de lier,
on emploiera du fumier de vache; à défaut de celui-ci, on en prend
un autre; mais alors on ne doit l'employer qu'à moitié consommé.

C'est en hiver et dans les premières gelées qu'il faudra étendre le
fumier dans tous les endroits où on doit l'enterrer. Quel que soit
l'engrais dont on se sert, on doit en mettre tous les ans et le plus
possible, surtout pour les planches de potager qui sont toujours en
culture.

Les fumiers et les feuilles presque consommés provenant des vieilles
couches seront réservés pour étendre chaque année comme paillis sur
les plates-bandes et sur toutes les parties en culture, ce qui est
encore un bon engrais; mais il faudra s'abstenir de mêler à ces
fumiers les sarclures du jardin avant leur réduction complète en
terreau.

Les engrais doivent être enterrés assez tôt pour qu'ils aient eu le
temps de se consommer avant que les racines des plantes puissent les
atteindre, surtout les racines charnues. Certaines plantes
potagères, telles que le Poireau et l'Oignon, réussissent mieux dans
une terre fumée de l'année précédente.




CHAPITRE VI.

Des Arrosements.


L'eau étant un des principaux agents de la végétation, elle est
indispensable dans un jardin. Quand on n'a pas un cours d'eau dont
on puisse disposer à son gré, il est nécessaire de s'en procurer par
tous les moyens possibles.

Les eaux pluviales, plus salutaires à la végétation que toutes les
eaux qui coulent à la surface du sol, doivent être recueillies avec
soin; à cet effet, on devra garnir de gouttières toutes les
toitures, de manière à n'en pas laisser perdre. Elles seront reçues
dans un réservoir placé à une certaine élévation, ce qui facilitera
les moyens de distribuer l'eau par les tuyaux dans toutes les
parties du jardin.

À défaut d'eau courante ou jaillissante, on sera obligé d'avoir
recours à l'eau de puits. Dans cette circonstance, il faudra se
préoccuper du meilleur moyen de la tirer; car il est déplorable que
dans beaucoup de localités on soit encore réduit à la nécessité de
se servir de la corde et des seaux, exercice aussi long que
fatigant; tandis qu'avec une pompe à manége à triple effet, on peut
facilement se procurer 12 à 1,500 litres d'eau par heure. Il est
vrai que pour cela il faut avoir un cheval, et que beaucoup de gens
se préoccupent si peu du sort de leur jardinier, qu'ils aiment mieux
laisser leurs chevaux à l'écurie que d'en mettre un à sa disposition
quelques heures chaque jour pendant les mois d'été; ce qui cependant
serait très-avantageux, car l'eau des puits contient presque
toujours du carbonate et souvent du sulfate de chaux: sur quelques
points même, ces substances sont tellement abondantes que l'eau
dépose sur le sol et sur les feuilles des plantes une couche de sels
calcaires qui ne permettent plus aux racines de jouir des influences
atmosphériques et aux feuilles de remplir leurs fonctions
physiologiques, ce qui occasionne quelquefois la perte des cultures,
ou le plus souvent un état de langueur non moins préjudiciable. Dans
ce cas, il est de toute nécessité d'avoir un réservoir pour que
l'eau ne soit employée que quelques heures après avoir été tirée, ce
qui permet aux substances malfaisantes qu'elle contient de se
déposer. Il y a aussi avantage à laisser l'eau s'échauffer au
soleil; car pour l'arrosement des plantes délicates ou de celles
cultivées sur couches, l'eau ne devrait jamais avoir moins de 8 à 10
degrés de température. Il n'en est pas de même, il est vrai, pour
les gros légumes; il faut au contraire employer l'eau aussitôt
qu'elle est tirée du puits, car autrement elle activerait trop leur
végétation, et ils ne pourraient alors acquérir tout leur
développement.

On peut augmenter la fertilité du sol en faisant des arrosements
avec de l'eau mêlée de purin ou jus de fumier, de bouse de vache, de
crottin de mouton ou de toutes autres substances animalisées. La
colombine, la poudrette et le guano employés à petites doses, 3 ou 4
kilogrammes environ par hectolitre d'eau, constituent également un
bon engrais liquide, avec lequel on peut, pendant l'été, arroser les
plantes cultivées en pots ou en pleine terre une fois chaque
semaine. La quantité et la fréquence des arrosements ne peuvent pas
être déterminées d'avance; nous nous bornerons à dire qu'ils devront
être plus ou moins abondants, suivant la température et la nature du
terrain.

Pour que les plantes profitent le plus possible des arrosements
pendant les journées chaudes de juin, juillet et août, on n'arrosera
que dans l'après-midi; au printemps et à l'automne, où les nuits
sont ordinairement fraîches, on les arrosera le matin.

Les arrosoirs dont on se servira le plus fréquemment, et
particulièrement pour mouiller les semis et les plantes récemment
repiquées, sont à pomme; les arrosoirs à bec serviront pour mouiller
les plantes en pots. On ajoutera la pomme pour mouiller au pied les
plantes délicates et nouvellement repiquées.




CHAPITRE VII.

Des Couches.


Dans les contrées septentrionales, où la végétation est suspendue
par le froid pendant un temps plus ou moins long, le jardinier a
recours à des moyens artificiels pour suppléer à la chaleur du
soleil et obtenir des produits prématurés. Il est même impossible,
dans le jardin le plus humble, de se passer d'une couche, ne fût-ce
que pour semer certaines graines de fleurs ou de légumes qui ne
peuvent réussir en pleine terre ou ne donnent que des produits
tardifs.

I. COUCHES POUR PRIMEURS.--Les couches doivent toujours être à
l'exposition du sud, et l'emplacement sur lequel on les établira
sera creusé de 0m,20 environ. L'épaisseur qu'on devra leur donner
dépend de plusieurs circonstances: 1º Celles qu'on fait en décembre,
janvier et février doivent être plus épaisses qu'à toute autre
époque de l'année; 2º Sur un sol froid et humide, elles doivent être
plus épaisses que sur un sol sablonneux; 3º Plus elles sont
étroites, plus on leur donnera d'épaisseur. On les fait
ordinairement de 1m,30 de largeur, plus un sentier de 0m,40 qu'on
laisse entre chacune et qu'on remplit de fumier; pour entretenir et
ranimer la chaleur, on entoure les couches de réchauds de fumier
neuf, qu'on renouvelle de temps à autre.

Pour faire les couches, on emploie de préférence du fumier de cheval
neuf, c'est-à-dire celui qui sort de l'écurie: plus il est imbibé
d'urine, mieux il convient. On le mélange de moitié feuilles
d'arbres, de marc de raisin ou d'un tiers de fumier provenant des
anciennes couches. La chaleur est moins forte qu'avec du fumier
seul, mais elle se soutient beaucoup plus longtemps, est plus
régulière, et l'on a moins à craindre un développement de chaleur
excessif, qui occasionnerait quelquefois la perte des jeunes
plantes. On pourrait même, à défaut de fumier, se contenter de
feuilles ou de marc de raisin. On n'emploiera guère le fumier neuf
seul que pour les réchauds et quelques semis, tels que les Melons.

Avant de commencer à monter une couche, il faut, pour mélanger les
fumiers bien également, les déposer le plus près possible de la
place qu'elle doit occuper. On monte la couche en allant toujours à
reculons, en ayant soin de bien mélanger à la fourche les parties
sèches avec celles qui sont le plus imprégnées d'urine, et de
répartir également le crottin. Les bords de la couche doivent être
montés verticalement; et dès qu'on a formé un lit de fumier, on le
mouille plus ou moins, suivant le besoin, avec l'arrosoir à pomme,
de telle sorte que tout soit assez humide pour produire une
fermentation prolongée et éviter que le fumier ne se dessèche au
centre, ce qui pourrait compromettre le résultat de l'opération.
Pour donner à la couche une densité égale sur tous points, on la
foule avec les pieds et le dos de la fourche; puis on rapporte du
fumier dans les endroits creux, pour que l'épaisseur en soit
régulière. On en fait autant à chaque lit, et cela jusqu'à ce que la
couche soit arrivée à la hauteur voulue; après quoi on remplit les
sentiers et l'on pose les coffres qui, par leur dimension, ont
l'avantage de se placer où l'on veut et de suivre l'affaissement de
la couche. Une fois les coffres placés, on charge la couche de
terreau; puis on pose les panneaux, qu'il faut tenir couverts
pendant quelques jours pour faciliter la fermentation. Avant de
semer ou de planter sur une couche nouvelle, il est prudent
d'attendre que la première chaleur se soit modérée. Si, malgré cette
précaution, il arrivait qu'il se développât une trop forte chaleur,
il faudrait s'empresser d'écarter les réchauds du coffre; et si cela
ne suffisait pas, on verserait quelques arrosoirs d'eau autour de la
couche, de manière à la refroidir.

[Illustration: Fig. 2.--Thermosiphon.[2]]

[Note 2: La figure 2 représente une chaudière en cuivre, à
doubles parois, remplie d'eau; le tuyau de départ A sert également à
introduire l'eau dans la chaudière; il communique avec les tuyaux de
circulation B au moyen d'un coude de même diamètre.

Aussitôt échauffée, l'eau contenue dans la chaudière se dilate,
pousse celle qui se trouve dans les tuyaux jusqu'au point C, où elle
rentre dans la chaudière pour se réchauffer et circuler de nouveau
dans les tuyaux quand elle est suffisamment chaude.

Quant aux tuyaux, lorsque le parcours est d'une certaine étendue, on
leur donne la forme méplate, afin de chauffer une plus grande
surface que dans les tuyaux cylindriques, et pour contenir une moins
grande quantité d'eau qui puisse parvenir au degré d'ébullition plus
promptement que dans ces derniers. On donne généralement à ces
tuyaux 0m,02 à 0m,03 d'épaisseur sur une hauteur variable de 0m,10 à
0m,15, suivant le cube d'air et le besoin d'élévation de la
température. Les tuyaux de 0m,21 sur 0m,2 sont assez communément en
usage. En effet, les tuyaux cylindriques, dont la surface extérieure
correspond à celle du tuyau de 0m,21 de hauteur sur 0m,2 contiennent
4 litres 20 d'eau, et la même longueur en tuyaux d'une surface
extérieure semblable, c'est à-dire d'un diamètre de 0m,15, en
contiendrait 15 litres 17. Il est vrai que l'eau chaude contenue
dans le tuyau cylindrique se refroidira moins vite que dans l'autre;
mais aussi il aura fallu pour la mettre en ébullition brûler plus de
combustible sans avoir obtenu plus de surface de chauffe, et par
conséquent plus de chaleur.]

_Thermosiphon._--En quelques circonstances, on peut remplacer les
couches du fumier par le chauffage au thermosiphon. Pour cela, on
fait assez ordinairement une couche très-mince, afin de garantir les
plantes de l'humidité du sol; puis on fait circuler les tuyaux
au-dessus de la couche. On peut aussi établir un plancher en bois,
sous lequel on fait circuler les tuyaux du thermosiphon; mais les
plantes cultivées sur ce plancher exigent de trop fréquents
arrosements; c'est pourquoi nous pensons qu'il serait mieux (pour
les cultures où il serait nécessaire de chauffer le sol) de faire
circuler les tuyaux dans les sentiers, c'est-à-dire entre les
coffres; et dans ce cas on les couvrirait avec des planches et de la
paille, ou tout autre mauvais conducteur du calorique. Ce qui nous
fait croire que ce moyen serait applicable à la culture des légumes
forcés sous panneaux, c'est que, pour certaines cultures, c'est
seulement au moyen de réchauds qu'on obtient la chaleur nécessaire
aux besoins des plantes.

II. COUCHES SOURDES.--Ce n'est guère qu'en avril qu'on commence à
faire usage de ces sortes de couches. Pour les établir, on fait une
tranchée de 0m,75 à 1 mètre de largeur et d'environ 0m,35 de
profondeur.

On emploie pour les faire les mêmes matériaux que pour les
précédentes; on leur donne 0m,60 à 0m,80 d'épaisseur; elles doivent
être légèrement bombées au milieu.

On les charge de terreau ou de bonne terre, suivant le genre de
culture qu'on y doit faire; puis on les couvre d'un lit de fumier
long pour y concentrer la chaleur.

1. _Réchaud._--Pendant toute la durée des froids, c'est-à-dire
depuis la fin de novembre jusqu'à la mi-avril, il est nécessaire
d'entretenir ou de ranimer la chaleur des couches, et cela sans les
refaire. On arrive à ce résultat au moyen de réchauds, ce qui
consiste, comme nous l'avons dit précédemment, à remplir de fumier
neuf ou recuit les sentiers qui circulent autour des couches, et à
remanier tous les quinze jours ou toutes les semaines; enfin,
suivant le besoin, on y ajoutera chaque fois une partie de nouveau
fumier. En cela, il faut avoir égard à l'état de l'atmosphère,
c'est-à-dire que s'il fait sec, il faut employer du fumier humide,
et si le temps est humide, du fumier sec; puis il faut avoir soin de
les couvrir de paillassons pendant les mauvais temps, afin de
concentrer la chaleur.

2. _Ados._--Les ados sont un moyen sûr et économique de favoriser la
culture des primeurs: les plantes y réussissent mieux que sur un
terrain horizontal. Ils consistent en une pente de 1m,33, tournée du
côté du soleil.

Pour établir un ados, on procède de la manière suivante: après avoir
fait choix d'un emplacement favorable, on donne un bon labour au
sol, en ayant soin d'enlever par devant la terre nécessaire pour
recharger le derrière d'environ 0m,20; après quoi on unit le
terrain; puis on étend sur le tout environ 0m,10 de terre mêlée de
terreau.

Ces ados servent premièrement à semer des Radis, et ensuite on place
trois rangs de cloches pour faire des semis de salade et repiquer
les jeunes plants.




CHAPITRE VIII.

Multiplication des plantes.


Nous comprenons sous ce titre la série des opérations qui ont pour
objet de multiplier les végétaux; mais nous n'avons donné à chacune
d'elles qu'une étendue proportionnée à la difficulté réelle qu'elles
présentent. Nous invitons nos lecteurs à lire attentivement ce
chapitre pour se bien pénétrer des principes qui y sont exposés; et,
en suivant fidèlement nos prescriptions, on arrivera à acquérir
l'habileté manuelle nécessaire pour compter sur un succès certain.


§ I.--Semis.

Quel que soit le mode de semis, la préparation du sol est une
opération préalable de la plus haute importance; ainsi le terrain
doit être labouré avec soin, de manière que les mottes soient bien
divisées, et, après le labour, on herse à la fourche et on enlève
avec le râteau les pierres et les mottes qui sont à la surface.

La plus grande partie des graines potagères peuvent être semées au
printemps; puis, successivement, à des intervalles calculés sur la
durée de la végétation de chaque plante. À l'exception de quelques
salades, il ne faut pas semer plus tard que le mois de juillet les
légumes qui doivent être consommés dans la même année; il est donc
nécessaire, avant de semer, de connaître non-seulement la durée de
la germination des graines, mais encore le temps qu'il faudra
attendre pour que les plantes aient atteint leur entier
développement. On doit ensuite avancer ou reculer l'époque du semis
en raison de la nature du terrain; car, plus la terre est froide et
humide, plus il faut semer tard et moins les graines doivent être
recouvertes; et plus les graines sont fines, moins il faut les
enterrer; il suffit même, pour quelques-unes, de répandre dessus un
peu de terreau après les avoir hersées et foulées; d'autres ne
doivent pas être recouvertes, mais seulement ombragées avec un peu
de litière.

