L'ebook a 40 ans (1971-2011)
by Marie Lebert · French · Gutenberg #36987 · 370,327 chars · public domain (US)
The Project Gutenberg eBook of L'ebook a 40 ans (1971-2011)
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Title: L'ebook a 40 ans (1971-2011)
Author: Marie Lebert
Release date: August 6, 2011 [eBook #36987]
Most recently updated: September 5, 2026
Language: French
Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/36987
Credits: Produced by Al Haines
*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK L'EBOOK A 40 ANS (1971-2011) ***
L’EBOOK A 40 ANS (1971-2011) © 2011 by Marie Lebert is licensed under
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L’EBOOK A 40 ANS (1971-2011)
Marie Lebert
Project Gutenberg News, 2011
INTRODUCTION
L’ebook - appelé aussi livre numérique - a tout juste quarante ans.
Après des débuts timides, il est maintenant solidement implanté à côté
du livre imprimé. On peut désormais lire un livre sur son ordinateur,
son PDA, son téléphone mobile, son smartphone ou sa tablette de
lecture.
«L’ebook a 40 ans» se présente sous la forme d’une chronologie en 60
épisodes de 1971 à 2011. Sauf mention contraire, les citations sont des
extraits des Entretiens du NEF <www.etudes-francaises.net/entretiens/>,
Université de Toronto, et des entretiens qui ont suivi pour les
compléter. Merci à tous ceux qui sont cités ici, pour leur temps et
pour leur amitié.
Une partie de ce livre a été publié dans le magazine en ligne
ActuaLitté <www.actualitte.com> en mai et juin 2011, sous la forme
d’une série d’articles, pour célébrer le 40e anniversaire du Projet
Gutenberg le 4 juillet 2011. Une autre partie de ce livre émane d’une
série d’articles en anglais publiée dans Project Gutenberg News
<www.gutenbergnews.org> en juillet 2011, ces articles ayant ensuite été
traduits en français.
Ce livre marque la fin d'un projet de recherche ayant duré douze ans,
avec une centaine de participants de par le monde.
Marie Lebert, chercheuse et journaliste, s'intéresse aux technologies
pour le livre et les langues. Ses livres sont librement disponibles
dans le Projet Gutenberg <www.gutenberg.org>, dans divers formats
permettant leur lecture sur tout appareil électronique.
Copyright © 2011 Marie Lebert
TABLE DES MATIÈRES
1971 > Le Projet Gutenberg, un projet visionnaire
1974 > Les débuts de l’internet
1986 > Des extensions pour l’ASCII
1990 > Le web booste l’internet
1991 > L’Unicode, système d’encodage universel
1992 > Des répertoires de textes électroniques
1993 > L’Online Books Page, liste de livres en ligne
1993 > Le format PDF, lancé par Adobe
1994 > L’internet comme outil de marketing
1994 > Athena, bibliothèque numérique
1995 > Éditel, éditeur littéraire né sur la toile
1995 > La presse imprimée se met en ligne
1995 > Amazon, pionnier du cybercommerce
1996 > L’Internet Archive, pour les générations futures
1996 > CyLibris, éditeur électronique
1996 > Vers un savoir numérique
1996 > Le projet @folio, baladeur de textes
1996 > Les éditions du Choucas sur la toile
1997 > La convergence multimédia
1997 > Un portail pour les bibliothèques nationales européennes
1997 > E Ink, technologie d’encre électronique
1997 > oVosite, espace d’écriture hypermédia
1997 > NON, roman multimédia
1997 > Gallica, bibliothèque numérique
1998 > Des livres numérisés en quantité
1998 > L’Encyclopédie de Diderot en ligne
1998 > 00h00, éditeur en ligne
1998 > Un prolongement sur le web pour les livres
1998 > Un durcissement du copyright
1998 > Les premières tablettes de lecture
1999 > Du bibliothécaire au cyberthécaire
1999 > La librairie Ulysse sur le web
1999 > L’internet, personnage de roman
2000 > Encyclopédies et dictionnaires en ligne
2000 > Les aventures de Stephen King
2000 > Des auteurs de best-sellers
2000 > Cotres.net, site de littérature hypermédia
2000 > Un format standard pour le livre numérique
2000 > Numilog, librairie numérique
2000 > La Bible de Gutenberg en ligne
2001 > Le web au service des auteurs
2001 > De nouveaux genres littéraires
2001 > Wikipédia, encyclopédie collaborative
2001 > D’autres tablettes de lecture
2001 > Une meilleure bande passante
2001 > Creative Commons, le copyright revisité
2003 > La Public Library of Science
2003 > Handicapzéro, l’internet pour tous
2003 > Le matériel d’enseignement du MIT
2004 > Le web 2.0, communauté et partage
2005 > Du PDA au smartphone
2005 > De Google Print à Google Books
2005 > L’Open Content Alliance, bibliothèque planétaire
2006 > Le catalogue collectif WorldCat en ligne
2007 > Quel avenir pour l’ebook?
2007 > Citizendium, encyclopédie expérimentale
2007 > L’Encyclopedia of Life, projet global
2009 > Indiscripts, laboratoire de scripts InDesign
2010 > Du Librié à l’iPad
2011 > L’ebook en dix points
1971 > LE PROJET GUTENBERG, UN PROJET VISIONNAIRE
[Résumé]
Le premier livre numérique est l’eText #1 du Projet Gutenberg, un
projet visionnaire fondé en juillet 1971 par Michael Hart pour créer
des versions électroniques gratuites d'oeuvres littéraires et les
diffuser dans le monde entier. Au 16e siècle, Gutenberg avait permis à
chacun d'avoir des livres imprimés pour un prix relativement modique.
Au 21e siècle, le Projet Gutenberg permettrait à chacun d'avoir une
bibliothèque numérique gratuite. D'abord considéré comme complètement
irréaliste, ce projet trouve un nouveau souffle et un rayonnement
international avec l'apparition du web en 1990, ce qui facilite la
circulation des livres, puis la création de Distributed Proofreaders en
2000, pour partager la relecture des livres entre des milliers de
volontaires. En juillet 2011, pour son 40e anniversaire, le Projet
Gutenberg compte 36.000 livres numériques, des dizaines de milliers de
téléchargements par jour, des sites web aux États-Unis, en Australie,
en Europe et au Canada et 40 sites miroirs répartis sur toute la
planète.
***
Le premier livre numérique est l’eText #1 du Projet Gutenberg, fondé en
juillet 1971 par Michael Hart pour créer des versions électroniques
d'oeuvres littéraires et les diffuser gratuitement dans le monde
entier.
Au 16e siècle, Gutenberg avait permis à chacun d'avoir des livres
imprimés pour un prix relativement modique. Au 21e siècle, le Projet
Gutenberg permettrait à chacun d'avoir une bibliothèque numérique
gratuite.
# Les débuts du projet
Comment le projet débute-t-il? Alors étudiant à l’Université de
l'Illinois (États-Unis), Michael Hart se voit attribuer quelques
millions de dollars de «temps machine» dans le laboratoire informatique
(Materials Research Lab) de son université.
Le 4 juillet 1971, jour de la fête nationale, il saisit «The United
States Declaration of Independence» (La Déclaration de l’indépendance
des États-Unis, signée le 4 juillet 1776) sur le clavier de son
ordinateur. En caractères majuscules, puisque les caractères minuscules
n’existent pas encore. Le texte électronique représente 5 Ko (kilo-
octets).
Michael diffuse un message à la centaine de personnes que représente le
réseau de l’époque pour indiquer où le texte est stocké - sans lien
hypertexte toutefois, puisque le web ne voit le jour que vingt ans
après - suite à quoi le fichier est téléchargé par six personnes.
Dans la foulée, Michael décide de consacrer ce crédit-temps de quelques
millions de dollars à la recherche d’oeuvres littéraires disponibles en
bibliothèque, à la numérisation de celles-ci et au stockage des textes
électroniques.
Peu après, il définit la mission du Projet Gutenberg, à savoir mettre à
la disposition de tous, par voie électronique, le plus grand nombre
possible d’oeuvres littéraires.
Ce projet trouve un rayonnement international avec l’apparition du web
en 1990, ce qui facilite la circulation des textes électroniques et les
échanges avec les volontaires.
Michael explique plus tard, en août 1998 : «Nous considérons le texte
électronique comme un nouveau médium, sans véritable relation avec le
papier. Le seul point commun est que nous diffusons les mêmes oeuvres,
mais je ne vois pas comment le papier peut concurrencer le texte
électronique une fois que les gens y sont habitués, particulièrement
dans les établissements d'enseignement.»
Au lieu d’être un ensemble de pages reliées, le livre devient un texte
électronique que l’on peut dérouler en continu, au format ASCII
(American Standard Code for Information Interchange), à savoir le
format le plus simple et le plus répandu, avec des lettres capitales
pour les termes en italique, en gras et soulignés de la version
imprimée, pour que le texte du livre puisse être lu sans problème quels
que soient la machine, la plateforme et le logiciel utilisés.
# Distributed Proofreaders
Le Projet Gutenberg trouve un nouveau souffle avec la création de
Distributed Proofreaders en 2000, pour partager la relecture des livres
entre des milliers de volontaires.
Conçu en octobre 2000 par Charles Franks pour aider à la numérisation
des livres du domaine public, Distributed Proofreaders (DP) devient
rapidement la principale source du Projet Gutenberg. Le concept est de
permettre la correction partagée de livres du domaine public scannés à
partir d'une version imprimée puis convertis au format texte par un
logiciel OCR (fiable à 99% dans le meilleur des cas, ce qui représente
donc quelques erreurs par page), en fragmentant ces livres en pages
pouvant être relues par des correcteurs différents. Les volontaires
n'ont aucun quota à respecter. À titre indicatif, il est suggéré de
relire une page par jour.
Distributed Proofreaders est officiellement affilié au Projet Gutenberg
en 2002, puis devient une entité séparée en mai 2006 tout en conservant
des liens étroits avec le projet. Distributed Proofreaders comptabilise
10.000 livres numérisés et relus par ses volontaires en décembre 2006
et 20.000 livres en avril 2011. Distributed Proofreaders Europe (DP
Europe) voit le jour début 2004, et Distributed Proofreaders Canada (DP
Canada) en décembre 2007.
# La philosophie du projet
La structure administrative et financière du Projet Gutenberg se limite
au strict minimum, avec une devise qui tient en trois mots: «Less is
more.» Le but est d’assurer la pérennité du projet indépendamment des
crédits, des coupures de crédits et des priorités culturelles,
financières et politiques du moment. Pas de pression possible donc par
le pouvoir et par l’argent. Et respect à l’égard des volontaires, qui
sont assurés de voir leur travail utilisé pendant de nombreuses années,
si ce n’est pour plusieurs générations. Le suivi régulier du projet est
assuré grâce à une lettre d’information hebdomadaire et mensuelle, des
forums de discussion, des wikis et des blogs.
En juillet 2011, pour son quarantième anniversaire, le Projet Gutenberg
compte 36.000 livres numériques, des dizaines de milliers de
téléchargements par jour, des sites web aux États-Unis, en Australie,
en Europe et au Canada et 40 sites miroirs répartis sur toute la
planète.
Quarante ans après les débuts du Projet Gutenberg, Michael Hart se
définit toujours comme un fou de travail dédiant toute sa vie à son
projet, qu’il voit comme étant à l’origine d’une révolution néo-
industrielle. Il se définit aussi comme altruiste, pragmatique et
visionnaire. Après avoir été traité de toqué pendant de nombreuses
années, il force maintenant le respect.
Michael précise souvent dans ses écrits que, si Gutenberg a permis à
chacun d'avoir ses propres livres - jusque-là réservés à une élite -
pour un coût relativement modique, le Projet Gutenberg permet à chacun
d'avoir une bibliothèque complète gratuite - jusque-là réservée à une
collectivité -, sur un support qu'on peut glisser dans sa poche (ou
porter en pendentif autour du cou). Les collections du Projet Gutenberg
ont la taille d'une bibliothèque publique de quartier, mais cette fois
disponible sur le web et téléchargeable par tous.
Au fil des ans, la mission du Projet Gutenberg reste la même, à savoir
changer le monde par le biais de l’ebook gratuit indéfiniment
reproductible, et favoriser ainsi la lecture et la culture pour tous à
moindres frais.
1974 > LES DÉBUTS DE L'INTERNET
[Résumé]
L'internet, embryonnaire en 1971, naît en 1974, quinze ans avant le
web. Vinton Cerf est souvent appelé le père de l'internet parce qu'il
est le co-auteur en 1974 avec Bob Kahn du protocole TCP/IP
(Transmission Control Protocol / Internet Protocol) nécessaire au bon
fonctionnement du réseau. L’internet est d’abord mis en place aux
États-Unis pour relier les agences gouvernementales, les universités et
les centres de recherche, avant de débuter sa progression mondiale en
1983. L’internet trouve ensuite un nouveau souffle avec l'invention du
web par Tim Berners-Lee en 1990 puis le lancement du premier navigateur
Mosaic en 1993. Vinton Cerf fonde l'Internet Society (ISOC) en 1992
pour promouvoir le développement du réseau. Il explique en janvier 1998
lors d’un entretien avec le quotidien Libération: «Le réseau fait deux
choses (...): comme les livres, il permet d'accumuler de la
connaissance. Mais, surtout, il la présente sous une forme qui la met
en relation avec d'autres informations. Alors que, dans un livre,
l'information est maintenue isolée.»
***
L'internet, embryonnaire en 1971, naît en 1974 suite à l’invention du
protocole TCP/IP (Transmission Control Protocol / Internet Protocol)
par Vinton Cerf et Bob Kahn pour les échanges de données, quinze ans
avant l’invention du web.
# Les premiers pas
Vinton Cerf est souvent appelé le père de l'internet parce qu'il est le
co-auteur en 1974 (avec Bob Kahn) du protocole TCP/IP (Transmission
Control Protocol / Internet Protocol) nécessaire au bon fonctionnement
du réseau. L’internet est d’abord mis en place aux États-Unis pour
relier les agences gouvernementales, les universités et les centre de
recherche, avant de débuter sa progression mondiale en 1983. Il trouve
ensuite un nouveau souffle avec l'invention du web par Tim Berners-Lee
en 1990 puis le lancement du premier navigateur Mosaic en 1993.
Vinton Cerf fonde l'Internet Society (ISOC) en 1992 pour promouvoir le
développement du réseau. Il explique en janvier 1998 lors d’un
entretien avec le quotidien Libération: «Le réseau fait deux choses
(...): comme les livres, il permet d'accumuler de la connaissance.
Mais, surtout, il la présente sous une forme qui la met en relation
avec d'autres informations. Alors que, dans un livre, l'information est
maintenue isolée.»
Le web étant facile d’utilisation grâce aux liens hypertextes reliant
les documents entre eux, l’internet peut enfin être utilisé par le
grand public dans les années 1990, et pas seulement par les usagers
versés dans l’informatique. On compte 100 millions d’usagers en
décembre 1997, avec un million de nouveaux usagers par mois, et 300
millions d’usagers en décembre 2000.
# La situation en Europe
En ce qui concerne la connexion à l’internet, les choses sont moins
faciles en Europe qu’en Amérique du Nord. La connexion est d'abord
tarifée à la durée, avec un tarif de jour très élevé et un tarif de
nuit plus intéressant, d’où l’obligation de travailler la nuit pour
éviter les factures trop élevées. Des mouvements de grève sont lancés
fin 1998 et début 1999 en France, en Italie et en Allemagne dans le but
de faire pression sur les sociétés prestataires pour qu'elles baissent
leurs prix et qu'elles proposent des forfaits internet, avec gain de
cause les mois suivants.
Quelques années plus tard, le haut débit se généralise. Jean-Paul,
webmestre du site hypermédia cotres.net, résume la situation en janvier
2007: «J’ai l’impression que nous vivons une période "flottante", entre
les temps héroïques, où il s’agissait d’avancer en attendant que la
technologie nous rattrape, et le futur, où le très haut débit va
libérer les forces qui commencent à bouger, pour l’instant dans les
seuls jeux.»
# L’internet du futur
L’internet du futur pourrait être un réseau pervasif permettant de se
connecter en tout lieu et à tout moment sur tout type d’appareil à
travers un réseau unique et omniprésent.
Le concept de réseau pervasif est développé par Rafi Haladjian,
fondateur de la société Ozone. Comme expliqué sur le site web en 2007,
«la nouvelle vague touchera notre monde physique, notre environnement
réel, notre vie quotidienne dans tous les instants. Nous n’accéderons
plus au réseau, nous l’habiterons. Les composantes futures de ce réseau
(parties filiaires, parties non filiaires, opérateurs) seront
transparentes à l’utilisateur final. Il sera toujours ouvert, assurant
une permanence de la connexion en tout lieu. Il sera également
agnostique en terme d’application(s), puisque fondé sur les protocoles
mêmes de l’internet.» Nous attendons cela avec impatience.
Quant au contenu de l’internet, Timothy Leary, philosophe visionnaire,
le décrit ainsi dans son livre «Chaos et cyberculture?», publié en
1994: «Toute l’information du monde est à l’intérieur. Et grâce au
cyberespace, tout le monde peut y avoir accès. Tous les signaux humains
contenus jusque-là dans les livres ont été numérisés. Ils sont
enregistrés et disponibles dans ces banques de données, sans compter
tous les tableaux, tous les films, toutes les émissions de télé, tout,
absolument tout.» En 2011, nous n’en sommes pas encore là, mais les
choses sont en bonne voie.
1986 > DES EXTENSIONS POUR L'ASCII
[Résumé]
Avec le développement de l’internet hors de la sphère anglophone,
communiquer uniquement en anglais devient insuffisant, d’où la
nécessité de prendre en compte les caractères accentués d’autres
langues européennes. Publié par l'American National Standards Institute
(ANSI) en 1963, l'ASCII (American Standard Code for Information
Interchange) est le premier système d'encodage. Il s'agit d'un code
standard de 128 caractères traduits en langage binaire sur sept bits (A
est traduit par «1000001», B est traduit par «1000010», etc.). L'ASCII
permet uniquement la lecture de l'anglais (et du latin). Des variantes
de l'ASCII sur huit bits sont publiées à partir de 1986 pour prendre en
compte les caractères accentués de quelques langues européennes. La
variante pour le français, l’espagnol et l’allemand (entre autres) est
la norme ISO 8859-1 (Latin-1). Mais les problèmes sont loin d’être
résolus. Pour cela, il faudra attendre l’Unicode, nouveau système
d’encodage universel dont la première version est publiée en janvier
1991.
***
Avec le développement de l’internet hors de la sphère anglophone,
communiquer uniquement en anglais devient insuffisant, d’où la
nécessité de prendre en compte les caractères accentués de plusieurs
langues européennes.
# L’ASCII sur 7 bits
Le premier système d'encodage informatique est l’ASCII (American
Standard Code for Information Interchange). Publié en 1963 aux États-
Unis par l’American National Standards Institute (ANSI), l'ASCII est un
code standard de 128 caractères traduits en langage binaire sur sept
bits (A est traduit par «1000001», B est traduit par «1000010», etc.).
Les 128 caractères comprennent 33 caractères de contrôle (qui ne
représentent donc pas de symbole écrit) et 95 caractères imprimables:
les 26 lettres sans accent en majuscules (A-Z) et minuscules (a-z), les
chiffres, les signes de ponctuation et quelques caractères spéciaux, le
tout correspondant aux touches du clavier anglophone.
# L’ASCII sur 8 bits
L'ASCII permet uniquement la lecture de l’anglais (et du latin).
L’ASCII ne permet donc pas de prendre en compte les lettres accentuées
présentes dans bon nombre de langues européennes (français, espagnol,
allemand, etc.), tout comme les langues disposant d’autres alphabets
(arabe, grec, russe, etc.) et à plus forte raison les langues non
alphabétiques (chinois, coréen, japonais, etc.). Ceci ne pose pas de
problème majeur les premières années, tant que l’échange de fichiers
électroniques se limite surtout à l’Amérique du Nord. Mais le
multilinguisme devient bientôt une nécessité vitale. Des variantes de
l’ASCII sur huit bits sont publiées à partir de 1986 pour prendre en
compte les caractères accentués de quelques langues européennes. La
variante pour le français, l’espagnol et l’allemand (entre autres) est
la norme ISO 8859-1 (ISO Latin-1).
# Un casse-tête
Avec le développement de l’internet, l’échange des données
s’internationalise encore davantage. Même avec des variantes de
l’ASCII, on ne peut décidément plus se limiter à l’utilisation d’un
système d’encodage datant des débuts de l’informatique. De plus, le
passage de l’ASCII original à ses différentes variantes devient vite un
véritable casse-tête, y compris au sein de l’Union européenne, les
problèmes étant entre autres la multiplication des variantes, la
corruption des données dans les échanges informatiques ou encore
l’incompatibilité des systèmes, les pages ne pouvant être affichées que
dans une seule langue à la fois.
Olivier Gainon, fondateur de CyLibris et pionnier de l’édition
électronique littéraire, écrit à ce sujet en décembre 2000: «Il faut
que le réseau respecte les lettres accentuées, les lettres spécifiques,
etc. Je crois très important que les futurs protocoles permettent une
transmission parfaite de ces aspects - ce qui n’est pas forcément
simple (dans les futures évolutions de l’HTML ou des protocoles IP,
etc.). Donc il faut que chacun puisse se sentir à l’aise avec
l’internet et que ce ne soit pas simplement réservé à des (plus ou
moins) anglophones. Il est anormal aujourd’hui que la transmission
d’accents puisse poser problème dans les courriers électroniques. La
première démarche me semble donc une démarche technique. Si on arrive à
faire cela, le reste en découle: la représentation des langues se fera
en fonction du nombre de connectés, et il faudra envisager à terme des
moteurs de recherche multilingues.»
# L’Unicode
Publié pour la première fois en janvier 1991, l’Unicode est un système
d'encodage universel sur 16 bits spécifiant un nombre unique pour
chaque caractère. Ce nombre est lisible quels que soient la plateforme,
le logiciel et la langue utilisés. L’Unicode peut traiter 65.000
caractères uniques et prendre en compte tous les systèmes d’écriture de
la planète. L’Unicode est progressivement adopté à partir de 1998. Un
énorme travail est en effet nécessaire pour sa prise en compte par tous
les logiciels et navigateurs web. Il faudra attendre décembre 2007 pour
que l’Unicode supplante l’ASCII sur l’internet.
1990 > LE WEB BOOSTE L’INTERNET
[Résumé]
Le World Wide Web est inventé en 1990 par Tim Berners-Lee, alors
chercheur au CERN (Centre européen pour la recherche nucléaire) à
Genève, en Suisse. En 1989, il met au point l'hypertexte pour relier
des documents entre eux. En 1990, il met au point le premier serveur
HTTP (HyperText Transfer Protocol) et le premier navigateur web. En
1991, le web est opérationnel et rend l'internet (qui existe depuis
1974) accessible à tous et pas seulement aux usagers versés dans
l’informatique. Des liens hypertextes permettent désormais de passer
d'un document textuel ou visuel à un autre au moyen d'un simple clic de
souris. Plus tard, cette interactivité est encore accrue avec la
possibilité de liens hypermédias permettant de lier des textes et des
images à des vidéos ou bandes sonores. Le World Wide Web Consortium
(W3C) est fondé en octobre 1994 pour développer les protocoles communs
du web.
***
Le World Wide Web est inventé en 1990 par Tim Berners-Lee, chercheur au
CERN (Centre européen pour la recherche nucléaire) à Genève, en Suisse.
Le web rend l’internet accessible à tous et lui permet une progression
exponentielle.
# Les débuts du web
En 1989, Tim Berners-Lee met au point l’hypertexte pour relier des
documents entre eux. En 1990, il met au point le premier serveur HTTP
(HyperText Transfer Protocol) et le premier navigateur web. En 1991, le
World Wide Web est opérationnel et rend l'internet (qui existe depuis
1974) accessible à tous et pas seulement aux usagers versés dans
l’informatique. Des liens hypertextes permettent désormais de passer
d'un document textuel à un autre au moyen d'un clic de souris. Plus
tard, cette interactivité est encore accrue avec la possibilité de
liens hypermédias permettant de lier textes et images fixes à des
vidéos ou bandes sonores.
Mosaic est le premier navigateur destiné au grand public. Développé par
le NSCA (National Center for Supercomputing Applications) à
l'Université de l'Illinois (États-Unis) et distribué gratuitement en
novembre 1993, il contribue largement au développement rapide du web.
Début 1994, une partie de l'équipe de Mosaic émigre dans la Netscape
Communications Corporation pour développer un nouveau logiciel sous le
nom de Netscape Navigator. En 1995, Microsoft lance son propre
navigateur, l'Internet Explorer. Viennent ensuite d'autres navigateurs,
comme Opera ou Safari, le navigateur d'Apple.
