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De l'imprimé à Internet

by Marie Lebert · French · Gutenberg #27031 · 501,957 chars · public domain (US)

The Project Gutenberg eBook of De l'imprimé à Internet
    
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Title: De l'imprimé à Internet

Author: Marie Lebert


        
Release date: October 26, 2008 [eBook #27031]
                Most recently updated: September 5, 2026

Language: French

Other information and formats: www.gutenberg.org/ebooks/27031

Credits: Produced by Al Haines


*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK DE L'IMPRIMÉ À INTERNET ***

DE L'IMPRIME A INTERNET  © 2000 by Marie Lebert is licensed under
CC BY-NC-SA 4.0. To view a copy of this license, visit
https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/




DE L'IMPRIME A INTERNET


MARIE LEBERT


Editions 00h00, Paris, 1999 & NEF, University of Toronto, 2001

Comment le monde de l’imprimé accepte-t-il ce nouvel outil d’information et de
communication qu’est Internet? De quelle manière Internet prend-il en compte les
différents secteurs de l’imprimé? Une étude datée de mars 1999 et basée sur de
nombreux entretiens. Avec une version anglaise (différente): From the Print
Media to the Internet. Les versions originales sont disponibles sur le NEF:
http://www.etudes-francaises.net/entretiens/print.htm


TABLE


1. Présentation

2. Internet

3. Les cyberlibrairies

4. Les éditeurs sur le Web

5. La presse en ligne

6. Les bibliothèques sur le Web

7. Les cyberbibliothèques

8. Les catalogues en ligne

9. Perspectives

10. Glossaire

11. Sélection de documents imprimés

12. Sélection de sites web

13. Index des sites et pages web

14. Index des personnes citées


1. PRESENTATION


Si le monde de l'imprimé couvre plus de cinq siècles, celui d'Internet entame
seulement sa cinquième année.

1994 est l'année qui marque les véritables débuts d'Internet à l'échelle
mondiale, avec une restructuration en profondeur des communications à l'échelon
personnel et professionnel, et une restructuration des méthodes de travail à
tous les niveaux. Si Internet existe en fait depuis 1969 en tant que réseau mis
en place par le Pentagone et si l'invention du World Wide Web, beaucoup plus
récente, date de 1989-90, Internet n'a véritablement "explosé" qu'à partir de
novembre 1993, suite à la création de Mosaic, le premier logiciel de navigation
et l'ancêtre de Netscape.

Le monde de l'imprimé et celui d'Internet sont-ils antagonistes ou
complémentaires? Quelle est leur influence l'un sur l'autre? Comment le monde de
l'imprimé accepte-t-il ce nouvel outil d'information et de communication qu'est
Internet? De quelle manière Internet prend-il en compte cet outil
multicentenaire qu'est l'imprimé? Travaillent-ils de concert? Se font-ils
concurrence? Quel est leur avenir commun? Le monde d'Internet va-t-il
complètement avaler l'univers de l'imprimé, ou l'imprimé va-t-il au contraire
domestiquer Internet en tant qu'outil de communication supplémentaire? Sans
compter toutes les interconnexions et transformations dont nous n'avons pas
encore idée puisqu'on nous assure régulièrement qu'Internet est en train de
révolutionner le monde au même titre que l'écriture ou l'imprimerie en d'autres
temps.

Par ailleurs, quelles sont les implications pour tous les professionnels de
l'imprimé: auteurs, bibliothécaires, éditeurs, imprimeurs, journalistes,
libraires, traducteurs, etc.? Comment voient-ils la déferlante qui s'abat sur
eux et l'ouragan qu'amène dans leur vie professionnelle la conquête du monde de
l'imprimé par Internet? Telles sont les questions qui seront abordées dans les
pages qui suivent.

De plus en plus d'ouvrages ont à la fois une édition électronique et une édition
papier pouvant toutes deux être commandées en ligne. Les cyberbibliothèques
permettent de consulter de nombreux textes à l'écran. On a toujours loisir
d'acheter ensuite la version imprimée si on préfère lire cinq cents pages au
coin du feu plutôt que sur son ordinateur. Certains textes ou magazines ne sont
désormais disponibles qu'en version électronique, et les livres électroniques
sont pour bientôt.

De plus en plus de journaux et magazines ont maintenant leur site sur lequel on
trouve le texte intégral ou des extraits du dernier numéro, les archives des
numéros précédents, des dossiers, etc. De plus en plus de catalogues de
bibliothèques sont consultables en ligne. Et pratiquement tous les sites
proposent des liens avec d'autres sites ayant les mêmes centres d'intérêt. En
bref, Internet est devenu indispensable pour se documenter, avoir accès aux
documents et élargir ses connaissances.

On ne traitera pas ici des publications pour la jeunesse qui, ayant connu un
grand essor depuis les années soixante, forment un monde bien spécifique aussi
bien sur papier que sur Internet, et qui mériteraient une étude à part.

Après avoir situé Internet dans un contexte à la fois international, européen et
francophone, on étudiera son interaction avec l'imprimé dans les domaines
suivants: librairies, éditeurs, presse, bibliothèques, cyberbibliothèques et
catalogues. On incluera aussi les réponses des professionnels qui ont participé
à une enquête menée en juin et juillet 1998. Cette enquête portait sur trois
questions: 1) Quel est l'historique de votre site web? 2) Dans quelle mesure
Internet a-t-il changé votre vie professionnelle? 3) Comment voyez-vous votre
avenir professionnel avec Internet?

On exposera ensuite les perspectives concernant la propriété intellectuelle et
le droit du cyberespace, l'édition électronique, la convergence multimédia et la
société de l'information.

L'univers du Web se développe et se transforme à une telle vitesse que certaines
des informations présentes dans ces pages risquent d'être rapidement obsolètes.
Tant pis, ou plutôt tant mieux. Le monde d'Internet est rapide. Cela n'empêche
pas un point de la situation à un moment donné, même si ce point devient très
rapidement historique et passe dans les archives. Datant de mars 1999, cette
étude est la version actualisée d'une thèse de doctorat de l'Ecole pratique des
hautes études (Université de la Sorbonne, Paris) soutenue en janvier 1999.

[Après avoir été documentaliste sous contrat dans plusieurs pays pour monter des
services documentaires et informatiser des catalogues, l'auteure participe
maintenant à la préparation de publications (rédaction, traduction, correction
ou indexation). Depuis 1996, elle travaille essentiellement pour le Bureau
international du Travail (BIT, Genève). Passionnée par les langues, elle
s'intéresse également au multilinguisme sur le Web, objet d'une autre étude.]


2. INTERNET


[Dans ce chapitre:]

[2.1. Chiffres et éléments techniques / 2.2. Concepts de base / 2.3.
"Info-riches" et "info-pauvres" / 2.4. Internet francophone, anglophone et
multilingue]


2.1. Chiffres et éléments techniques


Depuis trois ans environ, Internet fait partie intégrante de notre vie
quotidienne. Fin 1997, le nombre des cybernautes était estimé à 100 millions,
avec un million de nouveaux utilisateurs chaque mois. D'après le Computer
Industry Almanach, document de référence sur l'évolution du cyberespace, les
cybernautes seront plus de 300 millions en l'an 2000.

La France a été raccordée à Internet très exactement le 28 juillet 1988. Dix ans
après, le nombre de cybernautes français est estimé à 3 millions. D'après le
Computer Industry Almanach, il sera de 12,6 millions à la fin de l'an 2000.

Après avoir été un phénomène expérimental qui a enthousiasmé quelques
"branchés", Internet a envahi le monde. Les signes cabalistiques des adresses
Internet fleurissent sur les livres, les magazines, les affiches et les
publicités, sans parler de tous les produits qu'on achète au supermarché. On
nous promet bientôt Internet dans tous les foyers. On parle de mariage de
l'ordinateur et de la télévision avec écrans interchangeables ou intégrés, et
d'accès à Internet par le même biais que la télévision câblée. Depuis le 1er
janvier 1998, pour un abonnement de 260 FF par mois tout compris, les Parisiens
peuvent accéder au réseau Internet par leur prise de câble dans certains
arrondissements, et plusieurs villes de province (Annecy, Nice, Strasbourg,
etc.) disposent des mêmes facilités depuis 1997.

Une autre preuve tangible de l'invasion d'Internet dans notre vie quotidienne
est que sa majuscule tend petit à petit à s'estomper. Internet - qui était
encore une planète à part voici peu de temps - est peu à peu remplacé par
internet, avec un "i" minuscule. Internet deviendra sans doute un nom commun, au
même titre que: téléphone, ordinateur ou télécopieur. En français, on écrit
aussi bien Internet, sans article, que l'Internet, avec article. Dans les pages
qui suivent, on a choisi d'utiliser la forme la plus répandue dans le grand
public, à savoir Internet avec une majuscule et sans article.

En ce qui concerne le vocabulaire d'Internet, on a également choisi autant que
possible l'équivalent français d'un terme anglais quand celui-ci existe. Mais -
que les défenseurs inconditionnels de la langue française nous pardonnent - on
utilise aussi quelques termes résolument anglophones parce que tout simplement
intraduisibles si on veut que le texte reste compréhensible. On a également
tenté d'éviter le ridicule. Par exemple, CD-Rom reste CD-Rom - orthographe
utilisée entre autres par Libération, Le Monde et Télérama - et non cédérom,
comme le préconise l'Académie française. CD-Rom étant l'acronyme de "compact
disc-read only memory", il n'y a aucune raison de le franciser. De même, on
parle par exemple de courrier électronique et non de Mél. (abrégé de: messagerie
électronique), un terme à l'orthographe résolument francophone, mais beaucoup
moins utilisé.

Les paragraphes qui suivent ne se veulent en aucune manière une présentation
complète d'Internet. Les ouvrages abondent dans ce domaine, et on en trouvera
une sélection dans la bibliographie. Le but est seulement de "situer" Internet
pour une meilleure compréhension du sujet. De même, on utilise les termes
techniques uniquement quand c'est indispensable, et ceux-ci sont
systématiquement expliqués dans le corps du texte et dans le glossaire. Etant
assez critique à l'égard des informaticiens employant un language hermétique
compris d'eux seuls alors qu'ils sont censés se faire comprendre du grand
public, on a tenté d'éviter de tomber dans les mêmes travers.

Internet est défini comme un ensemble de réseaux commerciaux, réseaux publics,
réseaux privés, réseaux d'enseignement, réseaux de services, etc., qui opèrent à
l'échelle planétaire. De par ses facilités de connexion d'une part et de par sa
diversité d'autre part, Internet offre d'énormes ressources en information et en
communication, et ces ressources augmentent régulièrement et de façon
spectaculaire.

C'est le World Wide Web qui a rendu Internet très populaire et qui a permis sa
gigantesque progression. Directeur de l'Internet Activities Board (IAB),
Christian Huitema explique que le World Wide Web "repose sur trois idées
principales, la navigation par 'hypertexte' [ensemble de liens permettant
l'accès à d'autres documents], le support du multimédia, et l'intégration des
services préexistants."

Plus communément appelé Web, ou encore WWW ou W3, le World Wide Web a été créé
par Tim Berners-Lee en 1989-1990 au CERN (Laboratoire européen pour la physique
des particules) à Genève, et il a révolutionné la consultation d'Internet en
permettant la publication de documents au moyen du système hypertexte, à savoir
un ensemble de liens hypertextes permettant de passer d'un document textuel ou
visuel à un autre au moyen d'un simple clic de souris. Devenue véritablement
interactive, l'information devenait soudain beaucoup plus attractive.

Le Web est donc très postérieur à Internet, réseau informatique global
connectant gouvernements, sociétés, universités, etc., depuis bientôt trente
ans. Et, même si, improprement, on les considère souvent comme synonymes, le Web
n'est qu'un des aspects d'Internet, qui englobe plusieurs autres services:
courrier électronique, forums de discussion, visioconférence, gopher, FTP (file
transfer protocol), IRC (Internet relay chat), Telnet (terminal network
protocol), etc.

Le Web a logiquement bénéficié de l'infrastructure d'Internet, particulièrement
aux Etats-Unis. C'est la raison pour laquelle ce pays a quelques longueurs
d'avance sur le reste du monde. On se plaint souvent de l'hégémonie américaine
alors que il s'agit surtout d'une avance technique. Comme on le verra plus loin,
malgré tous les efforts des "dynosaures" politiques et commerciaux, il est
difficile à quelque pays ou à quelque communauté que ce soit de "mettre la main"
sur le Web, c'est ce qui fait sa force.

Développé par le National Center for Supercomputing Applications (NSCA) à
l'Université d'Illinois (USA) et distribué gratuitement à partir de novembre
1993, Mosaic fut le premier navigateur sur le Web et il contribua grandement à
son développement rapide. Début 1994, une partie de l'équipe de Mosaic émigra
dans la Netscape Communications Corporation pour commercialiser son logiciel
sous le nom de Nescape Navigator. A ce jour, il est le navigateur le plus
utilisé au monde avec 70% du marché mondial.

En 1995, pour concurrencer Netscape Navigator, Microsoft créa Internet Explorer,
distribué gratuitement dans le pack accompagnant Windows 95 - qui équipe 90% des
ordinateurs dans le monde - ce qui provoqua un véritable tollé. Les concurrents
de Microsoft accusaient la société de vouloir créer une situation de
quasi-monopole, mettant ainsi en péril la libre concurrence alors qu'il existe
une législation anti-trust dans le domaine de la haute technologie. Depuis
plusieurs mois, les médias couvrent abondamment les démêlés de Bill Gates,
patron de Microsoft, avec le ministère américain de la Justice sur la
commercialisation d'Internet Explorer avec ou sans Windows 98 - qui succède à
Windows 95.

Chaque serveur web est accessible au moyen d'une adresse qui lui est propre,
plus précisément appelée URL (uniform resource locator). De par leur complexité,
un grand nombre d'adresses Internet sont difficiles à retenir, si bien que les
navigateurs proposent des favoris, également appelés signets. Ces favoris
permettent à chacun de constituer son propre répertoire de sites web sans devoir
relancer une recherche ou bien retaper complètement une adresse pour chaque
consultation.

Un site web est le plus souvent formé d'un ensemble de pages-écran reliées entre
elles par des liens hypertextes, qui sont en général soulignés et d'une couleur
différente de celle du texte. Grâce à un simple clic, l'utilisateur est renvoyé
soit à une autre partie du document, soit à un autre document du site, soit à un
autre site. Plus récemment, cette interactivité a encore été accrue par la
possibilité de liens hypermédias permettant la connexion de textes et d'images
avec des graphiques, vidéos ou bandes sonores.

La recherche sur le Web est facilitée par des annuaires et des moteurs de
recherche.

Appelés également répertoires par les francophones, les annuaires recensent tous
les sites web et les classent par thèmes afin d'aider l'utilisateur à trouver
l'information qu'il cherche. Ces annuaires permettent aussi bien de trouver
l'adresse d'un site dont on connaît déjà le nom que de faire une recherche par
sujet.

L'annuaire le plus utilisé sur le Web est Yahoo!, acronyme de: Yet Another
Hierarchical Officious Oracle! Créé en 1994 par des étudiants de l'Université de
Stanford (Californie, USA) pour recenser et classer par thèmes les sites web,
Yahoo! est devenu une institution. Le travail est effectué par le cerveau
humain, contrairement aux moteurs de recherche comme AltaVista où tout est
automatisé. Divisé en 63 grandes catégories, Yahoo! comprend notamment des
secteurs sur les bibliothèques, les cyberbibliothèques, les textes
électroniques, etc. Consultable en anglais, allemand, coréen, français,
japonais, norvégien et suédois, Yahoo! travaille de concert avec AltaVista.
Quand une recherche ne donne pas de résultat dans l'un, elle est automatiquement
aiguillée sur l'autre. Depuis la fin décembre 1998, le site de Yahoo! France
permet à chaque utilisateur de créer son propre guide de recherche avec Mon
Yahoo!

Les moteurs de recherche sont de gigantesques bases de données dans lesquelles
le recensement des sites est entièrement automatisé. Le plus utilisé, AltaVista,
est disponible en quatorze langues, dont le français. Il permet aussi la
recherche d'images, et la recherche par sujets grâce à AltaVista Subject Search.
Depuis décembre 1997, il propose AltaVista Translation, un service de traduction
automatisée de l'anglais vers les langues suivantes: allemand, espagnol,
français, italien et portugais, et vice versa. Bien qu'ayant ses limites:
traduction de trois pages maximum, texte traduit très approximatif, etc., ce
service a été immédiatement très apprécié des cybernautes non anglophones.

D'autres instruments de recherche ont été créés à destination du public
francophone, par exemple Nomade ou Ecila.

Le seul véritable point faible du Web, ce sont les connexions parfois difficiles
et les délais d'attente imprévisibles nécessaires pour se connecter à un
fournisseur d'accès à Internet par le biais du réseau téléphonique. Ces délais
mettent les nerfs du cybernaute pressé à rude épreuve et devraient être résolus
à plus ou moins long terme. Pour le moment, le plus souvent, un particulier se
connecte à Internet par le biais d'un modem branché sur sa ligne téléphonique,
appelé un réseau à bande étroite (fils de cuivre). Les réseaux à bande étroite
seront progressivement remplacés par des réseaux à bande moyenne (RNIS et ADSL)
et des réseaux à large bande (fibres optiques), qui éviteront les délais de
connexion et permettront un déchargement rapide des images. D'ores et déjà, la
carte RNIS (réseau numérique à intégration de services) permet une transmission
rapide des données par câble téléphonique, parallèlement à la transmission des
services de téléphonie et de télécopie.

Le procédé ADSL (asymmetric digital subscriber line) permet d'augmenter
considérablement la vitesse de transmission des données par les lignes
téléphoniques classiques tout en préservant lui aussi la circulation de la voix
et de la télécopie. Depuis octobre 1997, France Télécom et Alcatel ont lancé
Turbo Wanadoo, avec une première plate-forme expérimentale à Noisy-le-Grand
(Seine-Saint-Denis, dans la région parisienne), suivie d'une deuxième
plate-forme à Rennes (Bretagne) au printemps 1998. L'abonnement est de 422 FF
par mois.

Aux traditionnels câbles métalliques succèdent les câbles à fibres optiques, de
bien plus gros débit. Ces câbles utilisent la technologie ATM (asnychronous
tranfer mode), un protocole pouvant transmettre tout type d'information, y
compris la voix et la vidéo, par l'acheminement indépendant de cette information
fragmentée en de multiples paquets et reconstituée à l'arrivée pour recomposer
l'information initiale, le tout dans un délai donné.

Dans Cyberplanète : notre vie en temps virtuel, passionnant ouvrage de Philip
Wade et Didier Falkand (Paris, éditions Autrement, 1998), il est indiqué que les
Etats-Unis installent 6.000 kilomètres de fibre optique par jour. A ce rythme,
il leur faudra 890 ans et 700 milliards de dollars d'investissement pour
remplacer tous les fils de cuivre du téléphone. Pour une opération similaire, le
Japon aurait besoin de quinze ans et 500 milliards de dollars.

Afin d'accélérer les échanges de données sur le réseau, on envisage donc
maintenant d'installer des satellites en orbite basse d'ici l'an 2002. Situés à
moins de 2.000 km d'altitude, ces satellites auront un temps de réponse de vingt
millisecondes, correspondant à celui d'un câble à fibre optique. Plusieurs
programmes ont été mis en place pour travailler à ce projet, dont le programme
européen Skybridge et ceux de ses concurrents américains Celestru et Teledesic.

Techniquement parlant, on s'interroge souvent sur la place de l'Europe dans le
développement d'Internet. A la question posée en décembre 1997 par Pierre
Ruetschi, journaliste à la Tribune de Genève: "Pourquoi l'Europe a-t-elle
accumulé un tel retard sur les Etats-Unis en matière de présence et de
développement sur l'Internet? Et peut-elle rattraper ce retard?", Tim
Berners-Lee, président du World Wide Web Consortium, répondait en expliquant
l'avance des Etats-Unis par les importants investissements faits par l'Etat. Il
insistait aussi sur l'avance technologique de l'Europe sur les Etats-Unis dans
plusieurs domaines: Minitel, cartes à puce, téléphones cellulaires, etc.

Il est vrai que la France fut un pays pilote avec l'utilisation intensive du
Minitel par un quart de sa population. Développé par France Télécom, le Minitel
est un terminal permettant la consultation de serveurs à domicile, consultation
qui fut fortement encouragée par l'Etat français puisqu'il distribua
gratuitement des millions de terminaux. L'opération Minitel fut un succès,
contrairement à des opérations similaires menées dans d'autres pays (Prestel en
Angleterre, BX en Allemagne ou Alex au Canada) qui, elles, ne remportèrent pas
le succès escompté. Même s'il est technologiquement limité, le Minitel est "tout
ce qu'Internet doit encore devenir", expliquait Bruno Guissani dans le quotidien
Libération du 5 décembre 1997. "Le coût de l'équipement est proche de zéro. Le
système permet des transactions sûres et légalement fiables. Il garantit un bon
degré de protection personnelle (privacy). Il est simple à utiliser. Et il
génère des revenus tant pour ses opérateurs que pour les marchands qui s'y
aventurent."

La plupart des serveurs disponibles sur Minitel le sont maintenant également sur
le Web, avec les avantages qu'offrent une consultation meilleur marché (le prix
d'une communication téléphonique locale), la facilité de navigation et les
possibilités du multimédia.

Dans les foyers, la consultation du Minitel va bientôt être rempacée par celle
d'Internet. Alcatel, firme française qui fut l'une des bénéficiaires du succès
du Minitel, compte mettre le successeur du Minitel sur le marché en 1999. Muni
d'un écran couleur et fonctionnant en langage Java, ce téléphone permettra de
naviguer en direct sur Internet. Il sera équipé d'un modem de 33,6K (kilobits
par seconde) ou d'une carte RNIS (réseau numérique à intégration de services),
ainsi que d'un lecteur de carte bancaire permettant les paiements sécurisés. Cet
équipement coûtera environ 3.000 FF.


2.2. Concepts de base


Sur le site de l'Internet Society, organisme professionnel international
coordonnant et promouvant le développement d'Internet, The Brief History of
Internet propose d'Internet une triple définition. Internet est : 1) un
instrument de diffusion internationale, 2) un mécanisme de diffusion de
l'information, 3) un moyen de collaboration et d'interaction entre les individus
et les ordinateurs, indépendamment de leur situation géographique.

Selon ce document, bien plus que toute autre invention (télégraphe, téléphone,
radio ou ordinateur), Internet a révolutionné de fond en comble le monde des
communications. Il représente un des exemples les plus réussis d'interaction
entre un investissement soutenu dans la recherche et le développement de
l'infrastructure de l'information, qui ont été l'objet d'un réel partenariat
entre les gouvernements, les industries et les universités.

C'est le 24 octobre 1995 que le Federal Networking Council (FNC) accepte une
résolution visant à proposer une définition développée en consultation avec les
membres des communautés d'Internet et ceux des organismes défendant la propriété
intellectuelle. Internet est donc défini comme un système d'information globale
obéissant aux trois caractéristiques suivantes: 1) des adresses d'un type unique
basées sur le protocope IP (Internet protocol) ou ses extensions, 2) des
communications utilisant le TCP/IP (transmission control protocol / Internet
protocol), ses extensions ou des protocoles compatibles, 3) la mise à
disposition de services publics ou privés à partir de ces infrastructures.

Sur le site du World Wide Web Consortium, consortium industriel international
établissant les protocoles communs nécessaires au Web, Bruce Sterling décrit le
développement spectaculaire d'Internet dans Short History of the Internet.
Internet se développe plus vite que les téléphones cellulaires ou les
télécopieurs. En 1996, sa croissance était de 20% par mois. Le nombre des
machines ayant une connexion directe TCP/IP avait doublé depuis 1988. D'abord
présent dans l'armée et dans les instituts de recherche, Internet a déferlé
comme un raz-de-marée dans les écoles, les universités et les bibliothèques, et
il a également été pris d'assaut par le secteur commercial.