Il y a deux modes principaux de semis: les _semis sur couche_ et les
_semis en pleine terre_.

I. SEMIS SUR COUCHE.--Comme il est souvent nécessaire de faire des
semis à une époque où la température ne permet pas de livrer les
graines à la pleine terre, il faut alors semer sur couche. Bien que
la chaleur de la couche doive varier suivant les différentes espèces
de graines, on peut dire que 12 à 15 degrés paraissent être la
température la plus favorable (excepté pour les Melons, les
Aubergines et la Chicorée, qui exigent plus de chaleur); car toutes
les graines potagères que nous avons soumises à cette température
ont parfaitement réussi.

L'exécution des semis sur couche ne diffère en rien de celle des
semis de pleine terre, c'est-à-dire que les graines doivent toujours
être recouvertes en proportion de leur plus ou moins de finesse. Ces
semis réussissent souvent beaucoup mieux que ceux de pleine terre,
et cela parce qu'on est le maître de modifier à son gré les
conditions de température, de lumière et d'humidité nécessaires au
parfait développement des graines.

II. SEMIS EN PLEINE TERRE.--Ces semis se font _à la volée_, en
_lignes_ ou _rayons_, et en _pochets_.

1. _Semis à la volée._--La terre étant préparée, comme il a été dit
plus haut, on amène avec le râteau un peu de terre fine sur les
bords de la planche, puis on prend une poignée de graines, et on la
répand sur le sol en la laissant passer entre les doigts par un
mouvement d'arrière en avant vif et régulier. Afin de semer plus
également et de ne pas répandre de graines dans les sentiers, on
sème la largeur de la planche en deux fois, en commençant par les
bords. Lorsque les graines sont bonnes, il ne faut pas semer trop
épais, afin d'avoir des plants vigoureux; et si, malgré cette
précaution, ils étaient trop drus, il faudrait les éclaircir à la
main. Comme il est extrêmement difficile de ne pas semer trop épais
les graines fines, on peut, pour éviter cet inconvénient, les mêler
avec du sable ou de la terre fine bien sèche. Après le semis, il
faut herser le terrain légèrement avec la fourche, puis fouler un
peu la terre, ce qu'il ne faudrait cependant pas faire si le terrain
était humide. Pour recouvrir les graines, on étend avec le dos du
râteau la terre des bords de la planche, en ayant soin d'en laisser
un peu, de manière à retenir l'eau des arrosements. On peut aussi
étendre sur les semis un peu de fumier bien consommé. Si le temps
est sec, il faudra favoriser la germination des graines par des
bassinages donnés avec l'arrosoir à pomme.

2. _Semis en lignes_ ou _en rayons._--On trace, soit à la binette,
soit au traçoir, des rayons d'environ 0m,3, ou 0m,5 de profondeur,
et plus ou moins éloignés les uns des autres, suivant ce que l'on
veut semer; après avoir répandu la graine, on la recouvre
légèrement, en rabattant avec le dos du râteau un peu de la terre
des côtés. Lorsque le plant est sorti de terre, on finit de remplir
les rayons en passant le râteau ou la binette entre chaque rang. Ce
mode de semis est très-avantageux, surtout dans les terrains où les
binages doivent être fréquents.

3. _Semis en pochets._--Il consiste à faire avec la binette des
trous disposés en échiquier, et dont la distance et la profondeur
seront calculées d'après le développement que doit prendre chaque
touffe; puis, après avoir placé quelques graines dans chaque trou,
on les recouvre en rabattant un peu la terre, et, lorsque les
plantes sont assez élevées, on finit de remplir les trous en
passant un coup de râteau entre chaque touffe.


§ II.--Repiquage.

Le repiquage est nécessaire pour toutes les plantes qui ne peuvent
être semées en place; et, pour être certain du succès de
l'opération, il ne faut pas attendre que le plant soit trop vieux,
car, non-seulement la reprise en est plus difficile, mais les
produits en sont moins beaux; pour les plantes qui s'enracinent
lentement, il faut, avant de les mettre en place, les repiquer en
pépinière, c'est-à-dire les mettre à bonne exposition et très-près
les unes des autres. Ces repiquages successifs ont l'avantage de
déterminer l'émission d'une grande quantité de chevelu qui assure la
reprise lors de la plantation définitive. Le repiquage ne doit se
faire que dans une terre bien préparée, et sur laquelle on aura
étendu un paillis de fumier court, pour que, d'une part, le plant
profite le plus longtemps possible des arrosements, et, d'un autre
côté, que les arrosements ne collent pas le plant sur la terre, ce
qui occasionne souvent la pourriture des feuilles. Les repiquages
qui ont lieu en été doivent, autant que possible, être faits par un
temps couvert; et, s'il ne venait pas de temps favorable, il
faudrait faire cette opération vers la fin de la journée, et
faciliter la reprise par des arrosements. Quand on a beaucoup de
plantes à repiquer et que le temps est très-sec, il ne faut pas
attendre qu'on ait terminé pour commencer à arroser.


§ III.--Oignons.

Le seul soin à prendre pour obtenir un succès assuré des plantes
bulbeuses qu'on veut multiplier, c'est de les choisir saines et de
les planter dans les circonstances les plus favorables à leur
végétation.


§ IV.--Caïeux.

On nomme ainsi les petites bulbes ou oignons qui se forment autour
de la couronne des plantes bulbeuses, telles que les Tulipes,
Jacinthes, etc., et qui servent à les multiplier. Il ne faut
détacher les caïeux que lorsqu'ils sont mûrs, ce qui a lieu lorsque
les feuilles sont entièrement desséchées. Les caïeux doivent
toujours être plantés dans une terre douce, et un mois au moins
avant les oignons à fleurs; car, en raison de leur petit volume, ils
se dessèchent plus promptement. Ces oignons fleurissent
ordinairement au bout de trois ou quatre ans.


§ V.--Bulbilles.

Plusieurs plantes bulbeuses produisent sur leur tige, souvent à la
place des graines, de petits oignons nommés _bulbilles_, qui servent
à les multiplier; il faut les détacher à leur maturité, et les
traiter comme les caïeux.


§ VI.--Tubercules.

Les tubercules sont des masses charnues, véritables tiges
souterraines, d'où partent ordinairement de petites racines
fibreuses. Certaines plantes, telles que les Patates, les Pommes de
terre, etc., sont pourvues d'yeux capables de fournir de nouvelles
tiges; et, pour les multiplier, on peut les couper en autant de
morceaux qu'il y a d'yeux: chaque tronçon produira une nouvelle
plante. D'autres n'ont d'yeux que sur une partie seulement: tels
sont les Dahlias, les Iris Germanica, les Pivoines herbacées, et il
faut alors, en les divisant, avoir la précaution de laisser à chacun
une partie du collet de la plante; sans quoi ils ne pousseraient
pas.


§ VII.--Griffes ou Pattes.

On donne ces noms aux racines des Renoncules, des Anémones, etc.; on
les sépare par éclats, mais de manière qu'il y ait toujours un oeil
à chacun.


§ VIII.--Oeilletons.

On appelle ainsi les rejetons qui naissent autour de certaines
plantes (les Artichauts, etc.); on les sépare des vieux pieds en
ayant soin de les enlever autant que possible avec un talon; il faut
éviter de les laisser faner, afin que la reprise en soit plus
certaine.


§ IX.--Séparation des racines.

Parmi les plantes à racines vivaces, il en est dont les racines
partent d'un collet commun, telles que les Pivoines, et sont munies
d'un ou plusieurs yeux qui se développent l'année suivante. Pour les
multiplier, on peut les éclater en autant de parties qu'il y a
d'yeux. Il en est d'autres qui ont les racines presque à la surface
du sol, tels sont les Chrysanthèmes, et qui forment des touffes
épaisses, que l'on peut diviser par petites parties; il faut alors
les relever de terre, et, après les avoir séparées, on ne replante
que la circonférence, qui produira des touffes beaucoup plus belles
que si l'on replantait le centre, qui, étant la plus vieille partie
de la plante, est naturellement la moins vigoureuse.


§ X.--Stolons ou Coulants.

Quelques plantes, telles que les Fraisiers, ont des coulants, qui
produisent à chaque noeud des rejetons s'enracinant sur le sol.
Séparés et repiqués dans une saison favorable, ils produisent autant
de nouvelles plantes.


§ XI.--Marcottes.

Les marcottes sont des branches que l'on couche au printemps, soit
en pleine terre, soit en pots, et qu'on ne sépare de la branche mère
que lorsqu'elles ont produit des racines. Lorsque les branches que
l'on veut multiplier sont placées de manière à ne pouvoir être
abaissées jusqu'à terre, il faut avoir des pots ou des godets fendus
sur les côtés, que l'on maintient sur une petite planchette clouée
sur un support dont on enfonce l'extrémité en terre. Il y a
plusieurs manières de marcotter: nous allons seulement indiquer les
plus usitées; mais, quel que soit le procédé employé, il faut que la
terre dans laquelle sont placées les marcottes soit constamment
humide, afin de favoriser la sortie des racines; et, pour conserver
l'humidité des arrosements, on fera bien de couvrir le sol avec du
fumier consommé ou de la mousse.

1. _Marcottes simples._--Ce sont celles que l'on emploie pour
multiplier les végétaux qui s'enracinent facilement, tels que la
Vigne, etc. Toute l'opération consiste à coucher une branche dans
une tranchée plus ou moins profonde, selon la grosseur de la
branche; et après avoir supprimé les feuilles et les bourgeons qui
se trouveraient sur la partie destinée à être mise en terre, on fait
sortir l'extrémité en la courbant avec précaution, afin de ne pas la
rompre. On peut fixer en terre avec un crochet de bois les marcottes
qu'il n'est pas nécessaire d'enterrer profondément.

2. _Marcottes par strangulation._--Elles diffèrent des précédentes
en ce que sur la partie qui est en terre on serre l'écorce, sans la
couper, avec un fil de fer; il en résulte un bourrelet d'où partent
de nouvelles racines.

3. _Marcottes par incision._--Nous allons décrire cette opération
telle qu'on l'exécute pour multiplier les Oeillets. Dans le courant
de juillet, on suspend les arrosements quelque temps avant le
marcottage, afin de rendre les branches plus souples, et l'on
choisit des tiges assez longues pour être couchées. On retranchera
les feuilles du bas, de telle sorte que la partie qui se trouve en
terre en soit dépourvue; puis on abaissera chaque tige dans une
petite tranchée faite avec le doigt, et l'on redressera l'extrémité
de la branche au-dessus de la courbure. On pratiquera en remontant à
mi-bois, avec la lame du greffoir, une incision d'environ 0m,02 de
longueur, de manière que la partie entaillée forme une languette
dont on coupera net l'extrémité au-dessous d'un noeud, en ayant soin
de ne pas entamer l'autre moitié de la tige. On maintiendra chaque
marcotte par un crochet ou un bout d'osier passé dessous, et dont on
enfoncera les deux extrémités en terre; puis on recouvrira le tout
de terre assez fine pour qu'elle s'introduise partout, en ayant soin
surtout d'en faire pénétrer un peu entre les parties séparées, qui
ordinairement restent écartées par l'effet de la courbure. Une fois
l'opération terminée, on a l'habitude de couper l'extrémité des
feuilles pour les empêcher de se faner; puis on étendra un léger
paillis de fumier à moitié consommé et l'on mouillera avec un
arrosoir à trous très-fins, pour ne pas ébranler les marcottes, qui
s'enracineront ordinairement au bout de peu de temps.

4. _Marcottes par cépée._--Ce procédé consiste à couper au printemps
un arbre ou un arbuste au niveau du sol et à recouvrir la souche de
terre. Elle ne tarde pas à fournir des drageons que l'on enlève
lorsqu'ils ont pris racine. C'est ainsi que l'on multiplie le
Coignassier afin d'avoir des sujets pour greffer.

5. _Marcottes de racines._--Pour faire ce genre de marcottes, il
faut couper l'extrémité d'une racine et laisser la plaie à l'air; la
séve forme un bourrelet d'où il ne tarde pas à se développer des
bourgeons; parmi ceux-ci, on choisit le plus vigoureux, et l'on
supprime les autres; puis, à l'automne, on le sèvre en coupant la
racine près de la souche.


§ XII.--Boutures.

Presque toutes les plantes en séve peuvent être multipliées par
boutures. Cette opération, qui est d'une extrême simplicité,
consiste à couper une partie quelconque d'un végétal, même une
feuille pour quelques espèces, et à lui faire produire des racines.
Certaines plantes sont d'une reprise très-facile; mais il en est
d'autres qui nécessitent beaucoup de soins et ne peuvent guère être
multipliées que chez les horticulteurs marchands, qui ont des bâches
disposées spécialement pour cette opération; aussi nous
bornerons-nous à indiquer les boutures que l'on peut faire à l'air
libre et celles qu'il faut étouffer, mais qui réussissent très-bien
si l'on possède seulement des cloches et un châssis.

1. _Boutures à l'air libre._--C'est ainsi qu'on multiplie beaucoup
d'arbres et d'arbrisseaux d'agrément. En janvier, l'on coupe des
rameaux de l'année par tronçons de 0m,10 à 0m,20 de longueur, selon
les espèces; on coupe la partie inférieure bien net au-dessous d'un
oeil; on les réunit par espèces et on les enterre à moitié de leur
longueur dans du sable ou dans de la terre fine, mais dans un lieu à
l'abri du hâle et de la gelée; de la fin de février au commencement
d'avril, on les plante au plantoir dans un terrain bien préparé et
autant que possible à une exposition ombragée; on les enfoncera de
manière à laisser deux ou trois yeux hors de terre, puis après la
plantation on paillera le terrain, et lorsque la sécheresse
commencera à se faire sentir, on aura soin d'entretenir l'humidité
de la terre par des arrosements.