Un consortium industriel international est fondé en octobre 1994 pour
développer les protocoles communs du web, sous le nom de World Wide
Consortium (W3C) et sous l’égide de Tim Berners-Lee. En 1997, une
section Internationalization / Localization regroupe les protocoles
utilisés pour créer un site web multilingue: HTML (HyperText Markup
Language), jeux (de base) de caractères, nouveaux attributs, HTTP
(HyperText Transfer Protocol), négociation de la langue, URL (Uniform
Resource Locator) et autres identificateurs incluant des caractères non
ASCII, conseils divers.
# Le rêve de Tim Berners-Lee
À la question de Pierre Ruetschi, journaliste à la Tribune de Genève,
quotidien suisse: «Sept ans plus tard, êtes-vous satisfait de la façon
dont le web a évolué?», Tim Berners-Lee répond en décembre 1997 que,
s’il est heureux de la richesse et de la variété de l’information
disponible, le web n’a pas encore la puissance prévue dans sa
conception d’origine. Il aimerait «que le web soit plus interactif, que
les gens puissent créer de l’information ensemble», et pas seulement
consommer celle qui leur est proposée. Le web doit devenir «un média de
collaboration, un monde de connaissance que nous partageons».
Dans un essai publié en avril 1998 sur sa propre page web (sur le site
du World Wide Web Consortium), Tim Berners-Lee explique que «le rêve
derrière le web est un espace d'information commun dans lequel nous
communiquons en partageant l'information. Son universalité est
essentielle, à savoir le fait qu'un lien hypertexte puisse pointer sur
quoi que ce soit, quelque chose de personnel, de local ou de global,
aussi bien une ébauche qu'une réalisation très sophistiquée. Deuxième
partie de ce rêve, le web deviendrait d'une utilisation tellement
courante qu'il serait un miroir réaliste (sinon la principale
incarnation) de la manière dont nous travaillons, jouons et nouons des
relations sociales. Une fois que ces interactions seraient en ligne,
nous pourrions utiliser nos ordinateurs pour nous aider à les analyser,
donner un sens à ce que nous faisons, et voir comment chacun trouve sa
place et comment nous pouvons mieux travailler ensemble.» (extrait de
«The World Wide Web: a very short personal history»)
# Le web 2.0
Selon Netcraft, société spécialisée dans les mesures d’audience, le
nombre de sites web passe d’un million de sites en avril 1997 à dix
millions de sites en février 2000, 20 millions de sites en septembre
2000, 30 millions de sites en juillet 2001, 40 millions de sites en
avril 2003, 50 millions de sites en mai 2004, 60 millions de sites en
mars 2005, 70 millions de sites en août 2005, 80 millions de sites en
avril 2006, 90 millions de sites en août 2006 et 100 millions de sites
en novembre 2006, une augmentation rapide qui s’explique par
l’explosion des sites personnels et des blogs.
Le web 2.0, termé lancé en 2004 par Tim O’Reilly, éditeur de livres
informatiques, apporte peut-être un début de réponse au rêve de Tim
Berners-Lee puisqu’il est basé sur les notions de communauté et de
partage.
Quinze ans après la création du web, le magazine Wired constate dans
son numéro d'août 2005 que «moins de la moitié du web est commercial,
le reste fonctionne avec la passion». Quant à l'internet, d'après le
quotidien Le Monde du 19 août 2005, «ses trois pouvoirs - l'ubiquité,
la variété et l'interactivité - rendent son potentiel d'usages quasi
infini».
Robert Beard, professeur de langues et créateur du site A Web of Online
Dictionaries en 1995, écrivait de manière prémonitoire dès septembre
1998: «Le web sera une encyclopédie du monde faite par le monde pour le
monde. Il n'y aura plus d'informations ni de connaissances utiles qui
ne soient pas disponibles, si bien que l'obstacle principal à la
compréhension internationale et interpersonnelle et au développement
personnel et institutionnel sera levé. Il faudrait une imagination plus
débordante que la mienne pour prédire l'effet de ce développement sur
l'humanité.»
1991 > L'UNICODE, SYSTÈME D'ENCODAGE UNIVERSEL
[Résumé]
L’ASCII, premier système d’encodage datant des débuts de
l’informatique, n’est plus suffisant avec l’internationalisation de
l’internet, d’où l’intérêt de l’Unicode, nouveau système d’encodage
universel, dont la première version est publiée en janvier 1991.
L'Unicode spécifie un nombre sur 16 bits unique à chaque caractère (ou
idéogramme) et lisible quels que soient la plateforme, le logiciel et
la langue utilisés. L'Unicode peut traiter 65.000 caractères et prendre
en compte tous les systèmes d'écriture de la planète. Il devient une
composante des spécifications du World Wide Web Consortium (W3C),
l'organisme international chargé du développement du web. L’utilisation
de l’Unicode se généralise à partir de 1998, par exemple pour les
fichiers texte sous plateforme Windows (Windows NT, Windows 2000,
Windows XP et versions suivantes), qui étaient jusque-là en ASCII.
L’Unicode supplante définitivement l’ASCII en décembre 2007.
***
L’ASCII n’est plus suffisant avec l’internationalisation de l’internet,
d’où l’intérêt de l’Unicode, nouveau système d’encodage universel, dont
la première version est publiée en janvier 1991.
Contrairement à l’ASCII conçu pour l’anglais (et le latin), avec des
variantes pour quelques langues supplémentaires, l’Unicode prend en
compte toutes les langues de la planète.
# De l’ASCII à l’Unicode
Pour mémoire, le premier système d'encodage informatique est l’ASCII
(American Standard Code for Information Interchange), publié en 1963
aux États-Unis par l’American National Standards Institute (ANSI) pour
encoder des informations en anglais.
Mais le multilinguisme devient bientôt une nécessité vitale. Des
variantes de l’ASCII prennent en compte d’autres langues à partir de
1986. Avec le développement de l’internet, l’échange des données
s’internationalise de plus en plus, si bien qu’il n’est plus possible
de se limiter à un système d’encodage datant des débuts de
l’informatique, même avec ses variantes.
Publié pour la première fois en janvier 1991, l’Unicode est un système
d'encodage universel sur 16 bits spécifiant un nombre unique pour
chaque caractère (ou idéogramme). Ce nombre est lisible quels que
soient la plateforme, le logiciel et la langue utilisés. L’Unicode peut
traiter 65.000 caractères uniques et prendre en compte tous les
systèmes d’écriture de la planète. À la grande satisfaction des
linguistes, il remplace progressivement l’ASCII, avec des variantes
UTF-8, UTF-16 et UTF-32 (UTF: Unicode Transformation Format) selon le
nombre de bits utilisés pour l’encodage.
L'Unicode est maintenu par l'Unicode Consortium. Il devient une
composante des spécifications du World Wide Web Consortium (W3C), fondé
en octobre 1994 pour promouvoir le développement du web. L’utilisation
de l’Unicode se généralise à partir de 1998, par exemple pour les
fichiers texte sous plateforme Windows (Windows NT, Windows 2000,
Windows XP et versions suivantes), qui étaient jusque-là en ASCII.
# Une tâche énorme
Mais la tâche s’annonce rude. Patrick Rebollar, professeur de français
et de littérature française au Japon et modérateur de la liste de
diffusion LITOR (Littérature et ordinateur), précise en janvier 2000:
«Il s'agit d'abord d'un problème logiciel. Comme on le voit avec
Netscape ou Internet Explorer, la possibilité d'affichage multilingue
existe. La compatibilité entre ces logiciels et les autres (de la suite
Office de Microsoft, par exemple) n'est cependant pas acquise.
L'adoption de la table Unicode devrait résoudre une grande partie des
problèmes, mais il faut pour cela réécrire la plupart des logiciels, ce
à quoi les producteurs de logiciels rechignent du fait de la dépense,
pour une rentabilité qui n'est pas évidente car ces logiciels
entièrement multilingues intéressent moins de clients que les logiciels
de navigation.»
Luc Dall’Armellina, co-auteur et webmestre d’oVosite, un espace
d’écriture hypermédia, écrit en juin 2000: «Les systèmes d’exploitation
se dotent peu à peu des kits de langues et bientôt peut-être de polices
de caractères Unicode à même de représenter toutes les langues du
monde; reste que chaque application, du traitement de texte au
navigateur web, emboîte ce pas. Les difficultés sont immenses: notre
clavier avec ses ± 250 touches avoue ses manques dès lors qu’il faille
saisir des Katakana ou Hiragana japonais, pire encore avec la langue
chinoise. La grande variété des systèmes d’écriture de par le monde et
le nombre de leurs signes font barrage. Mais les écueils culturels ne
sont pas moins importants, liés aux codes et modalités de
représentation propres à chaque culture ou ethnie.» Un sentiment
prémonitoire puisque l’Unicode ne supplantera l’ASCII qu’en décembre
2007.
1992 > DES RÉPERTOIRES DE TEXTES ÉLECTRONIQUES
[Résumé]
Les premiers textes électroniques sont recensés dans les Etext
Archives, répertoire créé en 1992 par Paul Southworth, et dans l’E-
Zine-List, liste créée en 1993 par John Labovitz. Les premiers titres
purement électroniques sont des textes courts de tous ordres, souvent
politiques au début, auxquels succèdent les e-zines (electronic zines),
rédigés par une personne ou un petit groupe sur des sujets souvent
culturels, sans publicité ni profit commercial. Les Etext Archives sont
créées en 1992 par Paul Southworth, et hébergées sur le site web de
l’Université du Michigan (États-Unis). Elles sont “un lieu d’accueil
pour les textes électroniques de tout genre”, sans juger de leur
contenu. L’E-Zine-List est créée en été 1993 par John Labovitz. En cinq
ans, de 1993 à 1998, les quelques dizaines d'e-zines deviennent
plusieurs centaines (3.045 e-zines recensés en novembre 1998). Le champ
de l’e-zine s'élargit pour recouvrir tout type de publication publiée
par voie électronique.
***
Les premiers textes électroniques sont recensés dans les Etext
Archives, répertoire créé en 1992 par Paul Southworth, et dans l’E-
Zine-List, liste créée en 1993 par John Labovitz.
Les premiers titres purement électroniques sont des textes courts de
tous ordres, souvent politiques au début. Viennent ensuite les e-zines
(zines électroniques), rédigés par une personne ou un petit groupe sur
des sujets souvent culturels.
Qu’est-ce exactement qu’un zine? John explique sur le site: «Pour ceux
d’entre vous qui ne connaissent pas le monde du zine, “zine" est
l’abrégé de "fanzine" ou "magazine" selon votre point de vue. Les zines
sont en général l’oeuvre d’une personne ou d’un petit groupe, souvent
rédigée pour le plaisir ou pour des raisons personnelles, et sont le
plus souvent irrévérencieux, bizarres et/ou ésotériques. Les zines ne
sont pas des publications grand public - le plus souvent ils ne
contiennent pas de publicité (sauf parfois des publicités pour d’autres
zines), ils ne sont pas dirigés vers une audience de masse et ils ne
visent pas un profit commercial. Un "e-zine" est un zine qui est
distribué en partie ou uniquement sur des réseaux électroniques tels
que l’internet.»
# Les Etext Archives
Les Etext Archives sont créées en 1992 par Paul Southworth, et
hébergées par le site web de l’Université du Michigan (États-Unis).
Elles sont «un lieu d’accueil pour les textes électroniques de tout
genre, du sacré au profane, et du politique au personnel», sans juger
de leur contenu.
Cinq ans plus tard, elles comportent six sections: (a) une section «E-
zines», qui regroupe des textes électroniques périodiques qui vont du
professionnel au personnel; (b) une section «Politics», qui regroupe
des zines politiques, des essais et des pages de groupes politiques;
(c) une section «Fiction», qui regroupe des publications d’auteurs
amateurs; (d) une section «Religion», qui regroupe des textes religieux
grand public ou non; (e) une section «Poetry», qui est un mélange
éclectique de poésie surtout amateur; et enfin (f) une section
«Quartz», qui comprend les archives auparavant hébergées à
quartz.rutgers.edu.
Comme indiqué à l’époque sur le site, “le web venait de débuter [en
1992], le gopher était la nouvelle technologie de pointe et le FTP
était encore le protocole standard d’extraction de l’information pour
la grande majorité des utilisateurs. L’origine du projet a incité de
nombreuses personnes à l’associer avec l’Université du Michigan, bien
qu’il n’ait existé aucune relation officielle et que le projet soit
entièrement le fait du travail des volontaires et de dons personnels.
Le matériel est la propriété exclusive des responsables du projet. Le
projet a été lancé en réponse à l’absence d’archivage organisé de
documents politiques, de périodiques et de discussions diffusées par le
biais de Usenet sur des newsgroups tels que alt.activism,
misc.activism.progressive et alt.society.anarchy. Le groupe
alt.politics.radical-left a rejoint le projet plus tard et il était
aussi une source importante de documents et de contributeurs réguliers.
Peu de temps après, les zines électroniques (e-zines) ont débuté leur
prolifération rapide sur l’internet, et il était clair que ces
publications souffraient de la même absence de collecte coordonnée et
de préservation, sans parler du fait que la frontière était floue entre
les e-zines (qui à l’époque était surtout liés au hacking, au phreaking
et à l’anarchisme internet) et les documents politiques présents sur
l’internet, si bien que la plupart des e-zines étaient en phase avec
l’objectif original des Etext Archives. Une chose en amenant une autre,
des e-zines de toutes sortes - dont de nombreux titres sur divers
sujets culturels non liés à la politique - ont fini par envahir nos
archives en volume significatif.”
# L’E-Zine-List
L’E-Zine-List est créée en été 1993 par John Labovitz pour recenser les
e-zines circulant dans le monde entier et accessibles par FTP (File
Transfer Protocol), gopher (système d’information à base de menus
textuels à plusieurs niveaux), courriel, le web ou d’autres services.
La liste est actualisée une fois par mois.
Comment l’E-Zine-List débute-t-elle? Dans l’historique présent sur le
site, John relate qu’à l’origine son intention est de faire connaître
Crash, un zine imprimé dont il souhaite proposer une version
électronique. À la recherche de répertoires, il ne trouve que le groupe
de discussion alt.zines et des archives comme The Well et les Etext
Archives. Lui vient alors l’idée d’un répertoire organisé. Il débute
avec douze titres classés manuellement sur un traitement de texte. Puis
il écrit sa propre base de données.
En cinq ans, de 1993 à 1998, les quelques dizaines d'e-zines deviennent
plusieurs centaines, et la signification même d’e-zine s’élargit pour
recouvrir tout type de publication publiée par voie électronique, même
si, selon John, «il subsiste toujours un groupe original et indépendant
désormais minoritaire qui continue de publier suivant son coeur ou de
repousser les frontières de ce que nous appelons un zine.» L’E-Zine-
List recense 3.045 titres en novembre 1998. John poursuit encore la
liste pendant quelques années avant de passer le relais à d’autres.
1993 > L'ONLINE BOOKS PAGE, LISTE DE LIVRES EN LIGNE
[Résumé]
Alors que certains numérisent les oeuvres littéraires du domaine
public, comme le Projet Gutenberg et des projets connexes, d'autres se
donnent pour tâche de répertorier celles qui sont en accès libre sur le
web, en offrant au lecteur un point d’accès commun. C’est le cas de
John Mark Ockerbloom, doctorant à l’Université Carnegie Mellon
(Pittsburgh, Pennsylvanie, États-Unis), qui crée l’Online Books Page en
janvier 1993 afin de recenser les livres anglophones du domaine public
en accès libre sur le web. En 1999, il rejoint l’Université de
Pennsylvanie pour travailler à la R&D (recherche et développement) de
la bibliothèque numérique. À la même époque, il y transfère l'Online
Books Page tout en gardant la même présentation, très sobre, et tout en
poursuivant son travail d’inventaire dans le même esprit. Ce répertoire
recense 12.000 titres en 1999, 20.000 titres en 2003 (dont 4.000 titres
publiés par des femmes), 25.000 titres en 2006, 30.000 titres en 2007
(dont 7.000 titres du Projet Gutenberg) et 35.000 titres en 2010.
***
L’Online Books Page est une page web créée en janvier 1993 pour
recenser les livres anglophones du domaine public en accès libre sur le
web.
Alors que certains numérisent les oeuvres littéraires du domaine
public, comme le Projet Gutenberg et des projets connexes, d'autres se
donnent pour tâche de répertorier celles qui sont en accès libre sur le
web, en offrant au lecteur un point d’accès commun. C’est le cas de
John Mark Ockerbloom, doctorant à l’Université Carnegie Mellon
(Pittsburgh, Pennsylvanie, États-Unis), auteur de l’Online Books Page.
Cinq ans plus tard, en septembre 1998, John Mark relate: «J’étais
webmestre ici pour la section informatique de la CMU [Carnegie Mellon
University], et j’ai débuté notre site local en 1993. Il comprenait des
pages avec des liens vers des ressources disponibles localement, et à
l’origine l’Online Books Page était l’une de ces pages, avec des liens
vers des livres mis en ligne par des collègues de notre département
(par exemple Robert Stockton, qui a fait des versions web de certains
textes du Projet Gutenberg). Ensuite les gens ont commencé à demander
des liens vers des livres disponibles sur d’autres sites. J’ai remarqué
que de nombreux sites (et pas seulement le Projet Gutenberg ou Wiretap)
proposaient des livres en ligne, et qu’il serait utile d’en avoir une
liste complète qui permette de télécharger ou de lire des livres où
qu’ils soient sur l’internet. C’est ainsi que mon index a débuté.
J’ai quitté mes fonctions de webmestre en 1996, mais j’ai gardé la
gestion de l’Online Books Page, parce qu’entre temps je m’étais
passionné pour l’énorme potentiel qu’a l’internet de rendre la
littérature accessible au plus grand nombre. Maintenant il y a tant de
livres mis en ligne que j’ai du mal à rester à jour. Je pense pourtant
poursuivre cette activité d’une manière ou d’une autre. Je suis très
intéressé par le développement de l’internet en tant que médium de
communication de masse dans les prochaines années. J’aimerais aussi
rester impliqué dans la mise à disposition gratuite de livres sur
l’internet, que ceci fasse partie intégrante de mon activité
professionnelle, ou que ceci soit une activité bénévole menée sur mon
temps libre.»
En 1998, un index de 7.000 livres en ligne est disponible par auteur,
par titre et par sujet. On trouve aussi une liste de répertoires et
d’archives de textes en ligne, tout comme une liste de répertoires de
publications périodiques (magazines, journaux, revues, périodiques
scientifiques).
Fin 1998, John Mark obtient son doctorat en informatique. En 1999, il
rejoint l’Université de Pennsylvanie, où il travaille à la R&D
(recherche et développement) de la bibliothèque numérique. À la même
époque, il y transfère l’Online Books Page tout en gardant la même
présentation, très sobre, et tout en poursuivant son travail
d’inventaire dans le même esprit. Ce répertoire recense 12.000 titres
en 1999, 20.000 titres en 2003 (dont 4.000 titres publiés par des
femmes), 25.000 titres en 2006, 30.000 titres en 2007 (dont 7.000
titres du Projet Gutenberg) et 35.000 titres en 2010.
1993 > LE FORMAT PDF, LANCÉ PAR ADOBE
[Résumé]
La société Adobe lance en juin 1993 le format PDF (Portable Document
Format), l’Acrobat Reader (gratuit, pour lire les PDF) et l’Adobe
Acrobat (payant, pour créer des PDF). Le but du format PDF est de figer
les documents numériques dans une présentation donnée, pour conserver
la présentation originale du document source, quelle que soit la
plateforme utilisée pour le créer et pour le lire. Au fil des ans, le
format PDF devient un standard de diffusion des documents
électroniques. L'Acrobat Reader est progressivement disponible dans
plusieurs langues, pour diverses plateformes (Windows, Mac, Linux) et
pour divers supports (ordinateur, PDA, smartphone). En mai 2003,
l'Acrobat Reader (5e version) fusionne avec l'Acrobat eBook Reader (2e
version) pour devenir l'Adobe Reader, qui débute à la version 6 et qui
permet de lire aussi bien les fichiers PDF standard que les fichiers
PDF sécurisés des livres numériques sous droits. De format
propriétaire, le format PDF devient un standard ouvert en juillet 2008,
tout comme une norme ISO (ISO 32000-1:2008).
***
De la côte californienne, la société Adobe lance en juin 1993 le format
PDF (Portable Document Format), tout comme l’Acrobat Reader (gratuit,
pour lire les PDF) et l’Adobe Acrobat (payant, pour créer des PDF).
# Un standard de diffusion
Le but du format PDF est de figer les documents numériques dans une
présentation donnée, pour conserver la présentation originale du
document source, quelle que soit la plateforme utilisée pour le créer
et pour le lire. Au fil des ans, le format PDF devient un standard de
diffusion des documents électroniques. L’Acrobat Reader est
progressivement disponible dans plusieurs langues et pour diverses
plateformes (Windows, Mac, Linux).
Adobe annonce en août 2000 l’acquisition de la société Glassbook,
spécialisée dans les logiciels de distribution de livres numériques à
l'intention des éditeurs, libraires, diffuseurs et bibliothèques. À la
même date, Adobe passe un partenariat avec les grandes librairies en
ligne Amazon.com et Barnes & Noble.com pour que celles-ci proposent
des titres lisibles sur l’Acrobat Reader et le Glassbook Reader dans
leur eBookStore, lancé en août 2000 par Barnes & Noble et en novembre
2000 par Amazon.
# Deux nouveaux logiciels
En janvier 2001, Adobe lance deux nouveaux logiciels.
Le premier logiciel, gratuit, est l’Acrobat eBook Reader, qui permet de
lire les fichiers PDF de livres numériques sous droits, avec gestion
des droits par l’Adobe Content Server. Le logiciel permet d’ajouter des
notes et des signets, de choisir l’orientation de lecture des livres
(paysage ou portrait), ou encore de visualiser leur couverture dans une
bibliothèque personnelle. Il utilise la technique d’affichage CoolType
et comporte un dictionnaire intégré.
Le deuxième logiciel, payant, est l’Adobe Content Server, destiné aux
éditeurs et distributeurs. Il s’agit d’un logiciel serveur de contenu
assurant le conditionnement, la protection, la distribution et la vente
sécurisée de livres numériques au format PDF. Ce système de gestion des
droits numériques (ou système DRM: Digital Rights Management) permet de
contrôler l’accès aux livres numériques sous droits, et donc de gérer
les droits d’un livre selon les consignes données par le gestionnaire
des droits, qui est souvent l’éditeur, par exemple en autorisant ou non
l’impression ou le prêt. L’Adobe Content Server sera remplacé par
l’Adobe LiveCycle Policy Server en novembre 2004.
En avril 2001, Adobe passe un deuxième partenariat avec Amazon, qui met
en vente 2.000 livres numériques lisibles sur l’Acrobat eBook Reader:
titres de grands éditeurs, guides de voyages, livres pour enfants, etc.
L'Acrobat Reader s'enrichit d'une version PDA, disponible pour le Palm
Pilot en mai 2001 puis pour le Pocket PC en décembre 2001, puisque le
public commence à lire sur PDA, suscitant l’inquiétude de certains
professionnels du livre (et de certains ophtalmologues) qui trouvent
que l’écran est vraiment trop petit, alors que les adeptes de la
lecture sur PDA tentent de les convaincre du contraire.
# L’Adobe Reader
En dix ans, entre 1993 et 2003, l’Acrobat Reader aurait été téléchargé
500 millions de fois. En 2003, ce logiciel est désormais disponible
dans de nombreuses langues et pour toute plateforme (Windows, Mac,
Linux, Palm OS, Pocket PC, Symbian OS, etc.). 10% des documents
présents sur l'internet seraient au format PDF. Des millions de
fichiers PDF sont présents sur le web pour lecture et téléchargement ou
bien transitent par courriel. Le format PDF est également le format de
livre numérique le plus répandu.
En mai 2003, l’Acrobat Reader (version 5) fusionne avec l’Acrobat eBook
Reader (version 2) pour devenir l’Adobe Reader, qui débute à la version
6 et permet de lire aussi bien les fichiers PDF standard que les
fichiers PDF sécurisés des livres numériques sous droits.
Fin 2003, Adobe ouvre sa librairie en ligne, le Digital Media Store,
avec les titres au format PDF de grands éditeurs tels que HarperCollins
Publishers, Random House et Simon & Schuster, ainsi que les versions
électroniques de journaux et magazines comme le New York Times et
Popular Science. Adobe lance aussi Adobe eBooks Central, un service
permettant de lire, publier, vendre et prêter des livres numériques, et
l’Adobe eBook Library, qui se veut un prototype de bibliothèque de
livres numériques.