Bruce Sterling s'intéresse aussi aux raisons pour lesquelles on se connecte à
Internet. Une des raisons essentielles lui semble être la liberté. Internet est
un exemple d'"anarchie réelle, moderne et fonctionnelle". Il n'y a pas de
société Internet. Il n'y a pas non plus de censeurs officiels, de patrons, de
comité de direction ou d'actionnaires. Toute personne peut parler d'égale à
égale avec une autre, du moment qu'elle se conforme aux protocoles TCP/IP, des
procotoles qui ne sont pas sociaux ou politiques mais strictement techniques.

Internet est aussi une bonne affaire commerciale. Contrairement à la téléphonie
traditionnelle, il n'y a pas de frais longue distance. Et, contrairement aux
réseaux informatiques commerciaux, il n'y pas de frais d'accès. En fait,
Internet, qui n'existe même pas officiellement en tant qu'entité, n'a pas de
facturation propre. Chaque groupe de personnes ayant accès à Internet est
responsable de ses propres machines et de ses propres connexions.

Plusieurs organismes internationaux travaillent au développement d'Internet. En
voici trois.

Créée en 1992 par Vinton Cerf, souvent appelé le père d'Internet parce qu'il est
l'inventeur du protocole TCP/IP (à la base de tout échange de données),
l'Internet Society (ISOC) est un organisme professionnel international non
gouvernemental regroupant des secteurs ayant des intérêts divers afin d'élaborer
des solutions permettant de promouvoir le développement d'Internet.

Le World Wide Web Consortium (W3C) est un consortium industriel international
fondé en 1994 pour développer les protocoles communs nécessaires à la croissance
du Web et guider ainsi cette croissance en en définissant les standards. Etabli
à Boston dans le MIT Laboratory for Computer Science (MIT: Massachussets
Institute of Technology, USA) et dirigé par Tim Berners-Lee, inventeur du World
Wide Web en 1989-1990, il réunit les entreprises qui comptent dans le monde
d'Internet.

L'Electronic Frontier Foundation (EFF) est un organisme à but non lucratif de
défense des libertés civiles, qui oeuvre dans l'intérêt public pour protéger le
respect de la vie privée, la liberté d'expression, l'accès en ligne de
l'information publique et la responsabilité civile dans les nouveaux médias.

Internet est-il un concurrent direct de la télévision et de la lecture? En 1996,
un cybernaute sur deux passait moins de temps devant la télévision. 18% des
cybernautes lisaient moins de livres, 5% en lisaient plus. 15% lisaient moins de
quotidiens et magazines, 12% en lisaient plus.

Au Québec, où 30,7% de la population est connectée à Internet, un sondage
réalisé en mars 1998 par l'institut Som pour le compte du magazine
Branchez-vous! montre que 28,8% des Québécois connectés regardent moins la
télévision qu'avant. Par contre, seuls 12,1% lisent moins, ce qui, d'après le
cyberquotidien Multimédium, est "plutôt encourageant pour le ministère de la
Culture et des Communications qui a la double tâche de favoriser l'essor de
l'inforoute et celui... de la lecture!"

Lors d'un entretien avec Annick Rivoire publié dans Libération du 16 janvier
1998, Pierre Lévy, philosophe, expliquait qu'Internet va contribuer à la fin des
monopoles:

"Le réseau désenclave, donne plus de chance aux petits. On crie 'ah! le monopole
de Microsoft', mais on oublie de dire que l'Internet sonne la fin du monopole de
la presse, de la radio et de la télévision et de tous les intermédiaires."

Fondateur de l'Internet Society (ISOC), Vinton Cerf insiste régulièrement sur le
fait qu'Internet relie moins des ordinateurs que des personnes et des idées. Il
explique aussi:

"Le réseau fait deux choses [...]: comme les livres, il permet d'accumuler de la
connaissance. Mais surtout, il la présente dans une forme qui la met en relation
avec d'autres informations. Alors que dans un livre, l'information est maintenue
isolée."

C'est ce que Pierre Lévy définit comme l'intelligence collective:

"Les réseaux permettent de mettre en commun nos mémoires, nos compétences, nos
imaginations, nos projets, nos idées, et de faire en sorte que toutes les
différences, les singularités se relancent les unes les autres, entrent en
complémentarité, en synergie."

Philosophe passionné par le cyberespace, Timothy Leary constate dans Chaos et
cyberculture (Paris, éditions du Lézard, 1997):

"Jamais l'individu n'a eu à sa portée un tel pouvoir. Mais, à l'âge de
l'information, il faut saisir les signaux. Populariser signifie 'rendre
accessible au peuple'. Aujourd'hui, le rôle du philosophe est de personnaliser,
de populariser et d'humaniser les concepts informatiques, de façon à ce que
personne ne se sente exclu."

Lors d'une entrevue accordée en automne 1997 à François Lemelin, rédacteur en
chef de L'Album, publication officielle du Club Macintosh de Québec, Jean-Pierre
Cloutier, auteur des Chroniques de Cybérie, expliquait:

"Je crois que le médium (Internet, ndlr) va continuer de s'imposer, puis donner
lieu à des services originaux, précis, spécifiques, quand on aura trouvé un
modèle économique de viabilité. Que ce soit pour les cybermédias d'information
comme les Chroniques de Cybérie, ou pour les info-services, les services
communautaires et publics en ligne, le commerce électronique, l'éducation à
distance, la politique post-moderne qui va changer les rapports élus/commettants
(élus/administrés, ndlr), en fait, tout ça s'en vient (tout cela est pour
bientôt, ndlr). (...) Pour ce qui est des rapports avec les autres médias, je
crois qu'il faut regarder en arrière. Contrairement aux dires des alarmistes de
toutes les époques, la radio n'a pas tué l'industrie de la musique ou du
spectacle, pas plus que le cinéma. La télé n'a pas tué la radio, ni le cinéma.
Le vidéo à domicile non plus. Quand un nouveau médium arrive, il se fait une
place, les autres s'ajustent, il y a une période de transition, puis une
'convergence'.

Ce qui est différent, avec Internet, c'est la dimension interactive du médium et
son impact possible. C'est la donnée sur laquelle on réfléchit encore, on
observe. Aussi, comme médium, le Net fait émerger de nouveaux concepts sur le
plan de la communication, et sur le plan humain, et ce même pour les non
branchés. Je me souviens (eh oui, j'ai cet âge) quand McLuhan est arrivé, fin
des années soixante, avec son concept de 'village global' en se basant sur la
télévision, le téléphone, et qu'il prévoyait les échanges de données entre
ordinateurs. Eh bien il y a eu des gens, en Afrique, sans télévision et sans
téléphone, qui ont lu et qui ont compris McLuhan. Et McLuhan a changé des choses
dans leur conception de voir le monde. L'Internet a ce même effet. Il provoque
une réflexion sur la communication, la vie privée, la liberté d'expression, les
valeurs auxquelles on tient, celles dont on est prêt à se débarrasser, et c'est
ça qui en fait un médium si puissant, si important."


2.3. "Info-riches" et "info-pauvres"


Les enjeux économiques de la société de l'information sont considérables. "Un
chiffre très supérieur aux exportations mondiales de produits agricoles, et une
croissance la plus rapide de toutes les industries avec un taux moyen de 15% par
an depuis 1990 pour l'informatique et de 10% pour les télécommunications. Leur
contribution au PIB (produit intérieur brut) mondial devrait dépasser 10% d'ici
à l'an 2000 et poursuivre son expansion au-delà", précisent Philip Wade et
Didier Falkand dans Cyberplanète: notre vie en temps virtuel (Paris, éditions
Autrement, 1998).

Il existe évidemment une corrélation directe entre le développement économique
et social et l'accès aux télécommunications. L'accès aux nouvelles technologies
de communication progresse beaucoup plus rapidement dans les nations situées au
nord de la planète que dans celles situées au sud, et on trouve beaucoup plus de
serveurs web en Amérique du Nord et en Europe que sur les autres continents.
Deux tiers des cybernautes habitent les Etats-Unis, pays dans lequel 40% des
foyers sont équipés d'un ordinateur, pourcentage que l'on retrouve aussi au
Danemark, en Suisse et aux Pays-Bas. Le pourcentage est de 30% en Allemagne, 25%
au Royaume-Uni, et 20% dans la plupart des pays industrialisés.

Disponibles dans le Computer Industry Almanach, document de référence sur
l'évolution du cyberespace, les statistiques du 19 mars 1998 sur le pourcentage
des connexions par nombre d'habitants montrent que la Finlande est le pays le
plus "branché" du monde avec 25% de cybernautes, suivi par la Norvège (23%) et
l'Islande (22,7%). Les Etats-Unis se trouvent au quatrième rang avec 20% de
cybernautes. Onze pays dans le monde ont une proportion d'usagers d'Internet
dépassant les 10%, et la Suisse est le onzième avec 10,7%.

En ce qui concerne le pourcentage global, les statistiques de fin 1997 du
Computer Industry Almanach - qui tiennent compte des branchements à domicile, au
bureau et dans les établissements d'enseignement - montrent que les Etats-Unis
sont encore largement en tête avec 54,68% du total mondial, suivis par le Japon
(7,97%), la Grande-Bretagne (5,83%) et le Canada (4,33%). Les chiffres montrent
aussi que la place des Etats-Unis ne cesse de diminuer: 80% en 1991, moins de
65% en 1994, moins de 50% courant 1998 et une prévision de moins de 40% en l'an
2000. La France (1,18%) et la Suisse (0,77%) font également partie des quinze
pays les plus "branchés".

A l'échelle mondiale, l'accès universel aux autoroutes de l'information est loin
d'être assuré. En ce qui concerne la téléphonie de base, la télédensité varie de
plus de 60 lignes téléphoniques pour 100 habitants dans les pays riches (par
exemple 68 en Suède, 63 aux Etats-Unis, 61 en Suisse et au Danemark) à moins
d'une dans les pays pauvres. L'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest disposent
de la moitié des lignes téléphoniques dans le monde, alors que la moitié de la
population mondiale n'a jamais utilisé un téléphone.

Dans les pays en développement, il est fort peu probable que les connexions à
Internet se fassent par le biais des lignes téléphoniques traditionnelles alors
qu'il existe maintenant d'autres solutions technologiques. Les pays en
développement possèdent un taux d'équipement en lignes numériques comparable à
celui des pays industrialisés. En 1995, les statistiques étaient de 77% pour
l'Amérique du Nord, 72% pour l'Asie et le Pacifique, 64% pour l'Europe de
l'Ouest et l'Amérique latine, et 70% pour le Moyen-Orient et l'Afrique.

Le développement de la téléphonie mobile est également spectaculaire, et
l'équipement en téléviseurs est proche de celui des pays industrialisés. Selon
Philip Wade et Didier Falkland, le micro-ordinateur pourrait avoir un
développement similaire, à condition que la fiscalité et les droits de douane ne
soient pas trop élevés. La solution pourrait se trouver dans la radiotéléphonie
cellulaire et la connexion par satellite. Par contre, le contrôle des moyens
d'information, facile pour la télévision, risque de l'être beaucoup moins pour
Internet, même si des pays comme la Chine ou Singapour bloquent pour le moment
l'accès à certains serveurs jugés politiquement ou moralement incorrects.

Lors d'un discours prononcé en octobre 1995 à Genève pendant le septième Forum
international des télécommunications, Nelson Mandela, président de l'Afrique du
Sud, déclarait que "les technologies de communication ne doivent pas être
considérées comme un luxe, intervenant après le développement général du pays,
mais comme l'une des convictions qui déterminent les capacités des pays en
développement à engager la modernisation de leur économie et de leur société".

Les nouveaux réseaux peuvent contribuer au développement économique des pays en
développement. Plusieurs programmes ont été lancés dans ce domaine comme infoDev
(programme de la Banque mondiale) ou WorldTel et, spécifiquement pour l'Afrique,
un programme de l'US Agency for International Development (AID), @frinet
(programme du Canada) ou AfriWeb (programme du Québec).

La démarcation entre "info-riches" et "info-pauvres" ne suit cependant pas
systématiquement la démarcation entre pays développés et pays en développement.
L'accès aux technologies de l'information est lui-même très inégal dans les pays
riches. Quelques pays en développement, par exemple la Malaisie ou les pays
d'Amérique latine, ont une politique très dynamique en matière de
télécommunications. Un document préparatoire de la deuxième Conférence sur le
développement des télécommunications dans le monde - qui s'est déroulée du 23
mars au 1er avril 1998 à Valletta (Malte) - montre que plusieurs pays en
développement, comme le Botswana, la Chine, le Chili, la Thaïlande, la Hongrie,
le Ghana et l'Ile Maurice, ont réussi à étendre la densité et la qualité de
leurs services téléphoniques au cours des trois dernières années. Par contre,
pour les nations les plus pauvres, la situation s'est encore aggravée.

Président de Nation Printers and Publishers (Kenya) (devenue Nation Media Group
le 23 juillet 1998), Wilfred Kiboro déclarait lors du Colloque sur la
convergence multimédia des 27-29 janvier 1997 à Genève:

"Le coût de la technologie de l'information doit être ramené à un niveau
abordable. Je rêve du jour où les villageois africains pourront accéder à
Internet depuis leur village, aujourd'hui privé d'eau et d'électricité." En
effet, dans le domaine des médias particulièrement, il existe un gouffre entre
les "info-riches" et les "info-pauvres". Dans de nombreux pays africains, le
tirage des journaux est extrêmement faible comparé au chiffre de la population,
et chaque exemplaire est lu par une vingtaine de personnes au moins. Selon
Wilfred Kiboro, les coûts de distribution pourraient fortement baisser avec la
mise en service d'un système d'impression par satellite qui éviterait le
transport des journaux par camion dans tout le pays.

Un article du quotidien Le Monde du 30 mars 1998 montre que certains pays en
développement comptent aussi sur le Web pour redorer leur image, comme la
Mauritanie qui, fin mars 1998, présentait son site web officiel au siège de la
Banque mondiale. Vitrine du pays à destination des touristes et des
investisseurs étrangers, ce site a pour but d'améliorer une image passablement
ternie suite au reportage d'une chaîne de télévision sur la persistance de
l'esclavage dans ce pays, alors que celui-ci est officiellement aboli depuis des
années. A l'intérieur du pays, la consultation d'Internet est fortement
réglementée par l'Office des postes et des télécommunications (OPT), qui est
l'opérateur national, et rendue plus difficile encore par des coûts de connexion
prohibitifs, à savoir trois fois ceux d'une communication téléphonique locale.

La Chine elle aussi est en train de découvrir l'information numérique. Elle
dispose d'un Internet national, le China Wide Web, dont le nombre d'abonnés est
passé de 100.000 en 1996 à 600.000 en 1997. Mis en place par la China Internet
Corporation (CIC), une société établie à Hong Kong, il s'agit d'un réseau
d'affaires et d'informations passablement coupé du monde, filtré et surveillé
par les autorités chinoises. Le 27 mars 1998, le cyberquotidien Multimédium
écrivait:

"Tout cela respire la langue de bois, le totalitarisme et l'opportunisme à plein
poumons, bien sûr. Mais qui sait si la logique libertaire du médium ne finira
effectivement pas, un jour, par l'emporter sur l'idéologie? Ce fameux jour où la
Chine se branchera..."

Le goufre entre "info-riches" et "info-pauvres" n'est pas seulement celui qui
sépare les pays développés des pays en développement. C'est aussi, dans
n'importe quel pays, celui qui sépare les riches des pauvres, ceux qui ont du
travail et ceux qui n'en ont pas, ceux qui ont leur place dans la société et
ceux qui en sont exclus. Moyen de communication, Internet peut être une
passerelle au-dessus du goufre, comme le montre un encart de la revue
Psychologies de mai 1998:

"Aux Etats-Unis, un mouvement voit le jour: la confiance en soi... par Internet!
Des milliers de sans-abri ont recours au réseau pour retrouver une place dans la
société. Non seulement le Net fournit une adresse à qui n'en a pas et ôte les
inhibitions de qui redoute d'être jugé sur son apparence, mais c'est aussi une
source d'informations et de contacts incomparable. Bibliothèques et associations
d'aide au quart-monde l'ont bien compris: des salles informatiques, avec accès à
Internet, animées par des formateurs, sont ouvertes un peu partout et les
mairies en publient la liste. A travers le e-mail (courrier électronique), les
homeless (sans-abri) obtiennent les adresses des lieux d'accueil, des banques
alimentaires et des centres de soins gratuits, ainsi qu'une pléthore de sites
pour trouver un emploi. A 50 ans, Matthew B. a passé le quart de sa vie dans la
rue et survit, depuis trois ans, d'une maigre subvention. Il hante la
bibliothèque de San Francisco, les yeux rivés sur l'écran des ordinateurs.
'C'est la première fois, dit-il, que j'ai le sentiment d'appartenir à une
communauté. Il est moins intimidant d'être sur Internet que de rencontrer les
gens face à face.'"


2.4. Internet francophone, anglophone et multilingue


Après avoir été anglophone à pratiquement 100%, Internet l'est encore à plus de
80%, un pourcentage qui s'explique par les trois facteurs suivants : 1) les
premières années ont vu la création d'un grand nombre de sites web émanant des
Etats-Unis, du Canada ou du Royaume-Uni, 2) la proportion de cybernautes est
encore particulièrement forte en Amérique du Nord par rapport au reste du monde,
3) l'anglais est la principale langue d'échange internationale.

Comme Internet s'étend progressivement à tous les continents et à de nombreux
pays non anglophones, ce pourcentage est à la baisse.

Parallèlement, les sites francophones ont enregistré une forte expansion depuis
1996. Au début de 1998, les Québécois attendaient de pied ferme l'arrivée en
masse de sites français, surtout dans le domaine du commerce électronique. Le 10
février 1998 , lors d'un entretien avec le cyberquotidien Multimédium, Louise
Beaudouin, ministre de la Culture et des Communications du Québec, déclarait:
"J'attendais depuis deux ans que la France se réveille. Aujourd'hui, je ne m'en
plaindrai pas. "A cette date, le Québec (6 millions d'habitants) proposait plus
de sites web que la France (60 millions d'habitants). La ministre attribuait le
retard de la France à deux facteurs: d'une part les tarifs élevés du téléphone
et du Minitel, d'autre part les transactions commerciales possibles sur le
Minitel depuis plusieurs années, ce qui avait ralenti l'expansion du commerce
électronique sur Internet.

"En voulant trop en faire une affaire nationale, qui exprimerait aussi par
ailleurs l'antipathie qu'ils ont envers les Anglais, les Français ont tendance à
freiner la propagation de leur culture. Cela est très regrettable", lit-on le 7
novembre 1996 dans Yomiyuri Shimbun, le plus grand quotidien japonais avec ses
dix millions d'exemplaires (cité dans un article de Pierre Perroud, créateur de
la cyberbibliothèque Athena). Ce cliché a-t-il jamais été vrai, si ce n'est
pendant la Guerre de cent ans?

Plus optimiste, Tim Berners-Lee, créateur du Web, déclarait cependant en
décembre 1997 à Pierre Ruetschi dans la Tribune de Genève:

"Pourquoi les francophones ne mettent-ils pas davantage d'informations sur le
Web? Est-ce qu'ils pensent que personne ne veut la lire, que la culture
française n'a rien à offrir? C'est de la folie, l'offre est évidemment énorme."
Ces remarques sont-elles une critique, un encouragement, ou les deux? On aurait
pu les comprendre il y a deux ou trois ans, mais il n'est pas sûr qu'elles
soient encore de mise aujourd'hui. Il suffit de naviguer sur le Web francophone
pour s'en rendre compte.

Un exemple parmi d'autres de la coopération francophone est le beau site de
l'Agence de la francophonie. L'Agence, "instrument de coopération multilatérale
née d'un idéal, celui de créer une communauté qui fasse entendre sa voix dans le
concert des nations, participe aujourd'hui à l'avènement d'un Secrétariat
général de la Francophonie". Créée en 1970 pour regrouper 21 états francophones,
l'Agence de la francophonie en comptait 47 en 1997.

S'il est la langue des pays francophones, le français est aussi la deuxième
langue utilisée dans les organisations internationales. Malgré la pression
anglophone, réelle ou supposée selon les cas, des francophones veillent à ce que
le français, langue officielle de plus de quarante états, ait sa place en Europe
et dans le monde, au même titre que les autres grandes langues de communication
que sont l'anglais, l'arabe, le chinois et l'espagnol. Là aussi, l'optique est
aussi bien la défense d'une langue que le respect du multilinguisme et de la
diversité des peuples.

C'est l'Annuaire de l'UREC (UREC: Unité réseaux du CNRS) qui a été le premier
annuaire de sites web français. Travail de pionnier, il a permis aux cybernautes
francophones d'une part de se familiariser avec le Web sans se noyer dans la
masse d'informations mondiale, d'autre part de connaître les sites qui petit à
petit fleurissaient en France et ailleurs. Créé au début de 1994, il a d'abord
recensé les sites académiques, puis son contenu est devenu plus généraliste.

Comme l'expliquait Claude Gross sur le site à l'automne 1997, la gestion de
l'annuaire est ensuite devenue très difficile du fait de l'accroissement
constant du nombre de sites web, et notamment de sites commerciaux. Par la
suite, d'autres annuaires ont vu le jour, dont certains débutés avec l'aide de
l'UREC. En juillet 1997, considérant que la mission qu'elle s'était donnée était
accomplie, l'UREC a donc arrêté la mise à jour de cet annuaire généraliste. Il
est maintenant remplacé par un annuaire spécialisé consacré à l'enseignement
supérieur et à la recherche.

Nombreux sont ceux qui travaillent à une meilleure représentation du français
sur le Web, en prônant un Web francophone intégré dans un Web international et
multilingue tenant compte de la diversité des langues en Europe et dans le
monde.

La Délégation générale à la langue française (DGLF) s'est donnée plusieurs
missions : veiller à la promotion et à l'emploi du français en France, favoriser
son utilisation comme langue de communication internationale et développer le
plurilinguisme, garant de la diversité culturelle. La rubrique: France langue
propose trois listes de diffusion consacrées à la langue française: France
langue, France langue assistance et France langue technologies. Gérée et modérée
par la DGLF, France langue se veut "un lieu convivial d'échanges d'informations
et d'idées (manifestations, colloques, publications, etc.), ainsi qu'un lieu de
discussion sur les thèmes liés à la langue française, à la diversité
linguistique, à la dynamique des langues, à la politique linguistique", et elle
accueille toutes les questions d'ordre linguistique (grammaire, orthographe,
usage, etc.).

La DGLF a également mené plusieurs actions pour assurer la place du français sur
les nouveaux réseaux, notamment l''édition de guides techniques sur
l'utilisation dans les logiciels des caractères typographiques et des accents
propres à la langue française, ce en liaison avec l'AFNOR (Association française
de normalisation), et la traduction des logiciels commercialisés en France.

Le site de la Maison de la Francité, association belge subventionnée depuis 1976
par la Commission communautaire française, souhaite présenter la réalité
socio-linguistique de Bruxelles, seconde capitale internationale de langue
française après Paris, tout en agissant pour la défense et la promotion de la
langue française à Bruxelles et au sein de la Communauté française
Wallonie-Bruxelles.

Au Québec, le dynamique Office de la langue française (OLF), organisme
gouvernemental chargé d'assurer la promotion du français, veille à
l'implantation et au maintien du français dans les milieux de travail et des
affaires et dans les services administratifs. Il définit et conduit la politique
québécoise en matière de linguistique et de terminologie.

La propagation d'une langue passe aussi par l'étude dynamique de celle-ci.
Internet ouvre des horizons sans précédent sur l'utilisation de bases de données
linguistiques et les possibilités de recherche textuelle, témoin le site de
l'Institut national de la langue française (INaLF), qui présente ses propres
recherches, notamment dans le discours littéraire du 14e au 20e siècle (contenu,
sémantique, thématique), la langue courante (langue écrite, langue parlée,
argot), le discours scientifique et technique et ses ressources terminologiques.