2. _Boutures sous cloches et sous châssis._--Beaucoup de plantes
d'orangerie et de serre tempérée peuvent être multipliées de
boutures au printemps sur couche tiède; elles se font en février et
mars. On prépare à cet effet une couche peu épaisse, de manière à
obtenir seulement une chaleur douce; on l'entoure d'un réchaud, et
on la couvre d'un lit de terreau fin, auquel on peut mêler un peu de
terre de bruyère; puis on pose des cloches dessus, ou bien on la
recouvre d'un châssis; mais alors la hauteur de la couche aura dû
être calculée de telle sorte que les boutures se trouvent peu
éloignées du verre. Lorsqu'elle a pris chaleur, on coupe les
boutures avec ou sans talon sur les branches les plus vigoureuses;
on les étête en leur donnant 0m,08 à 0m,10 de longueur, en ayant
toujours soin de couper la partie inférieure bien net au-dessous
d'un oeil; puis on les repique immédiatement sur la couche au moyen
d'un petit plantoir, en les enfonçant de 0m,02 à 0m,03. On pourrait
aussi repiquer ces boutures dans des pots que l'on enfoncerait dans
la couche: c'est ainsi que l'on peut multiplier les Héliotropes, les
Pétunias, les Verveines, etc. Après avoir recouvert les bordures de
cloches ou de châssis, on les ombragera au moment du soleil, et la
nuit on les couvrira de paillassons. Il faudra les bassiner de temps
à autre avec le petit arrosoir à pomme, car les boutures ne peuvent
s'enraciner qu'en maintenant la terre constamment fraîche;
lorsqu'elles commenceront à pousser, comme on sera certain qu'elles
sont pourvues de racines, on leur donnera un peu d'air dans le jour,
en soulevant les cloches ou châssis, et au bout de quelque temps on
pincera les extrémités les plus longues, puis on relèvera les
boutures en tâchant de conserver à chacune une petite motte. On les
plantera dans des pots, que l'on pourra replacer sur la même couche
après les avoir arrosés, et, si on le juge nécessaire, on ranimera
la chaleur de la couche en faisant de nouveaux réchauds; les autres
soins se borneront à leur donner de l'air graduellement et à les
arroser au besoin. Toutes les plantes étant ainsi traitées seront
fortes et assez rustiques pour pouvoir être mises en pleine terre à
l'époque où l'on en garnit les massifs et les plates-bandes.

La même opération peut être faite en été à une exposition ombragée;
seulement, à cette époque, il n'est plus besoin de couche: c'est
ainsi que l'on multiplie les Pélargoniums, etc. L'époque la plus
favorable pour faire ces boutures est de la fin de juillet à la fin
d'août. Après les avoir préparées comme nous l'avons indiqué
précédemment, on les repique à 0m,03 ou 0m,04 l'une de l'autre dans
des pots que l'on a remplis de terre et de bruyère mélangée d'un peu
de terreau, et après le repiquage on les arrose légèrement; puis on
place les pots sous cloche ou sous châssis, mais à l'abri du soleil.
À l'automne, les boutures seront enracinées, et pourront être
séparées, ce que l'on fera en divisant la potée en autant de parties
qu'il y a de boutures; puis on les empotera séparément; étant ainsi
traitées, l'on est certain d'avoir au printemps suivant des plantes
de force à fleurir.

On peut encore procéder de la manière suivante pour celles qui
s'enracineraient difficilement: on prend un pot ordinaire, puis
ensuite un autre pot, plus étroit, mais autant que possible aussi
haut que le premier; on le renverse dans celui-ci, on remplit
l'intervalle avec de la terre appropriée au besoin des boutures que
l'on se propose de faire, on met une petite pincée de terre sur le
trou, après quoi on repique les boutures; enfin on enterre le tout
sur une couche, et l'on met une cloche par-dessus.

3. _Boutures par tronçons de racines._--Quelques végétaux peuvent
être multipliés en coupant une racine en tronçons, que l'on plante
soit en pleine terre, soit sur couche, mais toutefois en en
laissant à l'air l'extrémité, d'où il sort bientôt des bourgeons.




CHAPITRE IX.

De la Greffe.


Nous ne décrirons pas longuement la greffe, cette opération est trop
généralement connue pour cela; nous dirons seulement qu'elle a pour
objet de multiplier, de conserver et de perfectionner des variétés
utiles et agréables, et de faire porter à un tronc sauvage des fleurs
brillantes ou des fruits savoureux destinés à l'embellissement de nos
jardins et à l'accroissement des produits non moins appréciables de nos
vergers.

Cette opération, sur laquelle il a été tant de fois et si longuement
écrit, exige tout simplement un peu d'observation et une certaine
habileté manuelle. Elle repose sur trois points fondamentaux: 1º
l'appréciation des circonstances dans lesquelles la greffe doit être
faite, c'est-à-dire le moment où les plantes abreuvées de sève ne
demandent qu'à végéter; 2º le choix du sujet, qui doit être dans un
état convenable de vigueur et de santé, et surtout apte à recevoir
la greffe, qu'on ne peut pratiquer que sur des espèces unies entre
elles par d'étroites affinités; car toutes les greffes des Rosiers
sur Houx, Lilas, etc., sont autant de contes faits à plaisir; 3º
l'opération manuelle, qui n'exige qu'un court d'apprentissage et
peut être considérée comme la moins difficile des trois, puisque par
l'observation des deux conditions qui précèdent on obtient un succès
auquel on ne peut atteindre, quel que soit le soin du greffeur, si
les circonstances dans lesquelles il opère sont défavorables.

Il y a différentes sortes de greffes, mais la plupart sont de pur
agrément; aussi nous bornerons-nous à décrire les principales, qui
peuvent être considérées comme le type de toutes les autres, qu'on
pourra exécuter lorsqu'on connaîtra celles que nous indiquons.

1. _Greffe en écusson._ Cette greffe est la plus généralement
employée, et l'on peut l'exécuter à plusieurs époques de l'année;
premièrement, de mai en juillet, ce que l'on appelle _greffe à oeil
poussant_; cette dénomination vient de ce que ces greffes,
commencent à pousser aussitôt que l'écusson est repris; il en est
même, sur les Rosiers par exemple, qui à l'automne de la même année
forment déjà une belle tête. La seconde époque est d'août en
septembre, lorsque la séve commence à se ralentir, et on l'appelle
_greffe à oeil dormant_, parce qu'à cette époque l'écusson ne fait
plus que se souder au sujet et ne pousse que l'année suivante. C'est
dans cette saison qu'on greffe de préférence les arbres fruitiers.

Il faut, quelque temps avant l'opération, préparer le sujet à
recevoir la greffe, c'est-à-dire faire choix des branches sur
lesquelles on veut écussonner, et supprimer les autres, surtout
celles qui se trouveraient au-dessous des greffes; et si les
individus qu'on veut greffer commençaient à ne plus être en séve, il
faudrait tâcher, par des arrosements, d'en ranimer la végétation.
Lorsque le moment sera favorable, on choisira les meilleurs yeux de
l'espèce qu'on veut multiplier, on coupera la feuille placée
au-dessus de l'oeil sans endommager le pétiole, on supprimera aussi
les aiguillons qui se trouveraient sur l'écusson; puis, avec la lame
du greffoir, on cernera l'oeil de manière à pouvoir l'enlever avec
une partie de l'écorce environnante, à laquelle on donnera à peu
près la forme de l'écusson (voir A, _fig. 3_). Pour la détacher, on
la soulèvera légèrement avec la pointe du greffoir, puis avec la
spatule, en ayant soin d'enlever toutes les parties ligneuses
adhérentes à l'écusson, et qui empêcheraient son contact avec le
bois du sujet, à moins que le rameau ne soit assez tendre pour qu'on
n'ait pas besoin de faire cette opération; et s'il arrivait que l'on
enlevât la racine de l'oeil, ce qu'il est facile de reconnaître au
vide qui en résulte, il fondrait réformer cet écusson, dont la
reprise serait douteuse.

[Illustration: Fig. 3.--Greffe en écusson.]

On peut encore employer un autre moyen pour lever l'écusson, et il
est surtout avantageux quand les greffes sont petites; il consiste à
détacher avec un fil de soie ou un crin (voir B, _fig. 3_)
l'écusson, dont on a d'abord soulevé la partie supérieure; on fait
ensuite sur l'écorce du sujet à greffer une incision en forme de T
(voir C, _fig. 3_), on soulève les bords de la plaie en glissant la
spatule sous l'écorce, de manière à pouvoir placer facilement
l'écusson, qu'on introduit en le tenant par le pétiole et en
appuyant légèrement sur la partie supérieure; s'il arrivait qu'il ne
pût entrer dans toute sa longueur, il faudrait en couper l'extrémité
pour qu'il coïncidât bien avec le sujet; ensuite on rapproche les
bords de l'entaille sur l'écusson, et l'on entoure le tout d'une
ligature de laine, en ayant soin surtout de ne pas engager l'oeil
(voir D, _fig. 3_). Nous avons figuré la ligature plus écartée
qu'elle ne doit l'être, afin qu'on puisse voir la position de
l'écusson. La chute précoce du pétiole est un signe de la reprise de
la greffe, ce qui a lieu ordinairement dix ou quinze jours après
l'opération; il faut alors rabattre le sujet à quelques centimètres
au-dessus de la greffe. On aura soin d'enlever toutes les pousses
qui paraîtront sur le sujet, et l'on pincera le bourgeon terminal
des greffes de manière à favoriser le développement des yeux
inférieurs.

[Illustration: Fig. 4.--Greffe en anneau.]

2. _Greffe en anneau._--Les mois d'avril et d'août sont les époques
les plus favorables pour la reprise de cette greffe. Elle convient
pour la multiplication des arbres à bois dur, et particulièrement
des noyers. On choisit, sur l'arbre que l'on veut multiplier, une
branche de même grosseur que le sujet à greffer; on cerne l'écorce
circulairement au-dessous et au-dessus d'un oeil, de manière à
former un anneau que l'on détache en le fendant perpendiculairement
sur la partie apposée à l'oeil (voir C. _fig. 4_); puis on l'enlève
à l'aide de la spatule du greffoir. On enlève ensuite sur le sujet
un anneau de la même largeur (voir B, _fig. 4_), et l'on rapporte à
sa place la partie d'écorce enlevée sur l'arbre que l'on veut
propager. Il faut, pour être certain du succès, avoir la précaution
de bien faire joindre les écorces en haut et en bas; puis on
assujettit les greffes avec une ligature de laine, en ayant soin
surtout de ne pas engager l'oeil. On ne rabattra les branches ou la
tête du sujet que quand la reprise de la greffe sera assurée. Cette
greffe a l'avantage de ne jamais mutiler le sujet; car, dans le cas
où la greffe ne végète pas, l'anneau d'écorce reste et tient lieu de
celui qu'on a enlevé.

3. _Greffe en fente._--Cette greffe peut être également faite au
printemps et à l'automne; et, pour être certain du succès, il faut,
comme pour la greffe en écusson à oeil dormant, qu'il n'y ait plus
assez de séve pour faire pousser la greffe, mais qu'il y en ait
encore assez pour la souder au sujet, afin qu'elle ne soit pas
desséchée par les intempéries de l'hiver.

Pour greffer au printemps, il faut avoir la précaution de couper en
janvier les rameaux de l'année précédente sur chaque espèce d'arbre
que l'on veut multiplier, puis on les enterre dans du sable, à
l'exposition du nord, de manière à en retarder autant que possible
la végétation; car, pour être certain du succès de ces greffes, il
faut que la séve commence à monter dans le sujet, mais qu'elle n'ait
pas encore gonflé les bourgeons du rameau que l'on veut greffer. La
première quinzaine d'avril est ordinairement l'époque la plus
favorable pour cette opération: alors on coupe horizontalement la
tête du sujet, et on le fend au milieu de son diamètre, de manière à
faire une entaille de 0m,03 à 0m,06, suivant la force du sujet, et
en ayant soin que cette entaille soit toujours un peu plus profonde
et plus large que ne l'exigerait en apparence la greffe à insérer.
Lorsque le sujet est gros et vigoureux, on peut faire plusieurs
entailles (voir A, B, _fig. 5_); mais il faut qu'elles soient
opposées l'une à l'autre, de manière qu'elles ne se rejoignent pas.
Une fois le sujet prêt à recevoir la greffe, on choisit un rameau
garni de bons yeux et de 0m,06 à 0m,10 de longueur, de sorte
qu'après son insertion dans l'entaille, il y ait au moins deux ou
trois yeux au dehors. On taille ensuite la partie inférieure de ce
rameau de manière à former deux biseaux de 0m,03 à 0m,06 de longueur
(voir C, _fig. 5_), quelle que soit l'épaisseur de la partie qui
doit être en dehors, on fait en sorte de conserver son écorce;
ensuite on ouvre la fente avec la spatule du greffoir ou avec un
coin, et l'on insère la greffe de manière que son écorce coïncide
exactement avec celle du sujet; puis on enveloppe le tout d'une
ligature, et l'on couvre l'extrémité du sujet avec de la cire à
greffer[3]. Il faut, enfin, avoir soin d'enlever toutes les pousses
qui se développent sur le sujet, car elles vivraient aux dépens de
la greffe.

[Note 3: La cire à greffer se compose de deux parties de
poix-résine, de deux parties de cire jaune et d'une partie de suif,
fondues ensemble.]

[Illustration: Fig. 5.--Greffe en fente.]

4. _Greffe en fente sur tubercule._--Cette greffe est
particulièrement employée pour multiplier les Pivoines en arbre.
Dans le courant d'août, on prend un tubercule de Pivoine herbacée,
on en coupe le sommet transversalement, on fait une fente sur l'un
de ses côtés et l'on y insère un rameau dont on aura taillé en
biseau la partie inférieure, puis on plante le tubercule dans un
pot, mais de manière que toute la greffe se trouve enterrée. Les
pots sont placés sur une couche tiède, et on couvre les greffes
d'une cloche qu'il faut ombrager pendant quinze ou vingt jours. Au
printemps suivant, on peut mettre chacune de ces greffes en pleine
terre.

[Illustration: Fig. 6.--Greffe en placage.]

5. _Greffe en placage._--On taille en bec de flûte allongé le rameau
que l'on veut greffer (voir A, _fig. 6_), puis on enlève sur ce
sujet une portion d'écorce (voir B, _fig. 6_) exactement de la même
grandeur que la partie taillée de la greffe; on réunit les deux
parties, et l'on fait une ligature. Ces greffes reprennent avec
facilité, mais pour cela il faut les étouffer sous cloche.

6. _Greffe de la Vigne._--Dans le courant de mars, on coupe le sujet
sur le collet de la racine, à environ 0m,08 à 0m,10 en terre, et on
laisse sécher la plaie pendant quelques jours; car si l'on greffait
aussitôt, la séve monterait avec une telle abondance, qu'il pourrait
arriver qu'elle noyât la greffe. On prépare les rameaux comme pour
les autres greffes en fente, puis on fait une ou plusieurs
entailles, selon la force du sujet, et l'on place les greffes,
auxquelles on laisse deux ou trois yeux hors de terre. La greffe et
l'extrémité du sujet sont recouvertes ensuite avec de la cire à
greffer; quelques personnes se contentent même de comprimer un peu
la terre autour de la greffe, en ayant grand soin de ne pas déranger
les rameaux.

Dans le midi de la France, on pratique la greffe en fente modifiée
de la manière suivante: après avoir déchaussé le cep qui sert de
sujet, on le coupe un peu au-dessus du sol, on le fend de part en
part, et on y insère latéralement une greffe taillée en lame de
couteau vers la moitié de sa longueur, et dont l'extrémité
inférieure, entièrement libre, plonge dans le sol de 0m,15 à 0m,20;
ce qui sert à alimenter la greffe jusqu'à sa parfaite soudure avec
le sujet.