Après avoir été un format propriétaire, le format PDF devient un
standard ouvert en juillet 2008. Il est publié en tant que norme ISO
(Organisation internationale de normalisation) sous l’appellation ISO
32000-1:2008.
1994 > L’INTERNET COMME OUTIL DE MARKETING
[Résumé]
Aussi bizarre que cela puisse paraître, des livres numériques en accès
libre favorisent la vente des mêmes livres imprimés. La National
Academy Press (NAP) décide en 1994 de mettre en accès libre sur le web
le texte intégral de plusieurs centaines de livres, avec l'accord de
leurs auteurs, afin que les lecteurs puissent les «feuilleter» à
l'écran, comme ils l'auraient fait dans une librairie. L'éditeur
utilise l’internet comme nouvel outil de marketing, avec un pari gagné,
puisque la présence de ces livres sur le web entraîne une augmentation
de la vente des mêmes livres imprimés. La solution choisie par la NAP
est adoptée dès 1995 par la MIT Press (MIT: Massachusetts Institute of
Technology), avec un succès similaire. Les autres maisons d'édition
hésitent à se lancer dans l'aventure, pour trois raisons: le coût
excessif qu'entraîne la mise en ligne de milliers de pages, les
problèmes liés au droit d'auteur, et enfin la peur d'une «concurrence»
entre les versions numériques gratuites et les versions imprimées
payantes, qu'ils estiment nuisible aux ventes.
***
Aussi bizarre que cela puisse paraître, des livres numériques en accès
libre favorisent la vente des mêmes livres imprimés. La National
Academy Press (NAP) est la première à tenter l’expérience, dès 1994,
avec un pari gagné.
La publication en ligne d’un livre à titre gratuit nuit-elle aux ventes
de la version imprimée ou non? «À première vue, cela paraît illogique»,
écrit Beth Berselli, journaliste au Washington Post, dans un article
repris par le Courrier international de novembre 1997. «Un éditeur de
Washington, la National Academy Press (NAP), qui a publié sur internet
700 titres de son catalogue actuel, permettant ainsi à tout un chacun
de lire gratuitement ses livres, a vu ses ventes augmenter de 17%
l’année suivante. Qui a dit que personne n’achèterait la vache si on
pouvait avoir le lait gratuitement?»
# La politique atypique de la NAP
Une politique atypique porte donc ses fruits. Éditeur universitaire, la
National Academy Press (qui devient ensuite la National Academies
Press) publie environ 200 livres par an, surtout des ouvrages
scientifiques et techniques et des ouvrages médicaux. En 1994,
l'éditeur choisit de mettre en accès libre sur le web le texte intégral
de plusieurs centaines de livres, afin que les lecteurs puissent les
«feuilleter» à l’écran, comme ils l’auraient fait dans une librairie,
avant de les acheter ensuite si utile.
Ce sont les auteurs eux-mêmes qui, pour mieux faire connaître leurs
livres, demandent que ceux-ci soient mis en ligne sur le site, avec
succès, puisque les ventes augmentent pour leurs correspondants
imprimés.
Pour l’éditeur, l’internet est un nouvel outil de marketing face aux
50.000 ouvrages publiés chaque année aux États-Unis. Une réduction de
20% est accordée pour toute commande effectuée en ligne. La présence de
ces livres sur le web entraîne aussi une augmentation des ventes par
téléphone. En 1998, le site de la NAP propose le texte intégral d’un
millier de titres.
# La MIT Press lui emboîte le pas
La solution choisie par la NAP est adoptée en 1995 par la MIT Press
(MIT: Massachusetts Institute of Technology). À cette date, la MIT
Press publie 200 livres par an et 40 périodiques, dans divers domaines:
sciences et technologies, architecture, sciences sociales, économie,
sciences cognitives et informatique. Nombre de livres sont mis en ligne
gratuitement sur le site, afin de marquer «un engagement à long terme
pour une utilisation efficace et créative des nouvelles technologies».
La MIT Press voit rapidement les ventes de livres imprimés augmenter
pour les titres disponibles gratuitement en version intégrale sur le
web.
Ces initiatives sont saluées par d'autres maisons d'édition, qui
hésitent cependant à se lancer dans l'aventure, pour trois raisons: le
coût excessif qu'entraîne la mise en ligne de milliers de pages, les
problèmes liés au droit d'auteur, et enfin la peur d'une «concurrence»
entre les versions numériques gratuites et les versions imprimées
payantes, concurrence qu'ils estiment nuisible aux ventes, même si les
expériences menées par la NAP et la MIT Press démontrent le contraire.
1994 > ATHENA, BIBLIOTHÈQUE NUMÉRIQUE
[Résumé]
Les premières bibliothèques numériques francophones débutent avec la
saisie patiente de livres imprimés ligne après ligne sur le clavier
d’un ordinateur. C’est le cas d’Athena (Genève), précédée par ABU
(Paris) et suivie de la Bibliothèque électronique de Lisieux
(Normandie), entre autres. ABU: la bibliothèque universelle (ABU:
Association des bibliophiles universels) voit le jour en avril 1993, à
l'initiative de l'association du même nom. Ses membres bénévoles
dactylographient eux-mêmes des oeuvres francophones du domaine public
ou bien les scannent. Athena est une bibliothèque numérique à la fois
francophone et multilingue créée en 1994 par Pierre Perroud, professeur
à Genève. La Bibliothèque électronique de Lisieux est créée en juin
1996 par Olivier Bogros, directeur de la médiathèque municipale de
Lisieux, avec 370 textes courts numérisés en juillet 1999.
***
Les premières bibliothèques numériques francophones débutent avec la
saisie patiente de livres imprimés ligne après ligne sur le clavier
d’un ordinateur.
C’est le cas d’Athena (Genève), précédée par ABU (Paris) et suivie de
la Bibliothèque électronique de Lisieux (Normandie), entre autres.
# ABU: la bibliothèque universelle
La toute première bibliothèque numérique française à voir le jour est
ABU: la bibliothèque universelle. Elle est créée en juin 1993 à
l'initiative de l’Association des bibliophiles universels (ABU) et
hébergée sur le site du CNAM (Conservatoire national des arts et
métiers) à Paris. Ses membres bénévoles dactylographient eux-mêmes des
oeuvres francophones du domaine public ou bien les scannent. En janvier
2002, les collections comprennent 288 textes de 101 auteurs. Il ne
semble pas que d'autres textes aient été ajoutés depuis.
# Athena, francophone et plurilingue
Athena est une bibliothèque numérique fondée en 1994 par Pierre
Perroud, professeur au collège Voltaire à Genève (Suisse), et hébergée
sur le site de l'Université de Genève. Elle propose à la fois des
oeuvres numérisées par Athena (200 oeuvres depuis 1994) et des liens
vers des oeuvres en accès libre sur le web.
En 1997, le site bilingue français-anglais donne accès à 3.500 textes
électroniques dans des domaines aussi variés que la philosophie, les
sciences, la période classique, la littérature, l'histoire, l'économie,
etc. En décembre 1998, la bibliothèque offre des liens vers 8.000
textes électroniques en plusieurs langues.
Un des objectifs d'Athena est de mettre en ligne des textes de langue
française (French Authors and Texts) puisque Genève est la capitale de
la Suisse francophone. Une section spécifique regroupe les auteurs et
textes suisses (Swiss Authors and Texts). On trouve aussi un répertoire
mondial de ressources littéraires en ligne (Athena Literature
Resources). Par ailleurs, Athena propose une table de minéralogie qui
est l'oeuvre de Pierre Perroud et qui est consultée dans le monde
entier.
Dans un article de la revue Informatique-Informations (Genève) daté de
février 1997, Pierre Perroud insiste sur la complémentarité du texte
électronique et du livre imprimé. Selon lui, «les textes électroniques
représentent un encouragement à la lecture et une participation
conviviale à la diffusion de la culture», notamment pour l’étude de ces
textes et la recherche textuelle. Ces textes électroniques «sont un bon
complément du livre imprimé - celui-ci restant irremplaçable lorsqu’il
s’agit de lire.» Mais le livre imprimé reste «un compagnon
mystérieusement sacré vers lequel convergent de profonds symboles: on
le serre dans la main, on le porte contre soi, on le regarde avec
admiration; sa petitesse nous rassure autant que son contenu nous
impressionne; sa fragilité renferme une densité qui nous fascine; comme
l’homme il craint l’eau et le feu, mais il a le pouvoir de mettre la
pensée de celui-là à l’abri du Temps.»
# La Bibliothèque électronique de Lisieux
La Bibliothèque électronique de Lisieux est créée en juin 1996 par
Olivier Bogros, directeur de la médiathèque municipale de Lisieux
(Normandie), qui l'héberge pendant deux ans sur les pages de son compte
personnel CompuServe avant d'enregistrer un nom de domaine en juin
1998.
En juillet 1999, la bibliothèque électronique comprend 370 textes
courts, numérisés en mode texte à partir des collections de la
médiathèque. On y trouve des oeuvres littéraires, des brochures et des
opuscules documentaires, ainsi que des manuscrits, livres et brochures
sur la Normandie.
Lancé en août 2000, LexoTor est une base de données fonctionnant avec
le logiciel TACTweb (TACT: Text Analysis Computing Tools) et permettant
l'interrogation en ligne des oeuvres de la bibliothèque, ainsi que des
analyses et comparaisons textuelles. Les collections comprennent 930
oeuvres et 20 galeries d'images en décembre 2006.
1995 > ÉDITEL, ÉDITEUR LITTÉRAIRE NÉ SUR LA TOILE
[Résumé]
Éditel est le premier éditeur électronique francophone non commercial.
Le site est lancé en avril 1995 sous la houlette de Pierre François
Gagnon, poète et essayiste québécois. Pierre François relate en juillet
2000: «En fait, tout le monde et son père savent ou devraient savoir
que le premier site d’édition en ligne commercial fut CyLibris [créé en
août 1996 à Paris par Olivier Gainon, ndlr], précédé de loin lui-même,
au printemps de 1995, par nul autre qu’Éditel, le pionnier d’entre les
pionniers du domaine, bien que nous fûmes confinés à l’action
symbolique collective, faute d’avoir les moyens de déboucher jusqu’ici
sur une formule de commerce en ligne vraiment viable et abordable.»
D’abord site pionnier de l'édition littéraire francophone, puis premier
site web d'auto-édition collective de langue française, Éditel devient
au fil des ans un site de cyberédition non commerciale, en partenariat
avec quelques auteurs «maison», ainsi qu'un webzine littéraire. Un blog
lui succède quelques années plus tard.
***
Éditel, premier éditeur électronique francophone non commercial,
apparaît sur la toile en avril 1995 sous la houlette de Pierre François
Gagnon, poète et essayiste québécois.
Pierre François décide d’utiliser le numérique pour la réception des
textes, leur archivage et leur diffusion. Il relate en juillet 2000:
«En fait, tout le monde et son père savent ou devraient savoir que le
premier site d’édition en ligne commercial fut CyLibris [créé en août
1996 à Paris par Olivier Gainon, ndlr], précédé de loin lui-même, au
printemps de 1995, par nul autre qu’Éditel, le pionnier d’entre les
pionniers du domaine, bien que nous fûmes confinés à l’action
symbolique collective, faute d’avoir les moyens de déboucher jusqu’ici
sur une formule de commerce en ligne vraiment viable et abordable
(...). Nous sommes actuellement trois mousquetaires [Pierre François
Gagnon, Jacques Massacrier et Mostafa Benhamza, ndlr] à développer le
contenu original et inédit du webzine littéraire qui continuera de
servir de façade d’animation gratuite, offerte personnellement par les
auteurs maison à leur lectorat, à d’éventuelles activités d’édition en
ligne payantes, dès que possible au point de vue technico-financier.
Est-il encore réaliste de rêver à la démocratie économique?»
Quant à l’avenir, «tout ce que j'espère de mieux pour le petit éditeur
indépendant issu, comme Éditel, directement du net et qui cherche à y
émerger enfin, c'est que les nouveaux supports de lecture, ouverts et
compatibles grâce au standard OeB (Open eBook), s'imposeront d'emblée
comme des objets usuels indispensables, c'est-à-dire multifonctionnels
et ultramobiles, intégrant à la fois l'informatique, l'électronique
grand public et les télécommunications, et pas plus dispendieux qu'une
console de jeux vidéo.»
Quel est son meilleur souvenir lié à l'internet? «La découverte de
quelques amitiés affinitaires, indéfectibles, m'enchante encore, tandis
que l'étroitesse de vision, le scepticisme négatif qu'affichait la
vaste majorité des auteurs de science-fiction et de fantastique vis-à-
vis du caractère pourtant immanent et inéluctable de ce qui n'est après
tout qu'un fantasme à la Star Trek, qui hante depuis longtemps
l'imaginaire collectif, soit l'e-book tout communicant qui tienne dans
le creux de la paume, ne cesse pas de m'étonner et de me laisser
pantois rétrospectivement.»
Une conclusion? «Je dirai, pour conclure, que je me trouve vraiment
fait pour être "éditeur en ligne, poète et essayiste, et peut-être même
un jour, romancier"! Fait à noter, c'est curieusement de la part des
poètes, toujours visionnaires quand ils sont authentiques, que le
concept de livre numérique a reçu le meilleur accueil!»
Après avoir été le premier site web d'auto-édition collective de langue
française, Éditel devient un site de cyberédition non commerciale, en
partenariat avec quelques auteurs «maison», ainsi qu'un webzine
littéraire. Un blog lui succède quelques années plus tard. Le blog
prend ensuite la forme d’une vitrine de diffusion web pour quelques
livres.
1995 > LA PRESSE IMPRIMÉE SE MET EN LIGNE
[Résumé]
La mise en ligne de la presse imprimée à partir de 1995 préfigure la
mise en ligne des livres imprimés quelques années plus tard, d'où
l'intérêt de ce chapitre. Au début des années 1990, les premières
éditions électroniques de journaux sont d’abord disponibles par le
biais de services commerciaux tels que America OnLine (AOL) ou
CompuServe. Les grands titres de la presse imprimée lancent ensuite
leurs propres sites web. En février 1995 est mis en ligne le site web
du mensuel Le Monde diplomatique, premier site d'un périodique imprimé
français, suivi des sites web de Libération fin 1995 et du Monde et de
L'Humanité en 1996. Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font
web commun sur un site dénommé Times Online. Aux États-Unis, la version
en ligne du Wall Street Journal est payante tandis que celle du New
York Times est disponible sur abonnement gratuit. Le Washington Post
est librement disponible en ligne, tout comme le mensuel Wired.
***
La mise en ligne de la presse imprimée à partir de 1995 préfigure la
mise en ligne des livres imprimés quelques années plus tard, d'où
l'intérêt de ce chapitre.
Au début des années 1990, les premières éditions électroniques de
journaux sont disponibles par le biais de services commerciaux tels que
America OnLine (AOL) ou CompuServe. Suite à l'apparition du premier
navigateur fin 1993 et à la croissance rapide du web qui s'ensuit, les
grands titres de la presse imprimée lancent leurs propres sites web en
1995 et 1996.
# Aux États-Unis
Aux États-Unis, la version en ligne du Wall Street Journal est payante,
avec 100.000 abonnés en 1998. Celle du New York Times est disponible
sur abonnement gratuit. Le Washington Post propose l’actualité
quotidienne en accès libre ainsi que de nombreux articles archivés, le
tout avec images, sons et vidéos. Pathfinder (rebaptisé ensuite Time)
est le site web du groupe Time-Warner, éditeur de Time Magazine, Sports
Illustrated, Fortune, People, Southern Living, Money, Sunset, etc. On
peut y lire les articles de ces magazines et les rechercher par date ou
par sujet. Lancé en 1992 en Californie, Wired, premier magazine imprimé
entièrement consacré à la culture cyber, est bien évidemment présent
sur le web.
Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font web commun sur un site
dénommé Times Online, avec possibilité de créer une édition
personnalisée.
# En France
Mis en ligne en février 1995, le site web du mensuel Le Monde
diplomatique est le premier site d’un périodique imprimé français.
Monté dans le cadre d’un projet expérimental avec l’Institut national
de l’audiovisuel (INA), ce site est inauguré lors du forum des images
Imagina. Il donne accès à l’ensemble des articles depuis janvier 1994,
par date, par sujet et par pays. L’intégralité du mensuel en cours est
consultable gratuitement pendant deux semaines suivant sa parution. Un
forum de discussion permet au journal de discuter avec ses lecteurs.
Fin 1995, le quotidien Libération met en ligne son site web, peu après
le lancement du Cahier Multimédia, un cahier imprimé hebdomadaire
inclus dans l’édition du jeudi. Le site propose la Une du quotidien, la
rubrique Multimédia (qui regroupe les articles du Cahier Multimédia et
les archives des cahiers précédents), le Cahier Livres complété par
Chapitre Un (le premier chapitre des nouveautés retenues par le
quotidien) et bien d’autres rubriques. La rubrique Multimédia est
ensuite rebaptisée Numériques.
Le site du quotidien Le Monde est lancé en 1996. On y trouve des
dossiers en ligne, la Une en version graphique à partir de 13 heures,
l’intégralité du journal avant 17 heures, l’actualité en liaison avec
l’AFP (Agence France-Presse) et des rubriques sur la Bourse, les
livres, le multimédia et le sport. En 1998, le journal complet en ligne
coûte 5 FF (0,76 euros) alors que le journal imprimé coûte 7,50 FF
(1,15 euros). S’ils concernent le multimédia, les articles du
supplément imprimé hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont
disponibles gratuitement en ligne dans la rubrique Multimédia,
rebaptisée ensuite Nouvelles technologies.
L’Humanité est le premier quotidien français à proposer la version
intégrale du journal en accès libre. Classés par rubriques, les
articles sont disponibles entre 10 heures et 11 heures du matin, à
l’exception de L’Humanité du samedi, disponible en ligne le lundi
suivant. Tous les articles sont archivés sur le site.
# L’internet, «à la fois une menace et une chance»
Quelles sont les retombées de l’internet pour les journalistes? Bernard
Boudic, le responsable éditorial du site web du quotidien Ouest-France
(site lancé en juillet 1996), explique en juin 1998: «Elles sont encore
minces. Nous commençons seulement à offrir un accès internet à chacun
(rédaction d’Ouest-France: 370 journalistes répartis dans soixante
rédactions, sur douze départements... pas simple). Certains utilisent
internet pour la messagerie électronique (courrier interne ou externe,
réception de textes de correspondants à l’étranger, envoi de fichiers
divers) et comme source d’informations. Mais cette pratique demande
encore à s’étendre et à se généraliser. Bien sûr, nous réfléchissons
aussi à tout ce qui touche à l’écriture multimédia et à sa rétro-action
sur l’écriture imprimée, aux changements d’habitudes de nos lecteurs,
etc. (...)
Internet est à la fois une menace et une chance. Menace sur l’imprimé,
très certainement (captation de la pub et des petites annonces,
changement de réflexes des lecteurs, perte du goût de l’imprimé,
concurrence d’un média gratuit, que chacun peut utiliser pour diffuser
sa propre info, etc.). Mais c’est aussi l’occasion de relever tous ces
défis, de rajeunir la presse imprimée.»
Tous sujets que l'on retrouve quelques années plus tard dans les débuts
du livre numérique: rapport accru de l'auteur avec ses lecteurs,
version payante et/ou version gratuite, version numérique et/ou version
imprimée, etc.
1995 > AMAZON, PIONNIER DU CYBERCOMMERCE
[Résumé]
Un nouveau type de librairie naît sur l’internet, avec un site web
comme vitrine et des transactions uniquement en ligne, la plus connue
étant Amazon. Amazon.com est lancé en juillet 1995 par Jeff Bezos à
Seattle, sur la côte ouest des États-Unis. La librairie en ligne débute
avec dix salariés et trois millions d'articles. Les vitrines de la
librairie sont ses pages web, et toutes les transactions se font via
l’internet. Les livres sont stockés dans de gigantesques hangars avant
d’être directement envoyés aux clients par courrier postal. En novembre
2000, Amazon compte 7.500 salariés, 28 millions d'articles, 23 millions
de clients et quatre filiales au Royaume-Uni (filiale ouverte en
octobre 1998), en Allemagne (octobre 1998), en France (août 2000) et au
Japon (novembre 2000). Une cinquième filiale est ouverte au Canada
(juin 2002), suivie d'une sixième filiale, Joyo, en Chine (septembre
2004). Présent dans sept pays et devenu une référence mondiale du
commerce en ligne (avec eBay), Amazon compte 9.000 salariés et 41
millions de clients en juillet 2005.
***
Un nouveau type de librairie naît sur l’internet, avec un site web
comme vitrine et des transactions uniquement en ligne, la plus connue
étant Amazon.
Sous la houlette de Jeff Bezos, Amazon.com ouvre ses portes
«virtuelles» en juillet 1995 avec un catalogue de trois millions de
livres - à savoir l’ensemble de la production imprimée disponible à la
vente aux États-Unis - et dix salariés basés à Seattle, sur la côte
ouest. Les livres sont stockés dans de gigantesques hangars avant
d’être directement envoyés aux clients par courrier postal.
# Les débuts
Quinze mois auparavant, au printemps 1994, Jeff Bezos fait une étude de
marché pour décider du meilleur produit à vendre sur l’internet. Dans
sa liste de vingt produits marchands, qui comprennent entre autres les
vêtements et les instruments de jardinage, les cinq premiers du
classement se trouvent être les livres, les CD, les vidéos, les
logiciels et le matériel informatique.
Jeff Bezos relate en 1997 dans le kit de presse d’Amazon: «J’ai utilisé
tout un ensemble de critères pour évaluer le potentiel de chaque
produit. Le premier critère a été la taille des marchés existants. J’ai
vu que la vente des livres représentait un marché mondial de 82
milliards de dollars US. Le deuxième critère a été la question du prix.
Je voulais un produit bon marché. Mon raisonnement était le suivant:
puisque c’était le premier achat que les gens allaient faire en ligne,
il fallait que la somme à payer soit modique. Le troisième critère a
été la variété dans le choix. Il y avait trois millions de titres pour
les livres alors qu’il n’y avait que 300.000 titres pour les CD, par
exemple.»
# Les «associés»
Au printemps 1997, Amazon.com - que tout le monde appelle désormais
Amazon - décide de s'inspirer du système d'«associés» en ligne lancé
quelques mois plus tôt par l'Internet Bookshop (Royaume-Uni), qui est
la plus grande librairie en ligne européenne.
Tout détenteur d'un site web peut vendre des livres appartenant au
catalogue d'Amazon et toucher un pourcentage de 15% sur les ventes.
L'«associé(e)» sélectionne les titres du catalogue qui l'intéressent,
en fonction de ses centres d'intérêt, et rédige ses propres résumés.
Amazon reçoit les commandes par son intermédiaire, expédie les livres,
rédige les factures et lui envoie un rapport hebdomadaire d'activité
avec le règlement correspondant.
Le réseau d'Amazon compte 30.000 sites affiliés au printemps 1998 et
60.000 sites en juin 1998, qui sont autant de vitrines supplémentaires
pour la librairie en ligne. Les affiliés sont aussi des sociétés telles
que Adobe, InfoBeat, Kemper Funds, PR Newswire, Travelocity, Virtual
Vineyards et Xoom.
# L’expansion
Outre les livres, Amazon propose également des CD, des DVD, des jeux
informatiques, etc. On peut consulter le catalogue à l’écran, lire le
résumé des livres choisis ou même des extraits, puis passer sa commande
en ligne. Le contenu éditorial du site change quotidiennement et se
veut un magazine littéraire en ligne, avec des conseils de lecture, des
articles émanant de journalistes connus (qui travaillaient auparavant
dans la presse imprimée), des entretiens avec des auteurs et des
commentaires de lecteurs. En juillet 1998, Amazon compte 1,5 million de
clients dans 160 pays, le public s’habituant peu à peu aux achats en
ligne.
En novembre 2000, Amazon compte 7.500 salariés, 28 millions d'articles,
23 millions de clients et quatre filiales au Royaume-Uni (filiale
ouverte en octobre 1998), en Allemagne (octobre 1998), en France (août
2000) et au Japon (novembre 2000). Amazon ouvre plus tard une cinquième
filiale en juin 2002, cette fois au Canada, puis une sixième filiale
(dénommée Joyo) en Chine en septembre 2004.
# L’eBookStore
Amazon ouvre son eBookStore en novembre 2000 avec un catalogue de 1.000
livres numériques. Avant ce lancement, la librairie en ligne signe deux
partenariats en août 2000, l’un avec Microsoft pour proposer des livres
lisibles sur le Microsoft Reader, et l’autre avec Adobe pour proposer
des titres lisibles sur l'Acrobat Reader.