Les instances politiques ont également contribué à favoriser l'accès des
autoroutes de l'information aux francophones. En application de la Résolution
sur la société de l'information adoptée par les chefs d'Etat et de gouvernement
à Cotonou (Bénin) en décembre 1995, la Conférence des ministres francophones
chargés des inforoutes s'est déroulée à Montréal (Québec) du 19 au 21 mai 1997.
Datée du 21 mai 1997, la Déclaration de Montréal proposait de "développer une
aire francophone d'éducation, de formation et de recherche; soutenir la création
et la circulation de contenus francophones et contribuer à la sauvegarde et à la
valorisation des patrimoines; encourager la promotion de l'aire francophone de
développement économique; mettre en place une vigie francophone (veille active);
sensibiliser prioritairement la jeunesse ainsi que les utilisateurs, les
producteurs et les décideurs; assurer la présence et la concertation des
francophones dans les instances spécialisées."

De par sa vocation internationale, Internet doit être multilingue. On dispose
enfin d'un instrument qui peut abolir les frontières au lieu d'en créer
d'autres. De plus en plus de sites offrent des présentations bilingues ou
trilingues, voire multilingues. Le site du quotidien belge Le Soir, par exemple,
offre une présentation du journal en six langues: français, allemand, anglais,
espagnol, italien et néerlandais. Le Club des poètes, lui, présente son site en
anglais, en espagnol et en portugais.

Le multilinguisme est l'affaire de tous, témoin cet Appel du Comité européen
pour le respect des cultures et des langues en Europe (CERCLE) qui, diffusé dans
les onze langues officielles de l'Union européenne, défend "une Europe
humaniste, plurilingue et riche de sa diversité culturelle". Il propose aux
réviseurs du Traité de l'Union européenne douze amendements prenant en compte le
respect des cultures et des langues.

"La diversité et le pluralisme linguistiques ne sont pas un obstacle à la
circulation des hommes, des idées et des marchandises ou services, comme veulent
le faire croire certains, alliés objectifs, conscients ou non, de la culture et
de la langue dominantes. C'est l'uniformisation et l'hégémonie qui sont un
obstacle au libre épanouissement des individus, des sociétés et de l'économie de
l'immatériel, source principale des emplois de demain. Le respect des langues, à
l'inverse, est la dernière chance pour l'Europe de se rapprocher des citoyens,
objectif toujours affiché, presque jamais mis en pratique. L'Union doit donc
renoncer à privilégier la langue d'un seul groupe."

Il n'empêche que, même si on prône le multilinguisme, il est vraiment
désagréable de se heurter à des pages web dont le contenu vous intéresse mais
dont on ne comprend pas la langue. Depuis décembre 1997, le moteur de recherche
AltaVista, utilisé par douze millions d'internautes, propose AltaVista
Translation, un service de traduction automatisée de l'anglais vers cinq autres
langues (allemand, espagnol, français, italien et portugais), et vice versa.
Alimenté par des dictionnaires multilingues contenant plus de 2,5 millions de
termes, ce service, gratuit et instantané, a été mis en place par Systran,
société pionnière de la traduction automatique. La traduction étant entièrement
automatisée, elle est évidemment approximative. Le texte à traduire doit être de
trois pages maximum, et la page originale et la traduction apparaissent en
vis-à-vis sur l'écran. Cet outil a ses limites, mais il a le mérite d'exister et
il préfigure ceux de demain.

Internet est multilingue. Toutes les langues y sont déjà représentées. Tôt ou
tard, la répartition des langues sur le Web correspondra à leur répartition sur
la planète. Même s'ils donnent encore des résultats surprenants et souvent peu
satisfaisants, des logiciels de traduction de pages web sont maintenant
disponibles sur le marché, et des recherches sont menées par plusieurs sociétés
(Alis Technologies, Globalink, Lernout & Hauspie, Systran, etc.) pour les
améliorer.

[Pour des informations plus complètes sur le Web et les langues, merci de vous
reporter à une autre étude, Le multilinguisme sur le Web.]


3. LES CYBERLIBRAIRIES


[Dans ce chapitre:]

[3.1. Cyberlibrairies francophones / 3.2. Cyberlibrairies non francophones /
3.3. Librairies de livres anciens / 3.4. Fournisseurs de livres pour
bibliothèques / 3.5. L'avenir des cyberlibrairies]

De nombreuses librairies dites "traditionnelles" - avec libraires, locaux,
vitrines, livres en pile sur des présentoirs ou alignés sur des rayonnages - ont
créé un site sur Internet. D'autres librairies n'ont ni murs, ni vitrine, ni
enseigne sur la rue. Leur vitrine est leur site web, et toutes leurs
transactions s'effectuent par le biais d'Internet. Dans les deux cas, les
librairies en ligne sont souvent appelées librairies virtuelles par les
francophones. Au terme de librairie virtuelle on préférera ici celui de
cyberlibrairie parce que, bien que n'ayant ni murs, ni vitrine, ni enseigne sur
la rue, une cyberlibrairie n'en est pas moins bien réelle.

L'internaute peut consulter le catalogue de la cyberlibrairie sur son écran et
rechercher un livre par auteur, par titre ou par sujet. Sur l'écran, il peut
également lire le résumé ou des extraits des livres qui l'intéressent, et se
tenir informé de l'actualité du livre. Et surtout, qu'il cherche, consulte, lise
ou commande, il n'a pas à se déplacer et à faire la queue. Il peut effectuer le
paiement de sa commande au moyen de sa carte de crédit puisque les librairies
sont maintenant pourvues d'un système de paiement sécurisé. Il peut aussi
envoyer son paiement par chèque ou par virement s'il est réfractaire à l'envoi
de son numéro de carte de crédit par Internet.

Voici quelques exemples de cyberlibrairies francophones, cyberlibrairies
anglophones, librairies de livres anciens et fournisseurs de livres pour
bibliothèques. Parallèlement on s'interrogera sur l'avenir des librairies en
ligne et de la commercialisation des livres sur Internet.


3.1. Cyberlibrairies francophones


Le site de la FNAC ouvre sur le logo "fnac" blanc sur fond ocre bien connu.
Présente en France, en Belgique et en Espagne, la FNAC se veut à la fois
défricheur, agitateur culturel et commerçant. Elle définit sa politique
commerciale comme "fondée sur l'alliance avec le consommateur, sa vocation
culturelle et sa volonté de découvrir les nouvelles technologies". Outre un
magazine littéraire en ligne, la FNAC a ouvert un secteur: commerce
électronique, qui permet à chacun de commander les livres, disques, vidéos et
CD-Rom de son choix. La commande s'effectue par Internet, Minitel ou téléphone.
La livraison s'effectue en France comme à l'étranger. Les modes de paiement sont
la carte de crédit ou le chèque à la commande. Ce service inclut également la
réservation et le paiement de places de spectacles qui sont ensuite envoyées au
domicile du client, et la réservation de voyages.

Le Furet du Nord est une chaîne de librairies françaises implantée dans le Nord
de la France et dont le siège est à Lille. Son site permet de consulter une base
de données répertoriant 250.000 ouvrages en langue française disponibles dans le
monde entier et de commander instantanément ces ouvrages. Il propose aussi un
suivi permanent de l'actualité littéraire. La vente à distance représente 15 à
20% du chiffre d'affaires total de la librairie, et les meilleurs clients sont
les écoles, les universités, les comités d'entreprises et les ambassades.

En région Rhône-Alpes, la chaîne de librairies Decitre offre un site qui est un
modèle de clarté. Ses neuf librairies sont particulièrement dynamiques dans le
domaine du multimédia, avec un rayon très complet sur Internet et
l'informatique. Elles organisent régulièrement des conférences et des
initiations à Internet, et des démonstrations de CD-ROM.

Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, Muriel Goiran expliquait que le
site web, créé en 1996 et revu en décembre 1997, a été remanié à nouveau pour
adopter une nouvelle présentation fin juillet 1998:

"C'est pour l'instant juste un moyen de communication de plus (mail) avec nos
clients des magasins et nos clients bibliothèques et centres de documentation.
Nous avons découvert son importance en organisant DOCForum, le premier forum de
la documentation et de l'édition spécialisée, qui s'est tenu à Lyon en novembre
97 (la prochaine édition est fixée en novembre 99). Il nous est apparu
clairement qu'en tant que libraires, nous devions avoir un pied dans le Net.
Internet est très important pour notre avenir. Nous allons mettre en ligne notre
base de 400.000 livres français à partir de fin juillet 98, et elle sera en
accès gratuit pour des recherches bibliographiques (l'achat des livres sera
payant bien sûr!). Ce ne sera pas une n-ième édition de la base de Planète
Livre [...], mais notre propre base de gestion, que nous mettons sur Internet."

Virgin MegaWeb est le magazine électronique de la section française du célèbre
mégastore, avec l'actualité de la musique, du livre, de la vidéo et des CD-Rom.
Le site du club France Loisirs présente tout le catalogue: CD, vidéos, livres,
magazines, tirages et appareils photo, etc. Il permet d'adhérer au club et de
passer commande.

Située au coeur de Paris dans la rue Saint-Honoré, la Librairie Itinéraires
rassemble tous les ouvrages permettant de préparer, accompagner et prolonger un
voyage: guides, cartes, manuels de conversation, reportages, récits de voyage,
livres de cuisine, livres d'art et de photographie, ouvrages d'histoire, de
civilisation, d'ethnographie, de religion et de littérature étrangère, et cela
pour plus de 160 pays, soit environ 250 destinations. "Le monde en mémoire", tel
est le sous-titre de son site bilingue français-anglais.

Dès 1985, la librairie avait créé une base de données avec classement des
ouvrages par pays et par thèmes. Dans son courrier électronique du 11 juin 1998,
Hélène Larroche, fondatrice de la librairie, expliquait:

"Il y a un peu plus de trois ans, nous en avons rendu la consultation possible
sur Minitel et effectuons aujourd'hui près de 10% de notre chiffre d'affaires
avec la vente à distance. Passer du Minitel à Internet nous semblait intéressant
pour atteindre la clientèle de l'étranger, les expatriés désireux de garder par
les livres un contact avec la France et à la recherche d'une librairie qui
'livre à domicile' et bien sûr les 'surfeurs sur le net', non minitélistes.

La vente à distance est encore trop peu utilisée sur Internet pour avoir modifié
notre chiffre d'affaires de façon significative. Internet a cependant eu une
incidence sur le catalogue de notre librairie, avec la création d'une rubrique
sur le Web, spécialement destinée aux expatriés, dans laquelle nous mettons des
livres, tous sujets confondus, qui font partie des meilleures ventes du moment
ou/et pour lesquels la critique s'emballe. Nous avons toutefois décidé de
limiter cette rubrique à 60 titres quand notre base en compte 13.000. Un
changement non négligeable, c'est le temps qu'il faut dégager ne serait-ce que
pour répondre au courrier que génèrent les consultations du site. (...) Outre le
bénéfice pour l'image de la librairie qu'Internet peut apporter (et dont nous
ressentons déjà les effets), nous espérons pouvoir capter une nouvelle clientèle
dans notre spécialité - la connaissance des pays étrangers -, atteindre et
intéresser les expatriés ... et augmenter nos ventes à l'étranger."

Distributeur indépendant, la Société internationale de diffusion et d'édition
(SIDE) est le spécialiste français de l'exportation des livres, périodiques et
CD-ROM. La société regroupe et exporte à travers le monde les livres en langue
française publiés en Europe et traite les abonnements de périodiques français.
Son site bilingue français-anglais offre un plus à son activité.

Québécoise, la Librairie Garnau est la plus grande chaîne de librairies
francophones en Amérique du Nord. Avec ses dix-sept points de vente à Montréal,
Québec, Sherbrooke, Victoriaville, Saint-Jérôme, Laval, Sainte-Foy, Anjou,
Gatineau, Sorel, Saint-Bruno et Chicoutimi, elle est également le plus gros
réseau de distribution de livres au Québec.

Fondée en 1844 par le poète Octave Crémazie et son frère Joseph, la Librairie
Garneau était un cercle littéraire fréquenté par des écrivains tels que
François-Xavier Garneau ou Louis Fréchette. Elle eut aussi des hôtes illustres
comme Sir Winston Churchill, Hervé Bazin, André Maurois, René Lévesque ou Lomer
Gouin. En 1897, la librairie passa aux mains de Samuel Chaperon qui s'associa
avec Pierre Garneau. Elle changea de propriétaires plusieurs fois pour être
finalement rachetée en 1993 par Sogides, premier groupe d'édition, de diffusion
et de distribution au Québec. Le 8 avril 1998, elle lance une cyberlibrairie de
250.000 titres basée sur la technologie IBM et le protocole SecurNat de la
Banque nationale du Québec.

Les librairies spécialisées sont elles aussi présentes sur le Web, comme Le
Monde en Tique qui offre un catalogue de 37.000 titres français et étrangers sur
l'informatique, les nouvelles technologies, le multimédia et Internet, ou encore
la Librairie Interférences, spécialisée en ouvrages scientifiques et étrangers,
qui fut la première librairie française à ouvrir un site sur Internet en 1995.
De nombreux autres sites de librairies spécialisées francophones sont
accessibles grâce à la liste des librairies en ligne de Livre.net.

Avec l'essor du Web sont apparues les cyberlibrairies qui vendent des livres
uniquement par le biais de leur site.

Alapage est une cyberlibrairie francophone qui propose tous les livres, disques
et vidéos disponibles sur le marché français, soit 400.000 références, avec
paiement sécurisé. Le site est bilingue français-anglais, et la recherche est
possible par auteur, titre et éditeur. Le même service est également disponible
sur Minitel (3615 Alapage).

Alapage travaille en partenariat avec Novalis, qui assure lui aussi la vente par
correspondance de produits culturels: disques, livres, vidéos et multimédia. Les
deux cyberlibrairies ont décidé en 1997 de créer le premier prix littéraire
francophone sur Internet, non pas pour créer un prix litéraire de plus, mais
pour constituer une "première".

Comme il était expliqué sur le site en octobre 1997,

"a) C'est la première fois que l'on utilise le support Internet pour organiser
un vote autour d'un prix littéraire.

b) C'est la première fois qu'est constitué un jury littéraire composé d'un
potentiel aussi important et diversifié de votants, fidèle reflet de la
diffusion de la culture française. Ce vote est en effet ouvert à nos visiteurs
de tous horizons, disséminés sur les cinq continents, qui pourront émettre leur
avis sur l'ensemble des ouvrages concourant aux principaux prix littéraires de
fin d'année.

c) C'est la première fois qu'est imaginé un instrument de mesure de la
satisfaction du lecteur et du bonheur de la lecture, qui ne soit pas seulement
un outil de mesure des ventes de livres, aussi fiable soit-il."

Un vote a donc été organisé du 20 octobre au 9 novembre 1997 auprès de tous les
cybernautes. Afin d'éviter les votes multiples, chaque voix n'a été validée que
si la fiche de vote était scrupuleusement remplie. Toute fiche double a été
annulée. Ce premier Prix littéraire des internautes fut remporté par Marc
Trillard pour son roman Coup de lame, paru aux éditions Phébus.

Chapitre.com est une cyberlibrairie de 350.000 titres, complétée par une
bouquinerie, un choix d'éditeurs, des liens avec 1.000 sites littéraires et
culturels, et une revue des littératures intitulée Tête de chapitre. Livre en
ligne est une autre cyberlibrairie disposant d'un catalogue de 300.000 titres.


3.2. Cyberlibrairies non francophones


Basée au Royaume-Uni, Internet Bookshop, très connue aussi sous son sigle iBS,
est la plus grande cyberlibrairie européenne avec 1,4 million de titres.

IBS a développé un nouveau système de partenariat sur le Web. Tout possesseur
d'un site web peut devenir partenaire d'iBS en sélectionnant sur son propre site
un certain nombre de titres présents dans le catalogue de la cyberlibrairie. IBS
prend en charge toute la partie commerciale, à savoir les commandes, les envois
et les factures. Le cybernaute partenaire reçoit 10% du prix des ventes. Suivie
par Amazon.com, la grande cyberlibrairie américaine, Internet Bookshop a été la
première librairie en ligne à proposer une part aux bénéfices exclusivement à
travers le Web, ce qui a d'ailleurs démontré la nécessité d'une nouvelle
réglementation dans ce domaine.

En octobre 1997, Internet Bookshop a débuté la vente de livres anglais avec des
remises allant jusqu'à 45%, prenant le risque d'une guerre des prix et des
droits avec les éditeurs anglais. Parallèlement, elle attendait la réaction des
mêmes éditeurs à sa décision de vendre des livres provenant des Etats-Unis,
vente débutée en septembre 1997 et pratiquée aussi par d'autres libraires
spécialisés.

A la même époque, Waterstone's songeait également à introduire des titres
américains dans son catalogue à partir de début 1998. De son côté, The
Publishers Association, organisme représentant les éditeurs du Royaume-Uni,
étudiait les propositions d'interdiction de vente de livres américains à des
clients britanniques par des cyberlibrairies basées aux Etats-Unis.

Sur le site, la rubrique iBS News permet de suivre le match engagé par les
librairies en ligne contre les associations d'éditeurs ou contre les libraires
traditionnels, afin de permettre la suppression des frontières dans la vente des
livres.

Ailleurs en Europe, on peut citer par exemple les librairies en ligne allemandes
Buch +Medien Online ou Lehmanns Online Bookshop, ou encore Alice.it, qui est la
grande cyberlibrairie italienne.

Aux Etats-Unis, Amazon.com, créé en 1994, se présente comme la plus grande
cyberlibrairie du monde avec ses 3 millions de livres, CD, DVD, jeux
informatiques, etc., soit quatorze fois plus que les plus grandes chaînes de
supermarchés, et ses 3 millions de clients dans 160 pays. Son catalogue permet
de rechercher les livres par titre, auteur, sujet ou rubrique. Très attractif,
le contenu éditorial du site change quotidiennement et forme un véritable
magazine littéraire qui offre des extraits de livres, des entretiens avec des
auteurs, des commentaires de lecteurs et des conseils de lecture.

Sur les traces d'Internet Bookshop, Amazon.com offre une part des bénéfices à
ses associés en ligne. Depuis le printemps 1997, tous les possesseurs d'un site
web peuvent vendre des livres appartenant au catalogue d'Amazon.com et toucher
un pourcentage de 15% sur les ventes. Ces associés effectuent une sélection dans
les titres du catalogue et rédigent leurs propres résumés. Amazon.com prend les
commandes, expédie les livres, rédige les factures et leur envoie un rapport
hebdomadaire d'activité. Au printemps 1998, son réseau comprenait plus de 30.000
sites affiliés.

"Introduit à la bourse de New York en mai 1997, Amazon.com a attiré 54 millions
de dollars en ne cédant que 13% de son capital, une véritable performance pour
une société dont le chiffre d'affaires était alors de 32 millions de dollars",
expliquent Philip Wade et Didier Falkand dans Cyberplanète: notre vie en temps
virtuel (Paris, Editions Autrement, 1998). Avec plus d'un million et demi de
clients et une très bonne image de marque, elle est un symbole de réussite dans
le cybercommerce. Sa cotation boursière est excellente, alors que la librairie
est toujours déficitaire après deux ans d'existence. Fondateur et principal
actionnaire d'Amazon.com, Jeff Bezos précise: "Nous générons des revenus de plus
de 300.000 dollars [1 dollar = 6 FF environ] par an et par employé. Une
librairie traditionnelle ne fait que 95.000 dollars par employé."

Les autres géants américains sont notamment Bookpage Online ou encore
Buybooks.com avec un catalogue de 1,4 million de titres américains, 500.000
titres allemands, 500.000 titres français, 200.000 titres anglais, 100.000
titres suédois, 80.000 films en vidéo ou sur disque laser, et 10.000 jeux
informatiques pour console ou sur CD-ROM. Le plus important libraire
"traditionnel" des Etats-Unis, Barnes & Nobles, a également décidé de se lancer
dans la vente des livres sur Internet en créant en mai 1997 son site
barnesandnoble.com. Il a ainsi déclenché une guerre des prix en faisant
directement concurrence à Amazon.com.


3.3. Librairies de livres anciens


Plusieurs libraires de livres anciens ont saisi l'opportunité que représentait
Internet pour faire connaître leurs fonds.

Créé en novembre 1995 par Pascal Chartier, de la Librairie du Bât d'Argent
(Lyon), Livre-rare-book est un site quadrilingue en français, anglais, italien
et allemand. Il propose à la fois un catalogue de livres anciens regroupant les
catalogues de plusieurs librairies de la région et un annuaire électronique
international des librairies de livres d'occasion. Pascal Chartier considère que
le Web lui a "ouvert une vaste porte", à la fois pour lui et pour ses clients.
Comment voit-il son avenir professionnel avec Internet? Comme "peut-être la pire
et la meilleure des choses, la pire parce qu'il peut générer un travail constant
sans limite et la dépendance totale. Le meilleur parce qu'il peut s'élargir
encore et permettre surtout un travail intelligent!", répondait-il dans son
courrier électronique du 10 juin 1998.

Classé en plusieurs rubriques (beaux-arts, cartes postales, collections,
ésotérisme, femmes, histoire, jeux, jouets, littérature, livres anciens,
Lyonnais, musique, régionalisme en France, religions, revues, sciences, sports
et voyages), le catalogue de livres anciens est commun à la Librairie du Bât
d'Argent (Lyon), la Librairie Devaux (Moulins), la Libreria A. Guida (Naples),
la Librairie Heurtebise (Dijon), la Librairie Lucas et Vermorel (Lyon), la
Librairie Miraglia (Lyon) et la Librairie du Verseau (Lyon).

Spécialiste d'antiquités et de livres anciens, France Antiques héberge plusieurs
sites de librairies anciennes. Basé à Amboise (Loire), ce site bilingue
français-anglais se veut celui de tous les professionnels du marché de l'art
ancien français: antiquaires, libraires, commissaires-priseurs, éditeurs d'art,
fournisseurs et artisans d'art, etc. Mis à jour quotidiennement, le site informe
également des ventes publiques, expositions, salons et manifestations diverses.
France Antiques comprend douze catalogues de librairies anciennes. Le site
propose aussi un annuaire des libraires, une liste des librairies complétée par
un classement géographique, et un index par spécialités (autographes, manuscrits
- beaux-arts, architecture, arts décoratifs - bibliographie, histoire du livre -
etc.).

Dans les sites non francophones consacrés aux livres anciens, le site Paulus
Swaen Old Maps and Prints propose des enchères sur Internet de cartes anciennes
du monde entier, gravures, imprimés, atlas, globes et manuscrits médiévaux.

Par ailleurs, toujours dans le domaine du livre ancien, comme on le verra plus
loin dans les chapitres consacrés aux cyberbibliothèques et aux catalogues,
toutes les cyberbibliothèques proposent des oeuvres anciennes en texte intégral.
Des catalogues tels que celui de RLIN (Research Libraries Information Network)
recensent les fonds anciens de nombreuses bibliothèques dans le monde.


3.4. Fournisseurs de livres pour bibliothèques


Outre les librairies accessibles aux particuliers comme aux collectivités, il
existe des fournisseurs en livres et périodiques exclusivement pour les
collectivités, par exemple Blackwell et Dawson. Ces fournisseurs centralisent
toutes les demandes émises par ces collectivités, ce qui évite à celles-ci le
casse-tête engendré par la gestion de bons de commandes et de factures
multiples. De plus, les fournisseurs disposent d'un réseau international,
c'est-à-dire qu'ils s'engagent à fournir un livre ou un périodique quelle que
soit sa provenance. Là aussi, les collectivités n'ont plus à faire face au
casse-tête représenté par l'achat de documents hors des frontières d'un pays
donné.

Blackwell's Book Services est un fournisseur international de livres,
abonnements, bases de données bibliographiques et contrôle d'autorités à
destination des bibliothèques universitaires, bibliothèques de recherche et
grandes bibliothèques publiques du monde entier. La société, qui a fêté son
vingtième anniversaire en 1995, a une histoire intéressante puisque, anglaise à
l'origine, elle a conquis le marché américain puis mondial.