_Greffe herbacée._--Cette greffe ne diffère guère de la greffe en
fente que par l'époque où on l'exécute. Elle peut être employée pour
multiplier presque tous les végétaux encore à l'état herbacé, et
particulièrement les arbres résineux et quelques arbrisseaux
d'agrément. L'époque de faire cette greffe varie suivant l'état de
la saison; ordinairement, le moment le plus favorable est le mois de
mai. On coupe l'extrémité du bourgeon au-dessus d'une ou de
plusieurs feuilles, qu'il faut avoir soin de ménager, afin d'attirer
la séve vers la greffe; puis on fend le sujet d'environ 0m,03 à
0m,06 de longueur, et l'on prépare le rameau comme pour la greffe en
fente, en ayant soin de ne pas trop l'amincir. Pour cette opération,
il faut se servir d'un instrument bien tranchant et bien affilé,
afin de couper bien net. La greffe une fois préparée, on l'introduit
dans la fente du sujet, et on l'assujettit avec une ligature de
laine. Pour éviter de couper la tête du sujet, on peut procéder
d'une autre manière: c'est-à-dire que l'on y fait une incision,
comme pour placer un écusson; puis, après avoir taillé le rameau en
biseau allongé d'un seul côté, en bec de flûte, on l'introduit
entre le bois et l'écorce, et comme toujours, on maintient la greffe
avec une ligature, que l'on doit enlever environ un mois après
l'opération. Pour assurer le reprise de ses greffes, il est
nécessaire de les garantir du soleil et du hâle; ainsi, si l'on
opère sur des plantes en pots, il faudra les réunir sous un châssis,
que l'on aura soin d'ombrer; et pour celles que l'on fera sur des
sujets en pleine terre, on les garantira en les entourant d'un
cornet de papier, d'une feuille de vigne, ou de tout autre abri, que
l'on pourra enlever dix ou quinze jours après l'opération. Cette
greffe peut aussi s'appliquer à la multiplication des plantes
tuberculeuses; c'est ainsi qu'au printemps on greffe les jeunes
pousses des variétés de Dahlias les plus belles sur des tubercules
de variétés inférieures. On prend pour cela un tubercule, on en
coupe le sommet horizontalement, et on le fend sur l'un des côtés,
puis on fait choix d'un rameau qui ne soit pas encore creux, ce qui
arrive lorsqu'ils sont déjà forts, et l'on en taille la partie
inférieure en biseau peu aigu, en ayant soin d'enlever seulement
l'épiderme; puis on l'insinue dans la fente du tubercule, que l'on
plante dans un pot, de telle sorte que toute la greffe se trouve
enterrée. On place les pots sur une couche tiède, et on les couvre
d'une cloche, qu'il faut avoir soin d'ombrager plusieurs jours.

On pratique aussi la greffe herbacée sur la Vigne.

Cette opération doit avoir lieu, en mai ou juin, sur des bourgeons
de 0m,20 ou 0m,25 de longueur. Elle ne diffère en rien de la greffe
en fente ordinaire; seulement, il faut, après avoir enveloppé la
greffe avec de la laine ou avec de la cire, l'introduire dans une
bouteille à large col (bouteille à conserves), qu'on fixe à un
tuteur ou à tout autre support, et boucher l'ouverture avec de la
mousse fraîche.

Au bout de douze ou quinze jours, lorsque la reprise est certaine,
on débouche la bouteille, afin de fortifier la greffe, et peu de
temps après on la livre à l'air libre. Il arrive quelquefois que ces
greffes portent fruit dès la première année, ce qui fait que ce
procédé peut être employé avec avantage, non-seulement comme moyen
de multiplication, mais encore pour juger du mérite des variétés
nouvelles.

[Illustration: Fig. 7.--Greffe en couronne.]

_Greffe en couronne_, connue sous le nom de _greffe Pline_.--Cette
greffe est employée quand le sujet est trop fort pour être greffé en
fente; elle doit être faite à la même époque que cette dernière
greffe, et il faut également avoir eu la précaution de couper,
pendant l'hiver, des rameaux du sujet à multiplier, pour les
empêcher d'entrer trop tôt en végétation. La tête du sujet à greffer
doit être coupée horizontalement (voir _fig. 7_), et il faut
entourer l'extrémité avec une ligature pour maintenir l'écorce, dans
la crainte qu'elle ne se fende en faisant les entailles; on enfonce
ensuite à la profondeur d'environ 0m,05 un petit coin de fer ou de
bois dur entre l'écorce et le bois, puis on taille son rameau en
biseau, et, après avoir retiré le coin, on enfonce la greffe, de
manière que tout le biseau soit caché (voir _fig. 7_). Le nombre des
greffes que l'on posera sur le même sujet sera proportionné à sa
grosseur. Elles devront être placées à environ 0m,05 l'une de
l'autre; et, aussitôt l'opération terminée, il faudra couvrir
l'extrémité du sujet, ainsi que les bords de l'écorce, avec de la
cire à greffer.

[Illustration: Fig. 8.--Greffe par approche.]

7. _Greffe ordinaire par approche._--Cette opération consiste à
appliquer une branche de la variété que l'on veut greffer contre une
branche ou la tige d'un sujet de même espèce; on peut l'exécuter
pendant tout le temps que les arbres sont en végétation. On devra
procéder de la manière suivante: après avoir rapproché les deux
branches parallèlement (voir _fig. 8_), on enlèvera sur chacune une
partie d'écorce, de manière à former une plaie longitudinale, dont
la longueur doit être toujours proportionnée à la force des
individus; puis on les appliquera l'une sur l'autre, en ayant soin
de faire coïncider les écorces, et l'on maintiendra les deux
branches en contact par une ligature de laine ou de filasse, qu'il
est souvent nécessaire de desserrer aussitôt la reprise des greffes,
afin que la force de la végétation n'occasionne pas d'étranglement,
ce qui non-seulement forme des bourrelets, mais nuit aussi à la
reprise des greffes. Il ne faudra détacher les greffes que lorsqu'on
sera certain qu'elles seront solidement soudées; et même, il est
souvent plus prudent de commencer par couper la tête du sujet, de
n'entailler qu'à moitié la partie qui doit être coupée, et de ne la
sevrer tout à fait que quelque temps après. Il faudra alors la
couper le plus près possible de la greffe, afin que la séve
recouvre plus facilement la plaie. Cette opération nécessite
beaucoup de précaution, pour ne pas entamer le sujet avec la lame du
greffoir.

8. _Greffe par approche compliquée._--Cette greffe diffère peu de la
précédente: elle est spécialement employée pour donner de la
solidité aux haies. On croise les branches les unes sur les autres,
de manière à former un losange; et, au point où elles se
rencontrent, on fait une plaie longitudinale sur chaque branche,
ayant soin de faire coïncider les écorces; on maintient les deux
parties au moyen d'une ligature, et l'on recommence l'opération à
mesure que les branches prennent de l'accroissement.




CHAPITRE X.

De la Conservation des plantes.


Nous nous bornerons à dire sur ce chapitre que la situation
septentrionale de notre pays, l'irrégularité de la marche des
saisons, l'humidité de nos printemps et de nos automnes rendraient
impraticable la culture de certaines plantes exotiques, si nous
n'avions recours à des moyens artificiels de conservation et de
multiplication.

Ces moyens sont de plusieurs sortes: ils comprennent, en commençant
par les plus simples, pour arriver aux plus composés: 1. les
_cloches_; 2. les _châssis_; 3. l'_orangerie_ ou _serre froide_; 4.
la _serre tempérée_; 5. la _serre chaude_.

1. _Cloches._--Les cloches de verre sont les plus simples de tous
les abris; elles servent à garantir du froid, et de l'humidité les
plantes délicates et les boutures, et à concentrer la chaleur sur
celles qui ont besoin d'une température plus élevée que celle de
l'atmosphère. Il faut choisir les cloches dont le verre est le plus
blanc, car elles sont assez sujettes à se ternir au bout de quelques
années. Il faut avoir la précaution de les laver de temps à autre;
et, lorsqu'elles ne servent plus, on les met l'une dans l'autre, en
ayant soin de les séparer avec un peu de paille pour éviter la
casse.

[Illustration: Fig. 9.--Châssis.]

2. _Châssis._--Les châssis ont pour objet d'activer la germination
de certaines graines, d'augmenter la chaleur des couches, de
permettre la culture des plantes potagères qui ne réussissent pas à
l'air libre, et de garantir contre les injures de l'air les plantes
délicates. Ils se composent de deux parties: le coffre _a_, _a_
(_fig. 9_), et les panneaux _c_. Chaque coffre a ordinairement 4
mètres de longueur et 1m,33 de largeur; il est formé de quatre
planches clouées sur quatre pieds placés intérieurement aux quatre
coins. Le derrière du coffre doit toujours être plus élevé que le
devant, afin que les panneaux soient inclinés au midi. On
maintiendra l'écartement par deux barres _b_, _b_, assemblées à
queue d'aronde par le haut et par le bas, et qui servent de support
aux panneaux. Les panneaux vitrés doivent être en bois de chêne,
d'une bonne épaisseur. Ils se composent d'un cadre de 1m,33 de
largeur et d'une longueur arbitraire, divisé par trois petites
barres de même épaisseur, que l'on peut remplacer avantageusement
par des montants en fer, fixés sur les traverses du haut en bas. On
place une poignée à chaque bout, afin de pouvoir les enlever, et,
avant de les vitrer, on les peint à l'huile, opération qu'il est bon
de refaire chaque année à l'automne.

_Paillassons._--Les paillassons servent à couvrir les couches, les
cloches, les châssis, les serres, etc.

Avec le métier à paillassons des jardiniers, on peut facilement
faire ses paillassons soi-même. Ce métier se compose d'un cadre de
bois de 2 mètres de longueur sur 1m,33 de largeur, portant à ses
deux extrémités autant de chevilles sans tête qu'on y veut tendre de
ficelles, ce qui dépend de la longueur que l'on donne au paillasson.
On est dans l'habitude de ne faire que trois rangs; cependant il
vaudrait mieux en faire quatre, pour plus de solidité. On attache
les ficelles aux chevilles du bas par une boucle fixe, et en haut
par un noeud coulant, ce qui permet de les tendre autant qu'il est
nécessaire. Une fois chaque ficelle tendue, on lui laisse le double
de la longueur du cadre; cet excédant de longueur sert à coudre le
paillasson, après quoi on pose en travers, et aussi également que
possible, deux couches de paille de seigle, que l'on étend
tête-bêche; et, après avoir roulé la ficelle du rang du milieu sur
une espèce de navette faite avec un morceau de bois de 0m,08 de
longueur et évidé sur les côtés, on prend une pincée de paille, et
l'on passe la navette de droite à gauche par-dessous la paille et
par-dessus la ficelle, puis on revient en dessus l'engager dans
l'anse formée par la ficelle, et l'on serre en tirant droit devant
soi, en ayant soin de presser la paille entre le pouce et l'index de
la main gauche, afin d'avoir une maille plate et non ronde; puis on
continue avec la même navette dans toute la longueur du paillasson,
et, lorsqu'on est arrivé au bout, on arrête la ficelle par un noeud.
On passe ensuite aux autres rangs, que l'on coud de la même
manière, en se guidant pour les mailles du bord sur celles du
milieu; et, une fois le paillasson terminé, on coupe les épis qui
débordent de chaque côté.

Quoique ces paillassons soient destinés à couvrir des panneaux de
1m,33 de largeur, il faut leur donner 2 mètres de longueur, parce
qu'à l'humidité ils se raccourcissent d'environ 0m,50, ce qui fait
qu'il ne leur reste plus que la longueur voulue.

3. _Orangerie._--L'orangerie, ou serre froide, est destinée à
garantir du froid extérieur certains végétaux qui ne demandent qu'un
faible degré de chaleur. Elle doit être exposée au midi et
construite sur un terrain sec; sa forme est un carré long, et ses
dimensions doivent être, tant en hauteur qu'en largeur,
proportionnées à la quantité de plantes qu'elle est destinée à
contenir. Les murs doivent être assez épais pour que la gelée ne
puisse pas facilement les traverser. La façade sera garnie de
fenêtres aussi grandes que possible, et la porte d'entrée, placée au
centre, sera vitrée et s'ouvrira à deux battants. On y fera
construire un poêle, dont les tuyaux circuleront autour des murs
intérieurs; mais il ne faudra faire du feu que s'il survient des
froids extraordinaires. Pour conserver la santé des plantes, il
suffit d'empêcher la gelée de pénétrer dans cette serre; à cet
effet, il faut y placer un thermomètre, que l'on doit consulter
souvent, afin d'entretenir pour chacune la température nécessaire.
L'eau destinée aux arrosements des plantes d'orangerie et même de
celles des serres y attenant devra arriver dans le bâtiment par des
tuyaux souterrains, et elle sera reçue dans un bassin ou dans un
tonneau pour se réchauffer un peu.


§ I.--_De la rentrée des plantes d'orangerie et de leur traitement
en hiver._

La rentrée des plantes dans l'orangerie doit avoir lieu dans la
seconde quinzaine d'octobre, rarement plus tard. Il ne convient de
les rentrer que par un temps sec, et il faut avoir soin de placer
les plus élevées par derrière, de manière à former un gradin, afin
que toutes jouissent autant que possible de la lumière.

Indépendamment des Orangers, les Lauriers, les Grenadiers et
beaucoup d'autres plantes rustiques peuvent passer l'hiver dans
l'orangerie; on peut même sans inconvénient les placer derrière ou
entre les Orangers; mais il n'en est pas de même pour les Myrtes,
qui peuvent également être placés dans l'orangerie; car il faut
qu'ils reçoivent la lumière directement, faute de quoi ils perdent
leurs feuilles. Sur les tablettes on peut mettre les gros
Pélargoniums zonale (Géraniums rouges): leur rusticité est telle,
qu'ils se contentent parfaitement bien de l'orangerie; il faut même
peu les arroser (sans cependant les laisser dessécher), afin
d'éviter qu'ils ne végètent pendant leur séjour dans la serre; car
alors les pousses sont tellement tendres, qu'il faut les rabattre en
les sortant. Pendant les gelées, on peut encore déposer dans
l'orangerie les Oeillets cultivés en pots et les Giroflées grosse
espèce; mais il faut les mettre dehors aussitôt que la température
le permet.

On laisse d'abord l'orangerie entièrement ouverte jour et nuit.
Lorsque le froid commence à se faire sentir, on la ferme la nuit;
puis enfin, quand il gèle, pendant le jour. Alors toutes les
fenêtres doivent être fermées hermétiquement et garnies
extérieurement de paillassons.

Toutes les fois que le thermomètre placé au dehors marquera 3 ou 4
degrés au-dessus de zéro, on donnera de l'air, à moins que
l'atmosphère ne soit trop humide ou le vent trop violent.

Les plantes rentrées dans l'orangerie ne seront arrosées que
lorsqu'elles en auront besoin, et il ne faudra leur donner que la
quantité d'eau absolument nécessaire à leur entretien. L'hiver étant
pour les plantes un temps de repos, il faut éviter à cette époque de
ranimer la végétation, ce qui les épuiserait.