Amazon conclut ensuite un deuxième partenariat avec Adobe en avril 2001
pour la mise en vente de 2.000 livres numériques lisibles sur l'Acrobat
eBook Reader (le nouveau logiciel d’Adobe gérant les livres sous
droits). Ces livres sont notamment des titres de grands éditeurs, des
guides de voyages et des livres pour enfants.
Présent dans sept pays et devenu une référence mondiale du commerce en
ligne (avec eBay), Amazon fête ses dix ans d'existence en juillet 2005,
avec 41 millions de clients et 9.000 salariés.
# Barnes & Noble
Le principal concurrent d’Amazon est Barnes & Noble, qui lance sa
librairie en ligne en mai 1997. Celle-ci est financée en partenariat
avec le géant des médias Bertelsmann pendant six ans, avant que Barnes
& Noble ne rachète la part détenue par Bertelsmann (36,8%) en juillet
2003 pour 164 millions de dollars US.
Contrairement à Amazon, librairie uniquement «virtuelle», le site
Barnes & Noble.com s'appuie sur une chaîne de librairies qui, en 1997,
comprend 480 librairies réparties dans 48 des 50 États que compte le
pays. Dès les débuts du site, Barnes & Noble se livre à une guerre des
prix avec Amazon, à la plus grande joie des clients qui profitent de
cette course aux rabais pour faire une économie de 20 à 40% sur
certains titres.
Barnes & Noble.com ouvre ensuite son eBookStore en août 2000, trois
mois avant Amazon, pour y proposer des livres numériques, suite à un
partenariat avec Microsoft en janvier 2000 pour la vente de livres
lisibles sur le Microsoft Reader puis un partenariat avec Adobe en août
2000 pour la vente de livres lisibles sur l'Acrobat Reader et le
Glassbook Reader, Adobe ayant racheté la société Glassbook à la même
date.
1996 > L'INTERNET ARCHIVE, POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES
[Résumé]
Fondée en avril 1996 par Brewster Kahle à San Francisco (Californie),
l'Internet Archive a pour but de constituer, stocker, préserver et
gérer une archive de l'internet en sauvegardant et stockant la totalité
du web tous les deux mois. L'objectif est d'offrir un outil de travail
aux universitaires, chercheurs et historiens, et de préserver un
historique de l'internet pour les générations futures. L’Internet
Archive se présente donc comme «une bibliothèque de l’internet» puis,
dans un deuxième temps, comme «une bibliothèque numérique à but non
lucratif destinée à procurer un accès universel au savoir humain». En
octobre 2001, avec 30 milliards de pages archivées, l'Internet Archive
met ses archives en accès libre sur le web grâce à la Wayback Machine,
qui permet à tout un chacun d’avoir accès à l’historique d’un site. Les
archives du web représentent 65 milliards de pages web (provenant de 50
millions de sites web) en décembre 2006, 85 milliards de pages web en
mai 2007 et 150 milliards de pages web en mars 2010.
***
L’Internet Archive est fondée en avril 1996 par Brewster Kahle à San
Francisco (Californie) pour préserver un historique de l’internet.
L’Internet Archive a pour but de constituer, stocker, préserver et
gérer une archive de l’internet, en sauvegardant et stockant la
totalité du web tous les deux mois, afin d’offrir un outil de travail
aux universitaires, chercheurs et historiens, et de préserver un
historique de l’internet pour les générations présentes et futures.
L’Internet Archive se présente donc comme «une bibliothèque de
l’internet» puis, dans un deuxième temps, comme «une bibliothèque
numérique à but non lucratif destinée à procurer un accès universel au
savoir humain».
# L’importance d’un archivage du web
Comme expliqué à l’époque sur le site, de tout temps les sociétés ont
voulu préserver leur culture et leur héritage pour les générations
présentes et futures. Les bibliothèques ont donc eu pour vocation de
conserver les traces écrites de ces cultures et de ces héritages, et
d’en procurer l’accès au grand public et aux chercheurs. Il paraît donc
essentiel qu’elles étendent leur mission aux nouvelles technologies.
Paradoxalement, le travail de sauvegarde a souvent été mal fait au
début du 20e siècle. Nombreux ont été les premiers films qui ont été
recyclés - et donc définitivement perdus - pour récupérer la couche
d’argent présente sur la pellicule. Nombre d’émissions de radio et de
télévision n’ont pas été conservées. Il importe donc de ne pas
reproduire la même erreur pour l’internet, et particulièrement pour le
web, un nouveau médium dont la portée, immense, est encore méconnue en
1996. C’est la raison d’être de l’Internet Archive.
# La Wayback Machine
En octobre 2001, avec 30 milliards de pages archivées, l'Internet
Archive met ses archives en accès libre grâce à la Wayback Machine, qui
permet à tout un chacun de voir l'historique d'un site web - à savoir
la présentation et le contenu d'un site web donné - théoriquement tous
les deux mois depuis avril 1996, date de la création de l'Internet
Archive.
En 2004, les archives du web représentent plus de 300 To (téraoctets)
de données, avec une croissance de 12 To par mois. Le nombre de pages
web visibles avec la Wayback Machine est de 65 milliards (provenant de
50 millions de sites web) en décembre 2006, 85 milliards de pages web
en mai 2007 et 150 milliards de pages web en mars 2010.
# Des collections numériques
En 2000, l’Internet Archive débute la constitution de collections
numériques, en hébergeant notamment une partie du Million Book Project
(10.520 livres en avril 2005), tout comme des archives de films de la
période 1903-1973, des archives de concerts live récents, des archives
de logiciels, des archives d’images et de vidéos, les sites relatifs au
11 septembre (2001), les sites relatifs aux élections de 2000
(présidentielles) et 2002 (élection du Congrès et des gouverneurs des
États), les sites relatifs aux pionniers du web, etc. Toutes ces
collections sont en consultation libre.
Qu’est-ce exactement que le Million Book Project? Lancé en janvier 2000
par la Carnegie Mellon University (Pennsylvanie, États-Unis), le
Million Book Project - appelé aussi Universal Library ou Universal
Digital Library (UDL) - a pour but de numériser un million de livres
dans un grand nombre de langues, en axant ses efforts sur les livres
disponibles en Inde et en Chine. En 2007, un million de livres sont
disponibles sur le site de l'université, sous forme de fichiers image
aux formats DjVu et TIFF, avec trois sites miroirs (Inde, Chine du
Nord, Chine du Sud).
Par ailleurs, en réaction au projet Google Books, l’Internet Archive
pense qu'une bibliothèque numérique à vocation mondiale ne doit pas
être liée à des enjeux commerciaux. En octobre 2005, elle lance l’Open
Content Alliance (OCA) dans l'optique de fédérer un grand nombre de
partenaires pour créer une bibliothèque planétaire publique
respectueuse du copyright et sur un modèle ouvert, avec des collections
consultables sur tout moteur de recherche.
1996 > CYLIBRIS, ÉDITEUR ÉLECTRONIQUE
[Résumé]
Fondé en août 1996 à Paris par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber
et Libris, livre) est la première maison d'édition à utiliser
l'internet et le numérique pour publier de nouveaux auteurs
littéraires. Vendus uniquement sur le web, les livres sont imprimés à
la commande et envoyés directement au client, ce qui permet d'éviter le
stock et les intermédiaires. Au printemps 2000, CyLibris devient membre
du Syndicat national de l'édition (SNE). En 2001, certains titres sont
également vendus en version imprimée par un réseau de librairies
partenaires, notamment la Fnac, et en version numérique par Mobipocket
et Numilog. En 2003, le catalogue de CyLibris comprend une cinquantaine
de titres. CyLibris met fin à cette belle aventure en 2007.
***
Fondé à Paris en août 1996 par Olivier Gainon, CyLibris (de Cy, cyber
et Libris, livre) est le pionnier francophone de l’édition électronique
commerciale.
CyLibris est en effet la première maison d’édition à utiliser
l’internet et le numérique pour publier de nouveaux auteurs littéraires
et quelques auteurs confirmés, dans divers genres: littérature
générale, policiers, science-fiction, théâtre et poésie.
Vendus uniquement sur le web, les livres sont imprimés à la commande et
envoyés directement au client, ce qui permet d’éviter le stock et les
intermédiaires. Des extraits sont disponibles en téléchargement libre.
# Une maison d’édition spécialisée
Pendant son premier trimestre d’activité, CyLibris signe des contrats
avec treize auteurs. Fin 1999, le site compte 15.000 visites
individuelles et 3.500 livres vendus tous exemplaires confondus, avec
une année financièrement équilibrée.
Olivier Gainon explique en décembre 2000: «CyLibris a été créé d’abord
comme une maison d’édition spécialisée sur un créneau particulier de
l’édition et mal couvert à notre sens par les autres éditeurs: la
publication de premières oeuvres, donc d’auteurs débutants. Nous nous
intéressons finalement à la littérature qui ne peut trouver sa place
dans le circuit traditionnel: non seulement les premières oeuvres, mais
les textes atypiques, inclassables ou en décalage avec la mouvance et
les modes littéraires dominantes. Ce qui est rassurant, c’est que nous
avons déjà eu quelques succès éditoriaux: le grand prix de la SGDL
[Société des gens de lettres] en 1999 pour "La Toile" de Jean-Pierre
Balpe, le prix de la litote pour "Willer ou la trahison" de Jérôme
Olinon en 2000, etc. Ce positionnement de "défricheur" est en soi
original dans le monde de l’édition, mais c’est surtout son mode de
fonctionnement qui fait de CyLibris un éditeur atypique.
Créé dès 1996 autour de l’internet, CyLibris a voulu contourner les
contraintes de l’édition traditionnelle grâce à deux innovations: la
vente directe par l’intermédiaire d’un site de commerce sur internet,
et le couplage de cette vente avec une impression numérique en "flux
tendu". Cela permettait de contourner les deux barrières
traditionnelles dans l’édition: les coûts d’impression (et de stockage)
et les contraintes de distribution. Notre système gérait donc des flux
physiques: commande reçue par internet, impression du livre commandé,
envoi par la poste. Je précise que nous sous-traitons l’impression à
des imprimeurs numériques, ce qui nous permet de vendre des livres de
qualité équivalente à celle de l’offset, et à un prix comparable. Notre
système n’est ni plus cher, ni de moindre qualité, il obéit à une
économie différente qui, à notre sens, devrait se généraliser à terme.»
# Une double activité
En quoi consiste l’activité d’un éditeur électronique? «Je décrirais
mon activité comme double. D’une part celle d’un éditeur traditionnel
dans la sélection des manuscrits et leur re-travail (je m’occupe
directement de la collection science-fiction), mais également le choix
des maquettes, les relations avec les prestataires, etc. D’autre part,
une activité internet très forte qui vise à optimiser le site de
CyLibris et mettre en oeuvre une stratégie de partenariat permettant à
CyLibris d’obtenir la visibilité qui lui fait parfois défaut. Enfin, je
représente CyLibris au sein du SNE [NDLR: Syndicat national de
l’édition, dont CyLibris fait partie depuis le printemps 2000].
CyLibris est aujourd’hui une petite structure. Elle a trouvé sa place
dans l’édition, mais est encore d’une économie fragile sur internet.
Notre objectif est de la rendre pérenne et rentable et nous nous y
employons.»
# Un éditeur présent sur tous les fronts
Le site web se veut aussi un carrefour de la petite édition. Il procure
des informations pratiques aux auteurs en herbe: comment envoyer un
manuscrit à un éditeur, ce que doit comporter un contrat d’édition,
comment protéger ses manuscrits, comment tenter sa chance dans des
revues ou concours littéraires, etc.
En 2001, certains titres sont également vendus en version imprimée par
un réseau de librairies partenaires, notamment la Fnac, et en version
numérique par Mobipocket et Numilog, pour lecture sur ordinateur ou
PDA. En 2003, le catalogue de CyLibris comprend une cinquantaine de
titres.
Par ailleurs, l’équipe de CyLibris lance en mai 1999 CyLibris Infos,
une lettre d’information électronique gratuite dont l’objectif n’est
pas tant de promouvoir les livres de l’éditeur que de présenter
l’actualité de l’édition francophone. Volontairement décalée et souvent
humoristique sinon décapante, la lettre, d’abord mensuelle, paraît deux
fois par mois à compter de février 2000, avec 565 abonnés en octobre
2000. Elle change de nom en février 2001 pour devenir Édition-actu, qui
compte 1.500 abonnés en 2003 avant de laisser place au blog de
CyLibris.
Olivier Gainon met fin à toutes ces activités éditoriales en 2007 pour
passer à d’autres projets.
1996 > VERS UN SAVOIR NUMÉRIQUE
[Résumé]
Vinton Cerf, père de l’internet et fondateur de l’Internet Society
(ISOC), explique en janvier 1998 lors d’un entretien avec le quotidien
Libération: «Le réseau fait deux choses (...): comme les livres, il
permet d’accumuler de la connaissance. Mais, surtout, il la présente
sous une forme qui la met en relation avec d’autres informations. Alors
que, dans un livre, l’information est maintenue isolée.» De plus,
l’information contenue dans les livres reste la même, alors que
l'internet privilégie les informations récentes et régulièrement
actualisées. Lors d'une conférence organisée en septembre 1996 par
l'IFIP (International Federation of Information Processing), Dale
Spender, professeure et chercheuse, propose une communication sous le
titre «Creativity and the computer education industry» en tentant de
cerner les changements apportés par l'internet dans l'acquisition du
savoir et les méthodes d'enseignement.
***
L’information contenue dans les livres reste la même, alors que
l'internet privilégie les informations récentes et régulièrement
actualisées. Il faut donc complètement repenser notre relation au
savoir.
Vinton Cerf, père de l’internet et fondateur de l’Internet Society
(ISOC), explique en janvier 1998 lors d’un entretien avec le quotidien
Libération: «Le réseau fait deux choses (...): comme les livres, il
permet d’accumuler de la connaissance. Mais, surtout, il la présente
sous une forme qui la met en relation avec d’autres informations. Alors
que, dans un livre, l’information est maintenue isolée.»
# Une nouvelle manière d’enseigner
Lors d'une conférence organisée en septembre 1996 par l'IFIP
(International Federation of Information Processing), Dale Spender,
professeure et chercheuse, propose une communication sous le titre
«Creativity and the computer education industry» en tentant de cerner
les changements apportés par l'internet dans l'acquisition du savoir et
les méthodes d'enseignement. Voici son argumentation résumée en deux
paragraphes.
Pendant plus de cinq siècles, l'enseignement est principalement basé
sur l'information donnée par les livres. Or les habitudes liées à
l'imprimé ne peuvent être transférées au monde numérique.
L'enseignement en ligne offre des possibilités tellement nouvelles
qu'il n'est guère possible d'effectuer les distinctions traditionnelles
entre enseignant et enseigné. Le passage de la culture imprimée à la
culture numérique exige d'entièrement repenser le processus
d'enseignement, puisque nous avons maintenant l'opportunité sans
précédent de pouvoir influer sur le genre d'enseignement que nous
souhaitons.
Dans la culture imprimée, l'information contenue dans les livres
restait la même pendant un certain temps, ce qui nous a encouragé à
penser que l'information était stable. La nature même de l'imprimé est
liée à la notion de vérité, stable elle aussi. Cette stabilité et
l'ordre qu'elle engendre ont été l’un des fondements de l'âge
industriel et de la révolution scientifique. Les notions de vérité, de
loi, d'objectivité et de preuve ont été les éléments de référence de
nos croyances et de nos cultures. Mais la révolution numérique change
tout ceci. Soudain l'information en ligne supplante l'information
imprimée pour devenir la plus fiable et la plus utile, et l'usager est
prêt à la payer en conséquence. C'est cette transformation radicale
dans la nature de l'information qui doit être au coeur du débat relatif
aux méthodes d'enseignement.
# Trois expériences
En témoigne l'expérience de Patrick Rebollar, professeur de français et
de littérature française à Tokyo (Japon), qui raconte en juillet 1998:
«Mon travail de recherche est différent, mon travail d’enseignant est
différent, mon image en tant qu’enseignant-chercheur de langue et de
littérature est totalement liée à l’ordinateur, ce qui a ses bons et
ses mauvais côtés (surtout vers le haut de la hiérarchie universitaire,
plutôt constituée de gens âgés et technologiquement récalcitrants).
J’ai cessé de m’intéresser à certains collègues proches
géographiquement mais qui n’ont rien de commun avec mes idées, pour
entrer en contact avec des personnes inconnues et réparties dans
différents pays (et que je rencontre parfois, à Paris ou à Tokyo, selon
les vacances ou les colloques des uns ou des autres). La différence est
d’abord un gain de temps, pour tout, puis un changement de méthode de
documentation, puis de méthode d’enseignement privilégiant
l’acquisition des méthodes de recherche par mes étudiants, au détriment
des contenus (mais cela dépend des cours). Progressivement, le
paradigme réticulaire l’emporte sur le paradigme hiérarchique.»
Robert Beard, professeur à la Bucknell University (États-Unis), écrit
en septembre 1998: «En tant que professeur de langue, je pense que le
web présente une pléthore de nouvelles ressources disponibles dans la
langue étudiée, de nouveaux instruments d'apprentissage (exercices
interactifs Java et Shockwave) et de test, qui sont à la disposition
des étudiants quand ceux-ci en ont le temps ou l'envie, 24 heures / 24
et 7 jours / 7. Aussi bien pour mes collègues que pour moi, et bien sûr
pour notre établissement, l'internet nous permet aussi de publier
pratiquement sans limitation. (…) L'internet nous offrira tout le
matériel pédagogique dont nous pouvons rêver, y compris des notes de
lecture, exercices, tests, évaluations et exercices interactifs plus
efficaces que par le passé parce que reposant davantage sur la notion
de communication.»
Russon Wooldridge, professeur au département des études françaises de
l'Université de Toronto (Canada), explique en février 2001: «Mes
activités de recherche, autrefois menées dans une tour d'ivoire, se
font maintenant presque uniquement par des collaborations locales ou à
distance. (...) Tout mon enseignement exploite au maximum les
ressources d'internet (le web et le courriel): les deux lieux communs
d'un cours sont la salle de classe et le site du cours, sur lequel je
mets tous les matériaux des cours. Je mets toutes les données de mes
recherches des vingt dernières années sur le web (réédition de livres,
articles, textes intégraux de dictionnaires anciens en bases de données
interactives, de traités du 16e siècle, etc.). Je publie des actes de
colloques, j'édite un journal, je collabore avec des collègues
français, mettant en ligne à Toronto ce qu'ils ne peuvent pas publier
en ligne chez eux. (…) Je me rends compte que sans internet mes
activités seraient bien moindres, ou du moins très différentes de ce
qu'elles sont actuellement. Donc je ne vois pas l'avenir sans.»
1996 > LE PROJET @FOLIO, BALADEUR DE TEXTES
[Résumé]
Conçu dès octobre 1996 par Pierre Schweitzer, architecte designer à
Strasbourg (Alsace, France), le projet @folio se définit comme un
baladeur de textes ou encore comme un support de lecture nomade
permettant de lire des textes glanés sur l'internet. De petite taille,
il cherche à mimer, sous forme électronique, le dispositif technique du
livre, afin d'offrir une mémoire de fac-similés reliés en hypertexte
pour faciliter le feuilletage. Pierre est aussi l'auteur du logiciel
Mot@mot, un logiciel permettant de découper mot à mot les pages
scannées du livre. Le but est d’obtenir une chaîne d'images-mots
liquide qu'on peut remettre en page aussi facilement qu'une chaîne de
caractères pour lire le texte sur un écran de petite taille. Afin de
développer @folio et Mot@mot, Pierre fait valider un brevet
international en avril 2001 puis crée la start-up française iCodex en
juillet 2002.
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Conçu dès octobre 1996 par Pierre Schweitzer, le projet @folio se
définit comme un baladeur permettant de lire des textes glanés sur
l’internet.
De petite taille, ce support de lecture nomade cherche à mimer, sous
forme électronique, le dispositif technique du livre, afin d’offrir une
mémoire de fac-similés reliés en hypertexte pour faciliter le
feuilletage.
# Les débuts du projet
Pierre Schweitzer, architecte designer à Strasbourg (Alsace, France),
explique en janvier 2001: «@folio est un baladeur de textes, simple,
léger, autonome, que le lecteur remplit selon ses désirs à partir du
web, pour aller lire n’importe où. Il peut aussi y imprimer des
documents personnels ou professionnels provenant d’un CD-Rom. Les
textes sont mémorisés en faisant: "imprimer", mais c’est beaucoup plus
rapide qu’une imprimante, ça ne consomme ni encre ni papier. Les liens
hypertextes sont maintenus au niveau d’une reliure tactile. (...)
Le projet est né à l’atelier Design de l’École d’architecture de
Strasbourg où j’étais étudiant. Il est développé à l’École nationale
supérieure des arts et industries de Strasbourg avec le soutien de
l’ANVAR-Alsace. Aujourd’hui, je participe avec d’autres à sa
formalisation, les prototypes, design, logiciels, industrialisation,
environnement technique et culturel, etc., pour transformer ce concept
en un objet grand public pertinent.»
# Le logiciel Mot@mot
Pierre est aussi l'auteur du logiciel Mot@mot, un logiciel permettant
de découper mot à mot les pages scannées du livre. Le but est d’obtenir
une chaîne d'images-mots liquide qu'on peut remettre en page aussi
facilement qu'une chaîne de caractères pour lire le texte sur un écran
de petite taille.
Pierre explique à la même date: «La plus grande partie du patrimoine
écrit existant est fixé dans des livres, sur du papier. Pour rendre ces
oeuvres accessibles sur la toile, la numérisation en mode image est un
moyen très efficace. Le projet Gallica en est la preuve. Mais il reste
le problème de l'adaptation des fac-similés d'origine à nos écrans de
lecture aujourd'hui: réduits brutalement à la taille d'un écran, les
fac-similés deviennent illisibles. Sauf à manipuler les barres
d'ascenseur, ce qui nécessite un ordinateur et ne permet pas une
lecture confortable. La solution proposée par Mot@mot consiste à
découper le livre, mot à mot, du début à la fin (enfin, les pages
scannées du livre...). Ces mots restent donc des images, il n'y a pas
de reconnaissance de caractères, donc pas d'erreur possible. On obtient
une chaîne d'images-mots liquide, qu'on peut remettre en page aussi
facilement qu'une chaîne de caractères. Il devient alors possible de
l'adapter à un écran de taille modeste, sans rien perdre de la
lisibilité du texte. La typographie d'origine est conservée, les
illustrations aussi.»
# Le rêve de Pierre Schweitzer
Afin de développer le projet @folio et le logiciel Mot@mot, Pierre
Schweitzer fait valider un brevet international en avril 2001, puis
crée la start-up française iCodex en juillet 2002.
Cinq ans plus tard, en août 2007, Pierre poursuit patiemment sa
croisade pour promouvoir son projet. «Il s’agit d’offrir un support de
lecture efficace aux textes qui n’en ont pas, ceux qui sont accessibles
sur le web. Avec @folio, je reste persuadé qu’un support de lecture
transportable qui serait à la fois simple et léger, annotable et
effaçable, à bas coût, respectueux de la page et de nos traditions
typographiques, pourrait apporter un supplément de confort appréciable
à tous les usagers du texte numérique. Une ardoise dont on pourrait
feuilleter l’hypertexte à main nue, en lieu et place de
l’imprimante...»
En quoi la technologie utilisée est-elle différente de celle des autres
tablettes du marché? «La technologie d'@folio est inspirée du fax et du
classeur à onglets. La mémoire flash est imprimée comme Gutenberg
imprimait ses livres. Ce mode fac-similé ne nécessite aucun format
propriétaire, il est directement lisible à l'oeil nu. Le fac-similé est
un mode de représentation de l'information robuste, pérenne, adaptable
à tout type de contenu (de la musique imprimée aux formules de
mathématique ou de chimie) sans aucune adaptation nécessaire. C'est un
mode de représentation totalement ouvert et accessible à tous: il
supporte l'écriture manuscrite, la calligraphie, les écritures non
alphabétiques, et le dessin à main levée, toutes choses qui sont très
difficiles à faire à l'aide d'un seul outil sur un ordinateur ou un
"ebook" classique. Cette conception technique nouvelle et très
simplifiée permet de recueillir une grande variété de contenus et
surtout, elle permet un prix de vente très raisonnable (100 euros pour
le modèle de base) dans différentes combinaisons de formats (tailles
d'écran) et de mémoire (nombre de pages) adaptées aux différentes
pratiques de lecture.»
Outre cette technologie novatrice, quel serait l'avantage de la lecture
sur @folio? «La simplicité d'usage, l'autonomie, le poids, le prix.