A la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, la société de
Richard Abel, basée à Portland (Oregon, USA), dominait le marché universitaire
américain. Elle vendait des livres aux bibliothèques et proposait un service de
catalogage automatisé. Mise en vente en 1974, cette société fut rachetée par la
librairie et l'éditeur britanniques B.H. Blackwell et Blackwell Scientific, qui
cherchaient à s'étendre en Amérique du Nord et qui s'installèrent à Portland
sous le nom de Blackwell North America (BNA). Blackwell était déjà connu à cette
époque en tant que fournisseur étranger de livres et de périodiques. Son unique
représentant aux Etats-Unis, Jack Walsdorf, entama son travail de prospection
dans les universités américaines, et la vente des livres débuta en mars 1975.

En 1979, Blackwell North America débuta à la fois un service bibliographique sur
microfiches (standing order microfiche service) et un service de commande
électronique (EAOS : easy access order system). Puis furent ajoutés une
messagerie électronique ainsi qu'un service de commande électronique beaucoup
plus sophistiqué. Le service de contrôle d'autorités fut considérablement
développé. 200 millions de notices furent traitées en 20 ans, entre 1975 et
1995, et l'accent fut mis sur l'expansion internationale.

Comme Blackwell, Dawson est spécialiste du traitement de l'information:
abonnements, livres et nouvelles technologies, à destination des professionnels
de la documentation. De par sa vocation internationale, il propose un site
trilingue anglais-français-espagnol.

C'est en 1809 que William Dawson s'établit comme libraire et dépositaire de
journaux à Cannon Street, dans Londres, et qu'il créa le premier service de
livraison de journaux par diligence hors de Londres, indique le site web.

Aujourd'hui, Dawson Holdings PLC est la plus grande société européenne
d'abonnements et le plus grand fournisseur européen de livres pour les
entreprises et les universités. La société est également un des grands groupes
internationaux en services d'information. Elle procure des services
d'acquisition et de gestion aux bibliothèques et centres de recherche du monde
entier. En octobre 1997, pour mieux répondre à un marché en voie de
mondialisation, Dawson a été réorganisé en deux grands secteurs, l'un gérant les
abonnements, l'autre gérant les livres, ce indépendamment de la situation
géographique de ses clients.


3.5. L'avenir des cyberlibrairies


Grâce au Web, les amoureux des livres disposent de catalogues en ligne
répertoriant tous les titres disponibles. Ils ont la possibilité de passer
commande immédiatement en utilisant le réseau Internet. Ils peuvent aussi suivre
quotidiennement à l'écran l'actualité du livre. L'avenir des cyberlibrairies est
très prometteur.

Chapters, le grand libraire canadien, et The Globe and Mail, quotidien de
Toronto, se sont alliés pour créer une nouvelle cyberlibrairie canadienne,
Chaptersglobe.com, ouverte à l'automne 1998. Le site comprend des critiques et
recensions fournies par le journal, ses archives sur vingt ans, une liste de
best-sellers et des forums de discussion.

Le groupe allemand Bertelsmann, qui a acquis au printemps 1998 Random House, la
plus grande maison d'édition américaine, compte ouvrir prochainement une
gigantesque cyberlibrairie proposant plusieurs millions de titres dans toutes
les langues, avec livraison rapide dans le monde entier.

En France, la loi sur le prix unique du livre laisse peu de latitude sur les
prix, contrairement aux possibilités qu'offre le prix libre du livre au
Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. En revanche, les libraires sont optimistes sur
les perspectives d'un marché francophone. Un nombre significatif de commandes
provient de l'étranger. Il représente par exemple un pourcentage de 10% des
ventes pour la FNAC. Les clients sont des "Français et membres de la diaspora
francophone, étrangers francophiles, universités ou écoles lointaines...
soucieux de se procurer les derniers titres de l'édition parisienne ou
simplement les livres qu'ils ne peuvent trouver à Kansas City ou à Kyoto",
précisait Pierre Briançon dans le quotidien Libération du 14 novembre 1997.

Il faut également replacer le développement des cyberlibrairies françaises dans
le contexte plus général du cybercommerce français. En mars 1998, le magazine
Stratégies Internet a mené une étude sur le cybercommerce en France "auprès des
60 sites marchands les plus actifs en France, dressant ainsi l'état des lieux et
donnant des pistes de réflexion aux entreprises françaises tentées par
l'aventure du cybercommerce." La commande en ligne n'était possible qu'auprès
d'une centaine de sites seulement. Le cybercommerce français représentait 40
millions de francs en 1997, avec une estimation de 160 millions de francs pour
la fin de 1998. Le nombre d'acheteurs sur Internet étaient de 50.000 en mars
1998, avec une estimation de 400.000 pour mars 1999. L'étude indiquait que 25%
des sites étaient considérés comme rentables dès 1997, alors que les autres
envisageaient plutôt une rentabilité à moyen terme.

Même si la création d'une nouvelle législation s'avère difficile parce que
freinée par la librairie "traditionnelle", l'abolition des frontières dans le
marché du livre est inévitable, puisqu'elle est liée à fois à la structure même
d'Internet, réseau des réseaux par-delà les frontières, et à la mondialisation
de l'économie, phénomène économique bien réel. Dans la foulée d'Internet
Bookshop, librairie en ligne britannique qui a décidé de vendre des livres
publiés aux Etats-Unis, d'autres librairies suivent, et on pense à définir une
nouvelle législation.

Les libraires ou les éditeurs vendront-ils bientôt à ceux qui le souhaitent le
texte intégral des livres en version électronique? Dans ce cas, l'inévitable
délai dû à l'envoi du livre par voie postale disparaîtra. On nous promet pour
très bientôt les livres électroniques, ordinateurs de la taille d'un livre sur
lesquels on pourra stocker des dizaines puis des centaines de textes
électroniques. Si nombre de lecteurs actuels sont nés à l'ère du papier et
préfèrent encore lire un roman de trois cents pages en version imprimée, ceci ne
sera peut-être plus le cas pour les générations qui auront commencé à utiliser
l'ordinateur dès l'âge de trois ans.


4. LES EDITEURS SUR LE WEB


[Dans ce chapitre:]

[4.1. Quelques exemples d'éditeurs / 4.2. Répertoires d'éditeurs / 4.3. Edition
traditionnelle et édition électronique / 4.4. Les auteurs ont-ils encore besoin
des éditeurs?]

Comme les libraires, les éditeurs sont en train d'investir le Web. Et, comme
pour les libraires, certains éditeurs traditionnels considèrent leur site web
comme une vitrine permettant de faire connaître leur activité, alors que
d'autres sont des cyberéditeurs qui traitent la totalité de leurs affaires sur
le Net. L'édition électronique offre de nouvelles perspectives. Elle permettrait
entre autres de résoudre la crise affectant les éditions universitaires et de
recherche.


4.1. Quelques exemples d'éditeurs


Spécialisées dans les romans policiers, les éditions du Choucas ont été fondées
en 1992 par Suzanne et Nicolas Pewny, libraires à Glapigny (Haute-Savoie). Sur
leur site web, créé en 1996, ils proposent un chapitre de chaque nouveauté.
Publié en septembre 1997, Affaire de coeurs est l'oeuvre de deux Canadiens,
Fernand Héroux et Liz Morency, que les éditeurs ont connus grâce au Web. Les
échanges ont été effectués par courrier électronique. Réalisée par Joane
Michaud, infographiste et affichiste québécoise, l'illustration de la couverture
a elle aussi été reçue par le biais d'Internet.

Nicolas Pewny expliquait sa démarche dans son courrier électronique du 8 juin
1998:

"Le site des éditions du Choucas a été créé fin novembre 1996. Lorsque je me
suis rendu compte des possibilités qu'Internet pouvait nous offrir, je me suis
juré que nous aurions un site le plus vite possible. Un petit problème: nous
n'avions pas de budget pour le faire réaliser. Alors, au prix d'un grand nombre
de nuits sans sommeil, j'ai créé ce site moi-même et l'ai fait référencer (ce
n'est pas le plus mince travail). Le site a alors évolué en même temps que mes
connaissances (encore relativement modestes) en la matière et s'est agrandi, et
a commencé à être un peu connu même hors France et Europe.

Le changement qu'Internet a apporté dans notre vie professionnelle est
considérable. Nous sommes une petite maison d'édition installée en province.
Internet nous a fait connaître rapidement sur une échelle que je ne soupçonnais
pas. Même les médias 'classiques' nous ont ouvert un peu leur portes grâce à
notre site. Les manuscrits affluent par le courrier électronique. Ainsi nous
avons édité deux auteurs québécois. Beaucoup de livres se réalisent
(corrections, illustrations, envoi des documents à l'imprimeur) par ce moyen.
Dès le début du site nous avons reçu des demandes de pays ou nous ne sommes pas
(encore) représentés: USA, Japon, Amérique latine, Mexique, malgré notre volonté
de ne pas devenir un site 'commercial' mais d'information et à 'connotation
culturelle'. (Nous n'avons pas de système de paiement sécurisé, etc., nous avons
juste référencé sur une page les libraires qui vendent en ligne)."

Comment Nicolas Pewny voit-il son avenir professionnel avec Internet?

"J'aurais tendance à répondre par deux questions: Pouvez vous me dire comment va
évoluer Internet? Comment vont évoluer les utilisateurs? Nous voudrions bien
rester aussi peu 'commercial' que possible et augmenter l'interactivité et le
contact avec les visiteurs du site. Y réussirons-nous? Nous avons déjà reçu des
propositions qui vont dans un sens opposé. Nous les avons mis 'en veille'. Mais
si l'évolution va dans ce sens, pourrons-nous résister, ou trouver une 'voie
moyenne'? Honnêtement, je n'en sais rien."

De plus en plus d'éditeurs sont présents sur le Web, par exemple Gallimard, La
Documentation française, Marabout et les éditions Odile Jacob. Le site des
Presses universitaires de France (PUF) présente le fonds éditorial des PUF,
ainsi que la collection encyclopédique Que sais-je?, avec une recherche par
numéro, un historique de la collection, une présentation des titres sur les
trois derniers mois, un descriptif détaillé des dernières parutions, et un
classement thématique.

Les éditions du Cerf se présentent comme la bibliothèque francophone de sciences
humaines et religieuses. Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, Hervé
Ponsot, webmestre du site, précisait:

"Pour les éditions du Cerf dont je m'occupe sur le plan Internet, en effet, le
site existe en lien avec les éditions, mais marginalement quand même : le
serveur se trouve en dehors du Cerf, et il est géré par une personne extérieure
au Cerf, moi-même. Bref, il s'agit plutôt d'un service rendu, dont on ne peut
dire qu'il ait bouleversé la maison Cerf. Il reste que, par la grâce de Dieu, de
plus en plus de consultants arrivent sur ce site, et que des commandes me sont
adressées de plus en plus régulièrement, sans que nous les ayons cherchées,
puisque le site a été créé en priorité pour rendre service aux chercheurs, et
secondairement pour faire de la publicité pour la maison et renouveler son
image...

Mais j'ai constaté, et beaucoup de personnes m'ont confirmé, que les sites de
service pouvaient se révéler rentables, parfois plus facilement et plus
rapidement que les sites commerciaux: l'exemple le plus connu est fourni par les
sites de recherche sur Internet. La suite envisagée pour le site Cerf ne devrait
pas fondamentalement changer par rapport à ce qui se passe aujourd'hui: rendre
service aux chercheurs, faire connaître la maison en lui donnant une image
dynamique. Nous pensons certes un jour faire du site, ou d'un site voisin, un
site commercial: mais la maison ne peut se permettre, compte tenu de sa faible
surface financière, d'être leader en ce domaine; les pas seront donc comptés et
très prudents."

Lancées en août 1996, les éditions CyLibris vendent leurs livres uniquement sur
le Web et ne les impriment qu'à la demande, ce qui leur permet d'éviter le stock
et les intermédiaires. Trois mois après, l'éditeur avait signé des contrats avec
treize auteurs et vendu cent livres. Le site offre des extraits d'ouvrages et
des informations sur de nouveaux auteurs, et il se propose aussi d'être le
carrefour de la petite édition.

Le site des éditions 00h00.com (00h00 se prononce: zéro heure) a été ouvert le
18 mai 1998.

"La création de 00h00.com marque la véritable naissance de l'édition en ligne.
C'est en effet la première fois au monde que la publication sur Internet de
textes au format numérique est envisagée dans le contexte d'un site commercial,
et qu'une entreprise propose aux acteurs traditionnels de l'édition (auteurs et
éditeurs) d'ouvrir avec elle sur le réseau une nouvelle fenêtre d'exploitation
des droits. Les textes offerts par 00h00.com sont soit des inédits, soit des
textes du domaine public, soit des textes sous copyright dont les droits en
ligne ont fait l'objet d'un accord avec leurs ayants-droit. [...] Avec l'édition
en ligne émerge probablement une première vision de l'édition au 21ème siècle.
C'est cette idée d'origine, de nouveau départ qui s'exprime dans le nom de
marque, 00h00. [...]

Internet est un lieu sans passé, où ce que l'on fait ne s'évalue pas par rapport
à une tradition. Il y faut inventer de nouvelles manières de faire les choses.
[...] Le succès de l'édition en ligne ne dépendra pas seulement des choix
éditoriaux : il dépendra aussi de la capacité à structurer des approches neuves,
fondées sur les lecteurs autant que sur les textes, sur les lectures autant que
sur l'écriture, et à rendre immédiatement perceptible qu'une aventure nouvelle a
commencé."

Tous les titres sont disponibles sous la forme d'un exemplaire numérique et d'un
exemplaire papier. Les collections sont les suivantes: inédits, théâtre
classique français, contes et récits fantastiques, contes et récits
philosophiques, souvenirs et mémoires, philosophie classique, réalisme et
naturalisme, cyberculture, romans d'enfance, romans d'amour, nouvelles et romans
d'aventure. Le recherche est possible par auteur, par titre et par genre. Pour
chaque oeuvre, on a un descriptif en quelques lignes, un descriptif détaillé, la
table des matières et les commentaires des lecteurs. Le paiement est effectué en
ligne grâce à un système sécurisé mis en place par 00h00.com et la Banque
populaire. Pour ceux que le paiement en ligne rebute, il sera bientôt possible
de régler hors ligne par télécopieur, courrier, carte bancaire ou chèque.

Pas de stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un lien direct
avec le lecteur et entre les lecteurs eux-mêmes. Sur le site, les
cybernautes/lecteurs qui le souhaitent créent leur espace personnel dans lequel
ils peuvent rédiger leurs commentaires, recommander des liens vers d'autres
sites, exprimer leurs opinions et inviter leurs amis. Ils peuvent participer à
des forums ou commenter les oeuvres proposées par l'éditeur. Ils peuvent encore
s'abonner à la lettre d'information pour être tenu au courant des nouveautés.

Les éditions 00h00.com sont dirigées par Jean-Pierre Arbon, ancien directeur
général de Flammarion, et Bruno de Sa Moreira, ancien directeur de Flammarion
Multimédia. Dans son courrier électronique du 31 juillet 1998, Bruno de Sa
Moreira expliquait:

"Le site a ouvert le 18 mai dernier, la gestation du projet: brainstorming,
faisabilité, création de la société et montage financier, développement
technique du site et informatique éditoriale, mise au point et production des
textes et préparation du catalogue à l'ouverture a duré un an."

Dans quelle mesure Internet a-t-il changé sa vie professionnelle?

"Radicalement, puisqu'aujourd'hui mon activité professionnelle est 100% basée
sur Internet. Le changement ne s'est pas fait radicalement lui mais
progressivement (audiovisuel puis multimédia puis Internet)."

Comment voit-il son avenir professionnel avec Internet? "Difficile de répondre,
il s'agit du présent, nous faisons un pari, mais cela me semble un média capable
d'une très large popularisation, sans doute grâce à des terminaux plus faciles
d'accès que le seul micro-ordinateur."

Outre-Atlantique, des éditeurs ont choisi de mettre en accès libre sur le Web le
texte intégral de leurs publications et, loin de baisser, les ventes ont au
contraire augmenté. La MIT Press (MIT: Massachussets Institute of Technology,
USA) par exemple a vu ses ventes doubler pour les titres disponibles sur
Internet.

Autre exemple, celui de la National Academy Press (NAP), qui publie environ 200
livres par an, principalement dans les domaines scientifique, technologique et
médical:

"A première vue, cela paraît illogique. Un éditeur de Washington, la National
Academy Press, qui a publié sur Internet 1.700 titres de son catalogue actuel,
permettant ainsi à tout un chacun de lire gratuitement ses livres, a vu ses
ventes augmenter de 17% l'année suivante. Qui a dit que personne n'achèterait la
vache si on pouvait avoir le lait gratuitement?"

Dans un article du Courrier international de novembre 1997, Beth Berselli,
journaliste au Washington Post, explique que l'éditeur a choisi depuis 1994 de
mettre sur Internet le texte intégral d'un certain nombre de livres pour que les
lecteurs puissent les "feuilleter", comme ils l'auraient fait dans une
librairie, avant de les acheter ensuite s'ils le souhaitent. Si d'autres
éditeurs rejettent cette solution du fait des coûts d'installation excessifs,
des problèmes liés au droit d'auteur ou d'une concurrence qu'ils estiment
nuisible à la vente, la NAP a choisi d'offrir ce service moyennant une dépense
allant de 250.000 à 400.000 dollars (1,5 à 2,4 millions de FF) par an.

En ce qui concerne le copyright, ce sont les auteurs eux-mêmes qui, pour des
raisons publicitaires, demandent à ce que le livre soit disponible sur le site.
Pour l'éditeur, le Web est un nouvel outil de marketing face aux 50.000 ouvrages
publiés chaque année aux Etats-Unis. Sur un chiffre d'affaires annuel de 5,5
millions de dollars (33 millions de FF) sur l'exercice 1997 (clos en juin), la
somme de 275.000 dollars (1,65 millions de FF), soit 5%, provenait de commandes
passées sur Internet. La présence de l'éditeur sur le Web a entraîné également
une augmentation des ventes par téléphone. Début janvier 1998, le site disposait
de 1.000 livres avec contenu intégral sur le Web. Par ailleurs, une réduction de
20% est accordée pour toute commande effectuée en ligne.


4.2. Répertoires d'éditeurs


Les répertoires d'éditeurs ne manquent pas. Biblio On Line, diffuseur français
de l'information culturelle sur Internet, gère un répertoire Editeurs. ClicNet,
site culturel et littéraire francophone proposé par l'Université de Swarthmore
(Pennsylvanie, USA), recense 2.500 liens à des ressources francophones, y
compris des éditeurs.

Editeurs francophones se présente comme le site convivial de tous les éditeurs
de langue française:

"Imaginez un espace convivial où vous, lecteurs du monde entier, pourrez faire
connaissance avec les maisons d'édition, découvrir un univers où la culture
francophone a toute sa place: actualités du livre, dossiers thématiques,
rencontres avec des écrivains... de multiples opportunités pour susciter
l'intérêt et la curiosité. Bien d'autres domaines encore seront progressivement
développés en coopération avec les éditeurs, avec en perspective des échanges
passionnants autour des grands sujets culturels pour vous."

Edilib répertorie les éditeurs, libraires et diffuseurs francophones. La gestion
de cette liste est assurée par Benoît Thiriou, de la bibliothèque médicale du
CHU (centre hospitalier universitaire) de Rouen (Normandie). L'indexation est
réalisée à l'aide du répertoire RAMEAU (répertoire d'autorités matières
encyclopédique et alphabétique unifié) par Dominique Benoist, de la Bibliothèque
universitaire de la Faculté de médecine de Rouen. La recherche est possible par
ordre alphabétique ou bien par sujets. Le site propose aussi des liens
hypertextes avec d'autres sites ayant trait à l'édition française et
internationale.

Financé notamment par le ministère de la Culture, France Edition, organisme de
promotion de l'édition française, organise l'espace de l'édition française lors
de foires du livre, congrès ou colloques, ainsi que des expositions thématiques,
des stages, des missions d'audit et des programmes d'échanges destinés aux
libraires. Lors de ces manifestations, un espace multimédia est spécifiquement
aménagé pour effectuer des démonstrations de CD-Rom.

France Edition publie le mensuel La Lettre, des études et des dossiers sur
différents pays, les partenaires potentiels et l'évolution du marché, des
catalogues thématiques, des listes de nouveautés et des annuaires d'éditeurs
français par secteur: sciences, techniques, médecine, droit, etc. Par ailleurs,
une antenne de France Edition à New York (auparavant appelée Bureau du Livre
Français) propose aux éditeurs français les services d'une agence de droits pour
la langue anglaise: sélection de titres, prospection des éditeurs locaux,
soumission des ouvrages et négociation des contrats.

FrancoAcquiNet est un répertoire d'éditeurs francophones avec liste alphabétique
et liste géographique pour les pays suivants : Autriche, Belgique, Canada,
Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Liban, Luxembourg, Pays-Bas et Suisse.
Conçu par Julie Filion et Isabelle Bourgey dans le cadre d'un travail de
recherche à l'Ecole de bibliothéconomie et des sciences de l'information de
l'Université de Montréal (Québec), il se veut le complément francophone de
l'AcqWeb Directory of Publishers and Vendors, qui est un répertoire
international des éditeurs. Il est complété par trois répertoires destinés aux
bibliothécaires: associations professionnelles, listes de discussions
francophones et périodiques électroniques francophones traitant de
bibliothéconomie.

Livre.net propose à ses abonnés, essentiellement des professionnels du livre,
une base de données bibliographique contenant plus de 300.000 notices et la
consultation de cinq annuaires professionnels (bibliothèques, diffuseurs,
distributeurs, éditeurs et librairies). En décembre 1998, Livre.net comprenait
plus de 300.000 notices de livres, 5.037 notices d'éditeurs, 2.137 notices de
libraires, 435 notices de diffuseurs, 390 notices de distributeurs et 3.120
notices de bibliothèques, le tout étant accessible par le biais d'une recherche
à partir de critères diversifiés (titre, auteur, éditeur, date de parution,
ISBN, etc.). Un certain nombre d'informations sont également disponibles en
libre accès : conseils pour écrire et publier, revues littéraires, concours
littéraires, etc.

Plusieurs sites proposent des répertoires d'éditeurs internationaux. En voici
trois.

L'AcqWeb's Directory of Publishers and Vendors est un répertoire des éditeurs et
vendeurs situé sur le site de la bibliothèque de l'Université de Vanderbilt
(Tennessee, USA).

Les Publishers' Catalogues sont gérés par Peter Scott de Northern Lights
Internet Solutions, une société située à Saskatoon, dans le Saskatchewan
(Canada). A titre d'exemple, voici la liste des éditeurs français répertoriés en
décembre 1998: Actes Sud, Anako, Arnette Blackwell, Casterman, Cepadues, Culture
d'Oc, CyLibris Editions, Dunod, Editions Complicités, Editions Dalloz-Sirey,
Editions du Choucas, Editions Du Juris Classeur, Editions Eyrolles, Editions et
Librairie Oberlin, Editions Hermès, Editions Jakin, Editions littéraires et
linguistiques de Grenoble, Editions Marshall Cavendish, Editions Massin,
Editions Michel Lafon, Editions Milan Presse, Editions Odile Jacob, Editions
Phi, EDP sciences, Fata Morgana, Gallimard, Gauthier-Villars, Fabrice Gueho,
Masson, Presses Universitaires de France et Telesma Publishing.

Gérée par la WWW Virtual Library, la Publishing Companies Online est une liste
d'éditeurs classés selon les catégories suivantes: éditeurs universitaires,
éditeurs de livres informatiques, éditeurs scientifiques, techniques et
médicaux, éditeurs électroniques, projets d'édition en ligne, et autres éditeurs
commerciaux.


4.3. Edition traditionnelle et édition électronique


Depuis trente ans, la chaîne traditionnelle de l'édition est soumise à de
nombreux bouleversements.

Dans les années soixante-dix, le marché de l'imprimerie traditionnelle avait
d'abord été ébranlé par l'apparition des machines de photocomposition. Le coût
de l'impression a ensuite continué de baisser avec les procédés d'impression
assistée par ordinateur, les photocopieurs, les photocopieurs couleur et le
matériel d'impression numérique. L'impression est maintenant souvent assurée à
bas prix par des ateliers de PAO (publication assistée par ordinateur) et des
entreprises d'arts graphiques. La numérisation a également accéléré le processus
de rédaction, puisque le rédacteur, le concepteur artistique et le personnel
chargé de la mise en page peuvent maintenant travailler simultanément sur le
même ouvrage.