§ II.--_De la sortie des plantes d'orangerie et de leur traitement
pendant l'été._

La sortie des plantes ne peut avoir lieu que dans la première
quinzaine de mai, et l'on commencera toujours par les plus
rustiques; mais il faut, pour les accoutumer aux influences
atmosphériques, leur donner longtemps d'avance le plus d'air
possible, et l'on attendra pour les sortir un temps couvert ou
pluvieux.

Toutes les plantes seront placées (comme cela a presque toujours
lieu) près de l'habitation, mais toujours à bonne exposition et à
l'abri des vents; il faut surtout placer les Lauriers-roses à fleurs
doubles et les Grenadiers à l'extrême sud, si l'on veut les voir
fleurir chaque année. Aussitôt après leur sortie, on rencaissera
toutes les plantes qui en auraient besoin, soit qu'elles demandent
plus d'espace, soit que les caisses doivent être remplacées; mais on
ne le fera qu'après les avoir déposées à leur place, afin d'éviter
qu'elles ne soient ébranlées dans le trajet.

En toute circonstance, nous conseillons de ne donner des caisses
plus grandes que progressivement et avec beaucoup de réserve; car,
rencaissés trop grandement, les Lauriers et les Grenadiers poussent
beaucoup, mais ne fleurissent pas, et les Orangers languissent.
Jusqu'à l'âge de huit à dix ans, les Orangers doivent être
rencaissés à peu près tous les deux ou trois ans, et ensuite tous
les cinq ou six ans; mais il est nécessaire de rencaisser les
Lauriers et les Grenadiers plus fréquemment, car il est positif que
le développement des branches et des rameaux est toujours en rapport
avec celui des racines, et comme ces arbustes végètent beaucoup plus
vigoureusement que les Orangers, il faut donc les rencaisser plus
souvent. Si, en attendant l'époque du rencaissage, il arrivait que
les feuilles des arbustes jaunissent, sans que cela provînt d'une
trop grande humidité, il faudrait leur donner un demi-rencaissage,
ce qui consiste à couper bien net 0m,05 à 0m,10 de terre autour de
la caisse et à la remplacer par de la terre neuve appropriée aux
besoins de la plante. À la fin de ce chapitre, nous indiquerons la
terre qui convient à chaque plante. Le rencaissage différant peu du
rempotage, sauf l'exécution, qui doit être modifiée, nous renvoyons
à cet article pour la connaissance des détails. Après l'opération,
on couvre la surface de la terre d'un paillis de fumier consommé, et
l'on donne un bon arrosement à chaque plante.

L'eau que l'on emploiera devra, comme pour les arrosements d'hiver,
être restée quelque temps dans un tonneau; il serait même bon
d'arroser de temps à autre avec de l'eau dans laquelle on aurait mis
à décomposer des substances animales ou végétales.

Les arrosements devront avoir lieu au moins une fois par jour en
été. Enfin, ils seront plus ou moins abondants, selon la
température; puis on diminue progressivement à mesure que la
température se rafraîchit.

Vers la fin d'août ou le commencement de septembre, il faut tailler
les Orangers, opération qui consiste à supprimer les bois morts et
toutes les petites branches inutiles ou mal placées, celles de
l'intérieur, par exemple, car elles rendent la tête trop compacte et
nuisent à la circulation de la séve. Enfin, qu'on élève les Orangers
sous la forme arrondie ou cylindrique, il faut couper l'extrémité
de toutes les branches élancées, de manière à donner à chaque arbre
une forme régulière; c'est aussi à cette époque que l'on peut
diminuer la tête de ceux qui prendraient trop d'accroissement, ou
qui, ne poussant plus, auraient besoin d'être rajeunis, ce qui a
lieu en rabattant toutes les branches plus ou moins près du tronc,
suivant la force de l'arbre. Les Lauriers peuvent être soumis au
même traitement lorsqu'ils s'élancent par trop; mais ils ne doivent
pas être taillés annuellement, car alors on serait privé de fleurs.
Il faut seulement, aussitôt qu'ils sont défleuris, couper
l'extrémité des branches qui portaient les fleurs, afin d'avoir des
arbres à tête bien arrondie. Les Myrtes doivent être soumis à une
tonte régulière, qui doit avoir lieu aussitôt après qu'ils sont
défleuris; les Grenadiers doivent aussi être tondus chaque année,
afin de présenter une forme aussi gracieuse que possible; mais cette
taille ne doit avoir lieu qu'au moment de la rentrée.

Afin de compléter autant que possible nos renseignements sur les
plantes d'orangerie, nous dirons qu'il faut tondre également les
Pélargoniums zonale avant de les mettre dans la serre.


§ III.--_Composition de la terre qu'il faut donner aux plantes
ci-après désignées._

ORANGERS.--Un quart de terre franche, un quart de bonne terre de
potager, un quart de terre de bruyère, un quart de terreau gras.


MYRTES.--Terre de bruyère pure.


GRENADIERS et LAURIERS-ROSES.--Bonne terre de potager mêlée de
terreau gras.

4. _Serre tempérée._--Cette serre diffère de l'orangerie en ce
qu'elle est beaucoup plus éclairée, condition indispensable pour la
conservation des plantes que nous conseillons d'y placer; elle sera
attenante à l'orangerie, et l'on communiquera de l'une dans l'autre:
elle aura 8 mètres de longueur sur 3 de largeur, et à partir du sol
intérieur, elle aura 2m,45 d'élévation par derrière; le devant aura
0m,80 de hauteur et sera vitré. Les petits châssis qui la fermeront
seront fixés dans le haut par des charnières, et s'ouvriront
horizontalement de bas en haut; ils porteront par en bas sur un
petit mur d'appui recouvert d'une dalle, et ils battront sur les
montants qui soutiennent la partie inférieure des chevrons, qui
doivent être, comme le reste, en bois de chêne et placés à 1m,33
l'un de l'autre, de manière à recevoir les panneaux vitrés dont la
serre doit être couverte. Ceux du premier rang auront 2 mètres de
longueur sur 1m,33 de largeur; ils porteront du bas sur une planche
d'égout destinée à rejeter les eaux pluviales, et du haut sur une
traverse nommée entretoise, qui doit aller d'un chevron à l'autre.
Les panneaux du second rang n'auront que 1m,36 de longueur, et pour
qu'ils puissent porter sur les chevrons, il faut appliquer une
semelle sur chacun d'eux, de manière à former l'épaisseur des
panneaux du bas, sur lesquels ceux du second rang devront porter
d'environ 0m,03, et du haut sur une traverse qui, comme celle du
bas, doit aller d'un chevron à l'autre.

Les panneaux seront fixés en haut par des crochets placés à
l'intérieur, et pour donner de l'air on soulèvera le bas, que l'on
tiendra ouvert au moyen de petites crémaillères en fer.

On fera en haut de la serre un petit toit avancé, sur lequel on doit
pouvoir circuler pour faire le service des paillassons; et, afin
d'éviter qu'on ne glisse sur les panneaux, il faut faire placer une
main-courante dans toute la longueur de la serre. À l'intérieur, on
ménagera au niveau du sol de l'orangerie un chemin de 0m,75 de
largeur, soutenu par un mur d'appui; car le reste de la serre doit
être de 0m,50 plus bas. Le milieu sera occupé par un gradin de 1m,25
de largeur, formé de six tablettes; la hauteur du gradin doit être
calculée de manière que les plantes ne soient pas à plus de 0m,60 ou
0m,80 des vitres; on fera devant le gradin un chemin de 0m,50 de
largeur, afin de pouvoir circuler tout autour, puis on établira une
tablette contre le mur de derrière, et un autre chemin de 0m,50 de
largeur sur le devant de la serre et sous laquelle circuleront les
tuyaux du poêle, dont la bouche doit toujours être en dehors. On
fera une ouverture dans le pignon de cette serre, et on la garnira
d'une double porte, qui servira d'entrée pendant les gelées, ce qui
évitera d'ouvrir celle de l'orangerie.


§ IV.--_De la rentrée des plantes de serre tempérée et de leur
traitement en hiver._

La rentrée des plantes doit avoir lieu dans le courant d'octobre,
mais il nous est impossible d'en déterminer au juste l'époque; nous
dirons seulement qu'il faut éviter autant que possible qu'elles ne
restent exposées à l'humidité de l'automne, et surtout qu'elles ne
soient atteintes par les premières gelées. Dès le commencement du
mois, les panneaux doivent être prêts à être placés sur la serre;
l'intérieur en sera nettoyé et toutes les réparations faites; enfin,
dès cette époque, elle doit être prête à recevoir les plantes, que
l'on placera dans l'ordre suivant, ce qui ne devra toutefois avoir
lieu qu'après avoir nettoyé les pots et gratté légèrement la surface
du sol, afin de ne laisser ni herbe ni mousse.

On placera sur le gradin les Pélargoniums, les Calcéolaires, les
Cinéraires et les Verveines. Sa disposition permet de placer
au-dessous des Hortensias, des Érythrines, des Balisiers, ou les
tubercules de Dahlias. On mettra sur la tablette placée contre le
mur de derrière les plantes grasses ou celles qui exigent peu de
soins pendant l'hiver; mais la tablette du devant sera réservée pour
les Camélias, qui doivent toujours être placés dans la partie la
plus éclairée de la serre. Toutes ces plantes seront placées sur les
tablettes, par rang de taille, en ayant soin de les distancer de
manière que les têtes ne se touchent pas; et pendant leur séjour
dans la serre, il faut avoir soin de les retourner de temps à autre,
afin qu'elles présentent successivement toutes leurs parties à la
lumière; car, sans cette précaution, elles s'inclineraient toutes du
même côté et n'auraient plus alors qu'une forme disgracieuse. Depuis
le placement des plantes dans la serre jusqu'au printemps, les
arrosements doivent être modérés et avoir lieu seulement au fur et à
mesure que les plantes en ont un véritable besoin. Ils se feront
avec un petit arrosoir auquel on ajoutera un bec de prolongement
pour atteindre les plantes éloignées, et l'eau que l'on emploiera
aura dû être tenue pendant quelque temps à la température de la
serre. Les autres soins consistent à entretenir la propreté et à
renouveler l'air aussi souvent que possible, en évitant toutefois
d'ouvrir les châssis par un temps couvert ou pluvieux, afin de ne
pas introduire d'humidité dans la serre; puis, dès l'approche des
froids, l'on bouchera hermétiquement toutes les ouvertures avec de
la mousse, et quand le soir le temps sera clair, et que le
thermomètre placé extérieurement ne marquera plus que 3 ou 4 degrés
de chaleur, il faudra couvrir la serre avec des paillassons, car il
est probable qu'il gèlera dans la nuit.

En décembre, on garnira les petits châssis du devant de la serre
d'un réchaud de fumier sec; et, quel que soit l'état de température,
il est prudent de couvrir la serre toutes les nuits, en ayant soin
toutefois d'enlever les paillassons pendant le jour, à moins
cependant que le temps ne soit couvert et le froid rigoureux. Au
reste, l'on peut découvrir sans inconvénient toutes les fois que le
thermomètre ne marquera pas plus de 4 à 5 degrés de froid;
seulement, il faut avoir soin de remettre les paillassons avant
qu'il se soit formé du givre sur les vitres; et si à cette époque il
arrivait qu'on donnât de l'air, il faudrait toujours refermer avant
la disparition du soleil, afin de concentrer de la chaleur dans la
serre, ce qui peut souvent épargner la peine de faire du feu la
nuit; enfin, soit en doublant les paillassons, soit en faisant un
peu de feu (ce qu'il ne faut faire qu'avec beaucoup de réserve), on
veillera à ce que la température de la serre ne descende pas
au-dessous de 5 degrés de chaleur, et si l'on se trouvait dans la
nécessité de faire du feu, il ne faut pas qu'elle soit portée à plus
de 6 à 8 degrés, car le point essentiel est de maintenir les plantes
dans un état de repos dont il faudrait qu'elles ne sortissent que
vers la fin de l'hiver. Comme presque toutes les plantes dont nous
avons parlé sont sujettes à être attaquées des pucerons, il faut,
aussi souvent que le besoin s'en fera sentir, avoir recours à une
fumigation de tabac, ce qui doit se faire après avoir tout fermé[4].

[Note 4: Cette opération doit avoir lieu au moyen d'un appareil
en cuivre de forme cylindrique, nommé _fumigateur_. Il se compose de
deux pièces: la partie supérieure entre à frottement sur la partie
inférieure; une plaque percée de trous fins est fixée intérieurement
pour recevoir le tabac et éviter qu'il ne passe par les tuyaux. Pour
faire fonctionner l'appareil, on introduit l'extrémité d'un soufflet
dans le tuyau placé à la partie inférieure de l'appareil, et en
soufflant la fumée s'échappe par le tuyau fixé sur l'un des côtés de
la partie supérieure.]

Arrivé au mois de mars, il n'est plus besoin de faire du feu dans la
serre, car ordinairement le soleil échauffe suffisamment
l'atmosphère; souvent même, au moment où il rayonne directement sur
la serre, il est nécessaire d'étendre une toile de tissu clair sur
les panneaux, afin d'éviter que le feuillage des plantes ne soit
brûlé. Dès ce moment, les arrosements doivent peu à peu être plus
fréquents et plus abondants; il est même nécessaire de seringuer les
plantes de temps à autre, opération qui doit à cette époque avoir
lieu le matin. Mais, tout bienfaisants que soient ces arrosements,
il faut les suspendre dès l'épanouissement des premières fleurs de
Pélargonium, car ils en terniraient promptement l'éclat. Dans les
premiers jours d'avril, on introduira progressivement, et selon la
température, une plus grande quantité d'air dans la serre, afin de
fortifier les plantes qui doivent bientôt être exposées à l'air
libre. Si l'on veut avoir une brillante floraison de Pélargoniums,
il faut les sortir de la serre aussitôt que la température le
permettra, et les placer à une bonne exposition, en ayant soin de
les disposer de manière que l'on puisse facilement les couvrir la
nuit, s'il arrivait que la température l'exigeât; après quoi on les
laisse ainsi jusqu'au moment où les premières fleurs commenceront à
s'épanouir, et alors on les replacera dans la serre: de cette
manière, on aura des plantes moins élancées, plus robustes, et des
fleurs d'un coloris plus vif. S'il arrive que quelque circonstance
empêche de sortir les Pélargoniums aussitôt que nous l'indiquons, il
faudra, pour remédier autant que possible à ce contre-temps, donner
de l'air par toutes les ouvertures de la serre.