Quoi d'autre? La finesse n'est pas négligeable pour pouvoir être glissé
presque n'importe où. Et l'accès immédiat aux documents - pas de temps
d'attente comme quand on "allume" son ordinateur portable: @folio ne
s'allume jamais et ne s'éteint pas, la dernière page lue reste affichée
et une simple pression sur le bord de l'écran permet de remonter
instantanément au sommaire du document ou aux onglets de classement.»
À la même date, en août 2007, la revue en ligne anglophone TeleRead
fait l'éloge du projet @folio en intitulant l'article «Pierre
Schweitzer's Dream» (Le rêve de Pierre Schweitzer). Plusieurs
spécialistes anglophones, et non des moindres (David Rothman, Mike
Cook, Ellen Hage), rendent hommage à la persévérance de Pierre en
espérant voir son projet commercialisé un jour.
1996 > LES ÉDITIONS DU CHOUCAS SUR LA TOILE
[Résumé]
Basé en Haute-Savoie, le Choucas est une petite maison d'édition
spécialisée dans les romans policiers, la littérature, la photographie
et les livres d'art. Le Choucas voit le jour en 1992 sous la houlette
de Nicolas et Suzanne Pewny. Au prix d'un grand nombre de nuits sans
sommeil, Nicolas Pewny crée lui-même le site web du Choucas en novembre
1996. Les manuscrits affluent par courriel. Les corrections apportées
aux livres, les illustrations et l’envoi des documents à l'imprimeur se
font aussi par courriel. Le Choucas cesse malheureusement ses activités
en mars 2001, une disparition de plus à déplorer chez les petits
éditeurs indépendants. Nicolas Pewny devient ensuite consultant en
édition électronique et met ses compétences au service d'autres
organismes.
***
Né en 1992, le Choucas est une petite maison d’édition haut-savoyarde
spécialisée dans les romans policiers, la littérature, la photographie
et les livres d’art, avec un site web dès 1996.
Le Choucas voit le jour sous la houlette de Nicolas et Suzanne Pewny.
En juin 1998, Nicolas raconte: «Le site des éditions du Choucas a été
créé fin novembre 1996. Lorsque je me suis rendu compte des
possibilités qu’internet pouvait nous offrir, je me suis juré que nous
aurions un site le plus vite possible. Un petit problème: nous n’avions
pas de budget pour le faire réaliser. Alors, au prix d’un grand nombre
de nuits sans sommeil, j’ai créé ce site moi-même et l’ai fait
référencer (ce n’est pas le plus mince travail). Le site a alors évolué
en même temps que mes connaissances (encore relativement modestes) en
la matière et s’est agrandi, et a commencé à être un peu connu même
hors de France et de l’Europe.»
# Un changement considérable
Quels sont les atouts d’un site internet? «Le changement qu’internet a
apporté dans notre vie professionnelle est considérable, explique
Nicolas. Nous sommes une petite maison d’édition installée en province.
Internet nous a fait connaître rapidement sur une échelle que je ne
soupçonnais pas. Même les médias "classiques" nous ont ouvert un peu
leur portes grâce à notre site. Les manuscrits affluent par le courrier
électronique. Ainsi nous avons édité deux auteurs québécois [NDLR:
Fernand Héroux et Liz Morency, auteurs de "Affaire de coeurs", paru en
septembre 1997]. Beaucoup de livres se réalisent (corrections,
illustrations, envoi des documents à l’imprimeur) par ce moyen. Dès le
début du site nous avons reçu des demandes de pays où nous ne sommes
pas (encore) représentés: États-Unis, Japon, Amérique latine, Mexique,
malgré notre volonté de ne pas devenir un site "commercial" mais
d’information et à "connotation culturelle". (Nous n’avons pas de
système de paiement sécurisé, nous avons juste référencé sur une page
les libraires qui vendent en ligne.)»
Comment Nicolas voit-il l'avenir? «J’aurais tendance à répondre par
deux questions: Pouvez-vous me dire comment va évoluer internet?
Comment vont évoluer les utilisateurs? Nous voudrions bien rester aussi
peu "commercial" que possible et augmenter l’interactivité et le
contact avec les visiteurs du site. Y réussirons-nous? Nous avons déjà
reçu des propositions qui vont dans un sens opposé. Nous les avons
mises "en veille". Mais si l’évolution va dans ce sens, pourrons-nous
résister, ou trouver une "voie moyenne"? Honnêtement, je n’en sais
rien.»
# D’éditeur à consultant en édition électronique
Le Choucas cesse malheureusement ses activités en mars 2001, une
disparition de plus à déplorer chez les petits éditeurs indépendants.
Nicolas raconte en juin 2001: «Comme je le prévoyais, notre
distributeur a déposé son bilan. Et malheureusement les éditions du
Choucas (ainsi que d’autres éditeurs) ont cessé leur activité
éditoriale. Je maintiens gracieusement le site web pour témoignage de
mon savoir-faire d’éditeur on- et off-line. (...)
Je ne regrette pas ces dix années de lutte, de satisfactions et de
malheurs passés aux éditions du Choucas. J’ai connu des auteurs
intéressants dont certains sont devenus des amis... Maintenant je fais
des publications et des sites internet pour d’autres. En ce moment pour
une ONG [organisation non gouvernementale] internationale caritative;
je suis ravi de participer (modestement) à leur activité à but non
lucratif. Enfin on ne parle plus de profit ou de manque à gagner, c’est
reposant.»
Fort de son expérience dans le domaine de la librairie, de l'édition,
de l'internet et du numérique, Nicolas Pewny est maintenant consultant
en édition électronique et met ses compétences au service d'autres
organismes.
Il écrit en février 2003: «Je vois le livre numérique du futur comme un
"ouvrage total" réunissant textes, sons, images, vidéo, interactivité:
une nouvelle manière de concevoir et d'écrire et de lire, peut-être sur
un livre unique, sans cesse renouvelable, qui contiendrait tout ce que
l'on a lu, unique et multiple compagnon. Utopique? Invraisemblable?
Peut-être pas tant que cela!»
1997 > LA CONVERGENCE MULTIMÉDIA
[Résumé]
La convergence multimédia est la convergence de tous les secteurs liés
à l'information (imprimerie, édition, presse, conception graphique,
enregistrements sonores, films, radiodiffusion, etc.) suite à
l’utilisation des techniques de numérisation. On peut également la
définir comme la convergence de l’informatique, du téléphone, de la
radio et de la télévision dans une industrie de la communication
utilisant les mêmes canaux de distribution, avec accélération du
processus matériel de production. La convergence multimédia a de
nombreux revers, à savoir des contrats occasionnels et précaires pour
les salariés, l'absence de syndicats pour les télétravailleurs, le
droit d'auteur souvent mis à mal pour les auteurs, etc. La convergence
multimédia amène-t-elle des emplois nouveaux ou bien est-elle source de
chômage? Ce sujet est débattu dès janvier 1997 lors du Colloque sur la
convergence multimédia organisé par l'Organisation internationale du
travail (BIT) à Genève, avec des débats qui se poursuivent les années
suivantes.
***
La convergence multimédia est la convergence de tous les secteurs liés
à l'information (imprimerie, édition, presse, conception graphique,
enregistrements sonores, films, radiodiffusion, etc.) suite à
l’utilisation des techniques de numérisation.
On peut également la définir comme la convergence de l’informatique, du
téléphone, de la radio et de la télévision dans une industrie de la
communication utilisant les mêmes canaux de distribution, souvent
dénommés autoroutes de l'information (ou inforoutes), avec accélération
du processus matériel de production.
# Une approche plus concrète
La numérisation permet de créer, enregistrer, combiner, stocker,
rechercher et transmettre des textes, sons et images par des moyens
simples et rapides. Des procédés similaires permettent le traitement de
l’écriture, de la musique et du cinéma alors que, par le passé, ce
traitement était assuré par des procédés différents sur des supports
différents (papier pour l’écriture, bande magnétique pour la musique,
celluloïd pour le cinéma). De plus, des secteurs distincts comme
l’édition (qui produit des livres) et l’industrie musicale (qui produit
des disques) travaillent désormais de concert pour produire des CD-Rom.
Pour mémoire, ceci n'est pas le premier bouleversement affectant la
chaîne de l’édition, loin de là. Dans les années 1970, l’imprimerie
traditionnelle est d’abord ébranlée par les machines de
photocomposition. Dans les années 1980 et 1990, le coût de l’impression
continue ensuite de baisser avec les photocopieurs, les photocopieurs
couleur, les ateliers de PAO (publication assistée par ordinateur) et
le matériel d’impression numérique.
Tout contenu est désormais systématiquement numérisé pour permettre son
transfert par voie électronique et pour accélérer la processus matériel
de production. Dans l’édition, le rédacteur, le concepteur artistique
et l'infographiste travaillent souvent simultanément au même ouvrage.
Dans la presse, alors qu’auparavant le personnel de production devait
dactylographier les textes du personnel de rédaction, les journalistes
envoient désormais directement leurs textes pour mise en page.
# Un colloque international
Si la convergence multimédia entraîne de nouveaux emplois dans certains
secteurs - par exemple ceux liés à la production de films ou de
produits audio-visuels - d'autres secteurs sont soumis à d'inquiétantes
restructurations ou même des licenciements en masse. Ces problèmes sont
suffisamment préoccupants pour être débattus lors d’un colloque sur la
convergence multimédia organisé en janvier 1997 par l'Organisation
internationale du travail (OIT) à Genève.
Professeur associé en sciences sociales à l’Université d’Utrecht (Pays-
Bas), Peter Leisink explique que la rédaction des textes et la
correction des épreuves se font désormais à domicile, le plus souvent
par des travailleurs ayant pris le statut d’indépendants à la suite de
licenciements et de délocalisations ou fusions d’entreprises. «Or cette
forme d’emploi tient plus du travail précaire que du travail
indépendant, car ces personnes n’ont que peu d’autonomie et sont
généralement tributaires d’une seule maison d’édition.»
Selon Michel Muller, secrétaire général de la FILPAC (Fédération des
industries du livre, du papier et de la communication), les industries
graphiques françaises ont perdu 20.000 emplois en dix ans, entre 1987
et 1996, avec des effectifs qui sont passés de 110.000 à 90.000
salariés. Les entreprises doivent mettre sur pied des plans sociaux
très coûteux pour favoriser le reclassement des personnes licenciées,
en créant des emplois souvent artificiels, alors qu’il aurait mieux
fallu financer des études fiables sur la manière d’équilibrer créations
et suppressions d’emplois lorsqu’il était encore temps.
Walter Durling, directeur du grand opérateur téléphonique AT&T (États-
Unis), insiste sur le fait que les nouvelles technologies n’apporteront
pas de changements fondamentaux à la situation des salariés au sein de
leur entreprise. L’invention du film n’a pas tué le théâtre et celle de
la télévision n’a pas fait disparaître le cinéma. Les entreprises
devraient créer des emplois liés aux nouvelles technologies et les
proposer à ceux qui sont obligés de quitter d’autres postes devenus
obsolètes. Des arguments bien théoriques alors qu’il s’agit plutôt d’un
problème de pourcentage. Combien de créations de postes pour combien de
licenciements?
# Des suppressions massives d’emplois
À part quelques cas particuliers mis en avant par les organisations
d’employeurs, la convergence multimédia entraîne des suppressions
massives d’emplois. Partout dans le monde, des postes à faible
qualification technique sont remplacés par des postes demandant des
qualifications techniques élevées. Les travailleurs peu qualifiés sont
licenciés. D’autres suivent une formation professionnelle
complémentaire, parfois auto-financée sur leur temps libre, et cette
formation professionnelle ne garantit pas pour autant le réemploi.
Les syndicats préconisent pour leur part la création d’emplois par
l’investissement, l’innovation, la formation aux nouvelles
technologies, la reconversion des travailleurs dont les emplois sont
supprimés, des conventions collectives équitables, la défense du droit
d’auteur, une meilleure protection des travailleurs dans le secteur
artistique, et enfin la défense des télétravailleurs en tant que
travailleurs à part entière.
Malgré tous les efforts des syndicats, la situation deviendra-elle
aussi dramatique que celle décrite dans une note des actes du colloque,
indiquant que «certains craignent un futur dans lequel les individus
seront forcés de lutter pour survivre dans une jungle électronique. Les
mécanismes de survie établis au cours des dernières décennies - tels
que relations de travail relativement stables, conventions collectives,
représentation des salariés, formation professionnelle procurée par les
employeurs et régimes de sécurité sociale cofinancés par employeurs et
employés - risquent d’être mis à rude épreuve dans un monde du travail
qui franchit les frontières à la vitesse de la lumière.»
1997 > UN PORTAIL POUR LES BIBLIOTHÈQUES NATIONALES EUROPÉENNES
[Résumé]
Mis en ligne en janvier 1997, Gabriel - acronyme de «Gateway and Bridge
to Europe’s National Libraries» - est un portail trilingue offrant un
point d’accès unique aux services internet des bibliothèques nationales
européennes. L’idée d’un tel site naît en 1994 lors de la réunion
annuelle de la CENL (Conference of European National Librarians) à Oslo
(Norvège). En mars 1995, une nouvelle réunion rassemble les
représentants des bibliothèques nationales des Pays-Bas, du Royaume-Uni
et de Finlande, qui dessinent un projet pilote et sont rejoints ensuite
par les bibliothèques nationales d’Allemagne, de France et de Pologne,
suite à quoi un premier site Gabriel est lancé en septembre 1995. Lors
de la réunion annuelle de la CENL en 1996 à Lisbonne (Portugal),
Gabriel devient un site officiel de la CENL, avec un nouveau portail
trilingue (anglais, allemand, français) lancé en janvier 1997.
***
Mis en ligne en janvier 1997, Gabriel est un portail trilingue
(anglais, allemand, français) offrant un point d’accès unique aux
services internet des bibliothèques nationales européennes.
# Le site de Gabriel
Gabriel est l’acronyme de «Gateway and Bridge to Europe’s National
Libraries». On lit sur le site que le choix de ce nom «rappelle
également les travaux de Gabriel Naudé, dont l’"Advis pour dresser une
bibliothèque" (Paris, 1627) est le premier travail théorique en Europe
sur les bibliothèques et qui constitue ainsi un point de départ sur les
bibliothèques de recherche modernes. Le nom Gabriel est aussi employé
dans de nombreuses langues européennes et vient de l'Ancien Testament,
Gabriel étant l'un des archanges, ou messager céleste. Il est également
présent dans le Nouveau Testament et dans le Coran.»
Plus prosaïquement, le site offre en 1998 des liens hypertextes vers
les services internet des 38 bibliothèques nationales participantes
(Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Estonie,
Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie,
Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Malte, Norvège, Pays-
Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque,
Roumanie, Royaume-Uni, San Marino, Suède, Suisse, Turquie et Vatican).
Les services internet sont très divers d’une bibliothèque à l’autre,
avec une liste complète disponible par bibliothèque. Ces services sont
par exemple des catalogues en ligne appelés aussi OPAC (Online Public
Access Catalogues), des bibliographies nationales, des catalogues
collectifs nationaux, des index de périodiques, des serveurs web et des
gophers (à savoir des systèmes d’information à base de menus textuels à
plusieurs niveaux). Une rubrique spécifique informe des projets communs
à plusieurs pays. La recherche sur Gabriel est possible par pays et par
type de services.
# L’historique de Gabriel
Comment Gabriel voit-il le jour? L’idée d’un projet commun aux
bibliothèques nationales européennes naît lors de la réunion annuelle
de la CENL (Conference of European National Librarians) en 1994 à Oslo
(Norvège). Le projet débute par un tableau d’affichage électronique
commun qui est régulièrement actualisé avec les projets internet en
cours.
En mars 1995, une nouvelle réunion rassemble les représentants des
bibliothèques nationales du Pays-Bas (Koninklijke Bibliotheek), du
Royaume-Uni (British Library) et de Finlande (Helsinki University
Library), qui dessinent un projet pilote et sont rejoints ensuite par
les bibliothèques nationales d’Allemagne (Die Deusche Bibliothek), de
France (Bibliothèque nationale de France) et de Pologne (Biblioteka
Narodowa). Gabriel décrirait leurs services et collections en tentant
d’inciter d’autres bibliothèques nationales à participer au projet.
Lancé en septembre 1995, le premier site Gabriel est géré par la
British Library, qui s’occupe de sa maintenance éditoriale, avec deux
sites miroirs sur les serveurs des bibliothèques nationales des Pays-
Bas et de Finlande.
La seconde étape se déroule entre octobre 1995 et septembre 1996. Les
bibliothèques nationales n’ayant pas participé à la phase pilote sont
invitées à se joindre au projet puisqu’elles ont débuté en parallèle
leur propre site web et leur catalogue en ligne, si bien que le nombre
de bibliothèques utilisant Gabriel en tant que portail commun
s’accroît.
Pendant sa réunion annuelle en septembre 1996 à Lisbonne (Portugal), la
CENL décide de prendre Gabriel sous son ombrelle et de lancer un
portail officiel plus conséquent à compter de janvier 1997. Désormais
trilingue (anglais, allemand, français), Gabriel est maintenu par la
bibliothèque nationale des Pays-Bas (Koninklijke Bibliotheek), avec
quatre sites miroir sur les serveurs des bibliothèques nationales du
Royaume-Uni, de Finlande, d’Allemagne et de Slovénie.
Beaucoup plus tard, en été 2005, Gabriel fusionnera avec le site web de
l’European Library (lancé par la CENL en janvier 2004) pour proposer un
portail commun aux 43 bibliothèques nationales européennes. Europeana
verra le jour trois ans après, en novembre 2008, en tant que
bibliothèque numérique européenne.
# Les bibliothèques publiques
Qu’en est-il des bibliothèques publiques? Sur le site de la Commission
européenne, le document «Internet and the Library Sphere» évalue à
1.000 environ le nombre de bibliothèques publiques disposant d’un site
web en novembre 1998.
Ces bibliothèques sont réparties dans 26 pays. Les pays les plus
représentés sont la Finlande (247 bibliothèques), la Suède (132
bibliothèques), le Royaume-Uni (112 bibliothèques), le Danemark (107
bibliothèques), l'Allemagne (102 bibliothèques), les Pays-Bas (72
bibliothèques), la Lituanie (51 bibliothèques), l'Espagne (56
bibliothèques) et la Norvège (45 bibliothèques). La Russie a un site
commun pour 26 bibliothèques publiques de recherche. Les pays
nouvellement représentés sont la République tchèque (29 bibliothèques)
et le Portugal (3 bibliothèques).
Les sites sont hétérogènes. Certains se contentent de mentionner
l’adresse postale de la bibliothèque et ses heures d’ouverture, tandis
que d’autres proposent toute une gamme de services, y compris un accès
direct à leur catalogue en ligne.
1997 > E INK, TECHNOLOGIE D'ENCRE ÉLECTRONIQUE
[Résumé]
Les recherches sur le papier électronique sont en cours dès 1997, les
deux projets les plus avancés étant ceux des sociétés E Ink et Gyricon
Media. Ce support souple aura une densité comparable au papier
plastifié ou au transparent. Il pourra être utilisé indéfiniment, avec
un contenu changé à volonté via l’internet. Si le concept est
révolutionnaire, le produit lui-même est le résultat d’une fusion entre
trois sciences, la chimie, la physique et l’électronique. En avril
1997, des chercheurs du Media Lab du MIT (Massachusetts Institute of
Technology) créent la société E Ink pour développer une technologie
d'encre électronique. En juillet 2002, E Ink présente le prototype du
premier écran utilisant cette technologie, commercialisé en 2004.
Suivent des écrans pour diverses tablettes de lecture (Librié, Sony
Reader, Cybook, Kindle, Nook, etc.), puis les prototypes des premiers
écrans souples, qui annoncent le papier électronique de demain. Un
deuxième projet est développé par la société Gyricon Media, émanation
du centre Xerox de la Silicon Valley.
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Les recherches sur le papier électronique sont en cours dès 1997, les
deux projets les plus avancés étant ceux des sociétés E Ink et Gyricon
Media.
Ce support souple aura une densité comparable au papier plastifié ou au
transparent. Il pourra être utilisé indéfiniment, avec un contenu
changé à volonté via l’internet. Si le concept est révolutionnaire, le
produit lui-même est le résultat d’une fusion entre trois sciences, la
chimie, la physique et l’électronique.
# La technologie E Ink
En avril 1997, des chercheurs du Media Lab du MIT (Massachusetts
Institute of Technology) créent la société E Ink pour développer une
technologie d'encre électronique. Très schématiquement, la technologie
est la suivante: prises entre deux feuilles de plastique souple, des
millions de micro-capsules contiennent chacune des particules noires et
blanches en suspension dans un fluide clair. Un champ électrique
positif ou négatif permet de faire apparaître le groupe de particules
souhaité à la surface du support, pour afficher, modifier ou effacer
les données.
En juillet 2002, E Ink présente le prototype du premier écran utilisant
cette technologie, un écran de haute résolution à matrice active
développé en partenariat avec les sociétés Toppan et Philips. Cet écran
est commercialisé en 2004. Suivent des écrans pour diverses tablettes
de lecture (Librié, Sony Reader, Cybook, Kindle, Nook, etc.) puis les
prototypes des premiers écrans souples, qui annoncent le papier
électronique de demain.
La première tablette de lecture disposant d’un écran E Ink de 6 pouces
(au lieu de l’écran LCD habituel) est le Librié, lancé en avril 2004
par Sony au Japon. Suit le Sony Reader lancé en octobre 2006 aux États-
Unis, avec un écran utilisant une technologie E Ink plus avancée, à
savoir «un écran qui donne une excellente expérience de lecture, très
proche de celle du vrai papier, et qui ne fatigue pas les yeux» (Mike
Cook, auteur du site epubBooks.com). Le CyBook Gen3 lancé par Bookeen
en juillet 2007, le Kindle lancé par Amazon en novembre 2007 et le Nook
lancé par Barnes & Noble en novembre 2009 disposent également d’un
écran E Ink.
# La technologie Gyricon
Un autre projet d’encre électronique est développé par Xerox. Le centre
Xerox de la Silicon Valley (Californie), dénommé PARC (Palo Alto
Research Center), travaille depuis 1997 à la mise au point d’une
technique d’affichage dénommée Gyricon.
Le procédé est un peu différent de celui de la société E Ink. Très
schématiquement, la technologie est la suivante: prises entre deux
feuilles de plastique souple, des millions de micro-alvéoles
contiennent des micro-billes bicolores en suspension dans un liquide
clair. Chaque bille est pourvue d'une charge électrique. Une impulsion
électrique extérieure permet la rotation des billes, et donc le
changement de couleur, pour afficher, modifier ou effacer des données.
Dénommé SmartPaper, ce papier électronique est destiné à être produit
en rouleaux, tout comme le papier traditionnel.
En décembre 2000, des chercheurs de PARC créent la société Gyricon
Media dans le but de développer et commercialiser le SmartPaper. Le
marché pressenti est d'abord celui de l'affichage commercial, qui
utilise le système SmartSign, développé par Gyricon Media en complément
du SmartPaper. La vente d’affichettes fonctionnant sur piles débute en
2004. Viennent ensuite les panneaux de signalisation électroniques puis
les premiers prototypes de papier électronique et de journal
électronique. La société Gyricon Media disparaît en 2005, les activités
de recherche et de développement se poursuivant au sein de Xerox.
# Le codex numérique
Christian Vandendorpe, professeur à l’Université d’Ottawa (Canada) et
spécialiste des théories de la lecture, écrit en mai 2001: «Lorsque le
procédé de l’encre électronique sera commercialisé sous la forme d’un
codex numérique plastifié offrant une parfaite lisibilité en lumière
réfléchie, comparable à celle du papier - ce qui devrait être courant
vers 2010 ou 2015 -, il ne fait guère de doute que la part du papier
dans nos activités de lecture quotidienne descendra à une fraction de
ce qu’elle était hier. En effet, ce nouveau support portera à un sommet
l’idéal de portabilité qui est à la base même du concept de livre. Tout
comme le codex avait déplacé le rouleau de papyrus, qui avait lui-même
déplacé la tablette d’argile, le codex numérique déplacera le codex
papier, même si ce dernier continuera à survivre pendant quelques
décennies, grâce notamment au procédé d’impression sur demande qui sera
bientôt accessible dans des librairies spécialisées. Avec sa matrice de
quelques douzaines de pages susceptibles de permettre l’affichage de
millions de livres, de journaux ou de revues, le codex numérique
offrira en effet au lecteur un accès permanent à la bibliothèque
universelle. En plus de cette ubiquité et de cette instantanéité, qui
répondent à un rêve très ancien, le lecteur ne pourra plus se passer de
l’indexabilité totale du texte électronique, qui permet de faire des
recherches plein texte et de trouver immédiatement le passage qui
l’intéresse. Enfin, le codex numérique permettra la fusion des notes
personnelles et de la bibliothèque et accélérera la mutation d’une
culture de la réception vers une culture de l’expression personnelle et
de l’interaction.»