Au Royaume-Uni, les fonctions de correction d'épreuves et de rédaction
s'effectuent désormais à domicile, le plus souvent par des travailleurs qui ont
pris le statut d'indépendants par suite de fusions d'entreprises,
délocalisations ou licenciements. "Or cette forme d'emploi tient plus du travail
précaire que du travail indépendant, car ces personnes n'ont que peu d'autonomie
et sont généralement tributaires d'une seule maison d'édition", analysait Peter
Leisink, professeur associé d'études sociales à l'Université d'Utrecht
(Pays-Bas) lors du Colloque sur la convergence multimédia de janvier 1997 à
Genève.

Pour la publication d'ouvrages et de périodiques éducatifs et scientifiques,
dans lesquels l'information la plus récente est primordiale, la numérisation
conduit à repenser complètement la signification même de publication, et à
s'orienter vers une diffusion en ligne qui rend beaucoup plus facile les
réactualisations régulières. Autre exemple, les universités américaines
diffusent des manuels "sur mesure" composés d'un choix de chapitres sélectionnés
dans une très importante base de données, choix complété par des articles et par
les commentaires des professeurs. Pour un séminaire, un très petit tirage peut
être effectué à la demande à partir de textes scientifiques transmis par voie
électronique à un imprimeur.

Dans L'édition savante à l'ère de la bibliothèque virtuelle: publication d'un
livre en SGML sur le World Wide Web, mémoire de maîtrise en bibliothéconomie et
sciences de l'information (MBSI) de l'Université de Montréal (Québec) daté de
novembre 1996, Guy Teasdale démontre les avantages de l'édition électronique
pour les presses universitaires. Il présente les implications de l'édition
électronique sur le Web tout en examinant les rôles et intérêts respectifs du
bibliothécaire et de l'éditeur dans l'édification de la bibliothèque numérique.
Suite à la crise affectant la publication d'ouvrages spécialisés par les presses
universitaires, il voit l'édition électronique sur Internet comme la solution
pour alimenter les bibliothèques universitaires et de recherche.

L'avenir de l'édition électronique est également lié à la manière dont pourra
être résolu le paiement du droit d'auteur sur le Web. L'Association of American
Publishers (AAP) par exemple travaille à un nouveau système d'identification
d'un objet numérique, appelé DOI System (DOI: digital object identifier), dont
le but est à la fois d'identifier le document soumis au copyright et de relier
l'usager aux propriétaires du copyright.

Il est vraissemblable que, pendant plusieurs années, l'édition électronique et
l'édition traditionnelle seront complémentaires, comme seront complémentaires
les librairies en ligne et les librairies traditionnelles, ou bien les
cyberbibliothèques et les bibliothèques traditionnelles. Il reste toujours
pratique d'avoir la version papier d'un livre ou d'un magazine pour lire sur son
divan, dans son lit, au café, dans une salle d'attente, dans un train ou dans un
avion. Par contre, à terme, les fonctions de l'édition traditionnelle devront
certainement être redéfinies en profondeur face au développement de l'édition
électronique et aux immenses perspectives que celle-ci représente, à commencer
par sa rapidité d'accès et son coût.

Concernant la fiscalité, un accord-cadre entre les Etats-Unis et l'Union
européenne a été conclu en décembre 1997, et cet accord devrait être suivi d'une
convention internationale. Internet est considéré comme une zone de
libre-échange, c'est-à-dire sans droits de douane pour les logiciels, les films
et les livres électroniques achetés sur le réseau. Les biens matériels et autres
services sont soumis au régime existant, avec perception de la TVA (taxe sur la
valeur ajoutée) par exemple sans droits de douane supplémentaires.


4.4. Les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?


Internet a considérablement renforcé les relations entre auteurs et lecteurs.
Grâce au Web, ils peuvent faire connaître directement leurs oeuvres, et le
courrier électronique leur permet de discuter avec leurs lecteurs. En
définitive, les auteurs ont-ils encore besoin des éditeurs?

Professeur de lettres, poète et peintre, Silvaine Arabo a créé le site Poésie
d'hier et d'aujourd'hui, sur lequel elle propose de nombreux poèmes, y compris
les siens. Que peut apporter ce nouvel outil qu'est Internet à un poète? Dans
son courrier électronique du 9 juin 1998, Silvaine Arabo répondait:

"L'utilisation d'Internet a-t-elle changé quelque chose pour moi en tant que
poète? Pour répondre à votre question, disons que la gestion d'un site Internet
- si l'on veut qu'il demeure vivant - requiert beaucoup de temps. Mais je fais
en sorte que ma création personnelle n'en souffre pas. Par ailleurs, Internet
m'a mise en contact avec d'autres poètes, dont certains fort intéressants...
Cela rompt le cercle de la solitude et permet d'échanger des idées. On se lance
des défis aussi... Internet peut donc pousser à la créativité et relancer les
motivations des poètes puisqu'ils savent qu'ils seront lus et pourront même,
dans le meilleur des cas, correspondre avec leurs lecteurs et avoir les points
de vue de ceux-ci sur leurs textes. Je ne vois personnellement que des aspects
positifs à la promotion de la poésie par Internet: tant pour le lecteur que pour
le créateur."

Le quotidien Libération du 27 février 1998 donne aussi l'exemple de Barry
Beckham, romancier américain qui a inauguré une formule originale pour diffuser
son roman You Have a Friend : The Rise and Fall and Rise of the Chase Manhattan
Bank, portrait de la grande banque Chase Manhattan sur deux siècles, entre 1793
et 1995. Ce sujet a été inspiré par la vie professionnelle de l'auteur qui fut
rédacteur dans le service des relations publiques de cette banque. Moyennant un
abonnement de 9,95 dollars (environ 60 FF), le lecteur reçoit un épisode par
courrier électronique toutes les deux semaines et pendant six mois. Barry
Beckham pense être le premier à adopter cette formule de roman-feuilleton sur le
Web, dans la lignée de Dostoïevski, Dumas ou Dickens en d'autres temps. Parlant
de lui-même, il déclare:

"Un auteur du 20e siècle utilise la même démarche [la publication de romans par
épisodes dans les journaux du 19e] pour atteindre des lecteurs à une époque où
l'édition littéraire est dominée par des conglomérats obsédés par des titres
ayant un fort potentiel commercial mais peu de substance intellectuelle."

Esther Dyson est la présidente d'EDventure Holdings, une société spécialisée
dans l'étude des nouvelles technologies de l'information au niveau
international, et elle fait également partie du comité directeur de l'Electronic
Frontier Foundation (EFF). Depuis 1982, elle publie Release 1.0, lettre
d'information mensuelle très prisée des spécialistes et souvent appelée la
lettre intellectuelle du monde informatique. En 1997, elle publie son premier
ouvrage: Release 2.0: A Design for Living in the Digital Age (Londres, Viking,
1997). Organisé en neuf chapitres (communautés, travail, enseignement,
administration, propriété intellectuelle, contrôle du contenu, vie privée,
anonymat et sécurité), l'ouvrage explore l'impact et les implications du
cyberespace : son effet sur la vie quotidienne, les responsabilités liées aux
nouveaux pouvoirs qu'il nous donne, et les problèmes de fond posés par Internet.
Il expose aussi les conflits fondamentaux liés au développement de la
communication numérique: les conflits entre la vie privée et l'ouverture
sociale, la sécurité et la liberté, le commerce et la communauté. Parallèlement
à la publication simultanée de son ouvrage par plusieurs éditeurs dans le monde,
Esther Dyson a ouvert le site Release 2.0 pour dialoguer avec ses lecteurs. Elle
compte tirer à profit tous ces échanges dans une nouvelle édition de son livre.

S'il est maintenant fréquent qu'un livre ait son correspondant numérique sur
Internet, le cas contraire ne l'est pas, comme l'explique Christian Aubry,
rédacteur en chef de Multimédium, dans sa présentation de L'état du
cybercommerce 1998-1996, ouvrage lancé le 25 février 1998 lors du Forum
québécois sur l'Internet.

"Il est devenu assez banal de numériser un livre afin de le rendre accessible
sur le réseau mondial. Mais le contraire - un site Internet transposé dans un
livre - est un phénomène suffisamment inusité pour attirer notre attention. Que
peut gagner le Web, ce médium virtuel, universel, interactif et instantané, à
revenir ainsi en arrière et à se figer dans un simple objet de papier?"

Ecrit par Vallier Lapierre et Yves Leclerc, journalistes associés de Vianet, et
co-édité par Fortune 1000 et Communications Vianet, l'ouvrage est un recueil de
textes tirés du site CLÉS du commerce électronique, et il recense les tendances
et stratégies récentes en matière de commerce électronique et de cyberéconomie.

Pour clore ce chapitre, voici le commentaire de Jean-Paul, internaute amateur de
musique et d'écriture, qui déclarait dans son courrier électronique du 21 juin
1998:

"Mon avenir sur la toile est plus personnel que professionnel. L'Internet va me
permettre de me passer des intermédiaires: compagnies de disques, éditeurs,
distributeurs... Il va surtout me permettre de formaliser ce que j'ai dans la
tête (et ailleurs) et dont l'imprimé (la micro-édition, en fait) ne me
permettait de donner qu'une approximation. Puis les intermédiaires prendront
tout le pouvoir. Il faudra alors chercher ailleurs, là où l'herbe est plus
verte..."


5. LA PRESSE EN LIGNE


[Dans ce chapitre:]

[5.1. La presse en ligne francophone / 5.2. La presse étrangère / 5.3. La presse
électronique / 5.4. L'avenir de la presse en ligne]

Les premières éditions électroniques de journaux ont été disponibles par le
biais de services commerciaux tels que America Online ou CompuServe. Puis les
éditeurs de ces journaux ont créé des serveurs web. De nombreux journaux et
magazines sur papier ont maintenant leur site et proposent sur celui-ci la
version intégrale de leur dernier numéro en ligne - qu'il est possible de
consulter librement ou moyennant un abonnement gratuit ou payant - ainsi que des
dossiers et des archives. D'autres journaux et magazines sont purement
électroniques. L'avenir de la presse en ligne est également lié à un débat de
fond sur le métier de journaliste.


5.1. La presse en ligne francophone


Comme on le verra dans les lignes qui suivent, plusieurs journaux se disputent
la paternité du premier site sur le Web.

Libération a débuté son site web à la fin de l'année 1995, peu après le
lancement de la version papier de son Cahier Multimédia, inclus dans l'édition
du jeudi. Le site de Libération propose la Une du quotidien, le Cahier Livres
complété par Chapitre un (les premiers chapitres de livres récents), et bien
d'autres rubriques. Indispensable pour qui veut se tenir au courant de
l'actualité d'Internet, la rubrique Multimédia inclut les articles du Cahier
Multimédia papier hebdomadaire et les archives des numéros précédents.

Sur le site du Monde, créé en 1996, on trouve des dossiers en ligne, la Une du
Monde en version graphique à partir de 13 h, l'intégralité du journal avant 17
h, l'actualité en liaison avec l'AFP (Agence France Presse), et des rubriques
sur la bourse, les livres, le multimédia et les sports. L'abonnement au journal
complet en ligne est de 5 FF par jour, soit 30% de moins que l'édition papier
qui coûte 7,50 FF. S'ils concernent le multimédia, les articles du supplément
papier hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont disponibles gratuitement en
ligne dans la rubrique Multimédia, rebaptisée ensuite Nouvelles technologies.

Le site du Monde diplomatique permet l'accès à l'ensemble des articles de la
revue depuis janvier 1994, par date, sujet et pays. L'intégralité du mensuel en
cours est consultable gratuitement pendant les deux semaines suivant sa
parution. Un forum permanent de discussion en ligne permet au journal de
discuter avec ses lecteurs. Dans son courrier électronique du 17 juin 1998,
Philippe Rivière précisait:

"Monté dans le cadre d'un projet expérimental avec l'INA (Institut national de
l'audiovisuel), début 1995, le site était le premier site d'un journal français.
Depuis il a bien grandi, autour des mêmes services de base: archives et annonce
de sommaire. [Grâce à Internet,] le travail journalistique s'enrichit de sources
faciles d'accès, aisément disponibles. Le travail éditorial est facilité par
l'échange de courriers électroniques; par contre, une charge de travail
supplémentaire due aux messages reçus commence à peser fortement."

En septembre 1996, L'Humanité a été le premier quotidien français à proposer la
version intégrale du journal sur le Web. Classés par rubriques, les articles
sont disponibles sur le serveur entre 10 h et 11 h du matin, à l'exception de
L'Humanité du samedi qui n'est généralement mise en ligne que le lundi.
L'archivage est automatique.

Dans son courrier électronique du 23 juillet 1998, Jacques Coubard expliquait:

"Le site de L'Humanité a été lancé en septembre 1996 à l'occasion de la Fête
annuelle du journal. Nous y avons ajouté depuis un forum, un site, en
partenariat, pour la récente Coupe du monde de football, et des données sur la
Fête et sur le meeting d'athlétisme, parrainé par L'Humanité. Nous espérons
pouvoir développer ce site à l'occasion du lancement d'une nouvelle formule du
quotidien qui devrait intervenir à la fin de l'année ou au début de l'an
prochain. Nous espérons également mettre sur site L'Humanité hebdo dans les
mêmes délais. Jusqu'à présent on ne peut pas dire que l'arrivée d'Internet ait
bouleversé la vie des journalistes faute de moyens et de formation (ce qui va
ensemble). Les rubriques sont peu à peu équipées avec des postes dédiés, mais
une minorité de journalistes exploitent ce gisement de données. Certains s'en
servent pour transmettre leurs articles, leurs reportages. Il y a sans doute
encore une 'peur' culturelle à plonger dans l'univers du Net. Normal, en face de
l'inconnu. L'avenir devrait donc permettre par une formation (peu compliquée) de
combler ce handicap. On peut rêver à un enrichissement par une sorte d'édition
électronique, mais nous sommes sévèrement bridés par le manque de moyens
financiers."

Le site des Echos présente l'information financière en continu, un moteur de
recherche par nom de société, un atlas régional des activités économiques, une
sélection de sites, etc. La consultation du quotidien est payante, soit par
numéro, soit par abonnement (215 FF par mois). Le site de La Tribune, gratuit,
propose La Tribune du jour et les archives du journal, ainsi qu'une sélection
d'articles en anglais.

Infos On Line, le service en ligne des publications du Groupe Havas, a vu son
ouverture retardée pour des raisons administratives, et le site n'était toujours
pas ouvert en décembre 1998. Il devrait diffuser les articles de 01 Informatique
Agro-distribution,L'Entreprise, L'Expansion, L'Express, La France agricole, Le
Moniteur des travaux publics et du bâtiment,La Revue de l'éleveur laitier, La
Revue de l'industrie agro-alimentaire, L'Usine nouvelle, La Vie française et La
Vigne, auxquels s'ajouteraient les articles de l'hebdomadaire Le Point et ceux
du quotidien Les Echos. 100.000 articles seront accessibles grâce à un moteur de
recherche multicritères proposant une liste d'articles, avec titre du périodique
et résumé. L'abonnement minimal sera de 50 FF pour 10 articles. Il s'effectuera
directement en ligne par carte bancaire ou par abonnement. Les personnes
réfractaires au paiement en ligne pourront choisir d'effectuer le règlement par
l'intermédiaire de CompuServe, fournisseur d'accès à Internet, et la somme
correspondant aux achats d'articles sera ajoutée à la facture mensuelle envoyée
par CompuServe.

Co-édité par Havas Interactive et l'Agence JSI depuis le printemps 1998, Infos
Graphiques On Line a pour but de diffuser l'information expliquée en images.
Disponibles par abonnement, des centaines d'infographies sont regroupées selon
les thèmes suivants: culture, économie, France, monde, sciences, social,
société, sports, vie quotidienne, clin d'oeil, comment ça marche. La recherche
est possible par thème ou par période: jour, semaine, mois, ou archives plus
anciennes.

Le Canard Enchaîné, hebdomadaire satirique, n'a malheureusement pas de site
officiel sur le Net, mais un site officieux lui est consacré: La Crème de
Canard, qui propose chaque semaine une sélection d'articles et de dessins, avec
une semaine de retard par rapport à l'hebdomadaire, et des archives remontant à
août 1995.

Les journaux régionaux sont également représentés sur le Web, par exemple Le
Républicain lorrain, Le Dauphiné libéré, les Dernières nouvelles d'Alsace ou
Ouest-France.

Outre l'intégrale de l'édition du jour, le site des Dernières nouvelles d'Alsace
(DNA) propose des services comme le cours de la bourse et le calcul des impôts,
et il offre aussi une édition abrégée en allemand. Dans son courrier
électronique du 16 juin 1998, Michel Landaret précisait que DNA, "créé en
septembre 1995 [et qui compte] actuellement 5.500 lecteurs par jour [est le]
premier journal français a avoir mis son contenu sur le Web".

France-Ouest, site du quotidien Ouest-France, a été créé en juillet 1996. Dans
son courrier électronique du 17 juin 1998, Bernard Boudic expliquait:

"[A l'origine, l'objectif était de] présenter et relater les grands événements
de l'Ouest en invitant les internautes à une promenade dans un grand nombre de
pages consacrées à nos régions (tourisme, industrie, recherche, culture). Très
vite, nous nous sommes aperçus que cela ne suffisait pas. Nous nous sommes
tournés vers la mise en ligne de dossiers d'actualité, puis d'actualités tout
court. Aujourd'hui nous avons quatre niveaux d'infos : quotidien, hebdo (tendant
de plus en plus vers un rythme plus rapide), événements et dossiers. Et nous
offrons des services (PA [petites annonces], guide des spectacles, presse-école,
boutique, etc.). Nous travaillons sur un projet de journal électronique total:
mise en ligne automatique chaque nuit de nos quarante éditions (450 pages
différentes, 1.500 photos) dans un format respectant typographie et hiérarchie
de l'information et autorisant la constitution par chacun de son journal
personnalisé (critères géographiques croisés avec des critères thématiques).

[Internet a changé ma vie professionnelle] d'abord parce que j'en suis devenu le
responsable éditorial... Les retombées sur le travail quotidien des journalistes
d'OF [Ouest-France] sont encore minces. Nous commençons seulement à offrir un
accès Internet à chacun (rédaction d'OF = 370 journalistes répartis dans
soixante rédactions, sur douze départements... pas simple). Certains utilisent
Internet pour la messagerie électronique (courrier interne ou externe, réception
de textes de correspondants à l'étranger, envoi de fichiers divers) et comme
source d'informations. Mais cette pratique demande encore à s'étendre et à se
généraliser. Bien sûr, nous réfléchissons aussi à tout ce qui touche à
l'écriture multimédia et à sa rétroaction sur l'écriture imprimée, aux
changements d'habitudes de nos lecteurs, etc. [...]

[Internet est] à la fois une menace et une chance. Menace sur l'imprimé, très
certainement (captation de la pub et des PA [petites annonces], changement de
réflexes des lecteurs, perte du goût de l'imprimé, concurrence d'un média
gratuit, que chacun peut utiliser pour diffuser sa propre info, etc.). Mais
c'est aussi l'occasion de relever tous ces défis, de rajeunir la presse
imprimée."

Bel exemple de multilinguisme, le site du quotidien belge Le Soir offre une
présentation du journal en français, allemand, anglais, espagnol, italien et
néerlandais. Le site du Courrier international permet de retrouver les articles
de la presse internationale sélectionnés et traduits par le Courrier, et de
consulter ses sources au moyen de nombreux liens.

Présent sur le Web depuis le 14 septembre 1995, Webdo, premier journal
électronique suisse, est issu de L'Hebdo, magazine d'information publié à
Lausanne (Suisse). On y trouve son édition de la semaine et ses archives, ainsi
qu'un répertoire quasi-exhaustif de la presse non spécialisée sur le Web.

Le Journal officiel est en ligne depuis début 1998. Le site est accessible soit
directement, soit par le biais de Légifrance qui propose plusieurs autres
documents officiels: le Code civil, le Code pénal, la Constitution de la Ve
République (1958), la Déclaration universelle des droits de l'homme, des textes
de lois et des arrêts de jurisprudence. La page d'accueil offre cinq grandes
rubriques: la Constitution, la loi, la jurisprudence, le droit européen et
l'actualité juridique. Une grande "première" puisque les textes législatifs
n'étaient jusque-là accessibles que par Minitel ou par le biais de bases de
données à la facturation élevée.

Dans le domaine informatique, l'excellente revue professionnelle Le M@nde
informatique est mise à jour tous les vendredis. ZDNet, site du plus grand
éditeur mondial de magazines informatiques, propose ZDNet France, un magazine
électronique axé sur la micro-informatique. Il contient des articles de la
rédaction de ZDNet ou bien publiés dans PC Direct et PC Expert.

Plusieurs répertoires permettent de "naviguer" sur la presse francophone.

Outre la diffusion de l'information mondiale en français, anglais, allemand,
espagnol et portuguais, le site de l'Agence France-Presse (AFP) propose des
liens hypertextes à la fois avec la presse française (titres nationaux, journaux
régionaux, chaînes de télévision, radios et journaux électroniques) et avec la
presse francophone des pays suivants : Belgique, Canada, Haïti, Madagascar,
Maroc, Réunion (DOM-TOM), Suisse et Tunisie.

Biblio On Line, serveur français d'informations culturelles sur Internet,
propose dans BiblioPresse 80.000 références d'articles dans plus de cent titres
de la presse française. La recherche est possible par titre d'article, thème,
revue et année.

PageFrance présente l'actualité française multimédia, l'actualité française en
général avec des liens pour trouver l'information, une sélection de sites web
francophones, une recherche de coordonnées en tous genres, et un guide pour
acheter en ligne sur Internet.


5.2. La presse étrangère


Voici quelques exemples aussi pour la presse étrangère.

Aux Etats-Unis, le Wall Street Journal possède environ 100.000 abonnés payants
en ligne. La version en ligne du New York Times est disponible sur abonnement
gratuit. Le Washington Post propose l'actualité quotidienne en ligne et une
banque de données d'articles, le tout avec images, sons et vidéos. Pathfinder
est le site web du groupe Time-Warner, éditeur de Time Magazine, Sports
Illustrated, Fortune, People, Southern Living, Money, Sunset, etc. On peut y
lire la presse en ligne et rechercher des articles par date ou par sujet.

Au Royaume-Uni, le Times et le Sunday Times font Web commun, avec possibilité de
créer une édition personnalisée. The Economist, magazine économique anglais qui
fait référence, est également disponible en ligne, comme le sont aussi le grand
quotidien espagnol El Pais ou les magazines allemands Focus ou Der Spiegel,
parmi tant d'autres.

Concernant la presse informatique, on a par exemple le mensuel Wired, créé en
1992 en Californie, une revue culte qui fut le premier magazine consacré à la
culture cyber et qui se veut aujourd'hui le journal du futur à l'avant-garde du
21e siècle.

Plusieurs répertoires recensent la presse internationale, à commencer par
l'excellent Les journaux sur le Web, tenu à jour par Gérald Verdon sur le site
de Webdo. Il recense tous les sites web de quotidiens et magazines non
spécialisés du monde entier, ainsi que les magazines électroniques et les
chaînes ou les émissions de télévision.

AJR/NewsLink (AJR : American Journalism Review) propose des liens avec un grand
nombre de journaux et magazines, associations de journalistes, ressources pour
les journalistes, etc. Electronic Newstand offre des liens avec des centaines de
magazines et permet aussi la recherche d'articles. Tenu à jour par Oxbridge
Communications, MediaFinder gère des annuaires regroupant 90.000 magazines,
lettres d'information, catalogues, périodiques, etc., et il est aussi
fournisseur d'abonnements ou d'annonces publicitaires.

Plusieurs bibliothèques ont également créé des répertoires exhaustifs de la
presse sur le Web, par exemple la section sur l'actualité, les médias et les
périodiques créée par la Michigan Electronic Library (MEL).


5.3. La presse électronique


S'ils ont eux aussi commencé à circuler par le biais de services commerciaux
tels que America On Line (AOL) ou CompuServe, les journaux électroniques ont
connu un essor important lorsqu'ils ont été disponibles sur le Web.