§ V.--_De la sortie des plantes de serre tempérée et de leur
traitement en été._

Dans la première quinzaine de mai, et autant que possible par un
temps couvert, on sortira les plantes de la serre, excepté les
Pélargoniums et les Calcéolaires, que l'on ne sortira qu'après
qu'ils seront défleuris, afin de jouir de toute la beauté de leur
floraison; et alors on les traitera comme nous allons l'indiquer en
parlant des plantes que l'on doit sortir. On les déposera pendant
quelques jours à une exposition ombragée, afin qu'elles se
fortifient; et avant de les mettre en place, on rempotera celles qui
en auraient besoin, ce qui doit avoir lieu chaque année pour celles
qui poussent beaucoup. Mais toutes ne peuvent être rempotées à la
même époque; car, pour que cette opération soit faite à propos, il
faut toujours qu'elle ait lieu quelque temps avant l'époque où les
plantes entrent en végétation, et c'est à tort que beaucoup de
jardiniers rempotent encore indistinctement toutes les plantes à
l'automne. On comprendra facilement le motif qui nous fait blâmer
cet usage: le rempotage ne peut guère avoir lieu sans que les
racines soient endommagées; il arrive même souvent que, le chevelu
ayant complétement tapissé la motte, il devient nécessaire de la
diminuer; il est certain alors que cette opération peut être
inutile, sinon nuisible, lorsqu'elle a lieu à une époque où les
plantes doivent rester plusieurs mois en repos. Ainsi donc, il est
préférable de rempoter les plantes au printemps. Cependant, pour
celles qui, comme les Pélargoniums, végètent vers la fin de l'hiver,
il faut les rempoter vers la fin d'août ou au commencement de
septembre, en un mot, assez à temps pour qu'elles puissent refaire
de nouvelles racines avant l'hiver. Puisque nous sommes arrivés à
parler des Pélargoniums, nous dirons qu'il faut toujours tailler une
quinzaine de jours avant le rempotage; cette opération consiste à
supprimer les branches maigres ou mal placées, et à rabattre celles
de l'année à deux ou trois yeux au-dessous de leur insertion, selon
leur position et la vigueur des plantes, mais toujours de manière à
former une tête bien arrondie. Immédiatement après l'empotage, dont
nous indiquerons les détails dans le chapitre suivant, on arrosera
les plantes avec l'arrosoir à pomme, puis on les placera par rang de
taille dans un lieu bien aéré, mais à mi-ombre autant que possible;
et, à défaut d'abri naturel, on formera des palissades à claire-voie
en menus roseaux fixés du haut et du bas sur des gaulettes maintenus
par des pieux; on continuera d'arroser à propos; on pourra même
continuer les seringages, ce qui, pendant les journées chaudes de
juin, juillet et août, ne devra avoir lieu que vers la fin de la
journée. Si, peu de temps après l'empotage, il survenait des pluies
abondantes, il faudra momentanément coucher les pots de côté, pour
éviter qu'une trop grande humidité ne fît pourrir les racines. Bien
que nous indiquions d'une manière générale les soins à donner aux
plantes de serre tempérée, ils peuvent être appliqués à toutes les
plantes cultivées en pots, à moins qu'on n'enfonce les plantes en
pleine terre avec leur pot, ce qui cependant ne peut avoir lieu que
pour les Verveines, les Pétunias, les Hortensias, les Pélargoniums
et quelques variétés de Calcéolaires, toutes plantes avec lesquelles
on peut former des groupes très-gracieux.

Il n'est plus besoin alors de les protéger contre l'ardeur du
soleil; seulement, il faut les rabattre et les rempoter assez à
temps pour qu'elles aient repris au moment de les rentrer dans la
serre.


§ VI.--_Rempotage._

Avant de procéder au rempotage, on aura dû préparer la terre
favorable à chaque plante, ce que nous indiquerions à la fin de ce
chapitre; et, lorsque tout sera disposé, on profitera autant que
possible d'un temps couvert, ou, à défaut, on se mettra dans un lieu
à l'ombre.

On prend alors successivement chaque plante, on la dépote avec
précaution en plaçant la main gauche sur la surface de la terre, de
manière que la tige passe entre les doigts, puis on renverse la
plante la tête en bas, et, en soutenant le pot de la main droite on
en frappe légèrement le bord sur un point d'appui, et une fois la
motte sortie du pot, on la visite. S'il arrive, ce qui a souvent
lieu, que le chevelu qui tapisse la motte soit formé d'un tissu de
racines desséchées, on le coupe bien net, puis, en grattant
légèrement, on fait tomber une plus ou moins grande partie de
vieille terre, selon qu'elle sera plus ou moins décomposée; ensuite
on supprime les racines rompues ou pourries. Après avoir ainsi
préparé la motte, s'il arrivait qu'elle fût très-sèche, on la
plongerait dans l'eau jusqu'à ce qu'elle fût bien imbibée. Après
l'avoir fait égoutter, on la place dans le pot qu'on lui destine, et
qui doit toujours être proportionné au volume des racines et à la
vigueur de la plante, ce qui cependant ne doit avoir lieu qu'après
avoir placé un tesson ou un lit de gravier au fond du pot, afin de
faciliter l'écoulement de l'eau des arrosements. Ensuite on met un
lit de terre dont l'épaisseur doit être calculée de telle sorte que
la surface de la motte se trouve de 0m,04, à 0m,05 au-dessous des
bords du pot; puis on coule de la terre entre la motte et les parois
du pot, en ayant soin de maintenir la tige de la plante juste au
milieu, et, afin qu'il n'existe aucun vide, on la foule avec une
spatule; on frappe légèrement le fond du pot par terre, puis on
achève de remplir le pot avec de la terre, qu'on tasse cette fois
avec les pouces, en ayant soin de laisser la surface de la terre
d'environ 0m,01 plus basse que les bords du pot, afin de recevoir
l'eau des arrosements.

Tel est l'ensemble des soins que nécessitent les plantes de serre
tempérée. Bien que donnés d'un manière très-succincte, ces conseils
suffiront toujours pour cultiver toutes les plantes qui ne
s'écartent pas de la culture ordinaire.


§ VII.--_Composition de la terre qu'il faut donner aux plantes
ci-après désignées._

PÉLARGONIUMS.--Un tiers de terre de bruyère, un tiers de terre
franche, un tiers de terreau de feuilles, ou, à défaut de fumier, un
peu de poudrette bien tamisée[5].

[Note 5: Comme en toute circonstance la terre pour les empotages
doit être très-meuble et bien mélangée, il faut toujours la passer à
la claie ou au crible.

La claie consiste en un cadre en bois, garni, dans le sens de la
hauteur, de tringles en fer distantes les unes des autres d'environ
0m,015. Ces tringles sont soutenues par une traverse placée au
milieu du cadre. Pour s'en servir, on l'appuie (en ayant soin de
l'incliner un peu) sur un bon piquet.

Le crible est un panier dont le fond est garni de mailles en osier
ou en fil de fer plus ou moins larges, selon que l'on veut plus ou
moins ameublir la terre qu'on y passe.]


CALCÉOLAIRES.--Terre de bruyère, terre franche et terreau de
feuilles.


VERVEINES.--Terre de bruyère mêlée d'une partie de bonne terre de
potager.


CINÉRAIRES.--Terre de bruyère et terreau.


CAMÉLIAS.--Terre de bruyère pure.


HORTENSIAS.--Terre de bruyère pure.


PLANTES GRASSES.--Terre de bruyère mêlée d'un peu de poudrette bien
tamisée.

5. _Serre chaude._--Cette serre communique, ainsi que la serre
tempérée, avec l'orangerie. Comme sa structure est exactement
semblable à celle de la serre tempérée, nous renvoyons à celle-ci
pour la construction, et nous ne parlerons que des dispositions
intérieures.

Le chemin intérieur aura 0m,75 de largeur, et la couche 2m,25, y
compris un petit mur d'appui de 0m,45 de hauteur pour la soutenir;
et un autre sur le devant de la serre, où circulent les tuyaux du
poêle, dont la bouche sera toujours en dehors. La tablette placée
contre le mur de derrière est destinée à recevoir des Fraisiers en
pots. On pourra remplacer la couche de fumier par un _thermosiphon_,
dont les tuyaux circuleront sous un plancher recouvert d'un lit de
tannée assez épais pour que l'on puisse enterrer les pots, et la
température intérieure pourra être produite par le même appareil à
l'aide de tuyaux qui circulent au-dessus de la couche.

La culture des plantes de serre chaude étant fort restreinte, nous
nous bornerons à dire que pendant l'hiver il faut entretenir la
température de la serre entre 15 et 18 degrés centigrades. En avril,
on commence à seringuer les plantes et à donner un peu d'air vers le
milieu de la journée.

Dans la seconde quinzaine de mai, on sort les plus rustiques, pour
les rentrer dans le courant de septembre; enfin, on peut dire que
les soins généraux à donner aux plantes de serre chaude sont les
mêmes que ceux indiqués pour les plantes de serre tempérée.




CHAPITRE XI.

Jardin potager.


AIL (_Alium sativum_).--Il se multiplie de caïeux que l'on plante en
planches et en bordures, vers la fin de février et au commencement
de mars. Toutes les terres lui conviennent, mais il préfère celles
qui sont légères et substantielles. Au commencement de juin, on fait
un noeud avec les feuilles et la tige, afin d'arrêter la séve au
profit des bulbes, que l'on arrache aussitôt que les feuilles
commencent à se dessécher; et avant de les mettre en bottes, on les
laisse quelque temps sur le terrain, où ils achèvent de mûrir; puis
on les suspend dans un endroit sec pour les conserver jusqu'au
printemps.

_Ail d'Espagne ou Rocambole._--Cette espèce, moins répandue que la
précédente, en diffère en ce qu'elle produit, au lieu de graines,
des bulbilles qui peuvent servir à sa reproduction. Du reste, la
culture est la même.

[Illustration: Fig. 10.--Serre à Ananas.]

ANANAS (_Ananassa sativa_).--Pour élever les Ananas et les préparer
à la fructification, il faut avoir des châssis de 1m,65 de longueur
sur 1m,33 de largeur, et, pour les faire fructifier, une serre bien
exposée, à une ou deux pentes peu élevées, de manière que les
plantes ne se trouvent pas trop éloignées du verre.

La première quinzaine d'octobre est l'époque la plus favorable pour
la plantation des couronnes et des oeilletons, et cela parce que les
jeunes plantes ne demanderont pas plus de soins pour passer l'hiver
en terre qu'il n'en faudrait pour conserver les vieux pieds, et au
printemps on aura des plantes déjà fortes et tout enracinées. Vers
la fin de septembre, on prépare une bonne couche d'environ 0m,60
d'épaisseur, composée de moitié fumier neuf, moitié feuilles mêlées,
ou, à défaut, d'une partie de fumier provenant d'anciennes couches.
La hauteur de la couche aura dû être calculée de telle sorte,
qu'après avoir été rechargée de 0m,20 ou 0m,30 de tannée, ou, à
défaut, de mousse, les plantes se trouvent être aussi près du verre
que possible. Les oeilletons destinés à la plantation doivent être
pris de préférence dans l'aisselle des feuilles, où ils sont
toujours plus forts. Après avoir enlevé ces oeilletons, on ne
conserve les vieux pieds que si l'on est à court de plants, et
seulement jusqu'à ce qu'ils aient produit le nombre d'oeilletons
dont on a besoin. Avant de planter les oeilletons, on dégarnit de
feuilles la partie qui doit être en terre (environ 0m,05 à 0m,06);
puis on rafraîchit proprement la plaie, et on les plante
immédiatement dans des pots de 0m,10 à 0m,12 de diamètre, suivant
leur force. Ce que nous conseillons pour les oeilletons est, en
toutes circonstances, applicable aux couronnes. Nous dirons à ce
sujet que l'on peut, si le besoin l'exige, conserver les couronnes
pendant un mois au moins, en les plaçant à l'ombre dans un lieu sec.
Pour la plantation, on emploiera de la terre de bruyère pure, ou, à
défaut, une terre composée d'un cinquième de terre franche, moitié
de terre de bruyère et un sixième de terreau, le tout préparé depuis
six mois au moins, remué plusieurs fois et passé à la claie. Il faut
que cette terre, au moment de l'empotage, ne soit pas humide, sans
cependant être desséchée, bien qu'il vaille mieux toutefois
l'employer sèche qu'humide. Aussitôt après la plantation, on enfonce
les pots dans la couche, en commençant par le rang du haut et en
choisissant toujours les plants les plus élevés, ce qu'il faut
observer chaque fois qu'on les replace, en raison de la pente que
l'on doit toujours donner aux châssis. Il faut avoir soin de les
espacer suivant leur force. Pendant la nuit, on couvre les châssis
avec des paillassons; pendant le jour, on atténue l'intensité des
rayons solaires avec une toile ou du paillis, qu'on étend sur les
châssis; enfin, pendant un mois, espace de temps nécessaire pour
qu'ils prennent racine, on les soigne comme des boutures. Quand ils
commencent à végéter, on leur donne un peu d'air en soulevant les
châssis au moment du soleil; puis on les arrose au pied, mais
seulement au fur et à mesure du besoin. Vers le commencement de
novembre, c'est-à-dire à l'époque des froids et des temps humides,
on entoure le coffre d'un bon réchaud de fumier qui doit descendre à
la même profondeur que la couche, et à partir de cette époque
jusqu'au printemps, il doit être remué au moins tous les mois, en y
ajoutant chaque fois une partie de fumier neuf. Quand les froids
sont rigoureux, il faut doubler les paillassons pendant la nuit,
étendre sur le tout une bonne couche de litière, et avoir soin
d'entretenir les réchauds à hauteur de châssis: puis on découvre les
panneaux tous les jours, à moins que le thermomètre ne descende
au-dessous de 4 ou 5 degrés de froid.

Au printemps, les arrosements doivent être plus fréquents et plus
abondants, et l'on donne de plus en plus d'eau, à mesure que le soleil
prend de la force. Dans les premiers jours de mai on fait une couche qui
doit être beaucoup plus longue que celle d'automne, en raison du
développement qu'ont pris les plantes; mais, la température étant plus
douce, il n'est pas nécessaire qu'elle soit aussi chaude qu'à l'automne.
Il en est de même des réchauds, que l'on ne fait pas aussi profonds et
que l'on ne remanie que de loin en loin. Cette fois, on remplace la
tannée par une couche de terre de 32 centimètres d'épaisseur, semblable
à celle qu'on emploie pour l'empotage des oeilletons; puis on dépote les
Ananas, on visite les racines, et s'il s'en trouve quelques-unes qui
soient pourries, on les supprime; dans le cas contraire, on les ménage
toutes; seulement on retranche à chaque pied quelques feuilles du bas;
après quoi on les plante sur la couche, en ayant soin de les enfoncer de
manière que l'ancienne motte se trouve recouverte de quelques
centimètres de terre, afin de favoriser l'émission de nouvelles
racines, qui partent du collet. Quelque temps après la plantation, on
commence à donner un peu d'air; puis on augmente progressivement,
suivant la température; car, arrivé à ce point, il est préférable de ne
pas habituer les Ananas à être ombragés; par ce moyen on aura des
plantes beaucoup plus rustiques, mais on comprend qu'il faut alors leur
donner plus d'air. Pendant les chaleurs on peut, sans inconvénient, les
arroser avec l'arrosoir à pomme, surtout si l'on a planté sur une bonne
couche, car l'humidité ne leur est réellement préjudiciable qu'en hiver.
Ainsi traités, les Ananas auront pris à l'automne un développement qu'on
trouverait à peine chez ceux cultivés constamment en pots depuis deux
ans. Vers la fin de septembre ou dans le commencement d'octobre, on
relève les Ananas de pleine terre; on supprime alors tous les
oeilletons, puis quelques feuilles du bas; et comme l'Ananas est au
nombre des plantes dont les racines périssent chaque année et sont
remplacées par de nouvelles, on supprime toutes les anciennes en les
coupant près de la plante; après quoi on lie les Ananas avec un lien de
paille, de manière à les rempoter plus facilement, ce qui doit avoir
lieu dans des pots de 0m,24 de diamètre seulement. Cette opération
s'appelle planter à _cul nu_. Après l'empotage on les place sur une
nouvelle couche, et jusqu'à ce qu'ils aient de nouvelles racines on leur
donne les mêmes soins qu'aux oeilletons du premier âge. Vers le mois de
janvier on les place dans une serre où l'on a préparé une couche
d'environ 6m,65 d'épaisseur et de toute la largeur de l'encaissement,
qui ne doit pas avoir moins de 2 mètres. Cette couche doit être chargée
d'un bon lit de tannée ou de mousse, de manière à pouvoir facilement y
enterrer les pots, que l'on place à environ 0m,50 les uns des autres en
tous sens; enfin, suivant la force des plants, on les laisse ainsi
jusqu'à ce qu'ils marquent fruit, c'est-à-dire depuis avril jusqu'en
juillet, et alors on les plante en pleine terre sur la même couche,
après l'avoir remaniée et avoir remplacé la tannée par un lit de terre.
Pendant tout le temps que les Ananas restent dans la serre, on peut avec
avantage remplacer la couche dont nous avons parlé par un chauffage au
thermosiphon; dans ce cas on place la tannée, et par suite la terre, sur
un plancher sous lequel circulent les tuyaux de l'appareil. On règle le
chauffage de manière à entretenir à peu près 25 à 30 degrés dans la
couche, chaleur bien suffisante pour les besoins de ces plantes.