1997 > OVOSITE, ESPACE D’ÉCRITURE HYPERMÉDIA
[Résumé]
Principe de base du web, l’hyperlien relie des textes et des images
entre eux, et les relie aussi à des bandes sonores ou des vidéos. Des
écrivains férus de nouvelles technologies ne tardent pas à en explorer
les possibilités, par exemple dans des sites d’écriture hypermédia ou
des oeuvres d’hyperfiction. Mis en ligne en juin 1997, oVosite est un
espace d’écriture hypermédia conçu par un collectif de six auteurs
issus du département hypermédia de l’Université Paris 8: Chantal
Beaslay, Laure Carlon, Luc Dall’Armellina (qui est aussi le webmestre
d'oVosite), Philippe Meuriot, Anika Mignotte et Claude Rouah. Luc
Dall’Armellina explique en juin 2000: «oVosite est un site web conçu et
réalisé (...) autour d’un symbole primordial et spirituel, celui de
l’oeuf. Le site s’est constitué selon un principe de cellules autonomes
qui visent à exposer et intégrer des sources hétérogènes (littérature,
photo, peinture, vidéo, synthèse) au sein d’une interface unifiante.»
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Mis en ligne en juin 1997, oVosite est un espace d’écriture hypermédia
conçu par un collectif de six auteurs issus du département hypermédia
de l’Université Paris 8.
Principe de base du web, l’hyperlien relie des textes et des images
entre eux, et les relie aussi à des bandes sonores ou des vidéos. Des
auteurs férus de nouvelles technologies ne tardent pas à en explorer
les possibilités dans des sites d’écriture hypermédia, par exemple
oVosite, dont les auteurs sont Chantal Beaslay, Laure Carlon, Luc
Dall’Armellina (qui est aussi son webmestre), Philippe Meuriot, Anika
Mignotte et Claude Rouah.
Luc Dall’Armellina explique en juin 2000: «oVosite est un site web
conçu et réalisé (...) autour d’un symbole primordial et spirituel,
celui de l’oeuf. Le site s’est constitué selon un principe de cellules
autonomes qui visent à exposer et intégrer des sources hétérogènes
(littérature, photo, peinture, vidéo, synthèse) au sein d’une interface
unifiante.
"Les récits voisins", la première cellule active, met en scène huit
nouvelles originales - métaphores d'éclosion ou de gestation - à
travers des ancrages variant selon trois regards: éléments de
l'environnement (rouge), personnages de l'histoire (violet),
correspondances poétiques (bleu). L'interprétation de ces regards,
c'est-à-dire le choix des liens pour chaque élément de texte, incombe à
chaque auteur et dépend de sa perception individuelle du sujet au sein
de son univers intime. "Les récits voisins" est une oeuvre collective,
un travail d'écriture multimédia qui s'est étendu sur près de six mois.
"Désirs" est une proposition de fragmentation d'un poème anonyme (texte
de 1692) et qui occupe l'espace sur le mode de l'apparition des phrases
reliées à des mots qui s'affichent et disparaissent au gré d'un
aléatoire mesuré.»
# L’hyperlien et l’écriture
Les possibilités offertes par l’hyperlien ont-elles changé son mode
d’écriture? La réponse de Luc est à la fois négative et positive.
Négative d’abord: «Non - parce qu’écrire est de toute façon une affaire
très intime, un mode de relation qu’on entretient avec son monde, ses
proches et son lointain, ses mythes et fantasmes, son quotidien et
enfin, appendus à l’espace du langage, celui de sa langue d’origine.
Pour toutes ces raisons, je ne pense pas que l’hypertexte change
fondamentalement sa manière d’écrire, qu’on procède par touches, par
impressions, associations, quel que soit le support d’inscription, je
crois que l’essentiel se passe un peu à notre insu.»
Positive ensuite: «Oui - parce que l’hypertexte permet sans doute de
commencer l’acte d’écriture plus tôt: devançant l’activité de lecture
(associations, bifurcations, sauts de paragraphes) jusque dans l’acte
d’écrire. L’écriture (ceci est significatif avec des logiciels comme
StorySpace) devient peut-être plus modulaire. On ne vise plus tant la
longue horizontalité du récit, mais la mise en espace de ses fragments,
autonomes. Et le travail devient celui d’un tissage des unités entre
elles. L’autre aspect lié à la modularité est la possibilité
d’écritures croisées, à plusieurs auteurs. Peut-être s’agit-il
d’ailleurs d’une méta-écriture, qui met en relation les unités de sens
(paragraphes ou phrases) entre elles.»
# «Des situations nouvelles»
Luc écrit aussi: «La couverture du réseau autour de la surface du globe
resserre les liens entre les individus distants et inconnus. Ce qui
n’est pas simple puisque nous sommes placés devant des situations
nouvelles: ni vraiment spectateurs, ni vraiment auteurs, ni vraiment
lecteurs, ni vraiment interacteurs. Ces situations créent des nouvelles
postures de rencontre, des postures de "spectacture" ou de "lectacture"
(Jean-Louis Weissberg). Les notions de lieu, d’espace, de temps,
d’actualité sont requestionnées à travers ce médium qui n’offre plus
guère de distance à l’événement mais se situe comme aucun autre dans le
présent en train de se faire. L’écart peut être mince entre l’envoi et
la réponse, parfois immédiat (cas de la génération de textes).
Mais ce qui frappe et se trouve repérable ne doit pas masquer les
aspects encore mal définis tels que les changements radicaux qui
s’opèrent sur le plan symbolique, représentationnel, imaginaire et plus
simplement sur notre mode de relation aux autres. "Plus de proximité"
ne crée pas plus d’engagement dans la relation, de même "plus de liens"
ne créent pas plus de liaisons, ou encore "plus de tuyaux" ne créent
pas plus de partage.
Je rêve d’un internet où nous pourrions écrire à plusieurs sur le même
dispositif, une sorte de lieu d’atelier d’écritures permanent et qui
autoriserait l’écriture personnelle (c’est en voie d’exister), son
partage avec d’autres auteurs, leur mise en relation dans un tissage
d’hypertextes et un espace commun de notes et de commentaires sur le
travail qui se crée.»
1997 > NON, ROMAN MULTIMÉDIA
[Résumé]
Lucie de Boutiny est l’auteure de NON, un roman multimédia débuté en
août 1997 et publié en feuilleton par Synesthésie, revue en ligne d’art
contemporain. Elle raconte en juin 2000: «NON est un roman comique qui
fait la satire de la vie quotidienne d’un couple de jeunes cadres
supposés dynamiques. Bien qu’appartenant à l’élite high-tech d’une
industrie florissante, Monsieur et Madame sont les jouets de la dite
révolution numérique. (...) NON prolonge les expériences du roman post-
moderne (récits tout en digression, polysémie avec jeux sur les
registres - naturaliste, mélo, comique... - et les niveaux de langues,
etc.). Cette hyper-stylisation permet à la narration des développements
inattendus et offre au lecteur l’attrait d’une navigation dans des
récits multiples et multimédias, car l’écrit à l’écran s’apparente à un
jeu et non seulement se lit mais aussi se regarde.»
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Lucie de Boutiny est l’auteure de NON, un roman multimédia débuté en
août 1997 et publié en feuilleton par Synesthésie, revue en ligne d’art
contemporain.
Elle raconte en juin 2000: «NON prolonge les expériences du roman post-
moderne (récits tout en digression, polysémie avec jeux sur les
registres - naturaliste, mélo, comique... - et les niveaux de langues,
etc.). Cette hyperstylisation permet à la narration des développements
inattendus et offre au lecteur l'attrait d'une navigation dans des
récits multiples et multimédia, car l'écrit à l'écran s'apparente à un
jeu et non seulement se lit mais aussi se regarde.
Quant au sujet: NON est un roman comique qui fait la satire de la vie
quotidienne d'un couple de jeunes cadres supposés dynamiques. Bien
qu'appartenant à l'élite high-tech d'une industrie florissante,
Monsieur et Madame sont les jouets de la dite révolution numérique.
Madame, après quelques années de bons et loyaux services d'audit
expatriée dans les pays asiatiques, vient d'être licenciée. À longueur
de journées inactives, elle se pâme d'extase devant une sitcom
sirupeuse et dépense sans compter l'argent du ménage dans des achats
compulsifs en ligne. Monsieur fait semblant d'aimer son travail de
vendeur de bases de données en ligne. Il cherche un sens à sa vie
d'homme blanc supposé appartenir à une élite sociale: ses attentes sont
calquées sur les valeurs diffusées par la publicité omniprésente. Les
personnages sont des bons produits. Les images et le style graphique
qui accompagnent leur petite vie conventionnelle ne se privent pas de
détourner nombre de vrais bandeaux publicitaires et autres icônes qui
font l'apologie d'une vie bien encadrée par une société de contrôle.»
# Une concentration maximale
Les romans précédents de Lucie de Boutiny sont publiés sous forme
imprimée. Un roman numérique requiert-il une démarche différente?
«D’une manière générale, mon humble expérience d’apprentie auteur m’a
révélé qu’il n’y a pas de différence entre écrire de la fiction pour le
papier ou le pixel: cela demande une concentration maximale, un
isolement à la limite désespéré, une patience obsessionnelle dans le
travail millimétrique avec la phrase, et bien entendu, en plus de la
volonté de faire, il faut avoir quelque chose à dire! Mais avec le
multimédia, le texte est ensuite mis en scène comme s’il n’était qu’un
scénario. Et si, à la base, il n’y a pas un vrai travail sur le langage
des mots, tout le graphisme et les astuces interactives qu’on peut y
mettre fera gadget. Par ailleurs, le support modifie l’appréhension du
texte, et même, il faut le souligner, change l’oeuvre originale. Et
cela ne signifie pas: "the medium is the message" - je vous épargne le
millionième commentaire sur cette citation. Il n'y a pas non plus
dégradation de la littérature mais déplacement...
Par exemple un concert live de jazz ,écouté dans les arènes de Cimiez,
n'est plus le même une fois enregistré, donc compressé, puis écouté
dans une voiture qui file sur l'autoroute. Et pourtant, le mélomane se
satisfait du formatage car ce qui compte est: "j'ai besoin de musique,
je veux l'entendre maintenant". Notre rapport à la littérature évolue
dans ce sens: il y aura de plus en plus d'adaptations, de formats, de
supports, de versions, mais aussi différents prix pour une même oeuvre
littéraire, etc. Comme pour la musique aujourd'hui, il nous faut être
de plus en plus instruits et riches pour posséder les bonnes versions.»
# Des allers-retours papier-pixel
Lucie de Boutiny ajoute aussi: «Mes "conseillers littéraires", des amis
qui n’ont pas ressenti le vent de liberté qui souffle sur le web,
aimeraient que j’y reste, engluée dans la pâte à papier. Appliquant le
principe de demi-désobéissance, je fais des allers-retours papier-
pixel. L’avenir nous dira si j’ai perdu mon temps ou si un nouveau
genre littéraire hypermédia va naître. (...) Si les écrivains français
classiques en sont encore à se demander s’ils ne préfèrent pas le petit
carnet Clairefontaine, le Bic ou le Mont-Blanc fétiche, et un usage
modéré du traitement de texte, plutôt que l’ordinateur connecté, c’est
que l’HTX [HyperTeXt Literature] nécessite un travail d’accouchement
visuel qui n’est pas la vocation originaire de l’écrivain papier. En
plus des préoccupations du langage (syntaxe, registre, ton, style,
histoire...), le techno-écrivain - collons-lui ce label pour le
différencier - doit aussi maîtriser la syntaxe informatique et
participer à l’invention de codes graphiques car lire sur un écran est
aussi regarder.»
# L’intelligence collective virtuelle
Que pense-t-elle de l’internet de l’an 2000? «Comme tous ceux qui ont
surfé avec des modems de 14.4 Ko sur le navigateur Mosaic et son
interface en carton-pâte, je suis déçue par le fait que l'esprit
libertaire ait cédé le pas aux activités libérales décérébrantes. Les
frères ennemis devraient se donner la main comme lors des premiers
jours car le net à son origine n'a jamais été un repaire de "has been"
mélancoliques, mais rien ne peut résister à la force d'inertie de
l'argent. C'était en effet prévu dans le scénario, des stratégies
utopistes avaient été mises en place mais je crains qu'internet ne soit
plus aux mains d'internautes comme c'était le cas.
L'intelligence collective virtuelle pourtant se défend bien dans divers
forums ou listes de discussions, et ça, à défaut d'être souvent
efficace, c'est beau. Dans l'utopie originelle, on aurait aimé profiter
de ce nouveau média, notamment de communication, pour sortir de cette
tarte à la crème qu'on se reçoit chaque jour, merci à la société du
spectacle, et ne pas répéter les erreurs de la télévision qui n'est, du
point de vue de l'art, jamais devenue un média de création ambitieux.
Sinon, les écrivains français, c'est historique, sont dans la majorité
technophobes... Les institutions culturelles et les universitaires
lettrés en revanche soutiennent les démarches hyperlittéraires à force
de colloques et publications diverses. Du côté des plasticiens, je suis
encore plus rassurée, il est acquis que l'art en ligne existe.»
Lucie de Boutiny participe en mai 2001 à la création d’E-critures, une
association d’artistes multimédia, en collaboration avec Gérard Dalmon
et Xavier Malbreil.
1997 > GALLICA, BIBLIOTHÈQUE NUMÉRIQUE
[Résumé]
Bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France (BnF),
Gallica est inauguré en octobre 1997 avec des textes et des images du
19e siècle francophone, «siècle de l’édition et de la presse moderne,
siècle du roman mais aussi des grandes synthèses historiques et
philosophiques, siècle scientifique et technique». Gallica devient
rapidement l'une des plus importantes bibliothèques numériques du
réseau. On y trouve les documents libres de droits du fonds numérisé de
la BnF, qui vont du Moyen-Âge au début du 20e siècle. Pour des raisons
de coût, les documents sont essentiellement numérisés en mode image. En
décembre 2006, les collections de Gallica comprennent 90.000 ouvrages
(fascicules de presse compris), 80.000 images et des dizaines d'heures
de ressources sonores. Gallica débute ensuite la conversion en mode
texte des livres numérisés en mode image pour favoriser l'accès à leur
contenu. En mars 2010, Gallica franchit la barre du million de
documents, dont la plupart sont accessibles gratuitement.
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Bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France (BnF),
Gallica est inauguré en octobre 1997 avec des textes et des images du
19e siècle francophone.
On lit sur le site que ce siècle est le «siècle de l’édition et de la
presse moderne, siècle du roman mais aussi des grandes synthèses
historiques et philosophiques, siècle scientifique et technique».
# Les débuts
À l’époque, le serveur stocke 2.500 livres numérisés en mode image
complétés par les 250 livres numérisés en mode texte de la base
Frantext de l’INaLF (Institut national de la langue française).
Classés par discipline, ces livres sont complétés par une chronologie
du 19e siècle et des synthèses sur les grands courants en histoire,
sciences politiques, droit, économie, littérature, philosophie,
sciences et histoire des sciences.
Le site propose aussi un échantillon de la future iconothèque
numérique, à savoir le fonds du photographe Eugène Atget, une sélection
de documents sur l’écrivain Pierre Loti, une collection d’images de
l’École nationale des ponts et chaussées - ces images ayant trait aux
grands travaux de la révolution industrielle en France - et enfin un
choix de livres illustrés de la bibliothèque du Musée de l’Homme.
Fin 1997, Gallica se considère moins comme une banque de documents
numérisés que comme un «laboratoire dont l’objet est d’évaluer les
conditions d’accès et de consultation à distance des documents
numériques». Le but est d’expérimenter la navigation dans les
collections, en permettant le libre parcours du chercheur ou du lecteur
curieux.
# En 1998
Début 1998, Gallica annonce 100.000 volumes et 300.000 images pour la
fin 1999. Sur les 100.000 volumes prévus, qui représenteraient 30
millions de pages numérisées, plus du tiers concernerait le 19e siècle.
Quant aux 300.000 images fixes, la moitié viendrait des départements
spécialisés de la BnF (Estampes et photographie, Manuscrits, Arts du
spectacle, Monnaies et médailles, etc.), et l'autre moitié de
collections d’établissements publics (musées et bibliothèques,
Documentation française, École nationale des ponts et chaussées,
Institut Pasteur, Observatoire de Paris, etc.) ou privés (agences de
presse dont Magnum, l’Agence France-Presse, Sygma, Rapho, etc.).
En mai 1998, la BnF revoit ses espérances à la baisse et modifie
quelque peu ses orientations premières. Jérôme Strazzulla, journaliste
au quotidien Le Figaro, explique dans un article du 3 juin 1998 que la
BnF est passée «d’une espérance universaliste, encyclopédique, à la
nécessité de choix éditoriaux pointus». Dans le même article, le
président de la BnF, Jean-Pierre Angremy, rapporte la décision du
comité éditorial de Gallica: «Nous avons décidé d’abandonner l’idée
d’un vaste corpus encyclopédique de cent mille livres, auquel on
pourrait sans cesse reprocher des trous. Nous nous orientons
aujourd’hui vers des corpus thématiques, aussi complets que possibles,
mais plus restreints. (...) Nous cherchons à répondre, en priorité, aux
demandes des chercheurs et des lecteurs.»
# Les années 2000
Cinq ans plus tard, en 2003, Gallica rassemble 70.000 ouvrages et
80.000 images allant du Moyen-Âge au début du 20e siècle, tous
documents libres de droits. Mais la numérisation en mode image
n’autorise pas la recherche textuelle alors que Gallica se trouve être
la plus grande bibliothèque numérique francophone en nombre de titres
disponibles en ligne. La recherche textuelle est toutefois possible
dans les tables des matières, les sommaires et les légendes des corpus
iconographiques, qui sont numérisés en mode texte. Seule une petite
collection de livres (1.120 livres en février 2004) est intégralement
numérisée en mode texte, celle de la base Frantext, intégrée à Gallica.
Tous problèmes auxquels la BnF remédie au fil des mois, avec une
navigation plus aisée et la conversion progressive des livres du mode
image au mode texte grâce à un logiciel OCR, avec possibilité donc de
recherche textuelle.
En février 2005, Gallica compte 76.000 ouvrages. À la même date, la BnF
annonce la mise en ligne prochaine (entre 2006 et 2009) de la presse
française parue entre 1826 et 1944, à savoir 22 titres représentant 3,5
millions de pages. Début 2006, les premiers journaux disponibles en
ligne sont les quotidiens Le Figaro (fondé en 1826), La Croix (fondée
en 1883), L'Humanité (fondée en 1904) et Le Temps (fondé en 1861 et
disparu en 1942).
En mars 2010, Gallica franchit la barre du million de documents -
livres, manuscrits, cartes, images, périodiques (presse et revues),
fichiers sonores (paroles et musiques) et partitions musicales - dont
la plupart sont accessibles gratuitement sur un site dont l'interface
désormais quadrilingue (français, anglais, espagnol, portugais) n'a
cessé de s'améliorer au fil des ans. Si les documents sont en langue
française dans leur très grande majorité, on y trouve aussi des
documents en anglais, en italien, en allemand, en latin ou en grec
selon les disciplines.
1998 > DES LIVRES NUMÉRISÉS EN QUANTITÉ
[Résumé]
En 1998, qui dit livre numérique dit numérisation, la majorité des
livres existant seulement en version imprimée. Pour pouvoir être
consulté à l'écran, un livre peut être numérisé soit en mode image soit
en mode texte, les deux modes de numérisation étant complémentaires. La
numérisation en mode image consiste à scanner le livre, et correspond
donc à la photographie du livre page après page. La présentation
originale étant conservée, on peut feuilleter le livre à l’écran. La
version informatique est le fac-similé numérique de la version
imprimée. Si elle est plus économique, cette méthode ne permet pas la
recherche textuelle. La numérisation en mode texte consiste à scanner
le livre en mode image, puis à le convertir en mode texte grâce à un
logiciel OCR (Optical Character Recognition). La version informatique
du livre ne conserve pas la présentation originale du livre ou de la
page mais elle permet la recherche textuelle.
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En 1998, qui dit livre numérique dit numérisation, la majorité des
livres existant seulement en version imprimée.
Pour pouvoir être consulté à l'écran, un livre peut être numérisé soit
en mode texte soit en mode image, les deux modes de numérisation étant
complémentaires.
# La numérisation en mode texte
Les premiers temps, la numérisation en mode texte consiste à patiemment
saisir le livre sur un clavier, page après page, solution souvent
adoptée lors de la constitution des premières bibliothèques numériques,
ou alors quand les documents originaux manquent de clarté, pour les
livres anciens par exemple.
Les années passant, la numérisation en mode texte consiste surtout à
scanner le livre en mode image, puis à le convertir en texte grâce à un
logiciel OCR (Optical Character Recognition), avec relecture éventuelle
à l’écran pour corriger le texte obtenu puisqu'un bon logiciel OCR
serait fiable à 99%.
La version informatique du livre ne conserve pas la présentation
originale du livre ou de la page. Le livre devient texte, à savoir un
ensemble de caractères apparaissant en continu à l’écran. À cause du
temps passé au traitement de chaque livre, ce mode de numérisation est
assez long, et donc nettement plus coûteux que la numérisation en mode
image. Dans de nombreux cas, il est toutefois préférable, puisqu’il
permet l’indexation, la recherche textuelle, l’analyse textuelle, une
étude comparative entre plusieurs textes ou plusieurs versions du même
texte, etc.
C’est la méthode utilisée par exemple par le Projet Gutenberg, fondé
dès 1971 et qui propose aujourd'hui la plus grande collection numérique
au format texte, avec des livres relus et corrigés à deux reprises pour
être fiables à 99,95% par rapport à la version imprimée.
# La numérisation en mode image
La numérisation en mode image consiste à scanner le livre, et
correspond donc à la photographie du livre page après page. La
présentation originale étant conservée, on peut feuilleter le livre à
l’écran. La version informatique est le fac-similé numérique de la
version imprimée.
C’est la méthode employée à la fin des années 1990 pour les programmes
de numérisation à grande échelle, par exemple celui de la Bibliothèque
nationale de France (BnF) pour alimenter sa bibliothèque numérique
Gallica. Ne sont numérisés en mode texte que les tables des matières,
les sommaires et les corpus de documents iconographiques, afin de
faciliter la recherche textuelle.
Pourquoi ne pas tout numériser en mode texte? La BnF répond en 2000 sur
le site de Gallica: «Le mode image conserve l’aspect initial de
l’original y compris ses éléments non textuels. Si le mode texte
autorise des recherches riches et précises dans un document et permet
une réduction significative du volume des fichiers manipulés, sa
réalisation, soit par saisie soit par OCR, implique des coûts de
traitement environ dix fois supérieurs à la simple numérisation. Ces
techniques, parfaitement envisageables pour des volumes limités, ne
pouvaient ici être économiquement justifiables au vu des 50.000
documents (représentant presque 15 millions de pages) mis en ligne.»
Dans les années qui suivent, Gallica convertira toutefois nombre de ses
livres du mode image au mode texte pour permettre les recherches
textuelles.
# Chaque mode de numérisation a son utilité
Concepteur de Mot@mot, logiciel de remise en page des fac-similés
numériques, Pierre Schweitzer insiste sur l’utilité des deux modes de
numérisation. Il explique en janvier 2001: «Le mode image permet
d’avancer vite et à très faible coût. C’est important car la tâche de
numérisation du domaine public est immense. Il faut tenir compte aussi
des différentes éditions: la numérisation du patrimoine a pour but de
faciliter l’accès aux oeuvres, il serait paradoxal qu’elle aboutisse à
se focaliser sur une édition et à abandonner l’accès aux autres. Chacun
des deux modes de numérisation s’applique de préférence à un type de
document, ancien et fragile ou plus récent, libre de droit ou non (pour
l’auteur ou pour l’édition), abondamment illustré ou pas. Les deux
modes ont aussi des statuts assez différents: en mode texte ça peut
être une nouvelle édition d’une oeuvre, en mode image c’est une sorte
d’"édition d’édition", grâce à un de ses exemplaires (qui fonctionne
alors comme une fonte d’imprimerie pour du papier). En pratique, le
choix dépend bien sûr de la nature du fonds à numériser, des moyens et
des buts à atteindre. Difficile de se passer d’une des deux façons de
faire.»