Fondé en avril 1997 par deux journalistes français de la grande presse, Anna
Alter et Max Casmurri, Le Petit Bouquet est le premier quotidien francophone
exclusivement électronique. Un système d'abonnement gratuit permet à 25.000
francophones du monde entier de le recevoir quotidiennement.

ZazieWeb est une revue littéraire en ligne conçue et réalisée par Isabelle
Aveline, avec un graphisme d'Olivier Cornu. Club des libraires multimédias,
manifestations culturelles, atelier d'écriture et billets d'humeur, toute
l'actualité du livre est présentée avec punch et humour.

Pagina, magazine hebdomadaire de l'édition, fait le point sur l'actualité
littéraire. Magazine bilingue français-anglais, The (virtual) Baguette donne
toutes sortes de nouvelles humoristiques sur le monde d'Internet.

Le Micro Bulletin Actu (LMB Actu) se présente comme "l'hebdomadaire Internet
immatériel et francophone", et il est la référence dans le domaine des
technologies de l'information. Diffusé gratuitement par messagerie électronique
chaque jeudi matin, il est ensuite archivé sur le site web. Réalisé par la
Délégation aux systèmes d'information du Centre national de la recherche
scientifique (CNRS), avec la collaboration de Tektonika, il complète la revue
papier Le Micro Bulletin, destinée aux utilisateurs de l'informatique dans la
recherche.

Très apprécié de toute la communauté francophone, l'excellent cybermagazine
québécois Multimédium est le "quotidien des nouvelles technologies de
l'information". Il présente l'actualité internationale à base d'articles courts
renvoyant aux sources et à des informations complémentaires sur d'autres sites.
Infos technos propose une sélection de revues informatiques francophones,
complétée par quelques titres anglophones.

A la consternation de ses lecteurs, les Chroniques de Cybérie, bulletin
hebdomadaire lui aussi très prisé des cybernautes francophones, avait dû cesser
sa parution en octobre 1997 pour des raisons budgétaires. Pionniers dans ce
domaine, Jean-Pierre Cloutier et Mychelle Tremblay ne pouvaient continuer sans
un appui publicitaire qui ne s'est pas présenté: "Au Québec, [...] les
annonceurs des secteurs public et privé et les commanditaires ne sont pas au
rendez-vous, du moins pour l'instant, pour assurer la viabilité du modèle
économique d'une prétendue industrie québécoise du contenu sur les inforoutes."

Le 22 avril 1998, les Chroniques de Cybérie étaient de retour grâce à leur
alliance avec le Webdo de Lausanne qui, pendant les deux semaines suivant leur
publication, en détient l'exclusivité sur le site créé à cet effet. Elles
rejoignent ensuite le site québécois initial, qui contient les archives et le
répertoire actualisés, le moteur de recherche interne et la liste d'abonnement.

Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, Jean-Pierre Cloutier, auteur des
Chroniques, expliquait son parcours professionnel:

"Il y a deux choses ici, dans mon cas. D'abord une époque où j'étais traducteur
(après avoir travaillé dans le domaine des communications). Je me suis branché à
Internet à la demande de clients de ma petite entreprise de traduction car ça
simplifiait l'envoi des textes à traduire et le retour des textes traduits.
Assez rapidement, j'ai commencé à élargir mon bassin de clientèle et à avoir des
contrats avec des clients américains. Puis, il y a eu carrément changement de
profession, c'est-à-dire que j'ai mis de côté mes activités de traduction pour
devenir chroniqueur. Au début, je le faisais à temps partiel, mais c'est
rapidement devenu mon activité principale. C'était pour moi un retour au
journalisme, mais de manière manifestement très différente. Au début, les
Chroniques traitaient principalement des nouveautés (nouveaux sites, nouveaux
logiciels). Mais graduellement on a davantage traité des questions de fond du
réseau, puis débordé sur certains points d'actualité nationale et internationale
dans le social, le politique et l'économique. Dans le premier cas, celui des
questions de fond, c'est relativement simple car toutes les ressources
(documents officiels, dépêches, commentaires, analyses) sont en ligne. On peut
donc y mettre son grain de sel, citer, étendre l'analyse, pousser des
recherches. Pour ce qui est de l'actualité, la sélection des sujets est
tributaire des ressources disponibles, ce qui n'est pas toujours facile à
dénicher. On se retrouve alors dans la même situation que la radio ou la télé,
c'est-à-dire que s'il n'y a pas de clip audio ou d'images, une nouvelle même
importante devient du coup moins attrayante sur le plan du médium."

Dans les titres anglophones, on peut citer par exemple News.Com, qui présente
des articles détaillés et des dossiers spéciaux sur la micro-informatique et
Internet. Près d'un million d'utilisateurs sont abonnés à la lettre
d'information quotidienne, envoyée gratuitement par courrier électronique.

La presse électronique est répertoriée dans E.Journal, dont la base de données
comprend les catégories suivantes: journaux universitaires, lettres
d'information par messagerie électronique, magazines et journaux, journaux
politiques, journaux imprimés, journaux par sujets, journaux sur le monde des
affaires et autres ressources.

Créée par John Labovitz, la E-Zine-List répertorie 3.000 magazines
électroniques. A l'origine, un e-zine - abrégé de fanzine ou magazine - était en
général produit par une personne ou un petit groupe, et il était uniquement
distribué par voie électronique. Le plus souvent, il ne contenait pas de
publicité, ne visait pas un profit commercial et n'était pas dirigé vers une
audience de masse.

Sur le site, John Labovitz explique qu'il a débuté la E-Zine-List durant l'été
1993. A l'origine, son intention était de faire connaître Crash, un zine imprimé
pour lequel il souhaitait créer une version électronique. A la recherche de
répertoires, il n'a trouvé que le groupe de discussion alt.zines, et des
archives comme le WELL et ETEXT. Il eut alors l'idée d'un répertoire organisé.
Il commença avec douze titres classés manuellement dans un éditeur de textes.
Puis il écrivit sa propre base de données pour générer automatiquement le texte,
les liens et les fichiers. En quatre ans, de 1993 à 1997, les quelques douzaines
de zines sont devenus plusieurs centaines, et la signification même de zine
s'est élargie puisque le terme recouvre maintenant tout type de publication
publiée par voie électronique. John Labovitz constate cependant qu' "il subsiste
toujours la frange originale et indépendante qui continue de publier suivant
leur coeur ou de repousser les frontières de ce que nous appelons un zine".


5.4. L'avenir de la presse en ligne


Selon Henri Pigeat, président de l'Institut international des communications
(cité dans Cyberplanète: notre vie en temps virtuel), "l'édition électronique
représente un axe majeur de développement pour la presse". D'après lui, le Web
remplit trois fonctions principales: il est un outil de promotion pour le
journal parce qu'il attire de nouveaux lecteurs, souvent plus jeunes, il offre
plus de précisions et d'exhaustivité que sur un support papier limité par la
place, et enfin il "permet d'occuper le terrain, notamment face à la concurrence
de services en ligne nouveaux ou de la télévision".

La vitesse de croisière va-t-elle remplacer la folle expansion de ces quatre
dernières années? C'est ce que pense Eric K. Meyer, qui analyse la présence des
journaux sur le Web dans un article très documenté de l'AJR/NewsLink (AJR:
American Journalism Review).

En décembre 1997, le nombre de journaux publiant sur le Net était de 3.622, un
chiffre correspondant à peu près à la prévision de 4.000 titres donnée par
l'AJR/NewsLink en 1994. Les six mois précédents (juin-décembre 1997) avaient vu
l'apparition de 1.702 nouveaux titres. 594 titres avaient vu le jour entre
décembre 1996 et mai 1997, contre 471 titres pour les six mois précédents. 1.563
journaux en ligne étaient basés hors des Etats-Unis, ce qui représentait un
pourcentage de 43%, alors que ce pourcentage était seulement de 29% un an
auparavant. La forte augmentation de ce pourcentage correspondait à un
développement rapide des journaux en ligne, notamment au Canada, au Royaume-Uni,
en Norvège, au Brésil et en Allemagne. Fait non surprenant, les trois pays les
plus représentés étaient les Etats-Unis (2.099 journaux), le Royaume-Uni (294
journaux) et le Canada (230 journaux).

En septembre 1998, le nombre de journaux publiant sur le Net était de 4.925,
soit 1.300 titres de plus que fin 1997. Le site annonçait aussi la
réactualisation des statistiques données dans l'article de décembre 1997, mais
ces nouveaux chiffres n'étaient pas encore disponibles en décembre 1998.

Un autre élément nouveau dû au Web est la collaboration entre grands groupes de
presse traditionnellement concurrents. Site rédactionnel commun qui a duré plus
d'un an, entre février 1997 et mars 1998, NewsWorks proposait un service
d'information quotidien géré par le News Century Network, qui regroupait neuf
des plus grands groupes de presse des Etats-Unis: Advance Publications, Cox
Newspapers, The Gannett Company, The Hearst Corporation, Knight-Ridder Inc., The
New York Times Company, Times Mirror, The Tribune Company et The Washington Post
Company, soit 140 titres à eux tous. La mésentente et le manque de cohésion
entre les partenaires ont eu raison de cette alliance le 10 mars 1998. Même si
le partenariat semble difficile, le fait que le Web ouvre la voie à une
collaboration étroite entre différents groupes de presse pour proposer des
serveurs d'information multinationaux et multilingues est un élément nouveau qui
va profondément bouleverser les us et coutumes.

Un nouveau type de presse débute. Dans un article de Libération daté du 21 mars
1997, Laurent Mauriac insistait sur l'importance de la date du 28 février 1997
dans l'histoire de la presse, du journalisme et d'Internet. A 15 h 15, le Dallas
Morning News, l'un des dix grands quotidiens américains, livrait en ligne une
information exclusive: la reconnaisance de sa culpabilité par Timothy McVeigh,
le principal suspect de l'attentat d'Oklahoma City. Pour la première fois, une
information exclusive n'était pas livrée par une édition imprimée mais par une
édition en ligne. Elle renversait les rapports d'un journal avec son site web,
puisque, jusque là, l'édition en ligne se contentait d'être une copie de
l'édition imprimée.

Moins d'un an après, le mécanisme était au point. Dans Libération du 30 janvier
1998, Pierre Briançon expliquait que le scandale provoqué par les relations
sexuelles de Bill Clinton, président des Etats-Unis, avec Monika Lewinski,
ancienne stagiaire à la Maison Blanche, était "le premier grand événement
politique dont tous les détails sont instantanément reproduits sur le Web". Tous
les grands médias d'information ont constitué une page web spéciale consacrée au
scandale. "Pour la première fois, le Web apparaît ainsi comme un concurrent
direct et brutal, non seulement des journaux - handicapés par leur périodicité -
mais des radios ou télévisions."

Comme ces deux exemples le montrent, l'implantation du Web dans la presse, et
inversement, a créé un nouveau type de presse en ligne, qui offre une
information presque instantanée, ou en tout cas encore plus rapide que celle
donnée par la télévision ou la radio. L'information est également beaucoup plus
complète grâce à la possibilité de multiples hyperliens vers d'autres sources
d'information et documents en tous genres.

Dans un entretien avec le magazine multimédia allemand Com! publié dans le
numéro de mars 1998 (et relaté dans la dépêche AFP du 19 février 1998), Hermann
Meyn, président du Deutscher Journalisten Verband (Fédération des journalistes
allemands), proposait d'établir un code de déontologie professionnelle à
l'intention des journalistes sur Internet afin d'éviter les dérapages vus lors
de l'affaire Clinton-Lewinsky.

"Un tel code est nécessaire car le flux d'informations est beaucoup plus rapide
sur Internet que dans les médias classiques, et 'les rumeurs et les fausses
nouvelles se répandent beaucoup plus vite', a-t-il expliqué. [...] Soulignant
que des lois nationales ne suffiraient pas à combattre cette tendance sur le
réseau informatique mondial qu'est Internet, il a jugé 'beaucoup plus sensé'
d'établir un code de l'honneur pour les journalistes."

Dans la Tribune de Genève du 28 février-1er mars 1998, Antoine Maurice
présentait les mutations technologiques ayant affecté le monde de la presse
durant ces vingt dernières années: impression offset, photocomposition,
informatisation progressive des rédactions et des opérations de production des
journaux. La fin des années quatre-vingt voit "des rédactions complètement
informatisées et dépourvues de papier - le tout écran - complètement en réseau
et en flux immatériel de production, complètement détachées et détachables des
lieux d'impression".

Nombre de métiers ont disparu. Les journalistes doivent maintenant compter avec
des secrétaires de rédaction qui traitent les textes puis montent les pages sur
écran, et avec des ingénieurs qui contribuent eux-aussi à la définition de
l'information puisqu'ils réglementent les modalités du travail. Les techniciens
de l'information et ceux qui l'écrivent sont tous deux "journalistes de plein
droit, puisque des metteurs en page sur ordinateur sont autant responsables du
contenu du journal que des rédacteurs". Les journalistes doivent aussi compter
avec la concurrence d'Internet qui véhicule un très grand nombre d'informations
et qui "court-circuite en partie le pouvoir d'informer, privilège jusque-là d'un
milieu médiatique qui se serait bien passé de cette concurrence".

La convergence multimédia peut être définie comme la convergence des secteurs de
l'informatique, du téléphone et de la radiotélévision dans une industrie de la
communication et de la distribution utilisant les mêmes autoroutes de
l'information. Si, dans certains secteurs, ce phénomène a récemment entraîné de
nouveaux emplois, par exemple ceux liés à la production de films ou de produits
audio-visuels, d'autres secteurs sont soumis à d'inquiétantes restructurations.
Lors du Colloque sur la convergence multimédia organisé les 27-29 janvier 1997 à
Genève par l'Organisation internationale du Travail (OIT), plusieurs
interventions étaient particulièrement intéressantes, et elles sont toujours
d'actualité.

Bernie Lunzer, secrétaire trésorier de la Newspaper Guild (Etats-Unis), était
l'intervenant le plus pessimiste sur la rentabilité de la presse sur le Web.
D'après lui, les espoirs de rentabilité, d'abord fondés sur les placards
publicitaires, se sont ensuite reportés sur les petites annonces, sans garantie
de succès jusque-là. L'instauration de l'abonnement payant sur le Web semble
également voué à l'échec, parce qu'il prive le site d'une grande partie de son
trafic. Bernie Lunzer insistait également sur les batailles juridiques faisant
rage sur les problèmes de propriété intellectuelle. Ces batailles visent
notamment à contrer l'attitude des directeurs de publications, qui amènent les
écrivains indépendants à signer des contrats particulièrement choquants cédant
tous leurs droits au directeur de la publication, avec une contrepartie
financière ridicule.

Heinz-Uwe Rübenach, du Bundesverband Deutscher Zeitungsverleger (Association
allemande de directeurs de journaux), ne pensait pas que, dans un proche avenir,
les journaux puissent être évincés par les services de presse en ligne. Par
contre ceux-ci concurrencent déjà la presse traditionnelle dans le domaine des
annonces immobilières ou des offres d'emploi. Si un lecteur veut acheter des
billets pour des manifestations exceptionnelles par exemple, le service en ligne
est plus adapté que le journal parce qu'il permet la commande directe des
billets et une mise à jour constante des informations. Tout comme Bernie Lunzer,
Heinz-Uwe Rübenach insistait lui aussi sur la nécessité financière pour les
entreprises de presse de gérer et de contrôler l'utilisation sur le Web des
articles de leurs journalistes, afin de constituer les fonds nécessaires pour
continuer à investir dans ce type de technologie.

Un problème tout aussi préoccupant est celui de la pression constante exercée
sur les journalistes des salles de rédaction: le produit de leur travail n'est
plus utilisé seulement en fin de journée, mais il doit être disponible tout au
long de la journée. Ces tensions à répétition sont encore aggravées par une
journée de travail sur écran pendant huit à dix heures d'affilée. Le rythme de
travail et l'utilisation intensive de l'ordinateur entraînent de préoccupants
problèmes de sécurité au travail. Après quelques années de ce régime, des
journalistes "craquent" à l'âge de trente-cinq ou quarante ans.

Président de la Federación Nacional de Periodistas (FENAJ) (Fédération nationale
des journalistes) du Brésil, Carlos Alberto de Almeida dénonçait lui aussi
l'exploitation des journalistes. En théorie, les nouvelles technologies devaient
donner la possibilité de rationaliser le travail et d'en réduire la durée pour
favoriser l'enrichissement intellectuel et les loisirs. En pratique, les
professionnels des médias, les cadres et les journalistes par exemple, sont
obligés d'effectuer un nombre d'heures de travail de plus en plus grand. La
journée légale de cinq heures est en fait une journée de dix à douze heures. Les
heures supplémentaires ne sont pas payées, comme ne sont pas payées non plus
celles effectuées le week-end par un journaliste pendant sa période de repos.

Si elle accélère le processus de production, l'automatisation des méthodes de
travail, à commencer par la numérisation, entraîne une diminution de
l'intervention humaine et donc un accroissement du chômage. Alors qu'auparavant
le personnel de production devait retaper les textes du personnel de rédaction,
la mise en page automatique a entraîné la combinaison des deux tâches de
rédaction et de composition. Dans les services publicitaires aussi, la
conception graphique et les tâches commerciales sont maintenant intégrées.

Etienne Reichel, directeur suppléant de Viscom (Visual Communication),
l'association suisse pour la communication visuelle, démontrait que le transfert
de données et la suppression de certaines phases de production ont réduit le
nombre d'emplois traditionnels. Le travail de vingt typographes est maintenant
assuré par six travailleurs qualifiés. La concentration des centres de
production a entraîné une forte pression sur les petites et moyennes entreprises
qui étaient auparavant génératrices d'emploi. Par contre, l'informatique permet
à certains professionnels de s'installer à leur compte, comme c'est le cas pour
30% des salariés ayant perdu leur emploi.

Heinz-Uwe Rübenach pensait au contraire que l'emploi n'était pas menacé. Depuis
des années, les rédactions locales sont reliées aux rédactions centrales et les
journalistes produisent sur leur propre ordinateur des pages prêtes à
l'impression. Une fois de plus, déclarait-il, "les journalistes et autres
employés des journaux devront adapter leur activité aux nouvelles technologies
afin de soutenir la concurrence et de préserver leur emploi".

Les services en ligne créent de nouveaux emplois. Lors d'une enquête auprès de
l'Association européenne des directeurs de journaux, Heinz-Uwe Rübenach a
observé que les services en ligne recrutaient des journalistes ne provenant pas
des services de presse classiques, et qu'aucun poste n'avait été supprimé dans
des entreprises de presse suite au développement des services en ligne. Phil
O'Reilly, directeur général de la Newspaper Publishers' Association of NZ (NZ:
New Zealand) expliquait qu'en Nouvelle-Zélande aussi le développement des sites
sur Internet a entraîné quelques créations d'emploi. Mais aucun intervenant n'a
donné le pourcentage de création d'emplois par rapport au nombre de
licenciements.

Même si Internet est un gigantesque réservoir d'informations, la presse aura
toujours besoin des journalistes, comme l'explique Jean-Pierre Cloutier, auteur
des Chroniques de Cybérie, dans un article de WebdoMag de juillet 1998:

"Certains ont prévu à court terme la disparition des médias traditionnels et de
leurs artisans. 'Nous n'aurons plus besoin de journalistes quand un bon fureteur
pour les groupes News sera disponible', estimait il y a deux ans Michael Hauben
de l'Université Columbia. 'Plus la population de branchés grandira, plus les
médias d'information professionnels seront marginalisés.' N'en croyons rien.

L'esprit de découverte et le goût de l'exploration et du bricolage technique de
ceux et celles qui ont été précoces à adopter l'Internet (ceux que les
sociologues du Net appellent les early doers) ne sont pas partagés par la
deuxième vague d'utilisateurs qui constituent maintenant la partie la plus
importante de cette 'masse critique'.

Et voilà le défi de la presse spécialisée, c'est-à-dire accompagner le grand
public dans sa découverte du nouveau médium et dans son appropriation de
l'espace cyber, l'aider à analyser, faciliter sa compréhension, ajouter une
valeur à l'information brute."

Le goufre entre les "info-riches" et les "info-pauvres" est particulièrement
présent dans la presse. Dans de nombreux pays africains, le tirage des journaux
est extrêmement faible comparé au chiffre de la population, et chaque exemplaire
est lu par une vingtaine de personnes au moins. Wilfred Kiboro, président de
Nation Printers and Publishers (Kenya) (devenue Nation Media Group le 24 juillet
1998), a observé dans son entreprise la baisse du prix des journaux grâce au
phénomène de convergence multimédia. D'après lui, les coûts de distribution
pourraient eux aussi fortement baisser avec la mise en service d'un système
d'impression par satellite qui éviterait de transporter les journaux par camion
dans tout le pays.

Toutefois la convergence multimédia en particulier et la mondialisation de
l'économie en général placent une fois de plus les pays en développement en état
d'infériorité, puisque les moyens d'impression et de radiotélédiffusion sont
dans les mains de quelques grands groupes occidentaux. Les problèmes économiques
sont également doublés de problèmes culturels: paradoxalement, les informations
concernant l'Afrique à destination des Africains ne viennent pas du continent
lui-même, mais elles sont diffusées par des occidentaux qui transmettent leur
propre vision de l'Afrique, sans réelle perception de sa situation économique et
sociale.

Autre apport de taille au monde de la presse, Internet permet de lire en ligne
des titres difficiles ou impossibles à trouver en kiosque. Un article du
quotidien Le Monde du 23 mars 1998 donne l'exemple du quotidien algérien El
Watan, en ligne depuis octobre 1997. Selon Redha Belkhat, rédacteur en chef du
journal, l'enjeu est capital:

"Pour la diaspora algérienne, trouver dans un kiosque à Londres, New York ou
Ottawa, un numéro d'El Watan daté de moins d'une semaine relève de l'exploit.
Maintenant, le journal tombe ici à 6 heures du matin, et à midi il est sur
Internet."

Internet permet aussi aux journaux interdits d'exister, comme l'hebdomadaire
indépendant La Nation qui, parce qu'il dénonçait les violations des droits de
l'homme en Algérie, a été contraint d'arrêter ses activités en décembre 1996. Un
an plus tard, un numéro spécial était disponible sur le site de Reporters sans
frontières à l'occasion de l'anniversaire de sa disparition. "En mettant La
Nation en ligne, notre but était de dire: cela n'a plus de sens de censurer les
journaux en Algérie, parce que grâce à Internet les gens peuvent récupérer les
articles, les imprimer, et les distribuer autour d'eux", indiquait Malti
Djallan, à l'origine de cette initiative.

Nouvelles du bled est un journal électronique sur l'Algérie créé en décembre
1997 par Christian Debraisne, français, et Mohamed Zaoui, journaliste algérien
en exil. L'équipe est maintenant constituée d'une douzaine de personnes qui se
retrouvent le jeudi soir dans un café du onzième arrondissement de Paris.
Christian Debraisne, qui effectue la mise en page, déclarait dans Le Monde du 23
mars 1998:

"Avec Internet, nous avons trouvé un espace de libre expression et, en prime,
pas de problème d'imprimerie ni de distribution. Je récupère tous les papiers et
je les mets en ligne la nuit à partir de chez moi."

La revue de presse est effectuée à partir des journaux d'Alger. Dans le même
article, Mohamed Zaoui expliquait:

"La rédaction d'El Watan, par exemple, nous envoie des papiers qu'elle ne peut
pas publier là-bas. C'est une façon de déjouer la censure. J'avais envie d'être
utile et j'ai pensé que mon rôle en tant que journaliste était de saisir
l'opportunité d'Internet pour faire entendre une autre voix entre le
gouvernement algérien et les intégristes."

Selon une enquête menée en février 1998 aux Etats-Unis par Market Facts pour le
compte de MSNBC (Microsoft Network Broadcasting Corporation), Internet est en
train de supplanter les médias classiques en tant que diffuseur de nouvelles.
Avec une moyenne générale d'utilisation de 3,5 heures par semaine, Internet
surclasse les magazines (2,4 heures), et il est déjà pratiquement à égalité avec
les journaux (3,6 heures). Il tend à se rapprocher de la radio (4,5 heures), de
la télévision par câble (5 heures) et de la télévision classique (5,7 heures).
De plus, Internet l'emporte sur tous les autres médias pour la consultation des
nouvelles au bureau, particulièrement les nouvelles économiques et financières.