Au printemps, on commence à moins chauffer, pour cesser complétement
en mai, car, à partir de cette époque jusqu'en septembre, la chaleur
du soleil suffit. La serre dans laquelle on place les Ananas est
ordinairement divisée en deux par une cloison vitrée, de manière à
faire deux saisons. Les plus fortes plantes doivent être placées
dans le premier compartiment, et l'on commence ordinairement à les
chauffer vers la fin de janvier. À partir de cette époque, la
température de la serre doit être entretenue à une chaleur constante
de 25 à 30 degrés; pendant la nuit, jusque vers la fin d'avril, on
couvre la serre avec des paillassons, qu'il faut enlever tous les
jours. Pour les arrosements qui ont lieu au pied des plantes, on
emploie avec avantage de l'eau dans laquelle on aura fait décomposer
des substances animales ou végétales. Pendant l'hiver il faut
subordonner les arrosements à la chaleur de la couche et avoir soin
que l'eau soit à la température de la serre; mais, en été, ils
doivent être abondants, et même de temps à autre on donne des
bassinages. Comme nous l'avons précédemment indiqué, il est
nécessaire de donner beaucoup d'air, afin de ne point ombrer. Les
fruits de la première saison mûrissent ordinairement de juillet en
septembre.

On a soin de ne pas élever à plus de 12 degrés la température du
côté de la serre où se trouvent placées les plantes destinées à
faire la seconde saison; mais au mois de mars, époque où l'on
commence habituellement à les chauffer, on observera tout ce qui a
été indiqué pour la première.

Les fruits de la seconde saison mûrissent ordinairement de septembre
en décembre. On voit qu'en traitant les Ananas comme nous venons de
l'indiquer, on obtient des fruits bons à récolter vingt ou vingt-six
mois après la plantation des oeilletons, ce qui démontre d'une
manière concluante la supériorité de ce mode de culture sur celui
que l'on pratiquait autrefois.

     =Variétés.=--De la Martinique, -- de Cayenne, -- de la Jamaïque,
     -- de la Providence, -- de Mont-Serrat, -- Duchesse-d'Orléans, --
     Comte-de-Paris, -- Enville, -- Poli blanc, --
     Charlotte-Rothschild.


ARROCHE DES JARDINS. _Belle-Dame_, _Bonne-Dame_ (_Atriplex
horensis_).--Cette plante n'est guère cultivée que pour adoucir
l'acidité de l'Oseille.

On la sème au printemps, et elle n'exige aucun soin; elle se ressème
ordinairement d'elle-même; et, quand on en possède quelques pieds,
il est rare qu'il soit nécessaire d'en semer.

Les graines d'Arroche ne se conservent bonnes que pendant une année.

     =Variétés.=--Arroche blonde, -- Arroche rouge.


ARTICHAUT (_Cynara Scolymus_).--Pour cultiver les Artichauts avec
succès, il faut une terre douce et substantielle; ils aiment la
chaleur, et craignent l'humidité froide. On peut les multiplier de
graines semées sur une couche en février et mars, ou bien
immédiatement on place en avril et mai; mais, comme ils
reproduisent rarement leurs variétés, il est préférable de les
propager par oeilletons. Cette opération a lieu de la manière
suivante: En avril, on éclate les rejetons qui naissent au collet
des vieux pieds, en ayant soin de les enlever avec le talon ou
portion du collet de la racine; puis on choisit les plus forts, on
raccourcit l'extrémité des feuilles, et, après avoir bien préparé le
terrain, on les plante en échiquier, à environ 0m,75 dans les terres
un peu maigres, et à 1 mètre dans celles où l'on espère une
végétation vigoureuse. S'ils sont binés et arrosés, une bonne partie
de ces oeilletons donneront fruit à l'automne, et tous fructifieront
abondamment au printemps suivant. Chaque année, à l'automne, il faut
avoir soin de couper les vieilles tiges et l'extrémité des feuilles
les plus longues; puis, dans le courant de novembre, en un mot,
avant les gelées, il faut les butter, opération qui consiste à
relever la terre autour de chaque pied; et quand la gelée commence à
se faire sentir, on les couvre complétement avec des feuilles ou de
la litière, qu'on écarte toutes les fois que le temps se radoucit.
Dans le courant de mars, lorsque les gelées ne sont plus à craindre,
on détruit les buttes des Artichauts, et on leur donne un bon
labour; puis, en avril, on les oeilletonne, comme nous l'avons
indiqué précédemment, de manière à ne laisser que les deux ou trois
plus beaux oeilletons sur chaque pied. Une plantation d'Artichauts
ne produit abondamment que pendant quatre ans; il faut donc
replanter tous les trois ans, afin de ne pas éprouver d'interruption
dans les récoltes. Comme les racines des Artichauts ne prennent pas
un grand développement, elles n'épuisent en rien le terrain
environnant, et l'on peut sans inconvénient contre-planter d'avance
de jeunes Artichauts entre ceux que l'on doit détruire, de manière
que le terrain se trouve, au moment d'arracher les vieux Artichauts,
garni de jeunes pieds en plein rapport.

On peut facilement avancer l'époque de production des Artichauts.
Soit qu'on les force sur place, soit qu'on les relève en mottes,
dans le courant de novembre, pour les planter dans un coffre, les
soins consistent à entourer le coffre d'un réchaud de fumier pendant
les gelées, à couvrir les panneaux pendant la nuit et à donner de
l'air pendant le jour. Les Artichauts ainsi traités produisent en
avril. On peut aussi, ce qui est beaucoup plus simple, forcer les
Artichauts de la manière suivante:

Dans la première quinzaine de février, on enlève la terre des
sentiers qui entourent la planche à environ 0m,50 de profondeur, et
on la remplace par un réchaud de fumier neuf; après quoi on met des
cerceaux de loin en loin en travers de la planche, de manière à
servir de support aux paillassons qu'on emploie pour couvrir les
Artichauts pendant la nuit et par le mauvais temps; puis on couvre
le sol avec du fumier chaud, afin d'activer la végétation, on
remanie les réchauds tous les dix ou quinze jours, en ajoutant
chaque fois plus ou moins de fumier neuf, suivant l'état de la
température.

Les graines d'Artichaut se conservent bonnes pendant cinq ans.

     =Variétés.=--Vert de Provence, -- vert de Laon, -- Camus de
     Bretagne, -- violet.


ASPERGE (_Asparagus officinalis_).--On en cultive deux variétés: la
_commune_ ou _Asperge verte_, et celle connue sous le nom de _grosse
Asperge violette_ ou _de Hollande_. Celles de Marchiennes, d'Ulm, de
Besançon et de Vendôme ne sont que des variétés de la dernière,
résultant d'influences locales.

Les Asperges se multiplient de graines, qu'on sème en mars, soit en
place, soit en pépinière, en pleine terre ou sur couche, pour être
plantées ensuite.

Les méthodes de plantation varient suivant les pays; celle que nous
exposons ayant produit d'excellents résultats dans toutes les
localités où elle a été mise en pratique, nous croyons devoir lui
donner la préférence.

Après avoir fait choix d'un emplacement favorable, on enlève en
automne 0m,25 à 0m,30 de terre sur toute la surface du terrain
destiné à la plantation. Si, à cette profondeur, la terre ne se
trouve pas être de bonne qualité, on enlève un fer de bêche en plus,
que l'on remplace par égale quantité de bonne terre prise à la
surface du sol ou dans toute autre partie du jardin. On pourrait
même y mélanger de vieux gazons consommés ou des débris de vieilles
couches, si le fonds était trop humide ou de nature trop compacte et
capable de retenir l'eau; mais, dans un cas comme dans l'autre, on
étend au fond de la tranchée un bon lit de fumier de vache ou tout
autre bon engrais; car, pour que les Asperges réussissent bien, il
leur faut un sol non-seulement léger et sablonneux, mais encore bien
amendé; puis, par-dessus le tout, on rapporte un lit de bonne terre,
dont l'épaisseur doit être calculée de telle sorte que les griffes
d'Asperges soient plantées à 0m,15 de profondeur, au lieu de 0m,35
que l'on indiquait autrefois par suite d'une erreur que l'expérience
a démontré la nécessité de modifier.

Dans le courant de mars on donne un bon labour, on passe le râteau
sur le tout, afin d'enlever les mottes et les pierres; on divise le
terrain par planches de 1m,33 de largeur, entre chacune desquelles
on laisse un sentier d'environ 0m,50; après quoi on trace quatre
rangs qui doivent être distancés également entre eux et de manière
que les deux rangs extérieurs soient à 0m,16 des bords de la
planche. On prend ensuite des plants d'un ou de deux ans de semis,
arrachés à la fourche avec précaution, afin que les racines ne
soient pas brisées; on place les griffes à environ 0m,40 les unes
des autres sur la ligne, et, après avoir bien étendu les racines, on
les recouvre de terre bien meuble; il faudrait même la passer à la
claie, si elle était mêlée de pierres de mottes ou de terre mal
brisées.

Une fois les planches également recouvertes, on étend sur chacune un
bon paillis de fumier à moitié consommé.

Chaque année, à l'automne, on coupera de vieilles tiges, on donnera
un léger binage, puis on étendra sur le tout un bon paillis de
fumier à moitié consommé. En procédant ainsi, les Asperges seront en
plein rapport à la troisième pousse; on coupera les plus grosses à
l'aide du couteau à asperge. Ce qui, arrivé à ce point, peut avoir
lieu sans nuire en rien à la récolte de l'année suivante.

On peut aussi faire le semis en place, après avoir préparé les
planches comme nous l'indiquons plus haut. On sème en lignes en
février ou mars; et, quand le plant est assez fort, on n'éclaircit
en ne laissant que les plus beaux pieds et à une distance égale à
celle que nous avons indiquée; après quoi les autres soins à leur
donner sont les mêmes que pour les Asperges plantées.

Nous ajouterons encore un autre procédé, communiqué au Cercle
général d'horticulture par M. Lenormand, qui le pratique avec succès
depuis un grand nombre d'années. Nous laisserons cet habile
horticulteur indiquer lui-même la manière dont il établit ses
plantations d'Asperges:

«Au mois d'avril 1834, je fis des tranchées de 1m,30 de largeur sur
0m,33 de profondeur, dans lesquelles je fis des couches, qui,
foulées et mouillées, avaient de 0m,38 à 0m,40 d'épaisseur; après
les avoir recouvertes de terre bien nivelée, je plaçai les coffres
destinés à recevoir les châssis, et dans chaque châssis je plantai
douze griffes d'Asperges d'_un an de semis_. Après la plantation, je
tapissai la terre d'un bon paillis et je plantai deux pieds de
Melons qui sont parfaitement venus sans nuire aux Asperges. Lorsque
les pieds de Melons ont été aux trois quarts de leur force,
j'ajoutai quatre Choux-fleurs par châssis, et après la récolte des
Melons, au mois de septembre, je semai des Mâches pour l'hiver; le
tout a complétement réussi.

«Au mois de février suivant, la couche ayant tassé, je rechaussai
mes griffes avec la terre des sentiers, puis je plantai sur le tout
des Laitues et des Romaines, avec deux rangs de Choux-fleurs par
planche, ce qui a fait disparaître toute trace de couche. Le tout a
poussé avec une rapidité et une force étonnantes, puisque j'ai eu
des Asperges de 0m,07 de circonférence. En bonifiant ainsi la terre,
on peut obtenir deux récoltes par an, indépendamment des Asperges
que l'on peut forcer dès la seconde année, et continuer ainsi en
leur laissant une année de repos sur trois. Ce plant, établi en
1834, existe encore aujourd'hui, ce qui prouve que l'on ne fait rien
perdre aux griffes de leur vigueur, quoique les mettant en rapport
trois ans plus tôt qu'on ne pouvait le faire par l'ancien procédé.»

Les cultivateurs d'Argenteuil, dont les produits maraîchers
jouissent d'une réputation justement méritée, cultivent les Asperges
en lignes, le plus souvent entre la vigne, dont il existe de grandes
étendues dans cette localité. Plantées peu profondément à 1 mètre
les unes des autres en tous sens, les Asperges d'Argenteuil sont
régulièrement fumées tous les deux ans. On les bine aussi souvent
qu'il est nécessaire de le faire; on les déchausse chaque année,
dans le courant de novembre, ce qui consiste à enlever quelques
centimètres de la surface du sol; puis on les butte en février ou
mars.

Pratiquée avec intelligence, cette culture donne des résultats
tellement remarquables, qu'elle peut être adoptée avec confiance
par toutes les personnes qui tiennent à récolter de très-grosses
Asperges.

Si l'on veut avoir des Asperges précoces, on peut commencer à en
forcer une planche dans les premiers jours de novembre, et l'on peut
continuer successivement jusqu'en février, ce qui se fait de la
manière suivante: après avoir placé les coffres sur les planches que
l'on veut forcer, on étend un lit de terreau sur les Asperges, puis
on enlève la terre des sentiers à 0m,50 de profondeur, et on la
dépose sur les planches de manière à les recharger de 0m,33 environ,
et cela afin d'avoir des Asperges beaucoup plus longues; puis on
remplace la terre des sentiers par un réchaud de fumier neuf qui
doit être élevé jusqu'à la hauteur des panneaux avec lesquels on
couvre les coffres; mais, avant de placer les panneaux, on étend un
lit de fumier sur les planches, afin d'activer la végétation; on
aura soin toutefois d'enlever ce fumier aussitôt que les Asperges
commencent à sortir de terre. Quel que soit l'état de la
température, on ne donne pas d'air à ces Asperges. Pendant la nuit
et par le mauvais temps, on couvre les panneaux avec de bons
paillassons, afin de concentrer la chaleur. On remanie les réchauds
tous les dix ou quinze jours environ, en ajoutant chaque fois plus
ou moins de fumier neuf, suivant l'état de la température, enfin de
manière à obtenir sous les panneaux une chaleur qui ne doit pas être
moindre de 15 degrés, et qu'il est inutile d'élever à plus de 25.
Ces Asperges sont ordinairement bonnes à couper vingt ou vingt-cinq
jours (suivant l'état de la température) après qu'on aura commencé à
les forcer.