1998 > L'ENCYCLOPÉDIE DE DIDEROT EN LIGNE
[Résumé]
Projet commun du Centre national de la recherche scientifique (CNRS,
France) et de l'Université de Chicago (Illinois, États-Unis), le Projet
ARTFL (American and French Research on the Treasury of the French
Language) met en ligne en 1998 la base de données du premier volume
(1751) de l'Encyclopédie de Diderot. Cette mise en ligne expérimentale
est le prélude à une base de données exhaustive comprenant
l'Encyclopédie (1751-1772) dans son entier, à savoir 17 volumes de
texte et 11 volumes de planches. Destinée à rassembler puis divulguer
les connaissances de l'époque, l'Encyclopédie porte la marque des
courants intellectuels et sociaux du Siècle des Lumières. C'est grâce à
elle que se propagent les idées nouvelles qui inspireront la Révolution
française de 1789. L’ARTFL travaille également à d’autres projets, par
exemple à une base de données exhaustive du «Dictionnaire de l’Académie
française», dont les différentes éditions s’échelonnent entre 1694 et
1935.
***
En 1998, le Projet ARTFL met en ligne la base de données du premier
volume (1751) de l'Encyclopédie de Diderot.
Cette mise en ligne expérimentale est le prélude à une base de données
exhaustive comprenant l'Encyclopédie dans son entier, à savoir 17
volumes de texte et 11 volumes de planches.
L’ARTFL (American and French Research on the Treasury of the French
Language) est un projet commun du CNRS (Centre national de la recherche
scientifique) en France et de l'Université de Chicago dans l’Illinois
(États-Unis).
Monumental ouvrage de référence pour les arts et les sciences, la
première édition (1751-1772) de l'«Encyclopédie ou Dictionnaire
raisonné des sciences, des métiers et des arts» de Diderot et
d'Alembert comprend 72.000 articles rédigés par 140 collaborateurs,
dont Voltaire, Rousseau, d'Alembert, Marmontel, d'Holbach, Turgot, etc.
Destinée à rassembler puis divulguer les connaissances de l'époque,
l'Encyclopédie porte la marque des courants intellectuels et sociaux du
Siècle des Lumières. C'est grâce à elle que se propagent les idées
nouvelles qui inspireront la Révolution française de 1789. Les 17
volumes de texte représentent 18.000 pages et 21,7 millions de mots.
Les 11 volumes de planches présentent des planches techniques de telle
qualité que certaines font toujours référence en 2011.
Dans l’Encyclopédie, Diderot explique lui-même que «le but d’une
encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface
de la terre, d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous
vivons et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous, afin
(…) que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en même temps
plus vertueux et plus heureux, et que ne mourions pas sans avoir bien
mérité du genre humain.» Un beau texte qui figure aussi sur le mur de
l’Allée de l’Encyclopédie, l’une des grandes artères de la Bibliothèque
nationale de France (BnF).
La base de données correspondant au premier volume est accessible en
ligne à titre expérimental en 1998. La recherche est possible par mot,
portion de texte, auteur ou catégorie, ou en combinant ces critères
entre eux. On dispose de renvois d'un article à l'autre par le biais de
liens hypertextes permettant d'aller d'une planche au texte ou du texte
au fac-similé des pages originales.
L'automatisation complète des procédures de saisie entraîne des erreurs
typographiques et des erreurs d'identification qui sont corrigées au
fil des mois. La recherche d'images est également possible dans un
deuxième temps.
L'ARTFL travaille également à une base de données exhaustive du
«Dictionnaire de l'Académie française», dont les différentes éditions
s’échelonnent entre 1694 et 1935. La première édition (1694) et la
cinquième édition (1798) du dictionnaire sont les premières à être
disponibles en ligne, avec possibilité de recherche par mot puis par
portion de texte. Les différentes éditions sont ensuite combinées dans
une base de données unique, qui permet de juger de l'évolution d'un
terme en consultant aussi bien une édition donnée que l'ensemble des
éditions.
D’autres projets de l'ARTFL concernent par exemple le «Dictionnaire
historique et critique» de Philippe Bayle dans son édition de 1740, le
«Roget's Thesaurus» de 1911, le «Webster's Revised Unabridged
Dictionary» de 1913, le «Thresor de la langue française» de Jean Nicot
imprimé en 1606, ou encore un projet biblique multilingue comprenant
entre autres «La Bible française» de Louis Segond, publiée en 1910. Il
s’agit là encore de bases de données avec moteur de recherche. La
technologie au service de la littérature, donc.
1998 > 00h00, ÉDITEUR EN LIGNE
[Résumé]
Les éditions 00h00 («zéro heure») sont fondées en mai 1998 par Jean-
Pierre Arbon et Bruno de Sa Moreira, en tant que premier éditeur «en
ligne», à savoir un éditeur fabriquant des livres numériques et les
vendant via l'internet. En 2000, le catalogue comprend 600 titres. Les
versions numériques (au format PDF) représentent 85% des ventes, les
15% restants étant des versions imprimées à la demande du client, un
service que l’éditeur procure en complément. Sur le site au très beau
design, les internautes/lecteurs peuvent créer leur espace personnel
pour y rédiger leurs commentaires, participer à des forums, s'abonner à
la lettre d'information ou regarder les clips littéraires produits par
l'éditeur pour présenter les nouveautés. En septembre 2000, 00h00 est
racheté par Gemstar, société américaine de produits et services
numériques pour les médias. Gemstar met fin à l’ensemble de ses
activités eBook en juin 2003.
***
Les éditions 00h00 font leur apparition en mai 1998, un peu moins de
deux ans après CyLibris, premier éditeur électronique commercial.
Le champ d’action de 00h00 est un peu différent de celui de CyLibris
puisqu’il s’agit non seulement d’un éditeur électronique mais aussi
d’un éditeur «en ligne». Son activité est en effet de fabriquer et
vendre des livres numériques via l'internet, et non des livres imprimés
comme CyLibris.
En 2000, les versions numériques (au format PDF) représentent 85% des
ventes, les 15% restants étant des versions imprimées à la demande du
client, un service que l'éditeur procure en complément.
# Les débuts
00h00 («zéro heure») est fondé par Jean-Pierre Arbon et Bruno de Sa
Moreira, respectivement ancien directeur général de Flammarion et
ancien directeur de Flammarion Multimédia.
Bruno de Sa Moreira explique en juillet 1998: «Aujourd’hui mon activité
professionnelle est 100% basée sur internet. Le changement ne s’est pas
fait radicalement, lui, mais progressivement (audiovisuel puis
multimédia puis internet). (…) La gestation de 00h00 a duré un an:
brainstorming, faisabilité, création de la société et montage
financier, développement technique du site et informatique éditoriale,
mise au point et production des textes et préparation du catalogue à
l’ouverture. (...) Nous faisons un pari, mais l’internet me semble un
média capable d’une très large popularisation, sans doute grâce à des
terminaux plus faciles d’accès que le seul micro-ordinateur.»
# L’internet, «un lieu sans passé»
On lit sur le site web que «la création de 00h00 marque la véritable
naissance de l’édition en ligne. C’est en effet la première fois au
monde que la publication sur internet de textes au format numérique est
envisagée dans le contexte d’un site commercial, et qu’une entreprise
propose aux acteurs traditionnels de l’édition (auteurs et éditeurs)
d’ouvrir avec elle sur le réseau une nouvelle fenêtre d’exploitation
des droits. Les textes offerts par 00h00 sont soit des inédits, soit
des textes du domaine public, soit des textes sous copyright dont les
droits en ligne ont fait l’objet d’un accord avec leurs ayants droit.
(…) Avec l’édition en ligne émerge probablement une première vision de
l’édition au 21e siècle. C’est cette idée d’origine, de nouveau départ
qui s’exprime dans le nom de marque, 00h00. (…)
Internet est un lieu sans passé, où ce que l’on fait ne s’évalue pas
par rapport à une tradition. Il y faut inventer de nouvelles manières
de faire les choses. (...) Le succès de l’édition en ligne ne dépendra
pas seulement des choix éditoriaux: il dépendra aussi de la capacité à
structurer des approches neuves, fondées sur les lecteurs autant que
sur les textes, sur les lectures autant que sur l’écriture, et à rendre
immédiatement perceptible qu’une aventure nouvelle a commencé.»
# Des collections diverses
Les collections sont diverses: inédits, théâtre classique français,
contes et récits fantastiques, contes et récits philosophiques,
souvenirs et mémoires, philosophie classique, réalisme et naturalisme,
cyberculture, romans d’enfance, romans d’amour, nouvelles et romans
d’aventure. Le recherche est possible par auteur, par titre et par
genre. Pour chaque livre, on a un descriptif court, un descriptif
détaillé, la table des matières et une courte présentation de l’auteur.
S’y ajoutent ensuite les commentaires des lecteurs. Pas de stock, pas
de contrainte physique de distribution, mais un lien direct avec le
lecteur et entre les lecteurs. Sur le site, les internautes/lecteurs
peuvent créer leur espace personnel pour y rédiger leurs commentaires,
participer à des forums ou recommander des liens vers d’autres sites.
Ils peuvent aussi s’abonner à la lettre d’information de 00h00 ou
regarder les clips littéraires produits par l’éditeur pour présenter
des nouveautés.
En 2000, le catalogue comprend 600 titres, à savoir une centaine
d’oeuvres originales et des rééditions électroniques de livres publiés
par d’autres éditeurs. Les oeuvres originales sont réparties en
plusieurs rubriques: nouvelles écritures interactives et
hypertextuelles, premiers romans, documents d’actualité, études sur les
NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication),
co-éditions avec des éditeurs traditionnels ou de grandes institutions.
Le paiement est fait en ligne grâce à un système sécurisé mis en place
par la Banque populaire. Ceux que le paiement en ligne rebute peuvent
régler leur commande par carte bancaire (envoi par fax) ou par chèque
(envoi par courrier postal).
# Le rachat par Gemstar
En septembre 2000, 00h00 est racheté par Gemstar-TV Guide
International, grande société américaine de produits et services
numériques pour les médias. Quelques mois auparavant, en janvier 2000,
Gemstar rachète les deux sociétés californiennes ayant lancé les
premières tablettes de lecture, la société NuvoMedia, créatrice du
Rocket eBook, et la société SoftBook Press, créatrice du SoftBook
Reader.
Selon un communiqué de presse citant Henry Yuen, président de Gemstar,
«les compétences éditoriales dont dispose 00h00 et ses capacités
d’innovation et de créativité sont les atouts nécessaires pour faire de
Gemstar un acteur majeur du nouvel âge de l’édition numérique qui
s’ouvre en Europe.»
La communauté francophone ne voit pas ce rachat d’un très bon oeil, la
mondialisation de l’édition semblant justement peu compatible avec
l’innovation et la créativité. Moins de trois ans plus tard, en juin
2003, 00h00 cesse définitivement ses activités, tout comme la branche
eBook de Gemstar.
Il reste le souvenir d’une belle aventure. En octobre 2006, Jean-Pierre
Arbon, devenu chanteur, raconte sur son site: «J’avais fondé, avec
Bruno de Sa Moreira, une maison d’édition d’un genre nouveau, la
première au monde à tenter à grande échelle l’aventure de l’édition en
ligne. Tout était à faire, à inventer. L’édition numérique était terra
incognita: on explorait, on défrichait.»
1998 > UN PROLONGEMENT SUR LE WEB POUR LES LIVRES
[Résumé]
Murray Suid est l’auteur de livres pédagogiques, de livres pour
enfants, d’oeuvres multimédias et de scénarios. Dès septembre 1998, il
préconise une solution adoptée depuis par de nombreux auteurs, à savoir
compléter ses livres imprimés par une version web, pour pouvoir les
actualiser sans attendre une nouvelle édition imprimée. En octobre
2000, l’intégralité de ses oeuvres multimédias, auparavant disponibles
sur CD-Rom, est sur le réseau. Le matériel pédagogique auquel il
contribue est conçu non plus pour diffusion sur CD-Rom, mais pour
diffusion sur le web. D’entreprise multimédia, EDVantage Software, la
société de logiciels éducatifs qui emploie Murray, est devenue une
entreprise internet qui distribue toutes ses publications en ligne
auprès des étudiants et des enseignants.
***
Murray Suid vit à Palo Alto, dans la Silicon Valley, en Californie. Il
est l’auteur de livres pédagogiques, de livres pour enfants, d’œuvres
multimédias et de scénarios.
En septembre 1998, il préconise une solution choisie depuis par de
nombreux auteurs: «Un livre peut avoir un prolongement sur le web - et
donc vivre en partie dans le cyberespace. L’auteur peut ainsi aisément
l’actualiser et le corriger, alors qu’auparavant il devait attendre
longtemps, jusqu’à l’édition suivante, quand il y en avait une. (...)
Je ne sais pas si je publierai des livres sur le web, au lieu de les
publier en version imprimée. J’utiliserai peut-être ce nouveau support
si les livres deviennent multimédias. Pour le moment, je participe au
développement de matériel pédagogique multimédia. C’est un nouveau type
de matériel qui me plaît beaucoup et qui permet l’interactivité entre
des textes, des films, des bandes sonores et des graphiques qui sont
tous reliés les uns aux autres.»
Un an plus tard, en août 1999, il ajoute: «En plus des livres complétés
par un site web, je suis en train d’adopter la même formule pour mes
oeuvres multimédias - qui sont sur CD-ROM - afin de les actualiser et
d’enrichir leur contenu.»
En octobre 2000, l’intégralité de ses oeuvres multimédias est sur le
réseau. Le matériel pédagogique auquel il contribue est conçu non plus
pour diffusion sur CD-Rom, mais pour diffusion sur le web. D’entreprise
multimédia, EDVantage Software, la société de logiciels éducatifs qui
emploie Murray, est devenue une entreprise internet qui distribue
désormais toutes ses publications en ligne.
1998 > UN DURCISSEMENT DU COPYRIGHT
[Résumé]
Aux États-Unis, un nouvel amendement de la loi sur le copyright réduit
encore un peu plus le domaine public, au grand dam de tous ceux qui
sont en train de constituer des bibliothèques numériques. Cet
amendement est entériné le 27 octobre 1998 par le Congrès pour contrer
le formidable véhicule de diffusion qu'est l'internet. Contradiction
flagrante, les instances politiques n'ont de cesse de parler d'Âge de
l'Information tout en durcissant la réglementation relative à la
diffusion de l’information. Le copyright est passé d'une durée de 30
ans en moyenne en 1909 à une durée de 95 ans en moyenne en 1998. En 90
ans, de 1909 à 1998, le copyright a subi une extension de 65 ans qui
affecte les trois quarts de la production du 20e siècle. Seul un livre
publié avant 1923 peut désormais être considéré avec certitude comme
appartenant au domaine public. Un durcissement similaire affecte
ensuite l’Union Européenne.
***
En 1998, un nouvel amendement de la loi sur le copyright réduit encore
un peu plus le domaine public aux États-Unis. Un durcissement similaire
affecte ensuite l’Union européenne.
Cet amendement est entériné le 27 octobre 1998 par le Congrès pour
contrer le formidable véhicule de diffusion qu'est l'internet, au grand
dam de tous ceux qui sont en train de constituer des bibliothèques
numériques.
Les instances politiques n'ont de cesse de parler d'Âge de
l'Information tout en réduisant l’accès à cette information. La
contradiction est flagrante. Le copyright est passé d'une durée de 30
ans en moyenne en 1909 à une durée de 95 ans en moyenne en 1998. En 90
ans, de 1909 à 1998, le copyright a subi une extension de 65 ans qui
affecte les trois quarts de la production du 20e siècle. Seul un livre
publié avant 1923 peut désormais être considéré avec certitude comme
appartenant au domaine public.
# Une claque pour les bibliothèques numériques
De nombreuses oeuvres censées tomber dans le domaine public restent
finalement sous copyright, au grand dam de Michael Hart, fondateur du
Projet Gutenberg, de John Mark Ockerbloom, créateur de l’Online Books
Page, et de bien d'autres. La législation de 1998 porte un coup très
rude aux bibliothèques numériques, en plein essor avec le développement
du web. Nombre de titres doivent être retirés des collections.
Pour ne prendre qu'un exemple, le classique mondial «Gone with the
wind» (Autant en emporte le vent) de Margaret Mitchell, publié en 1939,
aurait dû tomber dans le domaine public au bout de 56 ans, en 1995,
conformément à la législation de l'époque, libérant ainsi les droits
pour les adaptations en tous genres. Suite aux législations de 1976 et
1998, ce classique ne devrait désormais tomber dans le domaine public
qu'en 2035.
Michael Hart explique en juillet 1999: «Le copyright a été augmenté de
20 ans. Auparavant on devait attendre 75 ans, on est maintenant passé à
95 ans. Bien avant, le copyright durait 28 ans (plus une extension de
28 ans si on la demandait avant l’expiration du délai) et, avant cela,
le copyright durait 14 ans (plus une extension de 14 ans si on la
demandait avant l’expiration du délai). Comme on le voit, on assiste à
une dégradation régulière et constante du domaine public. (…) J’ai été
le principal opposant aux extensions du copyright, mais Hollywood et
les grands éditeurs ont fait en sorte que le Congrès ne mentionne pas
mon action en public. Les débats actuels sont totalement irréalistes.
Ils sont menés par “l’aristocratie terrienne de l’Âge de l’Information”
et servent uniquement ses intérêts. Un Âge de l’Information? Et pour
qui?»
John Mark Ockerbloom explique en août 1999: «À mon avis, il est
important que les internautes comprennent que le copyright est un
contrat social conçu pour le bien public - incluant à la fois les
auteurs et les lecteurs. Ceci signifie que les auteurs doivent avoir le
droit d'utiliser de manière exclusive et pour un temps limité les
oeuvres qu'ils ont créées, comme ceci est spécifié dans la loi actuelle
sur le copyright. Mais ceci signifie également que leurs lecteurs ont
le droit de copier et de réutiliser ce travail autant qu'ils le veulent
à l'expiration de ce copyright. Aux États-Unis, on voit maintenant
diverses tentatives visant à retirer ces droits aux lecteurs, en
limitant les règles relatives à l'utilisation de ces oeuvres, en
prolongeant la durée du copyright (y compris avec certaines
propositions visant à le rendre permanent) et en étendant la propriété
intellectuelle à des travaux distincts des oeuvres de création (comme
on en trouve dans les propositions de copyright pour les bases de
données).»
# Dans l’Union européenne
Un durcissement similaire touche les pays de l'Union européenne. La
règle générale est désormais un copyright de 70 ans après le décès de
l’auteur, alors qu’il était auparavant de 50 ans, suite aux pressions
exercées par les éditeurs de contenu sous prétexte d’«harmoniser» les
lois nationales régissant le droit d'auteur pour répondre à la
mondialisation du marché.
À ceci s'ajoute la législation sur le copyright des éditions numériques
en application des traités internationaux de l'OMPI (Organisation
mondiale de la propriété intellectuelle). Ces traités sont signés en
1996 dans l'optique de contrôler la gestion des droits numériques, à la
suite de quoi le Digital Millenium Copyright Act (DMCA) est entériné en
octobre 1998 aux États-Unis et la directive EUCD (European Union
Copyright Directive) est entérinée en mai 2001 par la Communauté
européenne.
La directive EUCD s'intitule très précisément «Directive 2001/29/EC du
Parlement européen et du Conseil sur l'harmonisation de certains
aspects du droit d'auteur et des droits voisins dans la société de
l'information». Elle fait suite à la directive de février 1993
(Directive 93/98/EEC) qui visait à harmoniser les législations des
différents pays en matière de protection du droit d'auteur. La
directive EUCD entre peu à peu en vigueur dans tous les pays de l'Union
européenne, avec mise en place de législations nationales, le but
officiel étant de renforcer le respect du droit d'auteur sur l'internet
et de contrer ainsi le piratage. En France, par exemple, la loi DADVSI
(Droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information) est
promulguée en août 2006, et n'est pas sans susciter de nombreux remous.
1998 > LES PREMIÈRES TABLETTES DE LECTURE
[Résumé]
Les premières tablettes de lecture sont développées dans la Silicon
Valley, en Californie. Le Rocket eBook est lancé en 1998 par NuvoMedia,
société financée par la chaîne de librairies Barnes & Noble et le géant
des médias Bertelsmann. Peu après, le SoftBook Reader est lancé par
SoftBook Press, société financée par les deux grandes maisons d'édition
Random House et Simon & Schuster. Ces tablettes de lecture fonctionnent
sur batteries et disposent d'un écran à cristaux liquides (ou écran
LCD: Liquid Cristal Display) noir et blanc, avec une capacité de
stockage d’une dizaine de livres. L’usager se connecte à l’internet
soit par le biais d’un ordinateur (comme le Rocket eBook) soit
directement grâce à un modem intégré (comme le SoftBook Reader) pour
télécharger des livres à partir des librairies numériques présentes sur
les sites des sociétés. D’autres modèles suivent, comme l’EveryBook
Reader de la société EveryBook ou le Millennium eBook de la société
Librius.
***
Développées dans la Silicon Valley, en Californie, et commercialisées
en 1998, les premières tablettes de lecture sont le Rocket eBook et le
SoftBook Reader.
Alors qu’elles étaient jusque-là l’apanage des films de science-
fiction, ces tablettes électroniques dédiées ont la taille d'un (gros)
livre et sont souvent appelées ebooks, livres électroniques, tablettes
de lecture ou même liseuses.
Elles suscitent un engouement certain, même si peu de gens vont jusqu'à
les acheter, vu leur prix prohibitif - plusieurs centaines de dollars -
et un choix de titres restreint, le catalogue de livres numériques
étant encore ridicule par rapport à la production imprimée. Les
éditeurs commencent tout juste à produire des livres en version
numérique et se demandent encore comment les commercialiser, la plupart
étant tétanisés par les risques de piratage.
Ces tablettes fonctionnent sur batteries et disposent d'un écran à
cristaux liquides (écran LCD: Liquid Cristal Display) noir et blanc
rétro-éclairé ou non, avec une capacité de stockage d’une dizaine de
livres. L’usager se connecte à l’internet soit par le biais d’un
ordinateur (comme le Rocket eBook) soit directement grâce à un modem
intégré (comme le SoftBook Reader) pour télécharger des livres à partir
de librairies numériques présentes sur les sites des sociétés.
# Le Rocket eBook
Premier modèle du marché, le Rocket eBook est lancé en 1998 par
NuvoMedia, société créée en 1997 à Palo Alto, dans la Silicon Valley,
et financée par la chaîne de librairies Barnes & Noble et le géant des
médias Bertelsmann. NuvoMedia souhaite devenir «la solution pour
distribuer des livres électroniques en procurant une infrastructure
réseau aux éditeurs, distributeurs et usagers afin de publier,
distribuer, acheter et lire un contenu électronique de manière
sécurisée et efficace sur l’internet» (extrait du site web). La
connexion entre le Rocket eBook et l’ordinateur (PC ou Macintosh) se
fait par le biais du Rocket eBook Cradle, un périphérique à deux
câbles, d’une part un câble pour se connecter à une prise électrique
par le biais d’un adaptateur, d’autre part un câble série pour se
connecter à l’ordinateur.
# Le SoftBook Reader
Deuxième modèle du marché, disponible peu après le Rocket eBook, le
SoftBook Reader est lancé par SoftBook Press, société financée par les
deux grandes maisons d'édition Random House et Simon & Schuster. Le
SoftBook Reader s’appuie sur le SoftBook Network, «un service de
distribution de contenu basé sur l’internet». Selon son site web,
cette tablette permet aux lecteurs de «télécharger facilement,
rapidement et de manière sécurisée un large choix de livres et de
revues grâce à sa connexion internet intégrée». Contrairement à
l’ordinateur, le SoftBook Reader possède «une ergonomie conçue pour la
lecture de longs documents et de livres».
# D’autres modèles suivent
D’autres tablettes de lecture sont lancées en 1999, par exemple
l’EveryBook Reader et le Millennium eBook (le nouveau millénaire
approche).
L’EveryBook Reader est un appareil à double écran lancé par la société
EveryBook, ou encore «une bibliothèque vivante dans un simple livre»
pouvant stocker 50 livres numériques, avec un modem intégré permettant
l’accès à l’EveryBook Store, afin de «consulter, acheter et recevoir le
texte intégral de livres, magazines et partitions de musique».
Le Millenium eBook est une tablette de lecture «petite et bon marché»
lancée par la société Librius, «une société de commerce électronique
procurant un service complet». Sur le site de la société, un World
Bookstore propose «des copies numériques de milliers de livres»
disponibles via l’internet.
Toutes ces tablettes pèsent entre 700 grammes et deux kilos. Il faudra
attendre le tournant du millénaire pour voir apparaître de nouveaux
modèles ayant une durée de vie légèrement plus longue, par exemple le
Gemstar eBook lancé en novembre 2000 aux États-Unis et le Cybook
(première génération, celui de Cytale) lancé en janvier 2001 en Europe.