Signe des temps, en France, l'Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille
propose maintenant une formation en journalisme multimédia à destination des
journalistes professionnels français et étrangers. "En associant sur un même
support l'écrit, l'image, le son, les ressources documentaires et
l'interactivité, le multimédia modifie substantiellement les pratiques des
éditeurs et des professionnels", indiquait l'ESJ. Une deuxième session de
formation de neuf mois - dont trois mois de stage en entreprise - a débuté en
septembre 1998. Terminée en juin 1998, la première session comprenait huit
diplômés.

Dans un article du cyberquotidien Multimédium datée du 17 avril 1998, Bruno
Guglieminetti, réalisateur aux projets spéciaux numériques de Radio Canada,
expliquait:

"Le journalisme en ligne fait appel à une toute autre philosophie, à un tout
autre système de production que le journalisme "traditionnel". Avec la création
de cette filière, Lille se plante vraiment à l'avant-garde du journalisme
européen, ce qui n'empêchera pas les journalistes traditionnels d'y recevoir
leur formation et d'y trouver leur compte."

La presse doit maintenant compter avec Internet pour les ressources qu'il offre
dans de nombreux domaines:

- rapidité de propagation des informations,

- accès immédiat à de nombreux sites d'information,

- liens à des articles et sources traitant du même sujet,

- énormes capacités documentaires allant du général au spécialisé et
réciproquement (cartes géographiques, notices biographiques, textes officiels,
informations politiques, économiques, culturelles, etc.),

- grande variété d'illustrations suite au développement de stocks d'archives
photographiques liés à des sites d'information,

- possibilités d'archivage avec dossiers d'archives et moteurs de recherche
permettant de retrouver rapidement un article.

Internet permet une information en profondeur qu'aucun organe de presse ne
pouvait donner jusqu'ici. Derrière l'information du jour se trouve toute une
encyclopédie qui aide à la comprendre.

Même si la presse en ligne s'allie de plus en plus avec l'audiovisuel et la
vidéo, l'important reste son contenu, comme le rappelait Jean-Pierre Cloutier,
auteur des Chroniques de Cybérie, dans son courrier électronique du 8 juin 1998:

"Dans le cas des Chroniques de Cybérie, nous avons pu lancer et maintenir une
formule en raison des coûts d'entrée relativement faibles dans ce médium.
Cependant, tout dépendra de l'ampleur du phénomène dit de 'convergence' des
médias et d'une hausse possible des coûts de production s'il faut offrir de
l'audio et de la vidéo pour demeurer concurrentiels. Si oui, il faudra songer à
des alliances stratégiques, un peu comme celle qui nous lie au groupe Ringier et
qui a permis la relance des Chroniques après six mois de mise en veilleuse. Mais
quel que soit le degré de convergence, je crois qu'il y aura toujours place pour
l'écrit, et aussi pour les analyses en profondeur sur les grandes questions."


6. LES BIBLIOTHEQUES SUR LE WEB


[Dans ce chapitre:]

[6.1. Bibliothèques francophones / 6.2. Répertoires de bibliothèques / 6.3.
Internet dans les bibliothèques / 6.4. L'avenir des bibliothèques avec Internet]

Ce chapitre est consacré aux sites créés par des bibliothèques traditionnelles,
caractérisées par des bâtiments, des bibliothécaires, des documents alignés sur
les rayonnages, et des tables et sièges pour les lecteurs. Les
cyberbibliothèques, ensembles de textes électroniques disponibles sur Internet,
seront abordées au chapitre suivant.

Après avoir présenté quelques sites de bibliothèques francophones et plusieurs
répertoires de bibliothèques en Europe et dans le monde, on se penchera sur
l'utilisation d'Internet dans les bibliothèques, les nouveaux outils qu'il
apporte aux bibliothécaires, et l'avenir des bibliothèques face à cette
gigantesque manne documentaire formée à la fois par un Web encyclopédique et des
cyberbibliothèques de plus en plus nombreuses.


6.1. Bibliothèques francophones


Le site très coloré de la Bibliothèque publique d'information (BPI) est un
modèle du genre. Incluse dans le Centre national d'art et de culture Georges
Pompidou qui est lui-même situé au coeur de l'ancien quartier des Halles, la BPI
est la grande bibliothèque parisienne multimédia en libre accès. En travaux pour
restructuration après vingt ans de fonctionnement (1977-1997), elle a déménagé
provisoirement en novembre 1997 dans d'autres locaux du même quartier, avec
réouverture prévue en l'an 2000. La page d'accueil de son site web permet le
choix entre l'accueil à la BPI, l'organisation de la bibliothèque, son
catalogue, les guides et outils, la programmation, les formations, les
publications, le courrier et les sites web.

Le serveur de la BPI propose un accès direct aux catalogues des bibliothèques
françaises. Il propose aussi l'Oriente-Express, un répertoire d'adresses de
bibliothèques et de centres de documentation publics ou privés situés à Paris ou
en région parisienne, choisis soit parce qu'ils sont ouverts à un large public,
soit parce qu'ils font référence dans leur domaine. Tous les organismes sont
présentés dans un cadre identique avec description des fonds et des domaines
couverts, et un lien hypertexte vers leur site web.

Bilingue français-anglais, le serveur de la Bibliothèque nationale de France
(BnF) est à la fois solidement ancré dans le passé et résolument ouvert sur
l'avenir, comme en témoigne le menu principal de la page d'accueil avec ses neuf
rubriques: nouveau (les nouvelles manifestations culturelles), connaître la BnF,
les actualités culturelles, les expositions virtuelles (quatre expositions en
septembre 1998: les splendeurs persanes, le roi Charles V et son temps,
naissance de la culture française, tous les savoirs du monde), des informations
pratiques, l'accès aux catalogues de la BnF, l'information professionnelle
(conservation, dépôt légal, produits bibliographiques, etc.), la bibliothèque en
réseau (francophonie, coopération nationale, coopération internationale, etc.),
et les autres serveurs (bibliothèques nationales, bibliothèques françaises,
universités, etc.). Enfin, bien en vue sur la page d'accueil, une photo ancienne
permet d'accéder à Gallica, la cyberbibliothèque de la Bibliothèque nationale de
France, sur laquelle on reviendra dans le chapitre suivant.

Le beau site bilingue français-anglais de la Bibliothèque municipale de Lyon
propose quelques photos "pleine page". Il est organisé à partir du menu suivant:
services en ligne, visite, collections, expositions, calendrier culturel, infos
pratiques et liens.

Les sites web de bibliothèques françaises sont de plus en plus nombreux, et
plusieurs répertoires ont été créés pour faciliter leur accès.

Réalisé par Thierry Samain, le répertoire des catalogues des bibliothèques
francophones de l'ENSSIB (Ecole nationale supérieure des sciences de
l'information et des bibliothèques) donne la liste de toutes les bibliothèques
francophones classées en fonction des sept rubriques suivantes: bibliothèques
générales, arts, droit et économie, lettres et sciences humaines, médecine,
sciences de l'information et bibliothèques, sciences et techniques.

L'Association des bibliothécaires français (ABF) tient un répertoire des
bibliothèques sur Internet en France, en francophonie et dans le monde.

Les sites Web des bibliothèques de Biblio On Line comprend cinq parties:
bibliothèques publiques, bibliothèques universitaires, réseaux de bibliothèques,
bibliothèques spécialisées et bibliothèques virtuelles.

Résultat de la coopération entre sites web en bibliothéconomie et sciences de
l'information, Sitebib permet maintenant une "gestion partagée des liens" entre
différents organismes.

Situé sur le site de la Bibliothèque nationale de France, le Catalogue collectif
de France (CCFR) permet de "trouver des informations détaillées sur les
bibliothèques françaises, leurs collections et leurs fonds (anciens, locaux ou
spécifiques), connaître précisément les services qu'elles rendent et interroger
leur catalogue en ligne".


6.2. Répertoires de bibliothèques


Les répertoires des bibliothèques tenus à jour par des organismes français
viennent d'être signalés.

Il existe bien sûr des répertoires nationaux pour chaque pays, par exemple, sur
le site du Fachbereich Informatik de la Techniche Universität de Berlin
(Allemagne), Bibliotheken, qui donne la liste des bibliothèques nationales,
universitaires et publiques d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse, ou encore
BIBSYS, qui est le site des bibliothèques de Norvège.

Géré par la bibliothèque de l'Université d'Exeter, Library and Related Resources
est la liste des principales ressources offertes par les bibliothèques, musées
et centres de recherche du Royaume-Uni.

Dans sa section Library and Information Science Resources, la Library of
Congress (USA) donne une liste des bibliothèques publiques et bibliothèques
universitaires avec accès à leurs serveurs et à leurs catalogues. Plusieurs
autres rubriques concernent la recherche et la référence, les services
techniques, les collections particulières, les cyberbibliothèques, les
organisations professionnelles, les écoles des sciences de l'information et des
bibliothèques, les journaux professionnels et les fournisseurs de bibliothèques.

A l'échelon européen, la rubrique General Library Resources on the Web, gérée
par l'Union européenne, donne une liste des bibliothèques en Europe et dans le
monde, une liste des bibliothèques publiques, une liste d'éditeurs, et des
informations diverses sur les bibliothèques et les projets de l'Union européenne
dans ce domaine.

Site trilingue anglais-français-allemand, Gabriel est l'acronyme de "Gateway and
Bridge to Europe's National Libraries". Comme son nom l'indique, il s'agit du
serveur des bibliothèques nationales européennes, créé afin d'offrir un point
d'accès unique aux services et collections de ces bibliothèques.

"Gabriel rappelle également les travaux de Gabriel Naudé, dont l'Advis pour
dresser une bibliothèque (Paris, 1627) est le premier travail théorique en
Europe sur les bibliothèques et qui constitue ainsi un point de départ sur les
bibliothèques de recherche modernes. Le nom Gabriel est aussi employé dans de
nombreuses langues européennes et vient de l'Ancien Testament, Gabriel étant
l'un des archanges ou messager céleste. Il est également présent dans le Nouveau
Testament et dans le Coran."

Le site procure des liens hypertextes avec tous les services en ligne des
bibliothèques nationales européennes. Il couvre les pays suivants: Allemagne,
Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France,
Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie,
Luxembourg, Macédoine, Malte, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République
slovaque, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, San Marino, Suède, Suisse,
Turquie et Vatican. Le site donne aussi des nouvelles de leurs projets communs.

Comment Gabriel vit-il le jour?

L'idée d'un site web commun aux bibliothèques nationales européennes fut émise
en 1994 à Oslo (Norvège) lors de la réunion de la Conference of European
National Libraries (CENL). En mars 1995, une nouvelle réunion rassembla les
représentants de la Koninklijke Bibliotheek (Pays-Bas), la British Library
(Royaume-Uni) et la Bibliothèque de l'Université d'Helsinki (Finlande) afin de
discuter du site web de la CENL. Ils se mirent d'accord sur un projet pilote et
furent ensuite rejoints par trois autres bibliothèques nationales: Die Deusche
Bibliothek (Allemagne), la Bibliothèque nationale de France et la Biblioteka
Narodowa (Pologne).

Le projet Gabriel fut approuvé en septembre 1995 lors de la réunion annuelle de
la CENL à Berne (Suisse). Il fut ensuite lancé sur Internet par la British
Library qui s'occupa de sa maintenance éditoriale, avec la collaboration des
bibliothèques nationales de Finlande et des Pays-Bas. La seconde étape eut lieu
entre octobre 1995 et septembre 1996. Toutes les bibliothèques nationales qui
n'avaient pas participé à la phase pilote furent invitées à se joindre au
projet, ce qui permit une extension rapide de celui-ci. Entre-temps, de
nombreuses bibliothèques avaient ouvert leur propre serveur web. Lors de sa
réunion à Lisbonne (Portugal) en septembre 1996, la CENL décida le lancement de
Gabriel en tant que service officiel de la CENL à compter du 1er janvier 1997.
Sa maintenance éditoriale fut reprise par la Koninklijke Bibliotheek (Pays-Bas).

La recherche sur Gabriel peut être effectuée par pays ou bien par type de
services. Ces types de services sont les suivants : OPAC (online public access
catalogues), bibliographies nationales, catalogues collectifs nationaux, index
du contenu des périodiques, serveurs web, gophers (systèmes d'information à base
de menus textuels à plusieurs niveaux), et liste complète des services en ligne
par bibliothèque.

Quelle est la situation dans les bibliothèques publiques?

Internet and the Library Sphere, document de l'Union européenne mis à jour le 11
décembre 1998, évalue à environ 1.000 le nombre de bibliothèques publiques ayant
un serveur web. Ces bibliothèques sont réparties dans une trentaine de pays. Les
pays les plus représentés sont la Finlande (247 bibliothèques), la Suède (132
bibliothèques), le Royaume-Uni (112 bibliothèques), le Danemark (107
bibliothèques), l'Allemagne (102 bibliothèques), les Pays-Bas (72
bibliothèques), la Lituanie (51 bibliothèques), l'Espagne (56 bibliothèques) et
la Norvège (45 bibliothèques). Les pays nouvellement représentés sont la
République tchèque (29 bibliothèques) et le Portugal (3 bibliothèques). La
Russie propose aussi une liste de 26 bibliothèques de référence sur le Web. Les
sites sont très hétérogènes. Certains mentionnent seulement des informations de
base telles que l'adresse des locaux et les heures d'ouverture, tandis que
d'autres proposent toute une gamme de services, ainsi que l'accès à l'OPAC
(online public access catalogue) de la bibliothèque.

Public Libraries of Europe, liste de Sheila et Robert Harden, procure un
annuaire des sites de bibliothèques publiques européennes avec classement par
pays. Géré par la St Joseph County Public Library, à South Bend (Indiana, USA),
SJCPL's Public Library WWW Servers répertorie 560 serveurs de bibliothèques
publiques dans le monde.

Si on souhaite un outil à l'échelle mondiale, LibWeb: Library Servers via WWW,
tenu à jour par Thomas Dowling, de la Digital Berkeley Library (Californie,
USA), recense tous les serveurs de bibliothèques disponibles sur le Web, à
savoir 2.500 serveurs dans 70 pays. La mise à jour est quotidienne, tous les
jours à minuit heure locale. La recherche est possible par lieu, type de
bibliothèque ou nom. Excepté pour les Etats-Unis, le classement est effectué par
continent et non par pays. Une centaine de bibliothèques européennes est
répertoriée.


6.3. Internet dans les bibliothèques


L'Union européenne dispose d'un Programme des bibliothèques dont le but est
d'aider au développement des ressources Internet et de faciliter les connexions
des bibliothèques avec l'infrastructure de l'information et des communications.
Le développement de systèmes appropriés est effectué en fonction de deux
objectifs principaux: d'une part faciliter l'accès de l'usager aux ressources de
la bibliothèque, d'autre part faciliter l'interconnexion des bibliothèques entre
elles dans le cadre du développement des autoroutes de l'information. Les tests
de validation sont accompagnés de mesures permettant de promouvoir des normes,
diffuser des résultats et informer le personnel des bibliothèques des
possibilités offertes par les systèmes télématiques.

Parallèlement à ces travaux menés à l'échelon international, de nombreuses
bibliothèques sont en train de développer une cyberbibliothèque à côté de leurs
collections traditionnelles.

La Bibliothèque nationale de France a créé Gallica qui, dans un premier temps,
propose des images et textes du 19e siècle francophone. Une sélection de 3.000
livres est complétée par un échantillon de la future iconothèque numérique.
Grâce à son site web, la Bibliothèque municipale de Lyon met ses enluminures à
la disposition de tous. Une sélection de 3.000 images (avec une prévision de
10.000) permet au grand public de faire connaissance avec 200 manuscrits et
incunables s'échelonnant du 5e siècle à la Renaissance. La bibliothèque
électronique de Lisieux propose chaque mois la version intégrale d'une oeuvre
littéraire, ainsi que les oeuvres littéraires des mois précédents.

Qu'elles soient des bibliothèques de textes, des bibliothèques d'images fixes ou
animées ou des bibliothèques sonores, ou bien qu'elles associent les trois
supports, les cyberbibliothèques créées par les bibliothèques et médiathèques
pour faire connaître leurs collections se développent très rapidement. Elles
permettront à un large public d'avoir accès à des documents jusque-là
pratiquement impossibles à consulter parce qu'appartenant à des fonds anciens,
des fonds locaux et régionaux, ou des fonds spécialisés. Ces fonds étaient
souvent très difficilement accessibles pour des raisons diverses: souci de
conservation des documents rares et fragiles, heures d'ouverture réduites,
nombreux formulaires à remplir, délais de communication, pénurie de personnel,
qui étaient autant de barrières à franchir et qui demandaient souvent au
chercheur une patience à toute épreuve et une détermination hors du commun pour
arriver jusqu'au document.

Grâce à la cyberbibliothèque, la bibliothèque peut enfin rendre comptatibles
deux objectifs qui jusque là ne l'étaient guère, à savoir la conservation des
documents et la communication de ceux-ci. D'une part le document ne quitte son
rayonnage qu'une seule fois pour être scanné, d'autre part le grand public y a
enfin accès. A long terme, une fois numérisés, tous ces fonds qui dorment sur
les rayonnages pourront être utilisés sans le parcours du combattant qu'on vient
d'évoquer. Assis sur sa chaise ou dans son fauteuil, le lecteur pourra avoir
accès à des oeuvres en cliquant de l'une à l'autre, au gré de son humeur, de ses
centres d'intérêt ou d'une curiosité passagère, de façon encore plus pratique
qu'en se promenant dans les rayonnages, et surtout de façon beaucoup plus
exhaustive puisque, dans les bibliothèques, une bonne partie des collections se
trouve rangée dans des magasins et n'est donc pas en libre accès pour le lecteur
qui "chine". Si le lecteur veut ensuite consulter le document lui-même - dans
certains cas, la consultation à l'écran ne peut remplacer le "contact" direct
avec l'oeuvre - il pourra ensuite se lancer dans les différentes étapes de la
consultation "traditionnelle", mais ceci en connaissance de cause, après que le
"feuilletage" à l'écran lui ait permis de sélectionner les documents en question
afin de ne demander que ceux qui l'intéressent vraiment.

Le terme cyberspace (de l'anglais cyberspace) doit sa paternité à l'auteur de
science-fiction William Gibson qui le décrit dans son roman Neuromancien paru en
1984:

"Cyberespace: une hallucination consensuelle expérimentée quotidiennement par
des milliards d'opérateurs réguliers, dans chaque nation, par des enfants à qui
on enseigne des concepts mathématiques... Une représentation graphique des
données extraites des banques de tous les ordinateurs dans le système humain.
Complexité incroyable. Des lignes de lumière qui vont dans le non-espace de
l'esprit, des agglomérats et des constellations de données. Et qui fuient, comme
les lumières de la ville."

Nombreux sont les bibliothécaires qui rêvent de pouvoir offrir à leurs lecteurs
de véritables cyberespaces dans lesquels ils puissent travailler. Reste à savoir
si on leur en donnera les moyens. "Les bibliothèques françaises développent une
connexion à l'Internet ouverte au public, mais elles sont malheureusement encore
peu nombreuses, moins d'une dizaine en avril 1997", écrivait Florent Latrive
dans le quotidien Libération du 25 avril 1997.

La Bibliothèque publique d'information (BPI), la Médiathèque
d'Issy-les-Moulineaux ou la Bibliothèque municipale de Lyon, par exemple,
mettent Internet à la disposition de leur public.

Situés dans le département du Lot-et-Garonne (sud-ouest de la France), les
quatre villages d'Armillac, Labretonie, Laperche et Saint-Barthélémy comptent
950 habitants. Leur site, le site d'ARPALS (Amicale du regroupement pédagogique
Armillac Labretonie Saint-Barthélémy), a pour sous-titre: "Internet et
Multimédia aux champs ou comment amener la culture en milieu rural". Il a été
créé par une association de parents d'élèves d'un Regroupement pédagogique
intercommunal (RPI), et ce "regroupement pédagogique permet à des villages de
mettre 'leur école en commun' pour éviter des fermetures de classes dans le
monde rural."

L'association a mis sur pied tout un ensemble d'activités pour conserver les
habitants actuels et en attirer d'autres: d'une part des animations telles que
repas, kermesse ou bal masqué, qui sont annoncées sur le site web, d'autre part
une bibliothèque intercommunale de 1.300 livres en partenariat avec la
Bibliothèque départementale de prêt (BDP) de Villeneuve-sur-Lot. Le site
présente une sélection de livres avec un résumé pour chacun d'eux.

L'association a également mis en place une multimédiathèque ouverte 22 heures
par semaine pour un public allant de 3 à 76 ans. Quatre ordinateurs (ordinateurs
multimédias Scenic Multimédium de chez Siemens Nixdorf, complétés de deux
imprimantes couleurs Hewlett Packard et d'un scanner à plat Hewlett Packard)
permettent la consultation de CD-ROM, le libre accès à Internet et l'utilisation
de logiciels bureautiques tels que Works, Dbase for Windows, Corel Draw,
Publisher, PhotoPaint, etc.

Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, Jean-Baptiste Rey, webmestre du
site, précisait: "Notre site Internet a été lancé en 1996. Son but est de faire
connaître l'existence de la médiathèque intercommunale de St-Barthélémy et ce
que nous y faisons. C'est un moyen pour nous de démontrer l'utilité et l'intérêt
de ce type de structures et la simplicité de l'usage des nouvelles technologies
dans le cadre d'une bibliothèque." Le but du site est d'aider la bibliothèque à
intégrer Internet dans son fonctionnement et dans les services qu'elle offre à
son public. Son but est "également de pallier à la faiblesse de notre fonds
documentaire. Internet et le multimédia nous permettent d'offrir beaucoup plus
de ressources et d'informations à nos usagers".

Mais, jusqu'à une époque récente, à l'exception de quelques initiatives le plus
souvent dues à des bibliothécaires passionnés qui se battent pour franchir
toutes sortes de barrières, y compris psychologiques et budgétaires, les espaces
Internet dans les bibliothèques semblaient malheureusement se développer moins
vite que les cybercafés, Internet dans les établissements d'enseignement,
Internet à La Poste et Internet chez France Télécom. La situation devrait
maintenant évoluer assez rapidement puisque, en avril 1998, le ministère de la
Culture a annoncé un budget de 10 millions de FF pour la création d'"espaces
culture multimédia".

Dans son courrier électronique du 8 juin 1998, Christiane Jadelot, ingénieur
d'études à l'INaLF-Nancy (INaLF: Institut national de la langue française),
expliquait:

"Je pense qu'il faut équiper de plus en plus les laboratoires avec du matériel
de pointe, qui permette d'utiliser tous ces médias. Nous avons des projets en
direction des lycées et des chercheurs. Le ministère de l'Education nationale a
promis de câbler tous les établissements, c'est plus qu'une nécessité nationale.
J'ai vu à la télévision une petite école dans un village faisant l'expérience de
l'Internet. Les élèves correspondaient avec des écoles de tous les pays, ceci ne
peut être qu'une expérience enrichissante, bien sûr sous le contrôle des adultes
formés pour cela. Voilà ma petite expérience. Je me suis équipée maintenant à
domicile dans un but plus ludique, en espérant convaincre ma fille d'utiliser au
mieux tous ces outils!"

Voici les projets français lancés en 1998.

En janvier 1998, lors d'une cérémonie d'inauguration dans le bureau de poste
d'Autrans (Isère), La Poste a lancé le projet Cyberposte dans la région du
Vercors. Cette inauguration a marqué le premier pas dans la réalisation du
projet national des 1.000 bureaux Internet d'ici la fin 1998. Dans tous les
bureaux de poste de la région, Internet est désormais à la disposition du public
au moyen d'une carte à puce (90 FF pour trois heures de connexion) et d'une
adresse électronique pour tous. Le but du projet est de familiariser le public
avec les nouvelles technologies et, à long terme, de lui permettre d'effectuer
des téléprocédures.