Les vieilles griffes ou celles qu'on se propose de détruire peuvent
être plantées sur couche, où elles produiront, une fois seulement,
des Asperges minces et vertes propres à être mangées en petits pois.

Pour cela, on prépare une couche de 0m,60 à 0m,80 d'épaisseur, dont
la chaleur soit de 20 à 25 degrés; on pose des coffres, on charge la
couche de quelques centimètres de terreau, puis on remplit les
sentiers, mais à moitié seulement. Lorsque la couche a jeté son
premier feu, on prend les griffes d'Asperges, et, sans rien
retrancher de la longueur des racines, on les place sur la couche
les unes à côté des autres; on les laisse en cet état pendant
quelques jours, après quoi on coule un peu de terreau entre les
griffes, de manière à les recouvrir légèrement, puis on achève de
remplir les sentiers, et on les remanie au besoin. Pendant la nuit,
on couvre les panneaux avec des paillassons, et dès que les Asperges
commencent à pousser, il faut leur donner de l'air pendant le jour,
à moins que la température ne soit par trop défavorable. Au bout de
douze ou quinze jours, les Asperges commencent à produire, et l'on
coupe pendant tout le temps qu'elles donnent, c'est-à-dire pendant
trois mois environ.

Les graines d'Asperges mûrissent vers la fin d'octobre, et sont
bonnes pendant quatre ans.


AUBERGINE ou MÉLONGÈNE (_Solanum Melongena_).--Sous le climat de
Paris, on sème l'Aubergine vers la fin de décembre ou au
commencement de janvier, sur une couche dont la chaleur soit de 20 à
25 degrés. Pendant la nuit, on couvre les panneaux avec des
paillassons; quinze jours ou trois semaines après les semis, on
repique le plant en pépinière, mais sur une couche moins chaude que
la première; au bout de quelque temps, on le relève, pour le
repiquer une seconde fois avant de le mettre en place. Lorsque le
plant est repris et que l'état de la température le permet, on
commence à donner un peu d'air.

Dans le courant de mars, on prépare une dernière couche, dont la
longueur doit être proportionnée à la quantité de plants qu'on veut
cultiver; on place les coffres, on charge la couche de terreau, et
lorsque la chaleur de la couche est convenable (15 à 20 degrés), on
plante quatre Aubergines sous chaque panneau de 1m,33; on les prive
d'air pendant quelques jours, afin de faciliter la reprise des
plantes; après quoi, on commence à donner un peu d'air, soit par le
haut, soit par le bas des panneaux; puis on augmente progressivement
à mesure qu'on avance en saison, de manière à enlever les panneaux
et les coffres dans le courant de mai. Les autres soins consistent à
arroser au besoin, il nettoyer les feuilles qui sont attaquées par
les kermès.

Les graines d'Aubergine sont bonnes pendant sept ans.

     =Variétés.=--Violette, -- blanche, -- panachée, -- géante.


BASELLE (_Basella_).--Plante grimpante, dont les feuilles remplacent
les Épinards. On sème en mars sur couche, et lorsqu'on n'a plus de
gelées à craindre, on repique en pleine terre, au pied d'un mur, à
bonne exposition.

La durée de la germination des graines de Baselle est de trois ans.

     =Variétés.=--Baselle rouge, -- Baselle blanche.


BASILIC COMMUN (_Ocimum Basilicum_).--Plante annuelle, que l'on
emploie, ainsi que ses variétés, comme assaisonnement. Toutes se
sèment en mars, sur couche, pour être replantées en mai à une
exposition ombragée.

Les graines de Basilic se conservent pendant six ans.


BETTERAVE (_Beta vulgaris_).--On la sème à la fin d'avril ou au
commencement de mai, en lignes ou à la volée, en terre profondément
labourée et fumée de l'année précédente; puis, lorsque les plants
ont cinq ou six feuilles, on les éclairait de manière qu'ils se
trouvent à environ 0m,35 les uns des autres, et l'on en repique
dans les places où il en manque, opération qu'il ne faut faire que
par un temps pluvieux. Dans le courant de l'été, on leur donne
plusieurs binages, et vers la fin d'octobre ou au commencement de
novembre, on fait la récolte des racines, après en avoir coupé les
feuilles. On les met dans la serre à légumes ou dans une cave bien
saine; on peut en conserver ainsi jusqu'en mai.

Les graines de Betterave mûrissent en septembre et se conservent
bonnes pendant cinq ou six ans.

     =Variétés.=--Rouge, -- rouge de Castelnaudary, -- rouge foncé de
     Whyte, -- Turnep, -- jaune, -- jaune de Castelnaudary.


BOURRACHE (_Borrago officinalis_).--Plante dont on emploie les
fleurs pour orner les salades; elle vient dans tous les terrains, et
se sème en place au printemps et à l'automne.

La durée germinative des graines de Bourrache est de trois ans.


CAPUCINE GRANDE (_Tropæolum majus_).--On la sème en avril, au pied
d'un mur, à bonne exposition. On peut aussi la semer isolée, mais
alors il faut la ramer. On emploie les fleurs pour parer les
salades; les graines cueillies encore vertes se confisent au
vinaigre et remplacent les câpres.

La durée des graines de Capucine est de cinq ans.


CARDON (_Cynara Cardunculus_).--Il faut aux Cardons une terre douce
et profonde, ainsi que de fréquents arrosements en été. Ils se
multiplient de graines semées en avril sur couche, ou mieux en mai,
immédiatement en place. On fait des trous à 1 mètre l'un de l'autre,
on les remplit de terreau, puis on sème deux ou trois graines dans
chacun, et lorsqu'elles sont bien levées, on choisit le pied le plus
vigoureux, en supprimant les autres. Dans le cas où l'on aurait à
craindre les ravages des vers blancs ou des courtilières, il
faudrait, à la même époque, en semer en pots, afin de pouvoir
regarnir les places vides. Vers le mois de septembre, lorsqu'ils
sont assez forts pour être blanchis, on les empaille en fixant au
collet de la plante un lien fait avec de la litière, puis on
l'enroule de bas en haut, de manière à ne laisser voir que
l'extrémité des feuilles. Au bout de quinze jours ou trois semaines,
les côtes sont blanches, et doivent être consommées sur-le-champ,
sans quoi elles pourriraient; il ne faut donc les empailler que
successivement.

Avant les fortes gelées, on arrache les Cardons en mottes pour les
replanter l'un près de l'autre dans la serre à légumes, où ils
blanchiront sans couverture; mais il faut les visiter souvent et
enlever toutes les feuilles pourries. On peut par ce moyen les
conserver jusqu'en mars.

Les graines de Cardon mûrissent dans la première quinzaine de
septembre, et sont bonnes pendant sept ans.

     =Variétés.=--Cardon de Tours, -- d'Espagne, -- Puvis, -- plein
     inerme, -- à côtés rouges.


CAROTTE (_Daucus carota_).--Les premiers semis ont lieu sur une
couche, en décembre. On prépare une couche de 0m,35 à 0m,40
d'épaisseur, dont la chaleur soit de 15 à 20 degrés; on place les
coffres, on charge la couche de 0m,15 de terreau, et, à moins de
froid rigoureux, on ne remplit les sentiers qu'à moitié. Lorsque la
chaleur de la couche est favorable, on sème la variété connue sous
le nom de _Carotte courte hâtive_ ou _de Hollande_.

On peut repiquer parmi les Carottes quelques Laitues petite noire,
ou semer un peu de Radis roses. Pendant la nuit, on couvre les
panneaux avec des paillassons; lorsque le semis est en bonne voie,
on remanie les réchauds, que l'on fait alors de toute la hauteur des
coffres. Ces Carottes sont ordinairement bonnes à récolter dans le
courant d'avril. Si, dans la seconde quinzaine de mars, le temps est
doux et qu'on ait besoin des panneaux qui couvrent les Carottes, on
peut les enlever, ainsi que les coffres; mais alors on récolte plus
tard.

En pleine terre, les premiers semis peuvent se faire dès le mois de
février, et être continués jusqu'en juillet, ce qui toutefois ne
peut avoir lieu que pour la Carotte courte hâtive; car, pour les
autres variétés, il ne faut pas dépasser le mois d'avril, afin
qu'elles puissent atteindre tout leur développement avant l'hiver.

Quelle que soit l'époque du semis, le terrain doit être bien
préparé, après quoi on sème à la volée. On herse légèrement à la
fourche, on foule le terrain, puis on étend une couche de terreau
sur chaque planche. On passe légèrement le râteau sur le tout, et
l'on arrose toutes les fois qu'il en est besoin. Lorsque les
Carottes sont levées, on éclaircit le plant, qui est presque
toujours dru si le semis a réussi.

En novembre, on coupe le collet de chaque Carotte; on les met en
jauge, puis on les couvre de grand fumier pendant les gelées, ou
bien on les dépose dans la serre à légumes, afin d'en avoir pendant
l'hiver. Dans les terres légères et saines, on peut se dispenser de
les arracher; il suffit de couvrir les plants de Carottes pendant
les gelées.

On récolte les graines de Carotte en août; leur durée germinative
est de quatre ans.

     =Variétés.=--Rouge-courte de Hollande, -- demi-longue, -- longue,
     -- d'Altringham, -- jaune longue, -- rouge pâle de Flandre, --
     blanche, -- violette d'Espagne.


CÉLERI CULTIVÉ.--Variété à l'_Apium graveolens_.--On le sème sur
couche, mais à l'air libre, dès le mois de février; la graine doit
être très-légèrement recouverte. En avril, on plante en pleine terre
à environ 0m,33 de distance.

D'avril en juin, on sème en pleine terré à une exposition ombragée,
pour repiquer immédiatement en place. On favorise la germination des
graines par de fréquents bassinages, et s'il arrivait que le plant
fût trop dru, il faudrait l'éclaircir pour éviter qu'il ne
s'étiolât. En juin et juillet, on repique le plant en place. On
trace quatre rangs par planche de 0m,33 de largeur, puis on plante à
0m,33 de distance sur la ligne. Aussitôt après la plantation, on
arrose pour faciliter la reprise, et l'on continue jusqu'à ce que le
Céleri soit assez fort pour être blanchi, ce qui doit avoir lieu de
la manière suivante: on ouvre une tranchée de 1 mètre de largeur,
dont on jette la terre à droite et à gauche, après quoi on relève le
Céleri en mottes pour le planter dans la tranchée; on en met huit
par rang, puis on coule du terreau entre chaque rang, de manière
qu'il se trouve complétement enterré, sauf l'extrémité des feuilles.
Au bout d'une quinzaine de jours, il est ordinairement assez blanc
pour être récolté; mais, comme il ne se conserve pas longtemps après
ce terme, il ne faut en faire blanchir que successivement, de
manière à prolonger la récolte aussi longtemps que possible. Pendant
les gelées, on le couvre de litière, que l'on enlève toutes les fois
que la température le permet. Avec des soins, on peut en conserver
jusqu'à la fin de février.

     =Variétés.=--Plein blanc, -- Turc, -- Cole's superb red, -- Plein
     rose, -- violet, -- à couper.


_Céleri-rave._--Les semis peuvent avoir lieu en avril, en pleine
terre, à une exposition ombragée; mais il vaut mieux semer en
février sur couche, repiquer le plant sur couche; après quoi on le
met en pleine terre, après avoir retranché les grandes feuilles et
toutes les racines latérales. On arrose abondamment pendant l'été;
puis on retranche toutes les feuilles inutiles, en ayant soin de
ménager celles du coeur, opération qu'il faut recommencer aussi
souvent qu'il est nécessaire, afin de favoriser le développement du
tubercule. On arrache le Céleri-rave au commencement de l'hiver pour
le mettre en jauge, et on le couvre pendant les gelées; ou bien on
le rentre dans la serre à légumes après en avoir coupé les feuilles.
Ainsi traité, on peut en conserver facilement jusqu'en mars.


CERFEUIL (_Scandix cerefolium_).--On le sème presque toute l'année:
au printemps et à l'automne, au pied d'un mur et à une bonne
exposition, et pendant les chaleurs, à celle du nord.

_Cerfeuil frisé._--Cette variété n'exige rien de plus que le
Cerfeuil ordinaire; elle sert aux mêmes usages, et a sur ce dernier
l'avantage de ne pouvoir être confondue avec la _Ciguë_.

Les graines du Cerfeuil mûrissent en juin, et se conservent pendant
deux ans.

_Cerfeuil bulbeux_ (_Chærophyllum bulbosum_).--Le Cerfeuil bulbeux est
une plante alimentaire dont la racine ne dépasse pas les proportions
d'une petite Carotte de Hollande. Elle est très-féculente et d'une
saveur agréable.

On sème le Cerfeuil bulbeux en septembre, c'est-à-dire aussitôt
après la récolte des graines; autrement elles ne lèvent que la
seconde année, à moins qu'on ne prenne la précaution de les
conserver dans du sable jusqu'au moment de faire les semis, qui peut
alors n'avoir lieu qu'au printemps.

Après le semis, on recouvre la graine d'une bonne couche de terreau;
cela fait, le cerfeuil bulbeux ne demande plus aucun soin
particulier autre que les sarclages et les arrosements que réclament
tous les produits du potager.

Quelle que soit l'époque des semis, le Cerfeuil bulbeux est bon à
récolter en juillet.

On récolte la graine de Cerfeuil bulbeux en juillet. Elle n'est
bonne que pendant un an.


CHAMPIGNON COMESTIBLE (_Agaricus edulis_).--Le succès des couches ou
meules de Champignons dépend du choix, de la préparation des fumiers
et des soins à donner aux meules. Pour établir une meule à
Champignons, il faut prendre du fumier provenant des chevaux qui
font un travail pénible; car, étant renouvelé moins souvent, il est
plus moelleux, c'est-à-dire plus imprégné d'urine, et contient plus
de crottin que celui des chevaux de luxe.

On commence par déposer le fumier en tas, afin qu'il entre en
fermentation; puis, un mois après environ, on le reprend à la
fourche pour en former une couche (nommée planchée) d'environ 0m,65
d'épaisseur sur 1m,33 de largeur. On étend un premier lit, en ayant
soin de retirer les plus longues pailles, les liens et le foin, puis
de bien mélanger les parties sèches avec celles qui sont le plus
imprégnées d'urine; et pour former les bords de la couche on
retourne le fumier sur les côtés, de manière que les bouts se
trouvent en dedans. Dès qu'on a formé un lit de fumier, on le
mouille avec l'arrosoir à pomme, puis on le foule avec les pieds. O

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