1999 > DU BIBLIOTHÉCAIRE AU CYBERTHÉCAIRE
[Résumé]
Piloter les usagers sur l’internet, filtrer et organiser l’information
à leur intention, créer et gérer un site web, rechercher des documents
dans des bases de données spécialisées ou actualiser des catalogues en
ligne, telles sont désormais les tâches de nombreux bibliothécaires.
Bruno Didier, webmestre de la bibliothèque de l’Institut Pasteur
(Paris), explique en août 1999: «Nous devenons de plus en plus des
médiateurs, et peut- être un peu moins des conservateurs. Mon activité
actuelle est typique de cette nouvelle situation: d’une part dégager
des chemins d’accès rapides à l’information et mettre en place des
moyens de communication efficaces, d’autre part former les utilisateurs
à ces nouveaux outils. Je crois que l’avenir de notre métier passe par
la coopération et l’exploitation des ressources communes. C’est un
vieux projet certainement, mais finalement c’est la première fois qu’on
dispose enfin des moyens de le mettre en place.»
***
Piloter les usagers sur l’internet, filtrer et organiser l’information
à leur intention, créer et gérer un site web, rechercher des documents
dans des bases de données spécialisées ou actualiser des catalogues en
ligne, telles sont désormais les tâches de nombreux bibliothécaires.
C’est le cas par exemple de Peter Raggett à la bibliothèque centrale de
l’OCDE et de Bruno Didier à la bibliothèque de l’Institut Pasteur à
Paris.
# À la bibliothèque centrale de l’OCDE
Peter Raggett est sous-directeur (puis directeur) de la bibliothèque
centrale de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement
économiques) à Paris. Réservée aux fonctionnaires de l’organisation, la
bibliothèque comprend 60.000 monographies et 2.500 périodiques imprimés
en 1998, et permet aussi la consultation de microfilms, de CD-Rom et de
bases de données telles que Dialog, Lexis-Nexis et UnCover. La
bibliothèque lance en 1996 ses pages intranet, qui deviennent
rapidement une source d’information majeure pour les chercheurs.
Peter explique en août 1999: «Je dois filtrer l’information pour les
usagers de la bibliothèque, ce qui signifie que je dois bien connaître
les sites et les liens qu’ils proposent. J’ai sélectionné plusieurs
centaines de sites pour en favoriser l’accès à partir de l’intranet de
l’OCDE. Cette sélection fait partie du bureau de référence virtuel
proposé par la bibliothèque à l’ensemble du personnel. Outre de
nombreux liens, ce bureau de référence contient des pages recensant les
articles, monographies et sites web correspondant aux différents
projets de recherche en cours à l’OCDE, l’accès en réseau aux CD-Rom et
une liste mensuelle des nouveaux livres achetés par la bibliothèque.»
En ce qui concerne la recherche d’informations, «l’internet offre aux
chercheurs un stock d’informations considérable. Le problème pour eux
est de trouver ce qu’ils cherchent. Jamais auparavant on n’avait senti
une telle surcharge d’informations, comme on la sent maintenant quand
on tente de trouver un renseignement sur un sujet précis en utilisant
les moteurs de recherche disponibles sur l’internet. Lorsqu’on utilise
un moteur de recherche comme Lycos ou AltaVista ou un répertoire comme
Yahoo!, on voit vite la difficulté de trouver des sites utiles sur un
sujet donné. La recherche fonctionne bien sur un sujet très précis, par
exemple si on veut des informations sur une personne au nom inhabituel,
mais elle donne un trop grand nombre de résultats si on veut des
informations sur un sujet assez vaste. Par exemple, si on lance une
recherche sur le web pour “Russie ET transport”, dans le but de trouver
des statistiques sur l’utilisation des trains, des avions et des bus en
Russie, les premiers résultats qu’on trouve sont les compagnies de
transport de fret qui ont des relations d’affaires avec la Russie.»
Comment Peter voit-il l’avenir de la profession? «À mon avis, les
bibliothécaires auront un rôle important à jouer pour améliorer la
recherche et l’organisation de l’information sur le réseau. Je prévois
aussi une forte expansion de l’internet pour l’enseignement et la
recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des bibliothèques
numériques permettant à un étudiant de suivre un cours proposé par une
institution à l’autre bout du monde. La tâche du bibliothécaire sera de
filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois de
plus en plus devenir un bibliothécaire virtuel. Je n’aurai pas
l’occasion de rencontrer les usagers, ils me contacteront plutôt par
courriel, par téléphone ou par fax, j’effectuerai la recherche et je
leur enverrai les résultats par voie électronique.»
# À la bibliothèque de l’Institut Pasteur
Bruno Didier est bibliothécaire à l’Institut Pasteur à Paris.
L’Institut Pasteur est une fondation privée spécialisée dans la
prévention et le traitement des maladies infectieuses, avec plusieurs
instituts dans le monde. Séduit par les perspectives qu’offre
l’internet pour la recherche documentaire, Bruno crée le site web de la
bibliothèque en 1996 et devient son webmestre.
Il explique en août 1999: «Le site web de la bibliothèque a pour
vocation principale de servir la communauté pasteurienne. Il est le
support d’applications devenues indispensables à la fonction
documentaire dans un organisme de cette taille: bases de données
bibliographiques, catalogue, commande de documents et bien entendu
accès à des périodiques en ligne (un peu plus d’une centaine
actuellement). C’est également une vitrine pour nos différents
services, en interne mais aussi dans toute la France et à l’étranger.
Il tient notamment une place importante dans la coopération
documentaire avec les instituts du réseau Pasteur à travers le monde.
Enfin j’essaie d’en faire une passerelle adaptée à nos besoins pour la
découverte et l’utilisation d’internet. (...) Je développe et maintiens
les pages du serveur, ce qui s’accompagne d’une activité de veille
régulière. Par ailleurs je suis responsable de la formation des
usagers, ce qui se ressent dans mes pages. Le web est un excellent
support pour la formation, et la plupart des réflexions actuelles sur
la formation des usagers intègrent cet outil.»
Son activité professionnelle a changé de manière radicale, tout comme
celle de ses collègues. «C’est à la fois dans nos rapports avec
l’information et avec les usagers que les changements ont eu lieu,
explique-t-il. Nous devenons de plus en plus des médiateurs, et peut-
être un peu moins des conservateurs. Mon activité actuelle est typique
de cette nouvelle situation: d’une part dégager des chemins d’accès
rapides à l’information et mettre en place des moyens de communication
efficaces, d’autre part former les utilisateurs à ces nouveaux outils.
Je crois que l’avenir de notre métier passe par la coopération et
l’exploitation des ressources communes. C’est un vieux projet
certainement, mais finalement c’est la première fois qu’on dispose
enfin des moyens de le mettre en place.»
1999 > LA LIBRAIRIE ULYSSE SUR LE WEB
[Résumé]
Fondée par Catherine Domain en 1971 au coeur de Paris, dans l’île
Saint-Louis, la librairie Ulysse est la plus ancienne librairie au
monde uniquement consacrée au voyage, avec plus de 20.000 livres,
cartes et revues, neufs et anciens, qui recèlent des trésors
introuvables ailleurs. En 1999, Catherine crée elle-même le site de sa
librairie, en s’initiant en même temps à l’informatique. Elle raconte
en novembre 2000: «Mon site est embryonnaire et en construction. Il se
veut à l'image de ma librairie, un lieu de rencontre avant d'être un
lieu commercial. Il sera toujours en perpétuel devenir! Internet me
prend la tête, me bouffe mon temps et ne me rapporte presque rien mais
cela ne m'ennuie pas... Internet tue les librairies spécialisées. En
attendant d'être dévorée, je l'utilise comme un moyen d'attirer les
clients chez moi, et aussi de trouver des livres pour que ceux qui
n'ont pas encore internet chez eux! Mais j'ai peu d'espoir...» Dix ans
plus tard, en avril 2010, elle est beaucoup plus optimiste puisque
l’internet lui permet d’être éditrice de livres de voyages.
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Fondée par Catherine Domain en 1971 au coeur de Paris, la librairie
Ulysse est la plus ancienne librairie au monde uniquement consacrée au
voyage. Ulysse crée son site web en 1999 et sa maison d’édition en
2010.
Nichée dans l’île Saint-Louis, entourée par la Seine, la librairie
propose 20.000 livres, cartes et revues neufs et d’occasion, qui
recèlent des trésors introuvables ailleurs.
# Les débuts
Catherine raconte sur le site de la librairie: «Au terme de dix années
de voyages sur tous les continents, je me suis arrêtée et me suis dit:
"Que vais-je bien pouvoir faire pour vivre?" Consciente de la nécessité
de m'insérer dans une société d'une façon ou d'une autre, j'ai procédé
à un choix par déduction et par le refus d'avoir patron et employé.
Me souvenant de mes grands-pères, l'un navigateur au long cours,
l'autre libraire en Périgord, et constatant que j'étais obligée de
visiter une quinzaine de librairies avant de trouver la moindre
documentation sur un pays aussi proche que la Grèce, une "librairie de
voyage" s'est imposée à mon esprit entre Colombo et Surabaya, au cours
d'un tour du monde.
De retour à Paris - j'habitais déjà l'Île Saint-Louis - je cherche un
local, me renseigne sur le métier de libraire, fais des stages, prépare
des fiches et cherche un nom pour cette future entreprise.
Un matin, en allant chercher le journal, je lève le nez sur la
librairie "Ulysse", référence à Joyce, au 35 de la rue Saint-Louis-en-
l'Île. "Voilà un nom!", me dis -je. Je gravis les deux marches et
entre dans cette boutique de 16m2 à poutre unique. Quatre types jouent
au poker. "Elle est mignonne votre librairie, " [dis-je]. "Elle est à
vendre", me rétorque l’un des joueurs sans lever le nez. 48 heures
après, j'étais libraire. C'était en septembre 1971. La première
librairie spécialisée dans les voyages au monde était née.
Vingt ans plus tard, victime de la promotion immobilière comme
beaucoup, j'ai dû déménager. Fort heureusement, mon côté entêté - je
suis taureau ascendant taureau - m'a permis de transporter la librairie
à quelques mètres dans un local plus vaste, 26 rue Saint-Louis-en-
l'Île, dans un immeuble peu anodin puisque c'est non seulement là où
j'ai commencé par habiter dans l'Île Saint-Louis mais aussi parce que,
anciennement succursale de banque, ce local fut le théâtre du très
célèbre casse de Spaggiari.»
# En 1999
À la fois libraire et grande voyageuse - elle continue de voyager tous
les étés pendant que son compagnon tient la librairie - Catherine est
membre du Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (SLAM),
du Club des explorateurs et du Club international des grands voyageurs.
Elle navigue souvent sur la Méditerranée, l’Atlantique ou le Pacifique.
Début 1999, elle décide de se lancer dans un voyage autrement plus
ingrat, virtuel cette fois, à savoir la réalisation d’un site web en
autodidacte alors que ses connaissances en informatique sont très
sommaires.
Elle raconte fin 1999 lors d’un entretien par courriel: «Mon site est
embryonnaire et en construction. Il se veut à l’image de ma librairie,
un lieu de rencontre avant d’être un lieu commercial. Il sera toujours
en perpétuel devenir! Internet me prend la tête, me bouffe mon temps et
ne me rapporte presque rien, mais cela ne m’ennuie pas... »
Elle est toutefois pessimiste sur l’avenir des librairies comme la
sienne. «Internet tue les librairies spécialisées. En attendant d’être
dévorée, je l’utilise comme un moyen d’attirer les clients chez moi, et
aussi de trouver des livres pour ceux qui n’ont pas encore internet
chez eux! Mais j’ai peu d’espoir...»
# En 2005
En 2005, Catherine crée toutefois une deuxième librairie de voyage à
Hendaye, sur la côte sud de l’Atlantique, avec une vue imprenable sur
l’océan. Ouverte du 20 juin au 20 septembre, cette librairie est située
le long de la plage dans un bâtiment mauresque qui se trouve être
l’ancien casino et qui est classé monument historique. À marée haute,
la librairie est «comme un paquebot de livres qui va prendre la mer,
qu'elle prend quelquefois d'ailleurs.»
# En 2010
Dix ans après la mise en ligne de son site web, Catherine est beaucoup
moins critique à l’égard de l’internet puisque le réseau lui permet de
lancer sa propre maison d'édition en avril 2010 pour publier des livres
de voyage.
Elle écrit à la même date: «Internet a pris de plus en plus de place
dans ma vie! Il me permet d'être éditeur grâce à de laborieuses
formations Photoshop, InDesign et autres.
C'est une grande joie de constater que la volonté politique de garder
le pékin devant son ordinateur afin qu'il ne fasse pas la révolution
peut être mise en échec par des apéros géants et spontanés de milliers
de personnes [organisés via Facebook] qui veulent se voir et se parler
en vrai.
Décidément il y aura toujours des rebondissements inattendus aux
inventions, entre autres. Quand j'ai commencé à utiliser l'internet, je
ne m'attendais vraiment pas à devenir éditeur.»
1999 > L’INTERNET, PERSONNAGE DE ROMAN
[Résumé]
Alain Bron est consultant en systèmes d'information et écrivain.
L'internet est l’un des personnages de son deuxième roman, «Sanguine
sur toile», disponible en version imprimée aux éditions du Choucas en
1999, puis en version numérique (au format PDF) aux éditions 00h00 en
2000, et qui reçoit le prix du Lions Club International la même année.
Quel est le thème de ce roman? L’auteur raconte en novembre 1999 : «La
"toile", c'est celle du peintre, c'est aussi l'autre nom d'internet: le
web - la toile d'araignée. "Sanguine" évoque le dessin et la mort
brutale. Mais l'amour des couleurs justifierait-il le meurtre?
"Sanguine sur toile" évoque l'histoire singulière d'un internaute pris
dans la tourmente de son propre ordinateur, manipulé à distance par un
très mystérieux correspondant qui n'a que vengeance en tête.»
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L'internet est l’un des personnages de «Sanguine sur toile», deuxième
roman d’Alain Bron, publié en version imprimée par le Choucas en 1999,
puis en version numérique par 00h00 en 2000, et qui reçoit le prix du
Lions Club International la même année.
# Au sujet du roman
Quel est le thème de ce roman? L’auteur raconte en novembre 1999: «La
"toile", c'est celle du peintre, c'est aussi l'autre nom d'internet: le
web - la toile d'araignée. "Sanguine" évoque le dessin et la mort
brutale. Mais l'amour des couleurs justifierait-il le meurtre?
"Sanguine sur toile" évoque l'histoire singulière d'un internaute pris
dans la tourmente de son propre ordinateur, manipulé à distance par un
très mystérieux correspondant qui n'a que vengeance en tête. J'ai voulu
emporter le lecteur dans les univers de la peinture et de l'entreprise,
univers qui s'entrelacent, s'échappent, puis se rejoignent dans la
fulgurance des logiciels.
Le lecteur est ainsi invité à prendre l'enquête à son propre compte
pour tenter de démêler les fils tressés par la seule passion. Pour
percer le mystère, il devra répondre à de multiples questions. Le monde
au bout des doigts, l'internaute n'est-il pas pour autant l'être le
plus seul au monde? Compétitivité oblige, jusqu'où l'entreprise
d'aujourd'hui peut-elle aller dans la violence? La peinture tend-elle à
reproduire le monde ou bien à en créer un autre? Enfin, j'ai voulu
montrer que les images ne sont pas si sages. On peut s'en servir pour
agir, voire pour tuer. (...)
Dans le roman, internet est un personnage en soi. Plutôt que de le
décrire dans sa complexité technique, le réseau est montré comme un
être tantôt menaçant, tantôt prévenant, maniant parfois l'humour.
N'oublions pas que l'écran d'ordinateur joue son double rôle: il montre
et il cache. C'est cette ambivalence qui fait l'intrigue du début à la
fin. Dans ce jeu, le grand gagnant est bien sûr celui ou celle qui sait
s'affranchir de l'emprise de l'outil pour mettre l'humanisme et
l'intelligence au-dessus de tout.»
# Au sujet de l’auteur
Alain Bron est consultant en systèmes d’information et écrivain. Il
explique son parcours: «J'ai passé une vingtaine d'années chez Bull.
Là, j'ai participé à toutes les aventures de l'ordinateur et des
télécommunications, j'ai été représentant des industries informatiques
à l'ISO (Organisation internationale de normalisation), et chairman du
groupe réseaux du consortium X/Open. J'ai connu aussi les tout débuts
d'internet avec mes collègues de Honeywell aux Etats-Unis (fin 1978).
Je suis actuellement [fin 1999] consultant en systèmes d'information où
je m'occupe de la bonne marche de grands projets informatiques (…). Et
j'écris. J'écris depuis mon adolescence. Des nouvelles (plus d'une
centaine), des essais psycho-sociologiques ("La gourmandise du tapir"
et "La démocratie de la solitude"), des articles et des romans. C'est à
la fois un besoin et un plaisir jubilatoire.»
En ce qui concerne la finalité du réseau, «ce qui importe avec
internet, c'est la valeur ajoutée de l'humain sur le système. Internet
ne viendra jamais compenser la clairvoyance d'une situation, la prise
de risque ou l'intelligence du coeur. Internet accélère simplement les
processus de décision et réduit l'incertitude par l'information
apportée. Encore faut-il laisser le temps au temps, laisser mûrir les
idées, apporter une touche indispensable d'humanité dans les rapports.
Pour moi, la finalité d'internet est la rencontre et non la
multiplication des échanges électroniques.»
Quel est son meilleur souvenir lié à l'internet? «À la suite de la
parution de mon roman "Sanguine sur toile", j'ai reçu un message d'un
ami que j'avais perdu de vue depuis plus de vingt ans. Il s'était
reconnu dans un personnage du livre. Nous nous sommes revus récemment
autour d'une bouteille de Saint-Joseph et nous avons pu échanger des
souvenirs et fomenter des projets.»
2000 > ENCYCLOPÉDIES ET DICTIONNAIRES EN LIGNE
[Résumé]
Les premières encyclopédies de référence disponibles sur le web émanent
de versions imprimées. C’est aussi le cas des dictionnaires en ligne.
WebEncyclo est mis en ligne par les éditions Atlas en décembre 1999
avec accès libre et gratuit, tout comme l’Encyclopaedia Universalis,
mais avec accès payant. Le site Britannica.com est lui aussi mis en
ligne à la même date pour proposer le contenu des 32 volumes de
l’Encyclopaedia Britannica, d’abord en accès libre puis en accès
payant. Les premiers dictionnaires de référence en ligne émanent eux
aussi de versions imprimées. Le Dictionnaire universel francophone en
ligne des éditions Hachette est disponible en accès libre dès 1997. Les
20 volumes de l'Oxford English Dictionary (OED) sont mis en ligne en
mars 2000 avec accès payant. Conçu directement pour le web, le Grand
dictionnaire terminologique (GDT) est mis en ligne en septembre 2000
avec accès libre et gratuit.
***
Les premières encyclopédies de référence disponibles sur le web émanent
de versions imprimées. C’est aussi le cas des dictionnaires en ligne.
# Les encyclopédies
WebEncyclo (aujourd'hui disparu), publié par les éditions Atlas, est la
première grande encyclopédie francophone en accès libre, avec mise en
ligne en décembre 1999. La recherche est possible par mots-clés,
thèmes, médias (à savoir les cartes, liens internet, photos et
illustrations) et idées. Un appel à contribution incite les
spécialistes d'un sujet donné à envoyer des articles, qui sont
regroupés dans la section «WebEncyclo contributif». Après avoir été
libre, l'accès est ensuite soumis à une inscription préalable gratuite.
La version web de l'Encyclopaedia Universalis est elle aussi mise en
ligne en décembre 1999, ce qui représente un ensemble de 28.000
articles signés de 4.000 auteurs. Si la consultation est payante sur la
base d'un abonnement annuel, de nombreux articles sont également en
accès libre.
Le site Britannica.com est mis en ligne à la même date, en tant que
première grande encyclopédie anglophone en accès libre. Le site propose
l'équivalent numérique des 32 volumes de l'Encyclopaedia Britannica
(15e édition), en complément de la version imprimée et de la version
CD-Rom, toutes deux payantes. Le site web offre aussi une sélection
d'articles issus de 70 magazines, un guide des meilleurs sites, un
choix de livres, etc., le tout étant accessible à partir d'un moteur de
recherche unique. En septembre 2000, le site fait partie des cent sites
les plus visités du web. En juillet 2001, la consultation devient
payante sur la base d'un abonnement annuel ou mensuel. Beaucoup plus
tard, en 2009, Britannica.com ouvre son site à des contributeurs
externes, avec inscription obligatoire pour écrire et modifier des
articles.
# Les dictionnaires
Le premier grand dictionnaire de langue française en accès libre est le
Dictionnaire universel francophone en ligne, qui répertorie 45.000 mots
et 116.000 définitions tout en présentant «sur un pied d'égalité, le
français dit "standard" et les mots et expressions en français tel
qu'on le parle sur les cinq continents». Issu de la collaboration entre
Hachette et l'AUPELF-UREF (devenu depuis l'AUF - Agence universitaire
de la Francophonie), il est mis en ligne dès 1997 et correspond à la
partie «noms communs» du dictionnaire imprimé disponible chez Hachette.
L'équivalent pour la langue anglaise est le site Merriam-Webster
OnLine, qui donne librement accès au Collegiate Dictionary, au
Collegiate Thesaurus et à d’autres outils linguistiques.
En mars 2000, les 20 volumes de l'Oxford English Dictionary (OED) sont
mis en ligne par l'Oxford University Press (OUP). La consultation du
site est payante. Le dictionnaire bénéficie d'une mise à jour
trimestrielle d'environ 1.000 entrées nouvelles ou révisées.
En mars 2002, deux ans après cette première expérience, l'Oxford
University Press lance l'Oxford Reference Online (ORO), une vaste
encyclopédie conçue cette fois directement pour le web et consultable
elle aussi sur abonnement payant. Avec 60.000 pages et un million
d'entrées, elle représente l'équivalent d'une centaine d'ouvrages de
référence.
# Un dictionnaire bilingue
Conçu lui aussi directement pour le web, avec accès libre et gratuit,
le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est un dictionnaire bilingue
français-anglais de trois millions de termes appartenant au vocabulaire
industriel, scientifique et commercial. Sa mise en ligne en septembre
2000 est le résultat d'un partenariat entre l'Office québécois de la
langue française (OQLF), auteur du dictionnaire, et Semantix, société
spécialisée dans les solutions logicielles linguistiques.
Dès le premier mois, le GDT est consulté par 1,3 million de personnes,
avec 60.000 requêtes par jour. La gestion du GDT est ensuite assurée
par Convera Canada, avec 3,5 millions de requêtes mensuelles en février
2003. Une nouvelle version du GDT est mise en ligne en mars 2003. La
gestion du dictionnaire est désormais assurée par l'OQLF lui-même, et
non plus par une société prestataire, avec l’ajout du latin comme
troisième langue.
2000 > LES AVENTURES DE STEPHEN KING
[Résumé]
Maître du suspense de renommée mondiale, Stephen King est le premier
auteur de best-sellers à se lancer dans l’aventure numérique. Dans un
premier temps, en mars 2000, il décide de distribuer sa nouvelle
«Riding The Bullet» uniquement en version numérique, avec 400.000
exemplaires téléchargés dans les premières vingt-quatre heures. Suite à
ce succès à la fois médiatique et financier, l’auteur crée son propre
site web en juillet 2000 pour auto-publier son roman épistolaire inédit
«The Plant» en plusieurs épisodes. Les chapitres paraissent à
intervalles réguliers et sont téléchargeables dans plusieurs formats
(PDF, OeB, HTML, TXT). En décembre 2000, après la parution du sixième
chapitre, l'auteur décide d'interrompre cette expérience, le nombre de
téléchargements et de paiements ayant régulièrement baissé au fil des
chapitres. L’auteur poursuit d’autres expériences numériques dans les
années qui suivent, mais cette fois en partenariat avec son éditeur.
***
Stephen King est le premier auteur de best-sellers à se lancer dans
l’aventure numérique, malgré les risques commerciaux encourus, en
tentant d’auto-publier un roman épistolaire sur le web indépendamment
de son éditeur.
# Mars 2000
En mars 2000, Stephen King, maître du suspense de renommée mondiale,
commence tout d’abord par distribuer uniquement sur l’internet sa
nouvelle «Riding the Bullet», assez volumineuse puisqu’elle comprend 66
pages. Du fait de la notoriété de l’auteur et de la couverture
médiatique de ce scoop, la publication de cette nouvelle sur le web est
un succès immédiat, avec 400.000 exemplaires téléchargés lors des
premières vingt-quatre heures dans les librairies en ligne qui la
ven
Showing first 200,000 characters. Full text: gutenberg.org/ebooks/36987