En février 1998, France Télécom annonçait à son tour un plan national
d'ouverture d'espaces multimédias ouverts à tous, avec priorité pour les
étudiants et les enseignants. En partenariat avec les collectivités locales, une
centaine d'espaces multimédias sont prévus pour les trois ans qui viennent, et
vingt d'entre eux devaient être opérationnels à la fin 1998.

Le 14 avril 1998, le gouvernement lançait trois appels à projets multimédias à
l'intention des bibliothèques, des PME (petites et moyennes entreprises) et du
secteur éducatif, qui représentent 22 millions de FF destinés à soutenir les
initiatives sélectionnées, et qui sont répartis ainsi: 5 millions pour les PME,
5 millions pour les bibliothèques et 12 millions pour les écoles. Mis en place
par le ministère de la Culture et de la Communication et le ministère de
l'Environnement et de l'Aménagement du territoire, ce programme est destiné à
faciliter l'acquisition de matériel multimédia par les bibliothèques des petites
communes, les établissements scolaires et les PME des régions rurales et des
zones en reconversion industrielle. L'objectif est un souci d'équité
territoriale pour faire face à l'inégalité géographique existante alors
qu'Internet devrait au contraire permettre à tous d'accéder aux mêmes services
quel que soit le lieu géographique.

A cette occasion, Catherine Trautman, ministre de la Culture, annonçait que,
"après le monde universitaire, le monde des entreprises, c'est le monde de la
culture qui s'empare de l'Internet", et que 1998 serait donc "l'année de
lancement de l'Internet culturel". Elle précisait aussi que "cette politique ne
vise pas seulement à améliorer notre position dans la compétition économique,
mais aussi, fondamentalement, à garantir une nouvelle liberté d'expression et de
communication pour nos concitoyens". 5 millions de FF ont été débloqués pour
inciter les bibliothèques de villes de moins de 5000 habitants à s'équiper de
connexions Internet, et les villes intéressées devaient déposer leurs dossiers
avant le 30 juin. D'ici la fin de 1998, une centaine d'"espaces culture
multimédia" devaient être créés dans les bibliothèques et centres culturels.

Quant à nos voisins anglais, ils ont lancé le 16 avril 1998 un très important
programme d'investissement dans les technologies de l'information sur cinq ans
(1998-2002). En dévoilant ce programme, Tony Blair, premier ministre, déclarait:
"Nous sommes au coeur de la révolution de l'information. Il est vital que la
Grande-Bretagne ouvre la voie afin que nous soyons les pionniers de l'Europe
dans ce que l'on appelle l'âge de l'information." La moitié du budget de 600
millions de livres (environ 6 milliards de FF) sera consacré à l'achat de
matériel, et l'autre moitié à la formation. L'achat de matériel devait permettre
le câblage des écoles britanniques en 1998, l'achat de 10.000 ordinateurs
portables pour les professeurs, la mise en ligne de l'information dans les
bibliothèques et la connexion de tous les établissements de santé. Le budget
attribué à la formation permettra de financer la création de 40.000 blocs de
formation dans les centres d excellence IT (IT: information technology - ces
centres sont de nouveaux établissements spécialisés créés par le gouvernement),
une formation de base à tous les professeurs et à tous les bibliothécaires, un
bagage informatique à la plupart des élèves anglais, et la formation aux
technologies de l'information de 200.000 travailleurs britanniques.

En ce qui concerne les grandes bibliothèques, une très intéressante initiative
est celle menée à bien par Pierre Pelou, directeur de la Bibliothèque de
l'Office des Nations Unies à Genève (ONUG). Ouvert depuis juillet 1997, un
Cyberespace est mis gratuitement à la disposition des représentants des missions
permanentes, délégués de conférences, fonctionnaires internationaux, chercheurs,
étudiants, journalistes, membres des professions libérales, ingénieurs et
techniciens. Le personnel du Cyberespace collabore aussi avec la Section de
formation des Nations Unies pour l'organisation de l'enseignement à distance.

Ce Cyberespace a été aménagé au premier étage de l'imposante bibliothèque par
Antonio Bustamante, architecte au Palais des Nations (bâtiment qui abrite les
Nations Unies à Genève). Les 24 stations comprennent chacune un ordinateur Intel
Pentium MMX 200Mhz avec une mémoire de 32 Mo, un disque de 2,5 Go, un lecteur
16x de CD-ROM, des cartes Matrox Millenium Graphics et Matrox Media XL-MPEG, et
un casque individuel. Chaque groupe de trois ordinateurs est relié à une
imprimante laser.

En plus de l'utilisation du traitement de texte WordPerfect et de l'accès au
courrier électronique, chaque station permet la consultation des services
suivants:

- Internet,

- le système optique des Nations Unies,

- un serveur regroupant une cinquantaine de CD-ROM en réseau,

- la banque de données UNBIS (United Nations Bibliographic Information System)
coproduite par les deux bibliothèques des Nations Unies à New York et à Genève,

- le catalogue de la Bibliothèque de l'Office des Nations Unies à Genève,

- Profound, qui est une collection de banques de données économiques et
commerciales,

- RERO, qui est le catalogue du Réseau romand des bibliothèques suisses et qui
comprend celui de la Bibliothèque des Nations Unies de Genève à titre de
bibliothèque associée,

- un ensemble de CD-ROM multimédia (Encarta 97, L'état du monde, Elysée 2,
Nuklear, etc.),

- des vidéocassettes multistandards et des disques DVD (digital versatile disk)
présentant des programmes, films et documentaires sur l'action internationale,
l'action humanitaire, etc.

Les avantages d'Internet pour les bibliothécaires? Voici un sujet de réflexion
mené par de très nombreux organismes.

Une réflexion particulièrement intéressante est celle de l'Internet Public
Library (IPL), qui se définit comme la première bibliothèque publique d'Internet
et pour Internet. Cette cyberbibliothèque dispose de 20.166 documents
sélectionnés, catalogués et décrits par le personnel de l'IPL. En tant que
bibliothèque expérimentale, l'IPL gère aussi une section intitulée IPL Services
For Librarians, qui est consacrée aux avantages d'Internet pour les
bibliothécaires et les professionnels de l'information, et qui donne des
informations sur les réalisations et la formation professionnelle dans ce
domaine.

Pour les bibliothécaires, Internet est un outil de communication sans précédent.

D'abord le courrier électronique. Ceux qui ont pu y goûter sont enthousiasmés
par les avantages qu'il procure. Doté d'une adresse électronique, tout
professionnel dispose d'un outil de communication simple et rapide pour entrer
en relation avec les collègues de sa ville, de sa région, de son pays et du
monde entier. Plus besoin d'attendre que la ligne de son correspondant soit
libre. Plus besoin non plus d'effectuer des calculs de fuseaux horaires quand on
téléphone dans un autre continent. Le message attend le correspondant dans sa
boîte aux lettres électronique, et le correspondant lit et répond à ses messages
au moment choisi par lui. Le courrier électronique est également moins formel
que le courrier classique. On ne peut pas jeter sur le papier une question de
trois lignes avec un simple bonjour et au revoir, alors que c'est possible sur
écran. Pas d'enveloppe, pas de timbre, pas de télécopieur engorgé. Tous ceux qui
ont pratiqué le courrier électronique pendant quelques semaines se demandent
comment ils ont jamais pu s'en passer.

Par le biais d'Internet, les bibliothécaires ont également la possibilité de
participer à un ou plusieurs forums de discussion leur permettant de s'informer,
de suivre et participer à des débats, de demander des avis et des conseils. Pour
un bibliothécaire ou documentaliste travaillant seul, c'est un grand "bol d'air"
sur l'extérieur. Pour celui qui est entouré de collègues, le forum de discussion
lui permet la fréquentation de personnes venant d'autres horizons.

Créée en 1993, la liste de diffusion Biblio-fr est à destination des
bibliothécaires et documentalistes francophones, et elle est ouverte aussi à
toute personne intéressée par la diffusion électronique de l'information
documentaire. Elle comptait 3.329 abonnés le 20 décembre 1998.

Modérée par Hervé Le Crosnier, professeur à l'Université de Caen (Normandie),
cette liste de diffusion est le regard francophone des documentalistes sur les
questions soulevées par le développement d Internet : diffusion de la
connaissance, organisation de collections de documents électroniques,
maintenance et archivage de l'écrit électronique. Le but de Biblio-fr est
également d'assurer la présence de la langue française sur un réseau multilingue
qui accorde leur place à toutes les cultures.

Biblio On Line, qui se présente comme le serveur français des informations
culturelles sur Internet, est un excellent outil à destination des
bibliothèques. Jean-Baptiste Rey, son rédacteur, expliquait dans son courrier
électronique du 8 juin 1998:

"Le site dans sa première version a été lancé en juin 1996. Une nouvelle version
(l'actuelle) a été mise en place à partir du mois de septembre 1997. Le but de
ce site est d'aider les bibliothèques à intégrer Internet dans leur
fonctionnement et dans les services qu'elles offrent à leur public. Le service
est décomposé en deux parties:

- une partie "professionnelle" où les bibliothécaires peuvent retrouver des
informations professionnelles et des liens vers les organismes, les institutions
et les projets et réalisations ayant trait à leur activité,

- une partie comprenant annuaire, mode d'emploi de l'Internet, villes et
provinces, etc... permet au public des bibliothèques d'utiliser le service
Biblio On Line comme un point d'entrée vers Internet.

Personellement Internet a complètement modifié ma vie professionnelle puisque je
suis devenu webmestre de site Internet et responsable du secteur nouvelles
technologies d'une entreprise informatique parisienne. Il semble que l'essort
d'Internet en France commence (enfin) et que les demandes tant en matière
d'informations, de formations que de réalisations soient en grande
augmentation."

L'Ecole nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques
(ENSSIB) tient à jour une section Référence, qui comprend notamment des dossiers
thématiques (histoire du livre, enseignement à distance, bibliothèques
électroniques, cours sur Internet en sciences de l'information, économie du
document, normes et normalisation, droit de l'information) et une liste des
revues en sciences de l'information.

L'ENSSIB héberge également la version électronique du Bulletin des bibliothèques
de France (BBF), revue professionnelle bimensuelle créée en 1956.
"Professionnels et spécialistes de l'information y discutent de toutes les
questions concernant la politique et le développement des bibliothèques et des
centres de documentation: évolution par secteur, grands projets,
informatisation, technologies de l'information, écrits électroniques, réseaux,
coopération, formation, gestion, patrimoine, usagers et publics, livre et
lecture..."

Le serveur permet l'accès aux textes intégraux des articles depuis 1995. Dans
son courrier électronique du 6 juillet 1998, Annie Le Saux, rédactrice du
Bulletin des bibliothèques de France, expliquait:

"C'est en 1996 que le BBF a commencé à paraître sur Internet (les numéros de
1995). [...] Nous nous servons beaucoup du courrier électronique pour prendre
contact avec nos auteurs et pour recevoir leurs articles. Cela diminue
grandement les délais. Nous avons aussi recours au Web pour prendre connaisance
des sites mentionnés lors de colloques, vérifier les adresses, retrouver des
indications bibliographiques dans les catalogues des bibliothèques..."

Publié deux fois par an, au printemps et à l'automne, Cursus est le périodique
électronique étudiant de l'Ecole de bibliothéconomie et des sciences de
l'information (EBSI) de l'Université de Montréal (Québec).

Concernant les revues professionnelles anglophones, le Library Journal Digital
(LJDigital), sélection électronique du Library Journal, est la plus ancienne
revue américaine des bibliothèques. Les vingt numéros annuels sont lus par
100.000 abonnés, qui disposent de 7.500 analyses faites par des bibliothécaires
sur des livres, documents audio, documents vidéo, CD-ROM, sites web, magazines,
etc., soit 250 à 300 analyses par numéro, le plus souvent avant la publication
des dits documents.

Publiée par les bibliothèques de l'Université de Houston (Texas, USA), la Public
Access Computer Systems Review (PACS-R) est une revue électronique sur les
systèmes informatiques dans les bibliothèques. Elle est diffusée gratuitement
sur Internet et d'autres réseaux informatiques à environ 8.000 personnes dans
une soixantaine de pays. Les contributions traitent des thèmes suivants:
bibliothèques numériques, systèmes de livraison des documents, édition
électronique, systèmes expert, systèmes hypermédias et multimédias, bases de
données locales, ressources et outils d'information en réseau, catalogues en
ligne. Ses archives sont intégralement disponibles sur le Web.

Les associations de bibliothécaires sont également présentes sur le Web. Fondée
en 1906 et reconnue d'utilité publique en 1969, l'Association des
bibliothécaires français (ABF) est, avec ses 3.500 adhérents, la plus ancienne
et la plus importante association de bibliothécaires en France. Elle regroupe
des bibliothécaires de tous types d'établissements et de toutes catégories.
L'Association des professionnels de l'information et de la documentation (ADBS)
dispose d'un site bilingue français-anglais articulé autour de trois grandes
rubriques : vie associative, vie professionnelle, produits et services.

Créée en 1937, l'American Society for Information Science (ASIS) est une
association de recherche regroupant 4.000 professionnels de l'information et
favorisant les nouvelles théories et techniques permettant d'améliorer l'accès à
l'information. L'Association for Research Libraries (ARL) est une organisation à
but non lucratif regroupant les bibliothèques des institutions de recherche
nord-américaines. Elle est à la fois un forum pour les échanges d'idées et un
agent pour l'action collective, cette action consistant à développer la
communication dans le domaine de la recherche.

A la fois sobre et superbe, le site de l'International Federation of Library
Associations and Institutions (IFLA) offre une mine d'informations dans tous les
domaines de la bibliothéconomie. Organisme international indépendant à
destination des bibliothécaires du monde entier, l'IFLA se veut un carrefour
pour échanger des idées et promouvoir la coopération internationale et la
recherche dans tous les secteurs d'activité des bibliothèques. Ses objectifs
sont de représenter les bibliothécaires au niveau international, promouvoir la
formation continue du personnel des bibliothèques, et développer et mettre en
oeuvre des directives pour les bibliothèques.

Dans son courrier électronique du 18 juin 1998, Olivier Bogros, créateur de La
bibliothèque électronique de Lisieux (Normandie), donnait son sentiment sur la
place d'Internet dans les bibliothèques:

"[Internet est] un outil formidable d'échange entre professsionnels (tout ce qui
passe par le courrier électronique, les listes de diffusion et les forums) mais
qui est un consommateur de temps très dangereux: on a vite fait si l'on n'y
prend garde de divorcer et de mettre ses enfants à la DASS [Direction d'action
sanitaire et sociale]. Plus sérieusement c'est pour les bibliothèques la
possibilité d'élargir leur public en direction de toute la francophonie. Cela
passe par la mise en ligne d'un contenu qui n'est pas seulement la mise en ligne
du catalogue, mais aussi et surtout la constitution de véritables bibliothèques
virtuelles. Les professionnels des bibliothèques sont les acteurs d'un enjeu
important [concernant] la place de la langue française sur le réseau."


6.4. L'avenir des bibliothèques avec Internet


Service interactif de la Commission européenne, I*m Europe présente
l'information la plus récente sur les marchés européens du multimédia et des
services d'information électronique, y compris le Programme d'applications
télématiques destiné aux bibliothèques. Le site web est en anglais, et il inclut
des documents dans les onze langues européennes officielles.

L'informatique d'abord et Internet ensuite amènent les bibliothèques à définir
leur rôle vis-à-vis de l'édition électronique.

Le projet BIBLINK fut lancé en avril 1996 par le Programme d'applications
télématiques de l'Union européenne. Son objectif était d'établir des liens entre
les agences bibliographiques nationales et les éditeurs de documents
électroniques, afin de contribuer à la création d'un service bibliographique qui
fasse autorité. Le projet émanait de CoBRA (Computerised Bibliographic Record
Action), forum de l'Union européenne institué suite au développement de
l'édition électronique pour susciter des décisions à l'échelon international.

Pratiquement, le projet BIBLINK doit procurer un système pilote qui permettrait
aux éditeurs de documents électroniques de transmettre aux services
bibliographiques nationaux des notices de base comportant un nombre minimal
d'informations sur ces documents. Ces services bibliographiques seraient ensuite
autorisés à enrichir ces notices de base - notamment par le contrôle d'autorités
sur les noms propres et l'ajout de mots-clés correspondant aux sujets traités -
et à retransmettre ensuite les notices complétées aux éditeurs.

Dans ce monde bouleversé à la fois par les possibilités documentaires sans
précédent qu'offre Internet et par le développement vertigineux des
cyberbibliothèques, que vont devenir les bibliothécaires et les documentalistes?
Vont-ils devenir des cyberthécaires, nouvelle génération de bibliothécaires
spécialistes du multimédia, ou bien vont-ils progressivement disparaître parce
que les usagers n'auront tout simplement plus besoin d'eux lorsque tous les
documents seront disponibles en ligne?

Dans Digital Literacy (New York, Wiley, 1997), Paul Gilster assure que ce sont
les bibliothécaires et non les programmeurs qui seront la clé du développement
des cyberbibliothèques et d'Internet. Surpris par le pessimisme qui a saisi les
bibliothécaires devant les changements affectant leur profession, il pense que
celui-ci est sans fondement. D'après lui, Internet n'est pas plus une menace
pour les livres que l'avion n'était une menace pour la voiture. Le livre
"physique" gardera son utilité pendant qu'Internet se développera, et les deux
supports seront en quelque sorte des voies parallèles avec des fonctions
différentes.

Cependant, au moins dans le domaine des bibliothèques spécialisées, on ne voit
maintenant plus guère l'utilité d'aligner des documents sur les rayons, alors
qu'il est tellement plus pratique de les scanner pour pouvoir les stocker sur un
disque dur, les communiquer par voie électronique et les imprimer seulement à la
demande. Nous sommes en pleine période de transition.

Par contre, les bibliothèques publiques auront probablement une durée de vie
plus longue. On ne va pas lire sur écran cinq cents pages d'un roman de Zola ou
de Proust. Mais c'est sans doute aussi une question de génération. Les enfants
qui jouent avec l'ordinateur dès l'âge de trois ans ne verront peut-être aucun
problème à lire les oeuvres de Zola ou de Proust à l'écran. Il est vrai que,
pour le moment, emporter son ordinateur pour lire au coin du feu ou dans son lit
est beaucoup moins pratique que d'avoir son livre de poche, même quand il s'agit
d'un portable, mais les ordinateurs portables deviennent de plus en plus
compacts et légers, et la qualité des écrans s'améliore chaque année. De plus,
dès cette année, les livres électroniques, petits ordinateurs de la taille d'un
livre, seront disponibles sur le marché et permettront de lire et stocker une
dizaine d'oeuvres, chiffre qui devrait augmenter rapidement. Il faudra toutefois
attendre quelque temps pour que leur prix soit à la portée de toutes les
bourses.

Quant aux bibliothèques nationales et aux grandes bibliothèques, elles auront
toujours à préserver le patrimoine pluricentenaire constitué par les manuscrits,
les incunables et les livres imprimés, les collections de journaux, les
partitions musicales, les gravures, les images, les photos, les films, les
documents électroniques, etc., qui se sont accumulés sur leurs rayons, en partie
grâce au dépôt légal.

Comme on a déjà vu apparaître les discothèques, les vidéothèques et les
médiathèques il y a quelques années, on assistera certainement à l'apparition
d'un nouveau type de bibliothèque et à une nouvelle génération de professionnels
de la documentation. Le premier site web de bibliothèque - celui de la
Bibliothèque publique d'Helsinki (Finlande) - ne date jamais que de février
1994. On ne fait qu'amorcer un virage, et l'avenir est encore flou.

Le métier de bibliothécaire, qui s'est beaucoup transformé avec l'apparition de
l'informatique, va continuer de se transformer avec l'apport d'Internet.

L'informatique a déjà permis au bibliothécaire de ne plus passer des heures à
classer manuellement ses fiches dans de multiples tiroirs en bois. Elle lui a
permis de remplacer ces énormes catalogues sur fiches par des catalogues
informatiques consultables à l'écran, avec un classement alphabétique ou
systématique effectué non plus par lui-même mais par la machine. Elle a permis
aussi le prêt informatisé et la gestion informatisée des commandes, faisant
disparaître l'impressionnant stock de fiches et bordereaux nécessaires lors des
opérations manuelles.

L'informatique en réseau a fait naître ensuite les catalogues collectifs
permettant de regrouper dans une même base de données les catalogues de
bibliothèques de la même région, du même pays ou de la même spécialité,
entraînant du même coup des services très facilités pour le prêt
interbibliothèques et le regroupement des commandes auprès de fournisseurs.

Puis un certain nombre de bibliothèques ont ouvert un serveur Minitel pour la
consultation de leur catalogue, désomais disponible au domicile du lecteur.
Progressivement, ces catalogues deviennent disponibles sur Internet, avec une
consultation plus souple et plus attractive que sur Minitel. A long terme, on
pourra également disposer des documents eux-mêmes en version électronique, et
pas seulement de leurs références.

Les serveurs web de bibliothèques proposent aussi d'autres services tels que
renseignements à distance, cyberbibliothèques ou liens hypertextes avec d'autres
sites, ce qui évite à leurs usagers de se perdre dans la Toile.

Par la suite, pour des recherches pointues, les usagers auront certainement
besoin d'avoir recours à un cyberthécaire en ligne, un peu comme un fournisseur
de matériel ou de programmes informatiques met un service d'aide en ligne à la
disposition de ses clients.

Comme le précisait Peter Raggett, sous-directeur de la Bibliothèque centrale de
l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, Paris),
dans son courrier électronique du 18 juin 1998, "les responsables de
l'information ont un grand rôle à jouer dans la recherche et l'organisation de
l'information sur Internet". Lui-même a sélectionné plusieurs centaines de sites
pour en favoriser l'accès à partir de l'Intranet de l'OCDE, et cette sélection
fait partie du "bureau de référence virtuel" proposé par la bibliothèque à
l'ensemble du personnel de l'Organisation. "Outre les liens, ce bureau de
référence virtuel contient des pages de références aux articles, monographies et
sites web correspondant aux différents projets de recherche en cours à l'OCDE,
l'accès en réseau aux CD-ROM, et une liste mensuelle des nouveaux titres. Le
catalogue de la bibliothèque sera bientôt lui aussi disponible sur l'Intranet."

Peter Raggett prévoit "une forte expansion d'Internet pour l'éducation et la
recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des bibliothèques virtuelles
permettant à un étudiant de suivre un cours géré par une institution à l'autre
bout du monde." La tâche du bibliothécaire sera de filtrer les informations pour
le public. "Je me vois devenir de plus en plus un bibliothécaire virtuel,
dit-il. Mes clients ne me rencontreront peut-être pas mais ils me contacteront
par e-mail ou par téléphone ou par télécopieur, j'effectuerai la recherche et je
leur enverrai les résultats électroniquement."


7. LES CYBERBIBLIOTHEQUES


[Dans ce chapitre:]

[7.1. Définition de la cyberbibliothèque / 7.2. Cyberbibliothèques francophones
/ 7.3. Cyberbibliothèques non francophones / 7.4. Un exemple: la toile
littéraire francophone / 7.5. L'avenir des cyberbibliothèques]

Appelées aussi bibliothèques numériques, bibliothèques électroniques ou
bibliothèques virtuelles, bien qu'elles soient bien réelles quoique sur écran,
les cyberbibliothèques sont peut-être l'apport majeur d'Internet dans le domaine
de l'imprimé.

Grâce à Internet, des centaines d'oeuvres du domaine public, documents
littéraires et scientifiques, articles, travaux universitaires et de recherche,
images et bandes sonores sont maintenant disponibles à l'écran, et le mouvement
va en s'amplifiant.

Après avoir tenté de définir la cyberbibliothèque, on décrira quelques
cyberbibliothèques francophones et non francophones. On prendra aussi comme
exemple la toile littéraire francophone sur le Web, et on examinera ensuite le
futur des cyberbibliothèques.


7.1. Définition de la cyberbibliothèque


Bibliothèque pionnière en Europe dans sa r

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